- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Jour 1, le podcast qui explore les chemins vers la sobriété sous l'angle lifestyle. Car oui, pour nous les addicts, être sobre, c'est cool. Je m'appelle Cédric Couvez, je suis le fondateur de Jour 1 et je suis sobre depuis 612 jours. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Antoine. Il y a 133 jours, notre invité est parti explorer son chemin de sobriété seul sur son vélo. Depuis le début de son aventure, Antoine n'a pas touché à une goutte d'alcool. Il est en direct de Séville et va nous partager son histoire sans filtre. et sans phare. Salut Antoine, merci beaucoup d'être avec nous. Pour commencer, peux-tu te présenter à nos auditeurs ?
- Speaker #1
Moi c'est Antoine, j'ai 37 ans. J'ai été addict au crack et à la cocaïne pendant plus de 20 ans. J'ai eu un déclic l'année dernière, il y a un peu plus d'un an, après l'avoir annoncé à mon papa et à maman, à qui j'avais caché tout ça, durant toutes ces années et à tous mes proches pareil. J'ai été cuisinier pendant 20 ans. C'est un peu le métier qui m'a fait découvrir toutes ces choses-là, que ce soit l'alcool, la drogue. Et puis, depuis 20 années, elle a donné ma vie dans la restauration et elle me détruit avec toutes sortes de drogues, que ce soit alcool ou drogue douce et dure.
- Speaker #0
Quel était ton premier rapport avec l'alcool ? Quelle image tu avais, par exemple, de l'alcool quand tu étais plus jeune, quand tu étais adolescent ?
- Speaker #1
Je suis quelqu'un de très timide de base. Du coup, ça m'a désinhibé. J'avais l'impression de pouvoir devenir la personne que je n'arrivais pas à devenir sans alcool. Ça m'a fait faire des folies. J'ai toujours ce truc-là où j'ai aimé faire des bêtises dans ma plus tendre enfance. Au début, j'avais l'impression que ça me faisait du bien.
- Speaker #0
C'était une béquille sociale ? pour justement entrer en contact avec les autres et peut-être t'accepter toi-même ?
- Speaker #1
Ouais, carrément. En fait, moi, j'ai grandi à l'étranger. À la fin de la troisième, les profs, ils ont dit à mes parents que si je voulais continuer en général, il fallait que je recommence tout à zéro. Du coup, on a regardé les possibilités en CAP. Moi, je voulais devenir barman. Mon père, il m'a dit non, tu vas finir alcoolique. On a décidé de couper la poire en deux. Il voulait que je fasse de la cuisine. Je lui ai demandé pour faire du service. Et en fait, à chaque fois que je servais une table, j'avais des gouttes de transpiration qui coulaient. Et puis, j'ai commencé à boire un peu pendant les services et ça allait beaucoup mieux. Et donc, je me suis dit, putain, trop bien, je réussis à faire avec ça. C'est des choses que je n'arrive pas à faire sans. Donc, j'étais trop content.
- Speaker #0
Et au fur et à mesure, cette consommation s'est immiscée réellement dans ta vie, est devenue une sorte d'obsession.
- Speaker #1
Donc, moi, ma maladie, c'est... pas l'alcool. Je n'ai aucune addiction à l'alcool. Au contraire, je n'aime pas. Je buvais des cocktails où on ne sentait pas le goût de l'alcool. C'était vraiment le côté sortir de mon personnage. J'avais l'impression de découvrir mon personnage qui, en fait, n'était pas du tout moi. Aujourd'hui, 20 ans plus tard et 4 mois après avoir arrêté l'alcool, je me rends compte que c'est tout. Il faut s'accepter tel qu'on est. Donc, voilà, ça a été... J'avais l'impression que ça me faisait du bien, mais pas du tout. C'est aujourd'hui que je m'en rends compte. Donc voilà, moi après, ce qui s'est passé, c'est que je suis vite parti dans les drogues. C'est plus ça qui m'a plu. En deuxième année de CAP Service, j'ai rencontré un mec plus vieux que moi qui vendait de la drogue sur les parkings d'Aubonne-Belge. Le soir de mes 18 ans, il me propose une trace de coke. Je lui dis non, j'ai trop peur. Il me dit si tu veux, j'ai un truc qui se fume. Mais je ne savais pas si c'était du crack. Et là, tout de suite, ça a matché de ouf. Parce que cette année, j'ai été diagnostiqué TDAH. Donc c'est des cerveaux qui ne s'arrêtent un peu jamais. Et le jour où j'ai pris ça, mon cerveau s'est arrêté. Et c'était un bonheur absolu. Et c'est ça qui a été mon addiction tout de suite. Donc en fait, j'ai été fêtard toute ma vie. J'ai continué à faire la fête, à prendre toutes sortes de produits en soirée. Et en fait, quand je rentrais de soirée, je fournis du crack. Et après, un peu dans la vie de tous les jours, jusqu'à il y a un an et demi où là, ma copine m'a quitté. Et puis j'ai... Je suis tombé au fond du trou, burn-out au boulot, tout ça. Et je suis retourné chez mon papa. Et c'est là que le process a commencé, en final, de sortir de cette addiction.
- Speaker #0
Tu avais ressenti des impacts sur ta vie professionnelle et personnelle, de ta consommation excessive de toutes sortes de produits et d'alcool tout au long de ta vie ? Auparavant, quelles étaient les anecdotes ?
