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L'art de l'attention

En conversation avec Elise Nebout, l'art d'écrire avec Les Mots

En conversation avec Elise Nebout, l'art d'écrire avec Les Mots

54min |04/02/2025
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Description

Poursuivre l'exploration de l'art de l'attention : avec Elise Nebout, l'art d'écrire avec "Les Mots"

 

Savez-vous qu’un Français sur quatre rêve d’écrire un livre ?
Cela représente près de 12 millions de personnes aspirant à noircir des pages de leur plume, selon une enquête exclusive du Figaro Littéraire/Odoxa publiée en 2022.
Et pourtant, combien sont-ils à transformer ce rêve en réalité ?

Bien peu. La faute au tumulte du quotidien, à cette tyrannie du présent qui accapare tout : le temps, l’énergie, l’attention... et parfois, il faut bien le dire, la méthode.

 

Mais aujourd’hui, réjouissez-vous, car mon invitée n’a pas seulement rêvé d’écriture, elle a osé en faire une mission.
Élise Nebout est une femme déterminée, lumineuse et, surtout, passionnée. Elle a co-fondé Les Mots, une école d’écriture nichée depuis huit ans rue Dante, face à Notre-Dame. Rien que l’adresse est une invitation au voyage, n’est-ce pas ?

Élise, c’est une étincelle.
Avec elle, chaque conversation prend des airs de fête, chaque échange devient un feu d’artifice de mots et d’idées. Nous avons tant en commun : un amour fou des lettres et de la littérature, une affection pour les expressions d’antan, et cette envie inébranlable de transmettre qui nous a poussées, chacune, à ouvrir une école !


Et aujourd’hui, c’est une véritable fête que je vous propose, car nous allons parler de ce qui nous lie, de ce qui nous élève : les mots, les idées, et ce merveilleux pouvoir qu’a l’écriture de changer nos vies.

 

Au cours de cette riche conversation avec Elise Nebout, nous avons évoqué :

  • les livres qui ont changé nos vies,

  • son parcours et les rencontres qui changent tout,

  • l'importance des mots,

  • les expressions anciennes et démodées à réinventer,

  • les tics de langage qui nous font tourner sept fois la langue dans notre bouche,

  • l'importance des mots,

  • la création de son école d'écriture, Les Mots,

  • comment garder son intégrité et son attention,

  • pourquoi réinventer de nouveaux récits aujourd'hui,

  • et tant d'autres éclats de rire...


Découvrons ensemble comment Elise Nebout conjugue l'art de l'attention au présent.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Savez-vous qu'un Français sur quatre rêve d'écrire un livre ? Cela représente près de 12 millions de personnes aspirant à noircir des pages de leurs plumes, selon une enquête exclusive du Figaro littéraire Odoxa, publiée en 2022. Et pourtant, combien sont-ils à transformer ce rêve en réalité ? Bien peu. La faute au tumulte du quotidien, à cette tyrannie du présent qui accapare tout, le temps, l'énergie, l'attention. Et parfois, il faut bien dire, la méthode. Mais aujourd'hui, réjouissez-vous, car mon invitée n'a pas seulement rêvé d'écriture, elle a osé en faire une mission. Élise Nebout est une femme déterminée, lumineuse et surtout passionnée. Elle a cofondé les mots. Une école d'écriture nichée depuis 8 ans, rudante. À Paris V, juste en face de Notre-Dame. Rien que l'adresse est une invitation au voyage à l'écriture, n'est-ce pas ? Élise, c'est une étincelle. Avec elle, chaque conversation prend des airs de fête. Chaque échange devient un feu d'artifice de mots et d'idées. Nous avons tant en commun un amour fou des lettres et de la littérature, une affection pour les expressions d'antan et cette envie inébranlable de transmettre qui nous a poussé chacune à ouvrir une école. Et aujourd'hui, c'est une véritable fête que je vous propose, car nous allons parler de ce qui nous lit, de ce qui nous élève, les mots, les idées, le récit et ce merveilleux pouvoir qu'a l'écriture de changer nos vies. L'art de l'attention, conversation avec Fanny

  • Speaker #1

    Auger.

  • Speaker #0

    Bonjour Élise Neboux.

  • Speaker #1

    Bonjour Fanny.

  • Speaker #0

    Alors Élise, l'art de l'attention, je crois que ça vous parle également. Comment est-ce que vous l'interprétez ?

  • Speaker #1

    Alors effectivement, ça me parle. Je trouve que c'est un sujet magnifique et qui mérite toute notre attention. Je pense qu'aujourd'hui, c'est une exigence. de tous les jours, de poser notre attention, de la préserver. Et c'est vrai que j'ai la conviction que les livres nous aident profondément à ça.

  • Speaker #0

    Alors vous, en quoi la littérature, j'entends parfois des gens qui disent la littérature m'a sauvée. Qu'est-ce qu'elle vous a apporté, vous, ou la lecture ?

  • Speaker #1

    Oui, je pense que c'est un... Pour moi, les mots, cette école que j'ai créée, tout commence là. Tout commence à 16 ans et... Et effectivement, les mots m'ont sauvée, la littérature m'a sauvée. À 15 ans, qui est une période particulière de la vie d'un humain, c'est un moment de transition entre l'enfance et l'âge adulte, où on se pose beaucoup de questions existentielles. Moi, c'était mon cas, donc je me posais énormément de questions. Et lire et écrire, donc ces deux activités qui sont finalement très reliées l'une à l'autre, pour moi, c'était un espace à la fois de refuge et d'expression. pour tenter un petit peu, à ma façon et comme je le pouvais, de me comprendre, de comprendre le monde. Et c'était un espace d'imagination incroyable, où déployer mon imagination. Un peu plus tard, finalement, je rêvais de cette école d'écriture. Je cherchais cette école d'écriture. Cette école d'écriture, je crois que je l'ai cherchée pendant des années, de 15 à 31 ans, l'âge où je l'ai fondée avec Alexandre. Donc voilà, les mots, c'est étonnant parce que cette école, c'est un projet qui a des racines profondes. Ce n'était pas un projet opportuniste, ce n'était pas un projet... C'était un projet qui devait advenir d'une certaine façon, et encore plus, il devait advenir fondé par moi et Alexandre. Quand on s'est rencontrés, quand on a parlé de cette idée ensemble, finalement, il y a eu quelque chose de l'ordre de... de l'alignement total. Et ça arrive finalement assez peu de fois dans une vie, ce sentiment d'alignement. Et c'est vraiment ce que j'ai vécu avec cette école qu'on a décidé avec Alexandre d'appeler Lémo.

  • Speaker #0

    Alors Alexandre Lacroix, le rédacteur en chef de Philosophie Magazine.

  • Speaker #1

    Oui. Alexandre, en fait, il a été mon professeur d'écriture créative quand j'étais étudiante à Sciences Po à Lyon. Donc voilà, j'étais une personne assez rêveuse, passionnée de littérature, de livres. Et puis à un moment, il a fallu choisir un petit peu mon orientation professionnelle, quelle étude on fait. Je me suis finalement orientée vers Sciences Po parce que ce sont des études assez ouvertes. Donc ça me convenait plutôt bien à Lyon. Mais quand même avec un peu cette frustration de ne pas être dans la littérature. Et puis un jour, avec tous nos cours à Sciences Po, merveilleux de droit, d'économie, etc., je vois dans la liste des cours un cours d'écriture créative, totalement avant-gardiste, dans le milieu de l'université française. On trouvait assez peu... voire pas, de cours d'écriture créative en France, contrairement aux pays anglo-saxons où la tradition du creative writing est beaucoup plus ancrée. Donc je tombe sur cet intitulé et puis je me dis, mais enfin c'est merveilleux, qu'est-ce que c'est que ça ? Et je m'inscris tout de suite, je pense qu'on est à peu près une vingtaine d'étudiants un peu littéraires, d'aspirants auteurs, à s'inscrire à ce cours. Et là, c'est la révélation. C'est vraiment un cours. À cette époque, je passe mon temps à noircir des pages, comme tu l'as joliment dit dans ton introduction. Mais c'est une activité assez solitaire. Donc, je manque la plupart de mes amphis pour faire vivre mes quatre personnages de mon roman dont le titre est Les Interactions Légères. C'est un roman que j'ai écrit de, je pense, 20 à 24 ans. Puis, j'avais quatre personnages. Et puis, j'étais toujours en train de me demander, mais qu'est-ce qui va se passer, etc. Donc j'étais dans ce monde-là, je fais ce cours, et j'ai l'occasion de partager mes écrits avec d'autres personnes, évidemment avec Alexandre, qui est lui écrivain, et qui est capable de me donner un regard à la fois bienveillant et exigeant sur mes mots. Qui est capable de me dire, ça, ça ne marche pas, et ça, voilà, il y a quelque chose. Et ce retour-là et ce partage-là, pour moi, ça a été quelque chose d'initiatif et d'absolument magnifique. Et finalement, c'est exactement ce qu'on a fait des années plus tard avec les mots. Après ce cours, j'ai cherché un peu en vain, justement, à poursuivre l'expérience. Et je ne trouvais jamais l'atelier qu'il me fallait. Alors, peut-être que j'étais un peu exigeante. Je cherchais un atelier qui soit accessible financièrement pour une jeune femme qui commence sa vie professionnelle. Donc, qui n'a peut-être pas 3 000 euros à mettre dans un atelier qui va durer six séances. Je voulais un atelier qui soit animé, non pas par une personne qui m'explique en théorie ce que c'est d'écrire, mais quelqu'un qui se frotte tous les jours à la page, autrement dit, un écrivain de métier, dont c'est le savoir-faire, qui, de 8h à 14h, je dis 8h à 14h parce que je me rends compte que souvent, les écrivains... écrivent le matin, même si ce n'est pas systématique. Et donc, pendant, on va dire, cinq à sept heures dans leur journée, les écrivains, les gens qui écrivent, se demandent où est-ce que je mets ma virgule, comment j'enchaîne mes phrases, quel est le mot juste pour dire exactement ce que j'ai envie de dire. Tout ce savoir-faire-là, j'avais envie de mettre, on avait avec Alexandre, envie de mettre au cœur du dispositif ces personnes-là. Et moi, à l'époque, en tant que jeune femme qui cherchait des ateliers, j'avais envie d'un atelier animé par un écrivain, un vrai, c'est-à-dire quelqu'un de publié, qui a publié plusieurs livres dans un certain nombre de maisons d'édition. Et ça, finalement, avant les mots, on le trouvait assez peu. On ne le trouvait pas. Alors, il y a les ateliers Gallimard qui sont formidables, mais qui coûtent un certain prix. Et finalement, ça a été toute cette recherche. de l'atelier parfait pour moi, pas parfait dans l'absolu, parfait pour moi, ça a été aussi les prémices de l'école. Donc voilà, ce cours d'écriture créative, c'est une expérience qui a été assez marquante, assez marquante pour moi.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup d'avoir partagé avec nous en détail ce moment de bascule dans votre vie où vous vous êtes dit, tiens, ça y est, il y a quelqu'un pour me mentorer, me guider, m'inviter à l'écriture. Pour revenir un tout petit peu en arrière, parce qu'on parlait de notre amour de la lecture, de la littérature, il y a une question que j'adore poser aux gens, c'est... Et vous êtes aujourd'hui maman de deux enfants en bas âge, je crois de 8 et 4 ans. Est-ce que vous, Élise Nebou, vous vous rappelez de votre livre préféré quand vous étiez petite ?

  • Speaker #1

    Ah, magnifique, c'est une très belle question parce que je trouve ça toujours très émouvant quand on retrouve un livre d'enfance et de revoir ces images qu'on a perçues d'une certaine façon à l'époque. et de mesurer finalement cet écart et ce drôle de rapport et d'impression que ça laisse. Et je crois que la première chose qui me vient en tête quand tu me poses cette question, c'est un livre sur l'histoire de Poucette, cette toute petite femme qui est enlevée par une grenouille prince. En tout cas, c'était comme ça. Dans mon livre, il y avait quelque chose de... C'était une histoire de petite princesse qui se fait enlever par un... une grenouille qui est un prince, et puis il y a tout un tas de péripéties qui s'enchaînent. Mais les dessins étaient magnifiques. Donc c'est vrai que les livres d'albums jeunesse, les albums jeunesse, c'est aussi une interaction entre l'image et le récit, l'histoire. Mais je me souviens de, finalement, ce qui fait la force de la littérature, pour moi, déjà dans un album jeunesse, qui est l'identification. qui se produit quand tu écoutes cette histoire de petite princesse et la façon dont tu es absolument happé dans l'histoire et au temps présent absolu. Et ça, c'est la tension. Cette espèce de temps présent qui ressemble à un état de flot, qui est sans arrière-fond, qui est une présence absolue au monde. Et ça, c'est un état merveilleux.

  • Speaker #0

    Que la lecture ! permet d'attendre. J'adore poser cette question aux gens et leur demander en quoi aujourd'hui ça a influencé, ça a peut-être un impact sur la personne qu'on est. Chers auditeurs, je vous livre mon livre préféré, il est juste à côté. C'est un livre de Frank Tasmin. Je crois que c'est un auteur américain qui était à l'école des loisirs, qui s'appelle Mais je suis un ours. C'est l'histoire d'un ours qui va hiberner pour l'hiver dans sa caverne. Il se réveille au printemps, il y a une usine autour de lui qui a été construite. Et on veut le faire travailler à l'usine en lui disant, mais non, t'es pas un ours, t'es juste un feignant avec un gros manteau de fourrure. Donc, il va voir le chef, le contremaître, le directeur de l'usine, etc. On voit toute la hiérarchie et tout le monde lui dit, mais non, t'es pas un ours, t'es juste un feignant avec un gros manteau de fourrure. Et à un moment, on l'emmène dans un zoo où il voit un petit ours. Et donc, tout le personnel de l'usine demande à l'ours derrière les barreaux, est-ce que lui, c'est un ours ? Et le petit ours répond, non, si c'était un ours, il serait avec moi derrière les barreaux. Donc, il se met à travailler. dans cette usine pendant des années, alors que c'est un ours. Mais je suis un ours, de Franck Tasseline. Et je crois que c'est une certaine vision du travail qui ressemble pas mal au Fordisme, qui me rappelle Charlie Chaplin dans les temps modernes, et qui m'a toujours fait peur. Et je crois que depuis toute petite, je me suis un peu rebellée contre cette vision du travail de sans se poser de questions, on va faire un job dans une usine, comme ça parce qu'il faut le faire, parce qu'on est tous des ours ou des gros fainéants avec des manteaux tourures. Et voilà, donc je crois que ça a vraiment un impact très profond sur la personne.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai, tu as raison. Oui, c'est très beau ce que tu dis. Je pense qu'effectivement, au fond, dans nos vies, il y a un certain nombre de fils rouges qu'on met d'ailleurs un certain temps à identifier. Les fils rouges dans nos vies existent, mais on n'en a pas toujours conscience. Et la prise de conscience de ce qui guide notre vie se fait souvent à travers la littérature, la lecture ou les conversations, d'ailleurs. Et dès l'enfance, quand on rétropédale, on se rend compte qu'il y a des thématiques qui sont peut-être là depuis longtemps. Des petites graines.

  • Speaker #0

    Des petites graines.

  • Speaker #1

    Tu parlais de la cygne tout à l'heure. Exactement. Et qui sont présentes finalement bien avant l'âge adulte.

  • Speaker #0

    D'où l'importance de la lecture pour les enfants. Et vous qui êtes maman de deux petits, on sait à quel point c'est difficile aussi. Parce qu'il y a la tentation des écrans, le rapte de l'attention. On parle beaucoup de l'économie de l'attention. Souvent dans le... plus mauvais sens du terme, et la prochaine interview de podcast avec un sociologue éminent, on sera en plein dans le sujet, donc on ne va pas trop s'étendre sur ce déficit d'attention, mais la lecture est un superbe remède. Oui,

  • Speaker #1

    absolument. Alors ça, c'est vraiment un sujet qui nous tient à cœur à l'école, évidemment. Il y a différents aspects. D'abord, il y a un sujet qui, moi, me tient vraiment à cœur en tant que maman et en tant que fondatrice de l'école, c'est effectivement le... Le rapport à l'attention qu'on offre à nos enfants et aux générations futures, au fond, on vit dans un monde où les écrans sont omniprésents, pour le meilleur et pour le pire. Pour les enfants, pour nos enfants, c'est un enjeu quand même de les protéger de ce flux constant qui est déstructurant, qui est intéressant si on est très structuré. Le principe de l'enfant, c'est qu'il n'est pas encore structuré, contrairement à un adulte. Et donc, la lecture, qui est une activité finie, qu'on peut envisager, ce n'est pas un monde infini, ou d'une certaine manière, si, mais même physiquement, le livre a un début et a une fin. Donc, la lecture et l'écriture aussi, en face, sont deux activités fondamentales pour les enfants. On lance d'ailleurs un projet... vraiment qui me tient à cœur avec une journaliste que j'aime beaucoup qui s'appelle Delphine Sobaber, qui anime des ateliers dans la région bordelaise et qui a écrit une tribune dans Le Monde il y a un an et demi avec Isabelle Carré sur justement le niveau, la détérioration du niveau à l'écrit de nos enfants. Et on a décidé d'imaginer un cours en ligne, une vidéo où elle donne des astuces pour aider des parents et des enseignants justement. à faire un petit atelier d'écriture créative avec leurs enfants, avec leurs neveux, leurs nièces, avec leurs élèves. Parce que la lecture et le cahier d'écriture sont des espaces qui permettent la construction d'une identité. Et tu l'as très bien dit en parlant de ce livre qui t'a marqué. Et pareil pour moi, la lecture, c'est un cadeau qu'on fait aux enfants. Et d'ailleurs, c'est marrant parce que j'avais lu beaucoup de statistiques qui montraient qu'un enfant qui lit et qui écrit beaucoup a beaucoup plus de chances de réussir à l'école. Mais au fond, même au-delà de ça, au-delà de la... performance et de la réussite. C'est un cadeau qu'on fait à nos enfants parce que c'est un espèce de liberté et c'est un refuge qui va leur servir toute leur vie et qui est le refuge de l'imagination. La lecture, c'est un sujet qui nous tient à cœur. Deuxième sujet, ce soir, à l'école, on organise un événement pour les nuits de la lecture qui est un événement organisé par le CNL et le ministère de la Culture. Cette idée qu'on se rassemble tous pour lire des textes, qui fait que la littérature est aussi assez vivante et orale. C'est intéressant. Évidemment, la littérature est écrite, mais elle se partage aussi à l'oral à plusieurs. Je trouve que c'est aussi assez magique. C'est pour ça qu'on a d'ailleurs un lieu à l'école. Ce n'est pas une école en ligne. On a un lieu où on se rassemble autour des mots.

  • Speaker #0

    D'où l'importance. Ça me parle énormément, forcément, avec mon amour de la conversation. Je tiens aussi à préciser pour nos chers auditeurs que l'EMO organise également des ateliers à distance pour les gens qui sont dans toute la France, nos amis, mes seins, Strasbourgeois, Marseillais. Vous pouvez suivre à distance les ateliers de l'EMO et vous pouvez en apprendre plus sur leur site Internet, évidemment. Je reviens un petit peu sur l'école. Pourquoi alors ce nom, l'EMO ? Parce que pour une école d'écriture... Vous auriez pu l'appeler de plein de manières. L'école que j'ai fondée s'appelle The School of Life, l'école de la vie, dont Alain Boton avait la paternité, évidemment, à Londres. Moi, je n'ai fait que fonder la branche française, mais ça s'appelle The School of Life. Les mots, ce n'est pas vraiment le nom d'une école. Alors, pourquoi ce mot ? Pourquoi cette idée, ce titre ?

  • Speaker #1

    C'est vrai que là aussi, c'est un moment charnière, je crois. Il y a deux choses. Il y a déjà le fait de partir du principe que c'est une école. Pour nous, c'était important. parce qu'il y a cette idée que dans l'école, on apprend et qu'en fait, on peut tout apprendre dans la vie et qu'être justement dans une démarche où constamment on apprend de nouvelles choses, c'est une chose magnifique et qui, je pense, rend très heureux. Donc la curiosité, le fait d'apprendre, c'est assez génial. C'est ce qu'induit l'idée d'école. Et en même temps, l'idée d'école, elle induit aussi quelque chose de scolaire, pas forcément des bons souvenirs. quelque chose parfois de normatif. Donc l'idée de l'école est un peu ambivalente. Il y a à la fois l'idée d'un lieu d'apprentissage et donc d'épanouissement et d'exploration de ces facultés cognitives et créatives et intellectuelles. Et en même temps, parfois, ça résonne aussi avec un lieu où on a été un peu restreint, formaté, avec des qualités qui sont plus ou moins valorisées à certains moments de notre époque. Voilà, donc on est plus ou moins bien dans le système scolaire. Et donc... Pour adoucir l'idée d'école, il nous fallait quelque chose de doux et d'ouvert, qui invite aussi à une certaine forme de liberté, c'est-à-dire apprendre, mais à son rythme, à sa façon, avec les déclics qu'on va avoir en fonction de qui on est. Il y avait cette première chose. Ensuite, on a eu plein d'idées de noms, en se disant, comment on va l'appeler notre école ? Ce sera une école, comment on va l'appeler ? Puis on avait eu l'idée de l'atelier des lettres. On se disait... Non, il y a encore quelque chose de trop chic, de trop élitiste. Et on voulait quelque chose d'ouvert, de moderne et qui soit une invitation à écrire. Parce qu'écrire, pour beaucoup de personnes, ça fait peur. On ne se sent pas légitime. On se dit qu'on est qui pour écrire, qu'il y a tellement de gens qui ont écrit, qu'on n'a pas le niveau, qu'on ne parle pas bien français, qu'on fait des tas de fautes. Et en fait, on voulait dire que ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave de faire des fautes de français. Tout ça, ce n'est pas grave. Il y a la joie de se lancer et d'apprendre et de commencer. Et on est vraiment convaincus que c'est un vrai plaisir et c'est une chance de s'autoriser à écrire. Et donc les mots, au final, c'était une forme de dénominateur commun. Il y avait quelque chose de large dans les mots qui ressemble à notre projet. Il y avait cette envie de faire une école d'écriture, mais ouverte sur le monde. ouverte sur les sujets. Il y avait une... Il y a une forme d'engagement politique pour nous dans ce projet. Il y a une forme d'engagement citoyen. Il y avait l'envie de créer un lieu où des gens qui n'auraient pas forcément eu l'occasion de se rencontrer par ailleurs se rencontrent. D'où d'ailleurs l'accessibilité de nos prix, d'où le fait qu'on peut faire un atelier, qu'on soit à Bangkok, qu'on soit en Normandie, qu'on soit dans le sud de la France, qu'on soit à Metz. Voilà, il y a beaucoup de gens différents qui se rencontrent à l'école. Des hommes, des femmes de tous les âges. Parfois, on a des ados. On a des personnes, je me souviens qu'on avait une femme merveilleuse de 82 ans qui avait du mal à se connecter avec son visio. Et puis, on l'a aidée à se connecter, à pouvoir être présente pendant l'atelier. Et les mots, il y a quelque chose de l'ordre. Finalement, les mots, c'est notre dénominateur commun à tous. On a tous nos identités différentes. On est femme, on est homme, on est de tout. telle communauté, etc. Aujourd'hui, c'est un sujet qu'on entend beaucoup, la revendication identitaire. Les mots, c'est une façon de rappeler qu'au-delà de ces identités, on a une identité commune. Nous sommes des hommes, nous parlons, nous pensons, nous aimons, nous réfléchissons, nous souffrons et ça, quel que soit notre sexe, quelle que soit notre couleur, quelle que soit notre religion, ça nous réunit. Donc je pense que dans les mots, il y avait cette idée de se réunir autour de ce dénominateur commun. Et puis, finalement, il y avait aussi, effectivement, cette idée, pour moi, d'invitation ouverte.

  • Speaker #0

    Alors, il y a deux choses qui me font rebondir. La seconde, on y viendra juste après, je crois, c'est ce que vous avez dit, de mission presque politique. Et de réinventer, je crois qu'aujourd'hui, il y a un vrai sujet de réinventer, les récits. On va y revenir. Mais juste, avant ça... Je voulais parler de votre rapport aux mots, parce que ce qui m'a frappée quand... Alors on s'est rencontrés il y a quelques années, et puis on s'est revus dernièrement, cet automne, cet hiver. Il y a quelque chose qui nous relie aussi, c'est cet amour des mots, et votre expression du langage. Alors, ce qui m'a beaucoup frappée, c'est votre emploi d'expression française, un peu démodée, qu'on n'entend plus forcément. Et je crois qu'on partage ce goût-là. Alors moi j'en ai quelques-unes. J'adore remettre l'église au milieu du village, par exemple. J'adore aussi un emploi qui est un petit peu dérivé d'Albert Cohen avec Yamamutsu Gravier au lieu d'Anguissou Roche, etc. Vous pouvez nous en livrer quelques-unes de vos expressions favorites. Balancez-nous.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai que c'est assez amusant parce que je veux dire que sur les expressions, j'ai une utilisation assez personnelle des expressions. C'est-à-dire qu'il m'arrive souvent de mélanger plusieurs expressions ensemble. Et il y a une deuxième chose amusante, c'est que récemment, justement, mon équipe, l'équipe de l'école m'a fait un très beau cadeau pour mes 40 ans. Ils ont imaginé un jeu de société et c'est là que j'ai découvert qu'apparemment, j'utilisais un certain nombre d'expressions.

  • Speaker #0

    Un jeu de société sur les expressions.

  • Speaker #1

    C'est un jeu de société ou avec un certain nombre de cartes sur la vie de l'école en général. C'était magnifique, très, très créatif, un très, très beau cadeau. Tout d'un coup, je n'ai plus en tête les expressions que j'utilise. J'aime beaucoup remettre l'église au milieu du village. J'aime bien les expressions parce que souvent, je les visualise beaucoup.

  • Speaker #0

    J'en ai une en attendant, pendant que vous réfléchissez. J'en ai une que je traduis de l'anglais parce qu'en anglais, il y a aussi des expressions qui n'existent pas en français. Il y a une expression en anglais qui dit c'est pas mon cirque, c'est pas mes singes Et j'aime bien, en gros, ça veut dire c'est pas mes affaires Ou alors, quand on paye des cacahuètes. on reçoit des singes, en fait. On paye des singes. When you pay peanuts, you get monkeys.

  • Speaker #1

    Sympa aussi.

  • Speaker #0

    Mais en tout cas, cette expression, Élise, ça montre une... C'est ça qui me frappe chez vous. C'est une utilisation libre, fantaisiste, décomplexée du langage. Et ça va dans la mission des mots qui a ce côté très ouvert, accueillant. Venez comme vous êtes. On n'a pas besoin d'avoir un niveau de français qui... trop élevée pour venir, tout le monde peut se mettre à l'écriture. Et j'adore cette ouverture.

  • Speaker #1

    Oui, je pense que tu touches quelque chose d'important. Il existe quand même un certain complexe de la langue, de l'expression. Les gens ont toujours peur de ne pas parler suffisamment bien. Bien parler est un marqueur social. Donc, il se joue pas mal de choses dans la langue, qui est sans cesse réinventée, d'ailleurs, au fil du temps, qui évolue au fil du temps. Dans la langue... française au fil des siècles, au fil du temps. Il y a toujours des enjeux nouveaux, l'écriture inclusive, il y a plein de choses qui se posent en permanence.

  • Speaker #0

    De nouveaux dictionnaires,

  • Speaker #1

    de nouveaux mots. Voilà, on en parlait. Tout à l'heure, les mots anglais, etc. Et finalement, personnellement, j'ai toujours eu un petit peu, je pense, ce complexe. Et je m'en suis libérée en assumant le fait de jouer avec les mots. Et ça, c'est quelque chose qu'on invite à faire à l'école. Alors après, évidemment, une fois qu'on commence à s'intéresser à la langue, c'est une sorte de jeu un peu infini. Et les auteurs de l'école en jouent beaucoup pendant les ateliers. J'ai fait des ateliers, par exemple, où j'avais beaucoup aimé cette approche d'une de nos autrices qui s'appelle Vanessa Caffin, qui a d'ailleurs monté ensuite sa maison d'édition avec une participante de l'école qui s'appelle Les Livres Agités. Elle nous a dit, voilà, on va écrire un texte sur une histoire d'amour, donc vraiment le sujet classique. Vous allez écrire dix mots qui vous viennent tout de suite à l'esprit quand on vous parle d'amour. Tout le monde fait sa liste de mots, etc. Eh bien, vous allez écrire un texte, mais vous n'allez pas utiliser ces mots. Ça, c'est quelque chose qu'on apprend beaucoup à l'école. En réalité, les mots ont une sorte de trajectoire. Alors, à un moment, il y a des mots à la mode. Ils sont hyper utilisés et ils sont un peu vidés de leur sens. Et donc, il y a ce devoir de faire le ménage des mots et de réinventer en permanence les mots pour... pour essayer de transmettre une pensée originale et personnelle. C'était super amusant parce qu'on s'est retrouvés avec notre liste de mots. On devait aller au-delà de ces mots qui sont la toute première couche qui nous vient à l'esprit. Souvent en matière d'écriture, cette toute première couche, c'est une couche un peu facile, un peu superficielle. Il faut passer un niveau au-dessous pour creuser un peu la réflexion. et essayer de voir les choses différemment et développer une pensée peut-être plus originale où on va peut-être tomber sur une très bonne idée ou peut-être pas. C'est vraiment la recherche, l'exploration, je dirais, qui se joue dans l'écriture et dans la langue.

