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La Juste Exception, le JE est une nuance.

« Et si le luxe, c’était ça ?

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43min |25/06/2025|

40

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Description

🎙 « Et si le luxe, c’était ça ?
Un bijou en brique, une pièce d’acier damassé, une céramique imparfaite…
Et si derrière la matière brute se cachait une main délicate, un esprit libre, un artisan qui n’a pas choisi la voie du brillant, mais celle du sens ?
Dans cet épisode de La Juste Exception, je vous invite à rencontrer Karl Mazlo, joaillier, artiste, chercheur de formes et d’histoires.
Il détourne les outils, questionne le bijou, assume sa singularité et nous raconte comment le Japon a été le déclencheur d’une profonde transformation.

Une conversation intime sur l’émancipation, la transmission, la quête vers de nouvelles frontières à créer.

Bonne écoute.






🎙️ La Juste Exception – le Je est une nuance
💡 Podcast en 5 saisons :
1️⃣ Slashing & identités multiples
2️⃣ Bijoux contemporains & Kintsugi
3️⃣ Hypnose, thérapie brève et thérapie des schémas
4️⃣ Leadership & neurodiversité
5️⃣ Voix singulières & chemins audacieux
🌱 Pour les âmes libres, créatives et résilientes


@lajusteexception, @emiliesomers, @or-impact @kintsugibruxelles

www.youtube.com/@somersemilie

www.emiliesomers.com


Montage audio : @gregorio_el_iluminador



Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Le podcast de La Juste Exception, c'est l'occasion de visiter les quatre métiers que je pratique et de vous les faire découvrir sous un regard impertinent, où l'exception confirme la règle. Dans un monde contemporain dicté par la performance, la productivité et le perfectionnisme, je veux donner la voix à l'humain qui assure sa fragilité, sa paresse et son imperfection avec du talent, de l'humilité et de l'excellence. Mes invités m'inspirent tous. d'une façon ou d'une autre. J'espère qu'ils déclenchent pour chez vous les mêmes sensations qu'ils ont pu déclencher chez moi, le goût de l'impertinence, l'envie de sortir des sentiers battus, tout en respectant la valeur du chemin. Je suis Émilie Somers et je vous souhaite une bienvenue. Je suis très heureuse de vous retrouver pour la saison 2 de ce podcast de La Juste Exception. Après l'exploration du jeu comme une nuance dans la saison 1 autour de la... thématique du slashing, je vous emmène aujourd'hui dans l'univers d'un de mes quatre métiers, l'univers du bijou contemporain à Bruxelles. J'ai créé ma marque Or Impact et je crée des bijoux qui racontent. Ce ne sont pas que des bijoux qui valorisent l'esthétique, mais des bijoux qui révèlent. Chaque pièce est un fragment d'histoire, une faille précieuse, une trace portée. Car porter un bijou, c'est dire quelque chose de soi, même en silence. Dans cette saison, je vous invite à découvrir des voix qui, chacune à leur manière, donnent sens à la matière. J'aurai le plaisir d'inviter des artistes, des galeristes, des passionnés et même des consommateurs éthiques. Et peut-être aussi, à travers leur récit, une part de vous-même se fera entendre. Nous parlerons de transmission, d'engagement, d'identité, mais aussi de beauté, d'imperfection et de résilience. Le bijou est une nuance. et cette saison est l'occasion de faire entendre la mienne et surtout d'écouter la vôtre. Bonjour et bienvenue dans le podcast de La Juste Exception. Le jeu est une nuance, nous sommes toujours dans la saison 2 autour du bijou contemporain. Aujourd'hui, je vous embarque à Paris dans un lieu à part. Un atelier niché dans une ancienne usine textile, devenu terrain d'expérimentation pour un créateur hors format, Karl Maslow. À 39 ans, Karl est à la fois joaillier, artisan et artiste. Il vit et travaille dans la capitale, mais son travail, lui, voyage entre héritage familial, matière assumée et influence japonaise. Fils d'un joaillier, frère d'un designer 3D dans la haute joaillerie, d'une cinéaste et d'un peintre, Karl est aussi celui qui a pris un chemin à contre-courant. Dans cet épisode, on va parler de transmission, de renoncement, de quête identitaire et de ce que signifie faire œuvre en dehors des sentiers battus. Bonjour Karl,

  • Speaker #1

    bienvenue ! Bonjour Émilie ! Tu vas bien ? Ben oui, et toi ?

  • Speaker #0

    On vient de passer deux jours ensemble, j'ai eu le plaisir pour la deuxième fois de venir dans ton atelier, cet atelier qui est un univers très particulier, et j'ai pu du coup découvrir des aspects de toi que je voudrais aujourd'hui rendre visibles. Alors pour les petits curieux, il y a plein d'infos sur Karl, il y a des vidéos, il y a des interviews qui notamment parleront de son travail suite au prix. que tu as reçu en 2023 pour l'intelligence de la main, le prix Bétoncourt, c'est ça ? Oui,

  • Speaker #1

    c'est en 2021.

  • Speaker #0

    En 2021, et voilà.

  • Speaker #1

    Et déjà, 4 ans.

  • Speaker #0

    Et bien voilà, autour de ça, il y a eu pas mal de contenu, alors je ne vais pas faire la redondance, ce contenu-là, je le laisse bien au chaud, et je vais plutôt m'intéresser à l'homme derrière l'artiste, le joaillier et l'artisan. Ça, ça va être notre balade de ce matin. Tu es d'accord avec ça ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est à l'onze.

  • Speaker #0

    Parfait. Alors... Tu travailles donc au cœur de Paris et aujourd'hui le Paris est intense. Est-ce que pour toi c'est un privilège ou bien c'est quand même compliqué et difficile d'être au cœur de Paris ?

  • Speaker #1

    Alors je dirais que c'est difficile au premier abord parce que trouver un atelier et un lieu qui est adéquat à ton activité, oui c'est compliqué, mais j'ai eu la chance d'en trouver un grâce aux ateliers de Paris. qui est un incubateur et qui soutient la création et les artistes pour trouver un lieu. Et je dirais que c'est un privilège d'être à Paris, surtout en tant que créateur, parce que c'est là où toute l'émulation se passe, où il y a tous les fournisseurs, où il y a tous les partenaires, il y a l'inspiration au quotidien, il y a les autres créateurs, artistes, et que ça soit tout domaine confondu, mode, design et métier d'art. C'est vraiment une cour de jeu, je dirais, infinie et qui rend la transversalité possible.

  • Speaker #0

    Du coup, ça veut dire qu'il y a un chat avec nous qui va faire des petits bruits. Il est le bienvenu. Son nom, c'est Elvis. Elvis veut sortir, donc on va entendre des petits bruits. Tu parles de cette effervescence, de cette transversalité avec différents corps de métier. L'effervescence de Paris, ça veut dire qu'en fait, tu es tout le temps dans ton métier. Ou est-ce qu'il y a des moments où tu arrives à t'extraire parce que je l'ai bien vu, on sort de ton atelier. On croise un, une et puis après dans le quartier. Et puis, ta famille est ici aussi dans le milieu professionnel et artistique, ce qui veut dire que ça ne s'arrête jamais. Est-ce que tu as des moments où tu as des bulles de retrait quand même ?

  • Speaker #1

    Oui, alors c'est vrai que ça ne s'arrête jamais. Mais je dirais que quand on est entrepreneur, notre mindset, il est sur un bouton automatique où chaque petit détail, même en vacances, ça se travaille. L'imaginaire, l'imagination, l'inspiration, elle est constante. Donc je dirais, alors je n'ai pas réussi à trouver le bouton off des fois, mais ça ne me dérange pas, ça fait partie de mon caractère je pense. Et si je veux vraiment couper, je me mets très vite dans mes bulles que je me suis construite, à savoir la lecture ou le cinéma, les hobbies. le sport ou n'importe quoi qui me permet de... Mais ça reste des petites bulles. Et je dirais qu'il faudrait... Je ne dis pas qu'il en faudrait plus, mais il y a des bulles que je me suis construites aussi dans mon travail qui me permettent de... Comme typiquement dessiner. J'en reviens beaucoup à redessiner et à prendre le temps. de faire des recherches, des sketchs. Et là, ça me permet de m'évader un peu et de reposer un peu plus l'esprit.

  • Speaker #0

    D'accord. D'ailleurs, ton espace de travail, ton atelier, tu le considères plus comme un espace d'expérimentation, plus qu'un espace de production. Et encore moins, du coup, un espace de vente. C'est vraiment un espace qui est à bulles, dans lequel tout se passe. Mais ce n'est pas ni une volonté d'être un showroom, ni une volonté d'être une galerie, ni... C'est vraiment ton entre et celui qui veut venir doit passer plusieurs portes pour arriver avec plusieurs codes. Donc il faut vraiment chercher à venir te voir.

  • Speaker #1

    Il y en a d'ailleurs qui y arrivent sans que je refasse le code. Oui,

  • Speaker #0

    ça a été la surprise de cette semaine.

  • Speaker #1

    Oui, effectivement, c'est une volonté d'être un peu en retrait, mais c'est plutôt dans une démarche de rendre l'expérience immersive et... plus intime. Je trouve que c'est ça maintenant aussi le luxe, c'est d'arriver dans l'espace d'un créateur. Voilà, c'est un peu son cabinet de recherche. Et les personnes qui viennent me voir, qui viennent commander des pièces sur mesure ou qui viennent simplement voir l'atelier ou comme toi, qui vient par une autre porte, celle de la curiosité, je trouve qu'il y a un respect qui s'installe et il est mutuel. Parce que... En fait, l'espace fait qu'on prend le temps de se poser déjà. Et il y a tellement de choses, un petit cabinet de curiosité, que l'espace-temps s'arrête un peu. Et je trouve ça vraiment agréable. Et c'est ça, c'était cette volonté-là d'avoir un atelier que de le rendre quelque part un petit peu spirituel.

  • Speaker #0

    Tu me parles d'entrepreneur, ce qui veut dire que tu n'es pas que joaillier, artisan, artiste. Tu es aussi un entrepreneur, ce qui veut dire que tu es quand même aussi un peu un slasheur. Difficile de ne pas faire de lien. Tu as plusieurs slashes. Est-ce que c'est quelque chose d'absolument nécessaire aujourd'hui pour pouvoir partager dans le bijou contemporain sa vision et du travail pratico-pratique, mais aussi de la manière dont on le raconte ? C'est important de ne pas être... juste technicien sorti des écoles de joaillerie, qu'il y a quelque chose de beaucoup plus intense qui se met en route. Et que si on n'a pas ce côté entrepreneur, on n'a pas ce côté relationnel, cette capacité à rencontrer les gens et à être finalement un peu stratège dans sa carrière.

  • Speaker #1

    Effectivement, si on n'est pas un peu multi... Enfin, j'allais dire, on peut dire couteau suisse aussi. Si on n'entreprend pas plusieurs corps de métier, euh En fait, on tombe très vite dans quelque chose de banal, de commun. Et ce qui fait aujourd'hui la différence entre plusieurs créateurs et indépendants et entrepreneurs, c'est ces diverses expertises. On dit souvent à l'école, en tout cas à l'école de la joaillerie, qu'il faut être expert dans une catégorie. Il faut être très bon en maquette, il faut être très bon en certissage. en polissage, voilà. On est quelque part... Catégorisés. Voilà, catégorisés, mais experts dans le domaine. Quelque part, ça rassure, mais quelque part, en fait, ça enferme. Et quand on est entrepreneur, ça ne marche pas. Il faut justement casser ces barrières-là pour pouvoir déjà s'exprimer et entreprendre et être beaucoup plus autonome. Dans sa façon d'entreprendre.

  • Speaker #0

    D'ailleurs, toi, c'est ce qui fait un petit peu ton côté artisan, dont on parlera juste après. Et avant de rentrer dans le milieu artisan, où tu t'es créé tes propres outils, il y a d'abord une petite genèse, un petit truc à clarifier, puisque dans ton chemin de joaillier, tu as été l'apprenti de ton père, qui est également joaillier. Et ça, est-ce que c'est un avantage ou est-ce que c'est une difficulté avec laquelle il va falloir se délester ?

  • Speaker #1

    C'est un peu des deux. Par exemple, à l'école, je n'avais pas le droit d'être le cancre. J'avais devoir de montrer le bon exemple et d'être le premier de la classe. Et quelque part, quand on est jeune, ce n'est pas rendre service que de mettre une pression comme ça. En tout cas, les quelques profs que j'ai eus... en ont un petit peu joué pour voilà un peu me titiller mais c'est pas grave c'est une bonne guerre et ça m'a permis aussi de me rendre compte grâce à eux que j'avais cette chance là et qu'il fallait il fallait pas que je la gâche donc du coup je me redoublais d'effort donc quelque part ça a servi à me former à l'effort et à bien faire. Ensuite, je dirais que c'est aussi quelque part un avantage puisque je parlais le même langage avec mon père et du coup, comme mon père est un passionné, il me transmettait en dehors de l'école en fait toute la passion du métier et m'aidait dans tout ce qui est création ou technique ou résoudre des problèmes. Et quand je devais m'entraîner aussi, je pouvais aller à son atelier. Alors quelque part, en étant fils de joaillier, il y avait aussi une certaine jalousie auprès de certains camarades de classe parce qu'ils pensaient que c'était plus simple pour moi la vie de trouver un stage, de trouver un travail. Et ce n'est pas le cas. Même aujourd'hui. Par exemple, les gens sont plus durs avec moi parce qu'ils pensent que je suis très installé, je n'ai pas besoin de galerie, je n'ai pas besoin d'exposer.

  • Speaker #0

    Et ce n'est pas le cas. À l'intérieur de toi, ça te demande de redoubler d'efforts en fait. Ça t'a demandé un travail personnel, identitaire, un peu d'émancipation, de quitter le sillon que ton père avait tracé. Dans une autre époque d'ailleurs, où sans doute que le bijou contemporain à l'époque, c'était quand même plus difficile qu'aujourd'hui, même s'il peine un peu, il se développe. Donc il y a eu un travail d'émancipation pour toi ?

  • Speaker #1

    Oui, mon travail d'émancipation, déjà, c'était d'être bon techniquement, d'être un peu reconnu par mon père en tant que joaillier, donc valider finalement un savoir-faire, ce qui est très dur. Parce que, en fait, quand tu es face à un maître d'art, oui, c'est compliqué. Mais c'est vraiment la bonne école. Et puis ensuite, effectivement, il y a tout le côté univers créatif du bijou qu'il faut se faire. Qu'il faut s'approprier. Moi, je me suis quand même approprié un certain style de bijoux dont mon père m'a transmis. donc à savoir valoriser des défauts, savoir valoriser aussi des pierres qui ont des défauts. Tout ça, ça vient de l'apprentissage avec mon père. Puis au fur et à mesure, ça s'est affiné lorsque je me suis un peu émancipé de l'atelier pour aller vers d'autres cultures, d'autres chemins comme celui du Japon.

  • Speaker #0

    Le Japon a été vraiment une bascule dans ton émancipation. Est-ce qu'on pourrait dire... Tu sais, moi, j'ai ma casquette un peu thérapeutique. Est-ce qu'on pourrait dire qu'en fait, l'émancipation du père, il s'est traduit par une autorisation dans la culture japonaise, une autorisation à être à un autre endroit, peut-être avec plus de bienveillance, avec plus de douceur, avec plus d'acceptation dans cette culture japonaise ritualisante qui accepte l'imperfection comme étant quelque chose de beau et de magnifique et que finalement... Toi, à l'intérieur, tu peux quitter aussi cette perfection qui est tant demandée, cette exigence d'ouvrir un petit peu plus de douceur à ce que tu veux proposer ?

  • Speaker #1

    Alors, je dirais oui, mais je ne saurais pas comment l'expliquer et le formaliser. Mais en gros, ce qui s'est passé, c'est que déjà, j'ai quitté l'émancipation. Elle ne venait pas vraiment de la formation avec mon père, mais c'était plutôt une généralité dans le métier. que les ponts entre différents métiers d'art ou le design ou autre discipline se faisaient rarement. Les croisements étaient assez maigres et rester sur l'échelle du bijou, ça a commencé un petit peu à juste me frustrer. J'avais envie d'autre chose. Le Japon, il m'a apporté ça, cette ouverture vers une autre échelle, d'autres supports. médium et j'y suis allé dans le but donc c'était une résidence à la villa coach james initié par l'institut français et chapeauté par enfin mécéné par la fondation bétancourt-cholleur ça c'était une résidence de recherche où on a le droit en fait de faire ces écarts là on n'est plus dans son quotidien et ça crée une rupture avec tout ce qu'on a connu déjà en voyage seul on doit être libérer nos contraintes en France pour vraiment se concentrer sur notre projet de recherche au Japon. Donc l'idée c'était vraiment d'aller à la rencontre de savoir-faire que je ne connaissais pas et des médiums que j'avais jamais vraiment utilisé. Donc il y a eu un terrain de jeu énorme que je me suis dit mais attends c'est pas possible il y a tellement de choses affaires, je peux pas en fait... me contenter de suivre un chemin qui a été prédéfini, et reprendre l'entreprise de mon père, et entre autres, et non, j'arrivais pas, c'était pas le bon moment, et j'étais pas prêt, et je me sentais pas légitime de tout ça, donc mon émancipation, elle s'est faite un peu... Comme ça.

  • Speaker #0

    C'est ça. Donc au-delà des aspects plutôt pratico-pratiques des rencontres, des opportunités qui pourraient créer de la jalousie, en fait en interne c'est quand même un parcours du combattant vachement plus compliqué et qui est invisible mais qui est beaucoup plus tortueux et qui parce qu'il est invisible n'est pas reconnu mais pourtant c'est bien plus difficile d'être finalement le fils d'eux. Et on l'entend souvent, c'est souvent le cas. Ton atelier, tu le dis, c'est un espace d'expérience, c'est un endroit où tu veux travailler ton geste, l'exigence du geste qu'on retrouve notamment dans la pratique et dans la philosophie du Japon. Et puis aussi l'imprévisibilité des matériaux, c'est cette rencontre entre l'effort croissance et puis la légèreté de l'enfant. Les deux se croisent et créent ton univers assumé. et surtout à travers ton artisanat, le travail de l'outillage, le travail de... ce qu'on va utiliser comme moyen. J'avais un prof qui disait qu'il faut se donner les moyens de ses ambitions, c'est-à-dire trouver vraiment le bon outil, le bon clic pour pouvoir arriver à ton résultat. Parle-nous un petit peu de ce rapport avec ton outillage, puisque je suis rentrée dans ton atelier et je vois bien qu'il y a, tu disais, des outils qui te tiennent à cœur, c'est presque des outils de collection, c'est des outils... C'est des outils de cœur, en fait. Ce n'est pas juste un outil qu'on va jeter dans un tiroir. Chaque chose a sa place, c'est structuré dans ton esprit. Raconte-moi ton rapport à l'outil.

  • Speaker #1

    Alors, mon rapport à l'outil, il est simple. Depuis ma formation, on nous apprend à prendre soin de ces outils. C'est des outils qui coûtent déjà très cher. Donc, il faut en prendre soin pour qu'ils puissent nous garder. nous accompagner durant tout notre parcours. Chaque outil a une fonction et ce qui est intéressant c'est qu'au début de ma formation on prend compte de l'importance de ces outils qui coûtent de l'argent. A la suite de ça j'ai été propulsé dans des ateliers où il y avait une profusion d'outils, vraiment des outils en voilà en voit-tu. C'est ça qu'on dit ?

  • Speaker #0

    Voilà, je dirais. Mais bon, on s'en fout un peu, c'est pas grave. Puisqu'un outil, on le prend dans un sens, on le prend dans l'autre, et puis ça crée des choses.

  • Speaker #1

    Et d'ailleurs, on en parlera de cette appropriation de l'outil. Et en gros, au fur et à mesure, je me suis dit, les outils... J'en ai trop à un moment. Et donc du coup, je vais essayer de travailler sous la contrainte de... De peu ? De peu d'outils. En fait, c'est difficile parce que chaque outil a aussi une fonction et aussi son histoire. Soit ça fait partie d'une transmission d'un outil que j'ai eu de mon père ou de partenaires avec qui j'ai travaillé au Japon ou autre part. Mais j'aime bien cette façon. de redonner vie à un outil et de le détourner de son utilisation. C'est-à-dire un marteau, comme je t'avais montré d'ailleurs, déjà il a deux côtés, mais ces côtés-là peuvent être resculptés, ils peuvent être déformés, et du coup un outil qui sert à former ou à mettre en forme va devenir un outil de marquage. C'est-à-dire qu'on va l'utiliser pour... texturer la matière. Et voilà, j'aime bien cette idée-là de changer la fonction aussi d'un outil et de se l'approprier et de le rendre unique.

