- Speaker #0
Après une traversée épique pour me rendre au centre du Sulawesi, j'atteins enfin Senkang. Et c'est là que je ferai des rencontres exceptionnelles. Bon épisode ! Keep your wings, Le podcast. Chapitre 6. Droit au cœur. Cigarette au bec, cheveux en bataille, pieds nus, Wayan est assis sur un plancher de bois surélevé. Comme à son habitude, il ne sait quoi faire et retrouve ses potes pour jouer aux cartes. Des rires s'élèvent de temps à autre, mais l'ennui les guette jour après jour. C'est compliqué lorsqu'on n'a rien à faire de ses journées. Pourtant, Luoyang prie chaque jour pour que quelque chose vienne bousculer son quotidien. Un travail serait l'idéal pour lui. Le chômage est une plaie. Bien que la courbe a tendance à diminuer depuis 2008, dix ans plus tard, il repart légèrement à la hausse. Soudainement, un détail attire son attention. Un homme se balade dans la rue. Il est différent. Sa peau est plus blanche que la sienne. Serait-ce un touriste ? Il tapote sur l'épaule de l'un de ses potes et pointe l'étranger du doigt.
- Speaker #1
« Hey ! »
- Speaker #0
crie-t-il en attirant son regard. Le contact est établi. Il ne lui reste plus qu'à faire quelques gestes de la main, invitant cet inconnu à venir à sa rencontre. C'est à peu près comme ça que j'ai rencontré Huayan et sa bande de potes. Leurs visages fermés de prime abord se sont déverrouillés, laissant apparaître une lueur dans leurs yeux. J'étais la personne qui venait briser leur quotidien, les sortir d'un ennui ferme dû à leur situation économique. Leur anglais, assez médiocre, était compensé par Google Traduction et nous permettait d'avoir une conversation franche. Leur première question était assez surprenante.
- Speaker #1
Que fais-tu ici ?
- Speaker #0
T'es marié ?
- Speaker #1
Tu cherches une femme à Sengkang ?
- Speaker #0
Je veux juste rencontrer des gens, explorer, découvrir l'Indonésie, répondis-je.
- Speaker #1
Tu veux aller voir les maisons traditionnelles ?
- Speaker #0
Oh oui, pourquoi pas.
- Speaker #2
Monte derrière moi,
- Speaker #0
dit Wayan en prenant son scooter. Je m'exécute et me vois la partie pour une grosse demi-heure de route avec Wayan et sa bande. Aussi facilement que cela, sans même me questionner, sans aucune peur, j'étais partant pour plonger dans l'inconnu. Une fois sur place, ils me montrèrent les recoins les plus secrets de ces maisons, les moindres moulures du plafond, les signes traditionnels, m'expliquèrent l'importance de ces habitations. Tout ça grâce au traducteur de mon téléphone. Sans lui, j'avoue, je n'aurais jamais pu interagir autant avec eux. C'est un véritable moment de partage. Nous sommes tous les cinq en dehors de notre quotidien. La rencontre de l'autre, de l'étranger, est un bouleversement, mais dans son aspect ici le plus positif. Nous conversons de tout et de rien. Et ajoutons des gestes, sons, mimes pour nous faire comprendre. Les gens autour de moi sont étonnés de voir un boulet en liberté. Mais ils sont tous très abnants. Je suis surpris de voir plusieurs personnes venir spontanément près de mes potes en me pointant du doigt. Royan me met alors au parfum.
- Speaker #2
Ils veulent prendre une photo avec toi.
- Speaker #0
Je souris et m'exécute sans réchigner. C'est un peu bizarre d'être la raison d'un cliché, mais... Je ne perçois plus ça comme quelque chose de mal depuis Taïwan, et ma journée continuera d'être remplie de surprises du même acabit. Nous reprenons la route avec mes nouveaux potes, et ils me proposent d'aller voir un village un peu plus reculé. J'imagine déjà un peuple sauvage vivant dans la jungle, mais il n'en est rien. Certains clichés me poursuivent encore malgré plusieurs mois de voyage consécutif. Il s'agit simplement de gens qui résident en dehors des centres-villes, qui ne viennent pas souvent se mêler à la foule. Nous dévalons sur une route des plus cabossées. Je ne cesse de rebondir avec fracas sur le siège de la moto, mon dos est en compote et mes articulations prennent cher. Je prie pour que l'on s'arrête le plus vite possible. Mes prières sont enfin exaucées quelques minutes plus tard. Nous stoppons les bécanes dans une zone assez poussiéreuse composée de gravier et de grosses pierres. Une femme qui était assise dehors sur un balcon en bois commence à nous alpaguer. Elle me fait de grands signes et entame un dialogue en bahasa indonésien avec mes potes.