- Speaker #1
Tant que tu consommes, tu es dans le déni. Moi, en fait, après mon CAP Service, je suis parti en cuisine. Je me suis fait embaucher dans la plus vieille brasserie de Lille. où là, j'ai fait les 400 coups, que ce soit boire, on buvait quasiment tout le temps au boulot. Et tu sais, c'est une brasserie qui date de 1929, je crois, avec la même carte depuis 1929. Service serveur en pingouin, service au guéridon. Et en fait, on battait des records de nombre de couverts qu'on faisait. quand on était défoncés. Donc on avait l'impression d'être meilleur en plus de ça. Ça, c'est les débuts. Après, au fur et à mesure du temps, moi, je buvais pour faire redescendre l'effet de la drogue. Parce que du coup, le crack, la coke, quand tu en bois, ça remet un peu les pendules à l'heure. Et j'ai réussi à cumuler toute ma vie. Le boulot, tous mes patrons étaient très contents de moi. Mon dernier patron a dû embaucher deux chefs pour me remplacer aujourd'hui. J'étais vraiment bon dans ce que je faisais. Le truc, c'est que j'ai toujours fait de la cuisine, soit bourré, soit défoncé quasiment. Je ne peux pas savoir aujourd'hui comment ça aurait été sans les produits. Je pense que j'aurais été meilleur. Je n'ai jamais voulu rentrer dans l'élite de la cuisine française. Si je l'avais voulu et si je n'avais pas pris de produits aujourd'hui, j'aurais pas ce que j'étais très bon dans mon domaine. Donc, en fait, avoir du recul là-dessus, tu ne peux pas vraiment tant que tu n'as pas repris le métier en étant sobre, on va dire.
- Speaker #0
Et sur ta vie personnelle, tu as eu des incidents qui t'alertaient justement sur cette consommation-là ou en fait, c'était finalement en long fleuve tranquille presque, certes un peu agité. Non,
- Speaker #1
ce n'était pas un long fleuve tranquille, tu sais, pour se cacher de tout ça auprès de tes proches. Mes copines, mes amis, mes parents, ce n'est pas vraiment du mensonge, mais c'est cacher la vérité, toujours se cacher. Ma mère est plus jeune, elle a déjà retrouvé une bouteille d'ammoniaque. Elle m'a demandé c'était pour quoi faire. Je lui ai dit que c'était parce que j'ai un copain qui avait fait une tâche sur sa moquette. J'ai regardé sur Internet à quoi pouvait servir de l'ammoniaque pour faire du crack. Enfin voilà, tu vois, des petites années doc comme ça où je me fais griller et je réussis à faire des entourloupes, entre guillemets. Et sur la dernière année où j'étais avec ma copine, où j'habitais avec ma copine, elle n'arrêtait pas de me dire, Antoine, tu fais des trucs bizarres, je ne sais pas ce que c'est. Mais je réussissais toujours à détourner le truc. Jusqu'au jour où on est rentré de vacances, en sortant de l'avion, elle m'a dit, je me casse, je ne veux même pas savoir ce que c'est, c'est fini.
- Speaker #0
C'était en... En premier déclic, ce type d'avertissement de par l'entourage ?
- Speaker #1
En fait, pendant 20 ans, tu te dis, il faut que j'arrête, il faut que j'arrête. Tous les matins, une fois que tu as pris, tu te dis j'arrête. Et puis, une fois que tu as mangé, et même des fois en mangeant, rien que le fait d'avoir mangé un tout petit peu, que ton corps soit rassasié un minimum, tu repenses déjà à reconsommer. Et en fait, toutes ces bonnes résolutions que tu prends, elles sont oubliées. En fait, quand le démon est là, tu ne peux rien y faire. Quand on cure, on nous dit qu'il faut que tu aies des numéros de téléphone, des trucs à appeler. Quand tu as des cravings, je n'aime pas trop ce mot-là. Pour moi, quand tu as ces trucs-là, tu ne peux rien y faire. Tu as beau avoir des listes et pas avoir des trucs à faire, il n'y a rien à faire. Le diable, il est là et tu ne peux rien y faire.
- Speaker #0
Tu parles de cure, justement. Tu as eu des tentatives d'abstinence avant ton dernier arrêt ?
- Speaker #1
Ça m'arrivait souvent d'arrêter. tu vois quand je commençais une nouvelle expérience professionnelle au début ça se passe bien je suis abstinent début de relation amoureuse abstinent et puis un jour que ça soit au boulot ou en amour l'envie elle vient tu te dis bon allez tu rentres à la maison ou au boulot tu te fais pas griller et puis là une fois que tu te fais pas griller c'est reparti tu te dis c'est bon ils m'ont pas vu enfin c'est ton cerveau qui dit tout ça C'est bon, tu peux continuer. Et puis là, en fait, tu reprends de plus belle, de plus en plus à chaque fois, à chaque nouvelle expérience. Donc en fait, moi, même, je me rappelle des fois dans mon lit... J'ai beaucoup voyagé dans mes travaux. J'ai travaillé à Bruxelles, en Bretagne, à Lille, au Corse, à la montagne. Souvent, entre deux saisons ou des trucs comme ça, je rentrais chez mes parents, où je me défonçais. Tu vois, la nuit, tu es là en train de culpabiliser. Et je regardais sur Internet comment me faire aider. En fait, tu regardes ça, tu es défoncé, donc tu ne trouves pas. Et puis le lendemain, tu repars dedans. J'ai déjà réfléchi à me faire aider, mais... Mais pas de la bonne manière. Et puis, je n'étais pas encore prêt, en fait. Je pense qu'il faut vraiment avoir... Pour moi, c'est tomber au plus bas. Moi, ce qui m'a fait vraiment réagir, c'est tomber au plus bas et le regard de mes parents qui étaient démunis. Voilà, la dernière chose pour laquelle je suis parti à vélo, c'est ma mère qui me regarde et qui me dit « Je vais crever à te voir comme ça. Tu vas me faire crever. » Donc, je ne l'ai pas fait pour moi, à la base. Je l'ai fait pour... pour mes proches.
- Speaker #0
Raconte-nous justement cette étape de déclic qui est dans tous les parcours une étape charnière. C'est vraiment là où on sort du déni et on décide de passer de l'autre côté de la barrière. Raconte-nous un peu comment ça s'est immiscé dans ta vie et puis comment c'est arrivé.
