Speaker #0Il est temps de poursuivre notre voyage en Indonésie. Cette fois-ci, c'est l'occasion rêvée pour vous prendre avec moi dans une traversée qui remue sacrément. Accrochez-vous, c'est parti pour un nouvel épisode. Keep Your wings, le podcast. Chapitre 3. Un chemin périlleux. En optant pour le slow travel, nous avions décidé de prendre notre temps pour rejoindre Bali. En passant par Lombok, où est-ce nous attend Gara, et l'île de Flores. Notre arrivée sur cette dernière s'est faite sans encombre. Un avion, quelques heures à peine de vol et nous voilà presque au paradis. Un décor de car postal, mais une rue commerçante en chantier, des magasins de plongée de tous les côtés, et des prix plutôt élevés pour l'Indonésie. A peine arrivés, nous décidons de nous faire plaisir. Nous réservons une excursion afin de profiter de plusieurs îles et de faire du snorkeling. Après avoir négocié, nous obtenons le prix d'ami du commerçant et nous embarquons dans une traversée complètement folle. Le bateau à moteur dans lequel nous étions entassés a bien failli chavirer à plusieurs reprises. Le capitaine, si on peut l'appeler ainsi, fonçait à tête baissée face aux vagues déchaînées qui terminaient leurs courses effrénées dans notre embarcation de fortune. Plusieurs personnes présentes sur le bateau étaient apeurées. Je dois bien avouer que je n'étais pas à mon aise non plus. Le spectacle était fantastique tout au long de la visite. mais le manque de prudence et l'inconscience de notre guide nous aurait conduit tout droit à un drame. C'est là que j'ai réalisé que les conditions de sécurité étaient totalement aux antipodes des nôtres. Si ça passe, ça passe. C'est un peu la mentalité indonésienne, on tente le tout pour le tout, malgré le danger, tant que ça fonctionne, aucun souci, aucune remise en question. Après notre séjour à Flores, nous avons pris le ferry pour nous rendre à l'ouest de Nusa Tenggara. Une traversée de 4-5 heures sur un rafio pas très sécurisé, qui tend de droite à gauche, avec des vendeurs de migoreng, des nouilles frites, pré-emballées et toutes déshydratées, qui vous proposent d'acheter plusieurs fois leur nourriture durant la traversée. La situation est risible mais tellement marquante sur le moment même. Les nombreux déplacements que nous avons fait en Indonésie font partie intégrante de mon expérience. Et je pense qu'ils ont véritablement façonné mes souvenirs et ma tenacité. Nous arrivons enfin à Sape, sur l'île de West Nusa Tenggara, où nous sommes dévisagés de haut en bas. Les touristes n'y viennent pas très souvent. et nous faisons l'objet des discussions des locaux. Nous parvenons à trouver un hôtel avec une chambre pour trois, un lit double et un matelas au sol avec une douche à faire palir les plus téméraires. Et à l'entendu, avec le peu de budget que nous souhaitons consacrer à nos logements, nous ne pouvons pas nous plaindre. Faut dire que nous n'avons pas encore eu une seule douche chaude depuis nos retrouvailles en Indonésie. C'est très rudimentaire, mais cela nous suffit amplement. Le lendemain, les négociations avec les locaux commencent. Nous devons nous rendre à la station de bus et il n'y a pas de transport en commun. Ni taxi, ni gojek. Nous finissons par trouver un accord avec trois Indonésiens. qui nous prennent chacun sur le scooter avec nos secs sur le dos. Ils se faufilent comme des acharnés sur la route, évitant les nombreux trous, frôlant les autres véhicules, klaxonnant à tout va pour signaler leur intention de prendre la priorité ou de dépasser les plus lents. Autour de nous, les gens nous observent avec des yeux écarquillés. J'ai l'impression d'être une tête couronnée en plein défilé de la fête nationale. Après 15 minutes d'angoisse, nous parvenons enfin à la station de but. Délabré avec des véhicules remplis de rouille, pas de guichet, sans aucune indication, nous sommes véritablement dans un autre monde. Après plusieurs longues minutes d'attente, nous embarquons à bord d'un vieux bus durant 10 heures. Une traversée joint avec nos nerfs, tous serrés les uns contre les autres, sans aucune porte de la musique techno-indonésienne, des clopes et encore des clopes fumées