- Speaker #2
Elle veut t'inviter chez elle pour prendre le café ou le thé,
- Speaker #0
m'explique Wayan. Oh excellent ! Oh c'est vraiment gentil de sa part. Nous rentrons tous les cinq dans la maison sous les yeux ébahis des trois gosses qui étaient présents. Shafira est maîtresse de maison et il vit avec sa mère et ses trois enfants. Son visage respire la bonté, son sourire irradie la pièce. Je me fais asseoir par terre et demande à mes nouveaux amis de faire de même. Sa maison est également en bois et surpilotie, avec une pièce centrale dans laquelle nous avons tous pris place. Shafira et sa mère nous ramènent des tasses, des biscuits, des bonbons et autres douceurs sucrées indonésiennes. Nous entamons un jeu de ping-pong entre Google Traduction, mes potes et mes hôtes. Nous entamons un jeu de ping-pong entre Google Traduction, mes potes et mes hôtes. Une session d'échange, de partage sur nos modes de vie, la raison de ma venue au Sulawesi, mes impressions sur l'Indonésie, ce que je faisais avant, la disparition de l'entraide dans la société actuelle, et, je dois bien le reconnaître, l'accueil indonésien était sincèrement chaleureux. Une fois que l'on s'éloigne des endroits très touristiques, la relation d'échange avec les gens est totalement différente, et n'est plus rythmée par l'argent. Je ne me sentais pas redevable ou contraint de donner des roupies pour ce moment vécu, car il était le fruit d'une véritable curiosité partagée. Si je n'étais pas en visite ou en excursion, je découvrais la ville, à mon rythme avec les locaux, et n'importe quel paysage n'aurait pu rivaliser avec ce que je vivais sur le moment même. Après avoir remercié mon hôte pour son accueil chaleureux, elle a tenu à ce que je pose sur une photo en compagnie de sa famille.
- Speaker #3
« On va la montrer à toutes nos connaissances » ,
- Speaker #0
déclara-t-elle à Wayan.
- Speaker #3
« Nous avons un nouvel ami en dehors de l'Indonésie » .
- Speaker #0
C'était-elle réjouie. J'ai longuement remercié avant de quitter ce petit village et repartir avec les autres en direction de Sengkang. Une fois sur place, Wayan me propose de les rejoindre au soir pour zoner avec eux. J'accepte volontiers et leur dis que je ramènerai de quoi grignoter et boire. Bien entendu, mes nouveaux potes étant tous musulmans, hors de question de leur amener de l'alcool. Ça sera soda et chips. Après être reparti prendre une douche à l'hôtel et mettre enfiler un bon plat de migoreng, et une bouillie frite, je repars retrouver toute la bande au même endroit que ce matin. Nous nous installons sur un petit meuble en bois surélevé que l'on peut aisément voir dans de nombreuses villes, ainsi que sur les bords de roues. Ce soir,
- Speaker #2
comme tous les soirs,
- Speaker #0
on joue aux cartes, mais un jeu que je ne connais absolument pas. Aucun d'eux n'est capable de m'en expliquer les règles. J'essaie au feeling, mais rien de bon n'en sort. De plus, le paquet qu'on me file est collant à souhait, impossible pour moi de les mélanger sans provoquer l'hilarité de mes nouveaux compagnons. Impensable pour l'un d'eux qui décide carrément de faire un live Facebook pour montrer à ses potes combien je suis mauvais. Le petit bâtard. Un peu plus tard, Wayan décide de m'emmener rencontrer sa famille. Un moment un peu gênant où je ne fais que manger des biscuits et boire du café avec eux. Ils m'observent et semblent contents que je traîne avec leurs fils, neveux, cousins. Ils tentent également de m'offrir des cigarettes, mais je refuse poliment. Nous sommes restés une bonne vingtaine de minutes avant de repartir rejoindre les autres. Cependant, il est presque minuit déjà et la soirée touche à sa fin.
- Speaker #2
T'as envie d'aller aux sources d'eau chaude demain ?
- Speaker #0
Me demande Wayan. Oh ouais, faisons ça !
- Speaker #2
Rendez-vous demain à 10h.
- Speaker #0
Ça marche. Cette journée n'avait aucun but concret, aucun objectif, et s'est révélée pleine de surprises, rebondissements. Le cœur léger et le sourire aux lèvres, je me suis endormi, réalisant la chance d'avoir fait une fois de plus des rencontres si symboliques.