- Speaker #1
Mon déclic, ça a été le 1er décembre 2024. J'étais retourné chez mon papa depuis un mois. quand ma copine m'avait quitté, comme je vous l'avais dit, en sortant de l'avion. J'étais chez mon père pendant un mois. Je me suis défoncé comme rarement, jusqu'à ne plus avoir de fric, lui piquer sa carte bleue. Elle est retirée. Je savais qu'il recevait des notifications. Donc il m'a appelé, il m'a envoyé un message. Il a essayé de m'appeler, je n'ai pas les crochets. Il m'a envoyé un message, il m'a dit, s'il te plaît, rentre à la maison. Il voyait bien déjà depuis un mois qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Mon père, il croyait que c'était le pétard ou un truc comme ça. Et donc, je suis rentré et je lui ai tout dit. Cache direct. mon papa est quelqu'un qui je pensais qu'il allait me foutre à la porte j'ai été très anti drogue tout ce qui est maladie cérébrale de ces dépressions tout ça c'est un peu pour les entre guillemets à l'époque parce qu'il a changé et je se trouve je voyais pas vraiment ce qu'ils pensaient tout ça mais c'est mon ressenti je pensais que voilà qu'il était et en fait il m'a regardé dans les yeux il m'a dit antoine on va s'en sortir on va y arriver et en fait pendant un mois j'ai continué à consommer en loose day Tout peu à peu, je lui donnais des moyens pour stopper. Je lui donnais une carte bleue, puis deux, puis trois. Mais je continue à réussir à prendre un gramme par jour. Et puis, il y a un jour où je me suis réveillé, je lui ai dit à maman, parce qu'on avait décidé de le garder pour nous à ce moment-là, donc un mois plus tard. Je lui ai dit à ma mère, qui est très importante pour moi, très sensible comme moi. Et puis... Le soir, sans le savoir, je prends mon dernier gramme et le lendemain, trois musiques qui passent dans mon salon. Je chale toutes les larmes de mon corps avec le sourire aux lèvres. Et là, c'est pareil, encore une fois, mon cerveau, tu vois, là, c'est pas le diable mélange qui dit c'est fini. J'ai vu 20 ans de ma vie défiler là pendant une demi-heure. Et mon père est rentré, je lui dis papa, c'est fini. Ce jour-là... a été ma dernière consommation avant le suivi addicto, avant la cure. C'est inexplicable. C'est des scientifiques que j'ai rencontrés sur la route à vélo qui m'ont dit que c'était un miracle. Ce sont des trucs qui sont hors du commun.
- Speaker #0
Peux-tu nous raconter justement ton parcours en addictologie, en cure ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Donc, le jour où je lui ai dit à mon père, lui commence à prendre contact avec les addictos, que ce soit les hôpitaux et tout. Et tout le monde lui dit tant que ce n'est pas votre fils qui nous appelle, on ne fera rien. Donc, moi, je les appelle. Je voulais lancer le processus. C'est juste que j'avais décidé de continuer à travailler à ce moment-là parce que c'était encore moyen de consommer au final de ne pas être à la maison. Et très long. Donc, tu as deux mois d'attente pour un premier rendez-vous addicto. Je suis arrivé à mon premier rendez-vous addicto. Je t'écris depuis une semaine. C'était un infirmier qui m'a reçu. Je l'ai reçu à la fin du rendez-vous et puis je lui dis, j'aimerais bien rencontrer un médecin. Sans dénigrer du tout les infirmiers, mais à ce moment-là, tu veux avoir des mecs qui ont un peu plus de travail derrière, encore une fois, sans dire de mal du tout des infirmiers. Je voulais avoir un addicto, tu veux avoir le meilleur entre Guinée, tu vois. Et puis il me dit t'as de la chance, on a une nouvelle qui vient d'arriver, t'as un rendez-vous la semaine prochaine. Il me dit essaye de continuer à être clean jusque là, je reste clean, je la rencontre, elle me dit que tout ce que je fais depuis deux mois c'est parfait. qu'il faut que je continue comme ça. Ils me disent de faire attention à l'alcool, mais ils ne me le disent pas de la bonne manière. En fait, ils me disent que je vais remplacer une addiction par une autre. J'ai toujours su que je n'allais jamais devenir alcoolique. Je te dis, je n'aime pas l'alcool. Mais voilà, boire un verre de varata, boire une bière. Donc, ils m'ont mal expliqué les choses, pour ce que je pense. Ils me disent que dans cet hôpital-là, ils ne font que des cures de jour. Moi, ça ne m'intéresse pas. Aller la journée dans un truc pour pouvoir après se défoncer la nuit. Enfin, bref. Ils m'orientent vers un autre hôpital qui me dit qu'il y a plus de 4 mois d'attente parce que j'ai mon premier rendez-vous, du coup ça c'est en décembre, début décembre. J'ai mon premier rendez-vous à Dicto dans l'hôpital où je ferai la cure en janvier et j'ai ma place en cure en avril. Je tiens tout ce temps-là clean. Mon père, en fait, quand mes parents se sont séparés, ils ont décidé de faire un planning d'un an où je n'étais jamais tout seul. J'ai beaucoup de chance, j'ai des parents extraordinaires. En janvier, on part en Inde avec mon père pendant un mois et demi, où pareil, là tu redécouvres des paysages, des gens. Enfin l'Inde, je ne me remettrai jamais de ce voyage. C'est qui tout double. Moi j'ai trop aimé, il y a des gens qui sont choqués par ça, par la pauvreté, des trucs qu'on peut voir dans la rue. Moi l'argent n'a pas de valeur pour moi et c'est le sourire. C'est ça la richesse, tu vois. Donc, tu vois des gamins qui sont heureux dans la rue, moi, je ne vois pas qu'ils sont sales ou... Enfin, bref. Donc, voilà. Et puis, après ça, mon père repartait ailleurs. Et donc, je partais un mois chez ma mère à Lille. Et je décide de m'acheter un vélo pour partir en cure en Bretagne.