- Audrey
Bonjour, moi c'est Audrey.
- Laure
Bonjour, moi c'est Laure.
- Audrey
Combien de fois avez-vous pensé « j'en ai marre de mon job » ?
- Laure
Combien de fois l'avez-vous dit ?
- Audrey
Nous, on l'a entendu plein de fois.
- Laure
Ce qu'on vous propose, c'est d'écouter ces personnes qui ont franchi le cap, celles et ceux qui ont entamé une reconversion professionnelle.
- Audrey
Pourquoi ? Comment ? Combien ? C'est ce qu'on a voulu savoir.
- Laure
Ici, vous entendrez des histoires de reconversion.
- Audrey
Bonne écoute !
- Luc
Bonjour, je m'appelle Luc. À 26 ans, 28, 30 et 33 ans, j'ai décidé de changer d'orientation professionnelle. Avant, j'étais monoactif. Maintenant, je suis entrepreneur pluriactif.
- Audrey
Bonjour Luc. On est très heureuse de t'accueillir dans notre podcast "J'en ai marre, histoires de reconversion".
- Luc
Bonjour Audrey. Bonjour Laure. Merci de m'accueillir. Très heureux d'être là aujourd'hui avec vous.
- Audrey
Pour commencer, si on remonte un petit peu le temps, quel métier rêvais-tu de faire quand tu étais petit ?
- Luc
Je ne me voyais pas forcément pompier ou quoi que ce soit. Mais je me souviens que j'aimais beaucoup les avions. Déjà en Lego, je les aimais bien. Et en voyage. Et, je pense que mon premier voyage je devais avoir 10 ans, mon premier voyage en avion. Et je pense que c'est ça qui m'a beaucoup attiré : l'aviation. Pas tant pour les piloter, mais pour transporter des personnes.
Donc plus, le voyage. Le voyage et l'avion étant un moyen de voyage pour aller très loin et voir des personnes très différentes. Et étant... aussi, alors là c'est l'ingénieur qui va vous parler, un beau bijou technologique. C'est quelque chose qui me fascinait beaucoup. Comment on arrive à faire voler des gens ? On est quand même des terriens quelque part. Comment est-ce qu'on peut flotter dans le ciel comme ça ?
- Laure
Mais tu avais des personnes qui t'avaient inspiré dans ton entourage, qui étaient dans le monde du voyage ou qui voyageaient, qui te racontaient leur voyage et toi tu te projetais là-dedans ? Ou c'est vraiment toi, ton goût pour le voyage ?
- Luc
J'ai pas de personnes en particulier. Je pense que c'est le goût du voyage et de découvrir d'autres personnes et d'autres cultures.
- Audrey
Après, on avance dans le temps. Arrive le lycée. Comment est-ce que tu choisis ton orientation ?
- Luc
Ça, c'est une très très belle question. C'est une très belle question parce que ça a été un grand moment où j'ai eu très peur qu'on choisisse l'orientation à ma place. J'avais la chance d'être assez bon en maths et en physique. On me disait, va faire la "voie royale" avec des guillemets, on le voit pas au micro mais va faire la "voie royale", va faire une prépa et une école d'ingénieur. Et même si j'étais assez attiré par l'ingénierie et par l'aviation, quelque part, certainement par esprit de contradiction, je me disais mais en fait c'est pas à vous de décider, c'est à moi de décider En fait, je n'en savais rien. Et je me suis posé la question au lycée de me dire, mais pourquoi pas travailler dans la vigne ? Moi, j'aime beaucoup la nature. Alors, je ne picolais pas du vin à cette époque-là, un petit peu, mais pas trop, avec modération bien évidemment. Mais j'aime beaucoup, j'ai toujours eu un bon coup de fourchette et assez gourmand, et j'aime beaucoup tout ce qui est autour de la table et de la cordialité, les moments qu'on passe autour de la table, en famille ou entre amis. Je viens d'une grande famille et du coup j'ai toujours le souvenir de grandes tablées ou des événements de famille à grande tablée que je trouvais fabuleux et autour de bons produits. Donc je me disais mais pourquoi pas la vigne et le vin. Mes parents me regardaient avec des grands yeux en disant mais attends t'es gentil mon fils, mais passe ton bac d'abord ? C'est même là aies un diplôme après passe ton bac et va un peu plus loin. Aies un diplôme et après réfléchis.
- Audrey
Du coup, la vigne, c'était un peu le côté esprit de contradiction, c'est ça, par rapport à l'ingénierie ?
- Luc
Oui, mais aussi avec cette aspiration et les goûts, cet attrait. Mais en fait, et c'est ce que je déplore beaucoup aussi, c'est qu'on teste et on n'a aucune idée du monde du travail quand on est lycéen, et encore moins quand on est collégien. Et donc, en fait, qu'est-ce que c'est ? On n'en sait rien. Je vous disais que j'étais assez insouciant. Je n'étais pas non plus allé de moi-même dire, OK, c'est quoi le métier de vigneron ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? Même autour de l'avion, qu'est-ce qu'on peut faire ? Je savais juste qu'il y avait soit on fabrique des avions, soit on les fait voler et on organise leur vol. Je savais que je ne voulais pas trop aller dans l'industrie ou en tout cas la production d'avions. Et donc, un peu par aspect de contradiction, oui. Je pense qu'il y a une part de moi qui est comme ça. Et un peu, par aussi, juste je cherche, mais qu'est-ce qui m'attire ? Ah bah tiens, il y a ça que j'aime bien et qui serait sympa.
- Audrey
Bon, mais finalement, la voix de la raison et des parents, c'est ça, t'ont rattrapé. Et tu choisis plutôt les matières scientifiques et l'ingénierie, non ?
- Luc
Ouais, bah là, j'ai quand même fait un pacte en me disant, c'est pas bête ce qu'ils m'ont dit, les parents. Pourquoi pas ? Donc très bien, je vais aller... décrocher ce diplôme et après on verra. Et je pense qu'il y a une deuxième chose qui m'a poussé dans cette voie-là, toujours dans l'esprit de contradiction d'ailleurs, c'est que c'était en 2009, j'ai passé mon bac en 2009, et il y a eu la refonte du système d'admission post-bac avec ce site qui s'appelait "Admissions post-bac". Et en l'occurrence, j'avais postulé à différentes choses et j'étais pris nulle part. Alors là j'étais très vexé. J'étais pourtant, il y avait d'autres gens de ma classe qui avaient été pris ailleurs, j'étais très vexé, je me suis dit, mais non, c'est mort, on ne m'accepte pas en prépa. On aurait pu se dire, très bien, en fait, ce n'est pas ta voie, tu réfléchis à autre chose. Je suis vexé, en fait, je veux montrer que je suis capable et que je vais y aller. Et du coup, j'ai fait une tournée des prépas pendant tout l'été. J'avais envoyé des lettres partout et j'étais allé toquer aux portes pour dire, en fait, si, si, si, moi, je veux le faire.
- Laure
Moi, je veux faire ça, je veux souffrir pendant deux ans.
- Luc
Je veux le faire. Alors souffrir pendant deux ans, c'était des super années. J'ai pas tant souffert, il y a eu des moments difficiles forcément, c'était beaucoup de travail, mais j'ai adoré. Et adoré en particulier, parce que j'ai adoré creuser la partie physique, de pouvoir expliquer ce qui se passe. Ça c'est la partie ingénieur que j'ai adorée, et à laquelle j'ai pu répondre. C'est pouvoir expliquer pourquoi le ciel est bleu, comment l'électricité ça fonctionne, et tout un tas de choses comme ça que j'ai trouvé absolument fascinantes. Et que je ne regrette pas du tout. Donc un peu par contradiction aussi, face à ces refuges, je me suis dit, vous allez voir, si.
- Audrey
Et finalement, ils ont quand même eu raison de te donner cette seconde chance, puisque tu as quand même réussi à intégrer Centrale.
- Luc
Oui, effectivement, ça a été difficile, parce que je suis quand même rentré, je me suis pris des sales notes, mais la directrice qui m'avait pris m'avait dit, vous avez quand même une qualité de persévérance dont on a besoin quand on est en prépa, donc je vous prends. Super bien, effectivement. Elle ne s'est pas trompée. Ça, je lui en suis très reconnaissant, effectivement.
- Laure
Donc, après, tu arrives à Centrale...
- Luc
Oui.
- Speaker #0
Combien d'années d'études ?
- Luc
Combien d'années d'études ? Cinq en théorie.
- Laure
D'accord.
- Luc
Sept ans vrai.
- Laure
Sept ans ?
- Luc
Oui. Je suis pas si bon élève, j'ai redoublé un petit peu par-ci par-là.
- Laure
Ok, sept ans. Ok, donc tu fais ton cursus, sept ans. Qu'est-ce qui se passe pendant ces années d'études ? Est-ce que tu as des idées de métier ? J'imagine que tu dois faire des stages, que tu découvres un peu plus le monde du travail. Est-ce qu'il y a des choses qui t'attirent déjà à ce moment-là ?
- Luc
Absolument. Déjà, première chose intéressante, quand on fait une prépa, c'est quand même une prolongation du lycée. On a des cours, des TD (travaux dirigés) et des TP (travaux pratiques). Et arrivé en école, il y a un moment où on se dit, là ça y est, je vais pouvoir passer autre chose et approfondir quelque chose et être moins dans le théorique et plus dans le pratique. Sauf qu'arrivé dans une école comme celle du groupe Centrale, c'est un an et demi de tronc commun. On continue de faire un mode lycée pour remettre tout le monde à niveau, parce que les étudiants viennent de différentes filières. Et donc un an et demi, où on continue les amphi, les TD et les TP.
- Audrey
D'accord.
- Luc
Donc là, vraiment, j'en pouvais plus. Et donc j'ai redoublé ma première année d'école.
- Audrey
Donc toi, t'as fait deux ans et demi de tronc commun ?
- Luc
Oui, vraiment. Mais parce que, en fait, je n'arrivais plus à me mettre devant un polycopié et à ingurgiter quelque chose. Parce que ça n'avait plus de sens.
- Laure
Oui, et puis la prépa, c'est intense. C'est quand même des années où plein de choses sont mises entre parenthèses pour se dédier juste au travail et être la tête vraiment dans les livres.
- Luc
Oui, oui. Et surtout, en fait, aussi... En disant avec comme objectif d'avoir la meilleure école à la fin. C'est vraiment tout ce qu'on regarde, c'est le classement des écoles, laquelle j'aurai, en se disant, mais comme ça, derrière, ça m'ouvrira plein de portes, prestige, machin, machin. Pas d'économie de l'effort. Pas d'économie d'effort, oui. Mais en fait, après, si on ne s'économise pas assez, ça, c'était une erreur sur ma dernière année, de ne pas assez prendre de vacances...