  • Speaker #0

    Alors, on parlait des mots. Il y a la langue française qui évolue beaucoup. Et j'adore ce rapport décomplexé à se dire que ce n'est pas grave si j'utilise une expression plutôt qu'une autre. Et puis, en préparant cet épisode, on parlait aussi des expressions qui, parfois, nous exaspèrent. Je dois vous avouer, alors vous ne le savez pas encore, chers auditeurs, mais avant d'interviewer quelqu'un, je lui envoie un petit mail de brief pour lui demander qu'on se vouvoie. Alors, parfois, ça marche ou ça ne marche pas, parce que beaucoup de mes invités sont des amis dans la vie. Donc, nous, aujourd'hui, on oscille entre le vous et le tu et ce n'est pas grave, justement. D'autres choses, c'est que j'essaye de prohiber l'utilisation de ces expressions qui... me mine l'oreille à longueur de journée, que j'entends je ne sais combien de fois par jour, comme du coup, en fait, pas de souci. Et il y en a beaucoup d'autres encore que j'oublie. Et je dois dire qu'aujourd'hui, quand on va acheter une baguette et que la boulangère ne répond pas de souci, je me demande justement où est le souci. Ou alors le du coup, que j'entends vraiment des centaines de fois par jour ou par semaine et que j'essaie d'éviter. Alors évidemment, certains passent parfois dans le podcast, et ce n'est pas grave du tout, mais j'invite tout le monde à se poser la question, qu'est-ce que je pourrais remplacer ? Comment je pourrais remplacer le du coup Alors tout à l'heure avec Élise, on en a cherché, il y avait par conséquent

  • Speaker #1

    Par conséquent effectivement. Conséquemment tu vois, que je n'avais pas entendu depuis longtemps.

  • Speaker #0

    On en avait trouvé donc de ce fait Tout simplement donc Par conséquent oui. Ou alors faire une vraie transition au lieu d'utiliser du coup à chaque début de phrase.

  • Speaker #1

    C'est vrai que ce sont des tics de langage.

  • Speaker #0

    comme des mauvaises habitudes, je pense. Et d'ailleurs, comme les mauvaises habitudes, elles peuvent ressortir particulièrement dans les moments où on est un peu gêné, un peu mal à l'aise. Alors là, tout d'un coup, c'est une explosion de du coup... Et d'en fait ! Et d'en fait, totalement incontrôlée. Qui peut d'ailleurs nous miner nous-mêmes ? Et ça, par rapport à notre sujet, je trouve que c'est un sujet d'attention intéressant. C'est-à-dire que prendre conscience de ces tics de langage qu'on a tous et réfléchir à des mots qui pourraient... remplacer ou enrichir notre vocabulaire. Parce qu'enrichir son vocabulaire, c'est enrichir sa vision du monde, au fond. C'est approfondir un petit peu plus sa pensée. Donc je trouve que l'éthique de langage, il ne faut pas trop s'en soucier, mais c'est intéressant de les identifier, de faire l'exercice. Et quand tu m'as dit ça, moi j'ai trouvé ça génial. Je me suis dit, oh là là, mais c'est vrai. Moi, je le dis souvent. Et le simple fait de se le formuler et de porter son attention là-dessus, ça nous pousse aussi à faire un peu mieux, à se dire, si ce n'est pas du coup, c'est quoi exactement ce qu'on a fait ? On a regardé une liste, il y avait dix mots. Il y a donc, tout simplement, il y a par conséquent, il y a par conséquent, plus difficile à placer, mais on peut toujours le tenter. Il y a plein, vous voyez ce jeu là qu'on... Ce qu'on fait quand on est plus jeune, d'essayer de placer un mot en cours, c'est très amusant, c'est s'amuser avec le langage.

  • Speaker #1

    Chers auditeurs, vous avez compris qu'on ne vous jette pas la pierre, parce que nous-mêmes, parfois, un du coup ou un en fait ça nous échappe. Donc on ne vous jette pas du tout la pierre, on ne juge pas. Mais ce qu'on vous propose, c'est un exercice d'écriture, d'oral, très créatif finalement. C'est pourquoi pas aller chercher des équivalents de du coup ou en fait dans le dictionnaire, de faire une liste, comme Élise et moi on s'est fait tout à l'heure. Élise, je vous fixe le défi d'avoir la fin de ma journée, de caser subséquemment dans une de vos conversations.

  • Speaker #0

    Défi à accepter.

  • Speaker #1

    Et de se dire un peu comme les enfants, la prochaine fois que je surprends du coup, si je le remplaçais par quelque chose d'autre et essayer de caser un petit peu tout ça. Alors les gens seront certainement impressionnés par votre niveau de vocabulaire. Mais je trouve que c'est un très joli exercice pour nous mettre dans l'humeur des mots.

  • Speaker #0

    justement de votre école. C'est vrai que les mots qu'on utilise ont quand même un certain... Alors tu vois, c'est marrant, j'allais spontanément utiliser un mot que je n'aime pas qui est impact On a un certain impact sur notre vie et c'est un mot qu'on entend beaucoup. Il faudrait que je me fasse une petite liste de mots alternatifs à ce mot impact Mais les mots ont un certain pouvoir sur notre vie, au fond. Ça, j'en suis assez convaincue. Tu parlais de l'expression pas de soucis C'est symptomatique d'un état d'esprit, au fond. D'un état d'esprit peut-être contemporain, si on pousse un petit peu. Pas de souci, évidemment, on entend souci. C'est comme quand on utilise le mot qu'on veut cacher. Tu vas m'aider. Ne regarde pas cet éléphant. On regarde l'éléphant. On ne pense pas à un marteau rouge. Exactement, c'est ce phénomène du cerveau. Donc pas de souci, on entend souci. Et au fond, ça dénote peut-être que tout est un souci, une angoisse.

  • Speaker #1

    Un rappel angoissé au monde ?

  • Speaker #0

    Oui, un rapport angoissé au monde et puis peut-être une façon de dire je n'ai pas très envie de t'aider. Je n'ai pas envie de t'aider, je n'ai pas envie d'être à ton service. Bon, peut-être. Mais en tout cas, c'est vrai que les expressions qu'on utilise, les mots qu'on utilise, ont un certain pouvoir, je trouve. Alors après, l'essentiel quand même en matière d'écriture, ça je le redis parce qu'on le voit beaucoup à l'école. Un moment, c'est justement de baisser le niveau de pression, encore une fois. Parce que nous, à l'école, on voit souvent des personnes qui arrivent qui ont des attentes assez élevées vis-à-vis de ce qu'elles vont produire. Et donc, ça crée un sentiment de... Donc, tu produis un peu le phénomène je suis Baudelaire ou rien, je serai Baudelaire ou rien. Donc, on écrit, puis on n'est pas content. On trouve ça mièvre, on trouve ça pauvre, on trouve que ce n'est pas à la hauteur de ce qu'on aimerait faire, justement parce qu'on valorise la langue française. C'est plus facteur d'inhibition que de créativité, évidemment. Il faut un moment comprendre que dans le processus de création, il y a un apprentissage, un progrès, et que ça commence toujours par quelque chose de médiocre. Mais ce n'est pas grave. L'important, au fond, c'est d'y prendre du plaisir. Le plaisir est quand même la clé absolue de l'apprentissage. Et d'ailleurs, je trouve que dans la lecture, on prend beaucoup de plaisir. C'est un plaisir même... inouï quand même. Et si on commence à avoir une approche un petit peu normative de la lecture ou d'être obligé de lire certains livres à l'école, moi je me souviens j'ai aussi des mauvais souvenirs d'être obligé de lire des livres. Alors bon, ça fait partie aussi de l'éducation.

  • Speaker #1

    Ça me rappelle Germinal de Zola. Quand tu agrandis près d'Ayange et que tu dois lire Germinal de Zola, c'est pas forcément enthousiasmant.

  • Speaker #0

    Je suis assez d'accord. Je préfère l'idée qu'on rentre par la lecture, peut-être par des lectures plus contemporaines, pour arriver après à des choses qui se complexifient au fil du temps. D'ailleurs, pareil, dans cette idée de tenter de ne pas être élitiste, de ne pas l'être, il y a aussi l'idée de ne pas apporter trop de jugement sur ce qui est lu, par exemple. Donc moi, je lis beaucoup de livres à mes enfants, puisque c'est quelque chose qui me définit et que j'ai envie de transmettre. Un jour... Je parlais avec un éditeur, dont évidemment je tairai le nom, qui m'a dit Quoi ? Tu as déjà lu des Tchoupi à tes enfants ? Il était très étonné, il était un peu choqué. Il me dit Oh là là, quand même, lise Tchoupi, c'est vraiment bas de gamme. Et je lui ai dit Mais tu sais, mes enfants, je leur ai lu autant des Claude Ponty que du Tchoupi. Et finalement, dans cette variété-là, moi, je trouve ça génial et je ne fais pas tellement de jugement en me disant Non, Tchoupi, c'est vraiment proscrit. Évidemment qu'un Tchoupi, c'est une lecture beaucoup plus prosaïque qu'un Claude Ponty qui a différents niveaux de langage et qui a un délice à la limite autant pour l'enfant que pour l'adulte. Quand vous lisez un livre de Claude Ponty, c'est absolument incroyable. Mais c'est riche. Vous emmenez votre enfant dans un univers chatoyant et qui se complexifie. Mais en même temps, Tchoupi sur son petit pot, moi je n'ai rien contre. Et c'est pareil pour la littérature adulte. Et d'ailleurs, pareil dans mes habitudes de lecture. Je lis des choses très variées et je me sens surprenante. pas trop sur le fait de ne pas lire des choses qui ne seraient pas suffisamment chics ou pas suffisamment littéraires.

  • Speaker #1

    Je suis d'accord. Il faut vraiment prôner le droit à lire aussi des choses pour se détendre. Moi, entre deux essais un peu philosophiques, politiques, engagés, je lis en ce moment des livres de Lucinda Riley, qui est une auteure irlandaise qui est décédée il y a quelques années. C'est passionnant. En deux jours, on mange le livre. Et vraiment, je trouve ça remarquable et ça me détend quelque part par rapport à la lourdeur, j'allais dire, parfois de ce que je peux lire également, avoir l'actualité. C'est une échappée. Et je tiens juste aussi à préciser un petit coup de publicité amicale à une amie qui a ouvert aussi une école, mais une école de musique pour enfants, qui est ce double d'une librairie qui est rue de Navarra dans le 9e, Claire Vigniecki. Son école s'appelle Le Bon Ton. On peut le retrouver sur les réseaux sociaux parce qu'elle fait régulièrement plein de vidéos. pour donner des conseils de lecture. Elle explique pourquoi ce livre est important aux parents et aux enfants. Après, je suis certaine qu'aux quatre coins de la France ou du monde, vous avez aussi des libraires formidables, pas loin de chez vous, qui seront ravis aussi de vous conseiller dans les lectures pour vos enfants.

  • Speaker #0

    Oui, je suis tout à fait d'accord. Et je rajoute quand même aussi une petite chose qui me paraît importante quand je t'écoute, c'est que j'entends souvent des personnes me dire Oui, tu sais, mais moi, je n'ai pas vraiment le temps de lire. C'est la question du temps qui est très reliée à ton sujet de l'attention, je trouve. Moi, ce que je dis souvent, c'est que même si on lit un tout petit peu, c'est déjà énorme. Moi aussi, j'ai peu de temps pour lire au fond, même si ça fait en partie partie de mon métier. Mais si j'ai lu quatre pages, je suis heureuse. C'est suffisant. Je ne me juge pas. pas en me disant Oh là là, t'as pas lu assez ce mois-ci, t'as pas fini tel livre. Je ne considère même pas ça, et ça c'est un vrai débat, je ne considère pas ça grave de ne pas finir un livre. Parfois, j'ai lu 5 à 10 pages d'un livre et ça m'a énormément nourrie et j'en retiens tout un tas de petites choses et ça va alimenter mon esprit, ma capacité à faire des liens aussi entre les choses. Et donc, il ne faut pas se culpabiliser sur ça. Vous pouvez aller à la librairie, acheter 3 livres Et n'en lire que 15 pages, c'est déjà génial. Félicitez-vous. Ne vous dites pas, oh non, j'ai acheté trois livres, j'en ai lu que 15 pages. Ce n'est pas grave.

  • Speaker #1

    Ou se sentir menacée par la tour de pise qu'on a tous sur notre table de nuit. Je rajoute quelque chose, un autre exercice, chers auditeurs, moi qui adore la conversation et la lecture, comme Élise. En ce moment, je me retrouve à discuter dans le métro parce que je vois des gens, et en ce moment, j'en vois plus, alors c'est peut-être l'hiver, je ne sais pas, qui lisent des gros pavés dans le métro. La semaine dernière, c'est une femme avec qui on ne s'est même pas parlé, on s'est juste souri, on s'est fait des gestes, qui était plongée dans les dernières pages d'un groupe AVNRF. Elle m'a montré, à la recherche du temps perdu, La prisonnière, le volume 5, que je n'ai pas lu, parce que je ne les ai pas tous lus quand même. Mon préféré, c'est Sodome et Gomorre, c'est le 4, mais je n'ai pas lu La prisonnière. Et il y a eu une espèce d'amitié qui est née comme ça, en quelques stations de métro, avec cette femme. Ça fait deux jours que je demande à des femmes qui sont en train de lire Lucinda Riley, justement, Quel volume elle lise ? Parce que je n'ai pas tout lu non plus, il m'en reste. Et j'adore cette espèce d'amitié comme ça, rapide, qui naît entre amoureux de la lecture. Et quitte à les déranger, j'aime bien demander aux gens ou parler des livres avec les gens qui lisent encore des vrais livres dans le métro.

  • Speaker #0

    C'est génial parce que c'est vrai que les livres, tout autant que les films d'ailleurs, c'est toujours une façon de parler de soi avec les autres. C'est une façon de rentrer en relation avec l'autre et de rentrer en relation avec soi. Et c'est un tremplin vers ça. Et donc ça,

  • Speaker #1

    j'ai une idée qui me vient. C'est une idée qu'on devrait soumettre à la SNCF. C'est dans chaque TGV avoir une bibliothèque. Comme les bibliothèques spontanées qui sont en province, j'en vois dans les anciennes cabines téléphoniques. En Angleterre aussi, j'en vois beaucoup. Dans mon quartier, dans mon immeuble, c'est les étagères d'en bas, près des poubelles, où on laisse les livres qu'on a déjà lus et dont on ne veut plus. Ce serait génial si, moi qui utilise beaucoup le TGV, il y avait une étagère à livres, une bibliothèque comme ça, où on peut laisser le livre qu'on vient de terminer, puis échanger des livres dans les TGV.

  • Speaker #0

    J'aime beaucoup ton idée. Je pense que c'est une idée géniale. C'est vrai que j'ai moi-même remarqué... effectivement ces boîtes à livres qu'on voit un petit peu partout et je trouve ça assez génial, cet objet du livre qui résiste finalement parce que la mort du livre, on l'a entendu beaucoup, beaucoup, beaucoup, mais en réalité, le livre résiste largement et puis les usages nouveaux autour de la lecture, je les vois d'un œil plutôt favorable. Parce qu'au fond, on en revient toujours au livre. C'est-à-dire que pour moi, par exemple, le livre audio ou les podcasts, tout ça, c'est quelque chose, c'est une grande conversation, justement, qui crée une certaine variété sur le format accessible, qui est plutôt enthousiasmante et qui donne envie. Donc, j'aime beaucoup ton idée.

  • Speaker #1

    Alors, je rebondis sur notre deuxième idée qu'on évoquait tout à l'heure sur la mission. finalement politiques de créer une école comme les mots. Et je reprends un peu le fil de votre pensée, Élise, en se disant j'ai adoré quand on a préparé le podcast, vous m'avez dit en fait finalement d'ouvrir cette école, c'est donner un espace pour tendre la plume aux gens. Les gens, ils viennent, ils conversent, ils parlent, ils se rencontrent. Donc c'est un lieu physique et aussi maintenant numérique. Je crois que dès 2018, un an après la fondation, vous l'avez aussi lancé à distance pour pouvoir... en faire bénéficier les gens qui ne sont pas à Paris, évidemment. Mais il y a cette idée de la mise en récit. Qu'est-ce qu'on raconte ? Vous m'avez aussi confié qu'il y a des gens qui viennent, ils ont envie d'écrire, mais ils n'ont pas forcément envie d'être publiés. Certains, oui, et je sais que vous travaillez en ce sens, mais il y a des gens aussi qui ont juste envie d'écrire pour écrire. Et je crois que c'est important de se réapproprier à l'heure où on nous sape notre attention sans cesse. On a l'impression qu'on nous martèle des messages, l'information, l'actualité. en ce début d'année, mais j'allais dire, c'est un peu toujours la même chose. Moi qui suis énormément l'actualité. Là, il y a Trump qui vient d'être intronisé, qui vient de prendre le pouvoir quelques jours après l'enregistrement de ce podcast. Il y a beaucoup de choses qui ont un effet sur nous et sur notre humeur. Moi, je me suis rendu compte lundi, lors de l'inauguration de Trump, que... on parlait du Blue Monday, le lundi le plus déprimant de l'année. Alors moi, je venais de terminer mon prochain livre, donc j'étais très contente. Mais en revanche, c'est plutôt ce qui se passait aux Etats-Unis qui me déprimait. Et donc, on a besoin de réenchanter le monde et le récit. Et c'est un peu ce que vous faites,

  • Speaker #0

    vous, au mot. Oui, c'est vrai. En fait, un atelier à l'école, que vous soyez 4, 8 ou même 20 ou 25, pour moi, c'est... un espace de liberté. Littéralement. Aujourd'hui, notre attention est le fruit de toutes les attentions. Et donc, on est sans cesse sollicité pour acheter des choses. Et des choses qui peuvent être très bien d'ailleurs, qui sont souvent ou parfois portées par des entreprises super. Ça n'est pas le problème. Mais nous, du point de vue individuel, l'attention, on est sur sollicité et ça crée une fatigue. sensorielle et émotionnelle qui peut être plus ou moins forte en fonction de sa sensibilité, mais que je crois qu'on partage quand même tous. Et l'espace de l'atelier, c'est un espace où on récupère un petit peu de son libre arbitre. On ne pourra jamais vous... C'est un espace de liberté. On ne peut pas mettre des panneaux publicitaires. On ne va pas tout d'un coup... Vous voyez, dans l'atelier, il n'y a pas tout d'un coup... On ne va pas s'arrêter pour passer à un spot publicitaire. Un flash pub. Un flash pub. Vous voyez, c'est... C'est un espace à nous. Et ça, c'est quelque chose de... C'est plus que précieux, c'est carrément vital, c'est essentiel. Dans cet espace de liberté, les personnes vont raconter leur intimité, au fond. Mais l'intimité est politique. Aujourd'hui, on a tendance, puisqu'on est dans une société où on valorise l'individu... Ce qui est génial. On a de la chance d'être valorisés en tant qu'individus. Ça n'a pas toujours été le cas, il faut quand même le rappeler. Mais on a tendance un petit peu parfois à sous-estimer le fait que nous ne sommes finalement pas si originaux que ça. On est porteurs d'une culture religieuse, nationale. On est réunis et on est pétris de politiques les uns et les autres. Et donc être ensemble dans une salle, en toute liberté, en exposant et en parlant de nos intimités, c'est un acte politique. Et en réalité, on prend conscience parfois, justement, le politique c'est le groupe, c'est l'inverse de l'individu. Le collectif. Le collectif, exactement. C'est le collectif. C'est prendre conscience de soi en tant qu'instance collective qui est traversée et qui partage un certain nombre de valeurs. Et aujourd'hui, les valeurs qu'on partage, elles existent, mais dans cette espèce de l'atelier, elles vont être exprimées, confrontées, débattues. C'est houleux, souvent, les ateliers. On sent qu'on est dans une période un peu houleuse. On est dans une période où, dans l'espace même d'un atelier à l'école, les gens peuvent se disputer.

  • Speaker #1

    Cliver.

  • Speaker #0

    Cliver. C'est-à-dire qu'on dit toujours les journalistes sur les plateaux Ils se disputent entre eux, les politiques, c'est lamentable. Mais c'est à notre image. Nous faisons la même chose. C'est marrant. Et justement, cette façon de se déresponsabiliser en parlant des politiques comme d'une entité extérieure, en réalité, dans un atelier, nous, on a vu souvent, on doit gérer des gens. Une telle personne a dit ça, ça n'est pas admissible. C'est toute la question de ce qu'on peut dire, de la censure, du politiquement correct, et en même temps, du libre-arbitre, du fait de... Liberté d'expression. De la liberté d'expression. Voilà, c'est satarisant. La liberté... d'expression. La liberté d'expression, le sujet est au cœur d'une société qui s'appelle les mots. Les mots, la liberté d'expression, jusqu'où elle va ? Et la liberté d'expression, c'est le sujet majeur, un sujet majeur aujourd'hui. Et c'est un sujet majeur qu'on pourrait en parler pendant des heures. Donc, tout ça pour dire que aujourd'hui, l'espace de l'atelier, pour moi, c'est un espace de liberté. Il n'y en a pas tant que ça. Même s'il y en a, vous allez au café d'en bas, c'est un espèce de liberté. On a de la chance de vivre dans une démocratie quand même où on peut parler. Mais c'est un espace où on autorise le fait d'exposer son intimité. C'est pour ça d'ailleurs que ça crée des groupes très soudés. Les gens à l'école peuvent vous dire quand ils sortent d'un atelier, souvent ils se revoient. Ça crée quelque chose de profond, ça crée un lien profond. Et en même temps, tout ça, si on prend un peu de recul, C'est vrai que c'est comme ce que tu disais, c'est de nouveaux récits, de nouveaux imaginaires qui se mettent en place. Et c'est constamment ce que font les hommes de tous les temps. On réinvente et on repose les questions et on rebat le tapis. Rebat le tapis, ce n'est pas une expression, mais on remet l'ouvrage. Il y a une sorte de roulement comme ça où constamment on remet, on remet, on remet à l'infini. C'est ça le... Le cycle de la pensée, le cycle de la vie, c'est la même chose. Et c'est ce qui se passe. Et évidemment, là, on réécrit les choses. On réécrit constamment les choses qui ne sont pas les mêmes choses qu'hier. Ce n'est pas le même récit qu'hier. On ne peut pas dire, oh là là, mais non, il faut revenir au récit d'hier. Ce n'est pas possible. On réécrit les choses. Donc, réécrire les choses collectivement et intimement, c'est ce qui se passe à l'école. Donc, ce n'est pas qu'une question d'atelier comme ça. Oui, des petits ateliers, d'une petite activité hobby, quoi. Pour moi, ce n'est pas comme ça que je le perçois.

  • Speaker #1

    On voit la dimension politique, universelle de votre mission, Élise. J'adore parce que cette conversation nous a fait partir des mots, de votre parcours, de ce moment de bascule, la rencontre avec l'écriture, et puis avec Alexandre Lacroix également, avec votre cofondateur de l'école Les Mots, que vous avez ouverte en 2017. Et puis, on a cheminé comme ça à travers les mots, la littérature, le goût de la lecture. vers l'importance des mots et du récit, et ce nouveau récit qui a réinventé. Je me rappelle qu'il y a quelques années, au moment du Covid, on parlait beaucoup du monde de demain, on imaginait des utopies incroyables. Cinq ans plus tard, qu'est-ce qu'il en reste ? On peut se demander. Et puis avec l'arrivée au pouvoir, le retour au pouvoir de Trump et d'autres, moi, je me pose beaucoup de questions sur ce nouveau récit collectif. Est-ce qu'on a encore envie de vivre ensemble, de faire récit ? Alors, il y a une dernière question que j'avais envie de vous poser. parce qu'elle me brûle la langue depuis tout à l'heure et c'est une question que j'adore poser aux gens. Et je vous recommande aussi, peut-être, chers auditeurs, de la poser autour de vous parce que je suis toujours surprise par les réponses. C'est quel est votre livre préféré ou le livre qui a changé votre vie ? Ou alors si la question vous semble beaucoup trop haute, c'est simplement un livre que vous avez adoré dernièrement. Alors moi, je vous le livre, le livre qui a changé ma vie, c'est Le soulier de satin de Claudel que j'ai étudié en Cagnes. La première fois que je l'ai lu, je l'ai jeté à l'autre bout de la pièce parce qu'une pièce de théâtre de 500 pages... qui se représente en 12 heures sur scène. Ce n'est pas possible, a priori, et qui confond toutes les unités de temps, de lieux, etc. Puis finalement, ce livre a changé ma vie et j'y reviens sans cesse. Il est toujours sur ma table de chevet. Donc, Élise, c'est quoi, vous, le livre qui a changé votre vie ?

  • Speaker #0

    Vous m'avez donné envie de le lire.

  • Speaker #1

    Et il est en ce moment à la Comédie française. Je n'ai même pas pu avoir de place encore, mais je crois qu'Éric Ruff l'a monté à la Comédie française jusqu'à fin mars, il me semble. En 7 heures ! Moi, j'ai déjà vu en 12 heures par Olivier Pio, Châtelet, etc. Là, c'est que 7 heures.

  • Speaker #0

    Alors, c'est une très belle question à poser. Je trouve que c'est une très belle question à poser parce que d'abord, c'est un cadeau de poser cette question à une personne. Puisqu'en fait, se poser cette question, c'est magnifique. C'est déjà le début de toute une réflexion.

  • Speaker #1

    Ça nous livre beaucoup. Tout à fait.

  • Speaker #0

    Spontanément, la première réponse qui me vient à l'esprit, c'est les mémoires du jeune fille bien rangée de Simone de Beauvoir.

  • Speaker #1

    Je retrouve une expression d'Élise, là. Les mémoires du jeune fille bien rangées.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    S'il faut être bien rangée.

  • Speaker #0

    Oui, c'est vrai.

  • Speaker #1

    Oui, mais je comprends. C'est aussi un de mes livres préférés.

  • Speaker #0

    Ce livre, elle y expose sa prise de conscience de sa vocation d'écrivain. C'est ça qui m'a beaucoup marquée.

  • Speaker #1

    Vous l'avez lu à quel âge, Élise ?

  • Speaker #0

    20 ans. Et elle dit, voilà, je veux être un écrivain. mais pas qu'un écrivain, je veux être un écrivain célèbre. Elle dit ça à un moment et elle y évoque toute cette trajectoire, mais beaucoup orientée autour de son futur travail d'écrivain et en même temps cette envie de se libérer d'un certain nombre de carcans.

  • Speaker #1

    Et de son éducation bourgeoise.

  • Speaker #0

    Et de son éducation.

  • Speaker #1

    Dans le sixième.

  • Speaker #0

    Voilà, d'une certaine aspiration à une liberté, je dirais, une envie de liberté. Et ce livre m'a beaucoup marquée. Alors à l'époque, moi, ce livre a fait écho au sentiment de... J'avais ce sentiment d'une vocation d'écrivain. J'avais envie d'être écrivain. Alors la vie est surprenante si on se laisse, si on accepte de se laisser surprendre. Donc finalement, je ne suis pas devenue écrivain, mais j'ai créé avec Alexandre cette école magnifique qui me donne énormément de satisfaction. Mais en tout cas, à l'époque, voilà, c'était... Et puis vous êtes jeune encore.

  • Speaker #1

    Vous venez de fêter vos 40 ans. Merci.

  • Speaker #0

    Qui c'est ? Oui, c'est vrai qu'on ne sait pas de quoi l'avenir est fait. Et donc voilà, c'est un livre qui m'a quand même énormément marquée et qui reste pour moi un souvenir d'ailleurs, où je me souviens du lieu où je lisais ce livre, de la chambre, de la lumière à ce moment-là. Vous voyez, des détails... qui ancre le souvenir de lecture.

  • Speaker #1

    Et qui fait partie de l'expérience globale de lecture.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Je trouve que c'est une transition parfaite pour la conclusion. Parce qu'on parlait tout à l'heure, et c'est ce qui me fascine dans votre mission et ce que vous faites au quotidien, Élise Nebout, avec l'école, les mots notamment, et aussi la personne que vous êtes. C'est cet engagement, cette mission pour... pour travailler de nouveaux récits, de nouvelles histoires et pouvoir donner des ailes à des futurs écrivains pour mettre des mots justement sur leur vie, sur ce qu'on traverse, sur le monde de demain qu'on a envie de voir venir. Donc je termine avec cette citation qui m'a portée depuis ma lecture des mémoires de jeune fille rangée quand j'étais une jeune fille bien rangée. C'est la fin de la première partie, je crois. Elle dit que... Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterai.

  • Speaker #0

    Magnifique. C'est très beau.

  • Speaker #1

    C'est en capsule pas mal de choses.

  • Speaker #0

    Oui, je suis d'accord. Et puis l'écriture de Simone de Beauvoir est très précise. Il faut le dire, je trouve. Aujourd'hui, dans la littérature, il y a une certaine tendance à un style écrit très oral. C'est assez vrai. Ça caractérise beaucoup la littérature contemporaine. Quand on... relit des livres d'une autre époque finalement. C'est aussi un autre rapport au mot et à l'écrit. Je trouve que la langue de Simone de Beauvoir est assez précise avec cette espèce de... patte un petit peu, tu sais, comme quand on écoute une interview audio, radio, dans les années 50-60. On voit que c'est plus... C'est plus déjà la même façon de parler. On voit comme la langue évolue au fond. Et donc, voilà, c'est merveilleusement bien écrit, en fait.

  • Speaker #1

    Chers auditeurs, chères auditrices, évidemment, j'espère que cet épisode avec Élise Nebou vous aura donné l'envie de lire et d'écrire. Je vous souhaite une très bonne journée. Merci infiniment, Élise.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup, Fanny, pour cette invitation.

  • Speaker #1

    Et pour en savoir davantage, rendez-vous sur le site internet de l'école les mots.co,

  • Speaker #0

    je crois. Exactement.

  • Speaker #1

    Merci, à bientôt. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à écouter cet épisode que j'en ai eu à l'enregistrer. Comme toutes les bonnes choses, il se partage. Alors n'hésitez pas à l'envoyer à vos proches. Enfin, si vous voulez vraiment me faire plaisir, vous pouvez lui mettre 5 étoiles dans l'appli et un petit commentaire ou m'envoyer un e-mail. J'essaye toujours de répondre. A bientôt au prochain épisode de l'art de l'attention.

