- Speaker #0
Salut Mathieu !
- Speaker #1
Salut Sam ! Ça va ? Ça va et toi ?
- Speaker #0
Je ne me suis pas moqué de toi.
- Speaker #1
Ah non, c'est de la classe.
- Speaker #0
C'est magnifique ici.
- Speaker #1
Ouais, c'est magnifique.
- Speaker #0
La Cipale, tu connaissais ?
- Speaker #1
Je connaissais, ouais. Je connaissais de nom. C'est un endroit emblématique du cyclisme. C'est incroyable d'être ici, ouais.
- Speaker #0
Ça te fait quoi de revenir à Paris ? Paris, c'est chez toi maintenant.
- Speaker #1
C'est chez moi.
- Speaker #0
Avec les trois médailles de cet été.
- Speaker #1
Mais je le prends par petite dose, Paris. C'est vrai. C'est toujours, moi qui viens de la campagne, toujours un moment stressant. On est dans la circulation, il y a beaucoup plus de bruit. Et moi, j'aime bien ma campagne. Donc, je viens pour courir et après,
- Speaker #0
je repars. Tiens, avant de lancer le podcast, j'ai une question à te poser. Tu serais quel membre de la famille Cofidis, toi ? Si tu devais choisir un membre ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Je dirais qu'aujourd'hui, je suis un peu comme le papa. Je suis le plus vieux de l'équipe. Je suis celui qui... Des fois, peut-être rassure ou je suis celui qui est capable de rigoler quand c'est tendu. Et je suis très heureux aujourd'hui de pouvoir voir arriver des jeunes, des très jeunes, qui vont pas tarder à me remplacer. Ça, c'est une certitude dans l'équipe.
- Speaker #0
Le papa de la famille, alors ?
- Speaker #1
Pas encore le grand-père, ça viendra. Mais j'ai encore un peu de puissance, ça va.
- Speaker #0
C'est quoi, papa poule ?
- Speaker #1
Non, je ne suis pas papa poule. Moi, je suis plutôt plus chambreur, donc j'essaye de les... de les repousser un peu dans leur retranchement.
- Speaker #0
Le papa chambreur, ça peut être le titre du podcast. Oui,
- Speaker #1
le papa chambreur, mais je dirais même dinosaure, parce que je me fais souvent chambrer, parce que je suis très mauvais en informatique, en réseaux sociaux, et ils me voient galérer tout le temps sur mon téléphone. C'est aussi pour ça que je suis un peu le daron, celui qui galère à allumer le PC quand t'es gamin. C'est moi. Mais bon, eux, ils me chambrent là-dessus. Moi, je les chambre sur d'autres thématiques.
- Speaker #0
Mathieu Bossredon, le papa dinosaure. Oui. Tu sais quoi ? Ce sera le titre du podcast. Écoute,
- Speaker #1
avec plaisir.
- Speaker #0
Allez,
- Speaker #1
on y va ? Ça roule. Dans la famille Cofidis, Mathieu Bostredon, le papa dinosaure.
- Speaker #0
Mathieu, ça fait combien de temps que tu es dans la famille Cofidis ?
- Speaker #1
Il faut que je remonte. 2015-2025, ça fait 10 ans. Ça va être ma dixième année.
- Speaker #0
10 ans, mais avec une petite particularité depuis le début d'année 2025.
- Speaker #1
C'est vrai. Première année où, avec Cattel à Lançon, on a eu la chance de pouvoir signer un contrat professionnel. Donc, c'est une première pour nous, mais je crois que c'est une première mondiale.
- Speaker #0
Ça change tout pour toi ?
- Speaker #1
Ça ne change pas tout. mais ça change une chose qui est très importante pour moi c'est le regard qu'on a sur le mouvement paralympique, le parasport et le paracyclisme, la crédibilité qu'on lui accorde et le message fort qu'on donne pour l'avenir après moi j'ai toujours eu, depuis quelques années j'ai la chance de pouvoir vivre de mon sport mais maintenant j'ai vraiment une confiance accordée de la part de Cofidis supplémentaire et un engagement fort. Ça me donne envie de me surpasser.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as ressenti le jour où tu as signé ce contrat ?
- Speaker #1
Beaucoup de fierté. Je crois que je l'ai envoyé en screenshot à mon entraîneur. Je lui ai dit « regarde comment c'est la classe » .
