- Speaker #0
Dormir sous tente par 0°C pour économiser chaque dollar, eh bien c'est le prix de la liberté. Entre drama au motel et rush au restautai, voilà mon sprint final en Nouvelle-Zélande. Bon épisode ! Keep your wings, le podcast. Chapitre 14. On prend les mêmes et on recommence. Les îles Cook, c'était magique. Mais mon retour en Nouvelle-Zélande ne fut que de courte durée, car j'avais pris d'autres vacances au forêt du Sud avec un pote. Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin, puisque je suis désormais de retour. Ces trois mois de travail et un temps, à dormir dans la caisse, à n'avoir que très peu de contact social, si ce n'est quelques détines d'heures foireux, m'avaient assommé pour de bon. Mais il me fallait revenir à nouveau. Plus qu'un dernier souci à régler avant de rejoindre l'enfer, la vente de ma caisse. Aucun intérêt pour moi de me rendre au clan d'Ablenem en van, repayer les centaines de dollars du ferry, et passer des heures sur la route. Je me décide donc de me débarrasser de ma caisse le plus vite possible. Le timing est parfait. Quelques dizaines de jours me suffisent malgré le peu de demandes. 4 personnes me contactent, 2 désistent la proposition de rendez-vous, les derniers viennent essayer la voiture, ça y est. L'affaire est vite pliée, une française qui étudie en Nouvelle-Zélande depuis plusieurs mois décide de me l'acheter. Accompagné de ses deux potes mécaniciens, il fouille et inspecte le van de fond en comble, une plaie qui m'obligera à diminuer mon prix quelque peu malgré le bon état général de mon véhicule. 1900$, c'est le prix de vente final comparé aux 2200$ que je demandais. Au final, je n'ai perdu que 200$ par rapport à mon prix d'achat 12 mois auparavant. Mon retour à Blenheim se fait quelque peu avec des pieds de plomb. Il fait un froid de canard sur l'île du Sud et je vais devoir dormir en tente sur le site du camping. Je n'ai pas de matériel adapté si ce n'est qu'un très fin sac de couchage. Je retrouve Liam, toujours aussi socialement malaisant qu'auparavant. Il est étonnamment de bonne humeur et me demande si j'ai besoin de quelque chose pour passer la nuit. Ah bah, tant que tu demandes, je te prendrai bien une couverture.
- Speaker #1
Je peux t'en prêter une sans caution.
- Speaker #0
Ah, ouais, ok, merci. Répondis-je quelque peu surpris par le ton de sa réponse.
- Speaker #1
Par contre, concernant ton loyer, sache que cette fois-ci, je ne peux plus te faire le spot gratuitement. C'est la période de rush qui va bientôt commencer d'ici quelques semaines, mais je te ferai bon prix, ne t'inquiète pas.
- Speaker #0
Je souris bêtement en réalisant qu'en dormant dehors par des températures avoisinant le 0°C, je vais devoir débourser de la thune. Quelque peu illogique, sachant qu'à l'abri de ma voiture, j'avais pu rester gratuitement pendant 3 mois sur le site. Bref, l'IAM est très orienté business et je sens qu'il a une idée derrière la tête.
- Speaker #1
Vu qu'il est tard, je te propose une chambre. Comme ça, tu n'as pas besoin de monter ta tente.
- Speaker #0
Oh, nickel, c'est gentil.
- Speaker #1
Tu n'as qu'à te réveiller plutôt le lendemain et la nettoyer de fond en comble avant de la rendre.
- Speaker #0
Ok ! Lance-je avec un pouce et un sourire crispé. Les vacances étaient décidément bel et bien finies. Le boulot reprend dès le lendemain, l'occasion pour moi de retrouver Ash, Ben, Beth et quelques nouveaux visages.
- Speaker #2
Ah tu dors tout !
- Speaker #0
Me lance un Ben extrêmement jovial.
- Speaker #2
Ça fait plaisir d'avoir des têtes connues. T'as tout ce qu'il faut pour dormir ? Tu veux un matelas de sol ? Une couverture supplémentaire ?
- Speaker #0
Oh bah ça c'est pas de refus. J'ai rien du tout, mon matelas gonflable est foutu rétorquège.
- Speaker #2
Viens après le boulot dans la réserve, je te donnerai tout ce dont tu as besoin.