- Audrey
Oui t'es arrivé finalement à Centrale et tu n'en pouvais plus, quoi.
- Luc
Oui, donc il y avait un peu de ça. Et donc j'ai beaucoup souffert des cours mais je me suis éclaté dans le monde associatif, qui était des premières expériences professionnelles de gestion de projet, d'organisation, et en fait, je dis vraiment expérience professionnelle, parce qu'on travaille en équipe, on gère des budgets, on organise des événements. Et donc il y a l'associatif, mais il y a aussi tous les projets personnels. Et j'ai commencé à faire un parcours d'entrepreneuriat en école qu'ils ouvraient aux étudiants et que j'ai adoré faire, en disant, mais en fait, avec les connaissances, avec ce qu'on observe et en étant un peu coaché, de se dire "Mais tiens, est-ce qu'il n'y a pas une problématique là qu'on pourrait changer et travailler sur un business et une création d'entreprise autour de ça ?" Et donc, c'est là-dessus que je me suis vraiment beaucoup éclaté en école, plus que dans les cours.
- Audrey
Donc, la petite graine de l'entrepreneur arrive...
- Luc
Oui, exactement. Exactement. Et alors, je rêvais pas être entrepreneur quand j'étais petit. Alors aujourd'hui, je suis entrepreneur. Effectivement. Mais c'est pas quelque chose que je projetais ou que j'imaginais du tout. J'aurais pas dit ça...
- Laure
Et quand tu menais ces projets-là pendant ton école, est-ce que là, tu te disais « Ah bah tiens, être mon propre patron ou lancer des initiatives, c'est comme ça que j'ai envie de travailler » ou tu disais juste « Bah non, c'est comme ça, c'est à l'instant T, ça se présente, c'est comme ça que je le vis, je le vis bien et puis on verra après » ou « J'irai travailler en entreprise » ?
- Luc
C'est ton premier point. En fait, j'aime beaucoup décider de ce que je fais et de où est-ce que je vais faire et d'être mon propre patron et de pouvoir m'aligner 100% avec ce que je souhaite. Ce qui peut être assez vertigineux de temps en temps. Mais en l'occurrence, tu disais alors on voyage dans le temps. On me disait tout petit quand j'étais dans le berceau "Luc, c'est quelqu'un qui saura ce qu'il veut". Donc, je n'avais pas trop ce problème-là et j'avais plutôt, sachant ce que je voulais, envie d'y aller et d'y aller complètement. Et donc, c'est ce que j'ai beaucoup apprécié dans l'entrepreneuriat. À l'inverse, à l'opposition des cours, où je ne voyais pas où ça menait et à quoi ça allait servir derrière. Et donc, je me suis plus, en école, retrouvé dans cette vie extrascolaire, presque. C'était quand même un peu intégré, c'était reconnu. On avait une grande chance que ces initiatives-là étaient reconnues par la direction de l'école.
- Laure
Quand tu dis reconnu, c'est-à-dire que ça comptait dans les notes, dans le parcours, dans l'appréciation globale ?
- Luc
Ouais, ça comptait un peu dans le parcours, et typiquement, on était exempté, c'est presque contradictoire, on était exempté de voyage des trois mois à l'étranger qu'on demande de faire en une première année d'ingénieur, parce qu'on est pris par les activités du campus. Et du coup, je n'ai pas voyagé, alors que j'avais choisi Centrale en me disant ben super, ils ont un réseau d'école et voilà. Donc ça, c'est un peu mon tort, mais parce qu'à ce moment-là, je m'étais dit, en fait, j'apprends tellement et je m'éclate tellement là-dedans. Le voyage, en fait, je le ferai plus tard. Autant développer ça à fond.
- Audrey
Et du coup, passer la période avec le tronc commun, où tu n'en pouvais plus, est-ce que c'est devenu quand même un peu plus concret ? Est-ce que tu avais une idée de ce que tu allais faire après ? Ou c'était toujours très vague ?
- Luc
Je ne sais pas exactement comment ça remonte, mais c'est là que l'aviation est revenue. Avec, et peut-être par esprit de contradiction, la volonté que mon diplôme ait de la vraie valeur. Et du coup, je me suis orienté vers la filière aéronautique de mon école, qui était la plus difficile. Alors que j'avais déjà doublé ma première année.
- Audrey
Oui mais avec plus de motivation du coup.
- Luc
Effectivement avec la motivation et en me disant mais en fait déjà il y a cet "aviation" et si jamais, parce que je commence à réfléchir aussi à ça, ce que j'apprends va aussi me servir si je veux travailler dans l'énergie qui sont deux secteurs que je trouve assez fascinants d'un point de vue ingénierie. En final j'ai pris la filière aviation et je suis allé décrocher un stage qui, je pense, était le stage de rêve depuis petit, enfin pas depuis petit mais depuis mon lycée en fait, j'ai fait un stage chez Air France, Air France KLM, sur la planification réseau : où est-ce que vont les avions d'Air France ? Donc Air France a une flotte d'avions et bah où est-ce qu'on les envoie ? À quelle fréquence, avec beaucoup de sièges business, beaucoup de sièges éco, un peu d'intermédiaires... Et donc c'était tout ce service là, et je trouvais ça extraordinaire, de se dire mais en fait comment on décide ? Il y a la planification à long terme. Et ça ça a été une superbe découverte de la machine Air France, le service de planification avec le long terme, le moyen terme, le court terme. Le long terme c'est, si on regarde les destinations préférées des Français, on va envoyer des avions là. Le moyen terme c'est, ah au fait là il y a les JO donc il va falloir qu'on renforce un petit peu accessoirement ici. Et le court terme c'est ah bah en fait il y a un avion qui est en panne il faut qu'on trouve d'autres avions et c'était une super organisation pour ça.
- Audrey
Et est-ce que du coup, ce stage te conforte dans ton idée d'aviation ou pas ?
- Luc
Pas du tout du coup ! Ca c'est rigolo ça ! Et du coup, j e suis rentré dans ce stage en me disant, soit ça m'éclate et je continue, génial, soit, parce que c'est le stage de fin d'études donc c'est les six derniers mois avant d'avoir le diplôme... Alors là, y a la petite voix du lycéen qui revient et qui dit tu t'es dit "aies un diplôme, après réfléchis". Soit ça ne me plaît pas et je prends une année sabbatique et je vais ne pas utiliser mon diplôme. L'esprit de contradiction est toujours là. Je vais ne pas utiliser mon diplôme et aller faire des petits boulots dans l'agriculture, dans... Je ne sais pas, je verrai.
- Audrey
Faire autre chose, une année.
- Luc
Faire autre chose pendant une année.
- Laure
Donc tu avais gardé ce truc des vignes en tête ?
- Luc
Ah oui. Ah oui, c'était un contrat que je m'étais passé avec moi-même, je me suis dit, ok, j'ai mon diplôme. Je pense que mes parents n'ont pas tort en disant ça va te servir toute ta vie.
- Laure
Et après t'explores.
- Luc
Et après, en revanche, une fois que j'ai rempli ce contrat, je ne romps pas mon contrat avec moi-même d'exploration, de "Mais en fait qu'est-ce que tu veux faire ?" Parce que c'est moi que ça regarde, et zut. Je pense que là on peut peut-être aussi expliquer le fait que je suis le dernier d'une famille de 5 enfants, et que je pense qu'il y a des moments où j'avais besoin de m'affirmer aussi. C'est très drôle, le moment où j'ai dit à mes parents, en fait j'ai arrêté Air France, je pars, je prends un billet, j'ai pris un billet pour la Nouvelle-Zélande un aller simple, je ne sais pas si je reviens. Je leur ai envoyé ça à la figure, les pauvres. C'est potentiellement un gros "j'en ai marre", mais ce n'était pas tant un "j'en ai marre", c'était un peu le contrat de, en fait, je vais me laisser une liberté, une immense liberté.
- Audrey
Oui, parce que au-delà de l'esprit de contradiction, on entend aussi quand même toujours ce besoin d'être aligné à 100% avec toi, et de t'écouter toi d'abord.
- Luc
Et d'avoir une grande exigence envers la satisfaction que je vais trouver dans l'épanouissement bah professionnel, je sais pas, mais en tout cas, dans le déploiement de moi-même, dans mes activités du quotidien. Et donc ça, c'est quelque chose que j'ai beaucoup gardé, il faut que je sois très très exigeant avec ça, parce que si je commence à trop concéder, ça va me consommer, et je vais m'éteindre en tant que personne, et ça, c'est trop affreux.
- Laure
Tu as pris conscience de ça hyper jeune, parce que ça, on l'entend plutôt vers des gens qui ont plutôt de l'ordre de 40 ans en se disant "Maintenant il faut vraiment que je m'écoute parce que sinon..." "C'est parce que je ne me suis pas écoutée que je me sens fanée"... Être capable de s'écouter aussi jeune c'est assez rare. Donc tu as ton diplôme et tu prends un billet pour la Nouvelle-Zélande. Papa, maman,je m'en vais.
- Luc
Ca c'était un grand moment ça. J'ai pas été très tendre avec mes parents à ce moment là parce que, autant c'est marrant je m'en souviens très bien. Je vous raconte la scène. Clairement c'était... On a une maison secondaire, on a beaucoup de chance. C'était sur la terrasse, où là, j'explique à ma mère un peu la démarche. Mon père n'était pas là. Mon père arrive. Mon père, je lui dis en une phrase, vraiment en une phrase. "Papa, je pars en Nouvelle-Zélande, je ne sais pas si je reviens."
- Audrey
C'est un peu violent.
- Luc
C'est un peu violent. Le pauvre, franchement. En fait, c'était le... Le dernier de famille qui dit, en fait, là, vous ne décidez plus, c'est moi qui décide.
- Laure
Oui, je suis adulte. Je vous annonce que je suis adulte.
- Luc
Et j'avais besoin que ce soit fort parce que, en fait, en moi, ça me faisait un peu flipper quand même. Et donc, si jamais je laissais...
- Audrey
Oui, si tu montrais que tu n'étais pas 100% sûr de toi, ça laissait une brèche pour te dissuader.
- Luc
Voilà. Mon père, la première réaction, c'était "quel gâchis!". Tu as fait de super études et tout. Et puis là, tu vas... Qu'est-ce que tu vas faire ? Donc c'était assez intéressant. Mais le lendemain, à froid, j'ai repris un café avec mon père pour lui expliquer plus posément toute la démarche. Et du coup, il m'a dit « Ah oui, ok, très bien » . Et dans ma tête, j'annonçais "Je prends un aller simple, je ne sais pas si je reviens". Dans ma tête, je me dis « Je me donne un an et je vois » . Mais ça, je ne l'ai pas dit.