  • Speaker #0

    Ce qui veut dire que cette appropriation de l'outil, il est plutôt dans ton laboratoire l'occasion d'expérimenter ou bien il est une résolution d'un problème parce qu'en fait, l'outil n'existe pas pour rendre visible ce que tu as dans la tête et ce que tu veux faire exprimer dans tes mains. Oui,

  • Speaker #1

    c'est un peu des deux. Il y a aussi une question pratique, le marteau on peut vraiment répéter son geste et ce qui ferait du marteau un poinçon, ce serait beaucoup moins automatique, c'est-à-dire ce serait moins répétitif qu'un poinçon où il faut positionner l'outil et taper avec le marteau. En reparlant de la question de l'outillage, l'outillage il a... Il a joué un rôle très important dans mes recherches au Japon, puisque j'ai voulu créer toute une grammaire de poinçons. Donc c'est des poinçons à la base utilisés comme pour la ciselure, donc pour décorer ou appliquer une texture sur le métal. Et j'en ai fait une grammaire, c'est-à-dire j'ai utilisé des motifs, du lettrage, vraiment un tas de motifs dont je me suis inspiré en amont d'aller au Japon. Et je le voyais vraiment comme un premier échange avec les personnes que j'allais rencontrer. Je n'avais pas envie d'arriver avec un projet tout fait, avec des dessins, des choses un peu, je dirais, trop directes. Connaissant un petit peu la culture japonaise, j'ai préféré amener des outils et en fait, que chacun se les approprie. Et ça a tellement bien marché qu'il y a eu vraiment des échanges complètement loufoques et très riches. Donc voilà, pour moi, les outils, c'est une base déjà d'un premier langage.

  • Speaker #0

    Oui, et c'est ce qui permet aussi le lien, comme tu viens de l'expliquer, parce que cette curiosité nous amène, avec d'autres, à développer les pratiques. Le côté artisan, il est la base, comme tu le dis bien, pour aller vers l'artiste. Aujourd'hui, tu as décidé, déjà il y a quelques années, de te mettre en porte-à-fois avec l'industrie du luxe. tu as décidé d'amener le luxe autrement, parce qu'on est quand même dans un bijou contemporain d'exclusivité, mais tu ne vas pas utiliser le même langage que ce qu'on trouve traditionnellement, ce qui est effectivement plus classique, notamment en utilisant des matériaux tels que la brique. Tu nous as fait une magnifique bague en or avec une brique rouge à sertir. Est-ce que tu peux nous parler de cette...

  • Speaker #1

    de ce côté un peu impertinent mais qui fait partie de toute la réflexion de ton travail par rapport au luxe comme j'expliquais avant il ya eu un moment un ras-le-bol de la joaillerie parce que les pierres précieuses prenait vraiment dessus sur la création sur tout le travail de mise en oeuvre du bijou et je trouvais qu'on perdait ce savez plus où était la valeur du travail et donc j'ai décidé d'aller un peu à contre-courant et ça a été des rencontres en fait. avec des matières ou avec des métiers que je ne connaissais pas, comme la forge des sabres japonais, où ils utilisent par exemple l'acier damassé.

  • Speaker #0

    Il y a un matériau que tu utilises maintenant régulièrement ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est l'acier damassé multicouche d'acier qui est servi pour la fabrication d'armes blanches. Il y a beaucoup de déchets qui sont impossibles à recycler puisque les métaux sont mélangés entre eux. Donc c'est comme ça que ça m'est venu l'idée aussi de choisir cette matière, de l'exploiter et de lui donner un nouveau regard et de la valoriser. A partir de là, j'ai été un peu plus sensible à de nouvelles matières comme la brique, comme l'acier. Voilà et comme le marbre aussi, il y a une nouvelle collection qui va sortir. Ça provient, un, de chutes d'architecture, de deux, de chutes aussi de matériaux utilisés par les artisans et trois, c'est aussi un feeling avec des matières qui me parlent et que j'ai envie de valoriser par le travail du métal. Une matière que j'adore, c'est le lapis lazuli. Il y a aussi une histoire parce que dans le temps, on l'utilisait comme pigment. C'était quelque chose de quand même assez cher. Et aujourd'hui, on a tendance à l'écarter du monde du bijou, alors qu'en tout cas à l'état brut. Et je trouve que c'est une matière qui a besoin d'être revue.

  • Speaker #0

    Ce qui veut dire que tu te positionnes aussi aujourd'hui, ton travail évolue-t-il en fonction de la réalité G.E. ? et géopolitiques et écologiques du monde dans lequel nous basculons, puisque ça y est, nous sommes dans une bascule. Le monde des années 80 que nous avons connu, puisque nous sommes de la même génération, s'éloigne de nous de plus en plus. Est-ce que ça influe ton travail ? Ça le met en résistance ? Ça le met en choc ? Parce que difficile de travailler la brique dans le milieu plus... plus haut de gamme ? C'est une manière d'affirmer une position politique aussi ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est une position qui est difficile à garder. Mais je dirais que j'ai eu tellement d'encouragement de la part de Fondation et de Prix que en fait... Ça validait vraiment. Et en fait, de plus en plus de gens me contactent. pour m'envoyer leur matière pour que j'expérimente, des céramiques, enfin des céramistes, pardon, qui ont raté des cuissons et qui me disent « Mais attends, tu pourrais réemployer ça et ça me ferait tellement plaisir. » Et de plus en plus de clients, en fait, viennent pour ça. Pour justement valoriser quelque chose qui, à première vue, n'a pas de valeur, mais qui a une histoire. Et souvent, on s'approprie l'histoire d'un créateur. En fait, on vient chercher l'ADN du créateur, mais aussi on s'en inspire. C'est-à-dire que les gens, en fait, ça les sensibilise eux-mêmes à des choses et du coup, ramène leur propre matière. Et c'est ça qui est intéressant.

  • Speaker #0

    Est-ce que tu nous parles de tes clients ? Est-ce que tu as l'impression que la consommation du bijou contemporain, elle est plutôt dans une niche érudie de personnes sensibilisées à l'art, qui ont les moyens ? Ou bien l'art contemporain peut aussi s'afficher pour des personnes qui ont moins de moyens, mais avec la même essence, le même désir de porter quelque chose de différent ?

  • Speaker #1

    Je dirais que ce style de bijoux... contemporain. Et en fait, il a apprécié des personnes qui ont, en fait, qui ont, qui ne trouvent pas aussi leur, leur, leur, leur esthétique quelque part. C'est-à-dire, c'est assez compliqué aussi de trouver un créateur qui propose des choses hors normes ou qui correspond à un message qu'ils veulent transmettre dans leurs bijoux. Et je dirais, c'est des personnes qui n'ont pas forcément... qui ne sont pas forcément informés qu'on peut créer une pièce sur mesure.

  • Speaker #0

    C'est ça. Et qui ne s'autorisent pas du coup à se l'offrir, puisque c'est réservé à ceux qui, soit financièrement, soit dans les accès, venir à ton atelier par exemple, on en parlait avec Aurore pour la galerie. Déjà, faire la démarche de rentrer dans une galerie, tout le monde ne se l'autorise pas. Alors rentrer avec tous les codes d'accès, pour rentrer dans l'atelier d'un créateur, avec une renommée, il faut quand même être assez audacieux finalement pour le faire.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai. Donc, je ne saurais pas trop répondre plus à cette question. Mais en tout cas, j'essaye de rendre accessible le bijou par ses matières. Et j'ai toujours aussi gardé quelque part un petit peu ce côté Ojo Ari quand on me le demande. Il y a toujours des personnes qui veulent s'offrir un très beau diamant.

  • Speaker #0

    Et je l'accepte.

  • Speaker #1

    Bien sûr, parce que ça fait partie du cheminement de ton client, mais il vient le mettre et l'incruster dans un design qui est le tien.

  • Speaker #0

    Je rebondis sur ce dont on a parlé, pour parler aussi des maisons de luxe qui sont de plus en plus sensibles à ce côté, on va dire, contemporain. Hors normes. Et qui sortent des sentiers battus. je pense tout de suite à Par exemple la maison Moët et Chandon avec qui j'ai travaillé avec la Fabrique Singulière. En gros il y avait cette volonté de réutiliser aussi des chutes de laiton que j'ai mis en forme et il y avait un moment trois possibilités pour les finitions de la sculpture. Donc soit on l'a doré, soit on l'a plaqué en or. pour qu'elle se fige et qu'elle soit shiny et très lumineuse. Soit on vernissait le laiton et là on stoppait toute trace d'oxydation. La dernière, c'était on laisse le laiton à l'état brut et en fait, on le laisse vivre, advienne ce qui lui viendra. Et en fait, j'ai été vraiment étonné puisque ça a été ce dernier choix là qui a été le plus entendu. Et j'ai trouvé ça vraiment intéressant qu'il laisse justement ce métal vivre et qu'il y ait ce côté incontrôlable, inattendu.

  • Speaker #1

    Comme s'il y avait encore un soupçon d'humilité dans le milieu du luxe et de cette excellence qui enferme en fait. On est arrivé presque un peu au bout de ce qu'on pouvait exploiter dans cette perfection un peu lisse. on revient à... à cette imperfection qui est validée dans la philosophie du Wapisabi, dans la philosophie du Japon, qu'on vient rechercher. Je pense notamment au diamant, puisqu'on sait que dans le milieu du diamant, il y a le synthétique qui est venu s'inviter et qui nous empêche de distinguer le vrai du faux. Et que finalement, à terme, la seule manière de valider un vrai diamant, ce sera dans son imperfection. Ce sera la preuve qu'il sort d'une roche et pas d'une industrie. Donc, il y a quelque chose qui nous amène à revenir dans notre humilité. de l'homme avec sa fragilité et avec ce qui fait que c'est beau et émouvant d'être là dedans. Et je pense notamment au 3D. Tu le sais, tu as un atelier juste à côté du tien avec ton frère qui travaille la 3D qui est en fait d'industrialiser le bijou, de continuer à le storyteller à travers une exception alors qu'en fait on perd cette exception du fait qu'il est à la chaîne de plus en plus. Tu rejoins ce concept-là ?

  • Speaker #0

    Alors, je rejoins...

  • Speaker #1

    L'idée que du coup, proposer de l'artisanat avec une manufacture, avec ce laiton qui vient se vivre avec le temps et qui est à l'opposé du brillant qu'on va chercher, en fait, est un retour à quelque chose qui est inéluctable puisqu'on arrive au bout d'un système avec la 3D, avec le luxe. Comme si on basculait aussi dans un cul-de-sac, on est arrivé au bout de ce qu'on pouvait produire dans ce temps-là. univers-là.

  • Speaker #0

    On parle là de la vraiment l'excellence et la perfection. Mais après, la perfection, elle n'existe pas s'il n'y a pas l'imperfection. Et c'est ça qui est...

  • Speaker #1

    Et c'est pas là qu'on est arrivé au bout, justement, dans la joaillerie de luxe. On est arrivé au bout de ce qu'on pouvait produire comme excellence. Et donc, on revient un petit peu en arrière en disant, en fait, l'excellence, elle se situe dans l'imperfection et ça a une plus grande valeur que il y a 15 ans, où on était encore dans une explosion de recherche, d'affiner, et que le 3D vient un petit peu... peu renforcer cette idée de production en chaîne.

  • Speaker #0

    Oui, après je pense qu'il y aura toujours cette catégorie de personnes qui vont, qui cherchent l'excellence et la perfection et une autre qui en auront un peu ras-le-bol de cette perfection, de ces choses toutes lisses et qui sont justement sensibles à autre chose et un peu à ce désordre organisé.

  • Speaker #1

    Alors, on va terminer sur deux questions. D'abord, tu le sais, on est dans le podcast de La Juste Exception. Et donc, ma question, c'est quand, toi, que tu as vécu ta juste exception ? Alors, pour rappel, la juste exception, c'est le moment où il se passe une bascule à l'intérieur de toi. Il y a quelque chose qui bouge et qui fait que tu te différencies. Mais c'est juste, c'est impertinent, mais c'est juste, c'est audacieux, mais c'est juste. Et c'est là où tu es dans ta juste exception. C'était à quel moment dans ton histoire ?

  • Speaker #0

    Vraiment, je pense que ça a été mes derniers... Dernier jour, lorsque j'étais au Japon en résidence, où je me suis dit, c'est maintenant que j'assois et j'assume mon identité. Tu sers du bois. Voilà, d'aller... à contre-courant et d'assumer pleinement ce que je vais entreprendre.

  • Speaker #1

    Au risque de déplaire. Oui,

  • Speaker #0

    et je n'en avais rien à faire. J'avais vraiment juste l'envie et le besoin de m'exprimer. Oui, et puis de m'exprimer avec ces matières et cette façon d'être qui était moi. Et je trouve que c'est s'assumer, je pense, qui était ma juste exception.

  • Speaker #1

    Je dis souvent que quand on ne peut pas ne pas le faire, C'est très important de l'entendre et de le faire, en fait, parce que le coût psychique que ça va advenir, que de quitter cette juste exception va être gigantesque. Donc, à tous ceux qui nous écoutent, surtout basculer. La suite, c'est quoi la suite de tes projets pour 2025, 2026, de ce qui est audible et ce que tu peux raconter, évidemment ?

  • Speaker #0

    Les projets de développement, on va dire, j'avais plutôt parlé de ça, ça va être de reconnecter avec... des nouveaux ponts, des nouveaux partenaires avec qui j'avais aussi initié des choses comme le chef pâtissier François Dobinet, où on avait travaillé sur la texture du métal et du chocolat pour créer en fait une recette ensemble. J'aimerais continuer à faire ces ponts-là parce que je trouve que c'est dans cette hybridation de savoir-faire, de discipline, qu'il en ressort quelque chose de complètement inattendu. Et c'est ça que j'ai envie de valoriser maintenant.

  • Speaker #1

    La surprise.

  • Speaker #0

    Oui, surprise et la recherche. Et aussi, quelque part, me former à quelque chose de nouveau. C'est sortir de sa surface d'expression pour avoir un peu plus de recul sur sa pratique et revenir un peu avec des nouvelles choses.

  • Speaker #1

    Tu vas te rajouter un petit slash. Tu es un slasher qui s'ignore en fait.

  • Speaker #0

    Et voilà, après, il y a aussi cette volonté de transmettre et de réavoir un apprenti avec moi parce que j'ai trouvé que c'était très enrichissant.

  • Speaker #1

    Oui, cette année, tu avais un apprenti pendant un an.

  • Speaker #0

    Voilà, qui s'appelle Virgile Brugnot. Et ça a été très riche parce que, aussi, quelque part, c'est une mise à jour pour nous et pour l'apprenti. de se confronter à différentes manières de penser et de générations. Donc c'est très riche et j'ai vraiment eu plaisir à partager ce moment avec Vergil. Donc j'aimerais retrouver aussi quelqu'un dans cet esprit-là d'échange et d'acceptation de transmission.

  • Speaker #1

    Donc appel à la candidature, grosso modo, tu vas t'en retrouver avec 50 CV par jour.

  • Speaker #0

    Alors, j'en ai déjà beaucoup. Franchement, j'ai peut-être 200 demandes par an. Et ça, c'est un problème aussi. Parce que je pense qu'aussi, je n'ai pas le temps d'accueillir, évidemment, 200... Enfin, c'est cumulé avec les stages. Mais j'aimerais avoir le temps.

  • Speaker #1

    Tu as des réflexions autour de ça ou un espace qui le permettrait ? Voilà. Tu vas former d'ailleurs. Il y a des projets qui se mettent en route. transmettre ton savoir fait partie aussi de c'est la force du quadra sans doute, tu y arrives lentiment c'est qu'à un moment donné on transmet d'ailleurs j'en parle j'ai la chance de pouvoir recevoir pas mal de de contenu et de savoir faire de ta part c'est un vrai plaisir et d'ailleurs ça fait partie de ma dernière question dans cette idée de transmettre on a passé deux jours ensemble tu as ponctuellement des personnes qui viennent par des portes d'entrée différentes Merci. Qu'est-ce que ça t'apporte à toi ? Alors on peut imaginer ce que ça apporte à l'autre. Moi je suis remplie, j'ai des semaines et des semaines pour digérer tout ça, pour pratiquer, pour réfléchir. J'ai mille trucs qui se passent dans mon cerveau. D'ailleurs c'est marrant parce que je prenais le métro et puis j'étais branchée motifs. Je voyais les rails, je voyais des motifs partout. J'ai envahi des motifs maintenant. Qu'est-ce que toi ça t'apporte ? En quoi est-ce que c'est une respiration ou plutôt un stress ? Parce que pendant deux jours tu ne produis pas en fait.

  • Speaker #0

    Justement, moi, déjà, je prends peut-être cinq ou six temps dans l'année pour arrêter et recevoir quelqu'un comme toi. En fait, je pense que ça passe beaucoup par un feeling. Déjà, je n'ai pas envie d'avoir quelqu'un avec moi, avec qui je n'ai pas envie de déjeuner.

  • Speaker #1

    Pour ça, il faut écouter le podcast avec Aurore de Hoche, le numéro 1 de la saison 2.

  • Speaker #0

    Il y a vraiment une rencontre et je trouve que c'est cette rencontre aussi qui... Moi, je pars toujours du principe que quelqu'un qui n'est pas du métier est aussi talentueux que quelqu'un qui a un bagage. technique dans le bijou, mais je favorise quand même plus les personnes qui ont...

  • Speaker #1

    qui débutent. Les ovnis quoi, un peu comme moi, qui n'ont pas du tout de parcours de joaillerie et puis qui pourtant ont la pétance.

  • Speaker #0

    Oui parce que en fait vous n'avez pas du tout les mêmes codes et la façon d'aborder la création et je trouve ça génial et enrichissant et avec du recul moi je me régale en fait en voyant chercher prendre les outils, les tenir. Et voilà, je trouve que c'est très intéressant pour moi. Et en même temps, moi, ça me permet de en fait, de prendre un temps pour expliquer ma façon de travailler. Chose que je ne décortique jamais. Oui,

  • Speaker #1

    c'est ça. C'est un effort d'observation et puis de transcription. Et c'est très important parce que tout ce savoir-faire que tu as, si tu ne prends pas le temps de regarder quelle est sa valeur, il risquerait d'être aux oubliettes, ce serait fort dommage.

  • Speaker #0

    Et je reviens aussi à une chose qui est très bénéfique, c'est que je m'efforce, lorsque j'ai un élève avec moi, de mettre tout de côté. Donc téléphone, mail, d'être là. Et c'est pour ça aussi, je ne prends pas plus de deux personnes en même temps. Parce que sinon, après, j'arrive pas déjà à être focus. Et voilà, qu'il n'y ait pas vraiment d'énergie qui vienne troubler, parasiter, en fait, ce moment-là. Pour moi, c'est une parenthèse.

  • Speaker #1

    Je suis tout à fait d'accord avec toi et je rebondis sur le fait que souvent, on m'appelle en me disant « Vous pouvez pas venir donner une initiation, notamment sur le kintsugi ? » Je dis mais en fait, d'abord, non. On peut pas être 15 pour faire du kintsugi, c'est un axe. méditatif, c'est un acte hyper introspectif. Donc en fait, c'est deux maximums. Et oui, c'est lent et oui, on ne fait pas ça vite en une matinée. Et donc, il y a un peu cette idée là, on prend le temps de se rencontrer. Et aujourd'hui, à l'ère des réseaux sociaux, c'est un peu la quadra qui parle de nouveau, mais ça se perd un peu ce moment de rencontre, ce moment de partage, ce moment de lenteur. Et je crois que c'est important de le réhabiliter autour notamment de l'action de créer. Donc, tu fais ça très, très bien. C'est un plaisir de venir. D'ailleurs, je reviendrai, sache-le, malheureusement, je reviendrai. Je vais m'accrocher à ton mollet. Et même rencontrer ta fratrie, c'est vraiment un plaisir parce que chacun a son univers, chacun a sa sensibilité. Et donc, le clan Maslow est un village, en fait. Super, en tout cas, c'était un plaisir de t'avoir au micro de La Juste Exception. Merci d'avoir accepté. Est-ce que tu veux terminer ce podcast avec quelque chose ? que tu as envie de déposer ?