tous les quarts d'heure par les autres passagers, un véritable supplice ponctué par un pneu crevé, des accidents évités de justesse et des arrêts fréquents. Ce trajet restera probablement dans les annales en ce qui me concerne. Le trafic en Indonésie est très dangereux, congestionné et indiscipliné. Les signaux sont fréquemment ignorés et souvent méprisés. Le nombre et la variété de véhicules sur la route excèdent la capacité prévue. L'état des routes varie de bon, dans le cas de villes principales avec des payages, à dangereusement médiocre. Bien souvent, la connaissance de la sécurité routière est très basse. Les bus et les camions sont généralement surchargés et roulent à des vitesses folles. La plupart des routes, en dehors des axes urbains majeurs, n'ont qu'une seule voie dans chaque direction. Ce qui rend le dépassement difficile. Bien que le trafic en Indonésie se fait à gauche, les conducteurs dépassent les deux côtés et utilisent l'accotement pour arriver à leur fin. Il est commun pour les conducteurs de créer des voies supplémentaires malgré le marquage au sol. Une fois arrivé à notre destination, Sumbawa Bézard, complètement lessivé, nous tentons en vain de trouver un hôtel. Mais c'est vraiment pas notre jour de chance. Après plusieurs tentatives, nous tombons sur un établissement qui nous propose une chambre pour trois. Sauf qu'à l'intérieur, il n'y avait qu'un lit double. Je finis par me résoudre à en prendre une pour moi afin de passer une nuit reposante. Je crois n'avoir jamais mis les pieds dans une chambre aussi répugnante. Un matelas avec un oreiller sans drap. Un petit ventilateur couvert de poussière, des murs qui sointent l'humidité, une salle de bain remplie de cafards dont le sol s'est affaissé et risque de s'effondrer. Afin de nous remettre de nos émotions, nous partons en quête de nourriture. Nous parvenons à acheter des paquets de nouilles juste avant la fermeture du magasin du coin. Les enfants dans la rue nous suivent, essayant de nous questionner, mais nous ne comprenons pas un trait trop moche qu'ils disent. De retour à l'hôtel, la déception grandit. Il n'y a aucune bouilloire. Je me décide d'aller mendier dans un commerce voisin pour nous verser un peu d'eau chaude dans les boîtes en carton contenant les nouilles. Le destin continua de s'acharner car la nuit ne fut pas tout repos. Un cortège de voitures nous empêcha de dormir. Plusieurs personnes s'étaient garées devant la chambre d'une femme légèrement vêtue et attendaient patiemment leur tour pour rentrer un à un à l'intérieur. De qui ? De quoi ? Je vous laisse méditer là-dessus. Décidément, cette journée de l'enfer ne voulait pas se terminer. Et oui, car le repos ne fut que de courte durée, car à 5h du matin, le mausolée de la mosquée du coin et des alentours s'est mis à résonner pendant de longues minutes. Le ramadan vient de commencer et l'appel à la prière se fait plus régulièrement, et surtout très tôt en matinée. Il va falloir donc faire avec et investir dans de bonnes boules quies sans hésitation. Les murs sont plutôt fins en Indonésie, le simple vitrage également, et il est impossible d'ignorer l'appel à la prière même lorsqu'on a un sommet plutôt lourd. Il faut dire que la suite de notre voyage va être considérablement impactée par le ramadan. Tout d'abord, les commerces ferment beaucoup plus tôt. En effet, pour la rupture du jeûne, les horaires sont bouleversés et certaines échoppes restent complètement abandonnées dès la fin de l'après-midi. Trouver des bières n'est évidemment pas le plus simple, voire presque impossible. Il existe tout de même des résistants, qui planquent des bouteilles d'alcool et qui les revendent sous le manteau. Après les journées éprouvantes que nous avions vécues, nous souhaitions profiter de quelques boissons dorées, mais impossible de mettre la main dessus. Il n'y a pas d'alcool dans les magasins et épiceries du coin. Par dépit, nous décidons de demander conseil à un chauffeur de taxi. Ce dernier nous dit connaître un gars et nous arrête sur le bord d'une route. Il me demande de le suivre dans un petit gabanon et je questionne mes potes. Combien de bières vous voulez les gars ?