- Speaker #0
Entre la quête désespérée d'un steak frites et la peur irrationnelle d'un traquenard dans un bar de quartier, suivez la suite de mes aventures en compagnie de mes parents en Malaisie. Bon épisode !
- Speaker #1
Chapitre 3.
- Speaker #0
Comme si de rien n'était. Le voyage a duré 10 jours. C'est court, pour s'imprégner totalement d'un pays aussi grand. Mais cela permet d'avoir un premier aperçu de ses habitants, ses coutumes, ses spécialités culinaires ou encore ses paysages. C'était un compromis avec mes parents, prêts à découvrir quelque chose de nouveau, mais sous certaines conditions. Confort, sécurité, encadrement, etc. Néanmoins, certaines scènes demeuraient surréalistes, surtout de mon point de vue. Nous avons été dans un sanctuaire pour orangs-outans, qui a beaucoup plu à ma mère, mais qui n'a pu s'empêcher de détourner le regard quand elle aperçut un chat se promener aux alentours.
- Speaker #2
Oh, le beau petit chat ! Il a l'air malheureux. Il a l'air d'avoir faim.
- Speaker #0
S'exclama-t-elle bien fort. Il a l'air en pleine forme. Viens voir les singes ici !
- Speaker #2
Mais oui, mais ça me fait mal au cœur de voir ce petit chat mourir de faim comme ça.
- Speaker #0
Maman, il est en pleine forme, mais il n'est même pas mince.
- Speaker #2
Personne ne s'occupe de lui, il n'a pas de maître. Bien sûr qu'il est malheureux.
- Speaker #0
Dans ma tête, cela n'a aucun sens de s'extasier sur un chat lorsqu'on a la chance dans sa vie de voir... voir des orangs-outans. Mais ma mère a un potentiel identificatoire énorme vis-à-vis des animaux de compagnie. Principalement parce qu'elle y retrouve la Belgique, en quelque sorte. Et elle sait qu'elle pourra domestiquer des chats et des chiens facilement. Les singes, par contre, à part moi, elles risquent de n'en voir qu'au zoo Même à l'étranger, mes parents étaient en quête du même, du similaire. Ils n'avaient pas le choix en termes de nourriture, mais se sont rués sur un steak frit de salade et un bon plat de pâtes lorsque l'occasion s'est présentée. Bien entendu, les plats étaient dégueulasses, et toute tentative de bouffe européenisée était une catastrophe. Le reste de la nourriture, quant à elle, était variée et excellente. Alors que nous étions en visite près d'un temple bouddhiste, j'aperçois un petit boui-boui dont les odeurs qui s'échappent me chatouillent les narines. « Hum, ça sent trop bon » , pensais-je. Mon père, voyant que je fixe le restaurant de rue, se marie bruyamment.
- Speaker #3
« Si tu espères me faire manger là-bas, tu repères, mon cher ami. Hors de question. »
- Speaker #1
« Vous voyez le restaurant en face ? »
- Speaker #0
Balance le guide à plusieurs mètres de nous.
- Speaker #1
C'est là-bas que nous irons manger après la visite.
- Speaker #3
« Super, pas de problème ! »
- Speaker #0
répondit mon père qui ne souhaitait pas perdre la face. Et une fois sur place, la nourriture était excellente, très peu goûteuse, et mon père en a même repris plusieurs fois. La magie de la Malaisie faisait effet, mes parents étaient comblés et ravis des visites, aidant à prendre plus sur les coutumes et anciens modes de vie. Cependant, quand je les interrogeais, les réponses obtenues étaient toutes du même acabit.
- Speaker #3
« C'est sympa, mais bon. »
- Speaker #0
Insérait ensuite une excuse random.
- Speaker #3
« C'est loin. » « C'est chaud. » « pollué, c'est plus pour ta plaisir. »
- Speaker #0
Malgré mes efforts pour partager ma passion du voyage, Certains obstacles perduraient, étaient presque mentalement infranchissables. Des peurs irréalistes, comme le danger permanent ou une pauvreté exacerbée, ou concrètes, comme les chocs culturels et le fonctionnement de la société, remontaient sans arrêt à la surface. Un frein invisible que mes parents actionnaient à chaque coin de rue.
- Speaker #3
« Tion, tiens ton sac ! »
- Speaker #2
« Il parle fort, est-ce qu'il nous insulte ? »
- Speaker #3
« Traverse-sac quand il n'y aura plus de voiture ! »
- Speaker #0
Cette méfiance faisant partie de leur quotidien en Belgique s'immisçait et les mettait sur leur garde. Bien que le voyage se déroulait sans accroc majeur, il y avait toujours une plainte, quelque chose qui n'était pas comme la Belgique. J'ai vite compris que quoi que nous fassions, rien ne sera assez fort pour oublier la patrie et les bonnes vieilles habitudes. L'immersion n'est donc pas totalement garantie, malgré les beaux paysages, les expériences, les rencontres avec la population ou encore les moments passés ensemble. Un soir, alors que nous avions décidé d'aller boire un verre au bar de l'hôtel, nous constatons avec dépit que ce dernier est déjà fermé. En faisant demi-tour, nous tombons sur un couple chinois qui nous demande en anglais s'il est encore possible de prendre un verre. « Oh, c'est fermé » , leur répondis-je.
