- Speaker #0
Après avoir découvert le Sulawesi, je change d'ambiance en me rendant en Kalimantan, une île encore moins touristique, en pleine saison des pluies, avec laquelle il me faudra composer. Bon épisode ! Keep Your Wings, le podcast. Chapitre 9. Enquête de gloire. Le temps file à une vitesse dingue et j'enchaîne les petits coins de paradis au Sulawesi. Je décide même de me diriger sur une autre île, le Kalimantan, la partie indonésienne de Borneo. Cette dernière est probablement encore moins touristique que le Sulawesi. Et les transports entre les différentes villes est loin d'être aisé. Pas de chance pour moi, c'est également le début de la saison des pluies. Et il pleut fréquemment et abondamment. Je suis en pleine ville, mais je commence à être défaitiste quant à la possibilité de m'en éloigner pour faire des randonnées, ou tout simplement voir un peu plus de nature. Les excursions organisées sont chères, les guides n'acceptent pas mes propositions lorsque je mentionne que je suis seul, et m'y rendre par mes propres moyens me prendrait des heures et des heures. Dissu et blasé par cette semaine entière à passer dans la ville de Bajarmacin, je m'offre tout de même une excursion en bateau à travers les villages qui sont le long du canal. Une sacrée claque lorsque l'on voit comment les gens y vivent. La rivière est utilisée pour laver les vêtements, la maison, l'eau y est prélevée pour cuisiner également. Un choc culturel qui prend en tripe lorsqu'on aperçoit certaines maisons presque en ruine, mais remplies de gens qui vous sourient, vous font des grands signes, vous interpellent, hello mister, welcome, hors de question de prendre mon appareil photo et de commencer à mitrailler ces personnes comme si c'était des bêtes de foire. Je décide juste d'observer, de profiter du moment. Je ne sais comment l'expliquer mais les larmes remplissent mes yeux. L'humilité, la sincérité et le bonheur simple me feront réaliser à quel point nous passons notre vie à nous plaindre de notre quotidien. Souvent pour les mauvaises raisons. Et je veux apprendre à être heureux comme je suis, sans désirer de trop, en arrêtant de me comparer aux autres et en vivant pour moi-même. Ces gens peut-être moins que moi, mais semblent plus heureux. Le sont-ils vraiment ou ce n'est qu'une façade ? Je ne le saurais jamais sans doute. Et c'est peut-être préférable de cette manière. Cette exposition terminée, je décide d'observer un peu plus mon environnement. Bajar Massin est loin d'être une ville pauvre. Derrière la maison traditionnelle se cache un véritable centre commercial à faire pâlir certains centres européens. A la pointe de la modernité, ce dernier est clinquant et contrebalance le côté modeste du reste de la ville. Il faut dire que la ville est en passe de devenir un véritable hub. La réduction de la pauvreté constitue un volet central de la vision de la ville. Tout d'abord, l'objectif stratégique de la ville, qui est de se positionner comme la porte économique vers le Kalimantan, vise à créer de l'emploi local et à attirer des entreprises, ce qui bénéficierait aux populations pauvres, et générer des opportunités d'emploi. Les politiques ciblant spécifiquement les pauvres comprennent la rénovation des quartiers précaires et la relocalisation de certaines familles dans des logements publics, l'amélioration des infrastructures dans les zones défavorisées et l'octroi de crédits aux petites entreprises. Ces initiatives sont étroitement coordonnées avec les objectifs des autres volets de la vision de la ville. C'est en tout cas ce que rapporte l'ONG Cota-Quita. En clair, une véritable politique est mise en œuvre pour faire de Benjamin Sine un pôle économique viable et qu'il soit le fer de lance de la région. J'aurais d'ailleurs l'occasion de visiter ce gigantesque centre commercial au cours d'un day de Tinder. Peu avant nous y rendre, Tetra m'avait donné rendez-vous devant un petit restaurant de rue. Les yeux écarquillés des locaux étaient impressionnants. Un boulet avec une indonésienne ? Help ? Comment réagir ? Nous commandons nos plats et entamons une discussion. C'est un exceptionnel, plusieurs banalités ressenties sur l'Indonésie en général. Je constate également que ce rendez-vous ne mènera de nulle part. Tetra est plus obnubilée par le fait que je sois un étranger que par une éventuelle baise. Peu importe, je suis curieux d'en savoir plus sur elle. Mon plat arrive rapidement, mais pas le sien. Après des minutes, elle jette un oeil vers le serveur qui fait une tête d'enterrement.
- Speaker #1
« Haha, il a oublié mon plat ! »
- Speaker #0
rigole-t-elle. « Comment ça ? » m'exclamais-je. « Nous ne sommes que deux dans ce resto. »
- Speaker #1
« Je pense qu'ils étaient si étonnés de voir un étranger ici qu'ils ne m'ont même pas calculé ! »
- Speaker #0
Incroyable !
- Speaker #1
« C'est peut-être parce que tu viens manger avec une jeune fille de 16 ans. »
- Speaker #0
« Pardon ? » répondis-je alors que mon sang se glaça d'un coup.
- Speaker #1
« Je plaisante. J'ai 22 ans, mais c'est vrai que je fais jeune. »
- Speaker #0
« T'es sûre ? » lui demandait-je en tentant de me rassurer.
