- Speaker #0
Bonjour Émilie.
- Speaker #1
Bonjour Megda.
- Speaker #0
Ça y est, je m'attaque à l'écriture de ma thèse. Pourquoi est-il recommandé d'établir un plan détaillé avant de commencer à rédiger ?
- Speaker #1
Tout simplement pour savoir où tu es. Sinon, c'est pas facile. Bon, plus sérieusement, alors tu as dit le mot plan détaillé. Je reviens sur le terme détaillé parce que, en fait, ça dépend. Certains doctorants vont avoir besoin d'un plan très détaillé parce que... Parce qu'ils sont comme ça. Ce sont des gens qui planifient beaucoup, qui ont cette capacité à planifier en amont l'écriture, et qui seront très très rassurés par le fait d'avoir un plan très détaillé, et qui sont capables de faire un plan très détaillé. Moi j'ai vraiment des doctorants parfois qui ont des plans de 20, 30 pages, pour te dire le niveau de détail. Vraiment c'est comme des, presque à ce niveau-là, comme des résumés de la thèse qui ont été écrits en amont. Mais il y a aussi certains doctorants qui ne fonctionnent absolument pas de cette façon-là. qui ne peuvent pas aller autant dans les détails, parce qu'en réalité, ils ont besoin d'écrire pour savoir ce qu'ils vont dire. L'écriture, il y a comme une première phase d'écriture analytique, en fait, qui est nécessaire. Dans ce cas-là, je leur conseille de faire aussi un plan, mais pas détaillé. Un plan de deux pages, par exemple, avec des grandes parties. Donc justement, peut-être revenir sur ce que c'est un plan. Le plan, c'est simplement un document avec les différentes parties et sous-parties de la thèse. tel qu'on les planifie avant l'écriture. Donc il peut y avoir un niveau de sous-partie, donc encore une fois très variable. On peut aller jusqu'à la sous-sous-sous-sous-section, ou alors si on a besoin de quelque chose d'un peu plus souple, on met juste les grandes parties, les chapitres, et puis c'est tout. En tout cas, il doit exister, même s'il n'est pas très détaillé. Même si on considère qu'il est souple, qu'il est retravaillable, il faut quand même avoir au moins les grandes parties qui sont posées. pour avoir cette clarté d'esprit, parce qu'on peut sinon très facilement se perdre dans l'écriture. Et ce que je conseille, c'est de ne pas mettre simplement les titres, mais en dessous de chaque titre, mettre quel va être l'objectif de cette partie, l'objectif de ce chapitre, qu'est-ce qu'on compte y démontrer, et bien sûr, avec quelles ressources. Est-ce que, voilà, dans cette partie, je vais citer, ce sera le moment de citer tel auteur, ce sera le moment de citer tel entretien, c'est ce travail-là qu'il faut commencer à faire. Donc tu te rends compte que le plan, c'est pas seulement... Pour écrire, c'est aussi pour classer ces données dont on va avoir besoin pour l'écriture. Enfin, tout va ensemble. Mais oui, c'est absolument une étape indispensable.
- Speaker #0
Comment fixer des objectifs d'écriture réalistes et motivants ?
- Speaker #1
Alors, je commence par réaliste. Je trouve que ces deux adjectifs sont intéressants, et c'est vrai qu'ils doivent être à la fois réalistes et motivants. Alors, réaliste, on en avait parlé dans un épisode précédent, Megda. C'est vrai que ce n'est pas facile du tout. On a tendance à être beaucoup trop optimiste, parce qu'on se base sur ce qu'on voudrait avoir. Et en général, on a hâte de finir la rédaction, parce que c'est la fin de la thèse, la fin de la rédaction. Mais ça ne se passe pas toujours comme ça, la rédaction est souvent plus longue que ce qu'on croit. C'est vraiment une étape très longue, ça prend facilement 50% du temps de thèse. Donc comment faire pour être réaliste ? Il faut d'abord se connaître soi-même, connaître son propre rythme d'écriture, et connaître sa propre méthode d'écriture. Je l'ai dit tout à l'heure, il y a... Des doctorants qui avancent en planifiant beaucoup, d'autres qui préfèrent se lancer tête baissée dans un premier G pour replanifier ensuite. En fait, chacun est différent. Mais de toute façon, ce qu'il faut reconnaître, c'est qu'il y a plusieurs étapes à l'écriture. Vous n'imaginez pas que, ne pensez pas que, vous allez ouvrir le document, réfléchir 5 minutes, et puis commencer à écrire un beau texte qui sera le texte de votre thèse. Ça ne va pas se passer comme ça. Il y a beaucoup d'étapes. avant l'écriture de ce texte ultime. Étape de planification, étape d'aller chercher les données utiles, étape d'un premier jet, étape d'une révision du premier jet, d'un deuxième jet, peut-être parfois même d'une replanification, et à ce moment-là, on a besoin d'aller rechercher des données, etc. En fait, tu vois, ça peut aller très loin. Donc, il va vraiment y avoir plusieurs couches. Et donc, il faut que vous vous lancez, vous vous observez, et vous comprenez pour vous quelles sont ces différentes étapes. et comme ça vous les intégrer dans vos objectifs en termes temporels vous arrivez à voir combien de temps ça vous prend à vous d'écrire par exemple une dizaine de pages et c'est ça qui va vous permettre d'avoir des objectifs réalistes si on est réaliste, si on