  • Speaker #0

    Non, j'aimerais sincèrement te remercier pour cette prise de parole et aussi cette initiation à valoriser des voix et à faire partager cette juste exception qui pour moi est hyper importante à partager pour sensibiliser des gens qui n'oseraient pas se lancer, qui n'oseraient pas se confronter à l'entrepas. à l'entrepreneuriat ou simplement découvrir des personnes et les contacter pour juste des questions et avoir l'audace de se lancer ouais l'audace on en parlera je vais faire un podcast entier sur l'audace d'ailleurs si vous voulez regarder il y a un

  • Speaker #1

    petit workshop sur le thème de l'audace sur Youtube, vous tapez workshop et puis vous tombez dessus Voilà, merci Karl, en tout cas, pour cette générosité, ce partage et cette humanité. Nous en avons besoin dans le monde dans lequel nous vivons. Je vous souhaite une excellente journée, matinée, soirée, là où vous êtes. Et je vous dis à tout bientôt pour la troisième saison qui traitera de l'hypnose et du soin aujourd'hui dans nos sociétés. À bientôt ! Suis-nous, inspire-toi et surtout, autorise-toi ta propre nuance.

Description

🎙 « Et si le luxe, c’était ça ?
Un bijou en brique, une pièce d’acier damassé, une céramique imparfaite…
Et si derrière la matière brute se cachait une main délicate, un esprit libre, un artisan qui n’a pas choisi la voie du brillant, mais celle du sens ?
Dans cet épisode de La Juste Exception, je vous invite à rencontrer Karl Mazlo, joaillier, artiste, chercheur de formes et d’histoires.
Il détourne les outils, questionne le bijou, assume sa singularité et nous raconte comment le Japon a été le déclencheur d’une profonde transformation.

Une conversation intime sur l’émancipation, la transmission, la quête vers de nouvelles frontières à créer.

Bonne écoute.






🎙️ La Juste Exception – le Je est une nuance
💡 Podcast en 5 saisons :
1️⃣ Slashing & identités multiples
2️⃣ Bijoux contemporains & Kintsugi
3️⃣ Hypnose, thérapie brève et thérapie des schémas
4️⃣ Leadership & neurodiversité
5️⃣ Voix singulières & chemins audacieux
🌱 Pour les âmes libres, créatives et résilientes


@lajusteexception, @emiliesomers, @or-impact @kintsugibruxelles

www.youtube.com/@somersemilie

www.emiliesomers.com


Montage audio : @gregorio_el_iluminador



Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Le podcast de La Juste Exception, c'est l'occasion de visiter les quatre métiers que je pratique et de vous les faire découvrir sous un regard impertinent, où l'exception confirme la règle. Dans un monde contemporain dicté par la performance, la productivité et le perfectionnisme, je veux donner la voix à l'humain qui assure sa fragilité, sa paresse et son imperfection avec du talent, de l'humilité et de l'excellence. Mes invités m'inspirent tous. d'une façon ou d'une autre. J'espère qu'ils déclenchent pour chez vous les mêmes sensations qu'ils ont pu déclencher chez moi, le goût de l'impertinence, l'envie de sortir des sentiers battus, tout en respectant la valeur du chemin. Je suis Émilie Somers et je vous souhaite une bienvenue. Je suis très heureuse de vous retrouver pour la saison 2 de ce podcast de La Juste Exception. Après l'exploration du jeu comme une nuance dans la saison 1 autour de la... thématique du slashing, je vous emmène aujourd'hui dans l'univers d'un de mes quatre métiers, l'univers du bijou contemporain à Bruxelles. J'ai créé ma marque Or Impact et je crée des bijoux qui racontent. Ce ne sont pas que des bijoux qui valorisent l'esthétique, mais des bijoux qui révèlent. Chaque pièce est un fragment d'histoire, une faille précieuse, une trace portée. Car porter un bijou, c'est dire quelque chose de soi, même en silence. Dans cette saison, je vous invite à découvrir des voix qui, chacune à leur manière, donnent sens à la matière. J'aurai le plaisir d'inviter des artistes, des galeristes, des passionnés et même des consommateurs éthiques. Et peut-être aussi, à travers leur récit, une part de vous-même se fera entendre. Nous parlerons de transmission, d'engagement, d'identité, mais aussi de beauté, d'imperfection et de résilience. Le bijou est une nuance. et cette saison est l'occasion de faire entendre la mienne et surtout d'écouter la vôtre. Bonjour et bienvenue dans le podcast de La Juste Exception. Le jeu est une nuance, nous sommes toujours dans la saison 2 autour du bijou contemporain. Aujourd'hui, je vous embarque à Paris dans un lieu à part. Un atelier niché dans une ancienne usine textile, devenu terrain d'expérimentation pour un créateur hors format, Karl Maslow. À 39 ans, Karl est à la fois joaillier, artisan et artiste. Il vit et travaille dans la capitale, mais son travail, lui, voyage entre héritage familial, matière assumée et influence japonaise. Fils d'un joaillier, frère d'un designer 3D dans la haute joaillerie, d'une cinéaste et d'un peintre, Karl est aussi celui qui a pris un chemin à contre-courant. Dans cet épisode, on va parler de transmission, de renoncement, de quête identitaire et de ce que signifie faire œuvre en dehors des sentiers battus. Bonjour Karl,

  • Speaker #1

    bienvenue ! Bonjour Émilie ! Tu vas bien ? Ben oui, et toi ?

  • Speaker #0

    On vient de passer deux jours ensemble, j'ai eu le plaisir pour la deuxième fois de venir dans ton atelier, cet atelier qui est un univers très particulier, et j'ai pu du coup découvrir des aspects de toi que je voudrais aujourd'hui rendre visibles. Alors pour les petits curieux, il y a plein d'infos sur Karl, il y a des vidéos, il y a des interviews qui notamment parleront de son travail suite au prix. que tu as reçu en 2023 pour l'intelligence de la main, le prix Bétoncourt, c'est ça ? Oui,

  • Speaker #1

    c'est en 2021.

  • Speaker #0

    En 2021, et voilà.

  • Speaker #1

    Et déjà, 4 ans.

  • Speaker #0

    Et bien voilà, autour de ça, il y a eu pas mal de contenu, alors je ne vais pas faire la redondance, ce contenu-là, je le laisse bien au chaud, et je vais plutôt m'intéresser à l'homme derrière l'artiste, le joaillier et l'artisan. Ça, ça va être notre balade de ce matin. Tu es d'accord avec ça ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est à l'onze.

  • Speaker #0

    Parfait. Alors... Tu travailles donc au cœur de Paris et aujourd'hui le Paris est intense. Est-ce que pour toi c'est un privilège ou bien c'est quand même compliqué et difficile d'être au cœur de Paris ?

  • Speaker #1

    Alors je dirais que c'est difficile au premier abord parce que trouver un atelier et un lieu qui est adéquat à ton activité, oui c'est compliqué, mais j'ai eu la chance d'en trouver un grâce aux ateliers de Paris. qui est un incubateur et qui soutient la création et les artistes pour trouver un lieu. Et je dirais que c'est un privilège d'être à Paris, surtout en tant que créateur, parce que c'est là où toute l'émulation se passe, où il y a tous les fournisseurs, où il y a tous les partenaires, il y a l'inspiration au quotidien, il y a les autres créateurs, artistes, et que ça soit tout domaine confondu, mode, design et métier d'art. C'est vraiment une cour de jeu, je dirais, infinie et qui rend la transversalité possible.

  • Speaker #0

    Du coup, ça veut dire qu'il y a un chat avec nous qui va faire des petits bruits. Il est le bienvenu. Son nom, c'est Elvis. Elvis veut sortir, donc on va entendre des petits bruits. Tu parles de cette effervescence, de cette transversalité avec différents corps de métier. L'effervescence de Paris, ça veut dire qu'en fait, tu es tout le temps dans ton métier. Ou est-ce qu'il y a des moments où tu arrives à t'extraire parce que je l'ai bien vu, on sort de ton atelier. On croise un, une et puis après dans le quartier. Et puis, ta famille est ici aussi dans le milieu professionnel et artistique, ce qui veut dire que ça ne s'arrête jamais. Est-ce que tu as des moments où tu as des bulles de retrait quand même ?

  • Speaker #1

    Oui, alors c'est vrai que ça ne s'arrête jamais. Mais je dirais que quand on est entrepreneur, notre mindset, il est sur un bouton automatique où chaque petit détail, même en vacances, ça se travaille. L'imaginaire, l'imagination, l'inspiration, elle est constante. Donc je dirais, alors je n'ai pas réussi à trouver le bouton off des fois, mais ça ne me dérange pas, ça fait partie de mon caractère je pense. Et si je veux vraiment couper, je me mets très vite dans mes bulles que je me suis construite, à savoir la lecture ou le cinéma, les hobbies. le sport ou n'importe quoi qui me permet de... Mais ça reste des petites bulles. Et je dirais qu'il faudrait... Je ne dis pas qu'il en faudrait plus, mais il y a des bulles que je me suis construites aussi dans mon travail qui me permettent de... Comme typiquement dessiner. J'en reviens beaucoup à redessiner et à prendre le temps. de faire des recherches, des sketchs. Et là, ça me permet de m'évader un peu et de reposer un peu plus l'esprit.

  • Speaker #0

    D'accord. D'ailleurs, ton espace de travail, ton atelier, tu le considères plus comme un espace d'expérimentation, plus qu'un espace de production. Et encore moins, du coup, un espace de vente. C'est vraiment un espace qui est à bulles, dans lequel tout se passe. Mais ce n'est pas ni une volonté d'être un showroom, ni une volonté d'être une galerie, ni... C'est vraiment ton entre et celui qui veut venir doit passer plusieurs portes pour arriver avec plusieurs codes. Donc il faut vraiment chercher à venir te voir.

  • Speaker #1

    Il y en a d'ailleurs qui y arrivent sans que je refasse le code. Oui,

  • Speaker #0

    ça a été la surprise de cette semaine.

  • Speaker #1

    Oui, effectivement, c'est une volonté d'être un peu en retrait, mais c'est plutôt dans une démarche de rendre l'expérience immersive et... plus intime. Je trouve que c'est ça maintenant aussi le luxe, c'est d'arriver dans l'espace d'un créateur. Voilà, c'est un peu son cabinet de recherche. Et les personnes qui viennent me voir, qui viennent commander des pièces sur mesure ou qui viennent simplement voir l'atelier ou comme toi, qui vient par une autre porte, celle de la curiosité, je trouve qu'il y a un respect qui s'installe et il est mutuel. Parce que... En fait, l'espace fait qu'on prend le temps de se poser déjà. Et il y a tellement de choses, un petit cabinet de curiosité, que l'espace-temps s'arrête un peu. Et je trouve ça vraiment agréable. Et c'est ça, c'était cette volonté-là d'avoir un atelier que de le rendre quelque part un petit peu spirituel.

  • Speaker #0

    Tu me parles d'entrepreneur, ce qui veut dire que tu n'es pas que joaillier, artisan, artiste. Tu es aussi un entrepreneur, ce qui veut dire que tu es quand même aussi un peu un slasheur. Difficile de ne pas faire de lien. Tu as plusieurs slashes. Est-ce que c'est quelque chose d'absolument nécessaire aujourd'hui pour pouvoir partager dans le bijou contemporain sa vision et du travail pratico-pratique, mais aussi de la manière dont on le raconte ? C'est important de ne pas être... juste technicien sorti des écoles de joaillerie, qu'il y a quelque chose de beaucoup plus intense qui se met en route. Et que si on n'a pas ce côté entrepreneur, on n'a pas ce côté relationnel, cette capacité à rencontrer les gens et à être finalement un peu stratège dans sa carrière.

  • Speaker #1

    Effectivement, si on n'est pas un peu multi... Enfin, j'allais dire, on peut dire couteau suisse aussi. Si on n'entreprend pas plusieurs corps de métier, euh En fait, on tombe très vite dans quelque chose de banal, de commun. Et ce qui fait aujourd'hui la différence entre plusieurs créateurs et indépendants et entrepreneurs, c'est ces diverses expertises. On dit souvent à l'école, en tout cas à l'école de la joaillerie, qu'il faut être expert dans une catégorie. Il faut être très bon en maquette, il faut être très bon en certissage. en polissage, voilà. On est quelque part... Catégorisés. Voilà, catégorisés, mais experts dans le domaine. Quelque part, ça rassure, mais quelque part, en fait, ça enferme. Et quand on est entrepreneur, ça ne marche pas. Il faut justement casser ces barrières-là pour pouvoir déjà s'exprimer et entreprendre et être beaucoup plus autonome. Dans sa façon d'entreprendre.

  • Speaker #0

    D'ailleurs, toi, c'est ce qui fait un petit peu ton côté artisan, dont on parlera juste après. Et avant de rentrer dans le milieu artisan, où tu t'es créé tes propres outils, il y a d'abord une petite genèse, un petit truc à clarifier, puisque dans ton chemin de joaillier, tu as été l'apprenti de ton père, qui est également joaillier. Et ça, est-ce que c'est un avantage ou est-ce que c'est une difficulté avec laquelle il va falloir se délester ?

  • Speaker #1

    C'est un peu des deux. Par exemple, à l'école, je n'avais pas le droit d'être le cancre. J'avais devoir de montrer le bon exemple et d'être le premier de la classe. Et quelque part, quand on est jeune, ce n'est pas rendre service que de mettre une pression comme ça. En tout cas, les quelques profs que j'ai eus... en ont un petit peu joué pour voilà un peu me titiller mais c'est pas grave c'est une bonne guerre et ça m'a permis aussi de me rendre compte grâce à eux que j'avais cette chance là et qu'il fallait il fallait pas que je la gâche donc du coup je me redoublais d'effort donc quelque part ça a servi à me former à l'effort et à bien faire. Ensuite, je dirais que c'est aussi quelque part un avantage puisque je parlais le même langage avec mon père et du coup, comme mon père est un passionné, il me transmettait en dehors de l'école en fait toute la passion du métier et m'aidait dans tout ce qui est création ou technique ou résoudre des problèmes. Et quand je devais m'entraîner aussi, je pouvais aller à son atelier. Alors quelque part, en étant fils de joaillier, il y avait aussi une certaine jalousie auprès de certains camarades de classe parce qu'ils pensaient que c'était plus simple pour moi la vie de trouver un stage, de trouver un travail. Et ce n'est pas le cas. Même aujourd'hui. Par exemple, les gens sont plus durs avec moi parce qu'ils pensent que je suis très installé, je n'ai pas besoin de galerie, je n'ai pas besoin d'exposer.

  • Speaker #0

    Et ce n'est pas le cas. À l'intérieur de toi, ça te demande de redoubler d'efforts en fait. Ça t'a demandé un travail personnel, identitaire, un peu d'émancipation, de quitter le sillon que ton père avait tracé. Dans une autre époque d'ailleurs, où sans doute que le bijou contemporain à l'époque, c'était quand même plus difficile qu'aujourd'hui, même s'il peine un peu, il se développe. Donc il y a eu un travail d'émancipation pour toi ?

  • Speaker #1

    Oui, mon travail d'émancipation, déjà, c'était d'être bon techniquement, d'être un peu reconnu par mon père en tant que joaillier, donc valider finalement un savoir-faire, ce qui est très dur. Parce que, en fait, quand tu es face à un maître d'art, oui, c'est compliqué. Mais c'est vraiment la bonne école. Et puis ensuite, effectivement, il y a tout le côté univers créatif du bijou qu'il faut se faire. Qu'il faut s'approprier. Moi, je me suis quand même approprié un certain style de bijoux dont mon père m'a transmis. donc à savoir valoriser des défauts, savoir valoriser aussi des pierres qui ont des défauts. Tout ça, ça vient de l'apprentissage avec mon père. Puis au fur et à mesure, ça s'est affiné lorsque je me suis un peu émancipé de l'atelier pour aller vers d'autres cultures, d'autres chemins comme celui du Japon.

  • Speaker #0

    Le Japon a été vraiment une bascule dans ton émancipation. Est-ce qu'on pourrait dire... Tu sais, moi, j'ai ma casquette un peu thérapeutique. Est-ce qu'on pourrait dire qu'en fait, l'émancipation du père, il s'est traduit par une autorisation dans la culture japonaise, une autorisation à être à un autre endroit, peut-être avec plus de bienveillance, avec plus de douceur, avec plus d'acceptation dans cette culture japonaise ritualisante qui accepte l'imperfection comme étant quelque chose de beau et de magnifique et que finalement... Toi, à l'intérieur, tu peux quitter aussi cette perfection qui est tant demandée, cette exigence d'ouvrir un petit peu plus de douceur à ce que tu veux proposer ?

  • Speaker #1

    Alors, je dirais oui, mais je ne saurais pas comment l'expliquer et le formaliser. Mais en gros, ce qui s'est passé, c'est que déjà, j'ai quitté l'émancipation. Elle ne venait pas vraiment de la formation avec mon père, mais c'était plutôt une généralité dans le métier. que les ponts entre différents métiers d'art ou le design ou autre discipline se faisaient rarement. Les croisements étaient assez maigres et rester sur l'échelle du bijou, ça a commencé un petit peu à juste me frustrer. J'avais envie d'autre chose. Le Japon, il m'a apporté ça, cette ouverture vers une autre échelle, d'autres supports. médium et j'y suis allé dans le but donc c'était une résidence à la villa coach james initié par l'institut français et chapeauté par enfin mécéné par la fondation bétancourt-cholleur ça c'était une résidence de recherche où on a le droit en fait de faire ces écarts là on n'est plus dans son quotidien et ça crée une rupture avec tout ce qu'on a connu déjà en voyage seul on doit être libérer nos contraintes en France pour vraiment se concentrer sur notre projet de recherche au Japon. Donc l'idée c'était vraiment d'aller à la rencontre de savoir-faire que je ne connaissais pas et des médiums que j'avais jamais vraiment utilisé. Donc il y a eu un terrain de jeu énorme que je me suis dit mais attends c'est pas possible il y a tellement de choses affaires, je peux pas en fait... me contenter de suivre un chemin qui a été prédéfini, et reprendre l'entreprise de mon père, et entre autres, et non, j'arrivais pas, c'était pas le bon moment, et j'étais pas prêt, et je me sentais pas légitime de tout ça, donc mon émancipation, elle s'est faite un peu... Comme ça.

  • Speaker #0

    C'est ça. Donc au-delà des aspects plutôt pratico-pratiques des rencontres, des opportunités qui pourraient créer de la jalousie, en fait en interne c'est quand même un parcours du combattant vachement plus compliqué et qui est invisible mais qui est beaucoup plus tortueux et qui parce qu'il est invisible n'est pas reconnu mais pourtant c'est bien plus difficile d'être finalement le fils d'eux. Et on l'entend souvent, c'est souvent le cas. Ton atelier, tu le dis, c'est un espace d'expérience, c'est un endroit où tu veux travailler ton geste, l'exigence du geste qu'on retrouve notamment dans la pratique et dans la philosophie du Japon. Et puis aussi l'imprévisibilité des matériaux, c'est cette rencontre entre l'effort croissance et puis la légèreté de l'enfant. Les deux se croisent et créent ton univers assumé. et surtout à travers ton artisanat, le travail de l'outillage, le travail de... ce qu'on va utiliser comme moyen. J'avais un prof qui disait qu'il faut se donner les moyens de ses ambitions, c'est-à-dire trouver vraiment le bon outil, le bon clic pour pouvoir arriver à ton résultat. Parle-nous un petit peu de ce rapport avec ton outillage, puisque je suis rentrée dans ton atelier et je vois bien qu'il y a, tu disais, des outils qui te tiennent à cœur, c'est presque des outils de collection, c'est des outils... C'est des outils de cœur, en fait. Ce n'est pas juste un outil qu'on va jeter dans un tiroir. Chaque chose a sa place, c'est structuré dans ton esprit. Raconte-moi ton rapport à l'outil.

  • Speaker #1

    Alors, mon rapport à l'outil, il est simple. Depuis ma formation, on nous apprend à prendre soin de ces outils. C'est des outils qui coûtent déjà très cher. Donc, il faut en prendre soin pour qu'ils puissent nous garder. nous accompagner durant tout notre parcours. Chaque outil a une fonction et ce qui est intéressant c'est qu'au début de ma formation on prend compte de l'importance de ces outils qui coûtent de l'argent. A la suite de ça j'ai été propulsé dans des ateliers où il y avait une profusion d'outils, vraiment des outils en voilà en voit-tu. C'est ça qu'on dit ?

  • Speaker #0

    Voilà, je dirais. Mais bon, on s'en fout un peu, c'est pas grave. Puisqu'un outil, on le prend dans un sens, on le prend dans l'autre, et puis ça crée des choses.

