Description
Tu t'effondres le soir en te demandant pourquoi tu portes autant. Tu gères, tu anticipes, tu rattrapes, tu absorbes. Et personne ne semble voir ce que ça te coûte. Ce que tu vis a un nom. Et ce n'est pas un problème de couple, ce n'est pas un manque d'organisation, ce n'est pas un défaut de caractère. C'est un scandale politique.
Dans cet épisode de L'Alliance Thérapeutique, je te parle de la charge mentale comme elle mérite d'être nommée : non pas comme un sujet domestique à régler à deux, mais comme le résultat d'un système organisé, construit sur des siècles d'assignation silencieuse. Un système qui repose encore aujourd'hui sur la disponibilité invisible des femmes — à la maison, dans le couple, face aux institutions, au travail.
On commence par regarder l'histoire de la charge mentale en face. Pourquoi les femmes ont-elles été assignées à la logistique invisible du vivant ? Comment la société a-t-elle fabriqué cette normalité ? Et pourquoi l'entrée des femmes dans le monde du travail n'a-t-elle pas produit l'égalité qu'on leur avait promise ? Parce qu'on leur a ouvert la porte du dehors sans jamais alléger le poids du dedans. C'est ce que la sociologue Arlie Hochschild a appelé la double journée — et quarante ans plus tard, cette réalité est toujours là.
Ensuite, on nomme la grande arnaque moderne. On a vendu l'émancipation aux femmes sans démonter ce qui les retenait. La charge mentale dans le couple, la charge mentale au travail, le double standard entre hommes
et femmes ambitieux, l'impact direct sur leur carrière, leur corps, leur désir — tout ça forme un système cohérent qui fragmente l'attention des femmes et s'appuie en silence sur leur fatigue.
On parle aussi de la psychologisation du problème : comment une injustice structurelle a été transformée en difficulté personnelle. Au lieu de nommer l'inégalité hommes femmes, on demande aux femmes de mieux communiquer, de mieux déléguer, de mieux lâcher prise. C'est ce que je dénonce ici en tant que thérapeute : non pas la psychologie, mais son usage comme outil de neutralisation d'un problème qui est collectif.
Je leur donne aussi une permission que le système ne leur donne jamais : ne pas rattraper ce qui ne devrait pas reposer sur elles. Lâcher n'est pas abandonner. Dans certains cas, c'est la seule forme de résistance possible. Et je conclus avec trois appels directs — à toi madame, à toi monsieur, et aux institutions — parce que la répartition des tâches, la santé mentale des femmes et l'égalité dans le couple ne se régleront pas seulement dans les cuisines.
Cet épisode s'adresse aux femmes épuisées qui se croient défaillantes, aux hommes prêts à voir ce qu'ils n'ont pas regardé, et à tous ceux qui veulent comprendre pourquoi l'épuisement féminin est un enjeu collectif. Parce qu'une société qui épuise ses femmes finit toujours par abîmer tout le monde.
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Ressources
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