- Speaker #0
Parce que sur le contrat, il y avait marqué « coureur cycliste professionnel » .
- Speaker #1
Oui, c'est la première fois. Il y avait même marqué « paracycliste » , « coureur paracycliste professionnel » . Je ne pensais jamais que ça m'arrive, honnêtement. C'est vraiment… C'était vraiment un moment fort aussi. Et dire que c'est l'avenir, je pense que plus tard, ça deviendra une normalité. Et pour nous, c'est une avancée extraordinaire.
- Speaker #0
Et puis, il y a quelque chose qui change pour toi quand même, même si ça faisait des années que tu vivais de ton sport, c'est que le salaire, à la fin du mois, il tombe sûr et certain. Tu peux rouler l'esprit libre.
- Speaker #1
Bien sûr, c'est une sécurité, c'est sûr. Au niveau financier, tu viens de l'évoquer. Mais même au niveau de l'accident, On sait qu'aujourd'hui... Le vélo et notamment le handbike, c'est un sport qui est au milieu de la circulation.
- Speaker #0
Ça veut dire quoi ? Qu'avec un contrat pro, il y a des assurances ?
- Speaker #1
Il y a une mutuelle, il y a une couverture. Je suis dans le cadre de mon travail, donc si j'ai un accident pendant le travail, c'est un accident de travail. Donc c'est des couvertures différentes pour moi et pour ma famille. Et ça, c'est important. Et puis aussi, j'ai bien compris au niveau du public que ça a été un message fort. On me l'a beaucoup fait remarquer, on m'a félicité pour ce contrat. Alors qu'en réalité, je fais toujours le même métier depuis 10 ans maintenant chez Cofidis, mais c'est devenu pour les gens peut-être une réalité, ça devient plus concret.
- Speaker #0
Il paraît que tu as eu une émotion forte aussi le jour où tu as vu ton nom à côté de celui des autres stars de l'équipe sur le bus.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est comme un rêve de gamin. Tu as envie d'avoir ton nom sur le bus d'une équipe pro. Donc c'est vraiment des moments importants. qui sont hors de la compétition, mais des détails qui nous donnent envie de continuer. Vraiment avoir son nom sur le casque, sur un cadre, sur une feuille de sélection aussi. Et voilà, sur un bus, bien sûr.
- Speaker #0
Avant de parler de ton histoire, celle qui te mène aujourd'hui à la Cipale, sur le vélodrome Jacques-Anctil à Paris, où il fait beau et où les cyclistes tournent autour de nous. J'aimerais te proposer un petit jeu. Tu as dit que tu étais le papa. Dans la famille Cofidis, le papa dinosaure. Alors, je vais te donner d'autres membres de la famille. Et tu dois me dire à qui ça correspond. Pas forcément des coureurs. C'est qui le grand-père de la famille Cofidis ?
- Speaker #1
Je ne sais pas s'il y a un grand-père de la famille Cofidis, mais je suis sûr qu'il y a une grand-mère. Avec ses lunettes un peu râleuses, c'est Cattel Alençon.
- Speaker #0
Ah oui, pourquoi Cattel ?
- Speaker #1
Parce que déjà, elle vient de Bretagne, donc elle est comme moi, on est un peu désarriérés. Donc on a des mots un peu à nous.
- Speaker #0
Tu ne veux pas te faire des copains en Bretagne ?
- Speaker #1
Non, mais c'est bon.
- Speaker #0
Bretagne, Corrèze, même combat.
- Speaker #1
Voilà, même combat. Et on a notre franc-parler aussi, tu vois, qui peut faire paraître ancien ou plus ancien.
- Speaker #0
Qu'a-t-elle la grand-mère alors ? Qui est la maman ?
- Speaker #1
La maman, c'est Valérie, c'est notre manager. Elle va prendre soin de nous. Elle est très attentive à nos situations personnelles. Je pense que c'est vraiment notre maman.
- Speaker #0
Le petit frère ?
- Speaker #1
Donc, chez Cofidis, on a deux petits frères pour moi. Donc, Naël Abbasque et Louis Hubert sont les derniers arrivés. très jeune, je crois que Naël il a 16 ans donc il est encore en études ça pourrait presque être mon fils, mon fils il a 14 ans moi je suis toujours là pour les challenger et moi je suis en fauteuil, je suis en handbike mais j'aime bien mesurer à eux notamment sur les contre-la-montre, on compare nos temps et essayer de les pousser pour aller chercher le meilleur d'eux-mêmes
- Speaker #0
Et le tonton blagueur ?