  • Speaker #1

    Et d'ailleurs, on en parlera de cette appropriation de l'outil. Et en gros, au fur et à mesure, je me suis dit, les outils... J'en ai trop à un moment. Et donc du coup, je vais essayer de travailler sous la contrainte de... De peu ? De peu d'outils. En fait, c'est difficile parce que chaque outil a aussi une fonction et aussi son histoire. Soit ça fait partie d'une transmission d'un outil que j'ai eu de mon père ou de partenaires avec qui j'ai travaillé au Japon ou autre part. Mais j'aime bien cette façon. de redonner vie à un outil et de le détourner de son utilisation. C'est-à-dire un marteau, comme je t'avais montré d'ailleurs, déjà il a deux côtés, mais ces côtés-là peuvent être resculptés, ils peuvent être déformés, et du coup un outil qui sert à former ou à mettre en forme va devenir un outil de marquage. C'est-à-dire qu'on va l'utiliser pour... texturer la matière. Et voilà, j'aime bien cette idée-là de changer la fonction aussi d'un outil et de se l'approprier et de le rendre unique.

  • Speaker #0

    Ce qui veut dire que cette appropriation de l'outil, il est plutôt dans ton laboratoire l'occasion d'expérimenter ou bien il est une résolution d'un problème parce qu'en fait, l'outil n'existe pas pour rendre visible ce que tu as dans la tête et ce que tu veux faire exprimer dans tes mains. Oui,

  • Speaker #1

    c'est un peu des deux. Il y a aussi une question pratique, le marteau on peut vraiment répéter son geste et ce qui ferait du marteau un poinçon, ce serait beaucoup moins automatique, c'est-à-dire ce serait moins répétitif qu'un poinçon où il faut positionner l'outil et taper avec le marteau. En reparlant de la question de l'outillage, l'outillage il a... Il a joué un rôle très important dans mes recherches au Japon, puisque j'ai voulu créer toute une grammaire de poinçons. Donc c'est des poinçons à la base utilisés comme pour la ciselure, donc pour décorer ou appliquer une texture sur le métal. Et j'en ai fait une grammaire, c'est-à-dire j'ai utilisé des motifs, du lettrage, vraiment un tas de motifs dont je me suis inspiré en amont d'aller au Japon. Et je le voyais vraiment comme un premier échange avec les personnes que j'allais rencontrer. Je n'avais pas envie d'arriver avec un projet tout fait, avec des dessins, des choses un peu, je dirais, trop directes. Connaissant un petit peu la culture japonaise, j'ai préféré amener des outils et en fait, que chacun se les approprie. Et ça a tellement bien marché qu'il y a eu vraiment des échanges complètement loufoques et très riches. Donc voilà, pour moi, les outils, c'est une base déjà d'un premier langage.

  • Speaker #0

    Oui, et c'est ce qui permet aussi le lien, comme tu viens de l'expliquer, parce que cette curiosité nous amène, avec d'autres, à développer les pratiques. Le côté artisan, il est la base, comme tu le dis bien, pour aller vers l'artiste. Aujourd'hui, tu as décidé, déjà il y a quelques années, de te mettre en porte-à-fois avec l'industrie du luxe. tu as décidé d'amener le luxe autrement, parce qu'on est quand même dans un bijou contemporain d'exclusivité, mais tu ne vas pas utiliser le même langage que ce qu'on trouve traditionnellement, ce qui est effectivement plus classique, notamment en utilisant des matériaux tels que la brique. Tu nous as fait une magnifique bague en or avec une brique rouge à sertir. Est-ce que tu peux nous parler de cette...

  • Speaker #1

    de ce côté un peu impertinent mais qui fait partie de toute la réflexion de ton travail par rapport au luxe comme j'expliquais avant il ya eu un moment un ras-le-bol de la joaillerie parce que les pierres précieuses prenait vraiment dessus sur la création sur tout le travail de mise en oeuvre du bijou et je trouvais qu'on perdait ce savez plus où était la valeur du travail et donc j'ai décidé d'aller un peu à contre-courant et ça a été des rencontres en fait. avec des matières ou avec des métiers que je ne connaissais pas, comme la forge des sabres japonais, où ils utilisent par exemple l'acier damassé.

  • Speaker #0

    Il y a un matériau que tu utilises maintenant régulièrement ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est l'acier damassé multicouche d'acier qui est servi pour la fabrication d'armes blanches. Il y a beaucoup de déchets qui sont impossibles à recycler puisque les métaux sont mélangés entre eux. Donc c'est comme ça que ça m'est venu l'idée aussi de choisir cette matière, de l'exploiter et de lui donner un nouveau regard et de la valoriser. A partir de là, j'ai été un peu plus sensible à de nouvelles matières comme la brique, comme l'acier. Voilà et comme le marbre aussi, il y a une nouvelle collection qui va sortir. Ça provient, un, de chutes d'architecture, de deux, de chutes aussi de matériaux utilisés par les artisans et trois, c'est aussi un feeling avec des matières qui me parlent et que j'ai envie de valoriser par le travail du métal. Une matière que j'adore, c'est le lapis lazuli. Il y a aussi une histoire parce que dans le temps, on l'utilisait comme pigment. C'était quelque chose de quand même assez cher. Et aujourd'hui, on a tendance à l'écarter du monde du bijou, alors qu'en tout cas à l'état brut. Et je trouve que c'est une matière qui a besoin d'être revue.

  • Speaker #0

    Ce qui veut dire que tu te positionnes aussi aujourd'hui, ton travail évolue-t-il en fonction de la réalité G.E. ? et géopolitiques et écologiques du monde dans lequel nous basculons, puisque ça y est, nous sommes dans une bascule. Le monde des années 80 que nous avons connu, puisque nous sommes de la même génération, s'éloigne de nous de plus en plus. Est-ce que ça influe ton travail ? Ça le met en résistance ? Ça le met en choc ? Parce que difficile de travailler la brique dans le milieu plus... plus haut de gamme ? C'est une manière d'affirmer une position politique aussi ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est une position qui est difficile à garder. Mais je dirais que j'ai eu tellement d'encouragement de la part de Fondation et de Prix que en fait... Ça validait vraiment. Et en fait, de plus en plus de gens me contactent. pour m'envoyer leur matière pour que j'expérimente, des céramiques, enfin des céramistes, pardon, qui ont raté des cuissons et qui me disent « Mais attends, tu pourrais réemployer ça et ça me ferait tellement plaisir. » Et de plus en plus de clients, en fait, viennent pour ça. Pour justement valoriser quelque chose qui, à première vue, n'a pas de valeur, mais qui a une histoire. Et souvent, on s'approprie l'histoire d'un créateur. En fait, on vient chercher l'ADN du créateur, mais aussi on s'en inspire. C'est-à-dire que les gens, en fait, ça les sensibilise eux-mêmes à des choses et du coup, ramène leur propre matière. Et c'est ça qui est intéressant.

  • Speaker #0

    Est-ce que tu nous parles de tes clients ? Est-ce que tu as l'impression que la consommation du bijou contemporain, elle est plutôt dans une niche érudie de personnes sensibilisées à l'art, qui ont les moyens ? Ou bien l'art contemporain peut aussi s'afficher pour des personnes qui ont moins de moyens, mais avec la même essence, le même désir de porter quelque chose de différent ?

  • Speaker #1

    Je dirais que ce style de bijoux... contemporain. Et en fait, il a apprécié des personnes qui ont, en fait, qui ont, qui ne trouvent pas aussi leur, leur, leur, leur esthétique quelque part. C'est-à-dire, c'est assez compliqué aussi de trouver un créateur qui propose des choses hors normes ou qui correspond à un message qu'ils veulent transmettre dans leurs bijoux. Et je dirais, c'est des personnes qui n'ont pas forcément... qui ne sont pas forcément informés qu'on peut créer une pièce sur mesure.

  • Speaker #0

    C'est ça. Et qui ne s'autorisent pas du coup à se l'offrir, puisque c'est réservé à ceux qui, soit financièrement, soit dans les accès, venir à ton atelier par exemple, on en parlait avec Aurore pour la galerie. Déjà, faire la démarche de rentrer dans une galerie, tout le monde ne se l'autorise pas. Alors rentrer avec tous les codes d'accès, pour rentrer dans l'atelier d'un créateur, avec une renommée, il faut quand même être assez audacieux finalement pour le faire.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai. Donc, je ne saurais pas trop répondre plus à cette question. Mais en tout cas, j'essaye de rendre accessible le bijou par ses matières. Et j'ai toujours aussi gardé quelque part un petit peu ce côté Ojo Ari quand on me le demande. Il y a toujours des personnes qui veulent s'offrir un très beau diamant.

  • Speaker #0

    Et je l'accepte.

  • Speaker #1

    Bien sûr, parce que ça fait partie du cheminement de ton client, mais il vient le mettre et l'incruster dans un design qui est le tien.

  • Speaker #0

    Je rebondis sur ce dont on a parlé, pour parler aussi des maisons de luxe qui sont de plus en plus sensibles à ce côté, on va dire, contemporain. Hors normes. Et qui sortent des sentiers battus. je pense tout de suite à Par exemple la maison Moët et Chandon avec qui j'ai travaillé avec la Fabrique Singulière. En gros il y avait cette volonté de réutiliser aussi des chutes de laiton que j'ai mis en forme et il y avait un moment trois possibilités pour les finitions de la sculpture. Donc soit on l'a doré, soit on l'a plaqué en or. pour qu'elle se fige et qu'elle soit shiny et très lumineuse. Soit on vernissait le laiton et là on stoppait toute trace d'oxydation. La dernière, c'était on laisse le laiton à l'état brut et en fait, on le laisse vivre, advienne ce qui lui viendra. Et en fait, j'ai été vraiment étonné puisque ça a été ce dernier choix là qui a été le plus entendu. Et j'ai trouvé ça vraiment intéressant qu'il laisse justement ce métal vivre et qu'il y ait ce côté incontrôlable, inattendu.

  • Speaker #1

    Comme s'il y avait encore un soupçon d'humilité dans le milieu du luxe et de cette excellence qui enferme en fait. On est arrivé presque un peu au bout de ce qu'on pouvait exploiter dans cette perfection un peu lisse. on revient à... à cette imperfection qui est validée dans la philosophie du Wapisabi, dans la philosophie du Japon, qu'on vient rechercher. Je pense notamment au diamant, puisqu'on sait que dans le milieu du diamant, il y a le synthétique qui est venu s'inviter et qui nous empêche de distinguer le vrai du faux. Et que finalement, à terme, la seule manière de valider un vrai diamant, ce sera dans son imperfection. Ce sera la preuve qu'il sort d'une roche et pas d'une industrie. Donc, il y a quelque chose qui nous amène à revenir dans notre humilité. de l'homme avec sa fragilité et avec ce qui fait que c'est beau et émouvant d'être là dedans. Et je pense notamment au 3D. Tu le sais, tu as un atelier juste à côté du tien avec ton frère qui travaille la 3D qui est en fait d'industrialiser le bijou, de continuer à le storyteller à travers une exception alors qu'en fait on perd cette exception du fait qu'il est à la chaîne de plus en plus. Tu rejoins ce concept-là ?

  • Speaker #0

    Alors, je rejoins...

  • Speaker #1

    L'idée que du coup, proposer de l'artisanat avec une manufacture, avec ce laiton qui vient se vivre avec le temps et qui est à l'opposé du brillant qu'on va chercher, en fait, est un retour à quelque chose qui est inéluctable puisqu'on arrive au bout d'un système avec la 3D, avec le luxe. Comme si on basculait aussi dans un cul-de-sac, on est arrivé au bout de ce qu'on pouvait produire dans ce temps-là. univers-là.

  • Speaker #0

    On parle là de la vraiment l'excellence et la perfection. Mais après, la perfection, elle n'existe pas s'il n'y a pas l'imperfection. Et c'est ça qui est...

  • Speaker #1

    Et c'est pas là qu'on est arrivé au bout, justement, dans la joaillerie de luxe. On est arrivé au bout de ce qu'on pouvait produire comme excellence. Et donc, on revient un petit peu en arrière en disant, en fait, l'excellence, elle se situe dans l'imperfection et ça a une plus grande valeur que il y a 15 ans, où on était encore dans une explosion de recherche, d'affiner, et que le 3D vient un petit peu... peu renforcer cette idée de production en chaîne.

  • Speaker #0

    Oui, après je pense qu'il y aura toujours cette catégorie de personnes qui vont, qui cherchent l'excellence et la perfection et une autre qui en auront un peu ras-le-bol de cette perfection, de ces choses toutes lisses et qui sont justement sensibles à autre chose et un peu à ce désordre organisé.

  • Speaker #1

    Alors, on va terminer sur deux questions. D'abord, tu le sais, on est dans le podcast de La Juste Exception. Et donc, ma question, c'est quand, toi, que tu as vécu ta juste exception ? Alors, pour rappel, la juste exception, c'est le moment où il se passe une bascule à l'intérieur de toi. Il y a quelque chose qui bouge et qui fait que tu te différencies. Mais c'est juste, c'est impertinent, mais c'est juste, c'est audacieux, mais c'est juste. Et c'est là où tu es dans ta juste exception. C'était à quel moment dans ton histoire ?

  • Speaker #0

    Vraiment, je pense que ça a été mes derniers... Dernier jour, lorsque j'étais au Japon en résidence, où je me suis dit, c'est maintenant que j'assois et j'assume mon identité. Tu sers du bois. Voilà, d'aller... à contre-courant et d'assumer pleinement ce que je vais entreprendre.

  • Speaker #1

    Au risque de déplaire. Oui,

  • Speaker #0

    et je n'en avais rien à faire. J'avais vraiment juste l'envie et le besoin de m'exprimer. Oui, et puis de m'exprimer avec ces matières et cette façon d'être qui était moi. Et je trouve que c'est s'assumer, je pense, qui était ma juste exception.

  • Speaker #1

    Je dis souvent que quand on ne peut pas ne pas le faire, C'est très important de l'entendre et de le faire, en fait, parce que le coût psychique que ça va advenir, que de quitter cette juste exception va être gigantesque. Donc, à tous ceux qui nous écoutent, surtout basculer. La suite, c'est quoi la suite de tes projets pour 2025, 2026, de ce qui est audible et ce que tu peux raconter, évidemment ?

  • Speaker #0

    Les projets de développement, on va dire, j'avais plutôt parlé de ça, ça va être de reconnecter avec... des nouveaux ponts, des nouveaux partenaires avec qui j'avais aussi initié des choses comme le chef pâtissier François Dobinet, où on avait travaillé sur la texture du métal et du chocolat pour créer en fait une recette ensemble. J'aimerais continuer à faire ces ponts-là parce que je trouve que c'est dans cette hybridation de savoir-faire, de discipline, qu'il en ressort quelque chose de complètement inattendu. Et c'est ça que j'ai envie de valoriser maintenant.

  • Speaker #1

    La surprise.

  • Speaker #0

    Oui, surprise et la recherche. Et aussi, quelque part, me former à quelque chose de nouveau. C'est sortir de sa surface d'expression pour avoir un peu plus de recul sur sa pratique et revenir un peu avec des nouvelles choses.

  • Speaker #1

    Tu vas te rajouter un petit slash. Tu es un slasher qui s'ignore en fait.

  • Speaker #0

    Et voilà, après, il y a aussi cette volonté de transmettre et de réavoir un apprenti avec moi parce que j'ai trouvé que c'était très enrichissant.

  • Speaker #1

    Oui, cette année, tu avais un apprenti pendant un an.

  • Speaker #0

    Voilà, qui s'appelle Virgile Brugnot. Et ça a été très riche parce que, aussi, quelque part, c'est une mise à jour pour nous et pour l'apprenti. de se confronter à différentes manières de penser et de générations. Donc c'est très riche et j'ai vraiment eu plaisir à partager ce moment avec Vergil. Donc j'aimerais retrouver aussi quelqu'un dans cet esprit-là d'échange et d'acceptation de transmission.

  • Speaker #1

    Donc appel à la candidature, grosso modo, tu vas t'en retrouver avec 50 CV par jour.

  • Speaker #0

    Alors, j'en ai déjà beaucoup. Franchement, j'ai peut-être 200 demandes par an. Et ça, c'est un problème aussi. Parce que je pense qu'aussi, je n'ai pas le temps d'accueillir, évidemment, 200... Enfin, c'est cumulé avec les stages. Mais j'aimerais avoir le temps.

  • Speaker #1

    Tu as des réflexions autour de ça ou un espace qui le permettrait ? Voilà. Tu vas former d'ailleurs. Il y a des projets qui se mettent en route. transmettre ton savoir fait partie aussi de c'est la force du quadra sans doute, tu y arrives lentiment c'est qu'à un moment donné on transmet d'ailleurs j'en parle j'ai la chance de pouvoir recevoir pas mal de de contenu et de savoir faire de ta part c'est un vrai plaisir et d'ailleurs ça fait partie de ma dernière question dans cette idée de transmettre on a passé deux jours ensemble tu as ponctuellement des personnes qui viennent par des portes d'entrée différentes Merci. Qu'est-ce que ça t'apporte à toi ? Alors on peut imaginer ce que ça apporte à l'autre. Moi je suis remplie, j'ai des semaines et des semaines pour digérer tout ça, pour pratiquer, pour réfléchir. J'ai mille trucs qui se passent dans mon cerveau. D'ailleurs c'est marrant parce que je prenais le métro et puis j'étais branchée motifs. Je voyais les rails, je voyais des motifs partout. J'ai envahi des motifs maintenant. Qu'est-ce que toi ça t'apporte ? En quoi est-ce que c'est une respiration ou plutôt un stress ? Parce que pendant deux jours tu ne produis pas en fait.

  • Speaker #0

    Justement, moi, déjà, je prends peut-être cinq ou six temps dans l'année pour arrêter et recevoir quelqu'un comme toi. En fait, je pense que ça passe beaucoup par un feeling. Déjà, je n'ai pas envie d'avoir quelqu'un avec moi, avec qui je n'ai pas envie de déjeuner.

  • Speaker #1

    Pour ça, il faut écouter le podcast avec Aurore de Hoche, le numéro 1 de la saison 2.

  • Speaker #0

    Il y a vraiment une rencontre et je trouve que c'est cette rencontre aussi qui... Moi, je pars toujours du principe que quelqu'un qui n'est pas du métier est aussi talentueux que quelqu'un qui a un bagage. technique dans le bijou, mais je favorise quand même plus les personnes qui ont...

  • Speaker #1

    qui débutent. Les ovnis quoi, un peu comme moi, qui n'ont pas du tout de parcours de joaillerie et puis qui pourtant ont la pétance.

  • Speaker #0

    Oui parce que en fait vous n'avez pas du tout les mêmes codes et la façon d'aborder la création et je trouve ça génial et enrichissant et avec du recul moi je me régale en fait en voyant chercher prendre les outils, les tenir. Et voilà, je trouve que c'est très intéressant pour moi. Et en même temps, moi, ça me permet de en fait, de prendre un temps pour expliquer ma façon de travailler. Chose que je ne décortique jamais. Oui,

  • Speaker #1

    c'est ça. C'est un effort d'observation et puis de transcription. Et c'est très important parce que tout ce savoir-faire que tu as, si tu ne prends pas le temps de regarder quelle est sa valeur, il risquerait d'être aux oubliettes, ce serait fort dommage.

  • Speaker #0

    Et je reviens aussi à une chose qui est très bénéfique, c'est que je m'efforce, lorsque j'ai un élève avec moi, de mettre tout de côté. Donc téléphone, mail, d'être là. Et c'est pour ça aussi, je ne prends pas plus de deux personnes en même temps. Parce que sinon, après, j'arrive pas déjà à être focus. Et voilà, qu'il n'y ait pas vraiment d'énergie qui vienne troubler, parasiter, en fait, ce moment-là. Pour moi, c'est une parenthèse.

