- Speaker #0
J'ai quitté l'Indonésie avec une sensation étrange au creux de l'estomac. Pas la peur du pays suivant, non. Mais une responsabilité nouvelle. Pour la première fois de leur vie, mes parents ont décidé de franchir les frontières de l'Europe. Ils quittent le confort de la Belgique pour me rejoindre ici en Malaisie. Ce ne sera pas seulement une étape de plus sur ma route, mais bien le théâtre d'une rencontre entre mon quotidien fait d'incertitudes et leurs racines sédentaires. Bienvenue dans la saison 4 du podcast de Keep Your Wings, une saison plus courte qu'à l'accoutumée, mais riche en rebondissements.
- Speaker #1
You Winz, le podcast.
- Speaker #0
Chapitre 1. Première fois. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Après un court séjour à Singapour, je me suis rendu en Malaisie. Une fois n'est pas coutume, j'ai réussi à convaincre mes parents de me rejoindre dans cette grande aventure. Dix jours à peine, mais de quoi chambouler leur quotidien sans aucun doute. C'est l'heure des premières fois. Ils n'ont jamais quitté l'Europe auparavant, ont toujours eu une appréhension concernant l'Asie en termes de sécurité et d'hygiène. L'occasion de briser certains stéréotypes et clichés tenaces que j'ai déjà pu entendre mille fois de leur bouche.
- Speaker #1
Les « c'est très pollué » ,
- Speaker #2
« on y mange du chien »
- Speaker #1
et « conduisent comme des sauvages »
- Speaker #0
ont longtemps été monnaie courante lorsque j'évoquais la possibilité d'un long trip en Asie. Je les attends à Kuala Lumpur, située à plus de 10 000 km de Vilaspotri, petite ville lovée dans la commune de Gerpin, à la frontière avec le Namurois. Il est clair que ce voyage a été rude à négocier.
- Speaker #1
« Tu n'as qu'à revenir, j'ai pas envie d'aller là-bas. »
- Speaker #0
M'avait clairement fait comprendre mon père à plusieurs occasions. Grâce à quelques techniques de chantage, ma mère avait finalement réussi à convaincre le pauvre Bou de se lancer à l'aventure. Cependant, à une seule condition, partir en voyage organisé et ne pas devoir tout faire par nous-mêmes. Exit donc les bus locaux ou les plans d'un minute, nous sommes donc passés par une agence et avons concocté un planning alliant découverte, culture, un peu de marche tout de même et finir par une île pour le côté Farniente. Je m'étais également chargé de leur trouver des billets à un prix intéressant. Fini par trouver deux allers-retours au départ de Bruxelles pour 1700 euros, je décide de les appeler sur WhatsApp.
- Speaker #1
Oh ! C'est pas encore trop cher.
- Speaker #0
S'étonne mon père.
- Speaker #1
Mais connaît-il des compagnies ?
- Speaker #0
Vous partez avec Turkish Airlines, et vous avez une escale à Istanbul de quelques heures avant de vous diriger vers Kuala Lumpur.
- Speaker #1
Est-ce bien raisonnable ?
- Speaker #0
M'interpelle mon père. Bah de quoi ? Qu'est-ce qui serait pas raisonnable ?
- Speaker #1
Turkish Airlines ? Euh... Je crois pas que c'est une compagnie sûre, hein. Il est préférable de payer plus et de chercher mieux.
- Speaker #0
Bah pourtant, elle fait partie des 60 compagnies aériennes les plus sûres au monde. Répondis-je en m'étant renseigné au préalable. Elle est cinquantième en 2017.
- Speaker #1
Ah, ok, d'accord. Et qu'en est-il de la sécurité aéroportuaire d'Istanbul ? Ils ont tout de même connu un attentat il y a quelques années.
- Speaker #0
Vous partez de Bruxelles, exact ?
- Speaker #1
Oui, mais...
- Speaker #0
Bah, Bruxelles aussi a connu un attentat. Pourtant, t'as pas peur de tirer en pour prendre l'avion. Donc, il devrait pas avoir de soucis. Le coupége en essayant de contourner sa peur.