- Speaker #1
Le tonton blagueur peut-être coquard peut-être coquard au sein de l'équipe masculine Pourquoi ? Parce qu'il a un bon esprit blagueur, franchouillard aussi.
- Speaker #0
T'en as fait les frais ?
- Speaker #1
Non, non, non. Moi, ils se méfient de moi tous parce qu'ils savent que je réponds bien, je pense. Mais non, non, toujours la bonne humeur.
- Speaker #0
Et quel est le membre de la famille Cofidis dont tu es le plus proche ?
- Speaker #1
Je pense que ça va être Cattel parce qu'on est rentrés quasiment en même temps dans l'équipe. Elle a un an de moins que moi dans l'équipe. On a vécu beaucoup de choses ensemble. des... des victoires, des défaites, où on peut aussi aller un peu loin dans la rigolade et dans la chamaillerie.
- Speaker #0
Alors tu me parles de Cattel, mais Cappel,
- Speaker #1
ça te dit quelque chose ?
- Speaker #0
William Cappel. Bien sûr.
- Speaker #1
Notre mécano, il a été là pour des moments cruciaux.
- Speaker #0
N'en dis pas plus.
- Speaker #1
Dans ma carrière, ok.
- Speaker #0
N'en dis pas plus parce qu'il a un message.
- Speaker #1
Ah voilà.
- Speaker #2
Salut Mathieu. Bah écoute, trois ans. Ça fait un peu plus de trois ans maintenant qu'on... Qu'on sillonne le monde ensemble avec la Team Cofidis Handisport, avec l'équipe de France. Trois ans de plutôt bons souvenirs.
- Speaker #1
Difficile à apprivoiser,
- Speaker #2
le match au Bostredon quand même sur les premières rencontres. Mais très vite, très très vite finalement, tu t'es ouvert à moi. Et on s'est quand même je pense bien trouvé. Et puis,
- Speaker #1
au cas où,
- Speaker #2
tu aurais de... des remords où tu t'intéresserais, mon épaule va beaucoup mieux. Allez, bis gros.
- Speaker #0
Ça te fait plaisir.
- Speaker #1
Oui, ça me fait plaisir parce qu'on n'a pas toujours le temps de se parler comme ça. Puis un peu de pudeur toujours. Bon, même si avec William, ça se passe plutôt bien. Et je pense qu'il a raison. Moi, je suis quelqu'un qui, au début, je méfie. Et une fois que je donne ma confiance ou que je fais confiance, là, on est dans des relations vraies. Et ça marche plutôt très bien. Et avec William, je lui donne toute ma confiance. Je pense que lui aussi a confiance en moi. Et il m'a sorti plusieurs reprises de moments de galère.
- Speaker #0
C'est quoi cette histoire d'épaule justement dont il parle ?
- Speaker #1
En fait, au jeu. Au jeu, quand je crève, je reviens en zone de dépannage. Et lui, il essaye de se rapprocher le plus de moi pour gagner du temps. Et en réalité, il va essayer de passer par-dessus une barrière et il va tomber avec la roue dans la main, il va tomber, il va se luxer l'épaule. Donc quand les gens à la caméra le voient changer ma roue, il a l'épaule luxée. Donc il est obligé de porter Mathieu sur son vélo qui fait 70 kg, parce que moi je ne descends pas du vélo. Donc il est obligé de porter mon vélo et moi dessus et changer ma roue avec une épaule luxée. Et il le fait plutôt très bien et très vite et en même temps en plus. qu'il a mal, il me parle pour me calmer, parce que je suis bien agacé à ce moment-là quand même. Donc voilà, c'est des garçons qui comptent beaucoup aussi pour nous.
- Speaker #0
Il y a l'amour et il y a les preuves d'amour. Là, c'est une belle preuve d'amour parce qu'il a fixé l'épaule.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. Et puis, il n'a rien dit. Et moi, je me suis rendu compte en rentrant dans le stand après. J'étais super heureux et je l'ai vu, il était blanc, blanc livide parce qu'il avait vraiment très mal.
