- Lauriane Venin
Bienvenue dans La Jazette, le podcast d'Oseo Formation. À chaque épisode, des personnes expertes viennent parler d'autisme et de troubles du neurodéveloppement. Un format court pour nourrir nos pratiques d'accompagnement à la croisée des données probantes et des savoirs expérientiels. Ici Lauriane au micro et aujourd'hui, je reçois Sarah Julien qui répond à mes questions sur l'accompagnement parental. Alors, place aux échanges, place aux nouvelles idées et à la bonne humeur, place à la jazette ! Bonjour Sarah !
- Sarah Jullien
Bonjour Lauriane !
- Lauriane Venin
Bienvenue dans cet épisode de la jazette, merci d'être là !
- Sarah Jullien
Merci à toi, je suis très contente de commencer la journée avec toi !
- Lauriane Venin
Alors j'ai plein de questions à te poser, parce que le sujet de ta formation... m'intéresse beaucoup. Est-ce que tu peux nous rappeler quelle est ta formation chez Oseo Formation ?
- Sarah Jullien
Chez Oseo, je donne une formation aux orthophonistes et aux professionnels qui accompagnent les familles qui ont un enfant avec un TND sévère ou un TSA.
- Lauriane Venin
Toi, tu as suivi pas mal de formations. C'est quoi qui nourrit ton approche au cabinet, au contact des familles que tu accompagnes ?
- Sarah Jullien
J'ai eu la chance de me certifier au programme ANEN Merci. Notamment pour les enfants qui ont un trouble du langage et comment est-ce qu'on travaille avec les familles, avec des groupes parents. Et surtout, ce qui a beaucoup changé ma pratique, ça a été ma formation en ESDM, au modèle de Denver, et ma certification au modèle PACT, qui est vraiment une approche centrée sur le vidéo-feedback qui accompagne les familles qui ont des enfants assez jeunes avec une suspicion ou un trouble du spectre de l'autisme.
- Lauriane Venin
Tu sais, dans les questions qui me taraudent, en tant que cortophoniste, c'est comment je peux faire pour impliquer les parents. Voilà, ça, c'est un truc qui a le vent en poupe, et tant mieux. Mais je me pose la question, on a quoi comme données un peu probantes, ou très probantes d'ailleurs, qui nous disent que, voilà, telle ou telle posture ou telle façon de faire serait plutôt favorable pour accompagner et puis les impliquer. les impliquer au mieux, pour qu'ils soient le plus possible présents à ce partenariat parental qu'on souhaite.
- Sarah Jullien
Je trouve que c'est une question où je ne peux pas te répondre avec des réponses un peu magiques. Je crois vraiment que notre rôle en tant qu'orthophoniste, c'est d'avoir justement plusieurs outils qui vont nous permettre de réajuster au fil du suivi et puis un peu au fil des besoins aussi des familles et du patient. qu'est-ce qu'on pourrait solliciter à ce moment-là pour justement favoriser l'implication. Je crois qu'engager les parents, c'est déjà une posture qui vient de nous, c'est vraiment une volonté qu'on doit aussi montrer, parce que parfois, dans d'autres soins, les gens n'ont pas forcément l'habitude qu'on leur laisse la place, ou en tout cas qu'ils puissent pouvoir donner leur avis, pouvoir choisir, pouvoir plutôt préférer telle stratégie à telle autre, tel moyen à tel autre, etc. Donc... Je dirais qu'il n'y a pas une façon de faire pour mieux engager, mais en tout cas dans la littérature, on voit quand même qu'il y a des choses qui se dessinent et qui sont un peu communes à toutes les familles. Déjà notamment le fait de pouvoir éclaircir le rôle de chacun quand on commence le suivi, donc prendre le temps peut-être aussi de pouvoir expliquer ce qu'est l'orthophonie aux familles qui ne connaissent pas toujours, pouvoir expliquer aussi ce que nous on va avoir comme rôle et ce qu'on va attendre qu'eux aient comme rôle. pour que ce soit aussi beaucoup plus clair et dessiné pour chacun. Le fait de pouvoir observer ensemble et croiser les regards, ça pour moi, c'est vraiment un levier qui est assez fort pour pouvoir engager les familles, tout simplement, parce que pour moi, cette notion de partenariat parental, elle vient aussi croiser la notion de comment est-ce qu'on arrive à parler le même langage ensemble. Et donc, observer l'enfant, par exemple, au moment de l'évaluation. et pouvoir l'observer ensemble, pour moi, ça fait partie aussi de quelque chose qui permet d'engager un peu plus les familles. Et ensuite, on sait que co-construire les objectifs de soins ensemble, choisir les moyens, pouvoir aussi proposer après différents formats de séances avec les familles selon leurs besoins et leurs possibilités, ça fait partie des choses qui permettent d'engager un peu plus dans le soin.
