- Speaker #0
Moi j'ai vraiment aussi cette caractéristique de pouvoir travailler avec toutes les personnes de bonne volonté, qu'elles soient de droite, de gauche. Ce qu'il faut c'est travailler, travailler, avancer et penser au bien commun. L'entreprise, on est clairement dans une logique de performance. En politique, on ne vous demande pas la performance, on vous demande de l'équilibre ou du consensus, vous savez ce qui va passer, ce qui ne va pas passer. C'est déjà joué d'avance. C'est pour ça que quand vous voyez le Chahut dans l'hémicycle aujourd'hui, c'est du spectacle, c'est du théâtre, c'est pour faire parler, c'est une hémicycle.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez été formé à... On va comprendre cette fonction, on apprend sur le temps.
- Speaker #0
On apprend sur le temps, oui.
- Speaker #1
Bonjour à tous, je m'appelle Nicolas Barbier et vous écoutez Kaizen Démocratie, le podcast qui explore la fabrique du politique et plus précisément nos pratiques démocratiques. Comment est-ce qu'on fait des lois ? A quoi ressemble vraiment le quotidien d'un député ? Qu'est-ce qui change quand on passe de la vie civile à la politique ? Aujourd'hui, je reçois Stéphanie Kerbar pour parler de tout ça. Bonjour Stéphanie Kerbar, merci d'inaugurer ce format avec nous. Donc vous avez passé 20 ans dans l'industrie, dans des grands groupes, puis vous êtes élue députée en 2017. Donc concrètement, comment est-ce qu'on passe de consultante spécialisée dans la logistique à députée de la République ?
- Speaker #0
Eh bien déjà par un engagement, alors pas forcément politique, mais en tout cas associatif, et puis à militer quand même pour des idées. Et en ce qui me concerne, en 2010, il y a eu la... publication de la norme ISO 26000, qui est une norme de responsabilité sociétale, et on a vu des déclinaisons, des normes filles déclinées de cette responsabilité sociétale, et notamment la norme française sur les achats responsables. Donc là je me suis impliquée dans la construction de cette norme, et puis quand vous faites partie de ces travaux-là, l'idée c'est quand même d'aller... d'aller en parler, de faire découvrir aux entreprises que cette norme existe, etc. Et vous faites des interventions. Et à la suite d'une intervention, lors d'une conférence, on est venu me voir en disant, mais est-ce que vous avez déjà pensé à vous engager en politique ? Vous êtes une femme, j'ai regardé, vous habitez le monde rural, ça m'intéresse. Voilà, ça s'est passé comme ça. Et de là, c'était 2015. Et moi, je n'avais jamais pensé, quand vous êtes dans le monde économique, que vous avez des clients, des fournisseurs, que vous avez plusieurs parties prenantes, vous ne disposez pas vos idées politiques et vous ne parlez politique que lorsqu'il y a une loi ou une disposition qui va toucher votre secteur, mais sinon vous n'abordez pas ces sujets. Et donc, je ne m'étais jamais vraiment posé la question d'être encartée. Je regardais ce qui... ce qui pouvait exister dans le paysage à l'époque. Rien ne m'attirait vraiment dans les grands partis connus, en tout cas, qui faisaient parler d'eux. Et puis c'est vraiment au détour d'une, ça prête à sourire, mais d'une librairie de seconde main, où là j'ai trouvé un ouvrage sur le parti radical, et j'ai commencé à lire des discours. il y avait également le règlement général, etc. Et je me suis dit, c'est là que je veux être. Et ça me paraissait, c'était des documents anciens, mais ça me paraissait totalement moderne. Ça répondait vraiment un peu au climat des grands sujets de l'époque. Et puis bon, après, j'apprends que le parti radical n'existe plus en tant que tel. Voilà. Et là, je prends ma carte.
- Speaker #1
OK. Donc ça, c'est avant 2017. Et en 2017, vous êtes élue.
- Speaker #0
Voilà. Et entre-temps, je fais campagne pour le candidat Emmanuel Macron, qui est aujourd'hui président. Et puis, je fais campagne, mais sans... Il n'y avait aucune veillité. Il a dit, enfin je me rappelle de certaines paroles qui résonnent encore, ce n'est pas parce que vous habitez dans tel quartier, que vous êtes dans telle école, etc., que vous êtes condamné quelque part. Je me rappelle, il parlait de la chasse aussi, l'économie de la chasse. Moi, je suis originaire de Sologne. Et puis de parler, il avait cette manière aussi de rendre... un peu, comment on appelle ça, de voir qu'un sujet ne relève pas que d'un seul ministère ou d'une seule thématique. Vraiment, ça touche d'autres sujets. On l'a beaucoup attaqué aussi quand il disait le pognon de dingue, mais moi, à l'époque, ça avait aussi résonné. Et voilà, donc j'ai fait campagne pour Emmanuel Macron. Et puis, je crois que c'est en février, si ma mémoire est bonne, février 2017, Euh... En plus, je me rappelle, le cadrage de la vidéo était... fait de telle manière qu'on avait l'impression vraiment qu'il était avec nous, dans la même pièce que nous. Et il dit, mesdames, je sais qu'en ce moment, des femmes sont en train de... C'est aux femmes que je m'adresse, je sais que certaines sont en train de tracter sur les marchés, font campagne pour moi, pour me faire élire. Mesdames, présentez-vous, j'ai besoin de vous. Et c'est ce soir-là, je ne saurais pas l'expliquer, mais que j'ai déposé ma candidature.
- Speaker #1
Je ne me rappelle plus de ce moment, et effectivement, ça me revient. C'était un moment assez particulier de Mélisset.
- Speaker #0
C'est vraiment, oui.
- Speaker #1
Vous arrivez tous à l'Assemblée. Vous êtes beaucoup de nouveaux députés issus de la société civile. Concrètement, comment ça se passe quand on est autant à débarquer comme ça ? Est-ce que c'est impressionnant, l'Assemblée ?
- Speaker #0
Alors, nous, contrairement à d'autres parties, nous ne sommes pas arrivés en groupe. Nous sommes tous un peu arrivés par nos propres moyens. Enfin, nous sommes tous arrivés... Voilà, pardon. par nos propres moyens. Alors, souvent avec nos voisins de circonscription, quand même, mais nous ne sommes pas arrivés le groupe entier de La République En Marche comme un seul homme, quoi. On n'a pas filmé d'entrée fracassante, etc. Nous, on était là pour travailler. Et je me rappelle de cette envie de faire, de se relever les manches. C'était vraiment, vraiment impressionnant. Et nous étions tellement nombreux qu'on a vite compris. Nous, on n'était pas du tout au fait de... d'anticiper même les postes, ou les commissions, moi aussi j'avais regardé dans quelles commissions je voulais être, mais beaucoup n'avaient pas anticipé les commissions, les groupes d'amitié même, les nominations dans les organismes extra-parlementaires aussi, tout ça on n'avait pas du tout la notion de tout ça, du coup on n'était pas du tout organisé.