- Speaker #0
Et ça se termine en médaille d'or. Il y en aura trois aux Jeux paralympiques de Paris 2024. Est-ce que tu crois que tu aurais eu la même carrière si à 4 ans tu n'avais pas été paralysé des membres inférieurs ?
- Speaker #1
C'est marrant, c'est une question que beaucoup me posent. Moi, je ne me pose pas tellement la question. La vie, elle est faite comme ça. Elle est faite de problématiques et elle se construit avec les échecs, elle se construit avec les difficultés. Est-ce que j'aurais voulu ? aussi être athlète de haut niveau sans avoir eu la difficulté d'être handicapé. Peut-être pas. Peut-être pas. J'aurais peut-être pris une autre voie totalement différente. Mais moi, c'était l'envie de montrer que j'étais encore en vie, je pense, que j'étais en santé et que j'étais capable d'être performant et d'être très combatif. Voilà, c'était ça, moi, le sport. À la base, en dehors de faire des compétitions, c'était de montrer aux gens que... C'était pas fini pour moi, que j'étais pas le pauvre petit Mathieu comme beaucoup m'ont dit, beaucoup de gens. Mon pauvre garçon, ce qui t'est arrivé c'est terrible.
- Speaker #0
Ça t'énervait ça ?
- Speaker #1
Ouais ça m'énerve, parce qu'à un moment donné les gens ils s'arrêtent sur un moment de ma vie et ils regardent pas ce qui a été fait derrière. Et je suis pas le pauvre petit Mathieu, non j'ai une vie qui est épanouissante, vraiment riche, pleine de joie, des fois du contraire, de tristesse comme tout le monde. C'est comme une belle comédie la vie.
- Speaker #0
Je crois que l'été dernier, personne n'a dit le pauvre petit Mathieu.
- Speaker #1
Non, non, non. Cet été, ça a été un grand moment aussi, parce que pour la première fois de ma carrière, j'avais l'impression d'être un athlète de haut niveau à part entière. Ça fait du bien, ça fait du bien.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on fait avec ton handicap ? On en parle ou pas ? Ou est-ce que t'en as ras-le-bol d'en parler ?
- Speaker #1
Non, non, on en parle, il n'y a pas de souci. Souvent, on me ramène au fauteuil, très souvent, parce que... On me le ramène jusqu'à mes résultats, ou quand je fasse une compétition avec des valides par exemple, j'aime bien faire ça par exemple des contre la montre, je sois sur un podium avec les valides. Ça m'est arrivé l'année dernière après les Jeux, j'ai fait le contre la montre de Tullevin Bell, qui est un contre la montre open chez nous, de 10 km, sur un circuit qui est très plat, donc qui me va parfaitement, et j'ai fait deuxième, j'ai sorti 49,800. Et là, ça y est,
- Speaker #0
il n'y a plus de fauteuil, il n'y a plus de handicap.
- Speaker #1
Au contraire, les gars, j'étais le premier à me lancer, donc c'est moi qui ai donné le premier temps. Et les gars, ils se sont tous battus pour essayer de battre le temps de Mathieu Vasseron, qui est en fauteuil. C'est rigolo quand même, tu essayes de battre un mec en fauteuil, j'aime bien.
- Speaker #0
Pour ceux qui ne connaissent pas le début de ton histoire, ta vie, elle bascule une première fois à 4 ans. Tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Moi, je n'ai pas énormément de souvenirs de ça. Je pense que le cerveau est bien fait d'ailleurs. Il essaye de switcher. les moments très difficiles. Je me rappelle beaucoup du centre de rééducation entre 4 et 6 ans parce que là j'ai rencontré pour la première fois un public handicapé de ma vie donc c'était pas facile. Je disais à mes parents, je les appelais les têtes plates, je sais pas pourquoi j'avais ce truc, ça me faisait peur, probablement que j'avais peur de finir ma vie dans un centre de rééducation.
- Speaker #0
Parce que toi tu ne te sentais pas handicapé comme les gens qui étaient autour de toi ?