- Audrey
Nouvelle-Zélande avec l'idée justement d'aller faire quelque chose autour des vignes ? Je ne sais même pas s'il y a des vignes en Nouvelle-Zélande ?.
- Luc
Oui, ils ont du bon vin. Ils ont du bon vin. Ce n'était pas forcément des vignes. Alors qu'est-ce qui a conduit le choix de la Nouvelle-Zélande ? C'est l'appel de la nature. Que moi j'aime dans les montagnes, les forêts et les lacs.
- Audrey
Oui, on y revient quand même.
- Luc
Oui. Avec la possibilité de parler une langue que je maîtrise, l'anglais, et suffisamment loin pour que ce ne soit pas trop facile de revenir. Et que je sois vraiment déraciné complètement et que je ne connaisse rien ni personne.
- Laure
Tu t'es imposé quand même des choses... Enfin pas le chemin le plus facile.
- Luc
Non, alors... Peut-être pas, ouais.
- Laure
Je veux dire, je vais suffisamment loin pour que ça ne soit pas trop facile pour revenir. C'est pas comme ça moi à titre personnel que je planifie mes déplacements.
- Luc
Mais du coup, ça explique peut-être un manque de confiance personnelle en la capacité de tenir, si j'avais été en Angleterre ou en Écosse, au moindre moment de doute...
- Audrey
Oui là tu dis tu serais revenu tout de suite.
- Luc
Je prends un train et je reviens.
- Laure
Je le vois pas aussi durement que toi, parce que je trouve que tu l'exprimes de façon dure. Je trouve justement que tu as conscience peut-être de ce que tu ne pourrais pas réussir à faire et tu mets en place toi-même tes stratégies pour te surpasser.
- Luc
C'était un peu flippant. J'ai vraiment flippé, surtout que c'était intéressant. Ce qui était vachement bien, c'est que ça a été assez vite et dans l'organisation, je vous passe le détail, mais je n'ai pas eu trop le temps d'y réfléchir une fois que j'avais pris la décision, parce que je finissais mon stage et quelques jours après, je m'envolais.
- Laure
Je remonte un petit peu, parce que tu quittes Air France. Mais pourquoi tu quittes Air France ? Parce que tu es dans le monde des avions, la planification dans le transport.
- Audrey
Oui, c'est vrai que tu avais parlé de ce qui ne t'avait pas plu, puisque tu nous avais dit que planifier, ça te plaisait. Finalement, qu'est-ce qui ne t'as pas plu ?
- Luc
Qu'est-ce qui ne m'a pas plu ? Eh bien, c'est la taille de la structure. Elle ne laissait pas suffisamment de place à l'esprit d'entreprise personnelle.
- Audrey
La grande entreprise.
- Luc
C'est de la politique. C'est fascinant dans une entreprise comme Air France, parce que ils ont toutes les compétences pour faire à peu près tout en interne. Ils ont de tout. Vraiment des gens brillants. Mais du coup, il ne faut pas que tu fasses le boulot des autres. C'est comme ça que je l'ai ressenti. Et à chaque fois que j'avais des idées de... Ah, et si, et ça. Ah bah non, ça, c'est plutôt ce service-là. Ah, mais il faut qu'on en parle. Pas sûr. Et du coup, j'étais là... Très bridé, quoi. Ouais, voilà. Et donc, je n'arrivais pas à me déployer. même si je trouvais la raison, j'aimais beaucoup la raison, et donc je pense que ma conscience écologique n'était pas tout à fait développée à ce moment-là, parce que je ne pensais pas forcément à la pollution des avions, mais plutôt au service qui était rendu de faire voyager et rencontrer des personnes venant de continents complètement différents. Et donc c'est ça qui m'animait, et en revanche, c'est à l'intérieur, en voyant que je n'avais pas ma place, parce que j'ai besoin de trop de liberté, Alors j'ai été marqué dans un de mes stages, parce que c'est marrant, dans mes stages, je n'ai pas tout de suite été chez Air France. Je ne sais pas s'ils proposaient des stages, quand j'ai fait des stages de... de césure. J'allais plutôt regarder les autres secteurs qui pouvaient m'intéresser, un peu pour procéder par élimination, en gardant ce stage de fin d'études chez Air France, en me disant ça va être le truc super. Je le garde pour la fin, le meilleur pour la fin. Bon, résultat, je ne l'ai pas fait. Mais il y a quand même une grande entreprise que j'ai trouvée hyper intéressante, c'est pour ça que je vous raconte ça. C'était, je travaillais chez Vinci Énergie, qui avait un fonctionnement de succursale, en fait. Et donc, qui fonctionnait avec un... une répartition géographique et métier sur la France. Donc plutôt que d'avoir une énorme entité avec 10 000 personnes au siège, il y avait une multitude de petites entités de 50 à 100 personnes qui avaient leur spécialité et leur zone géographique. Donc plus d'autonomie. Donc plus d'autonomie et bénéficiant du réseau, de la capacité de développement. Et ça, je trouvais ça hyper intelligent. Mais chez Air France, avec l'historique aussi d'Air France qu'on connaît... qui est privé, mais qui en fait, c'était une compagnie étendard, la seule compagnie française pendant un moment. Et donc là, c'est beaucoup plus politique et tout prend du temps. Et donc ça, je ne m'y reconnaissais pas. Et donc là, on fait appel au contrat que j'avais mis en place avec moi-même en me disant, je rentre là, ok, si je m'y plais pas. Je vais explorer.
- Audrey
Que fais-tu en Nouvelle-Zélande ?
- Laure
Est ce que ça étanche ta soif de liberté ? Qu'est-ce qui se passe là-bas ?
- Luc
Là-bas, je débarque avec quelques nuits dans une auberge de jeunesse. Après, on est bon, on trouve quelque chose. J'ai commencé par faire du woofing. Si vous connaissez le woofing, c'est un système qui permet de dormir chez l'habitant en échange de services. C'est pas mal utilisé dans le monde agricole pour des saisonniers. Et beaucoup en Australie, il y a plein de Français et d'Allemands d'ailleurs aussi. qui eux viennent après le bac, l'Abitur en allemand. C'est intéressant de voir que c'est des âges différents, que nous on y va après les études. Mais bref, c'est un système où il y a... Il y en a qui peuvent être rémunérés, moi je n'étais pas rémunéré. En fait, en échange du gîte et du couvert, je donne quelques services. J'ai habité pendant quelques semaines avec des Néo-Zélandais qui vivaient en autarcie, en autonomie. Et donc ils avaient leur petit potager, leur vigne, un peu tout. Et je les aidais à faire des tâches du quotidien. Et je vivais avec eux. Et donc là, ça a été la découverte d'un mode de vie complètement différent. Et du coup, très centré sur la nature. J'ai fait ça, j'ai été chez une autre famille. J'ai plutôt fait du woofing chez des particuliers plutôt que chez des entreprises agricoles et une autre famille que j'aidais aussi dans leur projet. Et donc j'ai fait ça pendant quelques semaines et après j'ai choisi d'aller chercher un métier à Wellington qui est la capitale néo-zélandaise, pour être barista. Je rêvais d'être barista. Je ne sais pas, je rêvais d'être barista et j'ai découvert en arrivant, le latte art qui depuis est arrivé en France, mais à l'époque il n'était pas du tout en France. Donc tu dessinais des coeurs? Mais en fait non, c'est ce dont je rêvais, mais en fait là-bas c'était tellement une institution que moi arrivant, même si j'ai fait des petites formations, je me disais, t'as pas assez d'expérience. Donc non, mais dans ces recherches-là, passant Noël là-bas, c'était le premier Noël où j'étais tout seul à l'autre bout du monde, l'été en plus c'était rigolo, j'ai quand même découvert un... sur le marché, un vendeur de fromage français qui proposait des machines à raclette. J'ai dit, moi, je vais faire une machine à raclette, une raclette party à Noël, avec les étrangers que j'avais croisés à l'auberge de jeunesse, ça va être sympa, pour éviter que chacun soit solo de son côté à Noël, c'est beaucoup trop triste. Et donc j'avais fait ça, et en fait, en faisant ça, j'ai réalisé que le fromager qui était là, il partait, et il cherchait un remplaçant pour six mois. Je me suis dit, ok, en fait... J'y vais, tant pis, je voulais être barista, mais je vais faire ça. J'ai fait six mois à vendre du fromage qui était importé de France.
- Audrey
C'était que la partie marché, il n'y avait pas la partie production.
- Luc
Mais en fait, assez étonnamment, ces quelques semaines de woofing m'ont fait dire, en fait, j'aime bien aussi le dynamisme de la ville. Et du coup, là, déjà, j'ai compris que même si ça m'attirait, j'avais plus envie d'aller travailler dans la ville. Et du coup, j'ai voulu tester aussi ce petit job-là pour toute l'effervescence qu'il y a. Et donc, ça a été un premier apprentissage. Et donc là, pendant six mois, j'ai vendu du fromage français en Nouvelle-Zélande. Ça, c'est extraordinaire. Parce que c'est tellement exotique, on est à 25 000 km, 40 000 km, je ne sais plus. En fait, un chèvre chaud, c'est exotique. Quand tu racontes que quand tu vas à la montagne et que le soir, tu fais une raclette, on te regarde avec des grands yeux en disant « mais c'est quoi une raclette ? .Et du coup, pas besoin d'être trop expert en fromage, à part savoir distinguer une vache d'une brebis d'une chèvre. Et ayant un bon coup de fourchette de dire « franchement, ça, c'est bon » . Et puis... raconter juste ces petites histoires de moi j'aime bien l'été, les vacances... Storytelling ! Voilà, un peu de storytelling. J'ai développé mon storytelling autour du fromage. J'ai appris deux, trois anecdotes bien placées et en fait ça a marché trop bien. Je me suis éclaté à vendre du fromage. Donc c'était des horaires assez difficiles, mais ça a marché, c'est difficile. Mais je me suis éclaté à vendre du fromage comme ça en Nouvelle-Zélande.
- Audrey
Et alors après l'expérience fromage ?
- Luc
Alors ça c'était intéressant parce que l'expérience fromage c'était assez dense sur quelques jours, mais ça me laissait beaucoup de temps sur les autres jours, mais pas avec un salaire de dingue. Donc là, j'ai appris à ralentir, là où en école, j'ai fait beaucoup d'associatif, et j'avais une deuxième vie en dehors des cours, parfois un peu pendant les cours aussi, malheureusement. C'est peut-être ce qui a fait que j'ai redoublé. Mais du coup, j'ai appris à me poser, réfléchir, et prendre le temps et faire avec peu. Donc j'avais pas beaucoup de salaire, vraiment j'avais un salaire très faible, mais du coup, c'était aussi un peu l'exercice de qu'est-ce que ça fait, et est-ce que je m'en sors, est-ce que je suis heureux.