Description

Poursuivre l'exploration de l'art de l'attention : avec Elise Nebout, l'art d'écrire avec "Les Mots"

 

Savez-vous qu’un Français sur quatre rêve d’écrire un livre ?
Cela représente près de 12 millions de personnes aspirant à noircir des pages de leur plume, selon une enquête exclusive du Figaro Littéraire/Odoxa publiée en 2022.
Et pourtant, combien sont-ils à transformer ce rêve en réalité ?

Bien peu. La faute au tumulte du quotidien, à cette tyrannie du présent qui accapare tout : le temps, l’énergie, l’attention... et parfois, il faut bien le dire, la méthode.

 

Mais aujourd’hui, réjouissez-vous, car mon invitée n’a pas seulement rêvé d’écriture, elle a osé en faire une mission.
Élise Nebout est une femme déterminée, lumineuse et, surtout, passionnée. Elle a co-fondé Les Mots, une école d’écriture nichée depuis huit ans rue Dante, face à Notre-Dame. Rien que l’adresse est une invitation au voyage, n’est-ce pas ?

Élise, c’est une étincelle.
Avec elle, chaque conversation prend des airs de fête, chaque échange devient un feu d’artifice de mots et d’idées. Nous avons tant en commun : un amour fou des lettres et de la littérature, une affection pour les expressions d’antan, et cette envie inébranlable de transmettre qui nous a poussées, chacune, à ouvrir une école !


Et aujourd’hui, c’est une véritable fête que je vous propose, car nous allons parler de ce qui nous lie, de ce qui nous élève : les mots, les idées, et ce merveilleux pouvoir qu’a l’écriture de changer nos vies.

 

Au cours de cette riche conversation avec Elise Nebout, nous avons évoqué :

  • les livres qui ont changé nos vies,

  • son parcours et les rencontres qui changent tout,

  • l'importance des mots,

  • les expressions anciennes et démodées à réinventer,

  • les tics de langage qui nous font tourner sept fois la langue dans notre bouche,

  • l'importance des mots,

  • la création de son école d'écriture, Les Mots,

  • comment garder son intégrité et son attention,

  • pourquoi réinventer de nouveaux récits aujourd'hui,

  • et tant d'autres éclats de rire...


Découvrons ensemble comment Elise Nebout conjugue l'art de l'attention au présent.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Savez-vous qu'un Français sur quatre rêve d'écrire un livre ? Cela représente près de 12 millions de personnes aspirant à noircir des pages de leurs plumes, selon une enquête exclusive du Figaro littéraire Odoxa, publiée en 2022. Et pourtant, combien sont-ils à transformer ce rêve en réalité ? Bien peu. La faute au tumulte du quotidien, à cette tyrannie du présent qui accapare tout, le temps, l'énergie, l'attention. Et parfois, il faut bien dire, la méthode. Mais aujourd'hui, réjouissez-vous, car mon invitée n'a pas seulement rêvé d'écriture, elle a osé en faire une mission. Élise Nebout est une femme déterminée, lumineuse et surtout passionnée. Elle a cofondé les mots. Une école d'écriture nichée depuis 8 ans, rudante. À Paris V, juste en face de Notre-Dame. Rien que l'adresse est une invitation au voyage à l'écriture, n'est-ce pas ? Élise, c'est une étincelle. Avec elle, chaque conversation prend des airs de fête. Chaque échange devient un feu d'artifice de mots et d'idées. Nous avons tant en commun un amour fou des lettres et de la littérature, une affection pour les expressions d'antan et cette envie inébranlable de transmettre qui nous a poussé chacune à ouvrir une école. Et aujourd'hui, c'est une véritable fête que je vous propose, car nous allons parler de ce qui nous lit, de ce qui nous élève, les mots, les idées, le récit et ce merveilleux pouvoir qu'a l'écriture de changer nos vies. L'art de l'attention, conversation avec Fanny

  • Speaker #1

    Auger.

  • Speaker #0

    Bonjour Élise Neboux.

  • Speaker #1

    Bonjour Fanny.

  • Speaker #0

    Alors Élise, l'art de l'attention, je crois que ça vous parle également. Comment est-ce que vous l'interprétez ?

  • Speaker #1

    Alors effectivement, ça me parle. Je trouve que c'est un sujet magnifique et qui mérite toute notre attention. Je pense qu'aujourd'hui, c'est une exigence. de tous les jours, de poser notre attention, de la préserver. Et c'est vrai que j'ai la conviction que les livres nous aident profondément à ça.

  • Speaker #0

    Alors vous, en quoi la littérature, j'entends parfois des gens qui disent la littérature m'a sauvée. Qu'est-ce qu'elle vous a apporté, vous, ou la lecture ?

  • Speaker #1

    Oui, je pense que c'est un... Pour moi, les mots, cette école que j'ai créée, tout commence là. Tout commence à 16 ans et... Et effectivement, les mots m'ont sauvée, la littérature m'a sauvée. À 15 ans, qui est une période particulière de la vie d'un humain, c'est un moment de transition entre l'enfance et l'âge adulte, où on se pose beaucoup de questions existentielles. Moi, c'était mon cas, donc je me posais énormément de questions. Et lire et écrire, donc ces deux activités qui sont finalement très reliées l'une à l'autre, pour moi, c'était un espace à la fois de refuge et d'expression. pour tenter un petit peu, à ma façon et comme je le pouvais, de me comprendre, de comprendre le monde. Et c'était un espace d'imagination incroyable, où déployer mon imagination. Un peu plus tard, finalement, je rêvais de cette école d'écriture. Je cherchais cette école d'écriture. Cette école d'écriture, je crois que je l'ai cherchée pendant des années, de 15 à 31 ans, l'âge où je l'ai fondée avec Alexandre. Donc voilà, les mots, c'est étonnant parce que cette école, c'est un projet qui a des racines profondes. Ce n'était pas un projet opportuniste, ce n'était pas un projet... C'était un projet qui devait advenir d'une certaine façon, et encore plus, il devait advenir fondé par moi et Alexandre. Quand on s'est rencontrés, quand on a parlé de cette idée ensemble, finalement, il y a eu quelque chose de l'ordre de... de l'alignement total. Et ça arrive finalement assez peu de fois dans une vie, ce sentiment d'alignement. Et c'est vraiment ce que j'ai vécu avec cette école qu'on a décidé avec Alexandre d'appeler Lémo.

  • Speaker #0

    Alors Alexandre Lacroix, le rédacteur en chef de Philosophie Magazine.

  • Speaker #1

    Oui. Alexandre, en fait, il a été mon professeur d'écriture créative quand j'étais étudiante à Sciences Po à Lyon. Donc voilà, j'étais une personne assez rêveuse, passionnée de littérature, de livres. Et puis à un moment, il a fallu choisir un petit peu mon orientation professionnelle, quelle étude on fait. Je me suis finalement orientée vers Sciences Po parce que ce sont des études assez ouvertes. Donc ça me convenait plutôt bien à Lyon. Mais quand même avec un peu cette frustration de ne pas être dans la littérature. Et puis un jour, avec tous nos cours à Sciences Po, merveilleux de droit, d'économie, etc., je vois dans la liste des cours un cours d'écriture créative, totalement avant-gardiste, dans le milieu de l'université française. On trouvait assez peu... voire pas, de cours d'écriture créative en France, contrairement aux pays anglo-saxons où la tradition du creative writing est beaucoup plus ancrée. Donc je tombe sur cet intitulé et puis je me dis, mais enfin c'est merveilleux, qu'est-ce que c'est que ça ? Et je m'inscris tout de suite, je pense qu'on est à peu près une vingtaine d'étudiants un peu littéraires, d'aspirants auteurs, à s'inscrire à ce cours. Et là, c'est la révélation. C'est vraiment un cours. À cette époque, je passe mon temps à noircir des pages, comme tu l'as joliment dit dans ton introduction. Mais c'est une activité assez solitaire. Donc, je manque la plupart de mes amphis pour faire vivre mes quatre personnages de mon roman dont le titre est Les Interactions Légères. C'est un roman que j'ai écrit de, je pense, 20 à 24 ans. Puis, j'avais quatre personnages. Et puis, j'étais toujours en train de me demander, mais qu'est-ce qui va se passer, etc. Donc j'étais dans ce monde-là, je fais ce cours, et j'ai l'occasion de partager mes écrits avec d'autres personnes, évidemment avec Alexandre, qui est lui écrivain, et qui est capable de me donner un regard à la fois bienveillant et exigeant sur mes mots. Qui est capable de me dire, ça, ça ne marche pas, et ça, voilà, il y a quelque chose. Et ce retour-là et ce partage-là, pour moi, ça a été quelque chose d'initiatif et d'absolument magnifique. Et finalement, c'est exactement ce qu'on a fait des années plus tard avec les mots. Après ce cours, j'ai cherché un peu en vain, justement, à poursuivre l'expérience. Et je ne trouvais jamais l'atelier qu'il me fallait. Alors, peut-être que j'étais un peu exigeante. Je cherchais un atelier qui soit accessible financièrement pour une jeune femme qui commence sa vie professionnelle. Donc, qui n'a peut-être pas 3 000 euros à mettre dans un atelier qui va durer six séances. Je voulais un atelier qui soit animé, non pas par une personne qui m'explique en théorie ce que c'est d'écrire, mais quelqu'un qui se frotte tous les jours à la page, autrement dit, un écrivain de métier, dont c'est le savoir-faire, qui, de 8h à 14h, je dis 8h à 14h parce que je me rends compte que souvent, les écrivains... écrivent le matin, même si ce n'est pas systématique. Et donc, pendant, on va dire, cinq à sept heures dans leur journée, les écrivains, les gens qui écrivent, se demandent où est-ce que je mets ma virgule, comment j'enchaîne mes phrases, quel est le mot juste pour dire exactement ce que j'ai envie de dire. Tout ce savoir-faire-là, j'avais envie de mettre, on avait avec Alexandre, envie de mettre au cœur du dispositif ces personnes-là. Et moi, à l'époque, en tant que jeune femme qui cherchait des ateliers, j'avais envie d'un atelier animé par un écrivain, un vrai, c'est-à-dire quelqu'un de publié, qui a publié plusieurs livres dans un certain nombre de maisons d'édition. Et ça, finalement, avant les mots, on le trouvait assez peu. On ne le trouvait pas. Alors, il y a les ateliers Gallimard qui sont formidables, mais qui coûtent un certain prix. Et finalement, ça a été toute cette recherche. de l'atelier parfait pour moi, pas parfait dans l'absolu, parfait pour moi, ça a été aussi les prémices de l'école. Donc voilà, ce cours d'écriture créative, c'est une expérience qui a été assez marquante, assez marquante pour moi.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup d'avoir partagé avec nous en détail ce moment de bascule dans votre vie où vous vous êtes dit, tiens, ça y est, il y a quelqu'un pour me mentorer, me guider, m'inviter à l'écriture. Pour revenir un tout petit peu en arrière, parce qu'on parlait de notre amour de la lecture, de la littérature, il y a une question que j'adore poser aux gens, c'est... Et vous êtes aujourd'hui maman de deux enfants en bas âge, je crois de 8 et 4 ans. Est-ce que vous, Élise Nebou, vous vous rappelez de votre livre préféré quand vous étiez petite ?

  • Speaker #1

    Ah, magnifique, c'est une très belle question parce que je trouve ça toujours très émouvant quand on retrouve un livre d'enfance et de revoir ces images qu'on a perçues d'une certaine façon à l'époque. et de mesurer finalement cet écart et ce drôle de rapport et d'impression que ça laisse. Et je crois que la première chose qui me vient en tête quand tu me poses cette question, c'est un livre sur l'histoire de Poucette, cette toute petite femme qui est enlevée par une grenouille prince. En tout cas, c'était comme ça. Dans mon livre, il y avait quelque chose de... C'était une histoire de petite princesse qui se fait enlever par un... une grenouille qui est un prince, et puis il y a tout un tas de péripéties qui s'enchaînent. Mais les dessins étaient magnifiques. Donc c'est vrai que les livres d'albums jeunesse, les albums jeunesse, c'est aussi une interaction entre l'image et le récit, l'histoire. Mais je me souviens de, finalement, ce qui fait la force de la littérature, pour moi, déjà dans un album jeunesse, qui est l'identification. qui se produit quand tu écoutes cette histoire de petite princesse et la façon dont tu es absolument happé dans l'histoire et au temps présent absolu. Et ça, c'est la tension. Cette espèce de temps présent qui ressemble à un état de flot, qui est sans arrière-fond, qui est une présence absolue au monde. Et ça, c'est un état merveilleux.

  • Speaker #0

    Que la lecture ! permet d'attendre. J'adore poser cette question aux gens et leur demander en quoi aujourd'hui ça a influencé, ça a peut-être un impact sur la personne qu'on est. Chers auditeurs, je vous livre mon livre préféré, il est juste à côté. C'est un livre de Frank Tasmin. Je crois que c'est un auteur américain qui était à l'école des loisirs, qui s'appelle Mais je suis un ours. C'est l'histoire d'un ours qui va hiberner pour l'hiver dans sa caverne. Il se réveille au printemps, il y a une usine autour de lui qui a été construite. Et on veut le faire travailler à l'usine en lui disant, mais non, t'es pas un ours, t'es juste un feignant avec un gros manteau de fourrure. Donc, il va voir le chef, le contremaître, le directeur de l'usine, etc. On voit toute la hiérarchie et tout le monde lui dit, mais non, t'es pas un ours, t'es juste un feignant avec un gros manteau de fourrure. Et à un moment, on l'emmène dans un zoo où il voit un petit ours. Et donc, tout le personnel de l'usine demande à l'ours derrière les barreaux, est-ce que lui, c'est un ours ? Et le petit ours répond, non, si c'était un ours, il serait avec moi derrière les barreaux. Donc, il se met à travailler. dans cette usine pendant des années, alors que c'est un ours. Mais je suis un ours, de Franck Tasseline. Et je crois que c'est une certaine vision du travail qui ressemble pas mal au Fordisme, qui me rappelle Charlie Chaplin dans les temps modernes, et qui m'a toujours fait peur. Et je crois que depuis toute petite, je me suis un peu rebellée contre cette vision du travail de sans se poser de questions, on va faire un job dans une usine, comme ça parce qu'il faut le faire, parce qu'on est tous des ours ou des gros fainéants avec des manteaux tourures. Et voilà, donc je crois que ça a vraiment un impact très profond sur la personne.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai, tu as raison. Oui, c'est très beau ce que tu dis. Je pense qu'effectivement, au fond, dans nos vies, il y a un certain nombre de fils rouges qu'on met d'ailleurs un certain temps à identifier. Les fils rouges dans nos vies existent, mais on n'en a pas toujours conscience. Et la prise de conscience de ce qui guide notre vie se fait souvent à travers la littérature, la lecture ou les conversations, d'ailleurs. Et dès l'enfance, quand on rétropédale, on se rend compte qu'il y a des thématiques qui sont peut-être là depuis longtemps. Des petites graines.

  • Speaker #0

    Des petites graines.

  • Speaker #1

    Tu parlais de la cygne tout à l'heure. Exactement. Et qui sont présentes finalement bien avant l'âge adulte.

  • Speaker #0

    D'où l'importance de la lecture pour les enfants. Et vous qui êtes maman de deux petits, on sait à quel point c'est difficile aussi. Parce qu'il y a la tentation des écrans, le rapte de l'attention. On parle beaucoup de l'économie de l'attention. Souvent dans le... plus mauvais sens du terme, et la prochaine interview de podcast avec un sociologue éminent, on sera en plein dans le sujet, donc on ne va pas trop s'étendre sur ce déficit d'attention, mais la lecture est un superbe remède. Oui,

  • Speaker #1

    absolument. Alors ça, c'est vraiment un sujet qui nous tient à cœur à l'école, évidemment. Il y a différents aspects. D'abord, il y a un sujet qui, moi, me tient vraiment à cœur en tant que maman et en tant que fondatrice de l'école, c'est effectivement le... Le rapport à l'attention qu'on offre à nos enfants et aux générations futures, au fond, on vit dans un monde où les écrans sont omniprésents, pour le meilleur et pour le pire. Pour les enfants, pour nos enfants, c'est un enjeu quand même de les protéger de ce flux constant qui est déstructurant, qui est intéressant si on est très structuré. Le principe de l'enfant, c'est qu'il n'est pas encore structuré, contrairement à un adulte. Et donc, la lecture, qui est une activité finie, qu'on peut envisager, ce n'est pas un monde infini, ou d'une certaine manière, si, mais même physiquement, le livre a un début et a une fin. Donc, la lecture et l'écriture aussi, en face, sont deux activités fondamentales pour les enfants. On lance d'ailleurs un projet... vraiment qui me tient à cœur avec une journaliste que j'aime beaucoup qui s'appelle Delphine Sobaber, qui anime des ateliers dans la région bordelaise et qui a écrit une tribune dans Le Monde il y a un an et demi avec Isabelle Carré sur justement le niveau, la détérioration du niveau à l'écrit de nos enfants. Et on a décidé d'imaginer un cours en ligne, une vidéo où elle donne des astuces pour aider des parents et des enseignants justement. à faire un petit atelier d'écriture créative avec leurs enfants, avec leurs neveux, leurs nièces, avec leurs élèves. Parce que la lecture et le cahier d'écriture sont des espaces qui permettent la construction d'une identité. Et tu l'as très bien dit en parlant de ce livre qui t'a marqué. Et pareil pour moi, la lecture, c'est un cadeau qu'on fait aux enfants. Et d'ailleurs, c'est marrant parce que j'avais lu beaucoup de statistiques qui montraient qu'un enfant qui lit et qui écrit beaucoup a beaucoup plus de chances de réussir à l'école. Mais au fond, même au-delà de ça, au-delà de la... performance et de la réussite. C'est un cadeau qu'on fait à nos enfants parce que c'est un espèce de liberté et c'est un refuge qui va leur servir toute leur vie et qui est le refuge de l'imagination. La lecture, c'est un sujet qui nous tient à cœur. Deuxième sujet, ce soir, à l'école, on organise un événement pour les nuits de la lecture qui est un événement organisé par le CNL et le ministère de la Culture. Cette idée qu'on se rassemble tous pour lire des textes, qui fait que la littérature est aussi assez vivante et orale. C'est intéressant. Évidemment, la littérature est écrite, mais elle se partage aussi à l'oral à plusieurs. Je trouve que c'est aussi assez magique. C'est pour ça qu'on a d'ailleurs un lieu à l'école. Ce n'est pas une école en ligne. On a un lieu où on se rassemble autour des mots.

  • Speaker #0

    D'où l'importance. Ça me parle énormément, forcément, avec mon amour de la conversation. Je tiens aussi à préciser pour nos chers auditeurs que l'EMO organise également des ateliers à distance pour les gens qui sont dans toute la France, nos amis, mes seins, Strasbourgeois, Marseillais. Vous pouvez suivre à distance les ateliers de l'EMO et vous pouvez en apprendre plus sur leur site Internet, évidemment. Je reviens un petit peu sur l'école. Pourquoi alors ce nom, l'EMO ? Parce que pour une école d'écriture... Vous auriez pu l'appeler de plein de manières. L'école que j'ai fondée s'appelle The School of Life, l'école de la vie, dont Alain Boton avait la paternité, évidemment, à Londres. Moi, je n'ai fait que fonder la branche française, mais ça s'appelle The School of Life. Les mots, ce n'est pas vraiment le nom d'une école. Alors, pourquoi ce mot ? Pourquoi cette idée, ce titre ?

  • Speaker #1

    C'est vrai que là aussi, c'est un moment charnière, je crois. Il y a deux choses. Il y a déjà le fait de partir du principe que c'est une école. Pour nous, c'était important. parce qu'il y a cette idée que dans l'école, on apprend et qu'en fait, on peut tout apprendre dans la vie et qu'être justement dans une démarche où constamment on apprend de nouvelles choses, c'est une chose magnifique et qui, je pense, rend très heureux. Donc la curiosité, le fait d'apprendre, c'est assez génial. C'est ce qu'induit l'idée d'école. Et en même temps, l'idée d'école, elle induit aussi quelque chose de scolaire, pas forcément des bons souvenirs. quelque chose parfois de normatif. Donc l'idée de l'école est un peu ambivalente. Il y a à la fois l'idée d'un lieu d'apprentissage et donc d'épanouissement et d'exploration de ces facultés cognitives et créatives et intellectuelles. Et en même temps, parfois, ça résonne aussi avec un lieu où on a été un peu restreint, formaté, avec des qualités qui sont plus ou moins valorisées à certains moments de notre époque. Voilà, donc on est plus ou moins bien dans le système scolaire. Et donc... Pour adoucir l'idée d'école, il nous fallait quelque chose de doux et d'ouvert, qui invite aussi à une certaine forme de liberté, c'est-à-dire apprendre, mais à son rythme, à sa façon, avec les déclics qu'on va avoir en fonction de qui on est. Il y avait cette première chose. Ensuite, on a eu plein d'idées de noms, en se disant, comment on va l'appeler notre école ? Ce sera une école, comment on va l'appeler ? Puis on avait eu l'idée de l'atelier des lettres. On se disait... Non, il y a encore quelque chose de trop chic, de trop élitiste. Et on voulait quelque chose d'ouvert, de moderne et qui soit une invitation à écrire. Parce qu'écrire, pour beaucoup de personnes, ça fait peur. On ne se sent pas légitime. On se dit qu'on est qui pour écrire, qu'il y a tellement de gens qui ont écrit, qu'on n'a pas le niveau, qu'on ne parle pas bien français, qu'on fait des tas de fautes. Et en fait, on voulait dire que ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave de faire des fautes de français. Tout ça, ce n'est pas grave. Il y a la joie de se lancer et d'apprendre et de commencer. Et on est vraiment convaincus que c'est un vrai plaisir et c'est une chance de s'autoriser à écrire. Et donc les mots, au final, c'était une forme de dénominateur commun. Il y avait quelque chose de large dans les mots qui ressemble à notre projet. Il y avait cette envie de faire une école d'écriture, mais ouverte sur le monde. ouverte sur les sujets. Il y avait une... Il y a une forme d'engagement politique pour nous dans ce projet. Il y a une forme d'engagement citoyen. Il y avait l'envie de créer un lieu où des gens qui n'auraient pas forcément eu l'occasion de se rencontrer par ailleurs se rencontrent. D'où d'ailleurs l'accessibilité de nos prix, d'où le fait qu'on peut faire un atelier, qu'on soit à Bangkok, qu'on soit en Normandie, qu'on soit dans le sud de la France, qu'on soit à Metz. Voilà, il y a beaucoup de gens différents qui se rencontrent à l'école. Des hommes, des femmes de tous les âges. Parfois, on a des ados. On a des personnes, je me souviens qu'on avait une femme merveilleuse de 82 ans qui avait du mal à se connecter avec son visio. Et puis, on l'a aidée à se connecter, à pouvoir être présente pendant l'atelier. Et les mots, il y a quelque chose de l'ordre. Finalement, les mots, c'est notre dénominateur commun à tous. On a tous nos identités différentes. On est femme, on est homme, on est de tout. telle communauté, etc. Aujourd'hui, c'est un sujet qu'on entend beaucoup, la revendication identitaire. Les mots, c'est une façon de rappeler qu'au-delà de ces identités, on a une identité commune. Nous sommes des hommes, nous parlons, nous pensons, nous aimons, nous réfléchissons, nous souffrons et ça, quel que soit notre sexe, quelle que soit notre couleur, quelle que soit notre religion, ça nous réunit. Donc je pense que dans les mots, il y avait cette idée de se réunir autour de ce dénominateur commun. Et puis, finalement, il y avait aussi, effectivement, cette idée, pour moi, d'invitation ouverte.

  • Speaker #0

    Alors, il y a deux choses qui me font rebondir. La seconde, on y viendra juste après, je crois, c'est ce que vous avez dit, de mission presque politique. Et de réinventer, je crois qu'aujourd'hui, il y a un vrai sujet de réinventer, les récits. On va y revenir. Mais juste, avant ça... Je voulais parler de votre rapport aux mots, parce que ce qui m'a frappée quand... Alors on s'est rencontrés il y a quelques années, et puis on s'est revus dernièrement, cet automne, cet hiver. Il y a quelque chose qui nous relie aussi, c'est cet amour des mots, et votre expression du langage. Alors, ce qui m'a beaucoup frappée, c'est votre emploi d'expression française, un peu démodée, qu'on n'entend plus forcément. Et je crois qu'on partage ce goût-là. Alors moi j'en ai quelques-unes. J'adore remettre l'église au milieu du village, par exemple. J'adore aussi un emploi qui est un petit peu dérivé d'Albert Cohen avec Yamamutsu Gravier au lieu d'Anguissou Roche, etc. Vous pouvez nous en livrer quelques-unes de vos expressions favorites. Balancez-nous.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai que c'est assez amusant parce que je veux dire que sur les expressions, j'ai une utilisation assez personnelle des expressions. C'est-à-dire qu'il m'arrive souvent de mélanger plusieurs expressions ensemble. Et il y a une deuxième chose amusante, c'est que récemment, justement, mon équipe, l'équipe de l'école m'a fait un très beau cadeau pour mes 40 ans. Ils ont imaginé un jeu de société et c'est là que j'ai découvert qu'apparemment, j'utilisais un certain nombre d'expressions.

  • Speaker #0

    Un jeu de société sur les expressions.

  • Speaker #1

    C'est un jeu de société ou avec un certain nombre de cartes sur la vie de l'école en général. C'était magnifique, très, très créatif, un très, très beau cadeau. Tout d'un coup, je n'ai plus en tête les expressions que j'utilise. J'aime beaucoup remettre l'église au milieu du village. J'aime bien les expressions parce que souvent, je les visualise beaucoup.

  • Speaker #0

    J'en ai une en attendant, pendant que vous réfléchissez. J'en ai une que je traduis de l'anglais parce qu'en anglais, il y a aussi des expressions qui n'existent pas en français. Il y a une expression en anglais qui dit c'est pas mon cirque, c'est pas mes singes Et j'aime bien, en gros, ça veut dire c'est pas mes affaires Ou alors, quand on paye des cacahuètes. on reçoit des singes, en fait. On paye des singes. When you pay peanuts, you get monkeys.

  • Speaker #1

    Sympa aussi.

  • Speaker #0

    Mais en tout cas, cette expression, Élise, ça montre une... C'est ça qui me frappe chez vous. C'est une utilisation libre, fantaisiste, décomplexée du langage. Et ça va dans la mission des mots qui a ce côté très ouvert, accueillant. Venez comme vous êtes. On n'a pas besoin d'avoir un niveau de français qui... trop élevée pour venir, tout le monde peut se mettre à l'écriture. Et j'adore cette ouverture.

  • Speaker #1

    Oui, je pense que tu touches quelque chose d'important. Il existe quand même un certain complexe de la langue, de l'expression. Les gens ont toujours peur de ne pas parler suffisamment bien. Bien parler est un marqueur social. Donc, il se joue pas mal de choses dans la langue, qui est sans cesse réinventée, d'ailleurs, au fil du temps, qui évolue au fil du temps. Dans la langue... française au fil des siècles, au fil du temps. Il y a toujours des enjeux nouveaux, l'écriture inclusive, il y a plein de choses qui se posent en permanence.

  • Speaker #0

    De nouveaux dictionnaires,

  • Speaker #1

    de nouveaux mots. Voilà, on en parlait. Tout à l'heure, les mots anglais, etc. Et finalement, personnellement, j'ai toujours eu un petit peu, je pense, ce complexe. Et je m'en suis libérée en assumant le fait de jouer avec les mots. Et ça, c'est quelque chose qu'on invite à faire à l'école. Alors après, évidemment, une fois qu'on commence à s'intéresser à la langue, c'est une sorte de jeu un peu infini. Et les auteurs de l'école en jouent beaucoup pendant les ateliers. J'ai fait des ateliers, par exemple, où j'avais beaucoup aimé cette approche d'une de nos autrices qui s'appelle Vanessa Caffin, qui a d'ailleurs monté ensuite sa maison d'édition avec une participante de l'école qui s'appelle Les Livres Agités. Elle nous a dit, voilà, on va écrire un texte sur une histoire d'amour, donc vraiment le sujet classique. Vous allez écrire dix mots qui vous viennent tout de suite à l'esprit quand on vous parle d'amour. Tout le monde fait sa liste de mots, etc. Eh bien, vous allez écrire un texte, mais vous n'allez pas utiliser ces mots. Ça, c'est quelque chose qu'on apprend beaucoup à l'école. En réalité, les mots ont une sorte de trajectoire. Alors, à un moment, il y a des mots à la mode. Ils sont hyper utilisés et ils sont un peu vidés de leur sens. Et donc, il y a ce devoir de faire le ménage des mots et de réinventer en permanence les mots pour... pour essayer de transmettre une pensée originale et personnelle. C'était super amusant parce qu'on s'est retrouvés avec notre liste de mots. On devait aller au-delà de ces mots qui sont la toute première couche qui nous vient à l'esprit. Souvent en matière d'écriture, cette toute première couche, c'est une couche un peu facile, un peu superficielle. Il faut passer un niveau au-dessous pour creuser un peu la réflexion. et essayer de voir les choses différemment et développer une pensée peut-être plus originale où on va peut-être tomber sur une très bonne idée ou peut-être pas. C'est vraiment la recherche, l'exploration, je dirais, qui se joue dans l'écriture et dans la langue.

