- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à ce nouveau Café des Lyonnes. Bonjour Alexandra.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors je suis ravie aujourd'hui d'accueillir Alexandra Mathiolon, vous êtes la présidente directrice générale du groupe Terpim, fleuron de l'industrie régionale, cocorico, on aime bien le dire ici au Café des Lyonnes. Et ce matin je vous accueille pour ce magnifique Café des Lyonnes dans les locaux de l'Académie à l'Intercontinental à Lyon. On va parler de votre parcours, on va parler de la place des femmes dans votre secteur d'activité, mais d'abord Alexandra, première question. Vous la connaissez, est-ce que vous êtes une femme engagée et pour vous ça veut dire quoi l'engagement ?
- Speaker #1
Eh bien déjà merci de me recevoir, c'est un vrai plaisir d'être là et justement de parler de l'engagement. Effectivement je me définis comme quelqu'un d'engagée, je l'assume avec plaisir. Déjà engagée sur l'enjeu prioritaire dans mon entreprise qui est la sécurité, la prévention sur les chantiers, au service du coup des 2800 collaborateurs et collaboratrices de Serfim, mais aussi de notre personnel intérimaire et puis aussi de... Toutes les parties prenantes engagées autour de nos chantiers. Et puis aussi très engagées sur la question environnementale, que je lis évidemment au premier sujet pour moi, parce qu'en fait, mon engagement est finalement profondément tourné vers l'humain. Et quand on est engagé au service de la transition environnementale, on est engagé au service de l'humain sur le long terme, mais aussi le moyen terme, voire le court terme, quand on voit les enjeux climatiques. Et donc du coup, un engagement tourné profondément sur ce sujet-là. que j'ai nourrie au fil de ma vie et de ma carrière, et puis que j'essaye d'emmener profondément au sein de l'entreprise, évidemment en réduisant notre impact environnemental dans la façon dont on fait nos métiers, mais aussi beaucoup au service du sens de nos métiers. Et on travaille aujourd'hui en lien avec notre raison d'être que nous avons définie, de contribuer à améliorer la qualité de vie en aménageant des territoires durables et respectueux du vivant. Un certain nombre de missions que sont préserver la ressource en eau, accélérer la transition énergétique, limiter l'épuisement des matières premières, régénérer la biodiversité, adapter la résilience de nos infrastructures aux aléas climatiques par exemple, et puis optimiser la technologie au service de ces transitions. Et pour moi cet engagement finalement il se traduit avant tout... profondément dans la manière dont on fait nos choix au sein de l'entreprise, en se disant pour chaque décision, chaque chantier qu'on va choisir, est-ce qu'on prend la bonne décision pour... Est-ce que cette décision va dans le bon sens ? Est-ce qu'on prend la bonne décision pour nos enfants ? Évidemment, je pense qu'on doit aussi se poser la question dans notre vie personnelle.
- Speaker #0
Et alors, vous êtes une jeune dirigeante d'entreprise, vous avez repris le flambeau de votre papa qui était dirigeant avant vous. Comment vous percevez cette question de la place des femmes ? Parce que vous êtes dans un secteur d'activité qui est quand même traditionnellement plutôt masculin. Est-ce que ça a été un frein pour vous d'accéder à ce poste en tant que femme ? Ou finalement la difficulté c'est de s'approprier les codes d'un secteur d'activité, d'un métier et de venir y insuffler sa patte ?
- Speaker #1
Alors pour moi ça n'a pas du tout été un frein et je pense que si, j'ai aussi malgré tout baigné dedans, grandi. en lien avec ce secteur d'activité, mais plus largement, je pense que déjà, je suis grandie dans une famille qui m'a vraiment profondément donné confiance en moi, qui m'a déjà... Je n'ai posé aucune limite en matière de ce que je souhaitais faire. Je pense que j'ai voulu faire des choses extrêmement variées, étant jeune, à différents âges, d'architecte à pilote de ligne, astronaute à un moment, journaliste, des choses extrêmement variées. Ça,
- Speaker #0
c'était vos rêves de petite fille ?