- Audrey
Oui, donc de quoi je peux me passer.
- Luc
Exactement. Donc j'ai beaucoup lu et j'ai beaucoup réfléchi, et en fait c'était aussi une réflexion sur qu'est-ce que je veux faire aussi après. Et donc ça a été un grand temps de réflexion à ce moment-là, où je pense que j'ai discerné que je voulais utiliser mon diplôme d'ingénieur, en me disant en fait il y a plein de choses extraordinaires à faire avec un diplôme d'ingénieur, l'ingénierie est magnifique, ça peut être un grand défi, mais ça peut être aussi des superbes opportunités, et de voir l'avènement du digital, on n'était pas encore à l'IA, mais voit aujourd'hui avec l'IA. et de voir les défis énergétiques et écologiques, je me disais, mais en fait, si on arrive à bien utiliser l'énergie, je parlais d'énergie tout à l'heure, il y a plein de choses extra à faire, et j'ai envie de l'utiliser ce diplôme, ce beau diplôme. Et donc là, j'ai discerné que je voulais utiliser mon diplôme. Donc là, ça faisait neuf mois que je l'avais eu, et que je l'avais surtout bien rangé dans un placard pour ne pas l'utiliser.
- Audrey
Donc c'est le moment où tu décides de rentrer ?
- Luc
Oui, mais alors j'avais une autre expérience de prévu après Nouvelle-Zélande, c'était d'aller en Inde, où là, c'était un peu toujours dans l'idée de se mettre des défis à soi-même. Donc là, je suis allé une étape d'après dans le challenge, arriver en Inde, débarquer et dire, bon, ben maintenant, il faut que je trouve un truc à faire pendant quelques mois. Et donc, je suis allé faire une mission d'humanitaire pendant trois mois en Inde auprès des missionnaires de la charité, qui, globalement, donc c'est Mère Thérésa, qui avait fondé des centres d'accueil pour les plus faibles et rejetés de la société. En l'occurrence, j'étais auprès de jeunes enfants handicapés qui avaient été abandonnés dans la rue par leurs parents parce qu'en fait, ils n'avaient pas rapporter de sous. Et donc là, belle claque aussi. C'est aussi de dire, je sors de ma statut de privilégié. Il y avait un peu de ça depuis le début.
- Laure
J'imagine que tu te dis, tout va bien dans ma vie. Moi, c'est OK.
Franchement, oui. Et donc ça je l'ai fait 3 mois, ça a été hyper dur parce que c'est toujours pareil, c'est un peu inconscient aussi dans ces moments-là. Je ne suis pas allé à Calcutta, qui est le centre de référence où beaucoup de volontaires vont. Je me suis dit, non, je ne veux pas aller là où on va édulcorer le truc. Je suis allé à New Delhi, où ils n'avaient pas l'habitude de voir un volontaire. Donc j'ai bien douillé, mais en revanche, c'est un bel apprentissage, en fait, de dire, waouh, on a de la chance. Tu te raccroches de temps en temps à cette expérience, en disant "rappelle toi..."
- Luc
Ah oui, ça, c'est marqué à vie. de manière inconsciente même. Donc aujourd'hui, je râle beaucoup moins quand je rate un métro. C'est pas grave. Tout va bien. Donc c'est une grande richesse pour ça. J'ai bien douillé, j'ai perdu 15 kilos, je ne ressemblais pas à grand chose à la fin, mais j'étais allé au bout de moi, et je pense que j'avais besoin de ça, j'étais allé au bout de mon défi, de me dire je vais aller à la rencontre, explorer, l'avion, tout ça et de voir ce que c'est que la vie ailleurs qu'en France où il y a beaucoup de défis je suis quand même rentré aussi en France en me disant en fait tu vas aider des personnes en Inde mais il y en a besoin aussi en France
oui donc du coup tu rentres
du coup je rentre je rentre en me disant je veux utiliser mon diplôme d'ingénieur et je veux être entrepreneur
- Audrey
Et avoir quelque chose qui a du sens quand même, dans ce que tu dis.
- Luc
Oui,
- Audrey
qui sert tout cas, qui a une utilité.
- Luc
Oui, absolument.
- Laure
Ok, donc tu ne fais pas le truc classique de je rentre d'une année de tour du monde et je balance du CV pour chercher un boulot ?
- Luc
Bah, si quand même. Si ? En fait, à ce moment-là, entre la Nouvelle-Zélande et l'Inde, j'ai retrouvé un copain qui était consultant, que je voyais malheureux. Je lui ai dit, en fait, il ne faut pas que tu restes malheureux, c'est interdit. Qui était un copain d'école avec qui on avait fait le BDE, avec qui je m'entendais super bien et je lui ai dit mais en fait, pars voyager trois mois, prendre du recul et réfléchir à ce que tu veux faire. Et lui avait une idée de lancer une startup en EdTech, technologie pour l'éducation, pour faire des classes virtuelles pour l'enseignement à distance et une approche qui soit beaucoup plus participative qu'un Zoom, un Meet ou un Skype, en laissant beaucoup plus de place à la collaboration. Donc on est en 2019, je précise. Donc on est en 2018 à ce moment-là. Voilà.
- Audrey
donc c'est le bon moment quelque part mais on ne le sait pas encore
- Luc
On ne le sait pas du tout. Sauf que moi, en rentrant d'Inde, je rêvais de faire de l'entrepreneuriat, sauf que je n'ai plus beaucoup d'énergie physique et mentale. En fait, ce n'est pas le moment de te lancer en entrepreneuriat. Et du coup, si je me dis, je discerne que ce n'est pas le moment de faire ça et qu'il faut que je trouve un métier pour réapprendre à travailler à la française, quelque part.
Te remplumer aussi. Une espèce de job de transition.
Voilà c'est ça et donc là je suis reparti au Canada. Pourquoi ? Ah oui non mais pourquoi ? Non mais ça c'est une vraie question, ça a été une vraie question à un moment ça parce que en fait on m'avait dit, tiens regarde on cherche un responsable Trade Advisor c'était au Canada à Montréal sur l'Amérique du Nord chez Business France qui est l'agence qui aide les PME françaises les entreprises françaises à se développer à l'export. Et du coup, on cherche un trade advisor sur la partie tech en Amérique du Nord. Et là, je me dis, en fait, génial, je vais apprendre à se développer sur un nouveau marché pour des entreprises. C'est génial, c'est exactement ce qu'il me faut, parce que je vais pouvoir voir un peu les méthodes de développement marché. Pareil, là, je suis rentré avec un deal, parce que c'était un poste en VIA, VIE mais pour l'administratif, je dépendais du consulat, qui était de deux ans. Donc là, c'était parfait. Je me suis dit, parfait, j'ai deux ans. je vais me former au développement d'entreprise et je vais en plus accompagner des entrepreneurs. Donc 3 options à la fin de ces 2 ans, soit en fait je je reviens voir mon copain qui m'a dit vas-y on monte une startup ensemble, je lui ai dit non je peux pas là c'est pas le moment mais si ça marche toujours, enfin, si dans deux ans ça marche toujours, soit je rejoins une des startups que j'ai accompagnées, soit j'ai une autre idée entre temps et je lance un truc. Au final, c'est l'option 1 qui s'est faite j'ai fait un an et demi, presque deux ans au Canada, c'est l'option 1 qui s'est faite où je rejoins mon copain.
Mais toi à ce stade t'avais déjà une idée de business ou pas ?
Non justement. Ce qui, je pense, est assez courant, tellement l'entrepreneuriat, je le vois plutôt après coup, avait la cote. Certainement pour des raisons similaires aux miennes de « je vais être mon propre chef » et on ne se fait plus l'idée du succès d'une grosse étiquette d'entreprise sur le CV, mais plutôt dire « voilà, moi j'ai monté un projet, j'ai monté une entreprise et ça a fonctionné ». Je pense que l'entrepreneuriat a beaucoup la cote encore aujourd'hui je crois. Sans grande originalité. J'étais aussi attiré par ces choses-là, mais dans le sens où j'ai besoin de me donner à 100% pour quelque chose auquel j'adhère à 100%. Bon, ça peut que être mes trucs à moi, parce que sinon ça va être trop difficile de s'aligner à 100% avec d'autres choses. Et c'est pour ça que je suis allé vers l'entrepreneuriat.
- Laure
Donc, tu es au Canada, tu fais tes 2 ans.
- Luc
Oui, un an et demi.
- Laure
Un an et demi.
- Luc
Un an et demi. Un an et demi. Et du coup, je reste en lien avec mon copain. Je suis un petit peu. Et donc, je vois arriver la fin des 2 ans et je vois lui qui s'est lancé avec un autre copain et qui progresse, mais à qui manque un peu le profil commercial, parce qu'on était 3 copains d'école, ingénieurs. Et donc là, je me suis dit, mais génial. Moi, je vais pouvoir revenir avec le profil commercial que j'ai commencé à développer en vendant du fromage, puis, en Amérique du Nord sur la tech, sur tout ce qui va être stratégie de développement de nouveaux marchés. Là, j'ai pris plein de compétences et de méthodes. Le projet de classes virtuelles pour l'enseignement à distance qui portaient des valeurs d'accessibilité de l'enseignement pour aller au-delà du physique, je ne vais pas aller trop dans le détail là-dessus, mais en fait, j'y adhérais beaucoup. Et donc, on s'est dit, fin 2019 j'ai commencé à bosser un peu à cheval entre mon boulot du canada et à donc il y a un peu d'heures de décalage mais je commençais à faire des journées à rallonge et à un moment j'ai dit au Canada : j'attends pas la fin je vais y aller, j'arrête mon contrat là "ciao". Et donc j'ai fait ça et s'est lancée ma première expérience entrepreneuriale autour des classes virtuelles pour l'enseignement à distance. Donc je rentre en France fin décembre 2019 et je ne savais pas que ce qui nous arrivait dessus. C'est le Covid de février-mars 2020. Donc, claque ! Vraiment, claque ! Grosse, grosse claque, surtout que je rentrais en France. Dans tout ça, j'ai quand même beaucoup coupé les ponts. Je me suis quand même beaucoup séparé de tous mes proches, mes copains. Et donc, à un moment, je me disais, là, c'est bon, j'ai arrêté. À un moment, j'ai failli, en rentrant de Nouvelle-Zélande et d'Inde, rester. Puis, en fait, je suis reparti au Canada. Là, c'est bon, je reviens. Je suis content d'être en France parce que j'aime bien. Je retrouve mes copains, ma famille... En fait, zéro. Covid. C'est assez intéressant.
- Audrey
Du coup, est-ce que le Covid a donné un gros coup de boost à la start-up qui était quand même pile dans ce dont on avait besoin à ce moment-là ?