  • Speaker #0

    Alors, on parlait des mots. Il y a la langue française qui évolue beaucoup. Et j'adore ce rapport décomplexé à se dire que ce n'est pas grave si j'utilise une expression plutôt qu'une autre. Et puis, en préparant cet épisode, on parlait aussi des expressions qui, parfois, nous exaspèrent. Je dois vous avouer, alors vous ne le savez pas encore, chers auditeurs, mais avant d'interviewer quelqu'un, je lui envoie un petit mail de brief pour lui demander qu'on se vouvoie. Alors, parfois, ça marche ou ça ne marche pas, parce que beaucoup de mes invités sont des amis dans la vie. Donc, nous, aujourd'hui, on oscille entre le vous et le tu et ce n'est pas grave, justement. D'autres choses, c'est que j'essaye de prohiber l'utilisation de ces expressions qui... me mine l'oreille à longueur de journée, que j'entends je ne sais combien de fois par jour, comme du coup, en fait, pas de souci. Et il y en a beaucoup d'autres encore que j'oublie. Et je dois dire qu'aujourd'hui, quand on va acheter une baguette et que la boulangère ne répond pas de souci, je me demande justement où est le souci. Ou alors le du coup, que j'entends vraiment des centaines de fois par jour ou par semaine et que j'essaie d'éviter. Alors évidemment, certains passent parfois dans le podcast, et ce n'est pas grave du tout, mais j'invite tout le monde à se poser la question, qu'est-ce que je pourrais remplacer ? Comment je pourrais remplacer le du coup Alors tout à l'heure avec Élise, on en a cherché, il y avait par conséquent

  • Speaker #1

    Par conséquent effectivement. Conséquemment tu vois, que je n'avais pas entendu depuis longtemps.

  • Speaker #0

    On en avait trouvé donc de ce fait Tout simplement donc Par conséquent oui. Ou alors faire une vraie transition au lieu d'utiliser du coup à chaque début de phrase.

  • Speaker #1

    C'est vrai que ce sont des tics de langage.

  • Speaker #0

    comme des mauvaises habitudes, je pense. Et d'ailleurs, comme les mauvaises habitudes, elles peuvent ressortir particulièrement dans les moments où on est un peu gêné, un peu mal à l'aise. Alors là, tout d'un coup, c'est une explosion de du coup... Et d'en fait ! Et d'en fait, totalement incontrôlée. Qui peut d'ailleurs nous miner nous-mêmes ? Et ça, par rapport à notre sujet, je trouve que c'est un sujet d'attention intéressant. C'est-à-dire que prendre conscience de ces tics de langage qu'on a tous et réfléchir à des mots qui pourraient... remplacer ou enrichir notre vocabulaire. Parce qu'enrichir son vocabulaire, c'est enrichir sa vision du monde, au fond. C'est approfondir un petit peu plus sa pensée. Donc je trouve que l'éthique de langage, il ne faut pas trop s'en soucier, mais c'est intéressant de les identifier, de faire l'exercice. Et quand tu m'as dit ça, moi j'ai trouvé ça génial. Je me suis dit, oh là là, mais c'est vrai. Moi, je le dis souvent. Et le simple fait de se le formuler et de porter son attention là-dessus, ça nous pousse aussi à faire un peu mieux, à se dire, si ce n'est pas du coup, c'est quoi exactement ce qu'on a fait ? On a regardé une liste, il y avait dix mots. Il y a donc, tout simplement, il y a par conséquent, il y a par conséquent, plus difficile à placer, mais on peut toujours le tenter. Il y a plein, vous voyez ce jeu là qu'on... Ce qu'on fait quand on est plus jeune, d'essayer de placer un mot en cours, c'est très amusant, c'est s'amuser avec le langage.

  • Speaker #1

    Chers auditeurs, vous avez compris qu'on ne vous jette pas la pierre, parce que nous-mêmes, parfois, un du coup ou un en fait ça nous échappe. Donc on ne vous jette pas du tout la pierre, on ne juge pas. Mais ce qu'on vous propose, c'est un exercice d'écriture, d'oral, très créatif finalement. C'est pourquoi pas aller chercher des équivalents de du coup ou en fait dans le dictionnaire, de faire une liste, comme Élise et moi on s'est fait tout à l'heure. Élise, je vous fixe le défi d'avoir la fin de ma journée, de caser subséquemment dans une de vos conversations.

  • Speaker #0

    Défi à accepter.

  • Speaker #1

    Et de se dire un peu comme les enfants, la prochaine fois que je surprends du coup, si je le remplaçais par quelque chose d'autre et essayer de caser un petit peu tout ça. Alors les gens seront certainement impressionnés par votre niveau de vocabulaire. Mais je trouve que c'est un très joli exercice pour nous mettre dans l'humeur des mots.

  • Speaker #0

    justement de votre école. C'est vrai que les mots qu'on utilise ont quand même un certain... Alors tu vois, c'est marrant, j'allais spontanément utiliser un mot que je n'aime pas qui est impact On a un certain impact sur notre vie et c'est un mot qu'on entend beaucoup. Il faudrait que je me fasse une petite liste de mots alternatifs à ce mot impact Mais les mots ont un certain pouvoir sur notre vie, au fond. Ça, j'en suis assez convaincue. Tu parlais de l'expression pas de soucis C'est symptomatique d'un état d'esprit, au fond. D'un état d'esprit peut-être contemporain, si on pousse un petit peu. Pas de souci, évidemment, on entend souci. C'est comme quand on utilise le mot qu'on veut cacher. Tu vas m'aider. Ne regarde pas cet éléphant. On regarde l'éléphant. On ne pense pas à un marteau rouge. Exactement, c'est ce phénomène du cerveau. Donc pas de souci, on entend souci. Et au fond, ça dénote peut-être que tout est un souci, une angoisse.

  • Speaker #1

    Un rappel angoissé au monde ?

  • Speaker #0

    Oui, un rapport angoissé au monde et puis peut-être une façon de dire je n'ai pas très envie de t'aider. Je n'ai pas envie de t'aider, je n'ai pas envie d'être à ton service. Bon, peut-être. Mais en tout cas, c'est vrai que les expressions qu'on utilise, les mots qu'on utilise, ont un certain pouvoir, je trouve. Alors après, l'essentiel quand même en matière d'écriture, ça je le redis parce qu'on le voit beaucoup à l'école. Un moment, c'est justement de baisser le niveau de pression, encore une fois. Parce que nous, à l'école, on voit souvent des personnes qui arrivent qui ont des attentes assez élevées vis-à-vis de ce qu'elles vont produire. Et donc, ça crée un sentiment de... Donc, tu produis un peu le phénomène je suis Baudelaire ou rien, je serai Baudelaire ou rien. Donc, on écrit, puis on n'est pas content. On trouve ça mièvre, on trouve ça pauvre, on trouve que ce n'est pas à la hauteur de ce qu'on aimerait faire, justement parce qu'on valorise la langue française. C'est plus facteur d'inhibition que de créativité, évidemment. Il faut un moment comprendre que dans le processus de création, il y a un apprentissage, un progrès, et que ça commence toujours par quelque chose de médiocre. Mais ce n'est pas grave. L'important, au fond, c'est d'y prendre du plaisir. Le plaisir est quand même la clé absolue de l'apprentissage. Et d'ailleurs, je trouve que dans la lecture, on prend beaucoup de plaisir. C'est un plaisir même... inouï quand même. Et si on commence à avoir une approche un petit peu normative de la lecture ou d'être obligé de lire certains livres à l'école, moi je me souviens j'ai aussi des mauvais souvenirs d'être obligé de lire des livres. Alors bon, ça fait partie aussi de l'éducation.

  • Speaker #1

    Ça me rappelle Germinal de Zola. Quand tu agrandis près d'Ayange et que tu dois lire Germinal de Zola, c'est pas forcément enthousiasmant.

  • Speaker #0

    Je suis assez d'accord. Je préfère l'idée qu'on rentre par la lecture, peut-être par des lectures plus contemporaines, pour arriver après à des choses qui se complexifient au fil du temps. D'ailleurs, pareil, dans cette idée de tenter de ne pas être élitiste, de ne pas l'être, il y a aussi l'idée de ne pas apporter trop de jugement sur ce qui est lu, par exemple. Donc moi, je lis beaucoup de livres à mes enfants, puisque c'est quelque chose qui me définit et que j'ai envie de transmettre. Un jour... Je parlais avec un éditeur, dont évidemment je tairai le nom, qui m'a dit Quoi ? Tu as déjà lu des Tchoupi à tes enfants ? Il était très étonné, il était un peu choqué. Il me dit Oh là là, quand même, lise Tchoupi, c'est vraiment bas de gamme. Et je lui ai dit Mais tu sais, mes enfants, je leur ai lu autant des Claude Ponty que du Tchoupi. Et finalement, dans cette variété-là, moi, je trouve ça génial et je ne fais pas tellement de jugement en me disant Non, Tchoupi, c'est vraiment proscrit. Évidemment qu'un Tchoupi, c'est une lecture beaucoup plus prosaïque qu'un Claude Ponty qui a différents niveaux de langage et qui a un délice à la limite autant pour l'enfant que pour l'adulte. Quand vous lisez un livre de Claude Ponty, c'est absolument incroyable. Mais c'est riche. Vous emmenez votre enfant dans un univers chatoyant et qui se complexifie. Mais en même temps, Tchoupi sur son petit pot, moi je n'ai rien contre. Et c'est pareil pour la littérature adulte. Et d'ailleurs, pareil dans mes habitudes de lecture. Je lis des choses très variées et je me sens surprenante. pas trop sur le fait de ne pas lire des choses qui ne seraient pas suffisamment chics ou pas suffisamment littéraires.

  • Speaker #1

    Je suis d'accord. Il faut vraiment prôner le droit à lire aussi des choses pour se détendre. Moi, entre deux essais un peu philosophiques, politiques, engagés, je lis en ce moment des livres de Lucinda Riley, qui est une auteure irlandaise qui est décédée il y a quelques années. C'est passionnant. En deux jours, on mange le livre. Et vraiment, je trouve ça remarquable et ça me détend quelque part par rapport à la lourdeur, j'allais dire, parfois de ce que je peux lire également, avoir l'actualité. C'est une échappée. Et je tiens juste aussi à préciser un petit coup de publicité amicale à une amie qui a ouvert aussi une école, mais une école de musique pour enfants, qui est ce double d'une librairie qui est rue de Navarra dans le 9e, Claire Vigniecki. Son école s'appelle Le Bon Ton. On peut le retrouver sur les réseaux sociaux parce qu'elle fait régulièrement plein de vidéos. pour donner des conseils de lecture. Elle explique pourquoi ce livre est important aux parents et aux enfants. Après, je suis certaine qu'aux quatre coins de la France ou du monde, vous avez aussi des libraires formidables, pas loin de chez vous, qui seront ravis aussi de vous conseiller dans les lectures pour vos enfants.

  • Speaker #0

    Oui, je suis tout à fait d'accord. Et je rajoute quand même aussi une petite chose qui me paraît importante quand je t'écoute, c'est que j'entends souvent des personnes me dire Oui, tu sais, mais moi, je n'ai pas vraiment le temps de lire. C'est la question du temps qui est très reliée à ton sujet de l'attention, je trouve. Moi, ce que je dis souvent, c'est que même si on lit un tout petit peu, c'est déjà énorme. Moi aussi, j'ai peu de temps pour lire au fond, même si ça fait en partie partie de mon métier. Mais si j'ai lu quatre pages, je suis heureuse. C'est suffisant. Je ne me juge pas. pas en me disant Oh là là, t'as pas lu assez ce mois-ci, t'as pas fini tel livre. Je ne considère même pas ça, et ça c'est un vrai débat, je ne considère pas ça grave de ne pas finir un livre. Parfois, j'ai lu 5 à 10 pages d'un livre et ça m'a énormément nourrie et j'en retiens tout un tas de petites choses et ça va alimenter mon esprit, ma capacité à faire des liens aussi entre les choses. Et donc, il ne faut pas se culpabiliser sur ça. Vous pouvez aller à la librairie, acheter 3 livres Et n'en lire que 15 pages, c'est déjà génial. Félicitez-vous. Ne vous dites pas, oh non, j'ai acheté trois livres, j'en ai lu que 15 pages. Ce n'est pas grave.

  • Speaker #1

    Ou se sentir menacée par la tour de pise qu'on a tous sur notre table de nuit. Je rajoute quelque chose, un autre exercice, chers auditeurs, moi qui adore la conversation et la lecture, comme Élise. En ce moment, je me retrouve à discuter dans le métro parce que je vois des gens, et en ce moment, j'en vois plus, alors c'est peut-être l'hiver, je ne sais pas, qui lisent des gros pavés dans le métro. La semaine dernière, c'est une femme avec qui on ne s'est même pas parlé, on s'est juste souri, on s'est fait des gestes, qui était plongée dans les dernières pages d'un groupe AVNRF. Elle m'a montré, à la recherche du temps perdu, La prisonnière, le volume 5, que je n'ai pas lu, parce que je ne les ai pas tous lus quand même. Mon préféré, c'est Sodome et Gomorre, c'est le 4, mais je n'ai pas lu La prisonnière. Et il y a eu une espèce d'amitié qui est née comme ça, en quelques stations de métro, avec cette femme. Ça fait deux jours que je demande à des femmes qui sont en train de lire Lucinda Riley, justement, Quel volume elle lise ? Parce que je n'ai pas tout lu non plus, il m'en reste. Et j'adore cette espèce d'amitié comme ça, rapide, qui naît entre amoureux de la lecture. Et quitte à les déranger, j'aime bien demander aux gens ou parler des livres avec les gens qui lisent encore des vrais livres dans le métro.

  • Speaker #0

    C'est génial parce que c'est vrai que les livres, tout autant que les films d'ailleurs, c'est toujours une façon de parler de soi avec les autres. C'est une façon de rentrer en relation avec l'autre et de rentrer en relation avec soi. Et c'est un tremplin vers ça. Et donc ça,

  • Speaker #1

    j'ai une idée qui me vient. C'est une idée qu'on devrait soumettre à la SNCF. C'est dans chaque TGV avoir une bibliothèque. Comme les bibliothèques spontanées qui sont en province, j'en vois dans les anciennes cabines téléphoniques. En Angleterre aussi, j'en vois beaucoup. Dans mon quartier, dans mon immeuble, c'est les étagères d'en bas, près des poubelles, où on laisse les livres qu'on a déjà lus et dont on ne veut plus. Ce serait génial si, moi qui utilise beaucoup le TGV, il y avait une étagère à livres, une bibliothèque comme ça, où on peut laisser le livre qu'on vient de terminer, puis échanger des livres dans les TGV.

  • Speaker #0

    J'aime beaucoup ton idée. Je pense que c'est une idée géniale. C'est vrai que j'ai moi-même remarqué... effectivement ces boîtes à livres qu'on voit un petit peu partout et je trouve ça assez génial, cet objet du livre qui résiste finalement parce que la mort du livre, on l'a entendu beaucoup, beaucoup, beaucoup, mais en réalité, le livre résiste largement et puis les usages nouveaux autour de la lecture, je les vois d'un œil plutôt favorable. Parce qu'au fond, on en revient toujours au livre. C'est-à-dire que pour moi, par exemple, le livre audio ou les podcasts, tout ça, c'est quelque chose, c'est une grande conversation, justement, qui crée une certaine variété sur le format accessible, qui est plutôt enthousiasmante et qui donne envie. Donc, j'aime beaucoup ton idée.

  • Speaker #1

    Alors, je rebondis sur notre deuxième idée qu'on évoquait tout à l'heure sur la mission. finalement politiques de créer une école comme les mots. Et je reprends un peu le fil de votre pensée, Élise, en se disant j'ai adoré quand on a préparé le podcast, vous m'avez dit en fait finalement d'ouvrir cette école, c'est donner un espace pour tendre la plume aux gens. Les gens, ils viennent, ils conversent, ils parlent, ils se rencontrent. Donc c'est un lieu physique et aussi maintenant numérique. Je crois que dès 2018, un an après la fondation, vous l'avez aussi lancé à distance pour pouvoir... en faire bénéficier les gens qui ne sont pas à Paris, évidemment. Mais il y a cette idée de la mise en récit. Qu'est-ce qu'on raconte ? Vous m'avez aussi confié qu'il y a des gens qui viennent, ils ont envie d'écrire, mais ils n'ont pas forcément envie d'être publiés. Certains, oui, et je sais que vous travaillez en ce sens, mais il y a des gens aussi qui ont juste envie d'écrire pour écrire. Et je crois que c'est important de se réapproprier à l'heure où on nous sape notre attention sans cesse. On a l'impression qu'on nous martèle des messages, l'information, l'actualité. en ce début d'année, mais j'allais dire, c'est un peu toujours la même chose. Moi qui suis énormément l'actualité. Là, il y a Trump qui vient d'être intronisé, qui vient de prendre le pouvoir quelques jours après l'enregistrement de ce podcast. Il y a beaucoup de choses qui ont un effet sur nous et sur notre humeur. Moi, je me suis rendu compte lundi, lors de l'inauguration de Trump, que... on parlait du Blue Monday, le lundi le plus déprimant de l'année. Alors moi, je venais de terminer mon prochain livre, donc j'étais très contente. Mais en revanche, c'est plutôt ce qui se passait aux Etats-Unis qui me déprimait. Et donc, on a besoin de réenchanter le monde et le récit. Et c'est un peu ce que vous faites,

  • Speaker #0

    vous, au mot. Oui, c'est vrai. En fait, un atelier à l'école, que vous soyez 4, 8 ou même 20 ou 25, pour moi, c'est... un espace de liberté. Littéralement. Aujourd'hui, notre attention est le fruit de toutes les attentions. Et donc, on est sans cesse sollicité pour acheter des choses. Et des choses qui peuvent être très bien d'ailleurs, qui sont souvent ou parfois portées par des entreprises super. Ça n'est pas le problème. Mais nous, du point de vue individuel, l'attention, on est sur sollicité et ça crée une fatigue. sensorielle et émotionnelle qui peut être plus ou moins forte en fonction de sa sensibilité, mais que je crois qu'on partage quand même tous. Et l'espace de l'atelier, c'est un espace où on récupère un petit peu de son libre arbitre. On ne pourra jamais vous... C'est un espace de liberté. On ne peut pas mettre des panneaux publicitaires. On ne va pas tout d'un coup... Vous voyez, dans l'atelier, il n'y a pas tout d'un coup... On ne va pas s'arrêter pour passer à un spot publicitaire. Un flash pub. Un flash pub. Vous voyez, c'est... C'est un espace à nous. Et ça, c'est quelque chose de... C'est plus que précieux, c'est carrément vital, c'est essentiel. Dans cet espace de liberté, les personnes vont raconter leur intimité, au fond. Mais l'intimité est politique. Aujourd'hui, on a tendance, puisqu'on est dans une société où on valorise l'individu... Ce qui est génial. On a de la chance d'être valorisés en tant qu'individus. Ça n'a pas toujours été le cas, il faut quand même le rappeler. Mais on a tendance un petit peu parfois à sous-estimer le fait que nous ne sommes finalement pas si originaux que ça. On est porteurs d'une culture religieuse, nationale. On est réunis et on est pétris de politiques les uns et les autres. Et donc être ensemble dans une salle, en toute liberté, en exposant et en parlant de nos intimités, c'est un acte politique. Et en réalité, on prend conscience parfois, justement, le politique c'est le groupe, c'est l'inverse de l'individu. Le collectif. Le collectif, exactement. C'est le collectif. C'est prendre conscience de soi en tant qu'instance collective qui est traversée et qui partage un certain nombre de valeurs. Et aujourd'hui, les valeurs qu'on partage, elles existent, mais dans cette espèce de l'atelier, elles vont être exprimées, confrontées, débattues. C'est houleux, souvent, les ateliers. On sent qu'on est dans une période un peu houleuse. On est dans une période où, dans l'espace même d'un atelier à l'école, les gens peuvent se disputer.

  • Speaker #1

    Cliver.

  • Speaker #0

    Cliver. C'est-à-dire qu'on dit toujours les journalistes sur les plateaux Ils se disputent entre eux, les politiques, c'est lamentable. Mais c'est à notre image. Nous faisons la même chose. C'est marrant. Et justement, cette façon de se déresponsabiliser en parlant des politiques comme d'une entité extérieure, en réalité, dans un atelier, nous, on a vu souvent, on doit gérer des gens. Une telle personne a dit ça, ça n'est pas admissible. C'est toute la question de ce qu'on peut dire, de la censure, du politiquement correct, et en même temps, du libre-arbitre, du fait de... Liberté d'expression. De la liberté d'expression. Voilà, c'est satarisant. La liberté... d'expression. La liberté d'expression, le sujet est au cœur d'une société qui s'appelle les mots. Les mots, la liberté d'expression, jusqu'où elle va ? Et la liberté d'expression, c'est le sujet majeur, un sujet majeur aujourd'hui. Et c'est un sujet majeur qu'on pourrait en parler pendant des heures. Donc, tout ça pour dire que aujourd'hui, l'espace de l'atelier, pour moi, c'est un espace de liberté. Il n'y en a pas tant que ça. Même s'il y en a, vous allez au café d'en bas, c'est un espèce de liberté. On a de la chance de vivre dans une démocratie quand même où on peut parler. Mais c'est un espace où on autorise le fait d'exposer son intimité. C'est pour ça d'ailleurs que ça crée des groupes très soudés. Les gens à l'école peuvent vous dire quand ils sortent d'un atelier, souvent ils se revoient. Ça crée quelque chose de profond, ça crée un lien profond. Et en même temps, tout ça, si on prend un peu de recul, C'est vrai que c'est comme ce que tu disais, c'est de nouveaux récits, de nouveaux imaginaires qui se mettent en place. Et c'est constamment ce que font les hommes de tous les temps. On réinvente et on repose les questions et on rebat le tapis. Rebat le tapis, ce n'est pas une expression, mais on remet l'ouvrage. Il y a une sorte de roulement comme ça où constamment on remet, on remet, on remet à l'infini. C'est ça le... Le cycle de la pensée, le cycle de la vie, c'est la même chose. Et c'est ce qui se passe. Et évidemment, là, on réécrit les choses. On réécrit constamment les choses qui ne sont pas les mêmes choses qu'hier. Ce n'est pas le même récit qu'hier. On ne peut pas dire, oh là là, mais non, il faut revenir au récit d'hier. Ce n'est pas possible. On réécrit les choses. Donc, réécrire les choses collectivement et intimement, c'est ce qui se passe à l'école. Donc, ce n'est pas qu'une question d'atelier comme ça. Oui, des petits ateliers, d'une petite activité hobby, quoi. Pour moi, ce n'est pas comme ça que je le perçois.

  • Speaker #1

    On voit la dimension politique, universelle de votre mission, Élise. J'adore parce que cette conversation nous a fait partir des mots, de votre parcours, de ce moment de bascule, la rencontre avec l'écriture, et puis avec Alexandre Lacroix également, avec votre cofondateur de l'école Les Mots, que vous avez ouverte en 2017. Et puis, on a cheminé comme ça à travers les mots, la littérature, le goût de la lecture. vers l'importance des mots et du récit, et ce nouveau récit qui a réinventé. Je me rappelle qu'il y a quelques années, au moment du Covid, on parlait beaucoup du monde de demain, on imaginait des utopies incroyables. Cinq ans plus tard, qu'est-ce qu'il en reste ? On peut se demander. Et puis avec l'arrivée au pouvoir, le retour au pouvoir de Trump et d'autres, moi, je me pose beaucoup de questions sur ce nouveau récit collectif. Est-ce qu'on a encore envie de vivre ensemble, de faire récit ? Alors, il y a une dernière question que j'avais envie de vous poser. parce qu'elle me brûle la langue depuis tout à l'heure et c'est une question que j'adore poser aux gens. Et je vous recommande aussi, peut-être, chers auditeurs, de la poser autour de vous parce que je suis toujours surprise par les réponses. C'est quel est votre livre préféré ou le livre qui a changé votre vie ? Ou alors si la question vous semble beaucoup trop haute, c'est simplement un livre que vous avez adoré dernièrement. Alors moi, je vous le livre, le livre qui a changé ma vie, c'est Le soulier de satin de Claudel que j'ai étudié en Cagnes. La première fois que je l'ai lu, je l'ai jeté à l'autre bout de la pièce parce qu'une pièce de théâtre de 500 pages... qui se représente en 12 heures sur scène. Ce n'est pas possible, a priori, et qui confond toutes les unités de temps, de lieux, etc. Puis finalement, ce livre a changé ma vie et j'y reviens sans cesse. Il est toujours sur ma table de chevet. Donc, Élise, c'est quoi, vous, le livre qui a changé votre vie ?

  • Speaker #0

    Vous m'avez donné envie de le lire.

  • Speaker #1

    Et il est en ce moment à la Comédie française. Je n'ai même pas pu avoir de place encore, mais je crois qu'Éric Ruff l'a monté à la Comédie française jusqu'à fin mars, il me semble. En 7 heures ! Moi, j'ai déjà vu en 12 heures par Olivier Pio, Châtelet, etc. Là, c'est que 7 heures.

  • Speaker #0

    Alors, c'est une très belle question à poser. Je trouve que c'est une très belle question à poser parce que d'abord, c'est un cadeau de poser cette question à une personne. Puisqu'en fait, se poser cette question, c'est magnifique. C'est déjà le début de toute une réflexion.

  • Speaker #1

    Ça nous livre beaucoup. Tout à fait.

  • Speaker #0

    Spontanément, la première réponse qui me vient à l'esprit, c'est les mémoires du jeune fille bien rangée de Simone de Beauvoir.

  • Speaker #1

    Je retrouve une expression d'Élise, là. Les mémoires du jeune fille bien rangées.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    S'il faut être bien rangée.

  • Speaker #0

    Oui, c'est vrai.

  • Speaker #1

    Oui, mais je comprends. C'est aussi un de mes livres préférés.

  • Speaker #0

    Ce livre, elle y expose sa prise de conscience de sa vocation d'écrivain. C'est ça qui m'a beaucoup marquée.

  • Speaker #1

    Vous l'avez lu à quel âge, Élise ?

  • Speaker #0

    20 ans. Et elle dit, voilà, je veux être un écrivain. mais pas qu'un écrivain, je veux être un écrivain célèbre. Elle dit ça à un moment et elle y évoque toute cette trajectoire, mais beaucoup orientée autour de son futur travail d'écrivain et en même temps cette envie de se libérer d'un certain nombre de carcans.

  • Speaker #1

    Et de son éducation bourgeoise.

  • Speaker #0

    Et de son éducation.

  • Speaker #1

    Dans le sixième.

  • Speaker #0

    Voilà, d'une certaine aspiration à une liberté, je dirais, une envie de liberté. Et ce livre m'a beaucoup marquée. Alors à l'époque, moi, ce livre a fait écho au sentiment de... J'avais ce sentiment d'une vocation d'écrivain. J'avais envie d'être écrivain. Alors la vie est surprenante si on se laisse, si on accepte de se laisser surprendre. Donc finalement, je ne suis pas devenue écrivain, mais j'ai créé avec Alexandre cette école magnifique qui me donne énormément de satisfaction. Mais en tout cas, à l'époque, voilà, c'était... Et puis vous êtes jeune encore.

  • Speaker #1

    Vous venez de fêter vos 40 ans. Merci.

  • Speaker #0

    Qui c'est ? Oui, c'est vrai qu'on ne sait pas de quoi l'avenir est fait. Et donc voilà, c'est un livre qui m'a quand même énormément marquée et qui reste pour moi un souvenir d'ailleurs, où je me souviens du lieu où je lisais ce livre, de la chambre, de la lumière à ce moment-là. Vous voyez, des détails... qui ancre le souvenir de lecture.

  • Speaker #1

    Et qui fait partie de l'expérience globale de lecture.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Je trouve que c'est une transition parfaite pour la conclusion. Parce qu'on parlait tout à l'heure, et c'est ce qui me fascine dans votre mission et ce que vous faites au quotidien, Élise Nebout, avec l'école, les mots notamment, et aussi la personne que vous êtes. C'est cet engagement, cette mission pour... pour travailler de nouveaux récits, de nouvelles histoires et pouvoir donner des ailes à des futurs écrivains pour mettre des mots justement sur leur vie, sur ce qu'on traverse, sur le monde de demain qu'on a envie de voir venir. Donc je termine avec cette citation qui m'a portée depuis ma lecture des mémoires de jeune fille rangée quand j'étais une jeune fille bien rangée. C'est la fin de la première partie, je crois. Elle dit que... Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterai.

  • Speaker #0

    Magnifique. C'est très beau.

  • Speaker #1

    C'est en capsule pas mal de choses.

  • Speaker #0

    Oui, je suis d'accord. Et puis l'écriture de Simone de Beauvoir est très précise. Il faut le dire, je trouve. Aujourd'hui, dans la littérature, il y a une certaine tendance à un style écrit très oral. C'est assez vrai. Ça caractérise beaucoup la littérature contemporaine. Quand on... relit des livres d'une autre époque finalement. C'est aussi un autre rapport au mot et à l'écrit. Je trouve que la langue de Simone de Beauvoir est assez précise avec cette espèce de... patte un petit peu, tu sais, comme quand on écoute une interview audio, radio, dans les années 50-60. On voit que c'est plus... C'est plus déjà la même façon de parler. On voit comme la langue évolue au fond. Et donc, voilà, c'est merveilleusement bien écrit, en fait.

  • Speaker #1

    Chers auditeurs, chères auditrices, évidemment, j'espère que cet épisode avec Élise Nebou vous aura donné l'envie de lire et d'écrire. Je vous souhaite une très bonne journée. Merci infiniment, Élise.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup, Fanny, pour cette invitation.

  • Speaker #1

    Et pour en savoir davantage, rendez-vous sur le site internet de l'école les mots.co,

  • Speaker #0

    je crois. Exactement.

  • Speaker #1

    Merci, à bientôt. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à écouter cet épisode que j'en ai eu à l'enregistrer. Comme toutes les bonnes choses, il se partage. Alors n'hésitez pas à l'envoyer à vos proches. Enfin, si vous voulez vraiment me faire plaisir, vous pouvez lui mettre 5 étoiles dans l'appli et un petit commentaire ou m'envoyer un e-mail. J'essaye toujours de répondre. A bientôt au prochain épisode de l'art de l'attention.