  • Speaker #1

    Je suis tout à fait d'accord avec toi et je rebondis sur le fait que souvent, on m'appelle en me disant « Vous pouvez pas venir donner une initiation, notamment sur le kintsugi ? » Je dis mais en fait, d'abord, non. On peut pas être 15 pour faire du kintsugi, c'est un axe. méditatif, c'est un acte hyper introspectif. Donc en fait, c'est deux maximums. Et oui, c'est lent et oui, on ne fait pas ça vite en une matinée. Et donc, il y a un peu cette idée là, on prend le temps de se rencontrer. Et aujourd'hui, à l'ère des réseaux sociaux, c'est un peu la quadra qui parle de nouveau, mais ça se perd un peu ce moment de rencontre, ce moment de partage, ce moment de lenteur. Et je crois que c'est important de le réhabiliter autour notamment de l'action de créer. Donc, tu fais ça très, très bien. C'est un plaisir de venir. D'ailleurs, je reviendrai, sache-le, malheureusement, je reviendrai. Je vais m'accrocher à ton mollet. Et même rencontrer ta fratrie, c'est vraiment un plaisir parce que chacun a son univers, chacun a sa sensibilité. Et donc, le clan Maslow est un village, en fait. Super, en tout cas, c'était un plaisir de t'avoir au micro de La Juste Exception. Merci d'avoir accepté. Est-ce que tu veux terminer ce podcast avec quelque chose ? que tu as envie de déposer ?

  • Speaker #0

    Non, j'aimerais sincèrement te remercier pour cette prise de parole et aussi cette initiation à valoriser des voix et à faire partager cette juste exception qui pour moi est hyper importante à partager pour sensibiliser des gens qui n'oseraient pas se lancer, qui n'oseraient pas se confronter à l'entrepas. à l'entrepreneuriat ou simplement découvrir des personnes et les contacter pour juste des questions et avoir l'audace de se lancer ouais l'audace on en parlera je vais faire un podcast entier sur l'audace d'ailleurs si vous voulez regarder il y a un

  • Speaker #1

    petit workshop sur le thème de l'audace sur Youtube, vous tapez workshop et puis vous tombez dessus Voilà, merci Karl, en tout cas, pour cette générosité, ce partage et cette humanité. Nous en avons besoin dans le monde dans lequel nous vivons. Je vous souhaite une excellente journée, matinée, soirée, là où vous êtes. Et je vous dis à tout bientôt pour la troisième saison qui traitera de l'hypnose et du soin aujourd'hui dans nos sociétés. À bientôt ! Suis-nous, inspire-toi et surtout, autorise-toi ta propre nuance.

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Description

🎙 « Et si le luxe, c’était ça ?
Un bijou en brique, une pièce d’acier damassé, une céramique imparfaite…
Et si derrière la matière brute se cachait une main délicate, un esprit libre, un artisan qui n’a pas choisi la voie du brillant, mais celle du sens ?
Dans cet épisode de La Juste Exception, je vous invite à rencontrer Karl Mazlo, joaillier, artiste, chercheur de formes et d’histoires.
Il détourne les outils, questionne le bijou, assume sa singularité et nous raconte comment le Japon a été le déclencheur d’une profonde transformation.

Une conversation intime sur l’émancipation, la transmission, la quête vers de nouvelles frontières à créer.

Bonne écoute.






🎙️ La Juste Exception – le Je est une nuance
💡 Podcast en 5 saisons :
1️⃣ Slashing & identités multiples
2️⃣ Bijoux contemporains & Kintsugi
3️⃣ Hypnose, thérapie brève et thérapie des schémas
4️⃣ Leadership & neurodiversité
5️⃣ Voix singulières & chemins audacieux
🌱 Pour les âmes libres, créatives et résilientes


@lajusteexception, @emiliesomers, @or-impact @kintsugibruxelles

www.youtube.com/@somersemilie

www.emiliesomers.com


Montage audio : @gregorio_el_iluminador



Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Le podcast de La Juste Exception, c'est l'occasion de visiter les quatre métiers que je pratique et de vous les faire découvrir sous un regard impertinent, où l'exception confirme la règle. Dans un monde contemporain dicté par la performance, la productivité et le perfectionnisme, je veux donner la voix à l'humain qui assure sa fragilité, sa paresse et son imperfection avec du talent, de l'humilité et de l'excellence. Mes invités m'inspirent tous. d'une façon ou d'une autre. J'espère qu'ils déclenchent pour chez vous les mêmes sensations qu'ils ont pu déclencher chez moi, le goût de l'impertinence, l'envie de sortir des sentiers battus, tout en respectant la valeur du chemin. Je suis Émilie Somers et je vous souhaite une bienvenue. Je suis très heureuse de vous retrouver pour la saison 2 de ce podcast de La Juste Exception. Après l'exploration du jeu comme une nuance dans la saison 1 autour de la... thématique du slashing, je vous emmène aujourd'hui dans l'univers d'un de mes quatre métiers, l'univers du bijou contemporain à Bruxelles. J'ai créé ma marque Or Impact et je crée des bijoux qui racontent. Ce ne sont pas que des bijoux qui valorisent l'esthétique, mais des bijoux qui révèlent. Chaque pièce est un fragment d'histoire, une faille précieuse, une trace portée. Car porter un bijou, c'est dire quelque chose de soi, même en silence. Dans cette saison, je vous invite à découvrir des voix qui, chacune à leur manière, donnent sens à la matière. J'aurai le plaisir d'inviter des artistes, des galeristes, des passionnés et même des consommateurs éthiques. Et peut-être aussi, à travers leur récit, une part de vous-même se fera entendre. Nous parlerons de transmission, d'engagement, d'identité, mais aussi de beauté, d'imperfection et de résilience. Le bijou est une nuance. et cette saison est l'occasion de faire entendre la mienne et surtout d'écouter la vôtre. Bonjour et bienvenue dans le podcast de La Juste Exception. Le jeu est une nuance, nous sommes toujours dans la saison 2 autour du bijou contemporain. Aujourd'hui, je vous embarque à Paris dans un lieu à part. Un atelier niché dans une ancienne usine textile, devenu terrain d'expérimentation pour un créateur hors format, Karl Maslow. À 39 ans, Karl est à la fois joaillier, artisan et artiste. Il vit et travaille dans la capitale, mais son travail, lui, voyage entre héritage familial, matière assumée et influence japonaise. Fils d'un joaillier, frère d'un designer 3D dans la haute joaillerie, d'une cinéaste et d'un peintre, Karl est aussi celui qui a pris un chemin à contre-courant. Dans cet épisode, on va parler de transmission, de renoncement, de quête identitaire et de ce que signifie faire œuvre en dehors des sentiers battus. Bonjour Karl,

  • Speaker #1

    bienvenue ! Bonjour Émilie ! Tu vas bien ? Ben oui, et toi ?

  • Speaker #0

    On vient de passer deux jours ensemble, j'ai eu le plaisir pour la deuxième fois de venir dans ton atelier, cet atelier qui est un univers très particulier, et j'ai pu du coup découvrir des aspects de toi que je voudrais aujourd'hui rendre visibles. Alors pour les petits curieux, il y a plein d'infos sur Karl, il y a des vidéos, il y a des interviews qui notamment parleront de son travail suite au prix. que tu as reçu en 2023 pour l'intelligence de la main, le prix Bétoncourt, c'est ça ? Oui,

  • Speaker #1

    c'est en 2021.

  • Speaker #0

    En 2021, et voilà.

  • Speaker #1

    Et déjà, 4 ans.

  • Speaker #0

    Et bien voilà, autour de ça, il y a eu pas mal de contenu, alors je ne vais pas faire la redondance, ce contenu-là, je le laisse bien au chaud, et je vais plutôt m'intéresser à l'homme derrière l'artiste, le joaillier et l'artisan. Ça, ça va être notre balade de ce matin. Tu es d'accord avec ça ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est à l'onze.

  • Speaker #0

    Parfait. Alors... Tu travailles donc au cœur de Paris et aujourd'hui le Paris est intense. Est-ce que pour toi c'est un privilège ou bien c'est quand même compliqué et difficile d'être au cœur de Paris ?

  • Speaker #1

    Alors je dirais que c'est difficile au premier abord parce que trouver un atelier et un lieu qui est adéquat à ton activité, oui c'est compliqué, mais j'ai eu la chance d'en trouver un grâce aux ateliers de Paris. qui est un incubateur et qui soutient la création et les artistes pour trouver un lieu. Et je dirais que c'est un privilège d'être à Paris, surtout en tant que créateur, parce que c'est là où toute l'émulation se passe, où il y a tous les fournisseurs, où il y a tous les partenaires, il y a l'inspiration au quotidien, il y a les autres créateurs, artistes, et que ça soit tout domaine confondu, mode, design et métier d'art. C'est vraiment une cour de jeu, je dirais, infinie et qui rend la transversalité possible.

  • Speaker #0

    Du coup, ça veut dire qu'il y a un chat avec nous qui va faire des petits bruits. Il est le bienvenu. Son nom, c'est Elvis. Elvis veut sortir, donc on va entendre des petits bruits. Tu parles de cette effervescence, de cette transversalité avec différents corps de métier. L'effervescence de Paris, ça veut dire qu'en fait, tu es tout le temps dans ton métier. Ou est-ce qu'il y a des moments où tu arrives à t'extraire parce que je l'ai bien vu, on sort de ton atelier. On croise un, une et puis après dans le quartier. Et puis, ta famille est ici aussi dans le milieu professionnel et artistique, ce qui veut dire que ça ne s'arrête jamais. Est-ce que tu as des moments où tu as des bulles de retrait quand même ?

  • Speaker #1

    Oui, alors c'est vrai que ça ne s'arrête jamais. Mais je dirais que quand on est entrepreneur, notre mindset, il est sur un bouton automatique où chaque petit détail, même en vacances, ça se travaille. L'imaginaire, l'imagination, l'inspiration, elle est constante. Donc je dirais, alors je n'ai pas réussi à trouver le bouton off des fois, mais ça ne me dérange pas, ça fait partie de mon caractère je pense. Et si je veux vraiment couper, je me mets très vite dans mes bulles que je me suis construite, à savoir la lecture ou le cinéma, les hobbies. le sport ou n'importe quoi qui me permet de... Mais ça reste des petites bulles. Et je dirais qu'il faudrait... Je ne dis pas qu'il en faudrait plus, mais il y a des bulles que je me suis construites aussi dans mon travail qui me permettent de... Comme typiquement dessiner. J'en reviens beaucoup à redessiner et à prendre le temps. de faire des recherches, des sketchs. Et là, ça me permet de m'évader un peu et de reposer un peu plus l'esprit.

  • Speaker #0

    D'accord. D'ailleurs, ton espace de travail, ton atelier, tu le considères plus comme un espace d'expérimentation, plus qu'un espace de production. Et encore moins, du coup, un espace de vente. C'est vraiment un espace qui est à bulles, dans lequel tout se passe. Mais ce n'est pas ni une volonté d'être un showroom, ni une volonté d'être une galerie, ni... C'est vraiment ton entre et celui qui veut venir doit passer plusieurs portes pour arriver avec plusieurs codes. Donc il faut vraiment chercher à venir te voir.

  • Speaker #1

    Il y en a d'ailleurs qui y arrivent sans que je refasse le code. Oui,

  • Speaker #0

    ça a été la surprise de cette semaine.

  • Speaker #1

    Oui, effectivement, c'est une volonté d'être un peu en retrait, mais c'est plutôt dans une démarche de rendre l'expérience immersive et... plus intime. Je trouve que c'est ça maintenant aussi le luxe, c'est d'arriver dans l'espace d'un créateur. Voilà, c'est un peu son cabinet de recherche. Et les personnes qui viennent me voir, qui viennent commander des pièces sur mesure ou qui viennent simplement voir l'atelier ou comme toi, qui vient par une autre porte, celle de la curiosité, je trouve qu'il y a un respect qui s'installe et il est mutuel. Parce que... En fait, l'espace fait qu'on prend le temps de se poser déjà. Et il y a tellement de choses, un petit cabinet de curiosité, que l'espace-temps s'arrête un peu. Et je trouve ça vraiment agréable. Et c'est ça, c'était cette volonté-là d'avoir un atelier que de le rendre quelque part un petit peu spirituel.

  • Speaker #0

    Tu me parles d'entrepreneur, ce qui veut dire que tu n'es pas que joaillier, artisan, artiste. Tu es aussi un entrepreneur, ce qui veut dire que tu es quand même aussi un peu un slasheur. Difficile de ne pas faire de lien. Tu as plusieurs slashes. Est-ce que c'est quelque chose d'absolument nécessaire aujourd'hui pour pouvoir partager dans le bijou contemporain sa vision et du travail pratico-pratique, mais aussi de la manière dont on le raconte ? C'est important de ne pas être... juste technicien sorti des écoles de joaillerie, qu'il y a quelque chose de beaucoup plus intense qui se met en route. Et que si on n'a pas ce côté entrepreneur, on n'a pas ce côté relationnel, cette capacité à rencontrer les gens et à être finalement un peu stratège dans sa carrière.

  • Speaker #1

    Effectivement, si on n'est pas un peu multi... Enfin, j'allais dire, on peut dire couteau suisse aussi. Si on n'entreprend pas plusieurs corps de métier, euh En fait, on tombe très vite dans quelque chose de banal, de commun. Et ce qui fait aujourd'hui la différence entre plusieurs créateurs et indépendants et entrepreneurs, c'est ces diverses expertises. On dit souvent à l'école, en tout cas à l'école de la joaillerie, qu'il faut être expert dans une catégorie. Il faut être très bon en maquette, il faut être très bon en certissage. en polissage, voilà. On est quelque part... Catégorisés. Voilà, catégorisés, mais experts dans le domaine. Quelque part, ça rassure, mais quelque part, en fait, ça enferme. Et quand on est entrepreneur, ça ne marche pas. Il faut justement casser ces barrières-là pour pouvoir déjà s'exprimer et entreprendre et être beaucoup plus autonome. Dans sa façon d'entreprendre.

  • Speaker #0

    D'ailleurs, toi, c'est ce qui fait un petit peu ton côté artisan, dont on parlera juste après. Et avant de rentrer dans le milieu artisan, où tu t'es créé tes propres outils, il y a d'abord une petite genèse, un petit truc à clarifier, puisque dans ton chemin de joaillier, tu as été l'apprenti de ton père, qui est également joaillier. Et ça, est-ce que c'est un avantage ou est-ce que c'est une difficulté avec laquelle il va falloir se délester ?

  • Speaker #1

    C'est un peu des deux. Par exemple, à l'école, je n'avais pas le droit d'être le cancre. J'avais devoir de montrer le bon exemple et d'être le premier de la classe. Et quelque part, quand on est jeune, ce n'est pas rendre service que de mettre une pression comme ça. En tout cas, les quelques profs que j'ai eus... en ont un petit peu joué pour voilà un peu me titiller mais c'est pas grave c'est une bonne guerre et ça m'a permis aussi de me rendre compte grâce à eux que j'avais cette chance là et qu'il fallait il fallait pas que je la gâche donc du coup je me redoublais d'effort donc quelque part ça a servi à me former à l'effort et à bien faire. Ensuite, je dirais que c'est aussi quelque part un avantage puisque je parlais le même langage avec mon père et du coup, comme mon père est un passionné, il me transmettait en dehors de l'école en fait toute la passion du métier et m'aidait dans tout ce qui est création ou technique ou résoudre des problèmes. Et quand je devais m'entraîner aussi, je pouvais aller à son atelier. Alors quelque part, en étant fils de joaillier, il y avait aussi une certaine jalousie auprès de certains camarades de classe parce qu'ils pensaient que c'était plus simple pour moi la vie de trouver un stage, de trouver un travail. Et ce n'est pas le cas. Même aujourd'hui. Par exemple, les gens sont plus durs avec moi parce qu'ils pensent que je suis très installé, je n'ai pas besoin de galerie, je n'ai pas besoin d'exposer.

  • Speaker #0

    Et ce n'est pas le cas. À l'intérieur de toi, ça te demande de redoubler d'efforts en fait. Ça t'a demandé un travail personnel, identitaire, un peu d'émancipation, de quitter le sillon que ton père avait tracé. Dans une autre époque d'ailleurs, où sans doute que le bijou contemporain à l'époque, c'était quand même plus difficile qu'aujourd'hui, même s'il peine un peu, il se développe. Donc il y a eu un travail d'émancipation pour toi ?

  • Speaker #1

    Oui, mon travail d'émancipation, déjà, c'était d'être bon techniquement, d'être un peu reconnu par mon père en tant que joaillier, donc valider finalement un savoir-faire, ce qui est très dur. Parce que, en fait, quand tu es face à un maître d'art, oui, c'est compliqué. Mais c'est vraiment la bonne école. Et puis ensuite, effectivement, il y a tout le côté univers créatif du bijou qu'il faut se faire. Qu'il faut s'approprier. Moi, je me suis quand même approprié un certain style de bijoux dont mon père m'a transmis. donc à savoir valoriser des défauts, savoir valoriser aussi des pierres qui ont des défauts. Tout ça, ça vient de l'apprentissage avec mon père. Puis au fur et à mesure, ça s'est affiné lorsque je me suis un peu émancipé de l'atelier pour aller vers d'autres cultures, d'autres chemins comme celui du Japon.

  • Speaker #0

    Le Japon a été vraiment une bascule dans ton émancipation. Est-ce qu'on pourrait dire... Tu sais, moi, j'ai ma casquette un peu thérapeutique. Est-ce qu'on pourrait dire qu'en fait, l'émancipation du père, il s'est traduit par une autorisation dans la culture japonaise, une autorisation à être à un autre endroit, peut-être avec plus de bienveillance, avec plus de douceur, avec plus d'acceptation dans cette culture japonaise ritualisante qui accepte l'imperfection comme étant quelque chose de beau et de magnifique et que finalement... Toi, à l'intérieur, tu peux quitter aussi cette perfection qui est tant demandée, cette exigence d'ouvrir un petit peu plus de douceur à ce que tu veux proposer ?

  • Speaker #1

    Alors, je dirais oui, mais je ne saurais pas comment l'expliquer et le formaliser. Mais en gros, ce qui s'est passé, c'est que déjà, j'ai quitté l'émancipation. Elle ne venait pas vraiment de la formation avec mon père, mais c'était plutôt une généralité dans le métier. que les ponts entre différents métiers d'art ou le design ou autre discipline se faisaient rarement. Les croisements étaient assez maigres et rester sur l'échelle du bijou, ça a commencé un petit peu à juste me frustrer. J'avais envie d'autre chose. Le Japon, il m'a apporté ça, cette ouverture vers une autre échelle, d'autres supports. médium et j'y suis allé dans le but donc c'était une résidence à la villa coach james initié par l'institut français et chapeauté par enfin mécéné par la fondation bétancourt-cholleur ça c'était une résidence de recherche où on a le droit en fait de faire ces écarts là on n'est plus dans son quotidien et ça crée une rupture avec tout ce qu'on a connu déjà en voyage seul on doit être libérer nos contraintes en France pour vraiment se concentrer sur notre projet de recherche au Japon. Donc l'idée c'était vraiment d'aller à la rencontre de savoir-faire que je ne connaissais pas et des médiums que j'avais jamais vraiment utilisé. Donc il y a eu un terrain de jeu énorme que je me suis dit mais attends c'est pas possible il y a tellement de choses affaires, je peux pas en fait... me contenter de suivre un chemin qui a été prédéfini, et reprendre l'entreprise de mon père, et entre autres, et non, j'arrivais pas, c'était pas le bon moment, et j'étais pas prêt, et je me sentais pas légitime de tout ça, donc mon émancipation, elle s'est faite un peu... Comme ça.

  • Speaker #0

    C'est ça. Donc au-delà des aspects plutôt pratico-pratiques des rencontres, des opportunités qui pourraient créer de la jalousie, en fait en interne c'est quand même un parcours du combattant vachement plus compliqué et qui est invisible mais qui est beaucoup plus tortueux et qui parce qu'il est invisible n'est pas reconnu mais pourtant c'est bien plus difficile d'être finalement le fils d'eux. Et on l'entend souvent, c'est souvent le cas. Ton atelier, tu le dis, c'est un espace d'expérience, c'est un endroit où tu veux travailler ton geste, l'exigence du geste qu'on retrouve notamment dans la pratique et dans la philosophie du Japon. Et puis aussi l'imprévisibilité des matériaux, c'est cette rencontre entre l'effort croissance et puis la légèreté de l'enfant. Les deux se croisent et créent ton univers assumé. et surtout à travers ton artisanat, le travail de l'outillage, le travail de... ce qu'on va utiliser comme moyen. J'avais un prof qui disait qu'il faut se donner les moyens de ses ambitions, c'est-à-dire trouver vraiment le bon outil, le bon clic pour pouvoir arriver à ton résultat. Parle-nous un petit peu de ce rapport avec ton outillage, puisque je suis rentrée dans ton atelier et je vois bien qu'il y a, tu disais, des outils qui te tiennent à cœur, c'est presque des outils de collection, c'est des outils... C'est des outils de cœur, en fait. Ce n'est pas juste un outil qu'on va jeter dans un tiroir. Chaque chose a sa place, c'est structuré dans ton esprit. Raconte-moi ton rapport à l'outil.