s'accepte soi-même au début dans sa lenteur on va voir qu'au fur et à mesure on arrive à avancer un petit peu plus vite et ensuite tu as dit objectif motivant c'est vrai c'est une bonne question parce que malgré tout il faut qu'il soit motivant Il faut qu'il nous mette un petit peu de pression. les objectifs, mais la dose juste de pression, un peu, mais pas trop, sinon ça bloque. Donc un peu de pression, il faut quand même se poser des dates, ou disons des créneaux, où on va pouvoir considérer qu'un texte est abouti. Donc pour ça, je pense qu'il faut aussi accepter de... Enfin, il faut se poser la question de qu'est-ce que je considère comme abouti, en fait. Parce que quand on est trop perfectionniste, on ne va jamais y arriver. justement on va jamais arriver à considérer un texte comme étant suffisamment abouti donc il va falloir lutter contre son perfectionnisme et se poser un critère beaucoup plus réaliste par exemple si dans ce texte j'ai réussi simplement à exprimer telle idée et que c'est à peu près compréhensible ok c'est bon je passe au suivant et je reste pas bloqué des mois dessus voilà c'est ça qui va être motivant en fait c'est de se dire à telle date j'arrête sur ce texte si j'ai obtenu un truc a minima je suis compréhensible Ok, c'est bon, je passe au reste. Et tant pis si le texte n'est pas parfait.
- Speaker #0
Tu as parlé du risque d'être perfectionniste. Pourquoi est-ce qu'il ne faut pas chercher la perfection dès la première version d'un chapitre ?
- Speaker #1
Parce que c'est bloquant, déjà. Si tu cherches la perfection, tu vas... Comme la perfection n'existe pas, tu n'auras jamais ton chapitre. Et puis, même ça peut vraiment bloquer au niveau de la mise en route de l'écriture. Puis ensuite, il faut comprendre que... La première version, très souvent, elle est amenée à être révisée. Déjà parce qu'elle va être relue, sans doute à un moment, par l'encadrant, qui peut avoir des remarques, et même en fait relue par vous-même. Et peut-être que dans six mois, vous aurez évolué. Donc, si vous avez passé du temps à chercher la perfection sur un texte qu'en fait dans six mois vous allez devoir revoir, c'est absurde. C'est pour ça qu'il ne faut pas chercher la perfection. Sur un chapitre, il faut une version suffisamment bonne, sachant qu'après, sans doute à la fin, il y aura un rebalayage et un relissage de tout.
- Speaker #0
Tu as parlé de la relecture. Quels sont les avantages de faire relire ces chapitres par des collègues ou sa directrice ou directeur de thèse ?
- Speaker #1
C'est vraiment un grand besoin des doctorants de se faire relire. Et je dois dire que c'est parfois un besoin qui n'est pas écouté et qui est vraiment frustré. Beaucoup de doctorants se sentent seuls parce qu'ils ne sont pas. pas relu, ou pas relu assez souvent. Se faire relire, en fait, ça permet d'acquérir de la reconnaissance et de la confiance de l'autre. Parfois, il suffit d'un mot, de dire ça va continuer comme ça, et voilà, et la personne est soulagée. Bon, peut-être un peu plus qu'un mot, en fait, il faut quand même argumenter, sinon elle ne va pas croire que ça va, que ça continue comme ça. Mais en tout cas, le regard extérieur, il doit vraiment nous donner confiance, nous mettre en confiance, parce que quand on a la tête dans le guidon, on ne sait pas si on fait bien les choses. D'autant plus que c'est la première fois en général, la première fois de sa vie qu'on fait une thèse, donc on n'a pas de référence, donc on ne sait pas si on fait bien. Donc c'est pour ça que se faire relire, c'est très important. C'est aussi important pour comprendre ce qui peut être amélioré. Il y a beaucoup de difficultés à ce propos, parce qu'en fait ça veut dire accepter la critique. Donc accepter que l'autre personne peut avoir un regard critique sur notre texte, et ce n'est pas simple, parce que souvent notre texte c'est notre bébé. il y a quelque chose Au début de moins de très personnel, on y met beaucoup d'émotion et on a du mal à accepter la critique et pourtant c'est quelque chose d'absolument indispensable, on va devoir s'y faire peu à peu. Il faut accepter ce regard extérieur et critique sur son texte pour pouvoir posément ensuite l'améliorer. Par contre le piège, ça serait à l'inverse de chercher aveuglément l'approbation de l'autre en fait. Si je n'ai pas l'approbation de l'autre, je ne peux pas avancer. Il ne faut pas non plus tomber dans cet excès-là, en fait. Parce que là, vous allez vouloir avoir le texte parfait. Si vous avez une critique, vous serez complètement démoli intérieurement. Donc, vous devez vous faire relire, mais pas pour chercher l'approbation. Vous devez vous faire relire pour avoir ce regard extérieur qui va vous permettre d'améliorer le texte. Il y a parfois des critiques que vous pourrez ne pas accepter et rejeter. C'est la vie. C'est possible aussi, vous restez autonomes par rapport au regard extérieur. Mais c'est vrai que tout de même, cette étape de confrontation au regard de l'autre est nécessaire pour aussi se préparer petit à petit à la soutenance.