- Speaker #1
Voilà, c'est vrai que ça allait un petit peu dans tous les sens, dans ce que je vous disais, mais je pense que j'avais cette curiosité très importante. Je pense que j'ai aussi été poussée familialement à se donner, à être toujours sérieuse, rigoureuse, à ne pas trop louper l'école et être vraiment au maximum présente et engagée. Et voilà, nous, on est trois filles au sein de la famille, donc je pense que ça nous a aussi énormément nourries, cette volonté, cet engagement aussi sur des choses extrêmement variées. Donc déjà... Pour moi, c'était déjà évidemment la dimension familiale. Après, au cours de mon parcours, on va dire, académique, bon, en prépa, je pense qu'on ne fait que travailler, ça n'a pas vraiment été un sujet pour moi. Après, effectivement, au MINE de Saint-Etienne, on se retrouve dans une promotion, comme souvent dans les écoles d'ingénieurs, même si ça doit s'améliorer probablement un peu doucement. Je n'ai pas vérifié les dernières statistiques, mon compte devait être à un peu moins de 25% de femmes. Au sein de, voire 20 je pense, au sein de l'école des mines, dans des promotions qui sont relativement petites, donc il faut quand même s'assumer, avoir confiance en soi, vouloir savoir prendre un peu la parole. Donc pour moi ça n'a été pas un sujet, mais on voyait quand même qu'il y avait malgré tout déjà des biens en conscience sur ce que pouvaient faire des femmes ou autres, et du coup il fallait effectivement toujours se poser la question. ...question et aller là où on a envie d'aller. Moi, c'est à ce moment-là que j'ai voulu vraiment m'engager sur la question environnementale. Puis cet engagement s'est nourri et je suis partie en double diplôme à l'Imperial College à Londres et puis après chez McKinsey, où là j'ai été vraiment dans des contextes, on va dire, très anglo-saxons, avec, je pense, une culture sur les biens conscients assez différente de la France. Donc voilà, avec peut-être... plus de règles, à tort ou à raison, parce que certaines pouvaient peut-être être très poussées. Mais voilà, un environnement très international, une diversité assez incroyable.
- Speaker #0
Mais du coup, ce que vous voulez nous dire, c'est quoi ? C'est qu'il y avait moins de différences entre les hommes et les femmes ?
- Speaker #1
En tout cas, je ne voyais vraiment pas, moi, de différence. Je pense plus de conscience, de ces biais inconscients, notamment chez McKinsey et moi, dans les profils qui m'ont marquée. Notamment dans ma vie professionnelle, il y a eu vraiment des hommes et des femmes. Il y a eu ma chef principalement quand j'étais chez McKinsey, qui était une femme Kimberly Anderson, une américaine top. Et voilà, c'est vrai qu'elle m'a marquée par son engagement, sa confiance. En tout cas, moi, je ne voyais pas vraiment de différence. Et puis après, évidemment, je suis rentrée dans l'entreprise familiale. Honnêtement, je pense que j'ai eu un accueil assez incroyable, très positif. Je pense qu'une vraie envie collective aussi de perdurer ce modèle d'entreprise indépendante, parce qu'on reste à 100% indépendant avec un actionnariat qui est familial et managérial au sein de l'entreprise Serfine. J'ai commencé pendant deux ans dans le groupe aux côtés de Sébastien Bonnet, qui dirige l'activité Énergie. Et auprès de lui et auprès de l'ensemble des équipes, j'ai vraiment eu un accueil très... Très positif. Et puis après aussi, en passant à la direction générale, pareil, on va dire que j'ai eu une intro dans ce monde des travaux publics, en plus de la dimension que je connaissais déjà à titre personnel. J'avais fait un ou deux jobs quand j'étais plus jeune au sein de l'entreprise familiale, qui était quand même vraiment très bon. Après, il a fallu effectivement assumer aussi certaines choses. Oui,
- Speaker #0
ce n'était pas trop difficile de faire ses preuves parce que,
- Speaker #1
je veux dire,
- Speaker #0
Vous êtes une jeune femme, vous arrivez, vous reprenez une entreprise qui était avant à votre papa. Donc, il y a quand même ce sentiment aussi de devoir prouver que vous êtes au bon endroit.