- Speaker #1
Et donc on n'y connaît rien au début, et c'est assez technique, c'est assez protocolaire, enfin c'est pas quelque chose que...
- Speaker #0
Alors c'est une formidable machine, tout est bien...
- Speaker #1
Est-ce que vous avez été formée à comprendre cette fonction ? On apprend sur le tas ?
- Speaker #0
Non, on apprend sur le tas,
- Speaker #1
oui. Et on prend combien de temps pour apprendre ça ?
- Speaker #0
Alors ça dépend des aspects, mais moi pour vous dire, il y a un des critères que j'ai découvert quand même, je le trouve assez tard, au bout de au moins trois mois, moi je suis arrivée au Parlement, je pensais qu'il y avait la CEPA. Aujourd'hui, je souris, j'en rigole, mais c'est pour vous montrer... Je pensais qu'il y avait vraiment une séparation entre gouvernement et parlement. Je pensais que c'était vraiment que chacun travaillait, je ne veux pas dire dans son coin, mais quand même qu'il n'y avait pas autant de liens, en fait. Et moi, je ne comprenais pas, je déposais des amendements, j'essayais de porter des dispositions, etc. Mais il n'y avait rien, il n'y avait pas d'écho, il ne se passait rien, je n'avais pas de co-signature. Alors que derrière, il y a eu un vrai travail. Quand vous déposez un amendement, normalement, je dis bien normalement, vous avez travaillé le sujet, vous savez pourquoi vous le déposez et avec quels résultats attendus. Enfin, ça, c'est l'objet, c'est un peu le prisme entreprise dont on parlait tout à l'heure. Donc voilà, quand vous venez du monde économique et que vous arrivez en politique, votre volonté, c'est de porter des dispositions qui vont changer les choses. Après, on verra peut-être au cours de la conversation, mais que ce n'est pas forcément... Ce que l'on attend de nous, ou les pratiques qui se font. Mais en tout cas, il y avait cette volonté, et moi, je n'avançais rien. Donc, je suis allée voir certains de mes collègues, et je leur ai dit, mais comment tu fais, toi ? J'ai vu que tu avais passé un amendement. Comment tu as fait ? Ils me disaient, tu es allée voir le ministère ? Je dis, non, normalement, il y a séparation. Donc, voilà. Donc là, après, une fois que j'ai compris, voilà. Mais voilà.
- Speaker #1
OK. Et on se sent... Quand on commence à travailler sur un amendement, on se sent légitime tout de suite à prendre des sujets, à y aller en tant que députée ?
- Speaker #0
Alors justement, c'est là... Ça, c'était un des grands défauts, je pense, à la fois de la manière dont j'ai mené le mandat, mais même de certains de mes collègues. C'est-à-dire qu'on attendait d'avoir la légitimité pour y aller. Voilà. Et les hommes, et ça c'est peut-être un défaut d'ailleurs, enfin défaut, non, je ne vais pas dire que c'est un défaut, parce que je pense que c'est plutôt une qualité, mais c'est un des, je ne vais pas dire point fait, parce que ça revient à dire défaut, mais en tout cas c'est une des particularités des femmes. Je pense que les femmes, elles attendent vraiment d'être légitimes, ou en tout cas d'avoir l'assurance pour y aller, contrairement aux hommes qui eux, s'ils sentent qu'on va en parler. Un truc d'actualité, même si c'est pas du tout... Que leur circonscription n'est pas concernée, voilà, ils sont capables d'y aller.
- Speaker #1
C'est la même chose dans le monde du travail. Ok, très clair. Et c'est vrai que le... En termes de légitimité, je pense aussi à la discipline de groupe. Je crois que c'était quand même un des enjeux de cette première mandature. Vous étiez un peu sous le patronage du nouveau président. Comment vous avez vécu, vous, cette discipline de parti et même cette relation avec ce parti ? Je ne me l'ai peut-être pas précisé. Vous étiez donc la République en marche quand vous êtes arrivée à l'Assemblée.
- Speaker #0
En venant du parti radical. Enfin j'ai toujours... Même en étant dans la majorité, j'ai toujours été à jour de... de mes cotisations au Parti radical. Je n'ai jamais brûlé ma carte, je n'ai jamais renié d'où je venais. Je suis toujours au Parti radical aujourd'hui. Et je sais que je n'irai jamais ailleurs. Souvent, on pense que l'herbe est plus verte ailleurs, etc. On se partie à une histoire, à des racines. L'idée, c'est de continuer à développer ça. Mais pour en revenir à votre question, Le fait... Cette notion de discipline de groupe, aujourd'hui en n'étant plus élue et en l'ayant vécue, je ne l'analyse plus du tout de la même manière qu'au moment où j'y étais et où j'étais concernée. Je me rappelle, le président de la République nous avait réunis, toute la majorité. Je n'arrive pas à me rappeler le lieu, mais quand on a été élus, nous avons tous rassemblés. Et je le revois, parce que j'aurai une anecdote après, éventuellement, à raconter à ce sujet-là, mais de nous dire, mesdames, messieurs les députés, je ne vous demanderai jamais de voter comme un seul homme, c'est au ministre de vous convaincre. Et moi, ça m'avait confortée, j'ai eu raison. C'est fabuleux. Pour moi, on était vraiment à l'air de... de vraiment quelque chose de nouveau. Et je me suis dit, il nous a vraiment pris pour qu'on travaille. Le fait de nous avoir choisis, de nous avoir permis d'aller à l'élection et puis aujourd'hui qu'on soit élu, c'est vraiment pour qu'on travaille et qu'on porte une voix, et certainement la voix des territoires d'ailleurs, des entreprises, mais aussi des territoires, et en tout cas des habitants, des Français. Et une fois qu'on... On a été à l'Assemblée et qu'il a fallu commencer à travailler. Là, quand même, j'ai senti qu'on a commencé un peu à nous cornaquer. C'est-à-dire, vous faites partie d'une majorité et vous devez voter comme le groupe. Et peu importe le travail ou les opinions que vous avez. Sauf que quand vous arrivez du Parti radical, tout à l'heure, je vous ai dit que c'était un parti qui avait une histoire, un corps, des racines, etc. Et donc, il y a des choses... qu'on ne pourra pas vous faire accepter. Donc je me dis, c'est vrai que quand j'ai commencé à vivre ça, je me suis dit, on commence à s'éloigner de la promesse de départ. Alors que la diversité, je reste intimement persuadée que la diversité, même au sein d'une majorité, ça pouvait se manager. C'est un terme anglophone, ce n'est pas génial. C'est peut-être pas un terme en politique, mais en tout cas, ça peut se gérer. Et il n'y a eu aucune volonté de gérer ces quelques dissonances. Donc ça, c'est un grand... Je trouve que là, il y a eu quand même, pour moi, un grand échec. Enfin, quelque chose de... Voilà. Et puis après, il y avait la presse autour, qui disait, oui, mais de toute façon, ce sont des chèvres. Ils ont le doigt sur la braguette du pantalon. Ils vont voter, ils ne réfléchissent pas. On leur dit que c'est... qu'il faut voter pour, ils vont voter pour, on leur dit de voter contre. Et donc on avait tout ce discours ambiant, et ce n'était pas la réalité de ce qu'on vivait nous. Il y avait cette dissonance entre ce qui était dit à l'extérieur de l'Assemblée et nous, ce qu'on vivait. Et ça, ça a été très difficile quand même au début. Je dirais qu'on s'y est fait, mais...
