- Speaker #0
Bienvenue dans les coulisses peu reluisantes de Blenelm. Bouilloire remplie d'urine, patron maniaque du kebab et collègue au bord de la crise de nerfs, voici les ingrédients de ce cocktail explosif. Bon épisode ! Keep Your Wings, le Podcast. Chapitre 12: Pagaille au camping. Cela fait déjà deux semaines que je bosse pour un motel de Blenelm. Je commence à prendre mes repères dans cet environnement quelque peu particulier. Lors de chaque smoko, je me vois contraint d'écouter les histoires. Self-Center, de Ben, il est stupéfiant de constater que malgré ses 70 ans, ben il réagit encore comme un adolescent. en manque de reconnaissance. Il lui est toujours arrivé des aventures plus incroyables que n'importe qui, a toujours la meilleure réplique à balancer, et s'arrange toujours pour mettre en avant son passé de baroudeur à mi-temps. Ancien pilote d'hélicoptère, il avait ramené quelques photos afin de nous présenter son ancien boulot. C'est assez intéressant, je dois bien avouer. Sauf quand il forçait tout le monde à regarder la photo.
- Speaker #1
Un peu plus longtemps, tu t'imprégneras mieux de mon ressenti.
- Speaker #0
J'avais parfois tendance à comprendre pourquoi Liam coupait court à la conversation de ses employés. Ash, de son côté, continuait de me conter ses histoires toutes plus horribles les unes que les autres. J'avais énormément de peine pour elle, Elle se battait de jour en jour pour prouver qu'elle était capable de s'en sortir. De temps en temps, son envie de se surpasser devenait problématique. Je l'ai surpris en train d'ouvrir une chambre que j'avais déjà nettoyée et commençais à l'inspecter. Sauf qu'elle n'était pas ma responsable, mais bien ma collègue. Euh, je peux t'aider ? Demande déjà H. Ah !
- Speaker #2
Euh, non, ça va, je...
- Speaker #0
Tu vérifies ma chambre ?
- Speaker #2
Non, mais c'est parce qu'hier, j'ai remarqué qu'il y avait mis les coussins dans le mauvais sens. Il faut faire attention aux détails ici.
- Speaker #0
Bah, je travaillais pas hier.
- Speaker #2
Ah mais, je dis ça pour toi, hein. Liam a pris mes chambres en référence pour les photos du site internet.
- Speaker #0
Eh bien, je te félicite, mais de nouveau, je ne travaillais pas. Et si quelque chose ne va pas, je préfère que tu viennes me le dire. C'est plus sympa.
- Speaker #2
Oui, mais n'oublie pas que tu dois mettre les coussins dans ce sens-là.
- Speaker #0
Répéta-t-elle, confuse en s'apercevant que les oreillers étaient placés correctement. Ok, soupirais-je coupant court à la conversation. Je constate amèrement que mes heures passées dans le camping ne sont pas suffisantes. Même si je ne paye pas de loyer, je ne gagne pas des masses. L'occasion pour moi de peaufiner mon curriculum vitae à la bibliothèque, en imprimer une dizaine et aller faire le tour des restaurants et bars du centre-ville. Ma technique est simple, je cherche des restaurants qui me plaisent. Je dépose en priorité mon CV dans toutes les enseignes asiatiques et achève mon parcours dans un kebab. Avec surprise, je reçois l'appel de ce dernier dès le lendemain, pour une soirée d'essai. Le travail n'est pas trop contraignant, mais ma position de spectateur m'agace au plus haut point. Le patron me rappelle mon père, à toujours être derrière moi et à refaire tout ce que j'entreprends. Il me demande de préparer quelque chose, mais à peine je m'essaye au digeste, il m'arrache le kebab des mains pour terminer et appliquer la sauce en cercle encore, puis elle est servie le plus esthétiquement possible. Cette quête de la perfection est tout à fait louable, bien qu'elle demeure frustrante. N'ayant pas pu manier quoi que ce soit, je me contente d'observer car toutes mes tentatives finissent avortées. Le patron recherche des petites mains car il n'est pas prêt à laisser la sienne. Ce manque de confiance me rebute et me désespère quant à la suite de ma collaboration avec lui. Heureusement, ce même soir, je reçois un message d'un restaurant thaïlandais intéressé par mon profil. La patronne me propose une soirée d'essai de quelques heures en leur compagnie. Le courant passe plutôt bien et le job est beaucoup plus agréable car je sens qu'on me fait confiance. Je prends les initiatives et surprends l'équipe par ma rapidité. C'est décidé, je travaillerai pour eux et pas au kebab. Je préviens le patron et découvre quelques jours après un message sur Facebook narrant la triste réalité de ce restaurant. Mauvais payeur, traite mal ses employés et j'en passe. Au final, une aubaine pour moi. Cela me permet de ne pas regretter mon choix et surtout d'être nourri gratuitement chaque soir. Et de la bouffe thaïlandaise, le rêve. Mes journées deviennent alors beaucoup plus chargées. De 9h à 13h environ en hôtel, ensuite de 17h30 à 22h en restaurant en semaine. Parfois jusqu'à minuit les week-ends. Je suis payé pour travailler au camping. Je ne paye pas de loyer, je peux utiliser les facilités donc cuisine, douches et wifi. Et en plus, je reçois de la bouffe gratuitement en restaurant. Le bon plan par excellence. Au fur et à mesure des jours, je vois mon compte en banque gonflé à mon plus grand bonheur. Affairée dans la cuisine lors d'un jour de congé, H débarque pour nettoyer les facilités. Son visage est grave et sa mine est triste. « Comment ça va ? » lui demandais-je.