- Luc
Non, on aurait pu croire, mais en fait, on n'était pas assez développés et robustes, pour être une solution dans laquelle on puisse avoir suffisamment confiance. Et donc, ça a été un gros défi pour nous, surtout qu'on commençait sur le soutien scolaire qu'on avait pratiqué nous-mêmes, qu'on connaissait bien, qui s'est effondré tellement on ne savait même plus si on allait passer le bac à la fin de l'année 2020. Et donc, ça a été assez intéressant, assez challengeant pour nous. C'était des beaux défis. Du coup, qu'est-ce qu'on fait ? Et donc, on a accéléré ce que déjà on voulait envisager de proposer l'offre pas que pour le soutien scolaire, mais aussi pour, en fait, ce qu'on connaissait, les écoles d'ingé et de commerce, qui ont plusieurs campus, qui cherchent à développer leur offre d'apprentissage, parce que les subventions d'État baissent quand on est dans une école d'ingénieur, et parce qu'en école de commerce, la concurrence, elle est là, et c'est du privé dans lequel on cherche toujours à pouvoir se renouveler. E t donc connaissant bien ce monde-là des grandes écoles pusisqu'on y était passé, on a accéléré un petit peu dans ces offres-là. Et ce qui a été intéressant, c'est que du coup, le Covid, les premiers mois, ça n'a pas du tout marché pour nous parce que tout le monde est passé sur Zoom, Meet, Skype. Pour certains, les plus originaux ont fait des Discord ou d'autres solutions. Mais tout le monde s'est vraiment cassé le nez sur ces solutions-là pour les raisons que nous on avait identifiées, c'est-à-dire quand t'es prof face à des élèves, en fait, tu vois même pas leur tête, c'est affreux. Et quand t'es élève, c'est affreux aussi... Bon, je pense que tout le monde l'a vécu, je vais pas revenir dessus. Donc là, ça a été un bon moment après pour nous, où du coup, en deuxième temps, ces écoles, en tout cas, ressortaient les projets de formation hybride, présentielle, distancielle, dans lequel nous, on devenait hyper pertinents sur le constat, du coup, vécu par tout le monde. En fait, le magistral à distance, c'est très difficile. Donc ça, c'était hyper intéressant. Et pour autant, on a dû arrêter parce qu'on n'avait pas réussi à trouver d'accord avec des investisseurs pour aller suffisamment vite dans les investissements. Parce que du coup, le besoin marché des utilisateurs a explosé. Et la concurrence s'est dit, OK, il faut qu'on change les trucs. C'est là que les sous-sales Zoom sont apparues. C'est là que Meet a fait des espèces de pseudo-amphi pour simuler le fait qu'on est là en présentiel. Nous, notre conviction, c'était... déjà de base le cours magistral est-ce que c'est toujours d'actualité quand on a toute l'info au bout de nos doigts sur téléphone et est-ce que c'est pas plutôt le participatif, on vous donne le cours sous vidéo, podcast, c'est vachement bien les podcasts ou peu importe et on en reparle et on fait des cas d'usage enemble nous c'était notre conviction et bon ça a pas marché à la fin on avait pas trouvé d'accord avec les investisseurs on avait déposé un appel à projet auprès du Premier Ministre,du cabinet du Premier ministre pour justement avoir un peu de financement. La réponse est arrivée trop tard par rapport à nous. Alors, on avait gagné, c'est dommage, mais elle est arrivée trop tard. On avait déjà dit, on n'en peut plus, on n'arrive pas et on arrête. Donc là, rechangement, ça fait beaucoup de changements dans le parcours, mais qui sont tous très riches et très cohérents. Donc, l'avant-dernier changement, c'est du coup, là, on a décidé d'arrêter. Qu'est-ce qu'on fait ? Je ressors les CV, exactement. Non, mais surtout que... Mon parcours, ça a été travail à l'étranger et entrepreneur en France. Donc en fait, je n'avais cumulé aucun droit de chômage.
- Audrey
Oui, donc on ressort très vite les CV .
- Luc
Oui, faut sortir très vite les CV. Voilà, il y a un moment, c'est ça. Le Covid a eu l'avantage du fait que je ne dépensais pas trop parce que je n'étais pas tenté de sortir avec des copains. Non. c'était un avantage pour ça. Et qu'en plus, j'étais à 200% sur le projet où j'ai vraiment expérimenté ce que c'était de ne pas compter ses heures. C'était très riche et du coup là je reçois un CV et c'est là où j'ai fait ma précédente expérience, où j'ai trouvé un poste de responsable de produit, product manager sur un produit logiciel et IA. Donc là je me suis dit tiens j'ai envie d'aller dans l'IA pour ces enjeux. tous les enjeux que ça ouvre, et d'être dans le cœur du réacteur sur les questions éthiques. Et donc je suis allé bosser dans une boîte qui est une belle boîte française, qui s'appelait Preligens, et qui s'est faite racheter par Safran AI, pour développer de l'IA pour la défense. Peut-être que ça peut paraître lointain en termes d'éthique, mais l'idée était vraiment de pouvoir "armer"entre guillemets d'informations les décisionnaires pour que dans un cas de conflit on ait les meilleures décisions et qu'on fasse pas n'importe quoi.
Donc toi tu y vas dans le cadre parce que ton objectif c'est de comprendre comment ça marche ?
C'est un, de comprendre comment ça marche, et deux d'être dans le coeur du réacteur et de me dire "en fait là stop" et de pouvoir en interne dire "non là on dépasse les limites". Et donc moi en particulier qui développais de l'IA sur de l'imagerie en fait avait posé dès le début comme limite le fait de ne pas aller sur les données individuelles des personnes.
- Laure
D'accord.
- Luc
Et donc ça, j'y adhérais avec l'adhésion et la reconnaissance des armées françaises. Donc, il y a le choix, parce que ce que je n'ai pas dit, c'est que quand on passe les concours d'ingénieurs, on passe aussi les concours des armées éventuellement. Et de navale, j'aime beaucoup la mer, donc j'avais aussi passé ces concours, mais je n'ai pas les bons yeux pour être marin. J'ai une vue qu'il ne voit pas assez bien en 3D, visiblement.
- Laure
Tu n'es pas seul.
- Luc
Merci. Et donc, c'est là où, en fait, voyant ça, IA, armée, éthique. Je me dis là, il y a un truc à aller explorer. Parce que moi, personnellement, je veux m'accrocher à une certaine éthique. Je reconnais la valeur des armées françaises pour défendre nos intérêts et notre fonctionnement français face à des pays qui n'ont pas forcément la même éthique que nous. Je ne vais pas me développer là-dessus. On pourrait faire tout plein de podcasts aussi là-dessus. Mais il y a une forme de reconnaissance en le professionnalisme des armées françaises dans leurs opérations. Et donc, j'étais heureux de pouvoir rejoindre cette boîte en me disant, je vais y aller. Je reviendrai à l'entrepreneuriat. Mais on est au moins sur un sujet qui est innovant et qui va être utile aussi. Parce que Cocorico, chauvinisme, si j'ai bossé chez Air France, Business France c'est qu'il y a une petite part part de chauvinisme en moi. Et donc, heureux de pouvoir contribuer à ça pour ne pas dépendre des renseignements américains. Je vous repasse l'épisode d'Irak où je suis assez heureux qu'on n'y soit pas allé, nous Français. Du coup, il y avait cette partie-là, donc je suis hyper heureux de faire ça. J'ai fait trois ans dans cette boîte où j'ai commencé un parcours de réserviste aussi.
- Laure
Ok, donc tu quittes l'entrepreneuriat, tu retournes dans le monde de l'entreprise. C'est quand même un choc de culture.
- Luc
Oui, oui.
- Laure
Mais tu y vas parce que concrètement, il y a un moment où il faut manger.
- Luc
Oui, c'est ça. Et de me dire, il faut que je me stabilise aussi un peu. J'ai tout donné pour l'entrepreneuriat.
- Laure
Et à ce moment-là, tu te dis, je retournerai à l'entrepreneuriat ou c'est fini ?
- Luc
Non, je me dis que j'y retournerai un jour. Ok. Qu'il y a des chances que d'ici 5-10 ans, j'y retourne. AU final ça a été ".
- Laure
Donc Safran, ce projet-là, donc, il t'anime, et tu commences un parcours de réserviste. Tu peux expliquer un petit peu ce que c'est, réserviste ?
- Luc
Oui, bien sûr. Réserviste, c'est une proposition qui est faite pour que tout citoyen puisse aller travailler quelques jours au sein des armées. Je suis plus sûr qu'il y ait vraiment un minimum. je pense qu'en dessous de 5 jours, c'est vraiment pas beaucoup, mais qui permet d'avoir une forme de contrat de travail à temps partiel avec les armées, qui moi en l'occurrence m'avait été proposé d'abord par les entreprises, par mon entreprise. parce qu'elle travaillait avec les armées, donc elle souhaitait soutenir les armées. Et donc, ça c'était en 2022 que j'ai commencé, parce que 2022, guerre en Ukraine, invasion de la Russie en Ukraine. Là je me suis dit « ah waouh, c'est terrible, la guerre se rapproche ». Et donc, comment est-ce que je peux participer à l'effort au cas où, pour éviter que ça arrive ou pour que dans le cas où ça arrive, y participer. Donc ça, c'était vraiment assez fort, moi dans les motivations aussi, en me disant : ça tombe bien, j'ai des compétences qui peuvent être utiles, pas pour tenir une arme, et je ne sais pas manipuler une arme aujourd'hui et je ne souhaite pas le faire...
- Audrey
Oui, d'accord. Réserviste, ce n'est pas forcément toi avec l'arme en première ligne.
- Luc
Non, c'est ça.
- Audrey
Tu utilises tes compétences.
- Luc
C'est comme ça que j'ai souhaité…
- Audrey
Et tu es rémunéré, tu disais.
- Luc
Je suis rémunéré, absolument. Je suis rémunéré, donc c'est un fonctionnement un peu particulier où le contrat de travail auprès de l'employeur privé est suspendu le temps de ma mission en réserve. Et donc, l'avantage, c'est que je suis sur un sujet qui doit aussi se déployer dans les armées, l'IA, et que je peux apporter des compétences là-dessus. Et donc, on a pu me trouver un poste dans lequel je peux développer mes compétences civiles au sein des armées. En l'occurrence, je suis très heureux de ne pas avoir à tenir une arme.
- Audrey
Oui, c'est important de le préciser parce qu'effectivement, moi, j'imaginais que forcément, du coup, tu étais sur le terrain.
- Laure
Et tu es toujours réserviste ?
- Luc
Oui toujours réserviste.
- Laure
C'est à dire qu'en quittant l'entreprises, c'est un contrat qui se fait indépendamment ?