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Sur un coup de tête. Comme ça. Après avoir fait deux sorties en vélo avec mon frère de 30 bornes, tu vois. Je ne sais pas, je pense que je voulais me prouver des choses et j'avais de la rage à sortir. J'ai fait 1200 kilomètres en 9 jours. Alors que j'ai jamais fait de vélo, ce qui, de ce qu'on m'a dit, était... Enfin maintenant je le sais, mais c'est énorme. Et puis voilà, j'arrive en cure, je suis clean depuis 4-5 mois. Je suis le seul arrivé clean en cure. Parce que les gens attendent justement, pour eux, ça va être le remède miracle, la cure. Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir le déclic que j'ai eu aussi, tu vois. Enfin, c'est pas du tout pour dire du mal des gens qui arrivent pas clean. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir ce déclic. Et je pense qu'avec du recul aussi, j'ai une bonne force mentale. Et donc moi, la cure, j'ai pas aimé du tout. En fait, on t'apprend à... A avoir une vie normale, donc à te lever à 7h30, à te petit déjeuner, à laver ta chambre. Des choses que j'ai fait toute ma vie en fait. J'ai été dans l'addiction, mais j'ai au minimum pris soin de moi toute ma vie. J'ai continué à avoir un boulot, j'avais des relations que je pensais gérer. Mais en fait, avec du recul, je ne gérais rien. J'ai eu la chance de les avoir gardées aussi longtemps ces filles dans ma vie au final. Et puis, je continue à pénaler quand j'ai des temps libres en fait. Parce qu'on a des sorties pendant la course. Elle dure six semaines. Mais on a deux week-ends et une semaine complète. Donc à chaque fois, je partais faire du vélo. Et puis, je recommençais tout doucement à avoir du monde, par contre. Et à me remettre quelques cuites. Que je gérais, mais je sentais quand même de plus en plus l'envie de consommer, revenir, tu vois. Mais tu n'as pas le recul pour dire que c'est l'alcool. Si tu te dis que j'ai tenu dans la soirée, ça veut dire que ce n'est pas à cause de ça que le lendemain, j'ai envie. En fait, si. Et puis, les mois passent et on arrive au mois de septembre où je rencontre une fille qui a un coup de foudre pour moi. Je lui dis tout de suite la vérité sur mon histoire. Elle me dit qu'elle veut prendre soin de moi. Deux semaines plus tard, on part en week-end à Bruges. On loue une chambre avec Soma, Mam, Jacuzzi. champagne. On boit deux bouteilles de champagne et puis là, elle me dit j'ai envie de prendre de la coke. On rentre à Lille. Moi, je lui dis non, on est trop bien. On va prendre un resto. Tous les restos complets. Elle me dit, tu vois, c'est un signe. Et puis moi, entre l'alcool et la confiance pour la personne, au bout d'un moment, je craque. Je lui dis ok, on y va. Et puis là, c'est la descente aux enfers parce que je ne veux pas rentrer dans les détails de l'histoire avec cette fille, mais... Mais moi, c'est pas de la coke que je prends, c'est du crack. Elle, elle consomme pas parce qu'elle a vomi sur la route. Le lendemain, elle me fait culpabiliser, je me barre. Et puis là, c'est dix jours de descente aux enfers où... Je retourne chez ma mère parce qu'elle m'a demandé d'habiter chez elle tout de suite. Je retourne chez ma mère et je consomme tous les jours mes 4-5 grammes de crack par jour, ce qui est beaucoup. Je dépense 3 000 euros en 10 jours. Ma mère commence à voir que je rechute vraiment parce qu'elle voit toutes ces bouteilles d'alcool qui disparaissent. Parce que pour redescendre et réussir à être devant elle, je buvais comme un trou, je buvais deux bouteilles de gin par jour. Et puis, ce jour, au bout de 3-4 jours, elle me grille avec ma cuillère en train de faire du crack dans ma chambre. Et c'est là qu'elle me dit, Antoine, tu vas me buter, tu vas me tuer. Et la culpabilité, sur le coup, je n'ai même pas pensé à la prendre dans mes bras. J'avais qu'une seule envie, c'était de fumer mon crack. Au bout d'un moment, tu n'as plus de crack, tu redescends un peu dans la nuit parce que les dealers ne répondent plus. Et puis, tu te dis, putain, je ne peux pas continuer à faire ça à ma mère. Et donc, c'est là que j'appelle mon frère qui était dans la maison de vacances en Bretagne où il y a le vélo. Je lui dis, lui, il habite à Paris. Je lui dis, est-ce que tu peux prendre mon vélo et le ramener à Paris quand tu rentres ?