  • Speaker #1

    Alors, mon rapport à l'outil, il est simple. Depuis ma formation, on nous apprend à prendre soin de ces outils. C'est des outils qui coûtent déjà très cher. Donc, il faut en prendre soin pour qu'ils puissent nous garder. nous accompagner durant tout notre parcours. Chaque outil a une fonction et ce qui est intéressant c'est qu'au début de ma formation on prend compte de l'importance de ces outils qui coûtent de l'argent. A la suite de ça j'ai été propulsé dans des ateliers où il y avait une profusion d'outils, vraiment des outils en voilà en voit-tu. C'est ça qu'on dit ?

  • Speaker #0

    Voilà, je dirais. Mais bon, on s'en fout un peu, c'est pas grave. Puisqu'un outil, on le prend dans un sens, on le prend dans l'autre, et puis ça crée des choses.

  • Speaker #1

    Et d'ailleurs, on en parlera de cette appropriation de l'outil. Et en gros, au fur et à mesure, je me suis dit, les outils... J'en ai trop à un moment. Et donc du coup, je vais essayer de travailler sous la contrainte de... De peu ? De peu d'outils. En fait, c'est difficile parce que chaque outil a aussi une fonction et aussi son histoire. Soit ça fait partie d'une transmission d'un outil que j'ai eu de mon père ou de partenaires avec qui j'ai travaillé au Japon ou autre part. Mais j'aime bien cette façon. de redonner vie à un outil et de le détourner de son utilisation. C'est-à-dire un marteau, comme je t'avais montré d'ailleurs, déjà il a deux côtés, mais ces côtés-là peuvent être resculptés, ils peuvent être déformés, et du coup un outil qui sert à former ou à mettre en forme va devenir un outil de marquage. C'est-à-dire qu'on va l'utiliser pour... texturer la matière. Et voilà, j'aime bien cette idée-là de changer la fonction aussi d'un outil et de se l'approprier et de le rendre unique.

  • Speaker #0

    Ce qui veut dire que cette appropriation de l'outil, il est plutôt dans ton laboratoire l'occasion d'expérimenter ou bien il est une résolution d'un problème parce qu'en fait, l'outil n'existe pas pour rendre visible ce que tu as dans la tête et ce que tu veux faire exprimer dans tes mains. Oui,

  • Speaker #1

    c'est un peu des deux. Il y a aussi une question pratique, le marteau on peut vraiment répéter son geste et ce qui ferait du marteau un poinçon, ce serait beaucoup moins automatique, c'est-à-dire ce serait moins répétitif qu'un poinçon où il faut positionner l'outil et taper avec le marteau. En reparlant de la question de l'outillage, l'outillage il a... Il a joué un rôle très important dans mes recherches au Japon, puisque j'ai voulu créer toute une grammaire de poinçons. Donc c'est des poinçons à la base utilisés comme pour la ciselure, donc pour décorer ou appliquer une texture sur le métal. Et j'en ai fait une grammaire, c'est-à-dire j'ai utilisé des motifs, du lettrage, vraiment un tas de motifs dont je me suis inspiré en amont d'aller au Japon. Et je le voyais vraiment comme un premier échange avec les personnes que j'allais rencontrer. Je n'avais pas envie d'arriver avec un projet tout fait, avec des dessins, des choses un peu, je dirais, trop directes. Connaissant un petit peu la culture japonaise, j'ai préféré amener des outils et en fait, que chacun se les approprie. Et ça a tellement bien marché qu'il y a eu vraiment des échanges complètement loufoques et très riches. Donc voilà, pour moi, les outils, c'est une base déjà d'un premier langage.

  • Speaker #0

    Oui, et c'est ce qui permet aussi le lien, comme tu viens de l'expliquer, parce que cette curiosité nous amène, avec d'autres, à développer les pratiques. Le côté artisan, il est la base, comme tu le dis bien, pour aller vers l'artiste. Aujourd'hui, tu as décidé, déjà il y a quelques années, de te mettre en porte-à-fois avec l'industrie du luxe. tu as décidé d'amener le luxe autrement, parce qu'on est quand même dans un bijou contemporain d'exclusivité, mais tu ne vas pas utiliser le même langage que ce qu'on trouve traditionnellement, ce qui est effectivement plus classique, notamment en utilisant des matériaux tels que la brique. Tu nous as fait une magnifique bague en or avec une brique rouge à sertir. Est-ce que tu peux nous parler de cette...

  • Speaker #1

    de ce côté un peu impertinent mais qui fait partie de toute la réflexion de ton travail par rapport au luxe comme j'expliquais avant il ya eu un moment un ras-le-bol de la joaillerie parce que les pierres précieuses prenait vraiment dessus sur la création sur tout le travail de mise en oeuvre du bijou et je trouvais qu'on perdait ce savez plus où était la valeur du travail et donc j'ai décidé d'aller un peu à contre-courant et ça a été des rencontres en fait. avec des matières ou avec des métiers que je ne connaissais pas, comme la forge des sabres japonais, où ils utilisent par exemple l'acier damassé.

  • Speaker #0

    Il y a un matériau que tu utilises maintenant régulièrement ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est l'acier damassé multicouche d'acier qui est servi pour la fabrication d'armes blanches. Il y a beaucoup de déchets qui sont impossibles à recycler puisque les métaux sont mélangés entre eux. Donc c'est comme ça que ça m'est venu l'idée aussi de choisir cette matière, de l'exploiter et de lui donner un nouveau regard et de la valoriser. A partir de là, j'ai été un peu plus sensible à de nouvelles matières comme la brique, comme l'acier. Voilà et comme le marbre aussi, il y a une nouvelle collection qui va sortir. Ça provient, un, de chutes d'architecture, de deux, de chutes aussi de matériaux utilisés par les artisans et trois, c'est aussi un feeling avec des matières qui me parlent et que j'ai envie de valoriser par le travail du métal. Une matière que j'adore, c'est le lapis lazuli. Il y a aussi une histoire parce que dans le temps, on l'utilisait comme pigment. C'était quelque chose de quand même assez cher. Et aujourd'hui, on a tendance à l'écarter du monde du bijou, alors qu'en tout cas à l'état brut. Et je trouve que c'est une matière qui a besoin d'être revue.

  • Speaker #0

    Ce qui veut dire que tu te positionnes aussi aujourd'hui, ton travail évolue-t-il en fonction de la réalité G.E. ? et géopolitiques et écologiques du monde dans lequel nous basculons, puisque ça y est, nous sommes dans une bascule. Le monde des années 80 que nous avons connu, puisque nous sommes de la même génération, s'éloigne de nous de plus en plus. Est-ce que ça influe ton travail ? Ça le met en résistance ? Ça le met en choc ? Parce que difficile de travailler la brique dans le milieu plus... plus haut de gamme ? C'est une manière d'affirmer une position politique aussi ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est une position qui est difficile à garder. Mais je dirais que j'ai eu tellement d'encouragement de la part de Fondation et de Prix que en fait... Ça validait vraiment. Et en fait, de plus en plus de gens me contactent. pour m'envoyer leur matière pour que j'expérimente, des céramiques, enfin des céramistes, pardon, qui ont raté des cuissons et qui me disent « Mais attends, tu pourrais réemployer ça et ça me ferait tellement plaisir. » Et de plus en plus de clients, en fait, viennent pour ça. Pour justement valoriser quelque chose qui, à première vue, n'a pas de valeur, mais qui a une histoire. Et souvent, on s'approprie l'histoire d'un créateur. En fait, on vient chercher l'ADN du créateur, mais aussi on s'en inspire. C'est-à-dire que les gens, en fait, ça les sensibilise eux-mêmes à des choses et du coup, ramène leur propre matière. Et c'est ça qui est intéressant.

  • Speaker #0

    Est-ce que tu nous parles de tes clients ? Est-ce que tu as l'impression que la consommation du bijou contemporain, elle est plutôt dans une niche érudie de personnes sensibilisées à l'art, qui ont les moyens ? Ou bien l'art contemporain peut aussi s'afficher pour des personnes qui ont moins de moyens, mais avec la même essence, le même désir de porter quelque chose de différent ?

  • Speaker #1

    Je dirais que ce style de bijoux... contemporain. Et en fait, il a apprécié des personnes qui ont, en fait, qui ont, qui ne trouvent pas aussi leur, leur, leur, leur esthétique quelque part. C'est-à-dire, c'est assez compliqué aussi de trouver un créateur qui propose des choses hors normes ou qui correspond à un message qu'ils veulent transmettre dans leurs bijoux. Et je dirais, c'est des personnes qui n'ont pas forcément... qui ne sont pas forcément informés qu'on peut créer une pièce sur mesure.

  • Speaker #0

    C'est ça. Et qui ne s'autorisent pas du coup à se l'offrir, puisque c'est réservé à ceux qui, soit financièrement, soit dans les accès, venir à ton atelier par exemple, on en parlait avec Aurore pour la galerie. Déjà, faire la démarche de rentrer dans une galerie, tout le monde ne se l'autorise pas. Alors rentrer avec tous les codes d'accès, pour rentrer dans l'atelier d'un créateur, avec une renommée, il faut quand même être assez audacieux finalement pour le faire.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai. Donc, je ne saurais pas trop répondre plus à cette question. Mais en tout cas, j'essaye de rendre accessible le bijou par ses matières. Et j'ai toujours aussi gardé quelque part un petit peu ce côté Ojo Ari quand on me le demande. Il y a toujours des personnes qui veulent s'offrir un très beau diamant.

  • Speaker #0

    Et je l'accepte.

  • Speaker #1

    Bien sûr, parce que ça fait partie du cheminement de ton client, mais il vient le mettre et l'incruster dans un design qui est le tien.

  • Speaker #0

    Je rebondis sur ce dont on a parlé, pour parler aussi des maisons de luxe qui sont de plus en plus sensibles à ce côté, on va dire, contemporain. Hors normes. Et qui sortent des sentiers battus. je pense tout de suite à Par exemple la maison Moët et Chandon avec qui j'ai travaillé avec la Fabrique Singulière. En gros il y avait cette volonté de réutiliser aussi des chutes de laiton que j'ai mis en forme et il y avait un moment trois possibilités pour les finitions de la sculpture. Donc soit on l'a doré, soit on l'a plaqué en or. pour qu'elle se fige et qu'elle soit shiny et très lumineuse. Soit on vernissait le laiton et là on stoppait toute trace d'oxydation. La dernière, c'était on laisse le laiton à l'état brut et en fait, on le laisse vivre, advienne ce qui lui viendra. Et en fait, j'ai été vraiment étonné puisque ça a été ce dernier choix là qui a été le plus entendu. Et j'ai trouvé ça vraiment intéressant qu'il laisse justement ce métal vivre et qu'il y ait ce côté incontrôlable, inattendu.

  • Speaker #1

    Comme s'il y avait encore un soupçon d'humilité dans le milieu du luxe et de cette excellence qui enferme en fait. On est arrivé presque un peu au bout de ce qu'on pouvait exploiter dans cette perfection un peu lisse. on revient à... à cette imperfection qui est validée dans la philosophie du Wapisabi, dans la philosophie du Japon, qu'on vient rechercher. Je pense notamment au diamant, puisqu'on sait que dans le milieu du diamant, il y a le synthétique qui est venu s'inviter et qui nous empêche de distinguer le vrai du faux. Et que finalement, à terme, la seule manière de valider un vrai diamant, ce sera dans son imperfection. Ce sera la preuve qu'il sort d'une roche et pas d'une industrie. Donc, il y a quelque chose qui nous amène à revenir dans notre humilité. de l'homme avec sa fragilité et avec ce qui fait que c'est beau et émouvant d'être là dedans. Et je pense notamment au 3D. Tu le sais, tu as un atelier juste à côté du tien avec ton frère qui travaille la 3D qui est en fait d'industrialiser le bijou, de continuer à le storyteller à travers une exception alors qu'en fait on perd cette exception du fait qu'il est à la chaîne de plus en plus. Tu rejoins ce concept-là ?

  • Speaker #0

    Alors, je rejoins...

  • Speaker #1

    L'idée que du coup, proposer de l'artisanat avec une manufacture, avec ce laiton qui vient se vivre avec le temps et qui est à l'opposé du brillant qu'on va chercher, en fait, est un retour à quelque chose qui est inéluctable puisqu'on arrive au bout d'un système avec la 3D, avec le luxe. Comme si on basculait aussi dans un cul-de-sac, on est arrivé au bout de ce qu'on pouvait produire dans ce temps-là. univers-là.

  • Speaker #0

    On parle là de la vraiment l'excellence et la perfection. Mais après, la perfection, elle n'existe pas s'il n'y a pas l'imperfection. Et c'est ça qui est...

  • Speaker #1

    Et c'est pas là qu'on est arrivé au bout, justement, dans la joaillerie de luxe. On est arrivé au bout de ce qu'on pouvait produire comme excellence. Et donc, on revient un petit peu en arrière en disant, en fait, l'excellence, elle se situe dans l'imperfection et ça a une plus grande valeur que il y a 15 ans, où on était encore dans une explosion de recherche, d'affiner, et que le 3D vient un petit peu... peu renforcer cette idée de production en chaîne.

  • Speaker #0

    Oui, après je pense qu'il y aura toujours cette catégorie de personnes qui vont, qui cherchent l'excellence et la perfection et une autre qui en auront un peu ras-le-bol de cette perfection, de ces choses toutes lisses et qui sont justement sensibles à autre chose et un peu à ce désordre organisé.

  • Speaker #1

    Alors, on va terminer sur deux questions. D'abord, tu le sais, on est dans le podcast de La Juste Exception. Et donc, ma question, c'est quand, toi, que tu as vécu ta juste exception ? Alors, pour rappel, la juste exception, c'est le moment où il se passe une bascule à l'intérieur de toi. Il y a quelque chose qui bouge et qui fait que tu te différencies. Mais c'est juste, c'est impertinent, mais c'est juste, c'est audacieux, mais c'est juste. Et c'est là où tu es dans ta juste exception. C'était à quel moment dans ton histoire ?

  • Speaker #0

    Vraiment, je pense que ça a été mes derniers... Dernier jour, lorsque j'étais au Japon en résidence, où je me suis dit, c'est maintenant que j'assois et j'assume mon identité. Tu sers du bois. Voilà, d'aller... à contre-courant et d'assumer pleinement ce que je vais entreprendre.

  • Speaker #1

    Au risque de déplaire. Oui,

  • Speaker #0

    et je n'en avais rien à faire. J'avais vraiment juste l'envie et le besoin de m'exprimer. Oui, et puis de m'exprimer avec ces matières et cette façon d'être qui était moi. Et je trouve que c'est s'assumer, je pense, qui était ma juste exception.

  • Speaker #1

    Je dis souvent que quand on ne peut pas ne pas le faire, C'est très important de l'entendre et de le faire, en fait, parce que le coût psychique que ça va advenir, que de quitter cette juste exception va être gigantesque. Donc, à tous ceux qui nous écoutent, surtout basculer. La suite, c'est quoi la suite de tes projets pour 2025, 2026, de ce qui est audible et ce que tu peux raconter, évidemment ?

  • Speaker #0

    Les projets de développement, on va dire, j'avais plutôt parlé de ça, ça va être de reconnecter avec... des nouveaux ponts, des nouveaux partenaires avec qui j'avais aussi initié des choses comme le chef pâtissier François Dobinet, où on avait travaillé sur la texture du métal et du chocolat pour créer en fait une recette ensemble. J'aimerais continuer à faire ces ponts-là parce que je trouve que c'est dans cette hybridation de savoir-faire, de discipline, qu'il en ressort quelque chose de complètement inattendu. Et c'est ça que j'ai envie de valoriser maintenant.

  • Speaker #1

    La surprise.

  • Speaker #0

    Oui, surprise et la recherche. Et aussi, quelque part, me former à quelque chose de nouveau. C'est sortir de sa surface d'expression pour avoir un peu plus de recul sur sa pratique et revenir un peu avec des nouvelles choses.

  • Speaker #1

    Tu vas te rajouter un petit slash. Tu es un slasher qui s'ignore en fait.

  • Speaker #0

    Et voilà, après, il y a aussi cette volonté de transmettre et de réavoir un apprenti avec moi parce que j'ai trouvé que c'était très enrichissant.

  • Speaker #1

    Oui, cette année, tu avais un apprenti pendant un an.

  • Speaker #0

    Voilà, qui s'appelle Virgile Brugnot. Et ça a été très riche parce que, aussi, quelque part, c'est une mise à jour pour nous et pour l'apprenti. de se confronter à différentes manières de penser et de générations. Donc c'est très riche et j'ai vraiment eu plaisir à partager ce moment avec Vergil. Donc j'aimerais retrouver aussi quelqu'un dans cet esprit-là d'échange et d'acceptation de transmission.

  • Speaker #1

    Donc appel à la candidature, grosso modo, tu vas t'en retrouver avec 50 CV par jour.

  • Speaker #0

    Alors, j'en ai déjà beaucoup. Franchement, j'ai peut-être 200 demandes par an. Et ça, c'est un problème aussi. Parce que je pense qu'aussi, je n'ai pas le temps d'accueillir, évidemment, 200... Enfin, c'est cumulé avec les stages. Mais j'aimerais avoir le temps.

  • Speaker #1

    Tu as des réflexions autour de ça ou un espace qui le permettrait ? Voilà. Tu vas former d'ailleurs. Il y a des projets qui se mettent en route. transmettre ton savoir fait partie aussi de c'est la force du quadra sans doute, tu y arrives lentiment c'est qu'à un moment donné on transmet d'ailleurs j'en parle j'ai la chance de pouvoir recevoir pas mal de de contenu et de savoir faire de ta part c'est un vrai plaisir et d'ailleurs ça fait partie de ma dernière question dans cette idée de transmettre on a passé deux jours ensemble tu as ponctuellement des personnes qui viennent par des portes d'entrée différentes Merci. Qu'est-ce que ça t'apporte à toi ? Alors on peut imaginer ce que ça apporte à l'autre. Moi je suis remplie, j'ai des semaines et des semaines pour digérer tout ça, pour pratiquer, pour réfléchir. J'ai mille trucs qui se passent dans mon cerveau. D'ailleurs c'est marrant parce que je prenais le métro et puis j'étais branchée motifs. Je voyais les rails, je voyais des motifs partout. J'ai envahi des motifs maintenant. Qu'est-ce que toi ça t'apporte ? En quoi est-ce que c'est une respiration ou plutôt un stress ? Parce que pendant deux jours tu ne produis pas en fait.

  • Speaker #0

    Justement, moi, déjà, je prends peut-être cinq ou six temps dans l'année pour arrêter et recevoir quelqu'un comme toi. En fait, je pense que ça passe beaucoup par un feeling. Déjà, je n'ai pas envie d'avoir quelqu'un avec moi, avec qui je n'ai pas envie de déjeuner.

  • Speaker #1

    Pour ça, il faut écouter le podcast avec Aurore de Hoche, le numéro 1 de la saison 2.

  • Speaker #0

    Il y a vraiment une rencontre et je trouve que c'est cette rencontre aussi qui... Moi, je pars toujours du principe que quelqu'un qui n'est pas du métier est aussi talentueux que quelqu'un qui a un bagage. technique dans le bijou, mais je favorise quand même plus les personnes qui ont...

  • Speaker #1

    qui débutent. Les ovnis quoi, un peu comme moi, qui n'ont pas du tout de parcours de joaillerie et puis qui pourtant ont la pétance.

  • Speaker #0

    Oui parce que en fait vous n'avez pas du tout les mêmes codes et la façon d'aborder la création et je trouve ça génial et enrichissant et avec du recul moi je me régale en fait en voyant chercher prendre les outils, les tenir. Et voilà, je trouve que c'est très intéressant pour moi. Et en même temps, moi, ça me permet de en fait, de prendre un temps pour expliquer ma façon de travailler. Chose que je ne décortique jamais. Oui,

  • Speaker #1

    c'est ça. C'est un effort d'observation et puis de transcription. Et c'est très important parce que tout ce savoir-faire que tu as, si tu ne prends pas le temps de regarder quelle est sa valeur, il risquerait d'être aux oubliettes, ce serait fort dommage.

  • Speaker #0

    Et je reviens aussi à une chose qui est très bénéfique, c'est que je m'efforce, lorsque j'ai un élève avec moi, de mettre tout de côté. Donc téléphone, mail, d'être là. Et c'est pour ça aussi, je ne prends pas plus de deux personnes en même temps. Parce que sinon, après, j'arrive pas déjà à être focus. Et voilà, qu'il n'y ait pas vraiment d'énergie qui vienne troubler, parasiter, en fait, ce moment-là. Pour moi, c'est une parenthèse.