- Speaker #1
Alors moi je suis arrivée assez sereine évidemment en me disant déjà première chose je vais pas commencer à douter tout le temps donc je me suis un peu donné les dates anniversaires où je me dirais je douterais peut-être au bout de deux ans mais je m'étais dit pendant un moment tu doutes pas. D'accord. Ça c'est je pense une technique aussi parce que sinon on peut être amené à douter trop souvent. Oui. Je me dis évidemment il faut pas complètement jamais douter. Oui oui oui. C'est mauvais mais par contre se douter je pense au bon moment et pas de manière trop on va dire régulière. Et puis après, effectivement, très pratique aux pratiques, mais la contrainte, on va dire, l'enjeu principal que j'ai eu aussi, c'était j'ai fait mes deux bébés en arrivant assez rapidement au sein de l'entreprise familiale. Oui, j'ai eu, voilà, effectivement, je suis arrivée en début 2018 et ma fille est née en juillet 2021 et mon fils en mars, juillet 2019 et mon fils en mars 2021. Donc vraiment, voilà, c'était au début. Mais voilà, c'était le bon moment pour, je pense que c'est déjà assez compliqué de se mettre d'accord à deux. Je pense que si on commence à prendre tous les autres aspects, trop de paramètres, on ne va jamais faire de bébé. Donc là, c'était le bon moment pour nous. Et voilà, il fallait assumer. J'ai essayé de prendre, évidemment, quand même des congés maternités raisonnables. Pas les plus longs, évidemment, mais quand même raisonnables pour quand même profiter de son bébé, être là et soi aussi, de son maman. Et puis... aussi pouvoir se poser. Et puis après, même avec des choses très pratiques comme l'allaitement, où j'ai souhaité allaiter pendant six mois, avec les contraintes de reprendre le travail relativement rapidement, donc du coup, je tirais mon lait. Donc il fallait dire, on va devoir faire une pause à ce moment-là, parce que j'ai besoin de tirer mon lait. Donc l'assumer avec sérénité, simplicité, avec beaucoup de transparence. Mais moi, effectivement, j'avais l'impression d'apporter... Tu sais... D'apporter mon expérience, qui est certes aussi une jeunesse, avec une expérience qui était peut-être un peu moins terrain, mais j'apporte aussi la longévité dans la vision stratégique pour l'entreprise. Je pense et je sais que ça tient aussi à nos équipes, pour lesquelles cette longévité, ce temps long, est extrêmement parlant.
- Speaker #0
Vous avez donné l'exemple en quelque sorte, mais tout le monde a dû vous regarder avec des yeux débiles, non ?
- Speaker #1
Alors, je ne pense pas plus que ça. Je pense que c'était assez naturel. Et puis après, oui, on a quelques échanges. On a la chance au sein de Serfim d'avoir des femmes dirigeantes aussi de filiales qui ont grandi dans l'entreprise ou qui ont été recrutées plus récemment. Mais en tout cas, qui ont eu leur parcours, leur vie personnelle et avec qui on échangeait. Je pense qu'elles étaient... Je suis fière en tout cas de voir que certaines étaient un petit peu plus âgées, d'autres plus jeunes, et puis de se dire qu'on peut avoir une vie pro très développée, perso. Et en tout cas, moi, c'est aussi des profils de femmes qui me rendent aussi très fière. En plus, évidemment, des femmes qu'on réussit aussi à avoir sur le terrain. Alors, on a aussi beaucoup de femmes dans les bureaux et c'est aussi une vraie fierté parce qu'on arrive à 15% de femmes chez Serfim, ça paraît pas... Ça paraît pas incroyable, mais nous on a quand même évolué de plus 60% en quatre ans, donc on est fiers malgré tout de cette évolution. Après évidemment pour moi, la mixité, la diversité, la richesse de cette mixité, cette diversité, elle arrive plus tôt quand on arrive à au moins, on se rapproche des 30%, donc on en est encore un petit peu loin, mais on voit que la dynamique elle est bonne et qu'on arrive à faire comprendre et à faire découvrir nos métiers, même s'il y a encore un gros travail pour les faire découvrir du coup, dès le plus jeune âge. Et finalement, montrer aux petites filles, même des fois très jeunes, de ne pas avoir des biais sur des métiers, des secteurs d'activité spécifiques. Et ça, c'est un gros travail de fond par nos interventions, les stages, les interventions auprès des collèges. Et puis aussi l'alternance pour tester un métier aussi pour les femmes.