- Speaker #0
Et de là, il y a une aventure complètement incroyable. C'est ce dont on va parler maintenant. C'est complètement fou. Tu as donc pris ton vélo. Tu savais où tu allais ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. En fait, ce qui se passe, c'est que je suis encore défoncé quand je pars. Pas le jour où je pars, mais un jour plus tôt, j'étais encore en train de me défoncer la gueule. Je n'avais aucune envie de faire du vélo. Cette expérience-là avait coupé toute envie de faire quoi que ce soit. J'avais l'impression que le travail d'un an derrière avait été anéanti. Mais je me dis, l'hôpital, ça ne marche pas. Les médocs, ça ne marche pas. Enfin, je n'en veux pas. J'essaye ça, c'est des coups de poker. Je dis que je fais Cap-au-Sud parce que je suis parti le 15 octobre, fin de l'automne, on arrive à l'hiver. Cap-au-Sud, mais je ne sais pas où je vais et je ne sais pas combien de temps. J'appelle juste un pote qui habite à Clermont-Ferrand, un très bon ami. Je lui dis peut-être que je vais venir à vélo. Il ne faut surtout pas que j'ai la pression de venir parce qu'il ne faut surtout pas que j'ai de la pression. La pression, c'est le meilleur ami de l'addiction. Je veux stresser de rien, mais est-ce que si jamais j'arrive là, est-ce que tu m'héberges ? Elle me dit, ben oui, bien sûr. Et donc, j'y vais, quand elle fait, je pars, cap au sud. Et en fait, j'ai de la flotte tout le temps, tempête, tous les trucs comme ça. Et en fait, je kiffe. Limite, c'est le moment où il fait beau, où il n'y a rien, où c'est monotone. Et puis, même pas dix jours après, j'arrive à Clermont-Ferrand. Au début, j'y allais mollo, tu sais. En fait, avec l'addiction, tu connais un peu ton corps, tu sais. Donc, je fais des petites journées au début. Je fais des rencontres sur la route, des gens qui m'émergent, des trucs comme ça. Tu recrois en l'humain, c'est un truc de malade. Je partais de chez ma mère, c'était BFM, où tu te dis, putain, c'est la fin du monde, quoi. C'est n'importe quoi. Et puis là, les gens qui t'ouvrent la porte... Et puis, la vie qui est bien faite. Le premier gars qui m'héberge était un ancien toxico à l'héroïne qui était clean depuis 15 ans. Donc, tout de suite, tu prends espoir. Tu crois en ton avenir. Et puis, j'arrive à Clermont-Ferrand. Des livrances, c'est 400 kilomètres. Aujourd'hui, j'en ai fait 4000, donc ça ne me paraît rien. Mais voilà, j'arrive à Clermont-Ferrand. Là, c'est les larmes. Tu te dis, putain, je vais m'en sortir. Et puis, en fait... Moi, j'en voulais énormément à cette fille sur le moment quand j'ai rechuté. Ma mère était très calme et elle me disait « Antoine, ça ne changera rien de lui en vouloir » . Et j'ai fait la conclusion, j'en ai déduit à ce moment-là. J'ai arrêté de lui en vouloir et je me suis rendu compte que ce n'était pas elle la fautive, c'était l'alcool en fait. C'était depuis un an où je continue à boire un peu. et des fois à me mettre des tôles, je me suis rendu compte qu'en fait, c'était ça l'élément déclencheur. Donc au moment où je suis parti à vélo, j'ai dit j'arrête de boire aussi. Mais toi, je ne savais pas du tout. Je pensais que j'arrêtais de boire pendant une semaine ou deux. Et puis je me suis dit, quitte à arrêter, un, l'alcool, ce n'est pas une addiction, donc c'est facile à arrêter. J'arrête aussi l'alcool. Et en fait, chaque jour qui passe, tu grandis dans ta tête avec l'arrêt de l'alcool. Une fois arrivé à Clermont-Ferrand, je me suis dit « vas-y, je continue » . Je voulais aller à Marseille, j'avais des capots sud. Arrivés à Clermont-Ferrand, mon compte Insta a explosé. J'ai pris 10 000 abonnés en trois jours. Mon téléphone sonnait dans tous les sens. Je recevais des messages de personnes qui me disaient « viens dormir à la maison » . J'habite là, viens à la maison. Et en fait, c'est Instagram qui a fait, les gens qui me suivaient, qui ont fait mon voyage de Clermont-Ferrand jusqu'à San Sebastián en Espagne. Si je voulais, je m'arrêtais tous les 20 kilomètres en traversant le massif central, la Bourgogne, enfin non pas la Bourgogne, là il y a les canards, le Périgord, des coins morts, où il n'y a pas beaucoup d'habitants. C'était incroyable. J'ai fait... Depuis combien de temps ça a duré ? Ça a duré 15 jours, je crois. Des rencontres plus folles les unes que les autres. Magique, quoi. Et c'est là que je me suis dit... C'est incroyable, quoi. Et mon père qui me dit, Antoine...
- Speaker #0
Tu reviens quand ?
- Speaker #1
Ah oui, non ! Justement, complètement l'inverse. En fait, moi, l'année dernière, quand j'étais en Inde avec lui, je lui ai dit, papa, j'ai envie de partir faire le tour du monde avec mon vélo. Il m'a dit, non, Antoine, il faut que tu reprennes le boulot. Et là, mon père, il m'a dit, Antoine, en fait, je viens de comprendre, t'es différent, t'as une voie différente. Je sais pas où elle va te mener, mais t'es en train de trouver ta voie, là. Et en fait, moi, ça a été une délivrance. Depuis toujours, j'ai ce rêve de faire le tour du monde. Je dis pas que je vais le faire. Mais en fait, j'ai enfin les feux verts pour... tout mon entourage aussi pour continuer ce voyage. Et moi, je l'aime, ce voyage.
- Speaker #0
C'est génial. Alors, il y a une petite question qui me trottait dans la tête. Donc, quand tu as commencé à partir sur les routes, à vélo, tu as commencé à documenter ton voyage sur Instagram. On est bien d'accord que toi, de toute façon, Instagram, à l'époque, c'était pas... Enfin, voilà, t'avais un outil de communication en réseau social, mais t'étais pas influenceur, on va dire. Et tout d'un coup, il y a une chaîne de solidarité, c'est ça qui s'est... qui s'est construite sur ton expérience ?