- Speaker #0
Enfin, j'aimerais aborder une problématique que beaucoup de personnes rencontrent, c'est le syndrome de la page blanche. Comment le gérer pendant la rédaction de la thèse ?
- Speaker #1
Oui, je pense que d'abord, il faut comprendre ce qui se passe quand on est bloqué. Les blocages sont très fréquents. Alors, qu'est-ce qui vous arrive si vous êtes bloqué ? Est-ce que vous avez, par exemple, trop de pression ? Pression ? c'est-à-dire trop d'attente. Et ça rejoint la thématique du perfectionnisme qu'on a abordé tout à l'heure, Megda. Donc, en fait, ce texte, c'est vraiment... Il est hyper important, j'ai vraiment quelque chose de très important à dire, il faut que je sois convaincante, il faut absolument que je convainque mon encadrant, là, c'est vraiment très... La pression monte, monte, monte, ou alors, c'est aussi la pression sur les échéances, il faut absolument que je le rende dans deux semaines. Là, il faut que je le rende, il faut que je le rende, et du coup, on bloque. Et il n'y a plus rien qui sort. Donc là, c'est trop de pression. Alors, trop de pression, comment ça se soigne ? En baissant la pression. Et donc, baisser la pression, c'est... Ok, j'accepterais que ce texte soit peut-être un petit peu moins bon que ce que j'avais pensé. Je passe par un brouillon. Je fais d'abord un brouillon, c'est-à-dire quelque chose dont je n'attends pas grand-chose. Donc, je fais baisser la pression. Je peux aussi faire baisser la pression si j'ai une échéance sur la longueur du texte, longueur aux qualités. Tant pis, j'ai une échéance, il sera un peu moins long que ce que j'avais prévu. En tout cas, l'important, c'est vraiment de trouver la soupape de la cocotte minute. C'est ça qui va permettre de dépasser ce syndrome de la page blanche. Mais parfois, ça peut être aussi parce qu'on est bloqué à la page blanche, parce que nos idées ne sont pas mûres. Et ça, ça arrive, et c'est difficile à entendre. Mais parfois, on a besoin de temps. L'idée n'est pas mûre, l'idée n'est pas encore prête à être simulée dans notre tête. Et là, on n'y peut rien. Il y a comme un temps dans notre cerveau. Notre cerveau fait sa propre cuisine. Et on ne peut pas accélérer les choses. C'est comme ça. Et c'est pour ça aussi que les thèses sont parfois plus longues que prévues. Parce qu'il y a un temps de maturation. Donc, je dirais, lâchez du lest. Laissez votre cerveau faire son travail. Faites de grandes promenades dans la nature ou en ville. Et les idées, elles vont mûrir à leur rythme. Donc, là aussi, il faut savoir un peu lâcher prise pour que... il y ait cette... pour qu'on comprenne à quel moment on est prêt pour écrire, réellement prêt. Enfin, une autre cause de la page blanche, et je finirai par ça, c'est de tout simplement ne pas savoir par quoi commencer. Et quand on ne sait pas réellement quoi faire, on n'arrive pas à passer à l'action. Tout simplement. Donc peut-être que ça vous concerne. Demandez-vous là si vous êtes bloqué, mais est-ce que je sais vraiment ce que je dois faire ? Et si la réponse est non, c'est peut-être tout simplement ça la cause du blocage. Donc, ben... Par quoi on commence ? Pour écrire, on se pose d'abord une petite question. C'est toujours cette notion de poser une question de recherche. Donc, si vous écrivez une petite section, ça sera une toute petite question de recherche. Mais quand même, il faut qu'elle soit posée. On jette quelques pistes en brouillon. Et puis, à partir de ces pistes, vraiment en brouillon, dont on n'attend rien, encore une fois, on ne se met pas de pression. On les retravaille petit à petit. C'est juste un matériau. On commence à planifier. On commence à aller voir quelles données pourraient venir. Pour étayer tout ça, on y va petit à petit, étape par étape. Donc je reviens à ce que je disais tout à l'heure, il faut comprendre que l'écriture, ce n'est pas écrire d'un coup comme ça. C'est vraiment des petites étapes les unes après les autres qu'il faut identifier pour les faire les unes après les autres. Et c'est ça aussi qui va débloquer le processus.
- Speaker #0
Merci beaucoup Émilie.
- Speaker #1
Avec plaisir Megda.
- Speaker #0
A très bientôt.
- Speaker #1
A bientôt.