- Speaker #0
Il est temps pour moi de me séparer de mes potes Nico et Thibaut et de vivre l'aventure indonésienne tout seul. Je prends la direction du Sulawesi en quête de challenge et d'aventure. Bon épisode ! Chapitre 5 : Traversée incertaine. L'heure des adieux avec Thibaut et Nico est arrivée. Enfin, presque. Ces cons n'ont jamais entendu mes coups répétés à leur porte afin de leur dire au revoir. Néanmoins... Mon bateau n'attend pas car je dois quitter Gili Trawagan aux aurores pour revenir sur Lombok. Après 20 minutes de rafio, mon voyage se poursuit à bord d'une calèche pour me rendre à un point de pick-up, dans l'espoir d'aller vers l'aéroport. En effet, j'ai pris ma décision, je vais aller au Sulawesi. J'avais envie d'un peu de changement, de plus de nature et de challenge notamment. Et je ne serais pas déçu. L'arrivée au Sulawesi ne se fait pas sans peine, avec des heures de retard suite à cet avion qui n'était jamais prêt. Les ennuis se poursuivent alors que je tente de rejoindre mon grab en évitant les taxis qui grouillent aux alentours de l'aéroport. Ma jambe entière s'enfonce dans une plaque d'égout mal refermée. Bon, plus de peur que de mal au final, mais une sacrée dose d'adrénaline sur le moment même. Et pour terminer, mon arrivée tardive à l'hôtel dans cette chambre moite avec mes amis les cafards. Allez, c'est une bonne entrée en la matière. L'état des routes au Slaouizi est catastrophique également. Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous, mais en contrepartie des paysages magnifiques à perte de vue. Après presque dix jours, l'aventure commence véritablement et sera marquée par ce premier trajet pénible effectué en grabe jusqu'à Kopo. Un coin perdu, mais paradoxalement, c'est une véritable volonté de ma part. C'est une petite ville à explorer afin de se mêler à la population et d'en apprendre plus encore sur les indonésiens. Les logements sous la Wési sont plutôt chers. Cependant, je me suis retrouvé dans un vieil hôtel où j'étais le seul avec le propriétaire de l'établissement et sa famille. « Bonjour, j'ai réservé deux nuits dans votre hôtel. »
- Speaker #1
« Bonjour ! »
- Speaker #0
me répond-il avec un regard étonné.
- Speaker #1
« Votre chambre est prête. »
- Speaker #0
Après m'avoir montré ma chambre, je lui signifie que j'aimerais me rendre à Sengkang dans deux jours et que je cherche le moyen de transport le plus adapté. Cependant, sa réponse me ramène directement sur Terre. Je pensais prendre un bus.
- Speaker #1
Il n'y a pas de bus par ici.
- Speaker #0
Un grab alors ?
- Speaker #1
Les grabs peuvent venir jusqu'ici si vous les prenez dans une grande ville, mais il n'y en a pas dans la région.
- Speaker #0
Un taxi ?
- Speaker #1
Les taxis ne circulent pas dans les environs.
- Speaker #0
Mais comment vous faites pour quitter la ville ?
- Speaker #1
On possède une voiture.
- Speaker #0
Et les touristes, comment font-ils ?
- Speaker #1
Il n'y en a pas trop de touristes par ici. Ce sont surtout des locaux. Pas grand-chose à voir, Antoine.
- Speaker #0
Le stop ?
- Speaker #1
Le stop ?
- Speaker #0
Vous savez, attendre sur le bord d'une route avec votre pouce.
- Speaker #1
Ah oui, ça. Bon, ça se pratique pas trop par chez nous. Cependant, il existe des locaux qui pourraient vous prendre pour une somme d'argent vers votre destination. Ils sillonnent le pays et se font de l'argent conduisant les gens qui n'ont pas de voiture dans les zones reculées du pays.
- Speaker #0
Ah bah parfait, je vais tenter ça.
- Speaker #1
Bon, monsieur, vous tombez au mauvais moment. Le ramadan se termine dans trois jours, donc d'ici là, il n'y aura personne qui râle dans le trajet. Les gens veulent fêter en famille et avec leurs proches.
- Speaker #0
Oui, oui, ça c'est normal. Je me résigne à mon sort en sachant que je resterai trois jours dans les parages. Autant dire que le patron ne mentait pas, il n'y avait absolument rien. Je réussis à négocier avec un motard pour m'accompagner voir une chute d'eau à 1h30 de route de Copo et me ramener pour une petite somme d'argent. Ce sera ma seule expédition durant mon séjour plutôt calme et ennuyeux. La veille de mon départ, le propriétaire frappe à ma porte. Je vais l'ouvrir, encore endormi, il me demande quelle est la raison de sa visite.