- Speaker #0
Ça veut dire que c'est quand même un sujet pour vous. C'est une préoccupation parce que vous êtes jeune dirigeante, vous reprenez un gros groupe. J'imagine qu'il y a mille et un chantiers, des enjeux colossaux. Mais malgré tout, c'est quand même une préoccupation, cette notion d'essayer d'attirer plus de femmes, de féminiser ou de mieux accueillir les femmes dans ces métiers ?
- Speaker #1
Alors oui, évidemment, comme vous le disiez, c'est vraiment quelque chose qui est effectivement... autour de plein d'autres engagements, mais ce que j'aime à dire, c'est que souvent, un engagement sert un autre. Et par exemple, quand on travaille le sujet de la sécurité et de la prévention sur les chantiers, on va travailler l'enjeu de la pénibilité sur nos chantiers, sur certains postes, et du coup, on va probablement rendre plus accessibles nos métiers, en fait, au plus grand nombre, de la même façon que quand on a l'impression de servir en soi la mixité, en travaillant des enjeux comme la... Comme la parentalité, évidemment on sert aussi aux hommes qui ont aussi envie d'être très présents auprès de leur famille aujourd'hui, et bien heureusement, même s'il y a aussi des générations qui ont été aussi très présentes, bien sûr. Je pense que cet sujet d'avoir des engagements de manière globale et comment tout se sert, je trouve que c'est extrêmement vertueux. au sein de l'entreprise, et puis au même titre que travailler pour moi la question environnementale, qui est quand même extrêmement présente dans mes engagements, peut me permettre finalement, indirectement, de servir à la féminisation de nos métiers, parce qu'aujourd'hui on a plus de femmes dans nos métiers, par exemple, de dépollution des sols, de traitement des eaux, de recyclage, que les métiers plus traditionnels travaux publics. Donc en montrant comment ces métiers, on va dire plus traditionnels travaux publics, se mettent au service, De la transition environnementale, on va probablement aussi attirer des profils de femmes qui ont envie d'avoir de l'impact. Évidemment, des profils d'hommes aussi qui ont envie d'avoir de l'impact. Donc, je pense que tout peut un peu se servir finalement.
- Speaker #0
Vous avez le sentiment, en tant que dirigeante d'entreprise, d'être acteur d'une certaine manière du débat public ? Parce que vous parlez beaucoup d'environnement, vous le traduisez concrètement dans votre activité. Mais est-ce que vous avez, vous conscientisez en quelque sorte cette... Cette façon d'être actrice du débat public ?
- Speaker #1
Alors oui, en tout cas, pour moi, je pose beaucoup de questions sur le niveau d'implication que je dois avoir justement sur ces à côté de l'entreprise Et pour moi, c'est assez important d'être présente au niveau du débat public, particulièrement sur cette question environnementale, et finalement montrer qu'une forme d'entreprise différente est possible. sur la transition environnementale principalement, mais aussi par là de montrer indirectement, plutôt que le sujet d'être une femme dirigeante aujourd'hui est un non-sujet. J'en suis ravie d'en faire un non-sujet en montrant que ça se passe bien. Donc effectivement être présente au niveau des prises de parole pour essayer d'assurer une forme de représentativité des femmes. J'essaye d'accepter au maximum ces interventions. Après forcément, comme tout le monde, on doit faire des choix en matière... d'équilibre et c'est vrai que parfois les femmes sont très sollicitées, on en parle beaucoup sur ces prises de parole et c'est bien comme vous le faites de montrer aussi que des hommes se mobilisent sur ces sujets-là aussi, pour pas justement sur-solliciter les femmes sur cette dimension-là. Je trouve qu'elles sont quand même bien représentées. On a des très beaux profils de femmes qui sont présentes dans tous les secteurs d'activité. Après, effectivement, en matière de nombre, quand on cherche les autres profils de femmes qui sont présentes sur ces métiers-là, par exemple, évidemment, il y en a. Je pense à Constance Gruy, Maya ou encore Cécile Mazot. C'est vrai qu'on en a d'autres, évidemment, mais on n'en a pas non plus un nombre énorme.