- Speaker #0
Parfait. Je me remets ensuite au travail, mais rien n'a changé. Les chambres sont toujours aussi chiantes à nettoyer, les clients sont tous des porcs et rien n'y changera. Autant le prendre avec un peu de philosophie, récupérer les bouteilles d'alcool inutilisées qu'ils abandonnent dans les frigos ou sous le lit. Je croise Ash au détour d'une kitchenette et la salue.
- Speaker #3
Ah, tu es de retour enfin ! Liam n'arrête pas de me surcharger de travail. Et Beth ne fout toujours rien. Elle est tellement lente cette femme.
- Speaker #0
Et comment se présente ton projet de camping-car, la coupais-je ?
- Speaker #3
Oh j'ai abandonné, je me loue une maison, ce sera beaucoup mieux pour moi, camping-car, c'est beaucoup d'argent aussi. Et quand tu n'étais pas là, ma voiture a été incendié. C'est horrible, je n'ai rien fait pour mériter ça, tu sais.
- Speaker #0
Oui, je me souviens, j'étais encore là, tu m'avais dit que...
- Speaker #3
J'ai jamais eu de chance dans la vie, et les gens sont méchants avec moi alors que je travaille plus que tout le monde. Je ne suis jamais remercié pour le travail que je fais.
- Speaker #0
Cette maison, c'est une bonne idée, déclarait Jean tentant de dévier la conversation qui prenait des allures de monologue. Au moins, tu ne seras pas tout le temps sur ton lieu de travail, ça te permettra d'avoir ton intimité et de te relaxer, non ?
- Speaker #3
Je vais bientôt enlver mon bracelet électronique aussi. Je suis tellement heureuse.
- Speaker #0
Félicitations. Donc plus de couvre-feu pour toi alors ?
- Speaker #3
Non, après tout ces mois, je vais enfin pouvoir être tranquille. Bon, c'est pas tout, mais tu ne devrais pas t'arrêter de travailler aussi longtemps. Liam n'aime pas trop les gens qui traînent. Remets toi vite au boulot maintenant. Moi, j'ai déjà fini quatre chambres.
- Speaker #0
Je me contente de sourire et reprendre mon chariot rempli de draps et de produits nettoyants. Putain, mais elle fait que parler pensais-je stupéfait par la tournure des événements. Qu'importe, je continue mon travail et ne me soucie que de moi. Un détail me frappe. Dans les tiroirs des grandes chambres, je trouve constamment des bibles. En effet, les néo-zélandais sont assez croyants. Les séances du parlement s'ouvraient il y a encore quelques années par une prière. Depuis lors, c'est toujours le cas, mais il n'y a plus de mention de la Reine et de Jésus. Alors que je m'affaire à passer l'aspirateur, les gestes me reviennent très rapidement. Je suis de plus en plus efficace et je sens que les nouveaux managers apprécient mon travail. La confiance est telle qu'ils me confient beaucoup plus d'heures qu'auparavant. Et cela ravit également mon portefeuille. Ce dernier est aux anges, car je suis bien repris comme serveur plongeur au restaurant thaïlandais. La période de rush est bel et bien là, les clients s'enchaînent encore plus vite que mes rendez-vous Tinder à Taïwan. C'est. La. Folie. Je constate avec amusement que les horaires sont complètement différents qu'en Europe. Notre rush commence alors que l'horloge affiche à peine 18h. Le restaurant est rempli et ne se désemplit pas. Il est assez drôle de voir les autres serveurs et cuistots enragés lorsque de nouveaux clients viennent manger vers 20h30 en semaine.
- Speaker #4
À cette heure-ci, les gens n'ont aucun respect.
- Speaker #0
Et j'ai entendu plusieurs fois en cuisine. Le week-end, les employés étaient plus compatissants et nous fermions souvent vers 23h voire minuit lorsqu'il y avait des grandes tables. Première bonne nouvelle de ma reprise, plus de sacs en plastique. Enfin, des sacs en papier pour emballer les commandes. Il y a du progrès. Les poubelles ne sont toujours pas véritablement triées, il y a encore du gaspillage alimentaire aberrant. N'est-ce pas la même chose dans les autres restaurants ? Cette fois-ci, je suis reparti pour presque deux mois de boulot avant de quitter définitivement la Nouvelle-Zélande. Cela fait déjà 13 mois que je suis ici. Le temps passe vite, mais se ralentit considérablement lorsque je commence à travailler, car je suis coupé de tout contact social, particulièrement à Blenheim. Qu'importe, le but du moment est de gagner de l'argent afin de pouvoir continuer ce voyage.