- Luc
C'est indépendant. J'en ai parlé avec le commandant de l'unité que j'ai rejoint. Il m'a dit aucun souci, tu peux continuer, et ça ne changeait rien au contrat. En fait, j'ai signé un engagement de 5 ans à donner 30 jours par an à la marine. Aujourd'hui encore, cet engagement est valable et je suis très heureux de le faire.
- Laure
Trois ans chez Safran ?
- Audrey
Oui. C'est ça, comment ça se passe ?
- Luc
Ça, c'était fascinant, parce que du coup, j'ai pu creuser ces sujets-là, d'IA, désormais, découvrir un nouvel univers que je ne connaissais pas du tout, et qu'on connaît assez peu, et c'est normal. Donc ça, c'est fascinant. Et en fait... Il y a eu à partir d'un moment un changement chez l'entreprise qui n'était pas Safran avant, qui était Preligens, et qui a commencé à changer de dynamique, de trajectoire, pour être rachetée par un grand groupe qui a, in fine, été Safran. Et là, moi j'ai vu que d'une, je vous ai parlé de mon expérience chez Air France je voyais aussi un peu ce que c'était qu'un grand groupe, et je voyais que du coup, la trajectoire que prenait l'entreprise, moi, je m'y reconnaissais de moins en moins. Et donc, le moment du rachat par Safran, en fait, a aussi été un moment de sortie pour moi, même si quelque part, je me voyais faire 5-10 ans dans cette boîte, parce que le sujet est vraiment fascinant. Je le crois toujours aujourd'hui et je continue de le pratiquer, mais que 30 jours par an, du coup. Mais là, en fait... De la précédente expérience entrepreneuriale, où déjà j'avais des idées, d'autres idées au-delà de classe virtuelle pour l'enseignement à distance, de l'exemple de la réserve, je me suis dit, il y a un projet que j'ai envie de creuser. Bon, bah en fait, vas-y maintenant, parce qu'avec le rachat, c'est un moment de sortir, même si je ne pensais pas du tout le faire là au début. Et donc ça a été le moment où je me suis dit, en fait, il faut tester. Et donc, quelle a été cette idée ? En fait, déjà, avec le projet entrepreneurial EdTech, j'avais la conviction qu'on est amené à apprendre tout au long de sa vie, que c'est très enrichissant, et qu'on est amené à développer ses compétences professionnelles, voire à avoir d'autres métiers. Là, ce que j'ai vécu avec la réserve, c'est de me dire, en fait, on peut avoir deux métiers en même temps. En fait, c'est vachement bien.
- Audrey
C'est ça qui t'a donné le déclic ?
- Luc
Et ça, ça m'a donné un déclic supplémentaire, parce qu'il y avait déjà ce terrain d'étonnement, de voir que quand, ce que je disais au tout début, quand je suis arrivé en école, de voir qu'en fait, 2 personnes de la promo sur 400 savaient ce qu'ils allaient faire, que autant au début d'école, c'est pas grave, mais autant de le voir à plus 2, plus 5, et là je suis à plus 9 ans d'expérience pro, je vois trop de personnes qui s'interrogent, ce que je trouve à la fois, moi ça me touche au cœur, en me disant c'est trop dommage. de ne pas être habité par ce qu'on fait tellement j'ai été marqué positivement par les personnes qui, quel que soit leur métier d'ailleurs, si c'est pour fabriquer des poubelles, ou si c'est pour être boucher, ou pour faire de l'IA pour la défense, étaient habitées par ce qu'elles faisaient, je trouve que c'est des personnes qui rayonnent. Et ça je trouve ça extraordinaire, dans leur diversité, dans leur spécificité, je trouve ça extraordinaire. Et donc de voir des personnes trop interrogées et renoncer à une part d'elles-mêmes, ça me faisait trop de peine. Et de voir certaines personnes qui se posaient des questions en se disant « Mais pourquoi ? Moi, j'aurais peut-être envie d'être boucher, parce que là, le cabinet de conseil, c'est bien, mais bon, il me manque quelque chose. », « Moi, je rêvais d'être enseignante, et puis on m'a dit "Mais non, tu vaux mieux que ça, ma fille". » Ça, je l'ai beaucoup entendu. C'est dur. Et en fait, je me suis dit, c'est là où c'est intéressant par rapport à la reconversion, je me suis dit « Mais pourquoi pas faire les deux ? » Moi, en fait, avec la réserve, ça marche très bien. Et pour rien au monde, je ne serais militaire à temps plein, parce que, en fait, vous l'avez vu, j'ai besoin de liberté. Et donc, pour moi, ça ne colle pas avec les armées. Mais le faire 30 jours par an, j'accepte très bien. Et donc ça, c'est un vrai choix dans lequel je suis très épanoui aujourd'hui.
- Audrey
Une question pratico-pratique, tu n'as pas un salaire toute l'année, tu as le salaire qui tombe quand tu fais la mission ?
- Luc
Absolument. Le temps que ça soit traité administrativement.
- Audrey
Ce n'est pas une sécurité complètement.
- Laure
Je ne suis pas sûre qu'il y ait des gens qui vivent de la réserve.
- Luc
Non, il y a deux profils de réservistes. Il y a les anciens militaires qui ont pris leur retraite et qui continuent de donner un certain nombre de jours, qui était le profil principal jusqu'à récemment. Et puis, depuis peu, l'État invite beaucoup à grossir les rangs des réservistes pour avoir un réserviste pour deux militaires d'actifs. Et donc, là, de plus en plus, on a des réservistes qui, comme moi, n'ont aucune expérience militaire et viennent apporter leurs compétences du civil pour les armées.
- Laure
C'est-à-dire que moi, Laure je peux demain être réserviste ?
- Luc
Oui, absolument. absolument. Et ça, en fait, moi, je le fais pas pour le salaire, je le fais pour la mission de réserviste. Et parce que, en fait, j'étais très content de mon salaire. Et surtout, en fait, l'entreprise qui m'avait proposé ça, elle me disait, on te le propose ces 30 jours, sans toucher à ton salaire, sans toucher à tes congés.
- Audrey
Oui, mais je me demandais si ça pouvait être dans la pluriactivité, un peu le filet de sécurité, mais pour le coup, c'est trop peu ...
- Luc
Oui, là, absolument. Là, je ne le reste pas pour le salaire, vraiment pour le sens, parce que j'adhère à cette mission. Et ça me donne l'idée de dire qu'on peut faire deux choses en même temps. Et en fait, c'est peut-être même très sain. Et donc, face à des personnes, face à beaucoup de diplômés que je vois travaillant dans des bureaux et qui se posent trop de questions et qui se posent la question du sens, que je trouve à la fois très triste mais très enthousiasmant vu les énergies qu'il peut y avoir, de me dire, en fait, la reconversion est certainement très risquée. En fait, elle l'est d'ailleurs. Et quand on regarde le nombre de reconversions, en fait, il y en a beaucoup qui fonctionnent bien et c'est génial. mais... en proportion, elles restent assez exceptionnelles.
- Laure
Et puis surtout, on met souvent en avant aussi des reconversions un peu, je dirais, extraordinaires. Justement, j'étais maîtresse d'école, ou j'étais comptable et je suis devenue acrobate contorstionniste. En vrai, la reconversion, c'est pas toujours aussi radical.
- Luc
Ah oui, c'est pas toujours aussi radical, et c'est pas toujours évident non plus, parce qu'on parle pas de ceux qui ont galéré et qui disent en fait, ça marche pas.
- Laure
Et qui reviennent à autre chose.
- Luc
Et c'est un vrai risque, la reconversion. Oui. Vous le savez peut-être mieux que moi pour avoir interrogé des personnes, il y a un risque. Et je trouve ça merveilleux, toutes ces personnes qui sont allées au-devant du risque. Et pour être moi-même, allé au-devant du risque, ça a été dur à des moments, mais c'est énormément d'apprentissage et donc, je trouve ça extraordinaire. Mais et si il y avait un chemin qui diminuait un peu ce risque ?
- Audrey
Oui, et puis qui pour le coup, peut peut-être donner envie à certains, comme moi, qui sont hyper sécuritaires, de sauter pas parce que ça compense le risque.
- Luc
Oui, peut-être, effectivement. Ou simplement, et donc moi c'est la conviction que j'ai construite, c'est de dire en fait, le faire à temps plein, peut-être qu'on en aura marre aussi et que ça ne va pas nous aller. Parce que je vois, c'est pas mal, le côté de ceux des artistes que j'ai croisés qui me disaient, mais en fait, je ne pourrais pas en faire mon métier parce que ça me donnerait une contrainte et qui me retirerait ce plaisir de dessiner, sculpter. Et donc, je ne veux pas le faire à 100%, mais en revanche, le faire à côté, en plus, j'adore. Et ça me permet de m'épanouir.
- Laure
Ça, c'est quelque chose qu'on entend beaucoup chez les personnes qui sont passionnées de cuisine. Et à qui ont dit, mais pourquoi, tu te lances pas, sois traiteur, ouvre un resto. Non, mais en fait, cuisiner pour ma famille et mes amis, les copains, quand ils viennent, j'adore, je m'épanouis là-dedans. Mais ouvrir un restaurant, c'est encore autre chose.
- Audrey
J'ai une collègue qui adore faire des projets créatifs, mais elle dit le faire en pro, bah non, parce qu'elle aime le faire pour les gens qu'elle aime.
- Luc
Et alors, et peut-être que ça doit rester comme ça, mais du coup, moi, l'invitation avec ce projet qui fait que j'ai quitté et que j'ai voulu le creuser, c'est de dire, pourquoi pas le faire à 15-20% de ton temps de travail ? Tu diminues d'un côté ton premier... Alors, je dis 15-20, c'est la première approche, mais ça peut être du moitié-moitié. En fait, on juge de comment on équilibre tout ça. Et de se dire, en fait, on n'est pas obligé de renoncer à... à certaines vocations, certaines aspirations, pour des raisons salariales uniquement, qui sont en fait très valables, mais on pourrait avoir des métiers qui se complètent, très abstraits, très matériels, peut-être rémunérateurs, moins rémunérateurs, très globalisés ou très localisés, et on a besoin des deux. Et donc, je ne veux pas non plus jeter la pierre. sur ce qu'on appellerait aussi les bullshit jobs, parce qu'en fait on en a besoin. C'est plus théorique, c'est plus abstrait sur des grandes chaînes de valeur aujourd'hui mondialisées. Mais juste je comprends qu'on s'y retrouve moins, parce qu'il y a des moments où on veut voir le résultat de ce qu'on fait.
- Audrey
Oui qu'on ait besoin de concret du coup quand on a ce type de job.