- Speaker #1
Ça n'a pas duré tout le long du...
- Speaker #0
Un petit peu quand même. Un petit peu les opposants, enfin je veux dire les gens qui... Même jusqu'à la fin du mandat, c'est vrai que le mot « chèvre » ne revenait plus, mais ponctuellement, ça pouvait ressurgir.
- Speaker #1
Et c'est que pendant les phases de vote ou c'est aussi pendant les commissions, pendant le travail à Mont ?
- Speaker #0
Après, il y a une méconnaissance aussi du fonctionnement parlementaire à l'extérieur. Par exemple, quand on dit « oui, les députés ne sont pas dans l'hémicycle » . Déjà, s'ils sont pas dans l'hémicycle, c'est qu'ils sont bien quelque part. Et là où ils sont, c'est qu'ils ont affaire, que ce soit en circonscription, en commission. Ils peuvent avoir une démission, en audition. Voilà. Donc quand on n'est pas dans l'hémicycle, ça ne veut pas dire que le député ne travaille pas.
- Speaker #1
Et une question peut-être plus simple. Ça sert à quoi d'aller en circonscription ?
- Speaker #0
C'est toute la difficulté du mandat de député. C'est-à-dire que vous avez un mandat national, mais qui dépend d'une élection locale. Et du coup, si vous voulez, je ne vais pas dire être réélu, mais en tout cas un minimum un peu connu, ou qu'on sache que vous existez, il faut bien être sur le terrain.
- Speaker #1
Et pour naviguer dans toute cette technicité, ce processus législatif, peut-être que votre équipe parlementaire a pu vous aider. Vous l'avez constitué comment, votre équipe parlementaire ?
- Speaker #0
Moi je me rappelle surtout de mon premier... Alors j'ai toujours des liens, parce que j'ai pris des stagiaires aussi. Après, durant le mandat, avec de vraies missions, etc. J'étais très heureuse de les avoir à mes côtés. Mais je me rappelle surtout de Samuel qui a été... Pardon, je ne cite que son prénom. On avait reçu plein de CV, et des CV de gens plutôt aguerris, des gens qui étaient déjà à l'Assemblée. Et on sentait, moi par exemple lors d'un entretien, un entretien d'embauche en fait, pour me rejoindre, la personne me dit, bon ok, on sait que l'enveloppe parlementaire pour les collaborateurs c'est pas énorme, donc de toute façon ce que je vous propose c'est... la moitié du temps pour vous et puis la moitié du temps avec un autre député. Je dis non, je dis moi j'ai besoin de quelqu'un à temps complet. Enfin, je ne recherchais pas. Oui, mais de toute façon, le travail ne sera pas intéressant parce que, je me rappelle, vous faites partie de la majorité et donc de toute façon, vous voterez ce qu'on vous dira de voter. Il n'y aura pas de travail. Bon, là, je n'avais pas retenu ce CV-là. Et il y a eu vraiment plusieurs entretiens où ça tournait un peu autour de ça au début. Et puis un jour, j'ai eu la candidature de Samuel et quand je l'ai appelé... Quand il a décroché, j'ai senti qu'il avait le sourire. Enfin, je sentais qu'il était heureux que je le rappelle.
- Speaker #1
Et ce n'était pas un professionnel ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. Il sortait des études. Et je me suis dit, il a vraiment envie. Et je l'ai gardé à mes côtés pendant cinq ans.
- Speaker #1
Ok. On voit vraiment une forte différence entre les députés qui avaient déjà une expérience, un peu les vieux routards, et les nouveaux députés dans la manière de faire, au final, pendant ces cinq ans.
- Speaker #0
Disons que ceux qui avaient déjà eu des mandats de députés savaient très vite là où il fallait aller, enfin aller sur des positions, là où il fallait passer du temps et de l'énergie, on va dire. Alors souvent pour eux.
- Speaker #1
C'était quoi concrètement les moments, justement, quand on veut faire avancer des choses dans cette assemblée ?
- Speaker #0
par exemple pour revenir tout à l'heure je vous ai dit je vais peut-être vous raconter une anecdote mais pour revenir sur le fait le président qui nous dit mesdames et messieurs je ne vous demanderai jamais de voter comme un seul homme c'est au ministre de vous convaincre etc quand il y a eu la réforme de la loi travail, c'était la toute première loi en plus on arrive, ah oui parce que pardon je refais un focus en arrière mais vous me dites mais quand vous êtes arrivé comment ça s'est passé ce qu'il faut savoir aussi c'est que quand on est arrivé on n'avait pas de bureau d'attribué On n'avait aucun moyen. Et on arrivait pendant la loi travail. Vous imaginez une loi qui n'est pas anodine ? C'est quelque chose de... La première ! Vous allez faire vos classes, enfin pardon, mais avec la loi travail. C'est-à-dire pas avec... Donc déjà, ça c'est voilà. Et vous n'avez pas de bureau. Et il y a la séance de nuit. Mais vous n'avez nulle part où dormir. Donc on a dormi, ce qu'il faut savoir, peu de personnes le savent, mais on a dormi dans la salle des conférences, à même la moquette. Sur les fauteuils, c'est sûr, c'était sous les ordres de la République, mais ce n'était pas des conditions...
- Speaker #1
Parce qu'on dort souvent à l'Assemblée.
- Speaker #0
Quand vous avez des séances de nuit ou des séances, la loi agriculture qui s'est terminée à 4h du matin, vous n'êtes pas en état de reprendre votre véhicule. Il n'y a plus de train. Si vous êtes venu en transport, il n'y a plus de transport. Et puis, si vous êtes venu en voiture, ce n'est pas possible de reprendre votre véhicule. Donc quand votre bureau est... Bon, après, ça, c'est de la logistique, mais vous avez le 101, Charles-Mandelmas, où là, il y a des bureaux, les députés peuvent dormir. Mais quand les bureaux sont au palais, non, vous n'avez pas le droit. Le règlement vous l'interdit. Donc non, c'était vraiment des... Au tout début, j'avais l'impression d'être dans un camp, quoi. C'était très, très, très curieux. On n'avait pas d'imprimante, on avait nos ordinateurs persos. Enfin, non. Et là, moi, je remercie tout le personnel de l'Assemblée nationale, que ce soit les huissiers, les gens qui travaillent sur les services de restauration, le personnel de la bibliothèque. Franchement, s'ils n'avaient pas été là...