- Speaker #1
En fait, l'histoire, c'est qu'au moment où je l'ai dit à mes parents l'année dernière, je me suis rendu compte que le fait d'en parler, ça me sauvait. Donc, quand je suis parti à vélo pour aller en cure, un jour, je me suis arrêté à un Action. Je voulais acheter un drapeau et je lui ai écrit. Au final, ça a été une tête d'oreiller et un manche d'abalé. Et j'ai écrit. et l'île Bretagne des Intox dessus. Et là, je me suis dit, je fais une vidéo de ce drapeau, je le mets sur mon Insta et j'explique mon histoire à tout le monde. Parce que tout le monde savait que j'étais fêtard, que je prenais de la coke, des tasses, des trucs, mais pas que j'étais un toxicomane au crack. Et je voulais pas, au final, j'en avais parlé à une poignée de personnes dans mon entourage, ça allait finir par se savoir, mais je voulais pas que ça soit le téléphone arabe. Je voulais vraiment raconter mon histoire, la vérité. Et je me disais, au plus de mon le sait... au moins j'ai de chance de rechuter. Donc j'ai commencé à... Donc tout mon voyage, les 8 jours à vélo, les 9 jours à vélo, je les ai racontés sur Insta. J'ai partagé ma cure. Et là, j'avais pris déjà quelques abonnés. Je ne sais plus, 3-4 000. Je ne sais plus exactement. Après, j'ai arrêté. Et au moment où je suis parti de chez mon frère de Paris, mon frère m'a dit, Antoine, par contre, tu reprends ton Insta parce que l'année dernière, ça t'a fait du bien. Au début, c'était mon moyen de tout lâcher. En fait, ce n'est pas mon psychologue Insta, mais c'est de parler au vide, de tout lâcher comme ça, de dire tout ce que j'ai sur le cœur à des gens qui ne peuvent pas directement me répondre au final. Et donc, si tu ne veux pas dire un message, tu ne le dis pas. Et puis après, en fait, quand tu as... te prends 10 000 abonnés d'un coup et que tu reçois des messages, putain, merci, tu me donnes de l'espoir, des trucs comme ça, tu te dis ah là là, putain, en fait, ça a du sens en fait, ce que je fais. Donc moi, ça m'aide et en plus de ça, ça aide les autres. Et à partir de là, tu te dis, bon, je continue, quoi. Je continue Insta. Quand des gens, ils te disent, c'est la première fois que j'appuie sur le bouton suivre sur Insta et je suis fier de le faire, tu te dis, putain, c'est quand même cool, on dit quand même vachement mal des réseaux, au moins, tu es en train de lancer un réseau qui est bon pour les autres, quoi. Donc, c'est le top.
- Speaker #0
Quand tu prends la route comme ça, à vélo, tu te fixes des objectifs, tu rebondis sur des opportunités d'hébergement. Comment ça se passe au quotidien ?
- Speaker #1
Alors, sur ces 15 jours-là, c'est comme si c'était ma destinée. Ça faisait une route jusqu'à l'Espagne. Mon rêve de gosse, c'est de retourner en Espagne parce que j'ai grandi en Espagne. Là, je n'avais rien à faire. Je répondais juste au message et j'y allais. Et en fait, il y en a que je recevais, que je voyais trop tard. Et du coup, je l'ai loupé, mais c'était le destin. Donc, à ce moment-là...
- Speaker #0
À ce moment-là, c'était simple. C'était irréel. C'était un truc de malade. Et une fois que j'ai passé la frontière, ça a été le changement radical. Même si je parle quand même pas trop mal espagnol, là, tu te retrouves seul au monde. Tu passes d'un endroit où, limite, tu n'étais jamais seul. Et on t'envoie des messages dans tous les sens pour que tu ailles voir les gens. J'abuse un peu, mais c'était limite une star. Et là, tu... passe une frontière invisible. Et t'es plus rien, en fait. Et c'est un nouveau voyage qui a commencé, un voyage plus dans l'intérieur de soi, tu vois, où là, j'ai sorti ma tente et je suis reparti à fond en mode je dors en tente. Et en fait, j'adore. Je me rends compte que là, à parler de ce voyage en France où j'étais hébergé quand je voulais, c'était incroyable. Je me rends compte de plus en plus que je suis un grand loup solitaire et que je suis heureux seul. On m'envoie souvent des messages, tu te dis ça va, c'est pas trop dur tout seul. Pour rien au monde, je ferai ce voyage accompagné. Je parle à 100% parce que j'ai un projet après dont je tiens à cœur. Mais c'est mon voyage à moi et qu'il y ait des gens qui viennent faire des étapes avec moi avec grand plaisir. Mais pour rien au monde, je le ferai accompagné.
- Speaker #1
Souvent, justement, l'introspection et se retrouver, se reconnecter à soi-même fait partie totalement du processus de rétablissement. Souvent, l'addiction est une fuite de soi-même. On essaie de prendre un peu le large par rapport à soi-même. Là, pour le coup, toi, tu ne peux pas le faire parce que tu es toi avec toi-même sur la route, effectivement, dans ta tente.
- Speaker #0
Même en vélo, tu vois. Même en vélo. Tu es là. En fait, en vélo, vu que mon cerveau ne s'arrête pas, je passe mes journées à réfléchir en vélo. Et en plus de ça, quand tu t'arrêtes après un temps. Donc, c'est des journées complètes. Mais c'est une vraie thérapie. Et tu penses à quoi, justement, quand tu es sur ton vélo ? En fait, sur le vélo, ça dépend. Parce qu'il y a des moments où je vais très lentement, où je fais 40 bornes par jour, comme en ce moment. Là, en Andalousie, ça a grimpé pas mal, donc ça valait le double. Mais il y a des moments... En fait, ça dépend un peu de tout. En fait, tu te penses au personnage que tu es devenu à des moments. À des moments, tu penses à comment ne pas penser que tu en as marre de pédaler. Parce que, je ne veux pas te mentir, tous les jours, ce n'est pas un bonheur de remonter sur mon vélo. Mais en fait, dès que tu as fait quelques coups de pédale et que tu vois des choses incroyables, là, c'est que du bonheur. Mais ce n'est pas la facilité de pédaler au final. Je n'ai pas remplacé une addiction de la drogue par une addiction au sport, loin de là. Je le fais parce que je sais que ça me fait du bien. Mais je ne suis pas là à me dire, il faut que j'aille en faire.