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Description

Poursuivre l'exploration de l'art de l'attention : avec Elise Nebout, l'art d'écrire avec "Les Mots"

 

Savez-vous qu’un Français sur quatre rêve d’écrire un livre ?
Cela représente près de 12 millions de personnes aspirant à noircir des pages de leur plume, selon une enquête exclusive du Figaro Littéraire/Odoxa publiée en 2022.
Et pourtant, combien sont-ils à transformer ce rêve en réalité ?

Bien peu. La faute au tumulte du quotidien, à cette tyrannie du présent qui accapare tout : le temps, l’énergie, l’attention... et parfois, il faut bien le dire, la méthode.

 

Mais aujourd’hui, réjouissez-vous, car mon invitée n’a pas seulement rêvé d’écriture, elle a osé en faire une mission.
Élise Nebout est une femme déterminée, lumineuse et, surtout, passionnée. Elle a co-fondé Les Mots, une école d’écriture nichée depuis huit ans rue Dante, face à Notre-Dame. Rien que l’adresse est une invitation au voyage, n’est-ce pas ?

Élise, c’est une étincelle.
Avec elle, chaque conversation prend des airs de fête, chaque échange devient un feu d’artifice de mots et d’idées. Nous avons tant en commun : un amour fou des lettres et de la littérature, une affection pour les expressions d’antan, et cette envie inébranlable de transmettre qui nous a poussées, chacune, à ouvrir une école !


Et aujourd’hui, c’est une véritable fête que je vous propose, car nous allons parler de ce qui nous lie, de ce qui nous élève : les mots, les idées, et ce merveilleux pouvoir qu’a l’écriture de changer nos vies.

 

Au cours de cette riche conversation avec Elise Nebout, nous avons évoqué :

  • les livres qui ont changé nos vies,

  • son parcours et les rencontres qui changent tout,

  • l'importance des mots,

  • les expressions anciennes et démodées à réinventer,

  • les tics de langage qui nous font tourner sept fois la langue dans notre bouche,

  • l'importance des mots,

  • la création de son école d'écriture, Les Mots,

  • comment garder son intégrité et son attention,

  • pourquoi réinventer de nouveaux récits aujourd'hui,

  • et tant d'autres éclats de rire...


Découvrons ensemble comment Elise Nebout conjugue l'art de l'attention au présent.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Savez-vous qu'un Français sur quatre rêve d'écrire un livre ? Cela représente près de 12 millions de personnes aspirant à noircir des pages de leurs plumes, selon une enquête exclusive du Figaro littéraire Odoxa, publiée en 2022. Et pourtant, combien sont-ils à transformer ce rêve en réalité ? Bien peu. La faute au tumulte du quotidien, à cette tyrannie du présent qui accapare tout, le temps, l'énergie, l'attention. Et parfois, il faut bien dire, la méthode. Mais aujourd'hui, réjouissez-vous, car mon invitée n'a pas seulement rêvé d'écriture, elle a osé en faire une mission. Élise Nebout est une femme déterminée, lumineuse et surtout passionnée. Elle a cofondé les mots. Une école d'écriture nichée depuis 8 ans, rudante. À Paris V, juste en face de Notre-Dame. Rien que l'adresse est une invitation au voyage à l'écriture, n'est-ce pas ? Élise, c'est une étincelle. Avec elle, chaque conversation prend des airs de fête. Chaque échange devient un feu d'artifice de mots et d'idées. Nous avons tant en commun un amour fou des lettres et de la littérature, une affection pour les expressions d'antan et cette envie inébranlable de transmettre qui nous a poussé chacune à ouvrir une école. Et aujourd'hui, c'est une véritable fête que je vous propose, car nous allons parler de ce qui nous lit, de ce qui nous élève, les mots, les idées, le récit et ce merveilleux pouvoir qu'a l'écriture de changer nos vies. L'art de l'attention, conversation avec Fanny

  • Speaker #1

    Auger.

  • Speaker #0

    Bonjour Élise Neboux.

  • Speaker #1

    Bonjour Fanny.

  • Speaker #0

    Alors Élise, l'art de l'attention, je crois que ça vous parle également. Comment est-ce que vous l'interprétez ?

  • Speaker #1

    Alors effectivement, ça me parle. Je trouve que c'est un sujet magnifique et qui mérite toute notre attention. Je pense qu'aujourd'hui, c'est une exigence. de tous les jours, de poser notre attention, de la préserver. Et c'est vrai que j'ai la conviction que les livres nous aident profondément à ça.

  • Speaker #0

    Alors vous, en quoi la littérature, j'entends parfois des gens qui disent la littérature m'a sauvée. Qu'est-ce qu'elle vous a apporté, vous, ou la lecture ?

  • Speaker #1

    Oui, je pense que c'est un... Pour moi, les mots, cette école que j'ai créée, tout commence là. Tout commence à 16 ans et... Et effectivement, les mots m'ont sauvée, la littérature m'a sauvée. À 15 ans, qui est une période particulière de la vie d'un humain, c'est un moment de transition entre l'enfance et l'âge adulte, où on se pose beaucoup de questions existentielles. Moi, c'était mon cas, donc je me posais énormément de questions. Et lire et écrire, donc ces deux activités qui sont finalement très reliées l'une à l'autre, pour moi, c'était un espace à la fois de refuge et d'expression. pour tenter un petit peu, à ma façon et comme je le pouvais, de me comprendre, de comprendre le monde. Et c'était un espace d'imagination incroyable, où déployer mon imagination. Un peu plus tard, finalement, je rêvais de cette école d'écriture. Je cherchais cette école d'écriture. Cette école d'écriture, je crois que je l'ai cherchée pendant des années, de 15 à 31 ans, l'âge où je l'ai fondée avec Alexandre. Donc voilà, les mots, c'est étonnant parce que cette école, c'est un projet qui a des racines profondes. Ce n'était pas un projet opportuniste, ce n'était pas un projet... C'était un projet qui devait advenir d'une certaine façon, et encore plus, il devait advenir fondé par moi et Alexandre. Quand on s'est rencontrés, quand on a parlé de cette idée ensemble, finalement, il y a eu quelque chose de l'ordre de... de l'alignement total. Et ça arrive finalement assez peu de fois dans une vie, ce sentiment d'alignement. Et c'est vraiment ce que j'ai vécu avec cette école qu'on a décidé avec Alexandre d'appeler Lémo.

  • Speaker #0

    Alors Alexandre Lacroix, le rédacteur en chef de Philosophie Magazine.

  • Speaker #1

    Oui. Alexandre, en fait, il a été mon professeur d'écriture créative quand j'étais étudiante à Sciences Po à Lyon. Donc voilà, j'étais une personne assez rêveuse, passionnée de littérature, de livres. Et puis à un moment, il a fallu choisir un petit peu mon orientation professionnelle, quelle étude on fait. Je me suis finalement orientée vers Sciences Po parce que ce sont des études assez ouvertes. Donc ça me convenait plutôt bien à Lyon. Mais quand même avec un peu cette frustration de ne pas être dans la littérature. Et puis un jour, avec tous nos cours à Sciences Po, merveilleux de droit, d'économie, etc., je vois dans la liste des cours un cours d'écriture créative, totalement avant-gardiste, dans le milieu de l'université française. On trouvait assez peu... voire pas, de cours d'écriture créative en France, contrairement aux pays anglo-saxons où la tradition du creative writing est beaucoup plus ancrée. Donc je tombe sur cet intitulé et puis je me dis, mais enfin c'est merveilleux, qu'est-ce que c'est que ça ? Et je m'inscris tout de suite, je pense qu'on est à peu près une vingtaine d'étudiants un peu littéraires, d'aspirants auteurs, à s'inscrire à ce cours. Et là, c'est la révélation. C'est vraiment un cours. À cette époque, je passe mon temps à noircir des pages, comme tu l'as joliment dit dans ton introduction. Mais c'est une activité assez solitaire. Donc, je manque la plupart de mes amphis pour faire vivre mes quatre personnages de mon roman dont le titre est Les Interactions Légères. C'est un roman que j'ai écrit de, je pense, 20 à 24 ans. Puis, j'avais quatre personnages. Et puis, j'étais toujours en train de me demander, mais qu'est-ce qui va se passer, etc. Donc j'étais dans ce monde-là, je fais ce cours, et j'ai l'occasion de partager mes écrits avec d'autres personnes, évidemment avec Alexandre, qui est lui écrivain, et qui est capable de me donner un regard à la fois bienveillant et exigeant sur mes mots. Qui est capable de me dire, ça, ça ne marche pas, et ça, voilà, il y a quelque chose. Et ce retour-là et ce partage-là, pour moi, ça a été quelque chose d'initiatif et d'absolument magnifique. Et finalement, c'est exactement ce qu'on a fait des années plus tard avec les mots. Après ce cours, j'ai cherché un peu en vain, justement, à poursuivre l'expérience. Et je ne trouvais jamais l'atelier qu'il me fallait. Alors, peut-être que j'étais un peu exigeante. Je cherchais un atelier qui soit accessible financièrement pour une jeune femme qui commence sa vie professionnelle. Donc, qui n'a peut-être pas 3 000 euros à mettre dans un atelier qui va durer six séances. Je voulais un atelier qui soit animé, non pas par une personne qui m'explique en théorie ce que c'est d'écrire, mais quelqu'un qui se frotte tous les jours à la page, autrement dit, un écrivain de métier, dont c'est le savoir-faire, qui, de 8h à 14h, je dis 8h à 14h parce que je me rends compte que souvent, les écrivains... écrivent le matin, même si ce n'est pas systématique. Et donc, pendant, on va dire, cinq à sept heures dans leur journée, les écrivains, les gens qui écrivent, se demandent où est-ce que je mets ma virgule, comment j'enchaîne mes phrases, quel est le mot juste pour dire exactement ce que j'ai envie de dire. Tout ce savoir-faire-là, j'avais envie de mettre, on avait avec Alexandre, envie de mettre au cœur du dispositif ces personnes-là. Et moi, à l'époque, en tant que jeune femme qui cherchait des ateliers, j'avais envie d'un atelier animé par un écrivain, un vrai, c'est-à-dire quelqu'un de publié, qui a publié plusieurs livres dans un certain nombre de maisons d'édition. Et ça, finalement, avant les mots, on le trouvait assez peu. On ne le trouvait pas. Alors, il y a les ateliers Gallimard qui sont formidables, mais qui coûtent un certain prix. Et finalement, ça a été toute cette recherche. de l'atelier parfait pour moi, pas parfait dans l'absolu, parfait pour moi, ça a été aussi les prémices de l'école. Donc voilà, ce cours d'écriture créative, c'est une expérience qui a été assez marquante, assez marquante pour moi.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup d'avoir partagé avec nous en détail ce moment de bascule dans votre vie où vous vous êtes dit, tiens, ça y est, il y a quelqu'un pour me mentorer, me guider, m'inviter à l'écriture. Pour revenir un tout petit peu en arrière, parce qu'on parlait de notre amour de la lecture, de la littérature, il y a une question que j'adore poser aux gens, c'est... Et vous êtes aujourd'hui maman de deux enfants en bas âge, je crois de 8 et 4 ans. Est-ce que vous, Élise Nebou, vous vous rappelez de votre livre préféré quand vous étiez petite ?

  • Speaker #1

    Ah, magnifique, c'est une très belle question parce que je trouve ça toujours très émouvant quand on retrouve un livre d'enfance et de revoir ces images qu'on a perçues d'une certaine façon à l'époque. et de mesurer finalement cet écart et ce drôle de rapport et d'impression que ça laisse. Et je crois que la première chose qui me vient en tête quand tu me poses cette question, c'est un livre sur l'histoire de Poucette, cette toute petite femme qui est enlevée par une grenouille prince. En tout cas, c'était comme ça. Dans mon livre, il y avait quelque chose de... C'était une histoire de petite princesse qui se fait enlever par un... une grenouille qui est un prince, et puis il y a tout un tas de péripéties qui s'enchaînent. Mais les dessins étaient magnifiques. Donc c'est vrai que les livres d'albums jeunesse, les albums jeunesse, c'est aussi une interaction entre l'image et le récit, l'histoire. Mais je me souviens de, finalement, ce qui fait la force de la littérature, pour moi, déjà dans un album jeunesse, qui est l'identification. qui se produit quand tu écoutes cette histoire de petite princesse et la façon dont tu es absolument happé dans l'histoire et au temps présent absolu. Et ça, c'est la tension. Cette espèce de temps présent qui ressemble à un état de flot, qui est sans arrière-fond, qui est une présence absolue au monde. Et ça, c'est un état merveilleux.

  • Speaker #0

    Que la lecture ! permet d'attendre. J'adore poser cette question aux gens et leur demander en quoi aujourd'hui ça a influencé, ça a peut-être un impact sur la personne qu'on est. Chers auditeurs, je vous livre mon livre préféré, il est juste à côté. C'est un livre de Frank Tasmin. Je crois que c'est un auteur américain qui était à l'école des loisirs, qui s'appelle Mais je suis un ours. C'est l'histoire d'un ours qui va hiberner pour l'hiver dans sa caverne. Il se réveille au printemps, il y a une usine autour de lui qui a été construite. Et on veut le faire travailler à l'usine en lui disant, mais non, t'es pas un ours, t'es juste un feignant avec un gros manteau de fourrure. Donc, il va voir le chef, le contremaître, le directeur de l'usine, etc. On voit toute la hiérarchie et tout le monde lui dit, mais non, t'es pas un ours, t'es juste un feignant avec un gros manteau de fourrure. Et à un moment, on l'emmène dans un zoo où il voit un petit ours. Et donc, tout le personnel de l'usine demande à l'ours derrière les barreaux, est-ce que lui, c'est un ours ? Et le petit ours répond, non, si c'était un ours, il serait avec moi derrière les barreaux. Donc, il se met à travailler. dans cette usine pendant des années, alors que c'est un ours. Mais je suis un ours, de Franck Tasseline. Et je crois que c'est une certaine vision du travail qui ressemble pas mal au Fordisme, qui me rappelle Charlie Chaplin dans les temps modernes, et qui m'a toujours fait peur. Et je crois que depuis toute petite, je me suis un peu rebellée contre cette vision du travail de sans se poser de questions, on va faire un job dans une usine, comme ça parce qu'il faut le faire, parce qu'on est tous des ours ou des gros fainéants avec des manteaux tourures. Et voilà, donc je crois que ça a vraiment un impact très profond sur la personne.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai, tu as raison. Oui, c'est très beau ce que tu dis. Je pense qu'effectivement, au fond, dans nos vies, il y a un certain nombre de fils rouges qu'on met d'ailleurs un certain temps à identifier. Les fils rouges dans nos vies existent, mais on n'en a pas toujours conscience. Et la prise de conscience de ce qui guide notre vie se fait souvent à travers la littérature, la lecture ou les conversations, d'ailleurs. Et dès l'enfance, quand on rétropédale, on se rend compte qu'il y a des thématiques qui sont peut-être là depuis longtemps. Des petites graines.

  • Speaker #0

    Des petites graines.

  • Speaker #1

    Tu parlais de la cygne tout à l'heure. Exactement. Et qui sont présentes finalement bien avant l'âge adulte.

  • Speaker #0

    D'où l'importance de la lecture pour les enfants. Et vous qui êtes maman de deux petits, on sait à quel point c'est difficile aussi. Parce qu'il y a la tentation des écrans, le rapte de l'attention. On parle beaucoup de l'économie de l'attention. Souvent dans le... plus mauvais sens du terme, et la prochaine interview de podcast avec un sociologue éminent, on sera en plein dans le sujet, donc on ne va pas trop s'étendre sur ce déficit d'attention, mais la lecture est un superbe remède. Oui,

  • Speaker #1

    absolument. Alors ça, c'est vraiment un sujet qui nous tient à cœur à l'école, évidemment. Il y a différents aspects. D'abord, il y a un sujet qui, moi, me tient vraiment à cœur en tant que maman et en tant que fondatrice de l'école, c'est effectivement le... Le rapport à l'attention qu'on offre à nos enfants et aux générations futures, au fond, on vit dans un monde où les écrans sont omniprésents, pour le meilleur et pour le pire. Pour les enfants, pour nos enfants, c'est un enjeu quand même de les protéger de ce flux constant qui est déstructurant, qui est intéressant si on est très structuré. Le principe de l'enfant, c'est qu'il n'est pas encore structuré, contrairement à un adulte. Et donc, la lecture, qui est une activité finie, qu'on peut envisager, ce n'est pas un monde infini, ou d'une certaine manière, si, mais même physiquement, le livre a un début et a une fin. Donc, la lecture et l'écriture aussi, en face, sont deux activités fondamentales pour les enfants. On lance d'ailleurs un projet... vraiment qui me tient à cœur avec une journaliste que j'aime beaucoup qui s'appelle Delphine Sobaber, qui anime des ateliers dans la région bordelaise et qui a écrit une tribune dans Le Monde il y a un an et demi avec Isabelle Carré sur justement le niveau, la détérioration du niveau à l'écrit de nos enfants. Et on a décidé d'imaginer un cours en ligne, une vidéo où elle donne des astuces pour aider des parents et des enseignants justement. à faire un petit atelier d'écriture créative avec leurs enfants, avec leurs neveux, leurs nièces, avec leurs élèves. Parce que la lecture et le cahier d'écriture sont des espaces qui permettent la construction d'une identité. Et tu l'as très bien dit en parlant de ce livre qui t'a marqué. Et pareil pour moi, la lecture, c'est un cadeau qu'on fait aux enfants. Et d'ailleurs, c'est marrant parce que j'avais lu beaucoup de statistiques qui montraient qu'un enfant qui lit et qui écrit beaucoup a beaucoup plus de chances de réussir à l'école. Mais au fond, même au-delà de ça, au-delà de la... performance et de la réussite. C'est un cadeau qu'on fait à nos enfants parce que c'est un espèce de liberté et c'est un refuge qui va leur servir toute leur vie et qui est le refuge de l'imagination. La lecture, c'est un sujet qui nous tient à cœur. Deuxième sujet, ce soir, à l'école, on organise un événement pour les nuits de la lecture qui est un événement organisé par le CNL et le ministère de la Culture. Cette idée qu'on se rassemble tous pour lire des textes, qui fait que la littérature est aussi assez vivante et orale. C'est intéressant. Évidemment, la littérature est écrite, mais elle se partage aussi à l'oral à plusieurs. Je trouve que c'est aussi assez magique. C'est pour ça qu'on a d'ailleurs un lieu à l'école. Ce n'est pas une école en ligne. On a un lieu où on se rassemble autour des mots.

  • Speaker #0

    D'où l'importance. Ça me parle énormément, forcément, avec mon amour de la conversation. Je tiens aussi à préciser pour nos chers auditeurs que l'EMO organise également des ateliers à distance pour les gens qui sont dans toute la France, nos amis, mes seins, Strasbourgeois, Marseillais. Vous pouvez suivre à distance les ateliers de l'EMO et vous pouvez en apprendre plus sur leur site Internet, évidemment. Je reviens un petit peu sur l'école. Pourquoi alors ce nom, l'EMO ? Parce que pour une école d'écriture... Vous auriez pu l'appeler de plein de manières. L'école que j'ai fondée s'appelle The School of Life, l'école de la vie, dont Alain Boton avait la paternité, évidemment, à Londres. Moi, je n'ai fait que fonder la branche française, mais ça s'appelle The School of Life. Les mots, ce n'est pas vraiment le nom d'une école. Alors, pourquoi ce mot ? Pourquoi cette idée, ce titre ?

  • Speaker #1

    C'est vrai que là aussi, c'est un moment charnière, je crois. Il y a deux choses. Il y a déjà le fait de partir du principe que c'est une école. Pour nous, c'était important. parce qu'il y a cette idée que dans l'école, on apprend et qu'en fait, on peut tout apprendre dans la vie et qu'être justement dans une démarche où constamment on apprend de nouvelles choses, c'est une chose magnifique et qui, je pense, rend très heureux. Donc la curiosité, le fait d'apprendre, c'est assez génial. C'est ce qu'induit l'idée d'école. Et en même temps, l'idée d'école, elle induit aussi quelque chose de scolaire, pas forcément des bons souvenirs. quelque chose parfois de normatif. Donc l'idée de l'école est un peu ambivalente. Il y a à la fois l'idée d'un lieu d'apprentissage et donc d'épanouissement et d'exploration de ces facultés cognitives et créatives et intellectuelles. Et en même temps, parfois, ça résonne aussi avec un lieu où on a été un peu restreint, formaté, avec des qualités qui sont plus ou moins valorisées à certains moments de notre époque. Voilà, donc on est plus ou moins bien dans le système scolaire. Et donc... Pour adoucir l'idée d'école, il nous fallait quelque chose de doux et d'ouvert, qui invite aussi à une certaine forme de liberté, c'est-à-dire apprendre, mais à son rythme, à sa façon, avec les déclics qu'on va avoir en fonction de qui on est. Il y avait cette première chose. Ensuite, on a eu plein d'idées de noms, en se disant, comment on va l'appeler notre école ? Ce sera une école, comment on va l'appeler ? Puis on avait eu l'idée de l'atelier des lettres. On se disait... Non, il y a encore quelque chose de trop chic, de trop élitiste. Et on voulait quelque chose d'ouvert, de moderne et qui soit une invitation à écrire. Parce qu'écrire, pour beaucoup de personnes, ça fait peur. On ne se sent pas légitime. On se dit qu'on est qui pour écrire, qu'il y a tellement de gens qui ont écrit, qu'on n'a pas le niveau, qu'on ne parle pas bien français, qu'on fait des tas de fautes. Et en fait, on voulait dire que ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave de faire des fautes de français. Tout ça, ce n'est pas grave. Il y a la joie de se lancer et d'apprendre et de commencer. Et on est vraiment convaincus que c'est un vrai plaisir et c'est une chance de s'autoriser à écrire. Et donc les mots, au final, c'était une forme de dénominateur commun. Il y avait quelque chose de large dans les mots qui ressemble à notre projet. Il y avait cette envie de faire une école d'écriture, mais ouverte sur le monde. ouverte sur les sujets. Il y avait une... Il y a une forme d'engagement politique pour nous dans ce projet. Il y a une forme d'engagement citoyen. Il y avait l'envie de créer un lieu où des gens qui n'auraient pas forcément eu l'occasion de se rencontrer par ailleurs se rencontrent. D'où d'ailleurs l'accessibilité de nos prix, d'où le fait qu'on peut faire un atelier, qu'on soit à Bangkok, qu'on soit en Normandie, qu'on soit dans le sud de la France, qu'on soit à Metz. Voilà, il y a beaucoup de gens différents qui se rencontrent à l'école. Des hommes, des femmes de tous les âges. Parfois, on a des ados. On a des personnes, je me souviens qu'on avait une femme merveilleuse de 82 ans qui avait du mal à se connecter avec son visio. Et puis, on l'a aidée à se connecter, à pouvoir être présente pendant l'atelier. Et les mots, il y a quelque chose de l'ordre. Finalement, les mots, c'est notre dénominateur commun à tous. On a tous nos identités différentes. On est femme, on est homme, on est de tout. telle communauté, etc. Aujourd'hui, c'est un sujet qu'on entend beaucoup, la revendication identitaire. Les mots, c'est une façon de rappeler qu'au-delà de ces identités, on a une identité commune. Nous sommes des hommes, nous parlons, nous pensons, nous aimons, nous réfléchissons, nous souffrons et ça, quel que soit notre sexe, quelle que soit notre couleur, quelle que soit notre religion, ça nous réunit. Donc je pense que dans les mots, il y avait cette idée de se réunir autour de ce dénominateur commun. Et puis, finalement, il y avait aussi, effectivement, cette idée, pour moi, d'invitation ouverte.

  • Speaker #0

    Alors, il y a deux choses qui me font rebondir. La seconde, on y viendra juste après, je crois, c'est ce que vous avez dit, de mission presque politique. Et de réinventer, je crois qu'aujourd'hui, il y a un vrai sujet de réinventer, les récits. On va y revenir. Mais juste, avant ça... Je voulais parler de votre rapport aux mots, parce que ce qui m'a frappée quand... Alors on s'est rencontrés il y a quelques années, et puis on s'est revus dernièrement, cet automne, cet hiver. Il y a quelque chose qui nous relie aussi, c'est cet amour des mots, et votre expression du langage. Alors, ce qui m'a beaucoup frappée, c'est votre emploi d'expression française, un peu démodée, qu'on n'entend plus forcément. Et je crois qu'on partage ce goût-là. Alors moi j'en ai quelques-unes. J'adore remettre l'église au milieu du village, par exemple. J'adore aussi un emploi qui est un petit peu dérivé d'Albert Cohen avec Yamamutsu Gravier au lieu d'Anguissou Roche, etc. Vous pouvez nous en livrer quelques-unes de vos expressions favorites. Balancez-nous.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai que c'est assez amusant parce que je veux dire que sur les expressions, j'ai une utilisation assez personnelle des expressions. C'est-à-dire qu'il m'arrive souvent de mélanger plusieurs expressions ensemble. Et il y a une deuxième chose amusante, c'est que récemment, justement, mon équipe, l'équipe de l'école m'a fait un très beau cadeau pour mes 40 ans. Ils ont imaginé un jeu de société et c'est là que j'ai découvert qu'apparemment, j'utilisais un certain nombre d'expressions.

  • Speaker #0

    Un jeu de société sur les expressions.

  • Speaker #1

    C'est un jeu de société ou avec un certain nombre de cartes sur la vie de l'école en général. C'était magnifique, très, très créatif, un très, très beau cadeau. Tout d'un coup, je n'ai plus en tête les expressions que j'utilise. J'aime beaucoup remettre l'église au milieu du village. J'aime bien les expressions parce que souvent, je les visualise beaucoup.

  • Speaker #0

    J'en ai une en attendant, pendant que vous réfléchissez. J'en ai une que je traduis de l'anglais parce qu'en anglais, il y a aussi des expressions qui n'existent pas en français. Il y a une expression en anglais qui dit c'est pas mon cirque, c'est pas mes singes Et j'aime bien, en gros, ça veut dire c'est pas mes affaires Ou alors, quand on paye des cacahuètes. on reçoit des singes, en fait. On paye des singes. When you pay peanuts, you get monkeys.

  • Speaker #1

    Sympa aussi.

  • Speaker #0

    Mais en tout cas, cette expression, Élise, ça montre une... C'est ça qui me frappe chez vous. C'est une utilisation libre, fantaisiste, décomplexée du langage. Et ça va dans la mission des mots qui a ce côté très ouvert, accueillant. Venez comme vous êtes. On n'a pas besoin d'avoir un niveau de français qui... trop élevée pour venir, tout le monde peut se mettre à l'écriture. Et j'adore cette ouverture.

  • Speaker #1

    Oui, je pense que tu touches quelque chose d'important. Il existe quand même un certain complexe de la langue, de l'expression. Les gens ont toujours peur de ne pas parler suffisamment bien. Bien parler est un marqueur social. Donc, il se joue pas mal de choses dans la langue, qui est sans cesse réinventée, d'ailleurs, au fil du temps, qui évolue au fil du temps. Dans la langue... française au fil des siècles, au fil du temps. Il y a toujours des enjeux nouveaux, l'écriture inclusive, il y a plein de choses qui se posent en permanence.

  • Speaker #0

    De nouveaux dictionnaires,

  • Speaker #1

    de nouveaux mots. Voilà, on en parlait. Tout à l'heure, les mots anglais, etc. Et finalement, personnellement, j'ai toujours eu un petit peu, je pense, ce complexe. Et je m'en suis libérée en assumant le fait de jouer avec les mots. Et ça, c'est quelque chose qu'on invite à faire à l'école. Alors après, évidemment, une fois qu'on commence à s'intéresser à la langue, c'est une sorte de jeu un peu infini. Et les auteurs de l'école en jouent beaucoup pendant les ateliers. J'ai fait des ateliers, par exemple, où j'avais beaucoup aimé cette approche d'une de nos autrices qui s'appelle Vanessa Caffin, qui a d'ailleurs monté ensuite sa maison d'édition avec une participante de l'école qui s'appelle Les Livres Agités. Elle nous a dit, voilà, on va écrire un texte sur une histoire d'amour, donc vraiment le sujet classique. Vous allez écrire dix mots qui vous viennent tout de suite à l'esprit quand on vous parle d'amour. Tout le monde fait sa liste de mots, etc. Eh bien, vous allez écrire un texte, mais vous n'allez pas utiliser ces mots. Ça, c'est quelque chose qu'on apprend beaucoup à l'école. En réalité, les mots ont une sorte de trajectoire. Alors, à un moment, il y a des mots à la mode. Ils sont hyper utilisés et ils sont un peu vidés de leur sens. Et donc, il y a ce devoir de faire le ménage des mots et de réinventer en permanence les mots pour... pour essayer de transmettre une pensée originale et personnelle. C'était super amusant parce qu'on s'est retrouvés avec notre liste de mots. On devait aller au-delà de ces mots qui sont la toute première couche qui nous vient à l'esprit. Souvent en matière d'écriture, cette toute première couche, c'est une couche un peu facile, un peu superficielle. Il faut passer un niveau au-dessous pour creuser un peu la réflexion. et essayer de voir les choses différemment et développer une pensée peut-être plus originale où on va peut-être tomber sur une très bonne idée ou peut-être pas. C'est vraiment la recherche, l'exploration, je dirais, qui se joue dans l'écriture et dans la langue.