- Speaker #1
Je vais en discuter avec ta mère, car je ne sais pas si elle est prête à aller à Istanbul.
- Speaker #3
Istanbul ?
- Speaker #0
S'écrit ma mère.
- Speaker #3
Bah, c'est en Malaisie que je veux aller, moi.
- Speaker #0
Non, non, expliquais-je à nouveau. C'est juste pour l'escale, calmez-vous. Vous restez juste à l'aéroport et c'est tout. Vous n'avez rien à faire, vos bagages transiteront d'eux-mêmes car le second vol est opéré par la même compagnie. Vous n'avez qu'à patienter à l'aéroport, à aller manger un bout, faites du shopping ou prenez un café quelque part.
- Speaker #1
Ok, si tu me certifiques c'est sûr, on te fait confiance.
- Speaker #0
Tout se passera bien, les rassurais-je. Le jour de l'arrivée, je reviens en bus de Shirating sur la côte est malaisienne. A peine arrivé, je constate avec effroi qu'il me manque mon portefeuille. Je panique et commence à ouvrir mes sacs, mais c'est sans espoir. Lorsque je réalise que ma poche est ouverte, je comprends. instantanément qu'il a dû tomber de cette dernière lorsque j'étais assis dans le bus. Pas de chance pour moi. Ce dernier a déjà repris la route direction le nord. Je me rends catastrophé à l'office pour demander de l'aide. J'explique la situation à une femme située derrière le comptoir. Elle s'empresse de téléphoner au chauffeur et arrive à négocier avec lui pour qu'il m'attende pendant 20 minutes.
- Speaker #2
Voici l'endroit où il vous attendra.
- Speaker #0
M'explique-t-elle.
- Speaker #2
Par contre, il ne pourrait rester qu'une vingtaine de minutes, pas plus. Sinon, il va prendre du retard.
- Speaker #0
Ok, un grand merci. Est-ce loin d'ici ?
- Speaker #2
Oh oui, il vous faut un taxi pour aller là-bas.
- Speaker #0
Je salue la dame et la remercie en filant vers la zone des taxis. Je n'ai bien évidemment pas de cash sur moi, mais je tente d'amadouer un taxi en lui expliquant la situation. Dès que je retrouve mon portefeuille, je serai en mesure de vous payer, lui assurais-je.
- Speaker #1
Allons-y alors.
- Speaker #0
Me lance-t-il d'un air confiant. Une fois arrivé à la destination indiquée par la dame de l'office, je constate avec amertume qu'aucun bus n'est présent. Putain, c'est foutu, pensais-je. Juste avant que les parents arrivent, parfait. J'erre le long de la rue en question, mais je commence à perdre espoir. Décide d'entrer dans un restaurant situé en face de l'arrêt de bus en question. Bonjour, pensais-je à la serveuse en rentrant. A tout hasard... Le bus s'en cesserait au nord du pays et il est déjà parti ? Le chauffeur était censé me rendre un portefeuille.
- Speaker #2
« Ah, celui-là ? »
- Speaker #0
me répond-elle en ouvrant un tiroir et en brandissant ce dernier. « Oh oui ! » m'exclamais-je presque en larmes. Je récupère mon module et remercie la serveuse. Mais quel hasard ! Et quelle idée sous-grenue de la part du chauffeur de bus que de confier mon portefeuille à la serveuse d'un restaurant. Une chance de cocu, ça c'est clair. J'essaye de reprendre le même taxi pour repartir à la station de bus. Après l'avoir payé, je me rends à la station de métro pour rejoindre mes parents à l'aéroport de Kuala Lumpur. Après une grosse demi-heure d'attente, ils sont enfin là. Exténués, mais en un seul morceau. Je suis fier d'eux. Ils ont réussi à surpasser leur peur. Mais je sens une forme d'inquiétude dans leur regard. Ils sont en territoire inconnu et très loin de se douter de ce qui les attend.