- Speaker #1
Tu as vécu des tentations, des toutes petites envies par exemple sur ton chemin ou alors vraiment l'obsession t'est passée ?
- Speaker #0
Non, tous les jours, ça vient me chatouiller dans le cerveau. Tous les jours. Ça, je le sais depuis le premier jour où j'ai pris de la coke et du crack. J'ai su que ça allait faire partie de ma vie, que ça allait être en moi toute ma vie. La différence entre ces quatre derniers mois et l'année d'avant, c'est que grâce à l'arrêt de l'alcool, cette envie arrive et je lui dis non, et elle repart en un quart de seconde. Tu ne peux pas appeler ça. C'est pour ça que je n'aime pas ce mot « craving » . Est-ce que tu as des cravings ? Pour moi, non. Cravings, c'est une envie irrésistible de consommer, je crois. La définition. J'ai une envie de consommer. Pas irrésistible parce que je lui dis non. Donc, ce n'en est pas un. Il y a ce diable qui est là tous les jours, qui restera dans mon cerveau toute ma vie et qui viendra de temps en temps, je pense de moins en moins souvent. Il se passe des journées complètes sans que je ne l'ai pas. Mais tous les jours, quasiment gelé. Mais je lui dis non et il repart.
- Speaker #1
Et ta relation avec les gens que tu rencontres sur ton chemin, qui aujourd'hui ne sont pas forcément au courant de ce qui t'arrive. Tu es très très suivi en France. Ton compte Instagram est suivi par plus de 30 000 personnes. Tu as vraiment embarqué une communauté à travers ton aventure. Là aujourd'hui, tu es dans un pays étranger. Les gens que tu rencontres ne sont peut-être pas forcément au courant évidemment de ta situation. Et c'est très cool parce qu'il y a une sorte d'anonymat qui se crée de fait. Comment tu fais pour refuser le premier verre ? Souvent, c'est un signe de socialisation.
- Speaker #0
Alors, je ne vais pas au bar, déjà. Je ne vais pas au bar. Les Espagnols, tu vois, au début, quand j'ai passé la frontière, on m'a dit, mais il ne va pas en Espagne. C'est là-bas où il y a le plus de défonce, de cra, de drogue et tout. Attends, les Espagnols, ils ne m'ont jamais regardé de travers quand je commandais un coca au bar. C'est... Il n'y a rien à faire, je suis raide dingue de ce pays. Tu vois, là encore ce matin, je vais chez une coiffeure. Je n'y avais pas été depuis 4 mois. Et j'arrive, en fait, ça faisait depuis... Ça faisait 600 bandes, je crois que je n'avais pas fait de lessive. Donc ça faisait plus d'un mois que je n'avais pas fait de lessive. Donc je commençais vraiment à être crasseux et à puer. Et j'avais tout préparé mon linge. J'hésitais à partir ce matin ou pas. Il y avait le podcast, donc j'ai regardé la chambre une journée de plus. Et du coup, je suis arrivé à pieds nus dans le magasin de chez le coiffeur. Ils avaient vu que je n'étais pas du coin. Ils se disaient, qu'est-ce qu'il fout à Piquenu ? Je leur explique le truc. Ils sont vachement, ils s'intéressent vachement à tout, les Espagnols. Surtout dans la campagne. Enfin, ça, c'est comme partout. Et puis, je ne sais pas. Hier, je faisais réparer mon vélo. Je ne lui parle pas de mon addiction. Il prend mon Insta, il l'a vu, tu vois. Mais là, je ne sais pas pourquoi j'en parle. Tu vois, ils s'intéressent, Hier aussi, mais je ne sais pas. Le mec, je lui dis, du coup, je suis un toxico. Il lève son bras comme ça et il me montre qu'il avait un tatouage narcotique anonyme. Il me dit, je suis clean depuis 15 ans.
- Speaker #1
C'est les jolies rencontres.
- Speaker #0
Ouais, c'est marrant. Mais c'est pour te dire qu'en fait, hier, je ne voulais pas le cacher au gars, mais ça ne vient pas dans la discussion. Aujourd'hui, ça vient dans la discussion. En fait, aujourd'hui, je n'ai aucun tabou à le dire. Il y a des moments où ça sort, il y a des moments où ça ne sort pas. mais c'est pas c'est pas Je n'y pense pas, en fait. C'est le déroulement de la discussion qui va faire que je vais lancer le truc ou pas. Mais dans tous les cas, je sais qu'il faut finir par le savoir parce que tous les gens avec qui je parle, au final, ils sont comme des fous. Quand ils me disent que ça fait 4 mois que je suis en vélo, hier, je me cherchais du jambon, il y avait tout le magasin qui était là à parler avec moi. Donc, en fait, même sans le vouloir, tu attires la curiosité des gens. Au milieu du magasin, je n'ai pas dit que j'étais un toxico. Personne n'a pris mon Insta, personne ne saura. Mais du coup, je ne cache rien. Et puis, il y a des gens qui le savent et des gens qui finissent sans le savoir, qui m'ont rencontré et qui ne se douteront jamais de tout ça, je pense.
- Speaker #1
Quelle est la suite de ton aventure ? Là, tu es en ce moment dans les environs de Séville. Qu'est-ce qui va se passer après ?