- Lauriane Venin
Quand on parle de choisir le format avec les familles, ça peut prendre quelle forme, par exemple ?
- Sarah Jullien
Alors ça, c'est tiré d'un article qui est pour moi un peu un article socle de Harim Bill et collaborateurs en 2020, qui expliquait un petit peu comment est-ce qu'on peut transmettre au mieux les stratégies aux familles, ou en tout cas à l'entourage des personnes qu'on reçoit. Alors moi, je parle beaucoup des enfants avec un TND ou un TSA, mais en fait, c'est vraiment des stratégies de travail avec l'entourage, quel que soit finalement. les difficultés ou le trouble de la personne qu'on reçoit. Il parle notamment de quatre formats dont on a besoin pour pouvoir se saisir d'une stratégie. Donc il va y avoir un format où... Le parent, par exemple, aura besoin d'informations sur savoir un petit peu pourquoi est-ce qu'on fait les choses, qu'est-ce que c'est. Par exemple, si on prend la mise en place d'un outil de communication alternative et améliorée, ce serait, voilà, qu'est-ce que c'est finalement, qu'est-ce qui existe, etc. Pour qu'on ait vraiment une vision un petit peu informative de ce qui existe. Après, on va avoir besoin qu'on nous montre comment faire. Et donc ça, ça va être important parce qu'on va pouvoir montrer aux parents un peu... Voilà. Comment est-ce qu'on l'utilise, par exemple ? Comment est-ce qu'on mobilise cette stratégie-là ? Ensuite, il va y avoir un temps qui, pour moi, est souvent un temps qu'on exploite peu, finalement, en orthophonie. C'est le temps de la pratique guidée. C'est-à-dire que pour maîtriser une stratégie, il va falloir que le parent puisse éprouver cette stratégie en contexte avec nous. Il va falloir que le parent puisse sentir ce qui fonctionne bien, à quel moment il est à l'aise, à quel moment il est un peu moins à l'aise, ce qu'il faut peut-être réajuster, et que nous, on puisse lui fournir un feedback. un peu in situ, en live. Et enfin, un temps un peu plus d'analyse de ce qu'on a fait, où là, ça peut être sous plusieurs formats, ça peut être, on va dire, à l'oral, après la séance, ça peut être aussi sur des temps de vidéo feedback, où on va utiliser l'outil vidéo et les interactions parent-enfant pour que le parent puisse se voir en réussite et analyser ce qu'il fait.
- Lauriane Venin
Bon, c'est super intéressant, j'ai l'impression que ça nous sort de cette vision descendante dont on a hérité de façon générale dans le soin. Et est-ce que tu dirais, toi, Sarah, Merci. que pour sortir de cette vision un peu descendante où l'orthophoniste ou le soignant, la soignante, se pose un peu dans une posture de « je sais, puis je vais vous montrer » . Est-ce que ça nous permet, ces outils-là, de sortir de ça ?
- Sarah Jullien
Alors oui, je pense que ça nous permet de sortir de cette vision un peu archaïque, si on peut se permettre, du soin. Après... Je crois que ce qui est important, c'est vraiment que nous, on puisse sentir de quoi a besoin le parent à un moment donné. En fait, pour moi, le partenariat avec les familles, ce n'est pas quelque chose qui est fixe, c'est un processus qui est dynamique, avec des événements de vie parfois, une annonce diagnostique, la naissance d'un autre enfant, une séparation, un déménagement, peu importe, des événements de vie qui font que les parents auront plus ou moins les ressources et auront besoin de plus ou moins de détayage selon le parcours de soins. Et en fait, pour moi... être dans le partenariat, c'est être au plus proche des besoins aussi de la famille à l'instant T et de pouvoir faire en sorte qu'on se rejoigne. Et donc, parfois, il y aura besoin de peut-être un peu plus de théâge parce que la famille aura peut-être moins de ressources pour plein de raisons qui lui appartiennent et peut-être des choses, de temps en temps, un peu plus dirigées par l'orthophoniste. Mais en gardant en tête qu'il faut que ce soit discuté, il faut que ce soit formalisé et surtout qu'on puisse après naviguer finalement entre les postures. et les choses dont a besoin la famille. Donc pour moi, c'est des outils qui aident à sortir de cette dimension un petit peu verticale, mais c'est surtout des outils qui nous permettent de réajuster pile poil aux besoins de la famille à l'instant T.