- Speaker #0
Vous en parlez entre vous quand vous vous croisez de ça, du fait de ne pas être nombreuse ou finalement ce n'est pas un sujet parce que le sujet c'est le fond et c'est ce que vous avez à défendre et les arguments que vous avez à combattre ou à mener ?
- Speaker #1
Bien sûr, clairement le sujet c'est le fond en grande priorité, nos enjeux de sécurité, nos enjeux de transition environnementale et puis pour revenir à Constance et Cécile que je citais juste avant, clairement nous on s'est retrouvés autour notamment de la convention des entreprises pour le climat. Avec Cécile, on l'a fait au niveau national et Constance au niveau local. Nous, on s'est d'ailleurs beaucoup mobilisés pour avoir des entreprises qui se mobilisaient sur la Convention des entreprises pour le climat, qui est une initiative qui permet de vraiment former les dirigeants sur l'enjeu environnemental et de construire une feuille de route très engageante au service de la transition au sens très large, climat mais aussi biodiversité aux ressources. Et donc, en fait, finalement, on parle principalement du fond. Et c'est ça qui est très enrichissant. Je pense qu'on a quand même plaisir à trouver aussi d'autres personnes dans son secteur d'activité qui sont des femmes pour échanger sur des moments spécifiques. On parlait des grossesses ou autres, mais ça peut être d'autres choses. Après, effectivement, je le vois dans mon secteur, particulièrement des travaux publics, quand on voit la fédération professionnelle, on cherche à féminiser la fédération. Aujourd'hui, ça reste... dans une évolution assez douce, je dirais. Et donc, je pense qu'il y a besoin un petit peu d'accélérer aussi sur cette question de représentativité des femmes plus largement.
- Speaker #0
À vous écouter, j'entends qu'au-delà de votre job de dirigeante d'entreprise et les engagements dont vous nous avez fait part au début de l'émission sur les sujets que vous voulez développer dans votre entreprise, vous êtes quand même très engagée aussi... Naturellement, dans la fédération, dans plein d'instances qui ont sens pour vous, concrètement, j'ai envie de me dire, mais comment vous faites ? Parce que vous nous avez dit que vous avez deux jeunes enfants, vous venez de prendre la tête d'une grosse entreprise, il faut être présent partout, les journées ne font que 24 heures, vous faites comment ? Vous ne dormez pas ?
- Speaker #1
Non, non, alors je dors et j'ai la chance d'avoir un très bon sommeil. Ça, ce n'est pas forcément donné à tout le monde. Mais oui, je dors très bien et je m'endors très rapidement, ça c'est la première chose. Après, effectivement, c'est beaucoup d'organisation. Je pourrais dire que c'est assez classique, mais effectivement, il faut un peu être aidé à titre personnel. D'accord. Voilà, à la fois dans l'aide qu'on peut avoir familiale ou autre. Et puis, effectivement, moi j'ai aussi un mari qui a été très engagé auprès de ses enfants au sein de son parcours et on a eu différentes phases. Il y a des moments où je prenais, il a été très présent parce que j'étais très prise. Il y a des phases là aujourd'hui, il lance son entreprise. C'est aussi à moi d'être plus présente à certains moments. Donc, c'est trouver cet équilibre-là familial. Beaucoup d'organisation, beaucoup d'anticipation, avoir plein de solutions de backup, on va dire, à droite à gauche. Et puis aussi, à titre professionnel, j'ai souhaité aussi... Un petit peu, ben voilà, étoffer l'équipe autour de moi sans en faire trop non plus. Mais c'est vrai qu'avant, je n'avais pas d'assistante dédiée. Là, j'ai une assistante dédiée parce que l'enjeu de l'agenda était important, était crucial. Voilà, j'ai aussi pris un poste de chef de mission qui permet de pousser un certain nombre de sujets transversaux. Je ne pouvais pas prendre directement parce qu'on a aussi une organisation au sein de Serfim qui est très décentralisée. D'accord. De manière extrêmement volontaire. Mais du coup, ça pose des sujets quand on veut porter une ambition forte en matière de sécurité ou d'éducation environnementale. Donc voilà, beaucoup d'organisation, d'anticipation. Effectivement, il faudrait que je consacre bien une bonne heure à faire le plan de la semaine, plutôt le week-end. Bon, ça, c'est pas non plus un gros... J'essaye de peu travailler le week-end, mais je prends une heure sur, par contre, l'organisation de ma semaine de manière... Voilà, plus administratif pour avoir les bons rendez-vous. Donc, je pense qu'il faut beaucoup anticiper aussi.