- Luc
Et on a besoin des deux. Et donc plutôt que d'être hyper spécialisé et peut-être péter un plomb et être hyper spécialisé ou faire des allers-retours, pourquoi pas faire un peu les deux en même temps et s'y retrouver et équilibrer ça au quotidien. Au quotidien, ça dépend des formats. Il y a plusieurs formats de pluriactivité. Je vais vous parler du mien par exemple. Moi, je travaille et je vis à Paris, ce qui n'est pas le lieu de la marine. À part l'état-major, mais je ne suis pas l'état-major. Et donc, en fait, une semaine tous les deux mois, je descends à Toulon. Et je vais travailler pour la marine à côté de... Alors, ce n'est pas exactement Toulon, parce que c'est l'aéronaval et c'est à Hyères à côté de Toulon, et parce que mes parents ont une maison de vacances là-bas, donc j'en profite. En fait, là, j'allie l'utile à l'agréable. J'ai de la chance parce que mes parents ont une maison là-bas, mais qui me permet de faire ça. Et ça marche vachement bien. Et ça me... Déjà, dans mon précédent boulot, ça ne m'empêche pas de bien bosser à la fin de l'année, d'avoir bien bossé à la fin de l'année, ou d'avoir fait beaucoup moins, en fait. Et ça ne m'empêche pas d'apporter de la valeur à la marine dans ce que je fais. Et donc ça, je trouve ça super. Et quand on voit qu'on manque d'enseignants, que plus d'un établissement sur deux à la rentrée de septembre, il manquait au moins un enseignant et quand je vois le nombre de personnes, moi, dans mes... dans mes anciens camarades de promo ou même d'école de commerce qui disent « j'aimerais bien faire de l'enseignement » . En fait, de l'enseignement à temps partiel, ça existe. Je vais prendre l'exemple du collège-lycée. Au collège-lycée, on a plein de profs et on a quelques heures de cours par semaine. Je vais prendre l'exemple de la physique parce que c'est celui qui me parle le plus et que je connais le mieux. Mais en fait, physique, c'est trois heures de cours par semaine au collège. Si on compte le temps de préparation et de correction, c'est, disons, on double. 6 heures dans une semaine selon les semaines, ça va être moins de 20% du temps de travail. Quand on a un métier de fonction support ou de cadre, on peut s'organiser. Ce que je faisais aussi, c'était à la semaine, il y a des semaines, je disais je ne suis pas en vacances, je suis à la réserve, je ne suis pas là. Très bien, peut-être tous les mercredis matins, j'ai cours de physique avec mes 5e, donc je ne suis pas là. C'est pareil tous les jeudis après-midi. Une fois que c'est calé, En fait, on le sait et on avance.
- Audrey
Ça peut être aussi un moyen de tester une activité et de voir si elle te convient vraiment.
- Luc
Absolument.
- Audrey
Parce que je pense aussi que parfois, dans les reconversions qui échouent, c'est aussi qu'on s'est lancé un peu sans savoir vraiment.
- Laure
Et c'était un des conseils d'HaAsni, justement qui disait de tester, d'expérimenter. Donc on y vient là, la pluriactivité concrètement. Aujourd'hui, tu quittes Safran et qu'est-ce qui se passe après Safran ?
- Luc
Je veux lancer un projet pour promouvoir et faciliter la pluréactivité. Et donc je monte le projet, il s'appelle maintenant Talenvie. qui vise à accompagner les entreprises et leurs salariés à déployer la pluriactivité, qui soit vertueuse pour tous, en invitant les entreprises à offrir à leurs salariés du temps pour aller faire une deuxième activité. Et la conviction, c'est que tout le monde y gagne, via un équilibre vraiment sain pour tout le monde. Vous et moi, en tant que salariés actifs, on va pouvoir développer une deuxième passion, une deuxième activité dans laquelle on va s'éclater, qui va peut-être aussi être enrichissante pour la première, et en fait s'épanouir et plutôt que de se poser trop de questions et de finir par décrocher et se désengager du travail. Quand on regarde aujourd'hui les chiffres de l'engagement c'est assez effrayant. Gallup republiait l'état du travail dans le monde en disant qu'il y avait une chute de deux points dans l'engagement des actifs pour être à 21%. C'est dommage.
- Laure
C'est aussi, de façon très concrète, un manque à gagner pour les entreprises.
- Luc
Absolument.
- Laure
On sait très bien que les personnes désengagées sont moins productives.
- Luc
Voilà. Et donc, c'est un peu l'approche que je voudrais avoir avec Talenvie. Donc, effectivement, en m'adressant aux entreprises, en disant : en répondant à cette aspiration des personnes avec qui vous travaillez, vous allez gagner un équilibre, vous allez gagner en créativité, adaptabilité, même en performance, pour parler chiffres. Vous allez gagner en performance, parce que vous allez avoir des personnes plus complètes, plus épanouies et plus productives. Et donc ça, j'y crois beaucoup. Aujourd'hui, le projet, c'est d'inviter la pluriactivité de manière un peu orientée, parce que, voyant des secteurs en tension comme l'enseignement, comme le service à la personne, le soin, l'artisanat, l'agriculture, c'est terrible... Parce que j'entends tellement autour de moi des personnes qui aspirent à être bouchers, menuisiers, ébénistes, enseignant, de retourner à la terre. En fait, il y en a besoin aujourd'hui.
- Audrey
Oui et puis après, on entend des fois l'agriculteur qui ne peut pas partir en vacances parce qu'il ne trouve personne pour le remplacer. Typiquement, on pourrait avoir ce type de contrats.
- Luc
Exactement. Et l'agriculteur qui n'arrive pas à trouver la main-d'œuvre nécessaire pour, quand la saison le demande, remplir les pics d'activité, qui doit aller chercher en Espagne, en Roumanie, de la main-d'œuvre qui veuille bien travailler. Ça avait été dur, d'ailleurs, pendant le Covid d'un point de vue agricole, parce que la manœuvre étrangère ne pouvait plus venir. Alors qu'en fait, on est plein à vouloir revenir à ça. Du coup, c'est comment est-ce qu'on arrive à faire ce lien-là ?
- Audrey
Oui, c'est ça, parce que l'entreprise aujourd'hui, je pense que c'est un discours qu'elle commence à entendre et à intégrer, mais peut-être qu'on a encore un petit manque de maturité de sa part sur le sujet.
- Luc
Manque de maturité, je n'irai pas jusque-là. Est-ce qu'on est prêt ? Je ne sais pas. Aujourd'hui, le projet est tout récent. j'ai pas encore convaincu et signé des contrats entreprise, et mon approche est justement côté entreprise, qui dans tous les cas a besoin d'être sponsor, parce que si aujourd'hui vous, vous avez demandé de passer à temps partiel, l'entreprise elle peut le refuser. Et donc je l'invite à être sponsor, comme elle l'a été pour moi en fait. Et donc moi ça a touché, en l'occurrence ça a été contextuel, quelque chose qui était en moi, de... J'avais fait les concours pour la marine, mes yeux ça allait pas, et même si je vous ai donné les raisons pourquoi je pouvais pas être militaire, mais de voir inquiet ce qui se passe aux frontières européennes, bah là on m'a proposé ça, ça a fait tilt. Et de me dire, bah oui, là, il y a un truc intelligent.
- Laure
Et puis ça étanche aussi un besoin, une volonté, tu vois, d'expérimenter, de faire quelque chose et de s'engager quelque part. Parce que, encore une fois, tu le dis, il y a aussi le quotidien. J'ai besoin de payer mon loyer, j'ai besoin de payer mes factures, j'ai besoin d'élever mes gamins. Néanmoins, j'ai quand même envie d'être un peu plus alignée avec ce que je suis, j'ai envie de m'engager quelque part. Est-ce que j'aurais pas une demi-journée par semaine, deux jours par mois à consacrer à quelque chose qui va me permettre, à la fois moi de m'épanouir, de me satisfaire, de rendre les 80% de mon travail moins désagréable parce que j'ai ce petit appel d'air. Et puis tu disais que tout à l'heure que les entreprises étaient pas matures, je sais pas, j'ai l'impression qu'elles entendent ça. C'est reconnu. On sait que des salariés épanouis sont beaucoup plus productifs. Voilà, ils créent de la valeur, davantage. Et on sait que le désengagement crée un manque à gagner. Et j'y crois.
- Luc
Vous êtes de bons exemples, toutes les deux.
- Laure
Oui, mais à quel prix ? Et c'est ça moi que je regrette, c'est que, tu vois, j'ai fait l'expérience de cette reconversion parce que j'ai été essoufflée d'une longue vie, je dirais, en entreprise. Et j'ai changé pourtant plusieurs fois de métier pendant ce parcours professionnel, en tout cas le début de ma carrière. J'ai changé plusieurs fois de métier. Parce que j'avais envie, tu vois, d'expérimenter autre chose. Et peut-être que j'aurais tenu, c'est un peu péjoratif de dire ça, mais peut-être que j'aurais tenu plus longtemps si justement j'avais eu ponctuellement ou régulièrement ces appels d'air qui me permettaient d'expérimenter, de voir et puis découvrir autre chose. Parce que... De se dire qu'on commence dans un métier, on finit dans un métier, voire une entreprise, un métier, ça ne correspond plus au schéma d'aujourd'hui, ça ne correspond plus à l'ouverture qu'on a sur le monde et ce que veulent les gens. Donc oui, j'y crois.
- Audrey
Oui, je pense que c'est ce qu'on disait tout à l'heure en discutant hors micro. Je pense qu'effectivement, pour la jeune génération qui se lasse vite et... qui a vraiment besoin de sens, avoir plusieurs métiers...
- Laure
Mais même pour des générations plus matures qui ont besoin d'être aussi en transmission d'expertise, de savoir. Parce que, tu vois, les agriculteurs, on a besoin de manger, et sauf erreur, s'ils ne sont pas là, on ne mange pas. Et pourtant, il y a de moins en moins de gens qui se lancent dedans, et pourtant, on entend de plus en plus de gens qui aimeraient revenir à la terre. Il y a un moment, pour concilier ça, il va falloir qu'on trouve des solutions.
- Luc
C'est exactement, c'est exactement le cheminement. Absolument. Et alors, tu parles de lassitude ou de tenir. La conviction, c'est aussi qu'on adhère quand même à son premier métier. Si on est dégoûté de son premier métier, en fait, c'est prendre une bulle d'air.
- Audrey
Oui c'est ce que tu disais. Il faut y arriver justement, il faut se lancer avant de ne plus en pouvoir.