- Lauriane Venin
Oui, c'est super intéressant. Et je me posais une question, là, en t'écoutant parler. Est-ce que ça doit passer par, nécessairement, la présence des parents en séance ? Tu sais, parfois, il y a cette question sur les réseaux sociaux. notamment des jeunes professionnels qui n'osent pas trop, qui disent « mais est-ce que je peux faire un bon accompagnement parental ou est-ce que je peux avoir un bon partenariat parental si les parents restent dans la salle d'attente parce qu'ils ne veulent pas, pour des raisons que j'ignore là dans cet exemple fictif ? » Qu'est-ce que tu en penses ?
- Sarah Jullien
Moi, je crois que ce n'est pas du tout noir ou blanc, justement. Et je pense qu'on peut faire des très bonnes sessions où les parents sont vraiment acteurs du soin, même s'ils ne sont pas présents en séance. et à l'inverse je pense qu'on peut aussi se fourvoyer en pensant que comme les parents viennent on fait forcément une bonne alliance avec la famille etc. Je pense qu'il faut qu'on soit vigilant et vigilante là-dessus tout simplement parce qu'en fait pour les parents il y a aussi plein de raisons qui font que c'est pas possible forcément de venir en séance, des raisons logistiques des raisons parfois familiales avec des enfants, des frères et sœurs peut-être qui sont en bas âge des raisons professionnelles Voilà, qui font qu'ils ne peuvent pas venir en séance. Ça ne veut pas pour autant dire qu'ils ne sont pas investis dans le soin. Je pense qu'on a la chance, là maintenant, en 2026, d'avoir quand même des formats qui sont un peu adaptables et justement souples pour correspondre. On peut correspondre aux besoins des familles. On peut proposer des fois des séances en distanciel aussi pour les familles pour qui c'est difficile de se déplacer. Donc, il y a des choses qu'on peut ajuster. Et je pense qu'on peut créer un partenariat qui est solide, même si le parent n'est pas systématiquement en séance. La seule chose pour moi qui est une condition un petit peu obligatoire, c'est qu'en fait, il faut que ce soit discuté. C'est-à-dire que quand le parent vient ou ne vient pas en séance, il faut que ce soit des choix qui soient cliniques, en accord avec le parent. Et comme je le disais tout à l'heure, pas forcément des choses qui sont fixes dans le temps. Ça peut être aussi sur des périodes données, ça peut être pour des objectifs et des stratégies données. Et voilà, je crois vraiment que c'est des choses qu'on peut construire avec les familles, mais qu'il faut qu'elles soient discutées. Pareil pour un parent qui vient en séance, c'est pas simplement le parent qui vient en séance, c'est bon. C'est pourquoi est-ce que le parent vient en séance, quelle est la plus-value, qu'est-ce que le parent a comme rôle dans cette séance, qu'est-ce qu'il doit observer, qu'est-ce qu'il doit pratiquer. Et surtout... qu'est-ce qu'on en attend aussi, finalement, de cette présence en séance ? Ce n'est pas juste le parent en séance, et potentiellement, comme il ne sait pas exactement ce qu'il doit faire, il est sur son téléphone. C'est vraiment... Nous, on a un vrai rôle de clarification du rôle de chacun, et ça, pour moi, c'est essentiel sur le fait d'impliquer les parents, justement, en séance et hors du temps de séance.
- Lauriane Venin
Du coup, je reprends ta phrase, qu'est-ce que le parent attend et qu'est-ce que nous, on attend ? Est-ce que ça, c'est des choses sur lesquelles tu as une prise quand tu réalises des entretiens du type motivationnel ? Est-ce que c'est... C'est à ça que ça peut servir un entretien motivationnel, d'aller plus près des attentes et des possibilités des familles. Qu'est-ce que c'est exactement cet entretien motivationnel ?