- Speaker #1
« Eh oui, regarde ! »
- Speaker #0
Et torquait-elle en me montrant sa carte d'identité. Ouf, je suis rassuré. Cette montée d'adrénaline a bien failli m'achever sur place. Je ne suis pas un dangereux prédateur, juste un mec en manque, mais qui s'est profité d'une soirée sans avoir envie d'agresser sexuellement une personne de genre féminin. Bien, nous poursuivons ensuite notre conversation sur les rêves et espoirs de Tetra.
- Speaker #1
J'aimerais tellement aller aux Etats-Unis.
- Speaker #0
Me lança-t-elle.
- Speaker #1
Tout a l'air génial là-bas. C'est comme ici, mais en plus bout et en plus grand.
- Speaker #0
Ça te fait rêver ? Lui demandais-je.
- Speaker #1
Bah, je pense pas qu'il puisse exister mais sur Terre.
- Speaker #0
L'American Dream a vraiment fait son chemin pour devenir un idéal pour Tetra. Elle aimerait s'y rendre pour voir les... Une sorte de fantasme qui la guide jour après jour, comme espoir de pouvoir atteindre cet objectif. Me répète-t-elle en vantant les bons prix indonésiens. Plaisante-t-elle en s'imaginant les nombreuses chaînes de fast-food à coller les unes aux autres. Les yeux de Tetra brillent et s'illuminent lorsqu'elle parle des USA. Je me décide de garder bien au fond de moi ce que je pense des States, et lui souhaite de s'y rendre rapidement. Notre soirée touche alors à sa fin. Nous nous quittons, comme beaucoup de dates en Asie, sur un salut de la main. Une rencontre intéressante, mais qui ne m'offrira guère de perspectives en termes de conquête féminine. Ma fin de voyage en Indonésie sera véritablement riche. par la Coupe du Monde 2018. Tout le monde la suit et les gens comprennent facilement d'où je viens lorsque je leur dis Eden Hazard ou Lukaku.
- Speaker #2
Oh, Belgia, good, good.
- Speaker #0
Me répondent-ils la plupart du temps. Je m'étonne d'ailleurs qu'à Bajramasing, considérée comme la capitale du Sud-Calimantan, je trouve un bar plutôt moderne avec une terrasse extérieure où sont projetés les matchs. En comparaison avec l'île de Bunaken au nord de Sulawesi, c'est le jour et la nuit. Malheureusement pour moi, avec le décalage horaire, la Belgique joue fréquemment vers 2h du matin. Le bar, quant à lui, reste ouvert 24h sur 24, une chance de dingue. J'essaye de m'abreuver en conséquence pour assister au fantastique Japon-Belgique qui m'a provoqué plusieurs crises cardiaques ainsi qu'à mes amis restes au pays. Cette soirée-là, je me suis enfilé des bintangs toutes les 20 minutes, une célèbre marque de bière indonésienne. Je m'étais déjà rendu bien avant le match pour y manger, pour bien entendu picoler. Après ma cinquième binouze aux environs de la mi-temps, une représentante portant les couleurs de la marque de bière en question me rejoint.
- Speaker #3
« Vous aimez vraiment beaucoup la bintang ? »
- Speaker #0
me dit-elle. « C'est une bonne bière ! » lui lançai-je à moitié bourré.
- Speaker #3
« Pour vous remercier de votre fidélité, nous vous offrons une nouvelle bière et une casquette bintang aussi.
- Speaker #0
J'éclate de rire et m'empare de mon dû. Avec une casquette pareille, je vais choper de la donzelle, c'est sûr. Étonnamment, la représentante s'assit à côté de moi et me demande comment cela se fait que je sois ici.
- Speaker #3
C'est très rare de voir des touristes par ici.
- Speaker #0
Me répète-t-elle plusieurs fois d'affilée dans un anglais approximatif.
- Speaker #3
Tu as Facebook ? Je peux t'ajouter ? Tu veux faire quelque chose demain ?
- Speaker #0
J'ai bien envie de lui répondre oui, mais au petit matin je quitte l'Indonésie et je sens déjà que je vais payer ma gueule de bois à l'aéroport. J'finis par m'enfuir du bar alors que je vois les rayons du soleil se lever. Il me reste à peine deux heures de sommeil avant de prendre un grappe qui m'emmènera vers d'autres horizons. L'Indonésie aura été marquante de bout en bout, tant par ses paysages magnifiques que par la gentillesse de sa population. Des coins très modernes et étouffants, et d'autres plus intimistes et reculés de tout. Un mode de vie et une façon de procéder un peu à l'emporte-pièce, mais qui au final fait son charme. De gros enjeux attendaient le pays en 2020, les problématiques climatiques avec des déforestations massives à cause du business de l'huile de palme, Mettre un terme à la corruption qui gangrène certaines parties du pays et surtout éviter un retour du conservatisme. Peine de mort, interdiction critique et président, rentrée illégale des relations sexuelles avant le mariage, restreint le droit à l'avortement, etc. Et cela menacerait le pluralisme. Ces propositions, soumises en octobre 2019, font l'objet de vives critiques et de protestations alors qu'elles risquent de faire partie de la nouvelle version du code criminel.