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce que je voulais vous poser comme question ? Si, concrètement, quel frein vous voyez au fait que les femmes s'engagent moins dans le débat public ? Parce qu'effectivement, vous l'avez dit tout à l'heure, c'est peut-être particulier aussi à votre secteur d'activité, il y a moins de femmes. On l'observe, elles sont moins visibles dans l'espace public. Vous pensez que c'est dû à quoi ? Qu'est-ce qui fait qu'elles sont un petit peu en retrait, les femmes ?
- Speaker #1
Alors, bon, aujourd'hui, très concrètement, à des postes de direction, il reste... Le fait qu'il y ait quand même moins de femmes, donc statistiquement, c'est un enjeu. Je pense qu'il y a ce sujet de vouloir peut-être un peu être pertinente, avoir une communication alignée. Et on va choisir les sujets un peu en fonction, donc forcément un peu de ses compétences, son appétence. Alors je ne dis pas que ce n'est nécessairement pas le cas pour les hommes, mais c'est vrai que ça peut être un... Un des biais qui peut limiter...
- Speaker #0
On se limite dans le jeu de ce qu'on veut exprimer.
- Speaker #1
Peut-être qu'on peut un peu se limiter. Ceci étant dit, je pense qu'on arrive à avoir de plus en plus de femmes dans l'espace public. Et je pense qu'elles sont aussi à l'écoute. Et on le voit sur les hommes aussi. Mais se faire coacher en matière de coaching média, ça c'est des choses aussi qui sont importantes pour moi à titre personnel. Mais je pense plus largement. Après, je ne vois pas de raison en tant que telle d'avoir des freins. Je pense qu'on a des femmes extrêmement compétentes dans tous les secteurs d'activité. Moi, je m'intéresse beaucoup à ce sujet-là, parce que j'ai aussi la chance d'avoir une petite fille et un petit garçon. Et par exemple, je réfléchis à comment on pourrait, justement, au-delà des freins, essayer de booster cette question à des femmes dans le débat public. Et forcément, je pense qu'il ne faut pas forcément faire de différence entre les petites filles et les petits garçons. mais par exemple d'aller pousser les jeunes enfants à encourager, voire institutionnaliser à l'école d'avoir du théâtre. Je pense que ça peut être assez important pour justement avoir cette aisance dans la prise de parole à l'oral, ou encore avoir des...
- Speaker #0
Attendez, parce que là, vous nous donnez votre baguette magique de tout à l'heure. Attendez, voilà, vous allez trop vite. Non, non, mais je veux dire, à l'aune de ce que vous observez, est-ce que dans votre entreprise, vous sentez que, je ne sais pas, les femmes, elles sont plus dures à convaincre de prendre une promotion ? Est-ce qu'il faut les convaincre, d'ailleurs, de passer le cran du dessus ? Ou est-ce que non, ce n'est pas en ces termes que ça se pose ?