- Speaker #1
Et dans cette Assemblée, il y a la salle des quatre colonnes, notamment, qui est une salle un peu particulière, donc il y avait toujours des journalistes pour poser des questions. Comment est-ce que vous l'avez vécue ? Moi,
- Speaker #0
je connais tous les chemins, tous les raccourcis pour ne pas passer par la salle des quatre colonnes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Je vous assure que c'est vrai. Pourquoi je n'aimais pas passer par cette salle ? Parce qu'ils avaient le don de... Enfin, ils avaient le don, non, ils faisaient leur métier. Mais dès qu'ils voyaient un député, si c'était un peu un moment creux, ils allaient vous interpeller sur une question d'actualité, quelque chose qui venait de se passer. Mais vous, il faut que vous sachiez... Nous, on travaille, c'est comme quand on est au bureau. Donc on n'a pas l'actualité vraiment à T0. C'est vraiment quand il se passe quelque chose sur votre circuit. conscription, là vous le recevez tout de suite, mais quand c'est quelque chose au niveau national, vous l'apprenez dans les heures qui suivent, pas à pas, et donc souvent on vous dit, il vient de se passer ça, qu'en pensez-vous ? Ou telle personne, ou tel député qui aurait réagi avant vous, a déclaré ça, qu'en pensez-vous ? Attendez... Moi, j'étais en commission. Donc, cette salle, je sais que c'est la salle des quatre colonnes où il y a les journalistes et je connais les chemins pour l'éviter.
- Speaker #1
Je comprends. Donc, une fois qu'on a bien découvert l'Assemblée, il faut commencer à travailler, à porter un sujet, choisir un combat. Vous en avez porté plusieurs, mais moi, j'en ai retenu un qui est intéressant, c'est le code minier. Donc, on parle du secteur extractif. On comprend que c'est un sujet qui est pointu, qui est stratégique, on va penser au terrain logiquement, un sujet qui est compliqué quand on pense à l'acceptation par la population locale. Donc pourquoi une députée de Seine-Maritime s'empare du col minier ? Pourquoi ce sujet et pourquoi vous sur ce sujet ?
- Speaker #0
On a le temps pour toute l'histoire, de l'origine jusqu'à...
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr, on a tout notre temps.
- Speaker #0
Tout à l'heure, je vous ai parlé de... de l'ARSE, de l'ISO 26000, la responsabilité sociétale, les achats responsables, etc. Et quand j'ai contribué dans ces travaux sur les achats responsables, il y a des morceaux que j'écrivais parce que je pilotais un sous-groupe. Et quand j'écrivais ou qu'on avait la réflexion avec les autres parties prenantes de la commission, etc., je me disais, mais si en fait, au lieu de faire une... Une norme achat responsable, on l'a attribuée ou on l'a déployée de manière très forte sur le secteur extractif. Et il finit un peu l'énergie. On change le monde. Je ne pensais pas aujourd'hui reparler de ça. Mais fondamentalement, on change le monde. Et on change le monde parce qu'il y aurait moins de conflits, il n'y aurait plus d'enfants dans les mines. Quand je parle d'enfants, ce ne sont pas des adolescents, ce sont des enfants de 7-8 ans. Il y aurait peut-être moins de violences faites aux femmes, notamment, voilà. Et surtout, on aurait des exploitations, nous aurions des exploitations en tout cas responsables et pas des choses qui enlèvent l'eau aux populations. En tout cas, une acceptabilité même de cette industrie, et puis une durabilité, une responsabilité. Et ponctuellement, du coup, je pouvais intervenir sur cette question précise de l'extraction. Et puis, en continuant la réflexion, on en arrive aussi à l'économie circulaire. Voilà, en disant que tout ce qui a déjà été extrait, à demain Je sais que beaucoup ne sont pas d'accord avec ça. J'appelle ça la mine urbaine. Toutes ces ressources qui ont déjà été extraites et qui sont gaspillées, ou en tout cas pas revalorisées. Et tout ça, ça passait aussi en 2017, avant que nous soyons élus. Je crois de mémoire, c'était Chanteguay qui avait déposé un texte sur la réforme du code minier. Et donc, pour moi, il était normal. qu'on continue, qu'on reprenne ces travaux, qu'on ne reparte pas de zéro, qu'on les reprenne, qu'on continue le travail, qu'on continue à se relever les manches. Et moi, c'est un sujet qui me passionne, qui m'interpelle aussi, parce que quand ici, on dit oui, il faut avoir un véhicule électrique, etc., il faut qu'on s'engage dans la transition écologique. Non, mais à quel prix ? Enfin, je veux dire, à quel prix social ailleurs ? Alors certes, ce n'est pas chez nous. C'est sympathique, mais à quel prix ? Et quand vous avez conscience de ça, vous avez envie d'essayer, vous, à votre niveau, de faire le colibri, d'amener votre petite... Et donc j'ai toujours poussé le texte que cette réforme du code mini arrive pendant ce mandat. On ne trouvait jamais de place, enfin bref, c'était compliqué, etc. Et j'avais fait une proposition, c'était de passer cette partie de la réforme du code minier. Le nom de la loi exacte m'échappe, mais je crois que c'était de transition verte ou quelque chose comme ça. Et voilà comment on en arrive à porter des dispositions comme ça. Et puis, in fine, après, la loi d'être rapporteur de la loi économie circulaire.
- Speaker #1
D'accord. Donc, c'est vraiment vous qui décidez, par votre vie, votre parcours, de travailler là-dessus.
- Speaker #0
Oui, après, c'est là où on se sent à l'aise.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Là où on se sent à l'aise, où on a le... La volonté de... Moi, j'ai vraiment aussi cette caractéristique de pouvoir travailler avec tous les gens, toutes les personnes de bonne volonté, qu'elles soient de droite, de gauche, peu m'importe, moi, je ne regarde pas l'étiquette. Ce qu'il faut, c'est travailler. Travailler, avancer et penser au bien commun. Donc, à partir de là, vous êtes à l'aise.
- Speaker #1
Et on arrive à... Devenir référente sur un sujet aussi technique face à un gouvernement, j'imagine qu'il y a des moyens, face même aux industriels, parce que c'est aussi leur...
- Speaker #0
Oui, aussi, ce qui se passait, c'est que sur la circonscription, il y avait une industrie du groupe Eramet, qui est un des cinq grands acteurs nationaux du secteur extractif. Alors, vous devenez référente par rapport à vos collègues, qui vous reconnaissent ou dès qu'il y a une question sur... sur ces thématiques-là ou de matière qui viennent nous vendre. Mais toi Stéphanie, tu en penses quoi ?