- Speaker #1
Et la première fois où on m'a amené le fauteuil au bord du lit... C'est la première réaction que j'ai eue, c'est un rejet en disant que ça c'est pour les handicapés. J'avais compris que ce n'était pas normal ce truc. Mais quand tu es gamin, tu vas vite. En deux jours, j'ai pris ce fauteuil, j'ai commencé à faire des roues arrière avec, faire le couillon dans les couloirs de l'hôpital. Et j'avais déjà compris qu'il fallait aller vite, il fallait passer ça vite et se reconstruire. Et ça c'est la force d'être enfant. Je pense que si ça t'arrive à un moment plus... tard adulte où tu as déjà socialement beaucoup de conscience sociale le regard des gens c'est différent moi le regard des gens j'ai toujours bien vécu et à la limite c'est plutôt à l'âge adulte où ça c'est compliqué dans les relations professionnelles dans des choses qui pour moi me paraissent tellement simple mais tellement compliqué pour la population en général ça m'agace pourquoi quand on met des barrières quand on me dit quelque chose d'impossible alors que je suis en totale capacité de le faire quand On va m'empêcher d'aller faire un parc d'attractions, je comprends pas, on est assis pendant 5 minutes, il y a plein de choses comme ça.
- Speaker #0
Ça t'est arrivé ?
- Speaker #1
Bien sûr, aujourd'hui l'accessibilité c'est une vraie question en France.
- Speaker #0
Je reviens au vélo, c'était quoi tes premières sensations quand tu es monté sur un vélo, quand tu as utilisé un vélo pour la première fois ?
- Speaker #1
Pour moi le vélo c'est la liberté. Quand tu es en fauteuil, le vélo c'est la liberté du déplacement, de la mobilité. C'était la possibilité de suivre mon père, mon frère, ma famille sur des randos, cyclos, des dimanches. On avait passé 4 heures à faire du vélo en campagne, on piqueniquait le midi. C'est vraiment la liberté. Puis après, à l'adolescence, c'était aussi pouvoir aller voir les potes. Parce que nous, on habitait à la campagne, vraiment. Je crois qu'on était 700 habitants pour une commune qui faisait 10 km de long. Donc c'est quand même bien rural. Et moi, il fallait que je fasse 20, 30, 40 km pour aller voir les copains. Les autres, ils faisaient en scooter. On avait tous ces scooters. Enfin, ils avaient tous ces scooters. Mais moi, j'avais le vélo. Voilà. Et je faisais même la course avec les scooters. Tu vois, c'était le début.
- Speaker #0
Et tu gagnais ?
- Speaker #1
Non, je ne gagnais pas forcément. Mais je m'accrochais. Voilà. Et ça nous paraissait normal, encore une fois. Et ce qui est grandiose, c'est qu'on m'a laissé faire. Ce qu'on m'a laissé faire aujourd'hui avec le recul, je me dis mais comment on peut... C'est difficile de laisser son fils partir sur la route en handbike, c'est quand même ras du sol, mercredi après-midi pour aller voir ses potes et vivre sa vie d'ado comme les autres. C'était courageux de la part de mes parents. Mon père, je crois qu'il a compris avant moi que le sport c'était une solution de s'en sortir, quand on est en fauteuil, que ça allait me donner des atouts physiques, déjà dans mon autonomie, ce qui était très important en premier temps, et puis même... une force sociale, c'est-à-dire pouvoir se confronter aux gens, à la population, former son caractère, parce que j'étais conscient que tout n'allait pas être rose pour moi.
- Speaker #0
C'est à lui que tu dois tout ce qui t'est arrivé par la suite ? Oui,
- Speaker #1
à lui, à ma famille, à mon entourage, de manière globale. J'ai eu la chance d'avoir une famille extraordinaire, que ce soit mes parents, ma mère également. Ma mère c'était plus difficile pour elle de vivre le handicap parce qu'elle se sentait forcément fautive de ça. Pourquoi fautive ? Parce que quand tu as un enfant que tu mets au monde et qui devient handicapé, tu as l'impression que c'est de ta faute, que tu as mal fait quelque chose. Et voilà, tu t'en veux toute ta vie et je comprends. Même s'il n'y a pas de justification en réalité, mais elle portera toute sa vie ça.
- Speaker #0
Et avec tes victoires, ça ne l'a pas déculpabilisé ?