- Luc
C'est ça. Mais moi, c'est même au-delà de ça, peut-être pour prévenir la lassitude ou pour maintenir cet équilibre. avant que ça nous ronge et qu'on décroche complètement. De se dire, en fait, oui, je reconnais la valeur de ce que je fais aujourd'hui, disons, chez Safran, mais il me manque quand même... Il y a toute cette anxiété écologique, économique. En fait, qu'est-ce que je fais ? Est-ce que Safran... Oui, bon. Ah, bah tiens, pourquoi je n'irais pas faire ça aussi ? Et je réponds à ces deux appels-là.
- Audrey
Oui, parce qu'aussi, on peut avoir plusieurs aspirations, on peut aimer plusieurs choses,
- Laure
Et qu'on change aussi quand on avance dans la vie.
- Audrey
Et tu accompagnes aussi les salariés, non ?
- Luc
Absolument. Et du coup, c'est pour ça que c'est entreprises et salariés. Et donc, d'abord les entreprises, pour les convaincre que c'est vertueux pour elles aussi. Aussi, pour l'organiser correctement, parce qu'un peu comme on l'a vu avec le télétravail, si tout le monde a des agendas à trous, quand est-ce qu'on réunit tout le monde ? Bon, il faut peut-être un peu le coordonner en disant, cette équipe, mais ce qui s'est fait avec le télétravail, vachement bien, tel service, telle équipe vous êtes là 2 jours par semaine.
- Audrey
Oui et après, c'est pas forcément un jour par semaine. Effectivement, il y a des missions où ça peut être, peut-être pour l'agriculture, c'est plus, je vais partir...
- Speaker #2
Oui c'est annuel, absolument, voilà. Et donc, à partir de là, s'ouvrent plein de questions. Comment j'identifie ? Comment je l'organise ? Comment je me forme ? Parce que, qui dit, deuxième métier, ça ne s'improvise pas. Comment je me forme ? Comment vivent les deux contrats de travail ? Ça veut dire quoi pour ma retraite, mon chômage ? Si j'ai un accident, c'est pour l'un ou pour l'autre. Et donc, c'est là où l'objectif avec Talenvie, c'est d'apporter des réponses à toutes ces questions et d'être facilitateur. Et donc, orienter en commençant par ces secteurs-là que je vous ai cités, parce qu'en fait, des établissements scolaires, on en a, c'est pas une surprise, partout en France. Culture agricole ou des élevages, il y en a aussi partout en France. Alors, en Ile-de-France, il faut peut-être aller un peu plus loin, parce que c'est pas au cœur de Paris qu'on va trouver un champ. Mais il y en a un peu partout aussi. Et l'artisanat même, l'artisanat de proximité, on regrette que ça ferme au profit des grandes surfaces, il y a aussi peut-être là un levier pour permettre que cet artisanat survive ou voire se redéveloppe. Et donc ça c'est la conviction du projet, qu'on gagne à avoir cet équilibre-là. Absolument. Et que l'entreprise va vraiment y gagner. Et d'autant plus là, l'avenir est tellement incertain pour une entreprise. On vient de se prendre il y a deux mois la question des tarifs douaniers américains qui bouleverse tout. Comment on réagit face à ça quand on a un monde du travail qui est moins prédictible, où on est plus vulnérable ? Je crois que c'est aussi en comptant sur la capacité de créativité. d'adaptabilité et d'agilité des personnes qui font l'entreprise, qu'on va y arriver, ça, ça tombe bien, parce que la pluriactivité, ça va être des compétences qu'on développe, en fait, intrinsèquement, parce qu'on sort de sa zone de confort, on va voir autre chose, et on peut faire des liens qui peuvent être intéressants pour l'entreprise.
- Laure
Et puis, on maintient son employabilité, son bien-être, puisque la performance, c'est dans le bien-être.
- Luc
Voilà, donc, c'est le défi, aujourd'hui, c'est d'arriver à convaincre les entreprises de déployer ça, et c'est vraiment ce à quoi je m'attache aujourd'hui. Je n'ai pas encore signé, mais ce qui est intéressant, c'est que j'ai pu rencontrer des directions d'entreprise qui sont assez ouvertes à ce message et qui le reçoivent très bien, parce qu'elles constatent la difficulté de plus en plus grande à attirer les talents, les jeunes générations, à les fidéliser et à les garder engagés. et bien là il y a un moyen on pourrait se dire "tiens on va les distraire en allant faire autre chose", bah en fait oui, mais quand elles reviennent elles sont là à 100%. Enfin, en tout cas, c'est l'objectif du projet, c'est de dire quand vous êtes enseignant, c'est super vous êtes enseignant, mais quand vous revenez au boulot, on a besoin de vous à 100% aussi.
- Audrey
Après je pense que l'enjeu est plus côté entreprise, parce que trouver après les salariés volontaires, là y a pas de soucis. Et je pense que dans les gens qui nous écoutent, il y a plein de gens qui seront super intéressés par cette piste là aussi.
- Luc
Mais l'entreprise a besoin d'être sponsor en tous les cas pour bien coordonner tout ça. C'est pour ça que l'approche du projet, peut-être que ça va changer si je vois des murs, mais ils sont assez ouverts. Et d'ailleurs, ça rejoint une autre initiative. Ça s'inspire de la réserve. Concrètement, c'est juste que ce n'est pas pour faire les armées, c'est pour faire autre chose. Peut-être qu'on aura une réserve d'enseignants, une réserve d'agriculteurs, une réserve d'artisans, moi j'en rêve. Les entreprises, elles cheminent. Le mécénat de compétences, ça s'inspire beaucoup du mécénat de compétences aussi. en fait se déploient aussi pour aller soutenir les associations et avoir un impact localement. Ce qui est dommage avec le mécénat de compétences, c'est que c'est uniquement pour les associations, qui sont indispensables, et pour être aussi assez engagé bénévolement en associatif, je vois ce que c'est, mais qui viennent faire du palliatif à quelque chose qui ne fonctionne pas bien. Moi l'invitation c'est plutôt que d'aller donner des cours de soutien scolaire, de dire en fait, on a besoin de profs avant le soutien scolaire.
- Laure
Oui, de vrais profs, ok. Pas de dégager une journée par-ci par-là pour faire de l'associatif.
- Luc
Et dernière initiative que je regarde aussi avec intérêt, c'est l'expérimentation de la semaine de 4 jours. Ça ressemble un peu dans les dynamiques. C'est donner plus d'équilibre pour être plus efficace sur 4 jours et peut-être arriver à faire ce qu'on faisait en 5, mais en 4. Il y a une ligne de crête entre temps plein dissimulé, mais qui mérite d'être accompagnée. Et pour l'avoir fait, personnellement, c'est là aussi où je vois la valeur de Talenvie. On va vous accompagner à mettre ça en place pour qu' on ne tombe pas dans ces déboires, dans ces travers qui risquent de tout foutre par terre.
- Laure
Oui, préserver le bien-être des gens, c'est quand même un peu l'objectif.
- Audrey
De toute façon, on mettra le lien du site dans le descriptif de l'épisode, bien évidemment, que les gens puissent te contacter, entreprises comme salariés.
- Luc
Ah oui, ceux qui y aspirent, ceux qui sont déjà pluriactifs. Je suis très très preneur, parce que le projet se lance et a besoin de tous les retours d'expérience, toutes les compréhensions. pour réussir.
- Audrey
Et puis je pense que dans quelques mois, on fera un petit update pour que tu nous dises où tu en es.
- Luc
Avec joie.
- Audrey
On se posait une question quand tu es venu. Est-ce que tu considères que ton parcours est une reconversion ou pas ?
- Luc
Plutôt non. Je pense que c'est une multitude de passages qui forment une continuité. Est-ce que c'est une reconversion ? Aujourd'hui, j'utilise tout ... toutes les expériences de mon parcours, sans exception. Est-ce que ça a été des moments que j'en ai marre à chaque fois ? Peut-être sur certains aspects. En tout cas, il a surtout été dicté par l'exigence de pouvoir me déployer complètement et de me retrouver complètement dans l'activité que je fais au quotidien. J'estime pas que c'est une reconversion, j'estime que c'est cette recherche d'exigence qui n'est pas une ligne droite, mais qui va avoir ses virages. mais qui fait qu'à la fin je suis là et peut-être que dans quelques années je serai encore ailleurs, on verra. Je sais pas.
- Laure
Et pour finir, Luc, si tu avais un conseil à donner, une ressource à partager ?
- Luc
C'est une belle question. Un conseil à donner, c'est de bien... Alors je pense que oui, je vais rester dans le bien s'écouter et rester exigeant envers ce à quoi on aspire. Parce que c'est là qu'on devient très bon. Quand on a réussi à identifier cette zone où on arrive à se déployer, en fait, c'est là qu'on est naturellement bon. Moi, c'est ce qui m'inspire chez les gens, quel que soit leur parcours, de voir qu'ils s'éclatent. Et donc, c'est de vraiment chercher ce point ou en tout cas cette manière de s'éclater. C'est pas forcément via un seul métier, ça peut être via une pluralité d'activités. C'est d'ailleurs un conseil que m'avait donné un auteur qui a écrit le bouquin "Range" qui disait les généralistes triomphent sur les spécialistes. Donc c'est peut-être aussi un conseil de lecture? Je l'ai lu en anglais, je sais pas s'il a été traduit en français, mais l'auteur m'avait une dédicace en disant "Continue de chercher ce qui te motive et ce qui va t'épanouir, même si le chemin est long, vraiment, ça en vaut la peine." Parce que lui, il avait mis quelques années avant d'arriver là où il était.
- Audrey
Après, moi, je suis assez admirative à ton jeune âge par cette connaissance de toi-même que parfois on met des années à acquérir et cette volonté, tout le temps, cette détermination à rester fidèle à toi-même et à toujours chercher le sens et à être à exigeant avec ce qui t'anime. Je souhaite à chacun de trouver jen tout cas l'espace dans lequel on peut se déployer...
- Luc
Et ça prend le temps que ça prend,c'est pas grave. J'ai 34 ans il y a plein de gens qui ont beaucoup mieux réussi que moi à 34 ans, c'est pas grave.
- Laure
C'est un autre sujet encore "Qu'est-ce que la réussite ?", mais en tout cas tu as l'air heureux
- Luc
je suis très heureux.
- Laure
Tous nos voeux de réussite à Talenvie
- Luc
Merci.
- Audrey
Merci beaucoup.
- Luc
Merci à vous pour votre invitation et ces beaux échanges.
- Laure
Nous espérons que vous avez apprécié ce moment autant que nous.
- Audrey
Si vous avez aimé l'épisode, abonnez-vous. Et n'hésitez pas à laisser une note positive et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée.
- Laure
Et parlez-en autour de vous.
- Audrey
Et si vous souhaitez partager votre histoire de reconversion,
- Laure
écrivez-nous.
- Audrey
Merci pour votre écoute.
- Laure
Et à très bientôt pour un nouvel épisode.