- Speaker #2
« On a incendié ma voiture hier soir. »
- Speaker #0
répondit-elle.
- Speaker #2
« J'étais chez ma sœur et quelqu'un est venu frapper la porte en disant que la voiture était en feu. »
- Speaker #0
« Mais non ! J'hallucine ! Tu sais c'est qui ? »
- Speaker #2
« J'ai rien fait pour mériter ça. Chaque jour je bats pour m'en sortir. »
- Speaker #0
On rajatte-t-elle en pleurant.
- Speaker #2
« Je comprends pas pourquoi on m'aurait fait ça. »
- Speaker #0
« T'as appelé la police ? »
- Speaker #2
« Oui. »
- Speaker #0
répliqua-t-elle en neuchant la tête.
- Speaker #2
La police dit qu'il pourrait s'agir d'un acte de vandalisme au hasard, que quelqu'un aurait jeté de l'essence sur ma voiture et aurait mis le feu pour s'amuser.
- Speaker #0
Putain, je suis dégoûté pour toi.
- Speaker #2
Je voulais juste m'acheter une caravane pour avoir enfin un endroit où vivre. J'y étais presque. J'aurais dû l'avoir dans quelques mois. Je me serais installée sur le tramping et Liam ne m'aurait rien fait payer. Il va falloir que je me rachète une nouvelle voiture maintenant.
- Speaker #0
La nouvelle s'est vite répandue comme une traînée de poudre parmi le camping. Ben, quelque peu sociopathe, adorait en rajouter une couche. Un moment de malaise exceptionnel lors du smoko du lendemain.
- Speaker #1
Oh Hache, j'ai appris pour ta voiture, quelle horreur ! Des nouvelles de la part de la police ?
- Speaker #2
Non, rien, mais il n'y a pas eu de chance de retrouver les coupables.
- Speaker #1
C'est tout simplement abominable, en particulier au vu de ta situation. Je ne sais même pas comment tu fais pour travailler, moi je serais effondré.
- Speaker #2
Je n'ai pas trop le choix, j'ai besoin de cet argent pour m'acheter une nouvelle voiture.
- Speaker #1
Ah oui, mais tu n'as plus de maison et tu es sans domicile fixe.
- Speaker #2
Je reste chez ma soeur pour le moment, mais...
- Speaker #1
Mais c'est quand même pas une vie.
- Speaker #0
Ben était le champion du malaise et ne savait jamais vraiment quand il devait la fermer Mes autres collègues et moi-même assistions impuissants à la scène Ash me faisait de la peine mais je ne savais pas comment l'aider à part la soutenir moralement Les journées commençaient à devenir plus intenses et paradoxalement de moins en moins bonnes Des chambres ravagées, des bouilloires remplies de pisse, des traces de merde sur les draps Du vomi sur la carpette, des culs de joint dans les draps Un pneu abandonné sous le lit, une montagne de vaisselle, des odeurs de tabac froid et de friture Bref, les journées n'étaient pas toujours évidentes mais elles comportaient sans l'ombre d'un doute leur lot de surprises Merci.