  • Speaker #1

    Je suis tout à fait d'accord avec toi et je rebondis sur le fait que souvent, on m'appelle en me disant « Vous pouvez pas venir donner une initiation, notamment sur le kintsugi ? » Je dis mais en fait, d'abord, non. On peut pas être 15 pour faire du kintsugi, c'est un axe. méditatif, c'est un acte hyper introspectif. Donc en fait, c'est deux maximums. Et oui, c'est lent et oui, on ne fait pas ça vite en une matinée. Et donc, il y a un peu cette idée là, on prend le temps de se rencontrer. Et aujourd'hui, à l'ère des réseaux sociaux, c'est un peu la quadra qui parle de nouveau, mais ça se perd un peu ce moment de rencontre, ce moment de partage, ce moment de lenteur. Et je crois que c'est important de le réhabiliter autour notamment de l'action de créer. Donc, tu fais ça très, très bien. C'est un plaisir de venir. D'ailleurs, je reviendrai, sache-le, malheureusement, je reviendrai. Je vais m'accrocher à ton mollet. Et même rencontrer ta fratrie, c'est vraiment un plaisir parce que chacun a son univers, chacun a sa sensibilité. Et donc, le clan Maslow est un village, en fait. Super, en tout cas, c'était un plaisir de t'avoir au micro de La Juste Exception. Merci d'avoir accepté. Est-ce que tu veux terminer ce podcast avec quelque chose ? que tu as envie de déposer ?

  • Speaker #0

    Non, j'aimerais sincèrement te remercier pour cette prise de parole et aussi cette initiation à valoriser des voix et à faire partager cette juste exception qui pour moi est hyper importante à partager pour sensibiliser des gens qui n'oseraient pas se lancer, qui n'oseraient pas se confronter à l'entrepas. à l'entrepreneuriat ou simplement découvrir des personnes et les contacter pour juste des questions et avoir l'audace de se lancer ouais l'audace on en parlera je vais faire un podcast entier sur l'audace d'ailleurs si vous voulez regarder il y a un

  • Speaker #1

    petit workshop sur le thème de l'audace sur Youtube, vous tapez workshop et puis vous tombez dessus Voilà, merci Karl, en tout cas, pour cette générosité, ce partage et cette humanité. Nous en avons besoin dans le monde dans lequel nous vivons. Je vous souhaite une excellente journée, matinée, soirée, là où vous êtes. Et je vous dis à tout bientôt pour la troisième saison qui traitera de l'hypnose et du soin aujourd'hui dans nos sociétés. À bientôt ! Suis-nous, inspire-toi et surtout, autorise-toi ta propre nuance.

Description

🎙 « Et si le luxe, c’était ça ?
Un bijou en brique, une pièce d’acier damassé, une céramique imparfaite…
Et si derrière la matière brute se cachait une main délicate, un esprit libre, un artisan qui n’a pas choisi la voie du brillant, mais celle du sens ?
Dans cet épisode de La Juste Exception, je vous invite à rencontrer Karl Mazlo, joaillier, artiste, chercheur de formes et d’histoires.
Il détourne les outils, questionne le bijou, assume sa singularité et nous raconte comment le Japon a été le déclencheur d’une profonde transformation.

Une conversation intime sur l’émancipation, la transmission, la quête vers de nouvelles frontières à créer.

Bonne écoute.






🎙️ La Juste Exception – le Je est une nuance
💡 Podcast en 5 saisons :
1️⃣ Slashing & identités multiples
2️⃣ Bijoux contemporains & Kintsugi
3️⃣ Hypnose, thérapie brève et thérapie des schémas
4️⃣ Leadership & neurodiversité
5️⃣ Voix singulières & chemins audacieux
🌱 Pour les âmes libres, créatives et résilientes


@lajusteexception, @emiliesomers, @or-impact @kintsugibruxelles

www.youtube.com/@somersemilie

www.emiliesomers.com


Montage audio : @gregorio_el_iluminador



Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Le podcast de La Juste Exception, c'est l'occasion de visiter les quatre métiers que je pratique et de vous les faire découvrir sous un regard impertinent, où l'exception confirme la règle. Dans un monde contemporain dicté par la performance, la productivité et le perfectionnisme, je veux donner la voix à l'humain qui assure sa fragilité, sa paresse et son imperfection avec du talent, de l'humilité et de l'excellence. Mes invités m'inspirent tous. d'une façon ou d'une autre. J'espère qu'ils déclenchent pour chez vous les mêmes sensations qu'ils ont pu déclencher chez moi, le goût de l'impertinence, l'envie de sortir des sentiers battus, tout en respectant la valeur du chemin. Je suis Émilie Somers et je vous souhaite une bienvenue. Je suis très heureuse de vous retrouver pour la saison 2 de ce podcast de La Juste Exception. Après l'exploration du jeu comme une nuance dans la saison 1 autour de la... thématique du slashing, je vous emmène aujourd'hui dans l'univers d'un de mes quatre métiers, l'univers du bijou contemporain à Bruxelles. J'ai créé ma marque Or Impact et je crée des bijoux qui racontent. Ce ne sont pas que des bijoux qui valorisent l'esthétique, mais des bijoux qui révèlent. Chaque pièce est un fragment d'histoire, une faille précieuse, une trace portée. Car porter un bijou, c'est dire quelque chose de soi, même en silence. Dans cette saison, je vous invite à découvrir des voix qui, chacune à leur manière, donnent sens à la matière. J'aurai le plaisir d'inviter des artistes, des galeristes, des passionnés et même des consommateurs éthiques. Et peut-être aussi, à travers leur récit, une part de vous-même se fera entendre. Nous parlerons de transmission, d'engagement, d'identité, mais aussi de beauté, d'imperfection et de résilience. Le bijou est une nuance. et cette saison est l'occasion de faire entendre la mienne et surtout d'écouter la vôtre. Bonjour et bienvenue dans le podcast de La Juste Exception. Le jeu est une nuance, nous sommes toujours dans la saison 2 autour du bijou contemporain. Aujourd'hui, je vous embarque à Paris dans un lieu à part. Un atelier niché dans une ancienne usine textile, devenu terrain d'expérimentation pour un créateur hors format, Karl Maslow. À 39 ans, Karl est à la fois joaillier, artisan et artiste. Il vit et travaille dans la capitale, mais son travail, lui, voyage entre héritage familial, matière assumée et influence japonaise. Fils d'un joaillier, frère d'un designer 3D dans la haute joaillerie, d'une cinéaste et d'un peintre, Karl est aussi celui qui a pris un chemin à contre-courant. Dans cet épisode, on va parler de transmission, de renoncement, de quête identitaire et de ce que signifie faire œuvre en dehors des sentiers battus. Bonjour Karl,

  • Speaker #1

    bienvenue ! Bonjour Émilie ! Tu vas bien ? Ben oui, et toi ?

  • Speaker #0

    On vient de passer deux jours ensemble, j'ai eu le plaisir pour la deuxième fois de venir dans ton atelier, cet atelier qui est un univers très particulier, et j'ai pu du coup découvrir des aspects de toi que je voudrais aujourd'hui rendre visibles. Alors pour les petits curieux, il y a plein d'infos sur Karl, il y a des vidéos, il y a des interviews qui notamment parleront de son travail suite au prix. que tu as reçu en 2023 pour l'intelligence de la main, le prix Bétoncourt, c'est ça ? Oui,

  • Speaker #1

    c'est en 2021.

  • Speaker #0

    En 2021, et voilà.

  • Speaker #1

    Et déjà, 4 ans.

  • Speaker #0

    Et bien voilà, autour de ça, il y a eu pas mal de contenu, alors je ne vais pas faire la redondance, ce contenu-là, je le laisse bien au chaud, et je vais plutôt m'intéresser à l'homme derrière l'artiste, le joaillier et l'artisan. Ça, ça va être notre balade de ce matin. Tu es d'accord avec ça ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est à l'onze.

  • Speaker #0

    Parfait. Alors... Tu travailles donc au cœur de Paris et aujourd'hui le Paris est intense. Est-ce que pour toi c'est un privilège ou bien c'est quand même compliqué et difficile d'être au cœur de Paris ?

  • Speaker #1

    Alors je dirais que c'est difficile au premier abord parce que trouver un atelier et un lieu qui est adéquat à ton activité, oui c'est compliqué, mais j'ai eu la chance d'en trouver un grâce aux ateliers de Paris. qui est un incubateur et qui soutient la création et les artistes pour trouver un lieu. Et je dirais que c'est un privilège d'être à Paris, surtout en tant que créateur, parce que c'est là où toute l'émulation se passe, où il y a tous les fournisseurs, où il y a tous les partenaires, il y a l'inspiration au quotidien, il y a les autres créateurs, artistes, et que ça soit tout domaine confondu, mode, design et métier d'art. C'est vraiment une cour de jeu, je dirais, infinie et qui rend la transversalité possible.

  • Speaker #0

    Du coup, ça veut dire qu'il y a un chat avec nous qui va faire des petits bruits. Il est le bienvenu. Son nom, c'est Elvis. Elvis veut sortir, donc on va entendre des petits bruits. Tu parles de cette effervescence, de cette transversalité avec différents corps de métier. L'effervescence de Paris, ça veut dire qu'en fait, tu es tout le temps dans ton métier. Ou est-ce qu'il y a des moments où tu arrives à t'extraire parce que je l'ai bien vu, on sort de ton atelier. On croise un, une et puis après dans le quartier. Et puis, ta famille est ici aussi dans le milieu professionnel et artistique, ce qui veut dire que ça ne s'arrête jamais. Est-ce que tu as des moments où tu as des bulles de retrait quand même ?

  • Speaker #1

    Oui, alors c'est vrai que ça ne s'arrête jamais. Mais je dirais que quand on est entrepreneur, notre mindset, il est sur un bouton automatique où chaque petit détail, même en vacances, ça se travaille. L'imaginaire, l'imagination, l'inspiration, elle est constante. Donc je dirais, alors je n'ai pas réussi à trouver le bouton off des fois, mais ça ne me dérange pas, ça fait partie de mon caractère je pense. Et si je veux vraiment couper, je me mets très vite dans mes bulles que je me suis construite, à savoir la lecture ou le cinéma, les hobbies. le sport ou n'importe quoi qui me permet de... Mais ça reste des petites bulles. Et je dirais qu'il faudrait... Je ne dis pas qu'il en faudrait plus, mais il y a des bulles que je me suis construites aussi dans mon travail qui me permettent de... Comme typiquement dessiner. J'en reviens beaucoup à redessiner et à prendre le temps. de faire des recherches, des sketchs. Et là, ça me permet de m'évader un peu et de reposer un peu plus l'esprit.

  • Speaker #0

    D'accord. D'ailleurs, ton espace de travail, ton atelier, tu le considères plus comme un espace d'expérimentation, plus qu'un espace de production. Et encore moins, du coup, un espace de vente. C'est vraiment un espace qui est à bulles, dans lequel tout se passe. Mais ce n'est pas ni une volonté d'être un showroom, ni une volonté d'être une galerie, ni... C'est vraiment ton entre et celui qui veut venir doit passer plusieurs portes pour arriver avec plusieurs codes. Donc il faut vraiment chercher à venir te voir.

  • Speaker #1

    Il y en a d'ailleurs qui y arrivent sans que je refasse le code. Oui,

  • Speaker #0

    ça a été la surprise de cette semaine.

  • Speaker #1

    Oui, effectivement, c'est une volonté d'être un peu en retrait, mais c'est plutôt dans une démarche de rendre l'expérience immersive et... plus intime. Je trouve que c'est ça maintenant aussi le luxe, c'est d'arriver dans l'espace d'un créateur. Voilà, c'est un peu son cabinet de recherche. Et les personnes qui viennent me voir, qui viennent commander des pièces sur mesure ou qui viennent simplement voir l'atelier ou comme toi, qui vient par une autre porte, celle de la curiosité, je trouve qu'il y a un respect qui s'installe et il est mutuel. Parce que... En fait, l'espace fait qu'on prend le temps de se poser déjà. Et il y a tellement de choses, un petit cabinet de curiosité, que l'espace-temps s'arrête un peu. Et je trouve ça vraiment agréable. Et c'est ça, c'était cette volonté-là d'avoir un atelier que de le rendre quelque part un petit peu spirituel.

  • Speaker #0

    Tu me parles d'entrepreneur, ce qui veut dire que tu n'es pas que joaillier, artisan, artiste. Tu es aussi un entrepreneur, ce qui veut dire que tu es quand même aussi un peu un slasheur. Difficile de ne pas faire de lien. Tu as plusieurs slashes. Est-ce que c'est quelque chose d'absolument nécessaire aujourd'hui pour pouvoir partager dans le bijou contemporain sa vision et du travail pratico-pratique, mais aussi de la manière dont on le raconte ? C'est important de ne pas être... juste technicien sorti des écoles de joaillerie, qu'il y a quelque chose de beaucoup plus intense qui se met en route. Et que si on n'a pas ce côté entrepreneur, on n'a pas ce côté relationnel, cette capacité à rencontrer les gens et à être finalement un peu stratège dans sa carrière.

  • Speaker #1

    Effectivement, si on n'est pas un peu multi... Enfin, j'allais dire, on peut dire couteau suisse aussi. Si on n'entreprend pas plusieurs corps de métier, euh En fait, on tombe très vite dans quelque chose de banal, de commun. Et ce qui fait aujourd'hui la différence entre plusieurs créateurs et indépendants et entrepreneurs, c'est ces diverses expertises. On dit souvent à l'école, en tout cas à l'école de la joaillerie, qu'il faut être expert dans une catégorie. Il faut être très bon en maquette, il faut être très bon en certissage. en polissage, voilà. On est quelque part... Catégorisés. Voilà, catégorisés, mais experts dans le domaine. Quelque part, ça rassure, mais quelque part, en fait, ça enferme. Et quand on est entrepreneur, ça ne marche pas. Il faut justement casser ces barrières-là pour pouvoir déjà s'exprimer et entreprendre et être beaucoup plus autonome. Dans sa façon d'entreprendre.

  • Speaker #0

    D'ailleurs, toi, c'est ce qui fait un petit peu ton côté artisan, dont on parlera juste après. Et avant de rentrer dans le milieu artisan, où tu t'es créé tes propres outils, il y a d'abord une petite genèse, un petit truc à clarifier, puisque dans ton chemin de joaillier, tu as été l'apprenti de ton père, qui est également joaillier. Et ça, est-ce que c'est un avantage ou est-ce que c'est une difficulté avec laquelle il va falloir se délester ?

  • Speaker #1

    C'est un peu des deux. Par exemple, à l'école, je n'avais pas le droit d'être le cancre. J'avais devoir de montrer le bon exemple et d'être le premier de la classe. Et quelque part, quand on est jeune, ce n'est pas rendre service que de mettre une pression comme ça. En tout cas, les quelques profs que j'ai eus... en ont un petit peu joué pour voilà un peu me titiller mais c'est pas grave c'est une bonne guerre et ça m'a permis aussi de me rendre compte grâce à eux que j'avais cette chance là et qu'il fallait il fallait pas que je la gâche donc du coup je me redoublais d'effort donc quelque part ça a servi à me former à l'effort et à bien faire. Ensuite, je dirais que c'est aussi quelque part un avantage puisque je parlais le même langage avec mon père et du coup, comme mon père est un passionné, il me transmettait en dehors de l'école en fait toute la passion du métier et m'aidait dans tout ce qui est création ou technique ou résoudre des problèmes. Et quand je devais m'entraîner aussi, je pouvais aller à son atelier. Alors quelque part, en étant fils de joaillier, il y avait aussi une certaine jalousie auprès de certains camarades de classe parce qu'ils pensaient que c'était plus simple pour moi la vie de trouver un stage, de trouver un travail. Et ce n'est pas le cas. Même aujourd'hui. Par exemple, les gens sont plus durs avec moi parce qu'ils pensent que je suis très installé, je n'ai pas besoin de galerie, je n'ai pas besoin d'exposer.

  • Speaker #0

    Et ce n'est pas le cas. À l'intérieur de toi, ça te demande de redoubler d'efforts en fait. Ça t'a demandé un travail personnel, identitaire, un peu d'émancipation, de quitter le sillon que ton père avait tracé. Dans une autre époque d'ailleurs, où sans doute que le bijou contemporain à l'époque, c'était quand même plus difficile qu'aujourd'hui, même s'il peine un peu, il se développe. Donc il y a eu un travail d'émancipation pour toi ?

  • Speaker #1

    Oui, mon travail d'émancipation, déjà, c'était d'être bon techniquement, d'être un peu reconnu par mon père en tant que joaillier, donc valider finalement un savoir-faire, ce qui est très dur. Parce que, en fait, quand tu es face à un maître d'art, oui, c'est compliqué. Mais c'est vraiment la bonne école. Et puis ensuite, effectivement, il y a tout le côté univers créatif du bijou qu'il faut se faire. Qu'il faut s'approprier. Moi, je me suis quand même approprié un certain style de bijoux dont mon père m'a transmis. donc à savoir valoriser des défauts, savoir valoriser aussi des pierres qui ont des défauts. Tout ça, ça vient de l'apprentissage avec mon père. Puis au fur et à mesure, ça s'est affiné lorsque je me suis un peu émancipé de l'atelier pour aller vers d'autres cultures, d'autres chemins comme celui du Japon.

  • Speaker #0

    Le Japon a été vraiment une bascule dans ton émancipation. Est-ce qu'on pourrait dire... Tu sais, moi, j'ai ma casquette un peu thérapeutique. Est-ce qu'on pourrait dire qu'en fait, l'émancipation du père, il s'est traduit par une autorisation dans la culture japonaise, une autorisation à être à un autre endroit, peut-être avec plus de bienveillance, avec plus de douceur, avec plus d'acceptation dans cette culture japonaise ritualisante qui accepte l'imperfection comme étant quelque chose de beau et de magnifique et que finalement... Toi, à l'intérieur, tu peux quitter aussi cette perfection qui est tant demandée, cette exigence d'ouvrir un petit peu plus de douceur à ce que tu veux proposer ?

  • Speaker #1

    Alors, je dirais oui, mais je ne saurais pas comment l'expliquer et le formaliser. Mais en gros, ce qui s'est passé, c'est que déjà, j'ai quitté l'émancipation. Elle ne venait pas vraiment de la formation avec mon père, mais c'était plutôt une généralité dans le métier. que les ponts entre différents métiers d'art ou le design ou autre discipline se faisaient rarement. Les croisements étaient assez maigres et rester sur l'échelle du bijou, ça a commencé un petit peu à juste me frustrer. J'avais envie d'autre chose. Le Japon, il m'a apporté ça, cette ouverture vers une autre échelle, d'autres supports. médium et j'y suis allé dans le but donc c'était une résidence à la villa coach james initié par l'institut français et chapeauté par enfin mécéné par la fondation bétancourt-cholleur ça c'était une résidence de recherche où on a le droit en fait de faire ces écarts là on n'est plus dans son quotidien et ça crée une rupture avec tout ce qu'on a connu déjà en voyage seul on doit être libérer nos contraintes en France pour vraiment se concentrer sur notre projet de recherche au Japon. Donc l'idée c'était vraiment d'aller à la rencontre de savoir-faire que je ne connaissais pas et des médiums que j'avais jamais vraiment utilisé. Donc il y a eu un terrain de jeu énorme que je me suis dit mais attends c'est pas possible il y a tellement de choses affaires, je peux pas en fait... me contenter de suivre un chemin qui a été prédéfini, et reprendre l'entreprise de mon père, et entre autres, et non, j'arrivais pas, c'était pas le bon moment, et j'étais pas prêt, et je me sentais pas légitime de tout ça, donc mon émancipation, elle s'est faite un peu... Comme ça.