  • Speaker #0

    Alors, on parlait des mots. Il y a la langue française qui évolue beaucoup. Et j'adore ce rapport décomplexé à se dire que ce n'est pas grave si j'utilise une expression plutôt qu'une autre. Et puis, en préparant cet épisode, on parlait aussi des expressions qui, parfois, nous exaspèrent. Je dois vous avouer, alors vous ne le savez pas encore, chers auditeurs, mais avant d'interviewer quelqu'un, je lui envoie un petit mail de brief pour lui demander qu'on se vouvoie. Alors, parfois, ça marche ou ça ne marche pas, parce que beaucoup de mes invités sont des amis dans la vie. Donc, nous, aujourd'hui, on oscille entre le vous et le tu et ce n'est pas grave, justement. D'autres choses, c'est que j'essaye de prohiber l'utilisation de ces expressions qui... me mine l'oreille à longueur de journée, que j'entends je ne sais combien de fois par jour, comme du coup, en fait, pas de souci. Et il y en a beaucoup d'autres encore que j'oublie. Et je dois dire qu'aujourd'hui, quand on va acheter une baguette et que la boulangère ne répond pas de souci, je me demande justement où est le souci. Ou alors le du coup, que j'entends vraiment des centaines de fois par jour ou par semaine et que j'essaie d'éviter. Alors évidemment, certains passent parfois dans le podcast, et ce n'est pas grave du tout, mais j'invite tout le monde à se poser la question, qu'est-ce que je pourrais remplacer ? Comment je pourrais remplacer le du coup Alors tout à l'heure avec Élise, on en a cherché, il y avait par conséquent

  • Speaker #1

    Par conséquent effectivement. Conséquemment tu vois, que je n'avais pas entendu depuis longtemps.

  • Speaker #0

    On en avait trouvé donc de ce fait Tout simplement donc Par conséquent oui. Ou alors faire une vraie transition au lieu d'utiliser du coup à chaque début de phrase.

  • Speaker #1

    C'est vrai que ce sont des tics de langage.

  • Speaker #0

    comme des mauvaises habitudes, je pense. Et d'ailleurs, comme les mauvaises habitudes, elles peuvent ressortir particulièrement dans les moments où on est un peu gêné, un peu mal à l'aise. Alors là, tout d'un coup, c'est une explosion de du coup... Et d'en fait ! Et d'en fait, totalement incontrôlée. Qui peut d'ailleurs nous miner nous-mêmes ? Et ça, par rapport à notre sujet, je trouve que c'est un sujet d'attention intéressant. C'est-à-dire que prendre conscience de ces tics de langage qu'on a tous et réfléchir à des mots qui pourraient... remplacer ou enrichir notre vocabulaire. Parce qu'enrichir son vocabulaire, c'est enrichir sa vision du monde, au fond. C'est approfondir un petit peu plus sa pensée. Donc je trouve que l'éthique de langage, il ne faut pas trop s'en soucier, mais c'est intéressant de les identifier, de faire l'exercice. Et quand tu m'as dit ça, moi j'ai trouvé ça génial. Je me suis dit, oh là là, mais c'est vrai. Moi, je le dis souvent. Et le simple fait de se le formuler et de porter son attention là-dessus, ça nous pousse aussi à faire un peu mieux, à se dire, si ce n'est pas du coup, c'est quoi exactement ce qu'on a fait ? On a regardé une liste, il y avait dix mots. Il y a donc, tout simplement, il y a par conséquent, il y a par conséquent, plus difficile à placer, mais on peut toujours le tenter. Il y a plein, vous voyez ce jeu là qu'on... Ce qu'on fait quand on est plus jeune, d'essayer de placer un mot en cours, c'est très amusant, c'est s'amuser avec le langage.

  • Speaker #1

    Chers auditeurs, vous avez compris qu'on ne vous jette pas la pierre, parce que nous-mêmes, parfois, un du coup ou un en fait ça nous échappe. Donc on ne vous jette pas du tout la pierre, on ne juge pas. Mais ce qu'on vous propose, c'est un exercice d'écriture, d'oral, très créatif finalement. C'est pourquoi pas aller chercher des équivalents de du coup ou en fait dans le dictionnaire, de faire une liste, comme Élise et moi on s'est fait tout à l'heure. Élise, je vous fixe le défi d'avoir la fin de ma journée, de caser subséquemment dans une de vos conversations.

  • Speaker #0

    Défi à accepter.

  • Speaker #1

    Et de se dire un peu comme les enfants, la prochaine fois que je surprends du coup, si je le remplaçais par quelque chose d'autre et essayer de caser un petit peu tout ça. Alors les gens seront certainement impressionnés par votre niveau de vocabulaire. Mais je trouve que c'est un très joli exercice pour nous mettre dans l'humeur des mots.

  • Speaker #0

    justement de votre école. C'est vrai que les mots qu'on utilise ont quand même un certain... Alors tu vois, c'est marrant, j'allais spontanément utiliser un mot que je n'aime pas qui est impact On a un certain impact sur notre vie et c'est un mot qu'on entend beaucoup. Il faudrait que je me fasse une petite liste de mots alternatifs à ce mot impact Mais les mots ont un certain pouvoir sur notre vie, au fond. Ça, j'en suis assez convaincue. Tu parlais de l'expression pas de soucis C'est symptomatique d'un état d'esprit, au fond. D'un état d'esprit peut-être contemporain, si on pousse un petit peu. Pas de souci, évidemment, on entend souci. C'est comme quand on utilise le mot qu'on veut cacher. Tu vas m'aider. Ne regarde pas cet éléphant. On regarde l'éléphant. On ne pense pas à un marteau rouge. Exactement, c'est ce phénomène du cerveau. Donc pas de souci, on entend souci. Et au fond, ça dénote peut-être que tout est un souci, une angoisse.

  • Speaker #1

    Un rappel angoissé au monde ?

  • Speaker #0

    Oui, un rapport angoissé au monde et puis peut-être une façon de dire je n'ai pas très envie de t'aider. Je n'ai pas envie de t'aider, je n'ai pas envie d'être à ton service. Bon, peut-être. Mais en tout cas, c'est vrai que les expressions qu'on utilise, les mots qu'on utilise, ont un certain pouvoir, je trouve. Alors après, l'essentiel quand même en matière d'écriture, ça je le redis parce qu'on le voit beaucoup à l'école. Un moment, c'est justement de baisser le niveau de pression, encore une fois. Parce que nous, à l'école, on voit souvent des personnes qui arrivent qui ont des attentes assez élevées vis-à-vis de ce qu'elles vont produire. Et donc, ça crée un sentiment de... Donc, tu produis un peu le phénomène je suis Baudelaire ou rien, je serai Baudelaire ou rien. Donc, on écrit, puis on n'est pas content. On trouve ça mièvre, on trouve ça pauvre, on trouve que ce n'est pas à la hauteur de ce qu'on aimerait faire, justement parce qu'on valorise la langue française. C'est plus facteur d'inhibition que de créativité, évidemment. Il faut un moment comprendre que dans le processus de création, il y a un apprentissage, un progrès, et que ça commence toujours par quelque chose de médiocre. Mais ce n'est pas grave. L'important, au fond, c'est d'y prendre du plaisir. Le plaisir est quand même la clé absolue de l'apprentissage. Et d'ailleurs, je trouve que dans la lecture, on prend beaucoup de plaisir. C'est un plaisir même... inouï quand même. Et si on commence à avoir une approche un petit peu normative de la lecture ou d'être obligé de lire certains livres à l'école, moi je me souviens j'ai aussi des mauvais souvenirs d'être obligé de lire des livres. Alors bon, ça fait partie aussi de l'éducation.

  • Speaker #1

    Ça me rappelle Germinal de Zola. Quand tu agrandis près d'Ayange et que tu dois lire Germinal de Zola, c'est pas forcément enthousiasmant.

  • Speaker #0

    Je suis assez d'accord. Je préfère l'idée qu'on rentre par la lecture, peut-être par des lectures plus contemporaines, pour arriver après à des choses qui se complexifient au fil du temps. D'ailleurs, pareil, dans cette idée de tenter de ne pas être élitiste, de ne pas l'être, il y a aussi l'idée de ne pas apporter trop de jugement sur ce qui est lu, par exemple. Donc moi, je lis beaucoup de livres à mes enfants, puisque c'est quelque chose qui me définit et que j'ai envie de transmettre. Un jour... Je parlais avec un éditeur, dont évidemment je tairai le nom, qui m'a dit Quoi ? Tu as déjà lu des Tchoupi à tes enfants ? Il était très étonné, il était un peu choqué. Il me dit Oh là là, quand même, lise Tchoupi, c'est vraiment bas de gamme. Et je lui ai dit Mais tu sais, mes enfants, je leur ai lu autant des Claude Ponty que du Tchoupi. Et finalement, dans cette variété-là, moi, je trouve ça génial et je ne fais pas tellement de jugement en me disant Non, Tchoupi, c'est vraiment proscrit. Évidemment qu'un Tchoupi, c'est une lecture beaucoup plus prosaïque qu'un Claude Ponty qui a différents niveaux de langage et qui a un délice à la limite autant pour l'enfant que pour l'adulte. Quand vous lisez un livre de Claude Ponty, c'est absolument incroyable. Mais c'est riche. Vous emmenez votre enfant dans un univers chatoyant et qui se complexifie. Mais en même temps, Tchoupi sur son petit pot, moi je n'ai rien contre. Et c'est pareil pour la littérature adulte. Et d'ailleurs, pareil dans mes habitudes de lecture. Je lis des choses très variées et je me sens surprenante. pas trop sur le fait de ne pas lire des choses qui ne seraient pas suffisamment chics ou pas suffisamment littéraires.

  • Speaker #1

    Je suis d'accord. Il faut vraiment prôner le droit à lire aussi des choses pour se détendre. Moi, entre deux essais un peu philosophiques, politiques, engagés, je lis en ce moment des livres de Lucinda Riley, qui est une auteure irlandaise qui est décédée il y a quelques années. C'est passionnant. En deux jours, on mange le livre. Et vraiment, je trouve ça remarquable et ça me détend quelque part par rapport à la lourdeur, j'allais dire, parfois de ce que je peux lire également, avoir l'actualité. C'est une échappée. Et je tiens juste aussi à préciser un petit coup de publicité amicale à une amie qui a ouvert aussi une école, mais une école de musique pour enfants, qui est ce double d'une librairie qui est rue de Navarra dans le 9e, Claire Vigniecki. Son école s'appelle Le Bon Ton. On peut le retrouver sur les réseaux sociaux parce qu'elle fait régulièrement plein de vidéos. pour donner des conseils de lecture. Elle explique pourquoi ce livre est important aux parents et aux enfants. Après, je suis certaine qu'aux quatre coins de la France ou du monde, vous avez aussi des libraires formidables, pas loin de chez vous, qui seront ravis aussi de vous conseiller dans les lectures pour vos enfants.

  • Speaker #0

    Oui, je suis tout à fait d'accord. Et je rajoute quand même aussi une petite chose qui me paraît importante quand je t'écoute, c'est que j'entends souvent des personnes me dire Oui, tu sais, mais moi, je n'ai pas vraiment le temps de lire. C'est la question du temps qui est très reliée à ton sujet de l'attention, je trouve. Moi, ce que je dis souvent, c'est que même si on lit un tout petit peu, c'est déjà énorme. Moi aussi, j'ai peu de temps pour lire au fond, même si ça fait en partie partie de mon métier. Mais si j'ai lu quatre pages, je suis heureuse. C'est suffisant. Je ne me juge pas. pas en me disant Oh là là, t'as pas lu assez ce mois-ci, t'as pas fini tel livre. Je ne considère même pas ça, et ça c'est un vrai débat, je ne considère pas ça grave de ne pas finir un livre. Parfois, j'ai lu 5 à 10 pages d'un livre et ça m'a énormément nourrie et j'en retiens tout un tas de petites choses et ça va alimenter mon esprit, ma capacité à faire des liens aussi entre les choses. Et donc, il ne faut pas se culpabiliser sur ça. Vous pouvez aller à la librairie, acheter 3 livres Et n'en lire que 15 pages, c'est déjà génial. Félicitez-vous. Ne vous dites pas, oh non, j'ai acheté trois livres, j'en ai lu que 15 pages. Ce n'est pas grave.

  • Speaker #1

    Ou se sentir menacée par la tour de pise qu'on a tous sur notre table de nuit. Je rajoute quelque chose, un autre exercice, chers auditeurs, moi qui adore la conversation et la lecture, comme Élise. En ce moment, je me retrouve à discuter dans le métro parce que je vois des gens, et en ce moment, j'en vois plus, alors c'est peut-être l'hiver, je ne sais pas, qui lisent des gros pavés dans le métro. La semaine dernière, c'est une femme avec qui on ne s'est même pas parlé, on s'est juste souri, on s'est fait des gestes, qui était plongée dans les dernières pages d'un groupe AVNRF. Elle m'a montré, à la recherche du temps perdu, La prisonnière, le volume 5, que je n'ai pas lu, parce que je ne les ai pas tous lus quand même. Mon préféré, c'est Sodome et Gomorre, c'est le 4, mais je n'ai pas lu La prisonnière. Et il y a eu une espèce d'amitié qui est née comme ça, en quelques stations de métro, avec cette femme. Ça fait deux jours que je demande à des femmes qui sont en train de lire Lucinda Riley, justement, Quel volume elle lise ? Parce que je n'ai pas tout lu non plus, il m'en reste. Et j'adore cette espèce d'amitié comme ça, rapide, qui naît entre amoureux de la lecture. Et quitte à les déranger, j'aime bien demander aux gens ou parler des livres avec les gens qui lisent encore des vrais livres dans le métro.

  • Speaker #0

    C'est génial parce que c'est vrai que les livres, tout autant que les films d'ailleurs, c'est toujours une façon de parler de soi avec les autres. C'est une façon de rentrer en relation avec l'autre et de rentrer en relation avec soi. Et c'est un tremplin vers ça. Et donc ça,

  • Speaker #1

    j'ai une idée qui me vient. C'est une idée qu'on devrait soumettre à la SNCF. C'est dans chaque TGV avoir une bibliothèque. Comme les bibliothèques spontanées qui sont en province, j'en vois dans les anciennes cabines téléphoniques. En Angleterre aussi, j'en vois beaucoup. Dans mon quartier, dans mon immeuble, c'est les étagères d'en bas, près des poubelles, où on laisse les livres qu'on a déjà lus et dont on ne veut plus. Ce serait génial si, moi qui utilise beaucoup le TGV, il y avait une étagère à livres, une bibliothèque comme ça, où on peut laisser le livre qu'on vient de terminer, puis échanger des livres dans les TGV.

  • Speaker #0

    J'aime beaucoup ton idée. Je pense que c'est une idée géniale. C'est vrai que j'ai moi-même remarqué... effectivement ces boîtes à livres qu'on voit un petit peu partout et je trouve ça assez génial, cet objet du livre qui résiste finalement parce que la mort du livre, on l'a entendu beaucoup, beaucoup, beaucoup, mais en réalité, le livre résiste largement et puis les usages nouveaux autour de la lecture, je les vois d'un œil plutôt favorable. Parce qu'au fond, on en revient toujours au livre. C'est-à-dire que pour moi, par exemple, le livre audio ou les podcasts, tout ça, c'est quelque chose, c'est une grande conversation, justement, qui crée une certaine variété sur le format accessible, qui est plutôt enthousiasmante et qui donne envie. Donc, j'aime beaucoup ton idée.

  • Speaker #1

    Alors, je rebondis sur notre deuxième idée qu'on évoquait tout à l'heure sur la mission. finalement politiques de créer une école comme les mots. Et je reprends un peu le fil de votre pensée, Élise, en se disant j'ai adoré quand on a préparé le podcast, vous m'avez dit en fait finalement d'ouvrir cette école, c'est donner un espace pour tendre la plume aux gens. Les gens, ils viennent, ils conversent, ils parlent, ils se rencontrent. Donc c'est un lieu physique et aussi maintenant numérique. Je crois que dès 2018, un an après la fondation, vous l'avez aussi lancé à distance pour pouvoir... en faire bénéficier les gens qui ne sont pas à Paris, évidemment. Mais il y a cette idée de la mise en récit. Qu'est-ce qu'on raconte ? Vous m'avez aussi confié qu'il y a des gens qui viennent, ils ont envie d'écrire, mais ils n'ont pas forcément envie d'être publiés. Certains, oui, et je sais que vous travaillez en ce sens, mais il y a des gens aussi qui ont juste envie d'écrire pour écrire. Et je crois que c'est important de se réapproprier à l'heure où on nous sape notre attention sans cesse. On a l'impression qu'on nous martèle des messages, l'information, l'actualité. en ce début d'année, mais j'allais dire, c'est un peu toujours la même chose. Moi qui suis énormément l'actualité. Là, il y a Trump qui vient d'être intronisé, qui vient de prendre le pouvoir quelques jours après l'enregistrement de ce podcast. Il y a beaucoup de choses qui ont un effet sur nous et sur notre humeur. Moi, je me suis rendu compte lundi, lors de l'inauguration de Trump, que... on parlait du Blue Monday, le lundi le plus déprimant de l'année. Alors moi, je venais de terminer mon prochain livre, donc j'étais très contente. Mais en revanche, c'est plutôt ce qui se passait aux Etats-Unis qui me déprimait. Et donc, on a besoin de réenchanter le monde et le récit. Et c'est un peu ce que vous faites,

  • Speaker #0

    vous, au mot. Oui, c'est vrai. En fait, un atelier à l'école, que vous soyez 4, 8 ou même 20 ou 25, pour moi, c'est... un espace de liberté. Littéralement. Aujourd'hui, notre attention est le fruit de toutes les attentions. Et donc, on est sans cesse sollicité pour acheter des choses. Et des choses qui peuvent être très bien d'ailleurs, qui sont souvent ou parfois portées par des entreprises super. Ça n'est pas le problème. Mais nous, du point de vue individuel, l'attention, on est sur sollicité et ça crée une fatigue. sensorielle et émotionnelle qui peut être plus ou moins forte en fonction de sa sensibilité, mais que je crois qu'on partage quand même tous. Et l'espace de l'atelier, c'est un espace où on récupère un petit peu de son libre arbitre. On ne pourra jamais vous... C'est un espace de liberté. On ne peut pas mettre des panneaux publicitaires. On ne va pas tout d'un coup... Vous voyez, dans l'atelier, il n'y a pas tout d'un coup... On ne va pas s'arrêter pour passer à un spot publicitaire. Un flash pub. Un flash pub. Vous voyez, c'est... C'est un espace à nous. Et ça, c'est quelque chose de... C'est plus que précieux, c'est carrément vital, c'est essentiel. Dans cet espace de liberté, les personnes vont raconter leur intimité, au fond. Mais l'intimité est politique. Aujourd'hui, on a tendance, puisqu'on est dans une société où on valorise l'individu... Ce qui est génial. On a de la chance d'être valorisés en tant qu'individus. Ça n'a pas toujours été le cas, il faut quand même le rappeler. Mais on a tendance un petit peu parfois à sous-estimer le fait que nous ne sommes finalement pas si originaux que ça. On est porteurs d'une culture religieuse, nationale. On est réunis et on est pétris de politiques les uns et les autres. Et donc être ensemble dans une salle, en toute liberté, en exposant et en parlant de nos intimités, c'est un acte politique. Et en réalité, on prend conscience parfois, justement, le politique c'est le groupe, c'est l'inverse de l'individu. Le collectif. Le collectif, exactement. C'est le collectif. C'est prendre conscience de soi en tant qu'instance collective qui est traversée et qui partage un certain nombre de valeurs. Et aujourd'hui, les valeurs qu'on partage, elles existent, mais dans cette espèce de l'atelier, elles vont être exprimées, confrontées, débattues. C'est houleux, souvent, les ateliers. On sent qu'on est dans une période un peu houleuse. On est dans une période où, dans l'espace même d'un atelier à l'école, les gens peuvent se disputer.

  • Speaker #1

    Cliver.

  • Speaker #0

    Cliver. C'est-à-dire qu'on dit toujours les journalistes sur les plateaux Ils se disputent entre eux, les politiques, c'est lamentable. Mais c'est à notre image. Nous faisons la même chose. C'est marrant. Et justement, cette façon de se déresponsabiliser en parlant des politiques comme d'une entité extérieure, en réalité, dans un atelier, nous, on a vu souvent, on doit gérer des gens. Une telle personne a dit ça, ça n'est pas admissible. C'est toute la question de ce qu'on peut dire, de la censure, du politiquement correct, et en même temps, du libre-arbitre, du fait de... Liberté d'expression. De la liberté d'expression. Voilà, c'est satarisant. La liberté... d'expression. La liberté d'expression, le sujet est au cœur d'une société qui s'appelle les mots. Les mots, la liberté d'expression, jusqu'où elle va ? Et la liberté d'expression, c'est le sujet majeur, un sujet majeur aujourd'hui. Et c'est un sujet majeur qu'on pourrait en parler pendant des heures. Donc, tout ça pour dire que aujourd'hui, l'espace de l'atelier, pour moi, c'est un espace de liberté. Il n'y en a pas tant que ça. Même s'il y en a, vous allez au café d'en bas, c'est un espèce de liberté. On a de la chance de vivre dans une démocratie quand même où on peut parler. Mais c'est un espace où on autorise le fait d'exposer son intimité. C'est pour ça d'ailleurs que ça crée des groupes très soudés. Les gens à l'école peuvent vous dire quand ils sortent d'un atelier, souvent ils se revoient. Ça crée quelque chose de profond, ça crée un lien profond. Et en même temps, tout ça, si on prend un peu de recul, C'est vrai que c'est comme ce que tu disais, c'est de nouveaux récits, de nouveaux imaginaires qui se mettent en place. Et c'est constamment ce que font les hommes de tous les temps. On réinvente et on repose les questions et on rebat le tapis. Rebat le tapis, ce n'est pas une expression, mais on remet l'ouvrage. Il y a une sorte de roulement comme ça où constamment on remet, on remet, on remet à l'infini. C'est ça le... Le cycle de la pensée, le cycle de la vie, c'est la même chose. Et c'est ce qui se passe. Et évidemment, là, on réécrit les choses. On réécrit constamment les choses qui ne sont pas les mêmes choses qu'hier. Ce n'est pas le même récit qu'hier. On ne peut pas dire, oh là là, mais non, il faut revenir au récit d'hier. Ce n'est pas possible. On réécrit les choses. Donc, réécrire les choses collectivement et intimement, c'est ce qui se passe à l'école. Donc, ce n'est pas qu'une question d'atelier comme ça. Oui, des petits ateliers, d'une petite activité hobby, quoi. Pour moi, ce n'est pas comme ça que je le perçois.

  • Speaker #1

    On voit la dimension politique, universelle de votre mission, Élise. J'adore parce que cette conversation nous a fait partir des mots, de votre parcours, de ce moment de bascule, la rencontre avec l'écriture, et puis avec Alexandre Lacroix également, avec votre cofondateur de l'école Les Mots, que vous avez ouverte en 2017. Et puis, on a cheminé comme ça à travers les mots, la littérature, le goût de la lecture. vers l'importance des mots et du récit, et ce nouveau récit qui a réinventé. Je me rappelle qu'il y a quelques années, au moment du Covid, on parlait beaucoup du monde de demain, on imaginait des utopies incroyables. Cinq ans plus tard, qu'est-ce qu'il en reste ? On peut se demander. Et puis avec l'arrivée au pouvoir, le retour au pouvoir de Trump et d'autres, moi, je me pose beaucoup de questions sur ce nouveau récit collectif. Est-ce qu'on a encore envie de vivre ensemble, de faire récit ? Alors, il y a une dernière question que j'avais envie de vous poser. parce qu'elle me brûle la langue depuis tout à l'heure et c'est une question que j'adore poser aux gens. Et je vous recommande aussi, peut-être, chers auditeurs, de la poser autour de vous parce que je suis toujours surprise par les réponses. C'est quel est votre livre préféré ou le livre qui a changé votre vie ? Ou alors si la question vous semble beaucoup trop haute, c'est simplement un livre que vous avez adoré dernièrement. Alors moi, je vous le livre, le livre qui a changé ma vie, c'est Le soulier de satin de Claudel que j'ai étudié en Cagnes. La première fois que je l'ai lu, je l'ai jeté à l'autre bout de la pièce parce qu'une pièce de théâtre de 500 pages... qui se représente en 12 heures sur scène. Ce n'est pas possible, a priori, et qui confond toutes les unités de temps, de lieux, etc. Puis finalement, ce livre a changé ma vie et j'y reviens sans cesse. Il est toujours sur ma table de chevet. Donc, Élise, c'est quoi, vous, le livre qui a changé votre vie ?

  • Speaker #0

    Vous m'avez donné envie de le lire.

  • Speaker #1

    Et il est en ce moment à la Comédie française. Je n'ai même pas pu avoir de place encore, mais je crois qu'Éric Ruff l'a monté à la Comédie française jusqu'à fin mars, il me semble. En 7 heures ! Moi, j'ai déjà vu en 12 heures par Olivier Pio, Châtelet, etc. Là, c'est que 7 heures.

  • Speaker #0

    Alors, c'est une très belle question à poser. Je trouve que c'est une très belle question à poser parce que d'abord, c'est un cadeau de poser cette question à une personne. Puisqu'en fait, se poser cette question, c'est magnifique. C'est déjà le début de toute une réflexion.

  • Speaker #1

    Ça nous livre beaucoup. Tout à fait.

  • Speaker #0

    Spontanément, la première réponse qui me vient à l'esprit, c'est les mémoires du jeune fille bien rangée de Simone de Beauvoir.

  • Speaker #1

    Je retrouve une expression d'Élise, là. Les mémoires du jeune fille bien rangées.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    S'il faut être bien rangée.

  • Speaker #0

    Oui, c'est vrai.

  • Speaker #1

    Oui, mais je comprends. C'est aussi un de mes livres préférés.

  • Speaker #0

    Ce livre, elle y expose sa prise de conscience de sa vocation d'écrivain. C'est ça qui m'a beaucoup marquée.

  • Speaker #1

    Vous l'avez lu à quel âge, Élise ?

  • Speaker #0

    20 ans. Et elle dit, voilà, je veux être un écrivain. mais pas qu'un écrivain, je veux être un écrivain célèbre. Elle dit ça à un moment et elle y évoque toute cette trajectoire, mais beaucoup orientée autour de son futur travail d'écrivain et en même temps cette envie de se libérer d'un certain nombre de carcans.

  • Speaker #1

    Et de son éducation bourgeoise.

  • Speaker #0

    Et de son éducation.

  • Speaker #1

    Dans le sixième.

  • Speaker #0

    Voilà, d'une certaine aspiration à une liberté, je dirais, une envie de liberté. Et ce livre m'a beaucoup marquée. Alors à l'époque, moi, ce livre a fait écho au sentiment de... J'avais ce sentiment d'une vocation d'écrivain. J'avais envie d'être écrivain. Alors la vie est surprenante si on se laisse, si on accepte de se laisser surprendre. Donc finalement, je ne suis pas devenue écrivain, mais j'ai créé avec Alexandre cette école magnifique qui me donne énormément de satisfaction. Mais en tout cas, à l'époque, voilà, c'était... Et puis vous êtes jeune encore.

  • Speaker #1

    Vous venez de fêter vos 40 ans. Merci.

  • Speaker #0

    Qui c'est ? Oui, c'est vrai qu'on ne sait pas de quoi l'avenir est fait. Et donc voilà, c'est un livre qui m'a quand même énormément marquée et qui reste pour moi un souvenir d'ailleurs, où je me souviens du lieu où je lisais ce livre, de la chambre, de la lumière à ce moment-là. Vous voyez, des détails... qui ancre le souvenir de lecture.

  • Speaker #1

    Et qui fait partie de l'expérience globale de lecture.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Je trouve que c'est une transition parfaite pour la conclusion. Parce qu'on parlait tout à l'heure, et c'est ce qui me fascine dans votre mission et ce que vous faites au quotidien, Élise Nebout, avec l'école, les mots notamment, et aussi la personne que vous êtes. C'est cet engagement, cette mission pour... pour travailler de nouveaux récits, de nouvelles histoires et pouvoir donner des ailes à des futurs écrivains pour mettre des mots justement sur leur vie, sur ce qu'on traverse, sur le monde de demain qu'on a envie de voir venir. Donc je termine avec cette citation qui m'a portée depuis ma lecture des mémoires de jeune fille rangée quand j'étais une jeune fille bien rangée. C'est la fin de la première partie, je crois. Elle dit que... Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterai.

  • Speaker #0

    Magnifique. C'est très beau.

  • Speaker #1

    C'est en capsule pas mal de choses.

  • Speaker #0

    Oui, je suis d'accord. Et puis l'écriture de Simone de Beauvoir est très précise. Il faut le dire, je trouve. Aujourd'hui, dans la littérature, il y a une certaine tendance à un style écrit très oral. C'est assez vrai. Ça caractérise beaucoup la littérature contemporaine. Quand on... relit des livres d'une autre époque finalement. C'est aussi un autre rapport au mot et à l'écrit. Je trouve que la langue de Simone de Beauvoir est assez précise avec cette espèce de... patte un petit peu, tu sais, comme quand on écoute une interview audio, radio, dans les années 50-60. On voit que c'est plus... C'est plus déjà la même façon de parler. On voit comme la langue évolue au fond. Et donc, voilà, c'est merveilleusement bien écrit, en fait.

  • Speaker #1

    Chers auditeurs, chères auditrices, évidemment, j'espère que cet épisode avec Élise Nebou vous aura donné l'envie de lire et d'écrire. Je vous souhaite une très bonne journée. Merci infiniment, Élise.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup, Fanny, pour cette invitation.

  • Speaker #1

    Et pour en savoir davantage, rendez-vous sur le site internet de l'école les mots.co,

  • Speaker #0

    je crois. Exactement.

  • Speaker #1

    Merci, à bientôt. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à écouter cet épisode que j'en ai eu à l'enregistrer. Comme toutes les bonnes choses, il se partage. Alors n'hésitez pas à l'envoyer à vos proches. Enfin, si vous voulez vraiment me faire plaisir, vous pouvez lui mettre 5 étoiles dans l'appli et un petit commentaire ou m'envoyer un e-mail. J'essaye toujours de répondre. A bientôt au prochain épisode de l'art de l'attention.