- Sarah Jullien
L'entretien motivationnel, pour moi, c'est plus un outil en longitudinal. Ça va être vraiment des techniques d'entretien que je vais utiliser dès l'anamnèse, après durant les séances aussi, durant des sessions de vidéo feedback. Ça va être vraiment des choses qui font partie maintenant un peu de mes outils cliniques. C'est des techniques qui permettent d'aider la personne à percevoir les volontés de changer ou de mettre en œuvre un changement. Ce n'est pas du tout spécifique à l'orthophonie, mais on voit maintenant qu'il y a beaucoup de techniques qui se retrouvent dans la façon de penser la relation thérapeutique. Tout simplement parce que souvent, ça laisse beaucoup plus de place aux patients ou à l'entourage de pouvoir expliquer. les raisons un petit peu de comment ça se passe à la maison, par exemple. Qu'est-ce qui peut bloquer aussi parfois quand on est en difficulté pour la mise en place à la maison. On entend souvent, oui, mais les parents ne mettent pas ça en place à la maison. Le classique. Voilà. Moi, je demande aussi souvent, finalement, qu'est-ce que nous, on a fait pour que les choses soient transférées à la maison ? Le partenariat avec les familles, c'est vraiment, on se rejoint quelque part, mais on a aussi notre rôle à jouer de pouvoir expliquer certaines choses, de pouvoir repenser, de pouvoir... questionner quand on a finalement des bris aussi un petit peu de communication avec les familles. Et en ça, l'entretien motivationnel est très riche. On va utiliser des fois des questions ouvertes, des questions un petit peu orientées pour que le parent puisse aussi cheminer et trouver les réponses par lui-même et que ce ne soit pas descendant et que nous, on lui donne finalement une solution parce que ça aura beaucoup moins d'impact et qu'en plus, on pourra potentiellement être un peu à côté aussi parfois. On va pouvoir des fois refléter ce que le parent a dit pour lui laisser aussi Merci. La place de pouvoir rebondir dessus et d'ajouter des informations. On va pouvoir laisser des temps de silence. Ça, pour moi, c'est très important. C'est encore des choses qui sont challengeantes pour moi.
- Lauriane Venin
Pas facile pour personne.
- Sarah Jullien
On a tendance à remplir un peu, mais on va pouvoir résumer. Et on va pouvoir aussi valoriser tout ce que le parent a mis en place comme ressources et comme processus pour aider son enfant.
- Lauriane Venin
Merci, c'est passionnant, Sarah. Tout ça, ça nous met au travail. C'est vrai, en tant qu'orthophoniste, est-ce que tu aurais une ou deux règles d'or que tu pourrais transmettre aux personnes qui écoutent cette jazette si elles ont le souhait d'améliorer leur pratique auprès des familles et dans leur pratique clinique ?
- Sarah Jullien
Je crois que la première règle d'or, ce serait vraiment le fait de pouvoir se faire confiance et considérer que... La première chose pour se lancer, c'est aussi d'avoir l'intention de pouvoir travailler avec les familles et que ça fait déjà beaucoup de choses. Et la deuxième règle d'or, c'est de pouvoir se dire qu'en fait, il y a des situations qui sont parfois difficiles où la communication n'est pas forcément simple. Pour autant, on est aussi des professionnels de la communication et je pense qu'on a les ressources pour pouvoir des fois aller créer ce lien-là et le rendre encore plus fort.
- Lauriane Venin
C'est un message de mise en confiance. Merci. On peut le faire. On voit bien ta fibre qui va bien avec la formation que tu donnes. Merci, Sarah. C'était vraiment passionnant. C'est des choses que tu développes dans ta formation de deux journées et également dans ton e-learning sur l'entretien motivationnel qu'on retrouve dans le catalogue d'Oseo Formation. Personnellement, ça m'a énormément apporté d'écouter tes enseignements. Je suis toujours sur le chemin. Donc moi, j'invite toutes les personnes qui sont intéressées par le sujet, comme tu le dis, à se lancer en disant on a des ressources, puis on a une belle marge de progression. C'est ça qui est bien.
- Sarah Jullien
Mais je crois qu'on est toutes et tous toujours sur le chemin, en fait. L'erreur, ce serait de considérer qu'on y est déjà arrivé. Je pense que c'est ça le mot de fin. C'est qu'en fait, on évolue aussi en fonction des rencontres des familles. Je pense que je ne travaille pas du tout avec les familles comme je travaillais il y a un an. Alors certes, de par les formations, mais aussi avec toute l'expérience clinique qu'on gagne finalement. se faire confiance et s'écouter aussi.
- Lauriane Venin
Confiance, ajustement, c'est génial. C'est au cœur de ce que tu proposes dans l'accompagnement parental. Merci beaucoup, Sarah.
- Sarah Jullien
Merci, Lauriane.