- Speaker #1
Alors non, je ne pense pas forcément. Après, effectivement, on va dire qu'il peut y avoir... Un petit peu, elles veulent attendre le bon timing. Donc effectivement, il y a un peu de discussion à avoir avec elles. Moi, j'essaie d'avoir un discours justement très transparent, essayer de discuter des prochaines étapes. Je pense qu'il faut un petit peu effectivement les encourager. Après, effectivement, à prendre des postes ou à prendre la parole aussi. Après, sur les prises de parole, c'est aussi les hommes et les femmes qui se posent des limites. Je le vois, j'ai beaucoup pris la parole, notamment pour aussi dans une logique de transition, montrer ma parole, ma vision de l'entreprise. Aujourd'hui, et c'était déjà le cas, mais j'essaye de beaucoup pousser un certain nombre de collaborateurs et collaboratrices à prendre la parole sur leur thématique ou sur des événements internes. Et en fait, j'ai pu avoir des réticences, que ce soit d'hommes ou de femmes. Mais en tout cas, c'est justement leur donner les clés. Je crois, comme beaucoup d'autres sujets, sur la sécurité, on en parle beaucoup sur comment on forme nos équipes à cet enjeu de la culture de la sécurité et comment ça les fait grandir plus largement. Je pense que c'est pareil sur la prise de parole. Il faut, par exemple, leur donner la confiance, la formation, pour pouvoir prendre la parole. Et au même titre qu'il faut pouvoir les accompagner pour aller prendre une promotion sur... Sur leurs différents sujets, on parlait aussi de ce qui pouvait effectivement... Il y a cette question de la confiance qui, pour moi, doit être importante. Les femmes doivent aussi se pousser à avoir plus confiance en elles, à être elles-mêmes pleinement dans tout ce qu'elles vont, à poser les bonnes questions. Justement, parfois, il y a cette question de comprendre un petit peu les codes d'un secteur d'activité, mais d'être curieuse. Je pense qu'il peut y avoir beaucoup de... Beaucoup de bienveillance malgré tout d'hommes et de femmes qui peuvent vraiment avoir envie d'aider. Et puis se former sur là, on peut avoir des lacunes, des envies par rapport à un poste donné. Alors moi, je pense que c'est assez spécifique. Enfin, je pense que pas forcément qu'il y ait de différence entre les femmes et les hommes. Mais cette question, on parlait du fait sur les sujets plutôt finances. Je pense que c'est important de se former quand on voit qu'on a un petit peu... Voilà, se tourner vers les hommes, même au sein du foyer là-dessus, de se dire que c'est important de maîtriser les enjeux, de maîtriser sa situation personnelle. Alors évidemment, dans un couple, forcément, on se répartit aussi parfois aussi les tâches, c'est aussi normal, mais voilà, aussi à titre personnel, pour son indépendance, se poser les bonnes questions et puis aussi au sein de l'entreprise, en cherchant toujours à se former sur les différents sujets qui peuvent un peu nous manquer.
- Speaker #0
Et alors Alexandra Dernier, question de l'émission, justement on revient à la baguette magique. Si vous vous étiez en responsabilité, si demain on vous nommait ministre de l'égalité femmes-hommes par exemple, quelles mesures vous prendriez pour que les femmes soient plus présentes, soient plus visibles dans l'espace public ? Parlez des enfants, de cours de théâtre, d'expression. C'est quoi votre feuille de route ?
- Speaker #1
Alors oui, j'allais trop vite. Mais moi, globalement, l'idée, c'est de permettre aux femmes d'être elles-mêmes, d'oser, globalement. Et je fais ce parallèle avec cette question de la prise de parole en public. Mais évidemment, il y a plein d'autres sujets. Mais c'est en fait aussi pouvoir verbaliser, poser les questions et puis être présente. Donc effectivement, moi, je m'intéresse, ayant justement une petite fille et un petit garçon, et même si je ne veux pas faire du coup au maximum de différences, Après, pour moi, on va dire que l'enjeu de la... de l'égalité femmes-hommes, c'est pas ne pas aimer le rose pour une petite fille, c'est un petit peu plus large. C'est que ce soit possible pour tout le monde, évidemment. Bon, ma fille s'appelle Rose, d'ailleurs. Mais par contre, effectivement, je me dis, la baguette magique, c'est peut-être de se dire des cours de théâtre imposés. à l'école, pour permettre à chacun de prendre la parole et d'être plus à l'aise. Et puis aussi, dans un contexte anglo-saxon, j'ai beaucoup vu ces initiatives de débat, ces clubs de débat, qui permettent justement d'argumenter, plutôt à un niveau universitaire, mais on se dit que peut-être à l'école, même dès la primaire, sur des thématiques évidemment plus légères que des choses que les enfants doivent aussi rester des enfants. On peut essayer d'encourager ces clubs de débat, ces sujets de débat au sein de l'école, probablement dès la primaire et en tout cas au collège, pour encourager chacun à définir un peu son raisonnement et puis à assumer sa vision et ses idées.
- Speaker #0
Très bien, écoutez, merci beaucoup Alexandra d'avoir pris le temps ce matin de prendre ce café d'Ellion avec nous. Je suis persuadée que ce sera passionné. nos membres, nos Lyonnes. En tout cas, moi, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un prochain Café des Lyonnes.
- Speaker #1
Bonne semaine à tous.