- Speaker #0
La suite, c'est l'Afrique. Pour l'instant, je traîne un peu dans le coin parce que je me suis décidé de faire le semi-marathon de Paris. Je reviens la semaine prochaine pour faire le semi-marathon. J'ai été contacté par M6 pour faire une émission. Je vais être rapatrié aussi fin mars. Après, je continue à me balader en Espagne. Je veux faire la Semana Santa à Séville. Je veux continuer à faire l'Andalousie, aller à Grenade, après suivre la côte jusqu'à Gibratar, et après essayer de trouver un voilier pour traverser le Détroit. J'aimerais bien lancer... Depuis le début, je dis que c'est un truc sans moteur, mais ça m'est déjà arrivé de traverser des canaux, des mini-canaux en bateau à moteur, des navettes. J'aime bien ce délire-là, si c'est un plus gros truc, d'essayer de le faire en bateau à voile, parce que j'ai fait de la voile toute ma vie. Une fois que j'arrive au Maroc, je vais découvrir un peu le Maroc, je vais retrouver la famille de mon frère, mon frère est marié avec une Marocaine, là-bas, et je veux lancer un... J'ai un... Comment on appelle ça ? J'ai une idée en tête depuis la moitié de mon voyage, où je veux réunir des addicts et des non-addicts à faire un bout de voyage avec moi au Maroc. parce que je me suis rendu compte sur les 30 000 personnes qui me suivent qu'il y en avait beaucoup qui étaient des proches en fait. Des proches qui ne savent pas comment vit un toxicomane, que ce soit l'alcoolique ou le drogué. Parce que l'alcoolique, je pense que c'est comme le drogué, il ne reste pas à parler quand il consomme. Il a besoin de tout évacuer, mais il n'y arrive pas. Et je sais une chose, c'est qu'en étant avec moi pendant un petit temps, il ne consommera pas. Ce que je souhaite, le plus je montre, c'est qu'il ait peut-être son déclic, mais je sais qu'il ne consommera pas et qu'il va parler. Dès que tu t'arrêtes de consommer, tu parles. Et donc, en fait, l'idée, le premier truc que je vais faire, c'est juste prendre un toxicomane avec moi, un toxicomane au crack, parce que c'est... C'est une chose que je connais. Je pense que là, avec tout le travail que je fais depuis un an, j'ai les moyens de lui expliquer ma façon de faire pour essayer de le faire avancer là-dessus. Pour voir aussi comment ça se passe la vie à deux en voyage. Et si ça se passe bien, après, j'aimerais bien lancer un truc un peu plus grand à faire venir des non-addicts aussi qui seront là pour apprendre un peu la vie du... de l'addict, que tout le monde partage ensemble et que ça fasse du bien à tout le monde au final.
- Speaker #1
Toi, ta sobriété aujourd'hui, comment tu l'envisages à long terme ?
- Speaker #0
Alors moi, je sais que j'ai fait un trait sur l'alcool. Vu que je ne suis pas addict à l'alcool, je peux le dire que je ne consommerai plus parce que quand je vois une bière, ce n'est pas une envie irrésistible d'en consommer. Comme un alcoolique, ou comme si tu me mettais un gramme de crack devant la gueule, je ne peux pas... Vu que je suis malade du crack, je ne peux pas dire que je ne consommerai plus parce que je ne sais pas si ce fameux craving, donc cette fameuse envie irrésistible d'en consommer, réapparaît. Tu ne sais pas comment tu vas la gérer. Tu vois, je pense qu'un alcoolique, il ne peut pas non plus dire je ne consommerai plus jamais parce que tu ne sais pas à quoi la vie elle est faite. Je sais que je ne consommerai plus d'alcool. Je sais que... Le fait de faire ça, je me donne tous les moyens possibles pour ne pas retomber dans le krach. Je sais que ma vie sera sans alcool. Je suis sûr à 90% que le fait de ne plus boire d'alcool fera que je ne consommerai plus jamais de drogue.
- Speaker #1
Aujourd'hui, quelle est la plus grande leçon que tu tires de ce chemin que tu as réalisé ?
- Speaker #0
Je pense que pour se sortir de l'addiction, il faut aller chercher en soi des choses qui t'animent. Quand tu es dans l'addiction, elles peuvent ne pas t'animer. Tu vois, je n'avais pas envie de faire de vélo quand j'étais dedans. Donc, il faut penser dans le passé quelque chose qui te plaisait. Et je pense qu'on a tous une passion quelque part en nous dans le passé. Et c'est ces choses-là qui peuvent te faire t'en sortir. Ou l'amour. Mais après, miser sur l'amour pour sortir de l'addiction, ce n'est pas une bonne chose non plus. Donc, c'est ça, moi. C'est aller chercher loin derrière. Qu'est-ce qui t'a animé plus jeune, plus tôt, dans ton enfance même ? Et repartir avec ça pour aller de l'avant.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un qui s'interroge sur sa consommation ? Quels seraient les messages aujourd'hui, à l'aube de ton expérience, que tu pourrais lui transmettre ?
- Speaker #0
En fait, il faut tout essayer. Le problème dans l'addiction, c'est que... Moi, je sais que ma mère, elle m'a fait... Pour que je m'en sorte, elle m'a fait culpabiliser. Le problème, c'est qu'il y a des gens, tu vas leur faire culpabiliser, ils vont se suicider. C'est très dur ce que je dis. Pour moi, il faut essayer avec un minimum de douceur toutes les choses. Montrer que tu es là pour la personne. Si tu vois que le fait d'être là pour elle, il va en profiter. Parce que l'addict, il profite de beaucoup de choses. Essayer d'être dur avec lui. En fait, essayer un peu tout. Et des fois, moi, ça a été le fait de me faire abandonner par ma copine aussi. Tu vois, aujourd'hui, je la remercie de m'avoir quitté, parce que si elle ne m'avait pas quitté, aujourd'hui, je serais encore dedans, je pense. Moi, personnellement, c'est tomber au plus bas qui m'a aidé.
- Speaker #1
Merci infiniment pour ton témoignage sans phare. C'est toujours un plaisir d'explorer les chemins de solidité de chacun. J'espère sincèrement que ton chemin inspirera également celui de nos auditeurs. autant qu'il m'a inspiré. Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode de De Juran. Et d'ici là, n'oubliez pas, pour nous les alcooliques, jamais le premier verre et 24 heures à la fois. À très vite, mes amis. Merci beaucoup, Antoine.