- Speaker #1
Donc on choisit son combat, on décide d'y aller. Et après, il faut naviguer dans l'Assemblée pour faire avancer son idée. Il faut trouver un véhicule législatif. Donc concrètement, comment est-ce qu'on fait ? On toque à la porte des ministres, on demande de passer. Si je résume légèrement, vous avez dit qu'il y avait une loi qui avait été préparée en 2017 qui n'est pas passée. Et au final, la réforme du code minier est passée par la loi climat, par le biais d'ordonnances. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. En fait, pour moi, il y a deux manières de faire. Soit vous trouvez effectivement un véhicule législatif et vous venez appuyer votre idée dedans. Mais il faut que ça ait un sens. Et notamment, par exemple, pour la réforme du code minier, la grande raison d'être de la loi... Je crois que c'était climat et résilience. Oui, c'est ça. C'était ça. Mais la réforme du Code minier allait dans ce sens. Répondait en fait aux... Et puis on avait besoin... C'était intimement lié aussi au système d'énergie. Donc voilà. Soit il y a ce qu'on appelle le projet de loi. Donc ça, le projet de loi, c'est le gouvernement qui propose. Et là, vous, vous allez chercher... Donc si dans une proposition de loi est faite et puis que vous avez une idée qui peut être portée dans le cadre de cette loi, mais Effectivement, vous construisez votre amendement, l'article, et puis vous allez voir le ministère, les services, etc. Et puis vous voyez comment ça peut être reçu, intégré ou pas. Et puis après, vous avez aussi la possibilité, en tant que parlementaire, de faire une proposition de loi. Donc vous avez le projet de loi qui arrive du gouvernement et la proposition de loi qui arrive d'un parlementaire. Mais là, il faut avoir un texte construit.
- Speaker #1
Et dans ce grand sujet qui est le... La réforme du code minier, vous avez porté une idée, donc le Conseil national des mines. Peut-être que vous pouvez m'expliquer cette idée rapidement.
- Speaker #0
Alors, on l'avait baptisé Conseil national des mines, mais à terme, si c'était passé, ça aurait pu porter un autre nom. Ce que je sous-tendais à l'époque, et d'ailleurs le présent a tendance à me donner raison, mais ce que je sous-tendais à l'époque, c'est qu'effectivement, nous allions devoir peut-être... réouvrir enfin réouvrir ou continuer à faire de l'exploitation extractive en France ou en tout cas quand je dis en France c'est aussi dans les dom-toms et je savais enfin je sentais que c'est pas une industrie c'est ce qu'on disait tout à l'heure mais qui qui plaît au premier abord, sauf qu'elle est nécessaire. Donc comment on fait pour intégrer même à ces projets, notamment la population, proche de l'exploitation ? Comment on fait aussi pour écouter toutes les parties prenantes, toutes les nuances, même les défenseurs de l'environnement, écologistes, comment on fait pour les écouter et les entendre ? Et que cette exploitation ne se fasse pas au détriment de l'environnement et des populations. Donc voilà, on avait imaginé le Conseil national des mines, ça s'était fait en... en concertation avec les maires des communes minières de France, les industriels, autour de la table. En tout cas, j'étais allée interroger beaucoup de parties prenantes.
- Speaker #1
Donc, votre idée, c'était de faire parler les gens. On comprend que c'est intéressant de faire parler les gens entre eux sur un sujet. Je suis allé retourner voir les débats de l'époque. Et donc, si je ne dis pas de bêtises, votre amendement a été refusé, notamment par le gouvernement, qui était Barbara Pompili, le rapporteur. Damien Adam. Et leur logique, quand ils expliquent, c'est qu'ils ne veulent pas un nouveau organisme. Une demande de simplification. Donc moi, je vois un peu un conflit de bonnes intentions. Je comprends très bien ce que vous voulez faire et faire parler les gens entre eux, c'est toujours bien. Simplifier, je comprends aussi d'où il y a l'intérêt. Est-ce que vous êtes aligné un peu avec cette idée de... de bonne intention, mais qui se confrontent et qui...
- Speaker #0
Là, pour le coup, ce qui s'est passé aussi, c'est qu'il faut remonter la bande d'enregistrement un peu plus en amont. J'avais organisé aussi les premières assises de la petite hydroélectricité. Parce que moi, je défends toutes les sources de production d'énergie. Et il y avait un sujet dans cette loi. Et donc moi j'avais porté un amendement qui disait, parce qu'après j'ai beaucoup été attaquée sur cet amendement-là en gros, pardon je vais faire un peu de... mais j'avais tué tous les poissons de France et de Navarre, c'était pas du tout le cas, c'était que j'interdisais que l'argent public des agences de l'eau serve à la destruction des seuils de moulins, enfin de production d'électro... et cet amendement est passé. Et ce scrutin public demandait... Et il a été porté par des députés de tout rang. Droite, gauche et majorité. Et l'amendement est passé. Et elle était très, très, très, très en colère. Elle n'était pas contente. Voilà. Et du coup, l'amendement, l'article sur la création du Conseil national des mines, mais qui aurait pu s'appeler autrement. Mais je l'avais un peu calqué sur le Conseil national de l'industrie. Pour vous dire, il y avait un peu un parallèle. Elle l'a détricotée en quelques minutes.
- Speaker #1
Il n'y a pas eu d'argument.
- Speaker #0
En fait, elle dit contre. Il n'y a pas d'argument. Et là, la majorité suit, en fait.
- Speaker #1
C'est plus difficile d'être contre son propre camp ? Oui,
- Speaker #0
c'est plus compliqué quand on essaie de porter des dispositions autres que... Ou d'apporter un éclairage même différent. De dire, attention, vous dites ça, mais dans la réalité, si on regarde les chiffres sous ce prisme-là, c'est pas exactement ça. Non, ça, c'est compliqué. Oui, c'est compliqué.
- Speaker #1
Une question un peu générale, mais qui va toujours intéresser les gens, c'est les lobbies à l'Assemblée. Par exemple, sur une loi comme ça, comment est-ce que vous travaillez avec les lobbies ?
- Speaker #0
Donc, les lobbies, Donc, souvent, ils viennent... Ils sont présents. Alors déjà, ils sont obligés de se déclarer quand même. Il y a la haute autorité pour la transparence de la vie publique. Donc vous êtes capable de regarder aujourd'hui, par exemple, sur la loi économie circulaire, vous êtes capable de voir qui j'ai rencontré. Donc aussi, l'objectif du député, alors c'est de recevoir tout le monde, même les lobbies. Ils font leur travail, je veux dire, c'est logique de les recevoir, de les écouter. mais ce qu'il faut, c'est être en capacité aussi de pouvoir identifier d'autres voix qui, elles, ne sont pas du tout structurées, qui ne sont pas structurées pour se faire entendre, mais qui sont porteurs de solutions. Et notamment, ça, c'est un exercice que j'ai fait. Alors, pour le député, enfin, pour les parlementaires, même pour les services, d'ailleurs, qui nous accompagnent, c'est un peu plus compliqué, parce que ce sont des gens qui ne sont pas aguerris à l'exercice d'audition.
- Speaker #1
Vous pensez à qui par exemple ?