Description

Poursuivre l'exploration de l'art de l'attention : avec Elise Nebout, l'art d'écrire avec "Les Mots"

 

Savez-vous qu’un Français sur quatre rêve d’écrire un livre ?
Cela représente près de 12 millions de personnes aspirant à noircir des pages de leur plume, selon une enquête exclusive du Figaro Littéraire/Odoxa publiée en 2022.
Et pourtant, combien sont-ils à transformer ce rêve en réalité ?

Bien peu. La faute au tumulte du quotidien, à cette tyrannie du présent qui accapare tout : le temps, l’énergie, l’attention... et parfois, il faut bien le dire, la méthode.

 

Mais aujourd’hui, réjouissez-vous, car mon invitée n’a pas seulement rêvé d’écriture, elle a osé en faire une mission.
Élise Nebout est une femme déterminée, lumineuse et, surtout, passionnée. Elle a co-fondé Les Mots, une école d’écriture nichée depuis huit ans rue Dante, face à Notre-Dame. Rien que l’adresse est une invitation au voyage, n’est-ce pas ?

Élise, c’est une étincelle.
Avec elle, chaque conversation prend des airs de fête, chaque échange devient un feu d’artifice de mots et d’idées. Nous avons tant en commun : un amour fou des lettres et de la littérature, une affection pour les expressions d’antan, et cette envie inébranlable de transmettre qui nous a poussées, chacune, à ouvrir une école !


Et aujourd’hui, c’est une véritable fête que je vous propose, car nous allons parler de ce qui nous lie, de ce qui nous élève : les mots, les idées, et ce merveilleux pouvoir qu’a l’écriture de changer nos vies.

 

Au cours de cette riche conversation avec Elise Nebout, nous avons évoqué :

  • les livres qui ont changé nos vies,

  • son parcours et les rencontres qui changent tout,

  • l'importance des mots,

  • les expressions anciennes et démodées à réinventer,

  • les tics de langage qui nous font tourner sept fois la langue dans notre bouche,

  • l'importance des mots,

  • la création de son école d'écriture, Les Mots,

  • comment garder son intégrité et son attention,

  • pourquoi réinventer de nouveaux récits aujourd'hui,

  • et tant d'autres éclats de rire...


Découvrons ensemble comment Elise Nebout conjugue l'art de l'attention au présent.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Savez-vous qu'un Français sur quatre rêve d'écrire un livre ? Cela représente près de 12 millions de personnes aspirant à noircir des pages de leurs plumes, selon une enquête exclusive du Figaro littéraire Odoxa, publiée en 2022. Et pourtant, combien sont-ils à transformer ce rêve en réalité ? Bien peu. La faute au tumulte du quotidien, à cette tyrannie du présent qui accapare tout, le temps, l'énergie, l'attention. Et parfois, il faut bien dire, la méthode. Mais aujourd'hui, réjouissez-vous, car mon invitée n'a pas seulement rêvé d'écriture, elle a osé en faire une mission. Élise Nebout est une femme déterminée, lumineuse et surtout passionnée. Elle a cofondé les mots. Une école d'écriture nichée depuis 8 ans, rudante. À Paris V, juste en face de Notre-Dame. Rien que l'adresse est une invitation au voyage à l'écriture, n'est-ce pas ? Élise, c'est une étincelle. Avec elle, chaque conversation prend des airs de fête. Chaque échange devient un feu d'artifice de mots et d'idées. Nous avons tant en commun un amour fou des lettres et de la littérature, une affection pour les expressions d'antan et cette envie inébranlable de transmettre qui nous a poussé chacune à ouvrir une école. Et aujourd'hui, c'est une véritable fête que je vous propose, car nous allons parler de ce qui nous lit, de ce qui nous élève, les mots, les idées, le récit et ce merveilleux pouvoir qu'a l'écriture de changer nos vies. L'art de l'attention, conversation avec Fanny

  • Speaker #1

    Auger.

  • Speaker #0

    Bonjour Élise Neboux.

  • Speaker #1

    Bonjour Fanny.

  • Speaker #0

    Alors Élise, l'art de l'attention, je crois que ça vous parle également. Comment est-ce que vous l'interprétez ?

  • Speaker #1

    Alors effectivement, ça me parle. Je trouve que c'est un sujet magnifique et qui mérite toute notre attention. Je pense qu'aujourd'hui, c'est une exigence. de tous les jours, de poser notre attention, de la préserver. Et c'est vrai que j'ai la conviction que les livres nous aident profondément à ça.

  • Speaker #0

    Alors vous, en quoi la littérature, j'entends parfois des gens qui disent la littérature m'a sauvée. Qu'est-ce qu'elle vous a apporté, vous, ou la lecture ?

  • Speaker #1

    Oui, je pense que c'est un... Pour moi, les mots, cette école que j'ai créée, tout commence là. Tout commence à 16 ans et... Et effectivement, les mots m'ont sauvée, la littérature m'a sauvée. À 15 ans, qui est une période particulière de la vie d'un humain, c'est un moment de transition entre l'enfance et l'âge adulte, où on se pose beaucoup de questions existentielles. Moi, c'était mon cas, donc je me posais énormément de questions. Et lire et écrire, donc ces deux activités qui sont finalement très reliées l'une à l'autre, pour moi, c'était un espace à la fois de refuge et d'expression. pour tenter un petit peu, à ma façon et comme je le pouvais, de me comprendre, de comprendre le monde. Et c'était un espace d'imagination incroyable, où déployer mon imagination. Un peu plus tard, finalement, je rêvais de cette école d'écriture. Je cherchais cette école d'écriture. Cette école d'écriture, je crois que je l'ai cherchée pendant des années, de 15 à 31 ans, l'âge où je l'ai fondée avec Alexandre. Donc voilà, les mots, c'est étonnant parce que cette école, c'est un projet qui a des racines profondes. Ce n'était pas un projet opportuniste, ce n'était pas un projet... C'était un projet qui devait advenir d'une certaine façon, et encore plus, il devait advenir fondé par moi et Alexandre. Quand on s'est rencontrés, quand on a parlé de cette idée ensemble, finalement, il y a eu quelque chose de l'ordre de... de l'alignement total. Et ça arrive finalement assez peu de fois dans une vie, ce sentiment d'alignement. Et c'est vraiment ce que j'ai vécu avec cette école qu'on a décidé avec Alexandre d'appeler Lémo.

  • Speaker #0

    Alors Alexandre Lacroix, le rédacteur en chef de Philosophie Magazine.

  • Speaker #1

    Oui. Alexandre, en fait, il a été mon professeur d'écriture créative quand j'étais étudiante à Sciences Po à Lyon. Donc voilà, j'étais une personne assez rêveuse, passionnée de littérature, de livres. Et puis à un moment, il a fallu choisir un petit peu mon orientation professionnelle, quelle étude on fait. Je me suis finalement orientée vers Sciences Po parce que ce sont des études assez ouvertes. Donc ça me convenait plutôt bien à Lyon. Mais quand même avec un peu cette frustration de ne pas être dans la littérature. Et puis un jour, avec tous nos cours à Sciences Po, merveilleux de droit, d'économie, etc., je vois dans la liste des cours un cours d'écriture créative, totalement avant-gardiste, dans le milieu de l'université française. On trouvait assez peu... voire pas, de cours d'écriture créative en France, contrairement aux pays anglo-saxons où la tradition du creative writing est beaucoup plus ancrée. Donc je tombe sur cet intitulé et puis je me dis, mais enfin c'est merveilleux, qu'est-ce que c'est que ça ? Et je m'inscris tout de suite, je pense qu'on est à peu près une vingtaine d'étudiants un peu littéraires, d'aspirants auteurs, à s'inscrire à ce cours. Et là, c'est la révélation. C'est vraiment un cours. À cette époque, je passe mon temps à noircir des pages, comme tu l'as joliment dit dans ton introduction. Mais c'est une activité assez solitaire. Donc, je manque la plupart de mes amphis pour faire vivre mes quatre personnages de mon roman dont le titre est Les Interactions Légères. C'est un roman que j'ai écrit de, je pense, 20 à 24 ans. Puis, j'avais quatre personnages. Et puis, j'étais toujours en train de me demander, mais qu'est-ce qui va se passer, etc. Donc j'étais dans ce monde-là, je fais ce cours, et j'ai l'occasion de partager mes écrits avec d'autres personnes, évidemment avec Alexandre, qui est lui écrivain, et qui est capable de me donner un regard à la fois bienveillant et exigeant sur mes mots. Qui est capable de me dire, ça, ça ne marche pas, et ça, voilà, il y a quelque chose. Et ce retour-là et ce partage-là, pour moi, ça a été quelque chose d'initiatif et d'absolument magnifique. Et finalement, c'est exactement ce qu'on a fait des années plus tard avec les mots. Après ce cours, j'ai cherché un peu en vain, justement, à poursuivre l'expérience. Et je ne trouvais jamais l'atelier qu'il me fallait. Alors, peut-être que j'étais un peu exigeante. Je cherchais un atelier qui soit accessible financièrement pour une jeune femme qui commence sa vie professionnelle. Donc, qui n'a peut-être pas 3 000 euros à mettre dans un atelier qui va durer six séances. Je voulais un atelier qui soit animé, non pas par une personne qui m'explique en théorie ce que c'est d'écrire, mais quelqu'un qui se frotte tous les jours à la page, autrement dit, un écrivain de métier, dont c'est le savoir-faire, qui, de 8h à 14h, je dis 8h à 14h parce que je me rends compte que souvent, les écrivains... écrivent le matin, même si ce n'est pas systématique. Et donc, pendant, on va dire, cinq à sept heures dans leur journée, les écrivains, les gens qui écrivent, se demandent où est-ce que je mets ma virgule, comment j'enchaîne mes phrases, quel est le mot juste pour dire exactement ce que j'ai envie de dire. Tout ce savoir-faire-là, j'avais envie de mettre, on avait avec Alexandre, envie de mettre au cœur du dispositif ces personnes-là. Et moi, à l'époque, en tant que jeune femme qui cherchait des ateliers, j'avais envie d'un atelier animé par un écrivain, un vrai, c'est-à-dire quelqu'un de publié, qui a publié plusieurs livres dans un certain nombre de maisons d'édition. Et ça, finalement, avant les mots, on le trouvait assez peu. On ne le trouvait pas. Alors, il y a les ateliers Gallimard qui sont formidables, mais qui coûtent un certain prix. Et finalement, ça a été toute cette recherche. de l'atelier parfait pour moi, pas parfait dans l'absolu, parfait pour moi, ça a été aussi les prémices de l'école. Donc voilà, ce cours d'écriture créative, c'est une expérience qui a été assez marquante, assez marquante pour moi.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup d'avoir partagé avec nous en détail ce moment de bascule dans votre vie où vous vous êtes dit, tiens, ça y est, il y a quelqu'un pour me mentorer, me guider, m'inviter à l'écriture. Pour revenir un tout petit peu en arrière, parce qu'on parlait de notre amour de la lecture, de la littérature, il y a une question que j'adore poser aux gens, c'est... Et vous êtes aujourd'hui maman de deux enfants en bas âge, je crois de 8 et 4 ans. Est-ce que vous, Élise Nebou, vous vous rappelez de votre livre préféré quand vous étiez petite ?

  • Speaker #1

    Ah, magnifique, c'est une très belle question parce que je trouve ça toujours très émouvant quand on retrouve un livre d'enfance et de revoir ces images qu'on a perçues d'une certaine façon à l'époque. et de mesurer finalement cet écart et ce drôle de rapport et d'impression que ça laisse. Et je crois que la première chose qui me vient en tête quand tu me poses cette question, c'est un livre sur l'histoire de Poucette, cette toute petite femme qui est enlevée par une grenouille prince. En tout cas, c'était comme ça. Dans mon livre, il y avait quelque chose de... C'était une histoire de petite princesse qui se fait enlever par un... une grenouille qui est un prince, et puis il y a tout un tas de péripéties qui s'enchaînent. Mais les dessins étaient magnifiques. Donc c'est vrai que les livres d'albums jeunesse, les albums jeunesse, c'est aussi une interaction entre l'image et le récit, l'histoire. Mais je me souviens de, finalement, ce qui fait la force de la littérature, pour moi, déjà dans un album jeunesse, qui est l'identification. qui se produit quand tu écoutes cette histoire de petite princesse et la façon dont tu es absolument happé dans l'histoire et au temps présent absolu. Et ça, c'est la tension. Cette espèce de temps présent qui ressemble à un état de flot, qui est sans arrière-fond, qui est une présence absolue au monde. Et ça, c'est un état merveilleux.

  • Speaker #0

    Que la lecture ! permet d'attendre. J'adore poser cette question aux gens et leur demander en quoi aujourd'hui ça a influencé, ça a peut-être un impact sur la personne qu'on est. Chers auditeurs, je vous livre mon livre préféré, il est juste à côté. C'est un livre de Frank Tasmin. Je crois que c'est un auteur américain qui était à l'école des loisirs, qui s'appelle Mais je suis un ours. C'est l'histoire d'un ours qui va hiberner pour l'hiver dans sa caverne. Il se réveille au printemps, il y a une usine autour de lui qui a été construite. Et on veut le faire travailler à l'usine en lui disant, mais non, t'es pas un ours, t'es juste un feignant avec un gros manteau de fourrure. Donc, il va voir le chef, le contremaître, le directeur de l'usine, etc. On voit toute la hiérarchie et tout le monde lui dit, mais non, t'es pas un ours, t'es juste un feignant avec un gros manteau de fourrure. Et à un moment, on l'emmène dans un zoo où il voit un petit ours. Et donc, tout le personnel de l'usine demande à l'ours derrière les barreaux, est-ce que lui, c'est un ours ? Et le petit ours répond, non, si c'était un ours, il serait avec moi derrière les barreaux. Donc, il se met à travailler. dans cette usine pendant des années, alors que c'est un ours. Mais je suis un ours, de Franck Tasseline. Et je crois que c'est une certaine vision du travail qui ressemble pas mal au Fordisme, qui me rappelle Charlie Chaplin dans les temps modernes, et qui m'a toujours fait peur. Et je crois que depuis toute petite, je me suis un peu rebellée contre cette vision du travail de sans se poser de questions, on va faire un job dans une usine, comme ça parce qu'il faut le faire, parce qu'on est tous des ours ou des gros fainéants avec des manteaux tourures. Et voilà, donc je crois que ça a vraiment un impact très profond sur la personne.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai, tu as raison. Oui, c'est très beau ce que tu dis. Je pense qu'effectivement, au fond, dans nos vies, il y a un certain nombre de fils rouges qu'on met d'ailleurs un certain temps à identifier. Les fils rouges dans nos vies existent, mais on n'en a pas toujours conscience. Et la prise de conscience de ce qui guide notre vie se fait souvent à travers la littérature, la lecture ou les conversations, d'ailleurs. Et dès l'enfance, quand on rétropédale, on se rend compte qu'il y a des thématiques qui sont peut-être là depuis longtemps. Des petites graines.

  • Speaker #0

    Des petites graines.

  • Speaker #1

    Tu parlais de la cygne tout à l'heure. Exactement. Et qui sont présentes finalement bien avant l'âge adulte.

  • Speaker #0

    D'où l'importance de la lecture pour les enfants. Et vous qui êtes maman de deux petits, on sait à quel point c'est difficile aussi. Parce qu'il y a la tentation des écrans, le rapte de l'attention. On parle beaucoup de l'économie de l'attention. Souvent dans le... plus mauvais sens du terme, et la prochaine interview de podcast avec un sociologue éminent, on sera en plein dans le sujet, donc on ne va pas trop s'étendre sur ce déficit d'attention, mais la lecture est un superbe remède. Oui,

  • Speaker #1

    absolument. Alors ça, c'est vraiment un sujet qui nous tient à cœur à l'école, évidemment. Il y a différents aspects. D'abord, il y a un sujet qui, moi, me tient vraiment à cœur en tant que maman et en tant que fondatrice de l'école, c'est effectivement le... Le rapport à l'attention qu'on offre à nos enfants et aux générations futures, au fond, on vit dans un monde où les écrans sont omniprésents, pour le meilleur et pour le pire. Pour les enfants, pour nos enfants, c'est un enjeu quand même de les protéger de ce flux constant qui est déstructurant, qui est intéressant si on est très structuré. Le principe de l'enfant, c'est qu'il n'est pas encore structuré, contrairement à un adulte. Et donc, la lecture, qui est une activité finie, qu'on peut envisager, ce n'est pas un monde infini, ou d'une certaine manière, si, mais même physiquement, le livre a un début et a une fin. Donc, la lecture et l'écriture aussi, en face, sont deux activités fondamentales pour les enfants. On lance d'ailleurs un projet... vraiment qui me tient à cœur avec une journaliste que j'aime beaucoup qui s'appelle Delphine Sobaber, qui anime des ateliers dans la région bordelaise et qui a écrit une tribune dans Le Monde il y a un an et demi avec Isabelle Carré sur justement le niveau, la détérioration du niveau à l'écrit de nos enfants. Et on a décidé d'imaginer un cours en ligne, une vidéo où elle donne des astuces pour aider des parents et des enseignants justement. à faire un petit atelier d'écriture créative avec leurs enfants, avec leurs neveux, leurs nièces, avec leurs élèves. Parce que la lecture et le cahier d'écriture sont des espaces qui permettent la construction d'une identité. Et tu l'as très bien dit en parlant de ce livre qui t'a marqué. Et pareil pour moi, la lecture, c'est un cadeau qu'on fait aux enfants. Et d'ailleurs, c'est marrant parce que j'avais lu beaucoup de statistiques qui montraient qu'un enfant qui lit et qui écrit beaucoup a beaucoup plus de chances de réussir à l'école. Mais au fond, même au-delà de ça, au-delà de la... performance et de la réussite. C'est un cadeau qu'on fait à nos enfants parce que c'est un espèce de liberté et c'est un refuge qui va leur servir toute leur vie et qui est le refuge de l'imagination. La lecture, c'est un sujet qui nous tient à cœur. Deuxième sujet, ce soir, à l'école, on organise un événement pour les nuits de la lecture qui est un événement organisé par le CNL et le ministère de la Culture. Cette idée qu'on se rassemble tous pour lire des textes, qui fait que la littérature est aussi assez vivante et orale. C'est intéressant. Évidemment, la littérature est écrite, mais elle se partage aussi à l'oral à plusieurs. Je trouve que c'est aussi assez magique. C'est pour ça qu'on a d'ailleurs un lieu à l'école. Ce n'est pas une école en ligne. On a un lieu où on se rassemble autour des mots.

  • Speaker #0

    D'où l'importance. Ça me parle énormément, forcément, avec mon amour de la conversation. Je tiens aussi à préciser pour nos chers auditeurs que l'EMO organise également des ateliers à distance pour les gens qui sont dans toute la France, nos amis, mes seins, Strasbourgeois, Marseillais. Vous pouvez suivre à distance les ateliers de l'EMO et vous pouvez en apprendre plus sur leur site Internet, évidemment. Je reviens un petit peu sur l'école. Pourquoi alors ce nom, l'EMO ? Parce que pour une école d'écriture... Vous auriez pu l'appeler de plein de manières. L'école que j'ai fondée s'appelle The School of Life, l'école de la vie, dont Alain Boton avait la paternité, évidemment, à Londres. Moi, je n'ai fait que fonder la branche française, mais ça s'appelle The School of Life. Les mots, ce n'est pas vraiment le nom d'une école. Alors, pourquoi ce mot ? Pourquoi cette idée, ce titre ?

  • Speaker #1

    C'est vrai que là aussi, c'est un moment charnière, je crois. Il y a deux choses. Il y a déjà le fait de partir du principe que c'est une école. Pour nous, c'était important. parce qu'il y a cette idée que dans l'école, on apprend et qu'en fait, on peut tout apprendre dans la vie et qu'être justement dans une démarche où constamment on apprend de nouvelles choses, c'est une chose magnifique et qui, je pense, rend très heureux. Donc la curiosité, le fait d'apprendre, c'est assez génial. C'est ce qu'induit l'idée d'école. Et en même temps, l'idée d'école, elle induit aussi quelque chose de scolaire, pas forcément des bons souvenirs. quelque chose parfois de normatif. Donc l'idée de l'école est un peu ambivalente. Il y a à la fois l'idée d'un lieu d'apprentissage et donc d'épanouissement et d'exploration de ces facultés cognitives et créatives et intellectuelles. Et en même temps, parfois, ça résonne aussi avec un lieu où on a été un peu restreint, formaté, avec des qualités qui sont plus ou moins valorisées à certains moments de notre époque. Voilà, donc on est plus ou moins bien dans le système scolaire. Et donc... Pour adoucir l'idée d'école, il nous fallait quelque chose de doux et d'ouvert, qui invite aussi à une certaine forme de liberté, c'est-à-dire apprendre, mais à son rythme, à sa façon, avec les déclics qu'on va avoir en fonction de qui on est. Il y avait cette première chose. Ensuite, on a eu plein d'idées de noms, en se disant, comment on va l'appeler notre école ? Ce sera une école, comment on va l'appeler ? Puis on avait eu l'idée de l'atelier des lettres. On se disait... Non, il y a encore quelque chose de trop chic, de trop élitiste. Et on voulait quelque chose d'ouvert, de moderne et qui soit une invitation à écrire. Parce qu'écrire, pour beaucoup de personnes, ça fait peur. On ne se sent pas légitime. On se dit qu'on est qui pour écrire, qu'il y a tellement de gens qui ont écrit, qu'on n'a pas le niveau, qu'on ne parle pas bien français, qu'on fait des tas de fautes. Et en fait, on voulait dire que ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave de faire des fautes de français. Tout ça, ce n'est pas grave. Il y a la joie de se lancer et d'apprendre et de commencer. Et on est vraiment convaincus que c'est un vrai plaisir et c'est une chance de s'autoriser à écrire. Et donc les mots, au final, c'était une forme de dénominateur commun. Il y avait quelque chose de large dans les mots qui ressemble à notre projet. Il y avait cette envie de faire une école d'écriture, mais ouverte sur le monde. ouverte sur les sujets. Il y avait une... Il y a une forme d'engagement politique pour nous dans ce projet. Il y a une forme d'engagement citoyen. Il y avait l'envie de créer un lieu où des gens qui n'auraient pas forcément eu l'occasion de se rencontrer par ailleurs se rencontrent. D'où d'ailleurs l'accessibilité de nos prix, d'où le fait qu'on peut faire un atelier, qu'on soit à Bangkok, qu'on soit en Normandie, qu'on soit dans le sud de la France, qu'on soit à Metz. Voilà, il y a beaucoup de gens différents qui se rencontrent à l'école. Des hommes, des femmes de tous les âges. Parfois, on a des ados. On a des personnes, je me souviens qu'on avait une femme merveilleuse de 82 ans qui avait du mal à se connecter avec son visio. Et puis, on l'a aidée à se connecter, à pouvoir être présente pendant l'atelier. Et les mots, il y a quelque chose de l'ordre. Finalement, les mots, c'est notre dénominateur commun à tous. On a tous nos identités différentes. On est femme, on est homme, on est de tout. telle communauté, etc. Aujourd'hui, c'est un sujet qu'on entend beaucoup, la revendication identitaire. Les mots, c'est une façon de rappeler qu'au-delà de ces identités, on a une identité commune. Nous sommes des hommes, nous parlons, nous pensons, nous aimons, nous réfléchissons, nous souffrons et ça, quel que soit notre sexe, quelle que soit notre couleur, quelle que soit notre religion, ça nous réunit. Donc je pense que dans les mots, il y avait cette idée de se réunir autour de ce dénominateur commun. Et puis, finalement, il y avait aussi, effectivement, cette idée, pour moi, d'invitation ouverte.

  • Speaker #0

    Alors, il y a deux choses qui me font rebondir. La seconde, on y viendra juste après, je crois, c'est ce que vous avez dit, de mission presque politique. Et de réinventer, je crois qu'aujourd'hui, il y a un vrai sujet de réinventer, les récits. On va y revenir. Mais juste, avant ça... Je voulais parler de votre rapport aux mots, parce que ce qui m'a frappée quand... Alors on s'est rencontrés il y a quelques années, et puis on s'est revus dernièrement, cet automne, cet hiver. Il y a quelque chose qui nous relie aussi, c'est cet amour des mots, et votre expression du langage. Alors, ce qui m'a beaucoup frappée, c'est votre emploi d'expression française, un peu démodée, qu'on n'entend plus forcément. Et je crois qu'on partage ce goût-là. Alors moi j'en ai quelques-unes. J'adore remettre l'église au milieu du village, par exemple. J'adore aussi un emploi qui est un petit peu dérivé d'Albert Cohen avec Yamamutsu Gravier au lieu d'Anguissou Roche, etc. Vous pouvez nous en livrer quelques-unes de vos expressions favorites. Balancez-nous.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai que c'est assez amusant parce que je veux dire que sur les expressions, j'ai une utilisation assez personnelle des expressions. C'est-à-dire qu'il m'arrive souvent de mélanger plusieurs expressions ensemble. Et il y a une deuxième chose amusante, c'est que récemment, justement, mon équipe, l'équipe de l'école m'a fait un très beau cadeau pour mes 40 ans. Ils ont imaginé un jeu de société et c'est là que j'ai découvert qu'apparemment, j'utilisais un certain nombre d'expressions.

  • Speaker #0

    Un jeu de société sur les expressions.

  • Speaker #1

    C'est un jeu de société ou avec un certain nombre de cartes sur la vie de l'école en général. C'était magnifique, très, très créatif, un très, très beau cadeau. Tout d'un coup, je n'ai plus en tête les expressions que j'utilise. J'aime beaucoup remettre l'église au milieu du village. J'aime bien les expressions parce que souvent, je les visualise beaucoup.

  • Speaker #0

    J'en ai une en attendant, pendant que vous réfléchissez. J'en ai une que je traduis de l'anglais parce qu'en anglais, il y a aussi des expressions qui n'existent pas en français. Il y a une expression en anglais qui dit c'est pas mon cirque, c'est pas mes singes Et j'aime bien, en gros, ça veut dire c'est pas mes affaires Ou alors, quand on paye des cacahuètes. on reçoit des singes, en fait. On paye des singes. When you pay peanuts, you get monkeys.

  • Speaker #1

    Sympa aussi.

  • Speaker #0

    Mais en tout cas, cette expression, Élise, ça montre une... C'est ça qui me frappe chez vous. C'est une utilisation libre, fantaisiste, décomplexée du langage. Et ça va dans la mission des mots qui a ce côté très ouvert, accueillant. Venez comme vous êtes. On n'a pas besoin d'avoir un niveau de français qui... trop élevée pour venir, tout le monde peut se mettre à l'écriture. Et j'adore cette ouverture.

  • Speaker #1

    Oui, je pense que tu touches quelque chose d'important. Il existe quand même un certain complexe de la langue, de l'expression. Les gens ont toujours peur de ne pas parler suffisamment bien. Bien parler est un marqueur social. Donc, il se joue pas mal de choses dans la langue, qui est sans cesse réinventée, d'ailleurs, au fil du temps, qui évolue au fil du temps. Dans la langue... française au fil des siècles, au fil du temps. Il y a toujours des enjeux nouveaux, l'écriture inclusive, il y a plein de choses qui se posent en permanence.

  • Speaker #0

    De nouveaux dictionnaires,

  • Speaker #1

    de nouveaux mots. Voilà, on en parlait. Tout à l'heure, les mots anglais, etc. Et finalement, personnellement, j'ai toujours eu un petit peu, je pense, ce complexe. Et je m'en suis libérée en assumant le fait de jouer avec les mots. Et ça, c'est quelque chose qu'on invite à faire à l'école. Alors après, évidemment, une fois qu'on commence à s'intéresser à la langue, c'est une sorte de jeu un peu infini. Et les auteurs de l'école en jouent beaucoup pendant les ateliers. J'ai fait des ateliers, par exemple, où j'avais beaucoup aimé cette approche d'une de nos autrices qui s'appelle Vanessa Caffin, qui a d'ailleurs monté ensuite sa maison d'édition avec une participante de l'école qui s'appelle Les Livres Agités. Elle nous a dit, voilà, on va écrire un texte sur une histoire d'amour, donc vraiment le sujet classique. Vous allez écrire dix mots qui vous viennent tout de suite à l'esprit quand on vous parle d'amour. Tout le monde fait sa liste de mots, etc. Eh bien, vous allez écrire un texte, mais vous n'allez pas utiliser ces mots. Ça, c'est quelque chose qu'on apprend beaucoup à l'école. En réalité, les mots ont une sorte de trajectoire. Alors, à un moment, il y a des mots à la mode. Ils sont hyper utilisés et ils sont un peu vidés de leur sens. Et donc, il y a ce devoir de faire le ménage des mots et de réinventer en permanence les mots pour... pour essayer de transmettre une pensée originale et personnelle. C'était super amusant parce qu'on s'est retrouvés avec notre liste de mots. On devait aller au-delà de ces mots qui sont la toute première couche qui nous vient à l'esprit. Souvent en matière d'écriture, cette toute première couche, c'est une couche un peu facile, un peu superficielle. Il faut passer un niveau au-dessous pour creuser un peu la réflexion. et essayer de voir les choses différemment et développer une pensée peut-être plus originale où on va peut-être tomber sur une très bonne idée ou peut-être pas. C'est vraiment la recherche, l'exploration, je dirais, qui se joue dans l'écriture et dans la langue.