- Speaker #1
Non mais elle est très heureuse ma mère, elle sait que je suis un garçon épanoui, que j'ai beaucoup de chance dans ma vie. Mais elle aura toujours ce traumatisme qui est plus fort pour elle que pour moi très certainement. Puis mes frères et sœurs, mon frère qui a toujours été là pour m'accompagner, notamment dans mon adolescence, parce que je n'étais pas forcément le garçon qu'on a invité et lui m'amenait. Donc j'avais la chance d'avoir une vie en dehors de l'école, en dehors du sport, une vie sociale grâce à lui. Ma sœur qui arrivait plus tard derrière, on était un peu en confrontation, on se crépait le chignon, ça allait bien aussi.
- Speaker #0
Comme beaucoup de frères et sœurs.
- Speaker #1
Comme beaucoup de frères et sœurs. Et après, j'ai eu la chance aussi de rencontrer des premiers entraîneurs parce qu'on ne voulait pas forcément s'occuper d'un athlète handicapé. Donc ceux qui l'ont fait, ils n'avaient rien à gagner. Ils l'ont fait vraiment par... parce qu'ils avaient envie de le faire. Et pareil, c'était des passionnés. Ils ne m'ont jamais traité avec condescendance ou avec apitoiement. Ils ont exigé de moi la même chose qu'un athlète traditionnel. Moi, j'ai toujours respecté ça.
- Speaker #0
Est-ce que ta famille était là pour te voir triompher à Paris ?
- Speaker #1
Ils avaient plutôt intérêt, oui. Bien sûr qu'ils étaient là. Ils étaient là déjà à Rio. Moi, j'étais au jeu en 2016 à Rio. Mais là, ils étaient là. et mon... garçon qui était un petit garçon était déjà un plus grand garçon 14 ans plutôt bien gaillard avec de la voix et le moment où je crève donc je reviens dans cette bosse je me fais dépanner par william et juste après il ya la ligne d'arrivée et je vois mon fils pencher dans cette ligne d'arrivée il aurait pu plonger sur la route il aurait fait et me gueuler dessus quoi donc il fallait que je gagne ce genre là donc c'est important tu l'as entendu ouais je l'ai entendu bien sûr
- Speaker #0
Il y a des émotions qui remontent à ce moment-là ?
- Speaker #1
Oui, c'est dur. C'est des trucs que tu vis qu'une fois. Donc, c'est costaud. Tu sais commencer. Tu n'as pas forcément accès à ta famille. C'est très aseptisé. Ils sont derrière les barrières. Et tu as envie, toi, de suite d'être avec eux. Et en fait, tu vas de suite devoir rentrer. Il y a les protocoles avec les journalistes, etc. Les protocoles de remise des médailles. En fait, tu les vois après. Mais sur le moment, bien sûr que tu as envie de leur sauter au cou. Par contre ma femme a fait quelque chose qu'elle avait déjà fait à Rio, qui est interdit, elle est passée par-dessus les barrières, elle était au milieu de la piste, elle m'a embrassé. Voilà, elle s'est fait un peu engueuler, mais bon, elle ne peut pas faire autrement.
- Speaker #0
Tu te souviens de ce que vous vous êtes dit ?
- Speaker #1
On ne s'est pas dit grand-chose, elle m'a félicité, elle m'a embrassé, et puis voilà, il n'y a pas besoin de se dire grand-chose.
- Speaker #0
À la fin des Jeux, il y a eu aussi la flamme paralympique que tu as portée lors de la cérémonie de clôture. Quel souvenir tu gardes de ça ?
- Speaker #1
C'est l'un des plus beaux souvenirs, voire le plus beau souvenir, parce que la flamme olympique ou paralympique, c'est le symbole des Jeux.
- Speaker #0
Plus beau que les médailles ?
- Speaker #1
Oui, c'est peut-être le dernier aussi, donc ça prend le pas surtout. Et puis, je savais que ma femme et mon fils étaient rentrés à la maison parce qu'il y avait la rentrée le lundi. Donc à un moment donné, il était obligé de retourner à l'école et je savais qu'eux ne le savaient pas et qu'ils allaient me découvrir à la télé.
- Speaker #0
C'est pas vrai.
- Speaker #1
Bien sûr, moi j'ai su une heure, une heure et demie avant, donc j'ai pas eu le temps et j'ai pas voulu le faire.
- Speaker #0
Donc ta femme, ton fils regarde la série Nuit de clôture et il découvre que tu portes la flamme.