- Speaker #0
Par exemple sur l'économie circulaire il y avait un collectif je crois de mémoire d'architectes qui travaillait justement sur Sur l'économie circulaire dans le bâtiment. Et par exemple, au moment de la déconstruction, de ne pas tout casser n'importe comment, mais de pouvoir garder un maximum de matière sur le chantier et de les réutiliser. Donc dans la manière de découper, de démanteler, on ne vient plus avec la masse. Ils travaillaient sur ça. Et puis aussi, par exemple, créer des... des plateformes où les collectivités ou même les entrepreneurs, quand ils démantèlent justement ou qu'ils déconstruisent, de pouvoir venir remettre certains éléments. Par exemple, vous avez des... Alors, je vais prendre des choses très concrètes. Et sur le volume, ça ne représente rien. Mais si on met tout bout à bout, voilà. Par exemple, des portes coupe-feu vitrées. Donc, elles sont obligées d'être remplacées au bout d'un certain temps parce qu'au bout d'un moment, elles ne sont plus coupe-feu. Mais par contre, dans un vitre aussi, à un moment donné, il y a de l'air qui rentre et ça fait des bulles d'air. Et c'est assez joli. Alors, elles ne peuvent plus faire office de porte-coupe-feu, ça c'est très clair, mais par contre, elles peuvent vraiment être valorisées dans des puits de lumière ou des séparations. Enfin, voilà, on peut vraiment... Et ça, jusqu'à ce jour, ça part. C'est cassé. Donc voilà, de créer ces plateformes de matériaux, de matériaux de seconde main. Au niveau des territoires... Ça,
- Speaker #1
ça vous est venu par les architectes ?
- Speaker #0
Oui, voilà, c'est ça, c'est des initiatives qui avaient lieu dans certains moments, et moi, je voulais les écouter, parce que je voulais savoir quels étaient les problèmes qu'ils rencontraient aujourd'hui pour revaloriser ces matériaux. Et il n'y a qu'en écoutant, donc, à la fois effectivement les gens qui sont organisés, moi, le lobbying, je trouve que c'est un terme... Mais en tout cas, qui sont organisés pour porter leur voix, et puis ceux qui ne le sont pas.
- Speaker #1
D'accord. Pour clôturer peut-être un peu ce passage sur les mines, si vous aviez à refaire ce mandat, à porter ce même sujet, qu'est-ce que vous referiez différemment pour porter ce sujet ?
- Speaker #0
Alors peut-être me consacrer qu'à un seul sujet. Pour le coup, ne pas essayer de tout vouloir résoudre. Enfin tout, j'exagère, mais c'est vrai que j'avais... Il y avait une appétence, en tout cas, dès que j'en avais la possibilité de travailler des sujets. Et il y a un moment donné, ça fait quand même beaucoup. Ça fait beaucoup et vous devenez illisible. Et puis peut-être que je choisirai la commission économique.
- Speaker #1
D'accord. Donc on peut vraiment changer. Donc après, on l'a dit, 20 ans dans l'industrie et 5 ans en tant que député. Est-ce que vous voyez des grosses différences entre le monde de l'entreprise et le monde politique, notamment dans la manière de travailler ?
- Speaker #0
Oui, c'est clair. L'entreprise, on est clairement dans une logique de performance. En politique, on ne vous demande pas la performance, on vous demande de l'équilibre ou du consensus ou de porter la voix de votre parti. Mais en tout cas, la notion de performance n'est pas du tout là. D'ailleurs, c'est ce qui m'a un peu frustrée, je dirais. Les décisions dans le monde de l'entreprise, ce sont des décisions plutôt rapides. Il faut être capable, en tout cas, de prendre une décision assez rapidement, que ce soit en termes d'investissement, de stratégie. Là, en politique, on est vraiment sur un temps long. Tout à l'heure, je vous disais qu'il y avait le texte de Chanteguay, la réforme du code minier qui était passée en 2017, fin de mandat, ça passe. Début de mandat de 2017 qui arrive au mois de juin, les travaux ne sont pas repris. Donc là, on repart pour on ne sait jamais jusqu'à quand en fait. Dans l'entreprise, il y a quand même le chef d'entreprise ou en tout cas l'encadrement qui a une responsabilité personnelle. S'il y a un accident de travail, etc. C'est sa responsabilité qui est mise en cause. Et en politique, c'est une responsabilité collective. Vous n'êtes pas responsable. C'est le groupe.
- Speaker #1
C'est le groupe.
- Speaker #0
Oui, voilà. C'est une volonté. Vous avez vite fait de mettre... Et puis, la notion économique, dans le monde du travail, on vous demande... Il faut quand même une rentabilité, que la structure puisse vivre. Vous n'avez pas le droit de la mettre en faillite. Dans le monde économique, dans le monde politique, c'est moins regardé, c'est moins prédominant.
- Speaker #1
Une question qui vient de mon expérience professionnelle. Est-ce que vous pensez que les citoyens qui ont voté pour vous, ils sont contents de votre travail au bout de 5 ans ? C'est une question qu'on pose généralement à nos clients.
- Speaker #0
Alors, là maintenant, nous sommes en 2026 et la fin du mandat était 2022. Il n'y a que maintenant. Alors déjà, il y a eu toute une partie où vous essayez, enfin à la fin du mandat, vous n'essayez pas forcément d'aller chercher l'information. Ce n'est pas quelque chose... Vous n'êtes pas en recherche de reconnaissance. C'est surtout vous, vous cherchez surtout vous à vous réinventer après une expérience de la sorte. Mais ce qui se passe aujourd'hui, ce que je vous dis là, c'est 2025 et début 2026. Ce qui s'est passé dernièrement, c'est que j'ai revu par hasard des personnes avec qui, soit qui avaient été auditionnées ou pour qui en local. Donc ça, c'est au niveau national. mais où localement j'avais d'autres personnes pour qui localement j'avais aidé sur un dossier. Et donc je les revois, voilà, 2025. Et là, pour les personnes auditionnées, je ne me rappelais plus d'elles. On me dit « Ah, mais Mme Kerba ! » Et donc c'est des gens qui me voient et me disent « Ah, mais merci ! » J'avais vraiment aimé travailler, et je pense qu'ils sont sincères, parce que je ne vois pas l'intérêt de dire ça au bout de tant de temps.
- Speaker #1
C'est une petite précision, c'est que vous n'êtes plus en politique actuellement ? Non, plus du tout, non.
- Speaker #0
et Ou en circonscription, merci ce que vous aviez fait pour ma fille, etc. Et après coup, maintenant, je me dis, heureusement que j'ai travaillé. Heureusement que j'avais fait. Parce que, voilà, on n'a pas, je pense que si je n'avais pas mené ces dossiers avec toute l'énergie que ça demande, etc., ces paroles que j'ai eues en 2025 ou même encore aujourd'hui, je ne les aurais pas. Et puis peut-être même c'est des gens qui me détesteraient. Voilà. Je ne dis pas que tout le monde, ce n'est pas ce que je dis, je ne dis pas que tous ceux qui ont voté pour moi. Mais en tout cas, ceux que je recroise aujourd'hui viennent me dire un petit mot plutôt sympathique, bienveillant.
- Speaker #1
Et c'est quoi, pendant ces 5 ans, si vous refaites un peu le film, le moment ou la chose dont vous êtes la plus fière ?
- Speaker #0
C'est quand, à la fin du texte de la loi Économie Circulaire, Il y a eu deux moments sur ce texte.
- Speaker #1
Vous avez eu un rôle important sur cette loi ?