  • Speaker #0

    Alors, on parlait des mots. Il y a la langue française qui évolue beaucoup. Et j'adore ce rapport décomplexé à se dire que ce n'est pas grave si j'utilise une expression plutôt qu'une autre. Et puis, en préparant cet épisode, on parlait aussi des expressions qui, parfois, nous exaspèrent. Je dois vous avouer, alors vous ne le savez pas encore, chers auditeurs, mais avant d'interviewer quelqu'un, je lui envoie un petit mail de brief pour lui demander qu'on se vouvoie. Alors, parfois, ça marche ou ça ne marche pas, parce que beaucoup de mes invités sont des amis dans la vie. Donc, nous, aujourd'hui, on oscille entre le vous et le tu et ce n'est pas grave, justement. D'autres choses, c'est que j'essaye de prohiber l'utilisation de ces expressions qui... me mine l'oreille à longueur de journée, que j'entends je ne sais combien de fois par jour, comme du coup, en fait, pas de souci. Et il y en a beaucoup d'autres encore que j'oublie. Et je dois dire qu'aujourd'hui, quand on va acheter une baguette et que la boulangère ne répond pas de souci, je me demande justement où est le souci. Ou alors le du coup, que j'entends vraiment des centaines de fois par jour ou par semaine et que j'essaie d'éviter. Alors évidemment, certains passent parfois dans le podcast, et ce n'est pas grave du tout, mais j'invite tout le monde à se poser la question, qu'est-ce que je pourrais remplacer ? Comment je pourrais remplacer le du coup Alors tout à l'heure avec Élise, on en a cherché, il y avait par conséquent

  • Speaker #1

    Par conséquent effectivement. Conséquemment tu vois, que je n'avais pas entendu depuis longtemps.

  • Speaker #0

    On en avait trouvé donc de ce fait Tout simplement donc Par conséquent oui. Ou alors faire une vraie transition au lieu d'utiliser du coup à chaque début de phrase.

  • Speaker #1

    C'est vrai que ce sont des tics de langage.

  • Speaker #0

    comme des mauvaises habitudes, je pense. Et d'ailleurs, comme les mauvaises habitudes, elles peuvent ressortir particulièrement dans les moments où on est un peu gêné, un peu mal à l'aise. Alors là, tout d'un coup, c'est une explosion de du coup... Et d'en fait ! Et d'en fait, totalement incontrôlée. Qui peut d'ailleurs nous miner nous-mêmes ? Et ça, par rapport à notre sujet, je trouve que c'est un sujet d'attention intéressant. C'est-à-dire que prendre conscience de ces tics de langage qu'on a tous et réfléchir à des mots qui pourraient... remplacer ou enrichir notre vocabulaire. Parce qu'enrichir son vocabulaire, c'est enrichir sa vision du monde, au fond. C'est approfondir un petit peu plus sa pensée. Donc je trouve que l'éthique de langage, il ne faut pas trop s'en soucier, mais c'est intéressant de les identifier, de faire l'exercice. Et quand tu m'as dit ça, moi j'ai trouvé ça génial. Je me suis dit, oh là là, mais c'est vrai. Moi, je le dis souvent. Et le simple fait de se le formuler et de porter son attention là-dessus, ça nous pousse aussi à faire un peu mieux, à se dire, si ce n'est pas du coup, c'est quoi exactement ce qu'on a fait ? On a regardé une liste, il y avait dix mots. Il y a donc, tout simplement, il y a par conséquent, il y a par conséquent, plus difficile à placer, mais on peut toujours le tenter. Il y a plein, vous voyez ce jeu là qu'on... Ce qu'on fait quand on est plus jeune, d'essayer de placer un mot en cours, c'est très amusant, c'est s'amuser avec le langage.

  • Speaker #1

    Chers auditeurs, vous avez compris qu'on ne vous jette pas la pierre, parce que nous-mêmes, parfois, un du coup ou un en fait ça nous échappe. Donc on ne vous jette pas du tout la pierre, on ne juge pas. Mais ce qu'on vous propose, c'est un exercice d'écriture, d'oral, très créatif finalement. C'est pourquoi pas aller chercher des équivalents de du coup ou en fait dans le dictionnaire, de faire une liste, comme Élise et moi on s'est fait tout à l'heure. Élise, je vous fixe le défi d'avoir la fin de ma journée, de caser subséquemment dans une de vos conversations.

  • Speaker #0

    Défi à accepter.

  • Speaker #1

    Et de se dire un peu comme les enfants, la prochaine fois que je surprends du coup, si je le remplaçais par quelque chose d'autre et essayer de caser un petit peu tout ça. Alors les gens seront certainement impressionnés par votre niveau de vocabulaire. Mais je trouve que c'est un très joli exercice pour nous mettre dans l'humeur des mots.

  • Speaker #0

    justement de votre école. C'est vrai que les mots qu'on utilise ont quand même un certain... Alors tu vois, c'est marrant, j'allais spontanément utiliser un mot que je n'aime pas qui est impact On a un certain impact sur notre vie et c'est un mot qu'on entend beaucoup. Il faudrait que je me fasse une petite liste de mots alternatifs à ce mot impact Mais les mots ont un certain pouvoir sur notre vie, au fond. Ça, j'en suis assez convaincue. Tu parlais de l'expression pas de soucis C'est symptomatique d'un état d'esprit, au fond. D'un état d'esprit peut-être contemporain, si on pousse un petit peu. Pas de souci, évidemment, on entend souci. C'est comme quand on utilise le mot qu'on veut cacher. Tu vas m'aider. Ne regarde pas cet éléphant. On regarde l'éléphant. On ne pense pas à un marteau rouge. Exactement, c'est ce phénomène du cerveau. Donc pas de souci, on entend souci. Et au fond, ça dénote peut-être que tout est un souci, une angoisse.

  • Speaker #1

    Un rappel angoissé au monde ?

  • Speaker #0

    Oui, un rapport angoissé au monde et puis peut-être une façon de dire je n'ai pas très envie de t'aider. Je n'ai pas envie de t'aider, je n'ai pas envie d'être à ton service. Bon, peut-être. Mais en tout cas, c'est vrai que les expressions qu'on utilise, les mots qu'on utilise, ont un certain pouvoir, je trouve. Alors après, l'essentiel quand même en matière d'écriture, ça je le redis parce qu'on le voit beaucoup à l'école. Un moment, c'est justement de baisser le niveau de pression, encore une fois. Parce que nous, à l'école, on voit souvent des personnes qui arrivent qui ont des attentes assez élevées vis-à-vis de ce qu'elles vont produire. Et donc, ça crée un sentiment de... Donc, tu produis un peu le phénomène je suis Baudelaire ou rien, je serai Baudelaire ou rien. Donc, on écrit, puis on n'est pas content. On trouve ça mièvre, on trouve ça pauvre, on trouve que ce n'est pas à la hauteur de ce qu'on aimerait faire, justement parce qu'on valorise la langue française. C'est plus facteur d'inhibition que de créativité, évidemment. Il faut un moment comprendre que dans le processus de création, il y a un apprentissage, un progrès, et que ça commence toujours par quelque chose de médiocre. Mais ce n'est pas grave. L'important, au fond, c'est d'y prendre du plaisir. Le plaisir est quand même la clé absolue de l'apprentissage. Et d'ailleurs, je trouve que dans la lecture, on prend beaucoup de plaisir. C'est un plaisir même... inouï quand même. Et si on commence à avoir une approche un petit peu normative de la lecture ou d'être obligé de lire certains livres à l'école, moi je me souviens j'ai aussi des mauvais souvenirs d'être obligé de lire des livres. Alors bon, ça fait partie aussi de l'éducation.

  • Speaker #1

    Ça me rappelle Germinal de Zola. Quand tu agrandis près d'Ayange et que tu dois lire Germinal de Zola, c'est pas forcément enthousiasmant.

  • Speaker #0

    Je suis assez d'accord. Je préfère l'idée qu'on rentre par la lecture, peut-être par des lectures plus contemporaines, pour arriver après à des choses qui se complexifient au fil du temps. D'ailleurs, pareil, dans cette idée de tenter de ne pas être élitiste, de ne pas l'être, il y a aussi l'idée de ne pas apporter trop de jugement sur ce qui est lu, par exemple. Donc moi, je lis beaucoup de livres à mes enfants, puisque c'est quelque chose qui me définit et que j'ai envie de transmettre. Un jour... Je parlais avec un éditeur, dont évidemment je tairai le nom, qui m'a dit Quoi ? Tu as déjà lu des Tchoupi à tes enfants ? Il était très étonné, il était un peu choqué. Il me dit Oh là là, quand même, lise Tchoupi, c'est vraiment bas de gamme. Et je lui ai dit Mais tu sais, mes enfants, je leur ai lu autant des Claude Ponty que du Tchoupi. Et finalement, dans cette variété-là, moi, je trouve ça génial et je ne fais pas tellement de jugement en me disant Non, Tchoupi, c'est vraiment proscrit. Évidemment qu'un Tchoupi, c'est une lecture beaucoup plus prosaïque qu'un Claude Ponty qui a différents niveaux de langage et qui a un délice à la limite autant pour l'enfant que pour l'adulte. Quand vous lisez un livre de Claude Ponty, c'est absolument incroyable. Mais c'est riche. Vous emmenez votre enfant dans un univers chatoyant et qui se complexifie. Mais en même temps, Tchoupi sur son petit pot, moi je n'ai rien contre. Et c'est pareil pour la littérature adulte. Et d'ailleurs, pareil dans mes habitudes de lecture. Je lis des choses très variées et je me sens surprenante. pas trop sur le fait de ne pas lire des choses qui ne seraient pas suffisamment chics ou pas suffisamment littéraires.

  • Speaker #1

    Je suis d'accord. Il faut vraiment prôner le droit à lire aussi des choses pour se détendre. Moi, entre deux essais un peu philosophiques, politiques, engagés, je lis en ce moment des livres de Lucinda Riley, qui est une auteure irlandaise qui est décédée il y a quelques années. C'est passionnant. En deux jours, on mange le livre. Et vraiment, je trouve ça remarquable et ça me détend quelque part par rapport à la lourdeur, j'allais dire, parfois de ce que je peux lire également, avoir l'actualité. C'est une échappée. Et je tiens juste aussi à préciser un petit coup de publicité amicale à une amie qui a ouvert aussi une école, mais une école de musique pour enfants, qui est ce double d'une librairie qui est rue de Navarra dans le 9e, Claire Vigniecki. Son école s'appelle Le Bon Ton. On peut le retrouver sur les réseaux sociaux parce qu'elle fait régulièrement plein de vidéos. pour donner des conseils de lecture. Elle explique pourquoi ce livre est important aux parents et aux enfants. Après, je suis certaine qu'aux quatre coins de la France ou du monde, vous avez aussi des libraires formidables, pas loin de chez vous, qui seront ravis aussi de vous conseiller dans les lectures pour vos enfants.

  • Speaker #0

    Oui, je suis tout à fait d'accord. Et je rajoute quand même aussi une petite chose qui me paraît importante quand je t'écoute, c'est que j'entends souvent des personnes me dire Oui, tu sais, mais moi, je n'ai pas vraiment le temps de lire. C'est la question du temps qui est très reliée à ton sujet de l'attention, je trouve. Moi, ce que je dis souvent, c'est que même si on lit un tout petit peu, c'est déjà énorme. Moi aussi, j'ai peu de temps pour lire au fond, même si ça fait en partie partie de mon métier. Mais si j'ai lu quatre pages, je suis heureuse. C'est suffisant. Je ne me juge pas. pas en me disant Oh là là, t'as pas lu assez ce mois-ci, t'as pas fini tel livre. Je ne considère même pas ça, et ça c'est un vrai débat, je ne considère pas ça grave de ne pas finir un livre. Parfois, j'ai lu 5 à 10 pages d'un livre et ça m'a énormément nourrie et j'en retiens tout un tas de petites choses et ça va alimenter mon esprit, ma capacité à faire des liens aussi entre les choses. Et donc, il ne faut pas se culpabiliser sur ça. Vous pouvez aller à la librairie, acheter 3 livres Et n'en lire que 15 pages, c'est déjà génial. Félicitez-vous. Ne vous dites pas, oh non, j'ai acheté trois livres, j'en ai lu que 15 pages. Ce n'est pas grave.

  • Speaker #1

    Ou se sentir menacée par la tour de pise qu'on a tous sur notre table de nuit. Je rajoute quelque chose, un autre exercice, chers auditeurs, moi qui adore la conversation et la lecture, comme Élise. En ce moment, je me retrouve à discuter dans le métro parce que je vois des gens, et en ce moment, j'en vois plus, alors c'est peut-être l'hiver, je ne sais pas, qui lisent des gros pavés dans le métro. La semaine dernière, c'est une femme avec qui on ne s'est même pas parlé, on s'est juste souri, on s'est fait des gestes, qui était plongée dans les dernières pages d'un groupe AVNRF. Elle m'a montré, à la recherche du temps perdu, La prisonnière, le volume 5, que je n'ai pas lu, parce que je ne les ai pas tous lus quand même. Mon préféré, c'est Sodome et Gomorre, c'est le 4, mais je n'ai pas lu La prisonnière. Et il y a eu une espèce d'amitié qui est née comme ça, en quelques stations de métro, avec cette femme. Ça fait deux jours que je demande à des femmes qui sont en train de lire Lucinda Riley, justement, Quel volume elle lise ? Parce que je n'ai pas tout lu non plus, il m'en reste. Et j'adore cette espèce d'amitié comme ça, rapide, qui naît entre amoureux de la lecture. Et quitte à les déranger, j'aime bien demander aux gens ou parler des livres avec les gens qui lisent encore des vrais livres dans le métro.

  • Speaker #0

    C'est génial parce que c'est vrai que les livres, tout autant que les films d'ailleurs, c'est toujours une façon de parler de soi avec les autres. C'est une façon de rentrer en relation avec l'autre et de rentrer en relation avec soi. Et c'est un tremplin vers ça. Et donc ça,

  • Speaker #1

    j'ai une idée qui me vient. C'est une idée qu'on devrait soumettre à la SNCF. C'est dans chaque TGV avoir une bibliothèque. Comme les bibliothèques spontanées qui sont en province, j'en vois dans les anciennes cabines téléphoniques. En Angleterre aussi, j'en vois beaucoup. Dans mon quartier, dans mon immeuble, c'est les étagères d'en bas, près des poubelles, où on laisse les livres qu'on a déjà lus et dont on ne veut plus. Ce serait génial si, moi qui utilise beaucoup le TGV, il y avait une étagère à livres, une bibliothèque comme ça, où on peut laisser le livre qu'on vient de terminer, puis échanger des livres dans les TGV.

  • Speaker #0

    J'aime beaucoup ton idée. Je pense que c'est une idée géniale. C'est vrai que j'ai moi-même remarqué... effectivement ces boîtes à livres qu'on voit un petit peu partout et je trouve ça assez génial, cet objet du livre qui résiste finalement parce que la mort du livre, on l'a entendu beaucoup, beaucoup, beaucoup, mais en réalité, le livre résiste largement et puis les usages nouveaux autour de la lecture, je les vois d'un œil plutôt favorable. Parce qu'au fond, on en revient toujours au livre. C'est-à-dire que pour moi, par exemple, le livre audio ou les podcasts, tout ça, c'est quelque chose, c'est une grande conversation, justement, qui crée une certaine variété sur le format accessible, qui est plutôt enthousiasmante et qui donne envie. Donc, j'aime beaucoup ton idée.

  • Speaker #1

    Alors, je rebondis sur notre deuxième idée qu'on évoquait tout à l'heure sur la mission. finalement politiques de créer une école comme les mots. Et je reprends un peu le fil de votre pensée, Élise, en se disant j'ai adoré quand on a préparé le podcast, vous m'avez dit en fait finalement d'ouvrir cette école, c'est donner un espace pour tendre la plume aux gens. Les gens, ils viennent, ils conversent, ils parlent, ils se rencontrent. Donc c'est un lieu physique et aussi maintenant numérique. Je crois que dès 2018, un an après la fondation, vous l'avez aussi lancé à distance pour pouvoir... en faire bénéficier les gens qui ne sont pas à Paris, évidemment. Mais il y a cette idée de la mise en récit. Qu'est-ce qu'on raconte ? Vous m'avez aussi confié qu'il y a des gens qui viennent, ils ont envie d'écrire, mais ils n'ont pas forcément envie d'être publiés. Certains, oui, et je sais que vous travaillez en ce sens, mais il y a des gens aussi qui ont juste envie d'écrire pour écrire. Et je crois que c'est important de se réapproprier à l'heure où on nous sape notre attention sans cesse. On a l'impression qu'on nous martèle des messages, l'information, l'actualité. en ce début d'année, mais j'allais dire, c'est un peu toujours la même chose. Moi qui suis énormément l'actualité. Là, il y a Trump qui vient d'être intronisé, qui vient de prendre le pouvoir quelques jours après l'enregistrement de ce podcast. Il y a beaucoup de choses qui ont un effet sur nous et sur notre humeur. Moi, je me suis rendu compte lundi, lors de l'inauguration de Trump, que... on parlait du Blue Monday, le lundi le plus déprimant de l'année. Alors moi, je venais de terminer mon prochain livre, donc j'étais très contente. Mais en revanche, c'est plutôt ce qui se passait aux Etats-Unis qui me déprimait. Et donc, on a besoin de réenchanter le monde et le récit. Et c'est un peu ce que vous faites,

  • Speaker #0

    vous, au mot. Oui, c'est vrai. En fait, un atelier à l'école, que vous soyez 4, 8 ou même 20 ou 25, pour moi, c'est... un espace de liberté. Littéralement. Aujourd'hui, notre attention est le fruit de toutes les attentions. Et donc, on est sans cesse sollicité pour acheter des choses. Et des choses qui peuvent être très bien d'ailleurs, qui sont souvent ou parfois portées par des entreprises super. Ça n'est pas le problème. Mais nous, du point de vue individuel, l'attention, on est sur sollicité et ça crée une fatigue. sensorielle et émotionnelle qui peut être plus ou moins forte en fonction de sa sensibilité, mais que je crois qu'on partage quand même tous. Et l'espace de l'atelier, c'est un espace où on récupère un petit peu de son libre arbitre. On ne pourra jamais vous... C'est un espace de liberté. On ne peut pas mettre des panneaux publicitaires. On ne va pas tout d'un coup... Vous voyez, dans l'atelier, il n'y a pas tout d'un coup... On ne va pas s'arrêter pour passer à un spot publicitaire. Un flash pub. Un flash pub. Vous voyez, c'est... C'est un espace à nous. Et ça, c'est quelque chose de... C'est plus que précieux, c'est carrément vital, c'est essentiel. Dans cet espace de liberté, les personnes vont raconter leur intimité, au fond. Mais l'intimité est politique. Aujourd'hui, on a tendance, puisqu'on est dans une société où on valorise l'individu... Ce qui est génial. On a de la chance d'être valorisés en tant qu'individus. Ça n'a pas toujours été le cas, il faut quand même le rappeler. Mais on a tendance un petit peu parfois à sous-estimer le fait que nous ne sommes finalement pas si originaux que ça. On est porteurs d'une culture religieuse, nationale. On est réunis et on est pétris de politiques les uns et les autres. Et donc être ensemble dans une salle, en toute liberté, en exposant et en parlant de nos intimités, c'est un acte politique. Et en réalité, on prend conscience parfois, justement, le politique c'est le groupe, c'est l'inverse de l'individu. Le collectif. Le collectif, exactement. C'est le collectif. C'est prendre conscience de soi en tant qu'instance collective qui est traversée et qui partage un certain nombre de valeurs. Et aujourd'hui, les valeurs qu'on partage, elles existent, mais dans cette espèce de l'atelier, elles vont être exprimées, confrontées, débattues. C'est houleux, souvent, les ateliers. On sent qu'on est dans une période un peu houleuse. On est dans une période où, dans l'espace même d'un atelier à l'école, les gens peuvent se disputer.

  • Speaker #1

    Cliver.

  • Speaker #0

    Cliver. C'est-à-dire qu'on dit toujours les journalistes sur les plateaux Ils se disputent entre eux, les politiques, c'est lamentable. Mais c'est à notre image. Nous faisons la même chose. C'est marrant. Et justement, cette façon de se déresponsabiliser en parlant des politiques comme d'une entité extérieure, en réalité, dans un atelier, nous, on a vu souvent, on doit gérer des gens. Une telle personne a dit ça, ça n'est pas admissible. C'est toute la question de ce qu'on peut dire, de la censure, du politiquement correct, et en même temps, du libre-arbitre, du fait de... Liberté d'expression. De la liberté d'expression. Voilà, c'est satarisant. La liberté... d'expression. La liberté d'expression, le sujet est au cœur d'une société qui s'appelle les mots. Les mots, la liberté d'expression, jusqu'où elle va ? Et la liberté d'expression, c'est le sujet majeur, un sujet majeur aujourd'hui. Et c'est un sujet majeur qu'on pourrait en parler pendant des heures. Donc, tout ça pour dire que aujourd'hui, l'espace de l'atelier, pour moi, c'est un espace de liberté. Il n'y en a pas tant que ça. Même s'il y en a, vous allez au café d'en bas, c'est un espèce de liberté. On a de la chance de vivre dans une démocratie quand même où on peut parler. Mais c'est un espace où on autorise le fait d'exposer son intimité. C'est pour ça d'ailleurs que ça crée des groupes très soudés. Les gens à l'école peuvent vous dire quand ils sortent d'un atelier, souvent ils se revoient. Ça crée quelque chose de profond, ça crée un lien profond. Et en même temps, tout ça, si on prend un peu de recul, C'est vrai que c'est comme ce que tu disais, c'est de nouveaux récits, de nouveaux imaginaires qui se mettent en place. Et c'est constamment ce que font les hommes de tous les temps. On réinvente et on repose les questions et on rebat le tapis. Rebat le tapis, ce n'est pas une expression, mais on remet l'ouvrage. Il y a une sorte de roulement comme ça où constamment on remet, on remet, on remet à l'infini. C'est ça le... Le cycle de la pensée, le cycle de la vie, c'est la même chose. Et c'est ce qui se passe. Et évidemment, là, on réécrit les choses. On réécrit constamment les choses qui ne sont pas les mêmes choses qu'hier. Ce n'est pas le même récit qu'hier. On ne peut pas dire, oh là là, mais non, il faut revenir au récit d'hier. Ce n'est pas possible. On réécrit les choses. Donc, réécrire les choses collectivement et intimement, c'est ce qui se passe à l'école. Donc, ce n'est pas qu'une question d'atelier comme ça. Oui, des petits ateliers, d'une petite activité hobby, quoi. Pour moi, ce n'est pas comme ça que je le perçois.

  • Speaker #1

    On voit la dimension politique, universelle de votre mission, Élise. J'adore parce que cette conversation nous a fait partir des mots, de votre parcours, de ce moment de bascule, la rencontre avec l'écriture, et puis avec Alexandre Lacroix également, avec votre cofondateur de l'école Les Mots, que vous avez ouverte en 2017. Et puis, on a cheminé comme ça à travers les mots, la littérature, le goût de la lecture. vers l'importance des mots et du récit, et ce nouveau récit qui a réinventé. Je me rappelle qu'il y a quelques années, au moment du Covid, on parlait beaucoup du monde de demain, on imaginait des utopies incroyables. Cinq ans plus tard, qu'est-ce qu'il en reste ? On peut se demander. Et puis avec l'arrivée au pouvoir, le retour au pouvoir de Trump et d'autres, moi, je me pose beaucoup de questions sur ce nouveau récit collectif. Est-ce qu'on a encore envie de vivre ensemble, de faire récit ? Alors, il y a une dernière question que j'avais envie de vous poser. parce qu'elle me brûle la langue depuis tout à l'heure et c'est une question que j'adore poser aux gens. Et je vous recommande aussi, peut-être, chers auditeurs, de la poser autour de vous parce que je suis toujours surprise par les réponses. C'est quel est votre livre préféré ou le livre qui a changé votre vie ? Ou alors si la question vous semble beaucoup trop haute, c'est simplement un livre que vous avez adoré dernièrement. Alors moi, je vous le livre, le livre qui a changé ma vie, c'est Le soulier de satin de Claudel que j'ai étudié en Cagnes. La première fois que je l'ai lu, je l'ai jeté à l'autre bout de la pièce parce qu'une pièce de théâtre de 500 pages... qui se représente en 12 heures sur scène. Ce n'est pas possible, a priori, et qui confond toutes les unités de temps, de lieux, etc. Puis finalement, ce livre a changé ma vie et j'y reviens sans cesse. Il est toujours sur ma table de chevet. Donc, Élise, c'est quoi, vous, le livre qui a changé votre vie ?

  • Speaker #0

    Vous m'avez donné envie de le lire.

  • Speaker #1

    Et il est en ce moment à la Comédie française. Je n'ai même pas pu avoir de place encore, mais je crois qu'Éric Ruff l'a monté à la Comédie française jusqu'à fin mars, il me semble. En 7 heures ! Moi, j'ai déjà vu en 12 heures par Olivier Pio, Châtelet, etc. Là, c'est que 7 heures.

  • Speaker #0

    Alors, c'est une très belle question à poser. Je trouve que c'est une très belle question à poser parce que d'abord, c'est un cadeau de poser cette question à une personne. Puisqu'en fait, se poser cette question, c'est magnifique. C'est déjà le début de toute une réflexion.

  • Speaker #1

    Ça nous livre beaucoup. Tout à fait.

  • Speaker #0

    Spontanément, la première réponse qui me vient à l'esprit, c'est les mémoires du jeune fille bien rangée de Simone de Beauvoir.

  • Speaker #1

    Je retrouve une expression d'Élise, là. Les mémoires du jeune fille bien rangées.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    S'il faut être bien rangée.

  • Speaker #0

    Oui, c'est vrai.

  • Speaker #1

    Oui, mais je comprends. C'est aussi un de mes livres préférés.

  • Speaker #0

    Ce livre, elle y expose sa prise de conscience de sa vocation d'écrivain. C'est ça qui m'a beaucoup marquée.

  • Speaker #1

    Vous l'avez lu à quel âge, Élise ?

  • Speaker #0

    20 ans. Et elle dit, voilà, je veux être un écrivain. mais pas qu'un écrivain, je veux être un écrivain célèbre. Elle dit ça à un moment et elle y évoque toute cette trajectoire, mais beaucoup orientée autour de son futur travail d'écrivain et en même temps cette envie de se libérer d'un certain nombre de carcans.

  • Speaker #1

    Et de son éducation bourgeoise.

  • Speaker #0

    Et de son éducation.

  • Speaker #1

    Dans le sixième.

  • Speaker #0

    Voilà, d'une certaine aspiration à une liberté, je dirais, une envie de liberté. Et ce livre m'a beaucoup marquée. Alors à l'époque, moi, ce livre a fait écho au sentiment de... J'avais ce sentiment d'une vocation d'écrivain. J'avais envie d'être écrivain. Alors la vie est surprenante si on se laisse, si on accepte de se laisser surprendre. Donc finalement, je ne suis pas devenue écrivain, mais j'ai créé avec Alexandre cette école magnifique qui me donne énormément de satisfaction. Mais en tout cas, à l'époque, voilà, c'était... Et puis vous êtes jeune encore.

  • Speaker #1

    Vous venez de fêter vos 40 ans. Merci.

  • Speaker #0

    Qui c'est ? Oui, c'est vrai qu'on ne sait pas de quoi l'avenir est fait. Et donc voilà, c'est un livre qui m'a quand même énormément marquée et qui reste pour moi un souvenir d'ailleurs, où je me souviens du lieu où je lisais ce livre, de la chambre, de la lumière à ce moment-là. Vous voyez, des détails... qui ancre le souvenir de lecture.

  • Speaker #1

    Et qui fait partie de l'expérience globale de lecture.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Je trouve que c'est une transition parfaite pour la conclusion. Parce qu'on parlait tout à l'heure, et c'est ce qui me fascine dans votre mission et ce que vous faites au quotidien, Élise Nebout, avec l'école, les mots notamment, et aussi la personne que vous êtes. C'est cet engagement, cette mission pour... pour travailler de nouveaux récits, de nouvelles histoires et pouvoir donner des ailes à des futurs écrivains pour mettre des mots justement sur leur vie, sur ce qu'on traverse, sur le monde de demain qu'on a envie de voir venir. Donc je termine avec cette citation qui m'a portée depuis ma lecture des mémoires de jeune fille rangée quand j'étais une jeune fille bien rangée. C'est la fin de la première partie, je crois. Elle dit que... Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterai.

  • Speaker #0

    Magnifique. C'est très beau.

  • Speaker #1

    C'est en capsule pas mal de choses.

  • Speaker #0

    Oui, je suis d'accord. Et puis l'écriture de Simone de Beauvoir est très précise. Il faut le dire, je trouve. Aujourd'hui, dans la littérature, il y a une certaine tendance à un style écrit très oral. C'est assez vrai. Ça caractérise beaucoup la littérature contemporaine. Quand on... relit des livres d'une autre époque finalement. C'est aussi un autre rapport au mot et à l'écrit. Je trouve que la langue de Simone de Beauvoir est assez précise avec cette espèce de... patte un petit peu, tu sais, comme quand on écoute une interview audio, radio, dans les années 50-60. On voit que c'est plus... C'est plus déjà la même façon de parler. On voit comme la langue évolue au fond. Et donc, voilà, c'est merveilleusement bien écrit, en fait.

  • Speaker #1

    Chers auditeurs, chères auditrices, évidemment, j'espère que cet épisode avec Élise Nebou vous aura donné l'envie de lire et d'écrire. Je vous souhaite une très bonne journée. Merci infiniment, Élise.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup, Fanny, pour cette invitation.

  • Speaker #1

    Et pour en savoir davantage, rendez-vous sur le site internet de l'école les mots.co,

  • Speaker #0

    je crois. Exactement.

  • Speaker #1

    Merci, à bientôt. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à écouter cet épisode que j'en ai eu à l'enregistrer. Comme toutes les bonnes choses, il se partage. Alors n'hésitez pas à l'envoyer à vos proches. Enfin, si vous voulez vraiment me faire plaisir, vous pouvez lui mettre 5 étoiles dans l'appli et un petit commentaire ou m'envoyer un e-mail. J'essaye toujours de répondre. A bientôt au prochain épisode de l'art de l'attention.

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