- Speaker #1
Et en plus c'est bien fait parce qu'au début c'est filmé de dos, donc tu vois un mec en fauteuil de dos avec le blazer et c'est quand je me retourne. Voilà, et mes parents c'est pareil, ma famille ils sont dans... dans les gradins et c'est pareil tout le monde le découvre.
- Speaker #0
Comment ils ont réagi ?
- Speaker #1
Il faudrait leur demander mais moi en tout cas je trouvais ça extraordinaire de pouvoir le faire comme ça.
- Speaker #0
Quel âge as-tu Mathieu ?
- Speaker #1
34 ans.
- Speaker #0
Tu te vois courir encore longtemps ?
- Speaker #1
Écoute, ce qui est sûr c'est que longtemps c'est relatif. De toute façon je suis bien conscient qu'on voudra plus de moi dans quelques années.
- Speaker #0
Tu t'avais dit j'arrête après Paris.
- Speaker #1
Je sais.
- Speaker #0
Et t'es toujours là.
- Speaker #1
En fait, j'ai vécu tellement un... un moment grandiose que t'as pas envie que ça s'arrête et je me sens encore en capacité de gagner tout simplement donc tant que je peux le faire je vais le faire, après je continuerai pas si je sens que c'est pour être ridicule, voilà
- Speaker #0
C'est quoi ta vie en dehors du sport ?
- Speaker #1
Je pense que c'est la vie de monsieur tout le monde. C'est mon fils, ma famille, des entraînements au quotidien 6 jours sur 7. Pas mal d'interventions quand même pour le milieu associatif parce qu'aussi il faut le rendre ça. C'est des secteurs qui m'ont beaucoup porté, notamment pour le financement de matériel, etc. Donc moi aujourd'hui je passe du temps avec eux pour leur rendre ce qu'ils m'ont donné.
- Speaker #3
euh...
- Speaker #1
Et puis simplicité, une série dans les Simpsons, le soir on allait se coucher avec ma femme et mon fils, c'est juste le meilleur moment de la journée.
- Speaker #0
On a commencé notre échange tout à l'heure par un message, celui de ton mécano. À quel membre de ta famille, toi, au sens large du terme, ta famille Cofidis ou ta famille tout court, tu aurais envie de dire merci ?
- Speaker #1
Déjà, merci à toute l'équipe Cofidis au sens le plus large, parce que 2015, c'est un moment... fort pour moi parce que je suis le premier mec en fauteuil à intégrer une équipe professionnelle même si c'était pas sur des contrats professionnels c'était déjà un moment fort et un engagement fort donc merci déjà à Cofidis d'avoir pris ce risque là parce que c'était un pas dans l'inconnu et puis le staff en général, que ce soit les kinés William bien sûr, un grand merci Loïc qui a été aussi notre kiné euh... tout l'encadrement de manière générale. Vous faites un travail formidable et j'espère qu'on vous rend fier de ce qu'on fait tout au long de la saison.
- Speaker #0
J'ai une dernière question pour toi. On a parlé de ton histoire, on a parlé de ta famille, on a parlé de ton fils Lorenzo. C'est quoi le message que tu aurais envie de lui laisser ?
- Speaker #1
Ce que je peux lui dire, c'est que il n'y a que lui qui sera ce qu'il est en capacité de faire. Il y a son impossible à réaliser. des fois moi même je lui mets des barrières et je me rattrape en lui disant me laisse jamais te dire ce que tu es capable ou non et ça c'est quelque chose de difficile quand tu es enfant quand on te dit mais non ça lolo tu vois bien que t'es pas fait pour le faire et des fois j'ai moi en tant que papa cette réaction là parce que je me rends compte qu'il va dans un sens qui ça sera peut-être trop dur pour lui où il n'a pas les capacités et je lui mets des limites parce que c'est un côté peut-être de protection et de suite je me dis mais toi t'aurais pas supporté qu'on fasse ça Mathieu donc je dis lolo Ne me laisse pas faire ça. Si tu as un rêve, Ausha, vas jusqu'au bout et montre-moi que j'ai tort.
- Speaker #0
Merci Mathieu.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Tu as passé un bon moment. Oui,
- Speaker #1
très bien.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut dire que je fais partie de la famille Cofidis maintenant ou il y a encore du travail ?
- Speaker #1
Sam, il faut du temps, tu rigoles. Grand plaisir.
- Speaker #0
Merci beaucoup Mathieu. Merci.