- Speaker #0
J'ai eu 80% du texte. Le premier, c'est quand... Alors, vous êtes au banc des ministres, en tant qu'rapporteur, et ça commence par la gauche, il y a un député, vous sentez, qui demande... Parce que l'énergie est vraiment... C'est vraiment très curieux d'être en bas. Vous êtes vraiment en bas, et l'hémicycle s'est penché, donc tout le monde est derrière, mais un peu en hauteur. Et un député de la gauche prend la parole, parce que ce qui s'était passé, c'était que pendant le texte, un amendement pour les Outre-mer, on avait trouvé la solution en hémicycle. Je crois que c'était la première fois, je crois que c'est la seule fois et l'unique fois où je l'ai vécu. Ou alors c'est que les autres fois, je ne sais pas. En fait, les députés posent un amendement, l'avis du ministre est contre, moi je dis contre, mais en même temps je sous-tends qu'il y a un sujet, enfin qu'il y a quelque chose que oui, il faut... Et toc toc dans ma tête, Très vite, je vois quelque chose et je me tourne vers la personne, mon administrateur. Je lui dis, mais il y a ça. Il me dit, allez-y, prenez le micro. Et donc, je dis, moi, je propose ça. Et là, c'est voté. Et du coup, on trouve une disposition. Normalement, l'hémicycle, c'est une chambre d'enregistrement. C'est travailler en commission avant. Et vous savez ce qui va passer, ce qui ne va pas passer. C'est déjà joué d'avance. C'est pour ça, quand vous voyez le chahut dans l'hémicycle aujourd'hui, c'est du spectacle, c'est du théâtre, c'est pour faire parler. Puis c'est inadmissible.
- Speaker #1
Et vous étiez beaucoup à ce moment-là dans l'hémicycle ?
- Speaker #0
Oui, si, l'hémicycle était quand même rempli. C'est une loi qui a concerné beaucoup de parties prenantes. Toute l'industrie, toutes les... Quelle qu'elle soit, agroalimentaire, automobile, c'était une loi qui était... Et puis avec des gros secteurs, avec le BTP, le monde du déchet aussi. Et puis tous les professionnels aussi autour de l'environnement, etc. C'était quelque chose d'important. Et donc un député se lève, prend la parole et me remercie d'avoir écouté chaque camp et d'avoir vraiment en toute sincérité mené la commission, ne pas s'être attribué à aucun moment. désamendants, parce que des fois, même l'opposition, ils sont désamendants. Vraiment très pertinents et qui enrichissent vraiment le texte. Et parfois, vous pouvez être frustrés de ne pas y avoir pensé, vous voyez ? Donc des fois, ça serait tentant de bouger une virgule, un mot, mettre un synonyme et puis pouf, ça devient le vôtre. Vous voyez ? Ça, c'est un jeu, ça aussi. Moi, jamais. Je me suis toujours refusée à cet exercice. Donc du coup, chaque... camp politique garder ces dispositions et pouvaient après aller en tant qu'élus aussi en circonscription dire « j'ai porté cette disposition » . Vous voyez, c'est aussi le respect. C'est-à-dire que même si nous sommes dans l'opposition, ce sont des députés qui ont été élus au même titre que nous-mêmes. Donc on leur doit le respect, même si on n'est pas d'accord sur toutes leurs idées. Donc le député se lève pour la parole, remercie. Et ce qui se passe, c'est que chaque camp politique, et donc là, c'est les voix, vous l'entendez, qui circulent, prennent aussi la parole et remercient aussi, et rajoutent leur petit... jusqu'à la droite. Et ça, c'était assez impressionnant, je dirais. Et puis, il y a la CMP conclusive aussi. La Commission Mixe Paritaire. Donc en fait, quand la loi passe à l'Assemblée nationale et puis au Sénat, et puis forcément, c'est normal, chaque chambre fait son travail, et les deux textes qui ressortent ne sont pas communs. Et donc il y a ce qu'on appelle une commission mixte paritaire. Donc là, c'est sénateurs et députés qui se réunissent, et on ne reparle que des amendements là où il y a le point de désaccord. On ne refait pas là où les dispositions... ont été votées de la même manière, on n'en rediscute pas, on prend uniquement les points de désaccord, et là on essaie de trouver, on retravaille, chacun revient avec ses chiffres, etc. Et il y avait beaucoup, à cette époque-là, je me rappelle, il y avait beaucoup de CMP qui n'étaient pas conclusives, et tout le monde disait qu'elles ne le seraient pas, celles-ci, et elle a été conclue. Donc il y a eu tout un travail aussi en amont.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez trouvé que le niveau des débats à l'Assemblée était bon ? Je pense notamment à une étude qui est sortie assez récemment sur la sémantique des débats, où il est censé y avoir plus d'émotions, notamment plus de colère, moins de vocabulaire technique, une plus grande polarisation. Vous l'avez vécu, vous avez trouvé que c'était un bon niveau ou que c'était au contraire assez bas ?
- Speaker #0
Alors ces discussions, ces remarques sont arrivées, je crois, quand nous sommes arrivés justement. Je crois que ça a commencé à être quelque chose qui a commencé à être dans le... Dans le discours public, quand nous sommes arrivés au moment de la majorité, moi je trouvais que c'était plutôt quand même d'un bon niveau, parce que justement les gens, tout à l'heure on disait, ils attendaient d'être légitimes pour y aller. Du coup, quand ils parlaient de quelque chose, c'était quand même qu'ils avaient un peu travaillé le sujet. Donc moi je trouvais que c'était plutôt... Après, ce que je n'aimais pas, c'était les applaudissements à tout va. pour moi ça n'avait pas sa place le côté spectacle oui voilà le côté spectacle mais c'est ce que je disais tout à l'heure aussi quand on voit des gens crier s'investiver dans l'hémicycle ça n'a pas lieu d'être donc moi ça me gênait un petit peu et j'étais pas très à l'aise avec ça parfois certains voilà quand on avait je me rappelle on avait fait un je sais plus ce que c'était mais il y avait quelque chose sur sur l'Europe Merci. On avait célébré quelque chose. Moi, j'aurais bien vu, par contre, là, au contraire, entonner l'hymne européenne. Bon, voilà, il y a des choses. Moi, toutes ces effusions, etc., ça ne m'intéresse pas. Par contre, c'est vrai que là, aujourd'hui, donc là, on a changé de composante, etc., c'est vrai que... Non, c'est plus au niveau, clairement. En termes de posture... de manière d'être, même de dispositions portées. On est dans des choses... Il faut arrêter aussi de tout attendre de l'État. Enfin, je veux dire, on n'a pas à légiférer sur tout. Voilà.
- Speaker #1
Et au bout de cinq ans, vous en sortez un peu dégoûté de la politique politicienne ou au contraire fier d'un mandat de cinq ans avec de l'espoir pour la suite sur cette manière, ce système politique ?