- Speaker #4
« Oh, c'est pas grave. Nous connaissons un bar sympathique pas très loin d'ici. Vous souhaitez nous accompagner ? »
- Speaker #0
Je me retourne vers mes parents et leur propose d'invitation. Étonnamment, ils acceptent et nous nous retrouvons à traverser la rue en s'envers le bar. A peine entrés, nous nous installons avec mes parents. Je vois leur regard changer lorsqu'ils constatent qu'il s'agit d'un bar karaoké, où la musique est très forte et où la fumée de cigarette forme un épais nuage. Gêné, mon père commande deux bières et un café pour ma mère, mais m'annonce directement qu'après ça, il s'en ira.
- Speaker #3
« Je déteste ce genre d'endroit. »
- Speaker #0
Râle-t-il. Le couple avec lequel nous étions entrés s'est assis à la table d'une connaissance en nous laissant seuls. Après être resté sourd face aux plaintes incessantes de mes parents, je jette un oeil à mon environnement. Des jeunes et vieux chinois causent bruit à moi pour essayer d'oublier le bruit de ceux qui beuglent au karaoké. C'est chaotique mais je ne sais pas pourquoi j'y trouve mon compte. Sociologiquement, c'est une mine d'or et c'est une ambiance qui me rappelle mes chouettes soirées improvisées au Vietnam. Alors que nous étions toujours en train de finir nos boissons, une serveuse arrive et dépose un seau rempli de bière. Mon père écarquille les yeux et lui fait un nom d'un geste frénétique. La serveuse nous apprend alors que ces dernières ont été payées et nous pointe du doigt le couple avec lequel nous avions parlé tout à l'heure. Ils lèvent leur bière et nous saluent. On en part d'une et leur fait sentir également. Les parents, gênés et soucieux, leur sourient et leur font un signe de la main.
- Speaker #3
« Qu'est-ce qu'on fait ? »
- Speaker #0
me lance mon père.
- Speaker #3
« C'est sûrement un traquenard! Maintenant, on va devoir repayer des bières en plus ! »
- Speaker #0
« Mais non ! » leur rassurais-je. « C'est juste une manière à eux de vous souhaiter la bienvenue. »
- Speaker #3
« On ne boit pas le seau ! »
- Speaker #0
« Bah, trop tard ! J'ai déjà ouvert une bière ! » lui répondis.
- Speaker #3
« Fini là et on s'en va tout de suite ! »
- Speaker #0
Faites ce que vous voulez, moi je reste sur IEJ.
- Speaker #2
Papa a raison, c'est trop dangereux de rester ici.
- Speaker #0
« Quel est le danger ? » leur demandai-je en regardant autour de moi. Ça m'est déjà arrivé d'être invité par des gens et tout s'est toujours très bien passé. Ils ne sont ni menaçants, ni n'attendraient en retour. S'ils espéraient quelque chose de nous, ils nous auraient collé et auraient sans doute déjà mentionné de l'argent. Quelque peu rassuré, mes parents décident de s'en aller et me font jurer de ne pas rentrer trop tard.
- Speaker #2
« Tu toques à la porte quand tu rentres, hein, qu'on soit rassuré. »
- Speaker #0
Non, maman, vous serez sûrement déjà en train de dormir. Les adieux sont déchirants, surtout pour mes parents. Mais c'est beaucoup de bruit pour rien. À peine sont-ils partis que je me ramène à la table du couple avec le reste du seau de bière. Ça vous dérange si je me joins à vous ?
- Speaker #4
Ramène-toi,
- Speaker #0
me répond l'homme avant de me présenter tous ses amis. Et au final, je resterai jusqu'à 3h du matin, entre anecdotes, jeux à boire, karaoké, discussions passionnées. Cette soirée restera aussi gravée dans ma mémoire. Le voyage touche à sa fin, mes parents m'ont d'ores et déjà prévenu.
- Speaker #3
C'était la première et la dernière fois. C'est beaucoup trop loin pour nous !
- Speaker #0
Cependant, ils étaient les premiers à vanter les louanges de la Malaisie auprès de mes proches, à raconter leur périple, à montrer les 850 photos qu'ils avaient prises sans prendre la peine de les trier avant. C'était long ! me confirmeront mes proches par la suite. L'Asie était donc une belle découverte, mais plutôt une expérience d'une seule fois. J'étais déjà content d'avoir pu les faire venir, mais aussi qu'ils avaient joué le jeu. Cependant, je me doutais pertinemment que cette expérience ne serait pas suffisante pour une énorme remise en question. Quant à moi, j'avais déjà comme projet de continuer mes voyages avec un PVT en Nouvelle-Zélande. Pour parvenir à mes fins, je devais réaliser une radio des poumons pour prouver que je n'avais pas chopé la tuberculose en Asie. Retour en Belgique pour trois semaines, le temps d'effectuer ce fameux examen. Une fois la demande acceptée, eh bien je m'envolais de nouveau. en route vers de nouvelles aventures.