- Speaker #1
« Bonjour ! »
- Speaker #0
me lance-t-il avec un grand sourire.
- Speaker #1
« Voulez-vous vous joindre à la fupture du jeûne ? »
- Speaker #0
« Oh, avec plaisir ! » répondit-je surpris par cette proposition. « Bah, laissez-moi prendre une douche et j'arrive ! »
- Speaker #1
Oh prenez votre temps, ça va durer toute la journée.
- Speaker #0
Après avoir fait ma toilette, je me dirige vers le hall gigantesque de mon hôtel. Au milieu, une très longue table rectangulaire accueille divers mets qui me sont tout à fait inconnus. Difficile comme je suis, je me surprends à trouver quelques perles rares que j'aurais vite fait de manger tout au long de la journée. Véritablement, cette rupture du jeûne m'aura permis de rencontrer énormément de membres de la famille du propriétaire de l'hôtel. De la femme aux enfants, du beau-frère aux cousins par alliance, en passant par le grand oncle vivant à Jakarta. Un anglais approximatif, mais des sourires, des yeux pétillants, une soif d'apprendre et de connaître l'autre. J'étais chanceux et surtout redevable de ce moment inattendu certes, mais intéressant et touchant. C'est ce qui me plaît dans le voyage. Briser les peurs, les tabous, les barrières que certains s'imposent, par inquiétude. La vie n'est pas faite pour être vécue dans une petite bulle. Il faut aller vers l'autre, sortir et aller à la rencontre des gens, quels qu'ils soient. Recroire en l'humanité, en l'humain et à la bienveillance. La vie ne se limite pas à ce qu'on en voit dans les médias. J'en ai fait la cruelle expérience à l'époque en portant mon fardeau de pessimisme. Il faut rester ouvert en toutes circonstances, continuer à apprendre. Notre monde n'est pas fait que de doutes et de certitudes. Il faut laisser la place à la surprise aussi. Le lendemain, il est temps pour moi de me lancer à l'aventure. Je remercie mon hôte et lui demande un morceau de carton sur lequel j'écris « Senkang » . Ma prochaine destination est lancée, je n'ai plus qu'à miser sur la chance et la gentillesse des locaux. Je démarre un peu par dépit sur le bord de la route que je pensais centrale. Très rapidement, un homme aperçoit un pancarte et me fait signe de monter à l'arrêt de sa remorque. « Yes ! » exultais-je en pensant que le plus dur était déjà fait. Cependant, le voyage ne serait que de cour durée. Après 10 minutes à peine, il me débarque sur une rue pleine animée et me conseille de me poster sur le coin. Je demande s'il y a des voitures qui vont jusqu'à Sengkang. Parfois. Sourit-il en pissant les yeux. Je renvoie mon sourire en croisant mes doigts. Il rigole et me salue de la main avant de reprendre la route. À peine posté au carrefour, une voiture s'arrête. Une jeune fille en foulardé descend avec sa mère. Elle parle anglais et me demande d'où je viens, ce que je fais là.
- Speaker #2
Est-ce qu'on peut faire un selfie avec vous ?
- Speaker #0
Lance-t-elle avec excitation. Aucun souci. Le selfie est fait, mais le tandem mère-fille ne se dirige pas vers ma destination. La mère décide tout de même de rester avec moi en scrutant en loin les voitures en approche. Après 10 minutes... Par chance, elle interpelle un véhicule et s'engage dans une conversation sans fin avec le conducteur.
- Speaker #2
« Bah, 5 ans » ,
- Speaker #0
me confirme-t-elle.
- Speaker #2
« Mais il va s'arrêter à plusieurs villes avant. Il vous demande une participation financière, par contre. »
- Speaker #0
« Parfait » , répondit j'étonné la rapidité de cette démarche. Je monte à l'arrière et là, surprise. Il y a déjà 3 personnes au niveau du coffre, 4 personnes sur la banquette arrière. Je m'installe sur la banquette alors qu'un homme s'installe dans le coffre. Serré comme des sardines, mes pieds sur un immense sachet de riz de 5 kilos, à côté d'un panier avec une poule vivante à l'intérieur, le voyage promet d'être épique. Des photos, des sourires, des éclats de rire, des yeux écarquillés et une gentillesse exceptionnelle. Ce trajet aura duré 5h30 pour à peine une centaine de kilomètres, mais une expérience de folie, un trajet inconfortable au possible, mais que de souvenirs.