- Speaker #0
Fière ? Pas fière. Vraiment pas fière. Enfin, c'est pas que je ne suis pas fière, mais il n'y a pas une notion de fierté. J'ai fait ce que j'avais à faire, je me suis mise à disposition du pays, de la circonscription. En tout cas, j'ai essayé de le faire, même si parfois c'était malhabile, mais en tout cas, la volonté était sincère, le travail était présent aussi. Je suis toujours adhérente au Parti radical. Donc si j'avais été, comme vous dites, dégoûtée, je pense que j'aurais rendu ma carte. Mais en tout cas, je soutiens qu'il faut changer les pratiques. C'est clair. Et c'est ce que j'ai essayé de faire et que j'ai essayé de démontrer. Et il y a un groupe parlementaire aujourd'hui qui est un peu parfois moqué, etc. Mais à la fin du mandat, j'ai quitté la majorité et j'ai rejoint Lyot. à l'époque c'était Liberté et Territoire, aujourd'hui c'est le groupe Liotte. Et ce groupe a quand même quelque chose de très intéressant, c'est que déjà c'est des gens qui travaillent, chaque député travaille vraiment les textes, etc. Et il y a une liberté de vote, donc jamais on ne vous dira, le président du groupe ne dira jamais à ses troupes « Votez comme un seul homme, là c'est pour, là c'est contre » . Non, il laisse vraiment la notion de la responsabilité de chaque député de son vote. Et du coup, j'aimais dire, c'est une mini-assemblée à lui tout seul. Et du coup, c'est très intéressant parce que tout le monde, malgré le fait parfois de ne pas être d'accord sur certaines dispositions, on reste quand même ensemble. En tout cas, moi, je suis restée à la fin. J'ai rejoint Liberté et Territoire et j'y suis restée. Et aujourd'hui, d'ailleurs, si c'était à refaire, je pense que je serais toujours dans ce groupe qui s'appelle Lyot. Donc je pense qu'on devrait un peu regarder ce qui se passe aussi de ce côté-là. Aujourd'hui, c'est le mouvement, c'est utile avec A.S.
- Speaker #1
Et donc justement, est-ce que vous avez vu un homme ou une femme politique qui justement était un peu au-dessus du lot en termes de créer du consensus, le ou la meilleure que vous avez vue ?
- Speaker #0
Mais moi, je me rappelle de Gérald Darmanin qui répondait toujours. En tout cas, même si ça n'allait pas forcément dans votre sens, il vous répondait.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'était un ministre qui... Voilà. Bon, là, c'est ministre, ce n'est pas député. C'est pour le fond du monde. Après, non, chaque député avait son... Vous aviez... François-Michel Lambert sur l'économie circulaire. Vous aviez le député Potier sur tout ce qui était reporting extra-financier. Vous aviez Sandra Marceau, qui est toujours députée aujourd'hui de Cognac, mais en tout cas sur l'industrie, les spiritueux, l'aménagement du territoire. Vous aviez Colaroy, je me rappelle, pardon, on avait l'habitude de s'appeler par nom de famille. C'est pour ça que je me permets aujourd'hui. Mais pareil, sur les questions euh d'énergie. Chaque député avait vraiment son champ d'appétence ou en tout cas sur lequel il était plutôt bon.
- Speaker #1
Très clair. Et on va sûrement changer de député, même sûrement d'ici un an à peu près. Quel conseil donneriez-vous aux prochains députés qui arriveront ?
- Speaker #0
Peut-être justement de se focaliser sur certains sujets et ne pas vouloir aller partout. Oser aller dans la salle des quatre colonnes.
- Speaker #1
Oui, quand même.
- Speaker #0
Oui. Oser répondre aux journalistes aussi, mais même quand il y a des invitations au plateau, etc. Et puis, aujourd'hui, on identifie des conférenciers, des choses comme ça. se faire connaître en tant que député sur certaines thématiques, pour pouvoir après les porter de manière plus large, ne pas hésiter à écrire aussi, à prendre position, pas sur tout et n'importe quoi, mais justement sur le sujet dont il s'est emparé, être sur le territoire, écouter toutes les voix, ne mépriser personne. C'est-à-dire que si un syndicat, je n'en nommerai pas, et dit oui, on vient pique-niquer devant votre... votre permanence, madame ou monsieur le député, ne fermez pas votre permanence. Laissez-la ouverte et allez à leur rencontre. Dites-leur, ok, je vais me joindre à vous. Alors là, c'est une expérience vécue. D'accord, mais je vais me joindre à vous pour le pique-nique. Non, de toute façon, on n'emmènera pas à manger. On ne vient pas faire un pique-nique si on ne veut pas manger avec vous. Bon, voilà. Et du coup, c'est bien parce que ça fait moins de déchets. Non, mais... En tout cas, ne méprisez personne, écoutez tout le monde. Et même les oppositions, essayez de les comprendre, mais en tout cas, écoutez-les. Et puis, quand des choses ont été dites en commission, dans l'hémicycle, ce n'est pas la peine de reprendre la parole pour le redire. Gardez votre énergie. Et puis peut-être après, des conseils plus personnels sur la vie familiale, etc. Oui, réfléchissez bien à l'équilibre familial, surtout s'il y a des enfants en bas âge ou des choses comme ça, parce que c'est un mandat qui est très prenant. C'est cinq ans, c'est cinq ans non-stop du lundi au dimanche, puisque le samedi et dimanche vous êtes en circonscription et vous en profitez. De toute façon, vous avez déjà arrivé même de siéger certains week-ends. Mais en tout cas, sur cinq ans, j'ai pris quinze jours de vacances. Donc veillez à cet équilibre-là. Sachez qu'il en sera impacté, donc réfléchissez bien avant d'y aller. Et voilà, je crois que c'est les grands conseils.
- Speaker #1
Ma dernière question, si vous aviez une baguette magique, qu'est-ce que vous changeriez dans notre système politique actuel ?
- Speaker #0
Alors peut-être que je m'intéresserais... Alors je n'ai pas la solution, je n'ai pas la solution. Mais le financement des candidats, je pense qu'on a quand même un sujet en France et à un moment donné, il va falloir quand même regarder ça. Parce que quand on dit... Oui, la condition pour aller à un mandat, c'est d'être majeur dans la nationalité, blablabla. En fait, ce n'est pas vrai, ce n'est pas suffisant. Donc, je pense qu'il y a quelque chose de ce côté-là, si on parle vraiment politique. D'arrêter aussi le fait que le groupe ou le parti a dit ça et tu votes ça. C'est vraiment renforcer la notion de responsabilité pour chaque élu. C'est-à-dire que s'il vote contre, c'est sa responsabilité. Vous voyez ce que je veux dire ? Et ce sera lui, après, d'aller s'en expliquer auprès des citoyens. Que chacun puisse voter en son âme et conscience.
- Speaker #1
Merci beaucoup Stéphanie Camar. J'ai beaucoup apprécié notre échange. J'espère que ce podcast sera vu par une ou un futur député et qu'il pourra s'en inspirer pour mieux travailler. Vous pouvez nous aider de votre côté en partageant cet épisode et en s'abonnant à la chaîne. Merci beaucoup d'avoir écouté Cases de démocratie et merci encore Stéphanie Camar.
- Speaker #0
Merci à vous Nicolas de m'avoir reçu. Je vous souhaite une bonne journée et puis bonne chance aussi au podcast. Merci.