  • Speaker #0

    C'est ça. Donc au-delà des aspects plutôt pratico-pratiques des rencontres, des opportunités qui pourraient créer de la jalousie, en fait en interne c'est quand même un parcours du combattant vachement plus compliqué et qui est invisible mais qui est beaucoup plus tortueux et qui parce qu'il est invisible n'est pas reconnu mais pourtant c'est bien plus difficile d'être finalement le fils d'eux. Et on l'entend souvent, c'est souvent le cas. Ton atelier, tu le dis, c'est un espace d'expérience, c'est un endroit où tu veux travailler ton geste, l'exigence du geste qu'on retrouve notamment dans la pratique et dans la philosophie du Japon. Et puis aussi l'imprévisibilité des matériaux, c'est cette rencontre entre l'effort croissance et puis la légèreté de l'enfant. Les deux se croisent et créent ton univers assumé. et surtout à travers ton artisanat, le travail de l'outillage, le travail de... ce qu'on va utiliser comme moyen. J'avais un prof qui disait qu'il faut se donner les moyens de ses ambitions, c'est-à-dire trouver vraiment le bon outil, le bon clic pour pouvoir arriver à ton résultat. Parle-nous un petit peu de ce rapport avec ton outillage, puisque je suis rentrée dans ton atelier et je vois bien qu'il y a, tu disais, des outils qui te tiennent à cœur, c'est presque des outils de collection, c'est des outils... C'est des outils de cœur, en fait. Ce n'est pas juste un outil qu'on va jeter dans un tiroir. Chaque chose a sa place, c'est structuré dans ton esprit. Raconte-moi ton rapport à l'outil.

  • Speaker #1

    Alors, mon rapport à l'outil, il est simple. Depuis ma formation, on nous apprend à prendre soin de ces outils. C'est des outils qui coûtent déjà très cher. Donc, il faut en prendre soin pour qu'ils puissent nous garder. nous accompagner durant tout notre parcours. Chaque outil a une fonction et ce qui est intéressant c'est qu'au début de ma formation on prend compte de l'importance de ces outils qui coûtent de l'argent. A la suite de ça j'ai été propulsé dans des ateliers où il y avait une profusion d'outils, vraiment des outils en voilà en voit-tu. C'est ça qu'on dit ?

  • Speaker #0

    Voilà, je dirais. Mais bon, on s'en fout un peu, c'est pas grave. Puisqu'un outil, on le prend dans un sens, on le prend dans l'autre, et puis ça crée des choses.

  • Speaker #1

    Et d'ailleurs, on en parlera de cette appropriation de l'outil. Et en gros, au fur et à mesure, je me suis dit, les outils... J'en ai trop à un moment. Et donc du coup, je vais essayer de travailler sous la contrainte de... De peu ? De peu d'outils. En fait, c'est difficile parce que chaque outil a aussi une fonction et aussi son histoire. Soit ça fait partie d'une transmission d'un outil que j'ai eu de mon père ou de partenaires avec qui j'ai travaillé au Japon ou autre part. Mais j'aime bien cette façon. de redonner vie à un outil et de le détourner de son utilisation. C'est-à-dire un marteau, comme je t'avais montré d'ailleurs, déjà il a deux côtés, mais ces côtés-là peuvent être resculptés, ils peuvent être déformés, et du coup un outil qui sert à former ou à mettre en forme va devenir un outil de marquage. C'est-à-dire qu'on va l'utiliser pour... texturer la matière. Et voilà, j'aime bien cette idée-là de changer la fonction aussi d'un outil et de se l'approprier et de le rendre unique.

  • Speaker #0

    Ce qui veut dire que cette appropriation de l'outil, il est plutôt dans ton laboratoire l'occasion d'expérimenter ou bien il est une résolution d'un problème parce qu'en fait, l'outil n'existe pas pour rendre visible ce que tu as dans la tête et ce que tu veux faire exprimer dans tes mains. Oui,

  • Speaker #1

    c'est un peu des deux. Il y a aussi une question pratique, le marteau on peut vraiment répéter son geste et ce qui ferait du marteau un poinçon, ce serait beaucoup moins automatique, c'est-à-dire ce serait moins répétitif qu'un poinçon où il faut positionner l'outil et taper avec le marteau. En reparlant de la question de l'outillage, l'outillage il a... Il a joué un rôle très important dans mes recherches au Japon, puisque j'ai voulu créer toute une grammaire de poinçons. Donc c'est des poinçons à la base utilisés comme pour la ciselure, donc pour décorer ou appliquer une texture sur le métal. Et j'en ai fait une grammaire, c'est-à-dire j'ai utilisé des motifs, du lettrage, vraiment un tas de motifs dont je me suis inspiré en amont d'aller au Japon. Et je le voyais vraiment comme un premier échange avec les personnes que j'allais rencontrer. Je n'avais pas envie d'arriver avec un projet tout fait, avec des dessins, des choses un peu, je dirais, trop directes. Connaissant un petit peu la culture japonaise, j'ai préféré amener des outils et en fait, que chacun se les approprie. Et ça a tellement bien marché qu'il y a eu vraiment des échanges complètement loufoques et très riches. Donc voilà, pour moi, les outils, c'est une base déjà d'un premier langage.

  • Speaker #0

    Oui, et c'est ce qui permet aussi le lien, comme tu viens de l'expliquer, parce que cette curiosité nous amène, avec d'autres, à développer les pratiques. Le côté artisan, il est la base, comme tu le dis bien, pour aller vers l'artiste. Aujourd'hui, tu as décidé, déjà il y a quelques années, de te mettre en porte-à-fois avec l'industrie du luxe. tu as décidé d'amener le luxe autrement, parce qu'on est quand même dans un bijou contemporain d'exclusivité, mais tu ne vas pas utiliser le même langage que ce qu'on trouve traditionnellement, ce qui est effectivement plus classique, notamment en utilisant des matériaux tels que la brique. Tu nous as fait une magnifique bague en or avec une brique rouge à sertir. Est-ce que tu peux nous parler de cette...

  • Speaker #1

    de ce côté un peu impertinent mais qui fait partie de toute la réflexion de ton travail par rapport au luxe comme j'expliquais avant il ya eu un moment un ras-le-bol de la joaillerie parce que les pierres précieuses prenait vraiment dessus sur la création sur tout le travail de mise en oeuvre du bijou et je trouvais qu'on perdait ce savez plus où était la valeur du travail et donc j'ai décidé d'aller un peu à contre-courant et ça a été des rencontres en fait. avec des matières ou avec des métiers que je ne connaissais pas, comme la forge des sabres japonais, où ils utilisent par exemple l'acier damassé.

  • Speaker #0

    Il y a un matériau que tu utilises maintenant régulièrement ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est l'acier damassé multicouche d'acier qui est servi pour la fabrication d'armes blanches. Il y a beaucoup de déchets qui sont impossibles à recycler puisque les métaux sont mélangés entre eux. Donc c'est comme ça que ça m'est venu l'idée aussi de choisir cette matière, de l'exploiter et de lui donner un nouveau regard et de la valoriser. A partir de là, j'ai été un peu plus sensible à de nouvelles matières comme la brique, comme l'acier. Voilà et comme le marbre aussi, il y a une nouvelle collection qui va sortir. Ça provient, un, de chutes d'architecture, de deux, de chutes aussi de matériaux utilisés par les artisans et trois, c'est aussi un feeling avec des matières qui me parlent et que j'ai envie de valoriser par le travail du métal. Une matière que j'adore, c'est le lapis lazuli. Il y a aussi une histoire parce que dans le temps, on l'utilisait comme pigment. C'était quelque chose de quand même assez cher. Et aujourd'hui, on a tendance à l'écarter du monde du bijou, alors qu'en tout cas à l'état brut. Et je trouve que c'est une matière qui a besoin d'être revue.

  • Speaker #0

    Ce qui veut dire que tu te positionnes aussi aujourd'hui, ton travail évolue-t-il en fonction de la réalité G.E. ? et géopolitiques et écologiques du monde dans lequel nous basculons, puisque ça y est, nous sommes dans une bascule. Le monde des années 80 que nous avons connu, puisque nous sommes de la même génération, s'éloigne de nous de plus en plus. Est-ce que ça influe ton travail ? Ça le met en résistance ? Ça le met en choc ? Parce que difficile de travailler la brique dans le milieu plus... plus haut de gamme ? C'est une manière d'affirmer une position politique aussi ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est une position qui est difficile à garder. Mais je dirais que j'ai eu tellement d'encouragement de la part de Fondation et de Prix que en fait... Ça validait vraiment. Et en fait, de plus en plus de gens me contactent. pour m'envoyer leur matière pour que j'expérimente, des céramiques, enfin des céramistes, pardon, qui ont raté des cuissons et qui me disent « Mais attends, tu pourrais réemployer ça et ça me ferait tellement plaisir. » Et de plus en plus de clients, en fait, viennent pour ça. Pour justement valoriser quelque chose qui, à première vue, n'a pas de valeur, mais qui a une histoire. Et souvent, on s'approprie l'histoire d'un créateur. En fait, on vient chercher l'ADN du créateur, mais aussi on s'en inspire. C'est-à-dire que les gens, en fait, ça les sensibilise eux-mêmes à des choses et du coup, ramène leur propre matière. Et c'est ça qui est intéressant.

  • Speaker #0

    Est-ce que tu nous parles de tes clients ? Est-ce que tu as l'impression que la consommation du bijou contemporain, elle est plutôt dans une niche érudie de personnes sensibilisées à l'art, qui ont les moyens ? Ou bien l'art contemporain peut aussi s'afficher pour des personnes qui ont moins de moyens, mais avec la même essence, le même désir de porter quelque chose de différent ?

  • Speaker #1

    Je dirais que ce style de bijoux... contemporain. Et en fait, il a apprécié des personnes qui ont, en fait, qui ont, qui ne trouvent pas aussi leur, leur, leur, leur esthétique quelque part. C'est-à-dire, c'est assez compliqué aussi de trouver un créateur qui propose des choses hors normes ou qui correspond à un message qu'ils veulent transmettre dans leurs bijoux. Et je dirais, c'est des personnes qui n'ont pas forcément... qui ne sont pas forcément informés qu'on peut créer une pièce sur mesure.

  • Speaker #0

    C'est ça. Et qui ne s'autorisent pas du coup à se l'offrir, puisque c'est réservé à ceux qui, soit financièrement, soit dans les accès, venir à ton atelier par exemple, on en parlait avec Aurore pour la galerie. Déjà, faire la démarche de rentrer dans une galerie, tout le monde ne se l'autorise pas. Alors rentrer avec tous les codes d'accès, pour rentrer dans l'atelier d'un créateur, avec une renommée, il faut quand même être assez audacieux finalement pour le faire.

  • Speaker #1

    Oui, c'est vrai. Donc, je ne saurais pas trop répondre plus à cette question. Mais en tout cas, j'essaye de rendre accessible le bijou par ses matières. Et j'ai toujours aussi gardé quelque part un petit peu ce côté Ojo Ari quand on me le demande. Il y a toujours des personnes qui veulent s'offrir un très beau diamant.

  • Speaker #0

    Et je l'accepte.

  • Speaker #1

    Bien sûr, parce que ça fait partie du cheminement de ton client, mais il vient le mettre et l'incruster dans un design qui est le tien.

  • Speaker #0

    Je rebondis sur ce dont on a parlé, pour parler aussi des maisons de luxe qui sont de plus en plus sensibles à ce côté, on va dire, contemporain. Hors normes. Et qui sortent des sentiers battus. je pense tout de suite à Par exemple la maison Moët et Chandon avec qui j'ai travaillé avec la Fabrique Singulière. En gros il y avait cette volonté de réutiliser aussi des chutes de laiton que j'ai mis en forme et il y avait un moment trois possibilités pour les finitions de la sculpture. Donc soit on l'a doré, soit on l'a plaqué en or. pour qu'elle se fige et qu'elle soit shiny et très lumineuse. Soit on vernissait le laiton et là on stoppait toute trace d'oxydation. La dernière, c'était on laisse le laiton à l'état brut et en fait, on le laisse vivre, advienne ce qui lui viendra. Et en fait, j'ai été vraiment étonné puisque ça a été ce dernier choix là qui a été le plus entendu. Et j'ai trouvé ça vraiment intéressant qu'il laisse justement ce métal vivre et qu'il y ait ce côté incontrôlable, inattendu.

  • Speaker #1

    Comme s'il y avait encore un soupçon d'humilité dans le milieu du luxe et de cette excellence qui enferme en fait. On est arrivé presque un peu au bout de ce qu'on pouvait exploiter dans cette perfection un peu lisse. on revient à... à cette imperfection qui est validée dans la philosophie du Wapisabi, dans la philosophie du Japon, qu'on vient rechercher. Je pense notamment au diamant, puisqu'on sait que dans le milieu du diamant, il y a le synthétique qui est venu s'inviter et qui nous empêche de distinguer le vrai du faux. Et que finalement, à terme, la seule manière de valider un vrai diamant, ce sera dans son imperfection. Ce sera la preuve qu'il sort d'une roche et pas d'une industrie. Donc, il y a quelque chose qui nous amène à revenir dans notre humilité. de l'homme avec sa fragilité et avec ce qui fait que c'est beau et émouvant d'être là dedans. Et je pense notamment au 3D. Tu le sais, tu as un atelier juste à côté du tien avec ton frère qui travaille la 3D qui est en fait d'industrialiser le bijou, de continuer à le storyteller à travers une exception alors qu'en fait on perd cette exception du fait qu'il est à la chaîne de plus en plus. Tu rejoins ce concept-là ?

  • Speaker #0

    Alors, je rejoins...

  • Speaker #1

    L'idée que du coup, proposer de l'artisanat avec une manufacture, avec ce laiton qui vient se vivre avec le temps et qui est à l'opposé du brillant qu'on va chercher, en fait, est un retour à quelque chose qui est inéluctable puisqu'on arrive au bout d'un système avec la 3D, avec le luxe. Comme si on basculait aussi dans un cul-de-sac, on est arrivé au bout de ce qu'on pouvait produire dans ce temps-là. univers-là.

  • Speaker #0

    On parle là de la vraiment l'excellence et la perfection. Mais après, la perfection, elle n'existe pas s'il n'y a pas l'imperfection. Et c'est ça qui est...

  • Speaker #1

    Et c'est pas là qu'on est arrivé au bout, justement, dans la joaillerie de luxe. On est arrivé au bout de ce qu'on pouvait produire comme excellence. Et donc, on revient un petit peu en arrière en disant, en fait, l'excellence, elle se situe dans l'imperfection et ça a une plus grande valeur que il y a 15 ans, où on était encore dans une explosion de recherche, d'affiner, et que le 3D vient un petit peu... peu renforcer cette idée de production en chaîne.

  • Speaker #0

    Oui, après je pense qu'il y aura toujours cette catégorie de personnes qui vont, qui cherchent l'excellence et la perfection et une autre qui en auront un peu ras-le-bol de cette perfection, de ces choses toutes lisses et qui sont justement sensibles à autre chose et un peu à ce désordre organisé.

  • Speaker #1

    Alors, on va terminer sur deux questions. D'abord, tu le sais, on est dans le podcast de La Juste Exception. Et donc, ma question, c'est quand, toi, que tu as vécu ta juste exception ? Alors, pour rappel, la juste exception, c'est le moment où il se passe une bascule à l'intérieur de toi. Il y a quelque chose qui bouge et qui fait que tu te différencies. Mais c'est juste, c'est impertinent, mais c'est juste, c'est audacieux, mais c'est juste. Et c'est là où tu es dans ta juste exception. C'était à quel moment dans ton histoire ?

  • Speaker #0

    Vraiment, je pense que ça a été mes derniers... Dernier jour, lorsque j'étais au Japon en résidence, où je me suis dit, c'est maintenant que j'assois et j'assume mon identité. Tu sers du bois. Voilà, d'aller... à contre-courant et d'assumer pleinement ce que je vais entreprendre.

  • Speaker #1

    Au risque de déplaire. Oui,

  • Speaker #0

    et je n'en avais rien à faire. J'avais vraiment juste l'envie et le besoin de m'exprimer. Oui, et puis de m'exprimer avec ces matières et cette façon d'être qui était moi. Et je trouve que c'est s'assumer, je pense, qui était ma juste exception.

  • Speaker #1

    Je dis souvent que quand on ne peut pas ne pas le faire, C'est très important de l'entendre et de le faire, en fait, parce que le coût psychique que ça va advenir, que de quitter cette juste exception va être gigantesque. Donc, à tous ceux qui nous écoutent, surtout basculer. La suite, c'est quoi la suite de tes projets pour 2025, 2026, de ce qui est audible et ce que tu peux raconter, évidemment ?

  • Speaker #0

    Les projets de développement, on va dire, j'avais plutôt parlé de ça, ça va être de reconnecter avec... des nouveaux ponts, des nouveaux partenaires avec qui j'avais aussi initié des choses comme le chef pâtissier François Dobinet, où on avait travaillé sur la texture du métal et du chocolat pour créer en fait une recette ensemble. J'aimerais continuer à faire ces ponts-là parce que je trouve que c'est dans cette hybridation de savoir-faire, de discipline, qu'il en ressort quelque chose de complètement inattendu. Et c'est ça que j'ai envie de valoriser maintenant.

  • Speaker #1

    La surprise.

  • Speaker #0

    Oui, surprise et la recherche. Et aussi, quelque part, me former à quelque chose de nouveau. C'est sortir de sa surface d'expression pour avoir un peu plus de recul sur sa pratique et revenir un peu avec des nouvelles choses.

  • Speaker #1

    Tu vas te rajouter un petit slash. Tu es un slasher qui s'ignore en fait.

  • Speaker #0

    Et voilà, après, il y a aussi cette volonté de transmettre et de réavoir un apprenti avec moi parce que j'ai trouvé que c'était très enrichissant.

  • Speaker #1

    Oui, cette année, tu avais un apprenti pendant un an.

  • Speaker #0

    Voilà, qui s'appelle Virgile Brugnot. Et ça a été très riche parce que, aussi, quelque part, c'est une mise à jour pour nous et pour l'apprenti. de se confronter à différentes manières de penser et de générations. Donc c'est très riche et j'ai vraiment eu plaisir à partager ce moment avec Vergil. Donc j'aimerais retrouver aussi quelqu'un dans cet esprit-là d'échange et d'acceptation de transmission.

  • Speaker #1

    Donc appel à la candidature, grosso modo, tu vas t'en retrouver avec 50 CV par jour.

  • Speaker #0

    Alors, j'en ai déjà beaucoup. Franchement, j'ai peut-être 200 demandes par an. Et ça, c'est un problème aussi. Parce que je pense qu'aussi, je n'ai pas le temps d'accueillir, évidemment, 200... Enfin, c'est cumulé avec les stages. Mais j'aimerais avoir le temps.

  • Speaker #1

    Tu as des réflexions autour de ça ou un espace qui le permettrait ? Voilà. Tu vas former d'ailleurs. Il y a des projets qui se mettent en route. transmettre ton savoir fait partie aussi de c'est la force du quadra sans doute, tu y arrives lentiment c'est qu'à un moment donné on transmet d'ailleurs j'en parle j'ai la chance de pouvoir recevoir pas mal de de contenu et de savoir faire de ta part c'est un vrai plaisir et d'ailleurs ça fait partie de ma dernière question dans cette idée de transmettre on a passé deux jours ensemble tu as ponctuellement des personnes qui viennent par des portes d'entrée différentes Merci. Qu'est-ce que ça t'apporte à toi ? Alors on peut imaginer ce que ça apporte à l'autre. Moi je suis remplie, j'ai des semaines et des semaines pour digérer tout ça, pour pratiquer, pour réfléchir. J'ai mille trucs qui se passent dans mon cerveau. D'ailleurs c'est marrant parce que je prenais le métro et puis j'étais branchée motifs. Je voyais les rails, je voyais des motifs partout. J'ai envahi des motifs maintenant. Qu'est-ce que toi ça t'apporte ? En quoi est-ce que c'est une respiration ou plutôt un stress ? Parce que pendant deux jours tu ne produis pas en fait.

  • Speaker #0

    Justement, moi, déjà, je prends peut-être cinq ou six temps dans l'année pour arrêter et recevoir quelqu'un comme toi. En fait, je pense que ça passe beaucoup par un feeling. Déjà, je n'ai pas envie d'avoir quelqu'un avec moi, avec qui je n'ai pas envie de déjeuner.

  • Speaker #1

    Pour ça, il faut écouter le podcast avec Aurore de Hoche, le numéro 1 de la saison 2.

  • Speaker #0

    Il y a vraiment une rencontre et je trouve que c'est cette rencontre aussi qui... Moi, je pars toujours du principe que quelqu'un qui n'est pas du métier est aussi talentueux que quelqu'un qui a un bagage. technique dans le bijou, mais je favorise quand même plus les personnes qui ont...

  • Speaker #1

    qui débutent. Les ovnis quoi, un peu comme moi, qui n'ont pas du tout de parcours de joaillerie et puis qui pourtant ont la pétance.

  • Speaker #0

    Oui parce que en fait vous n'avez pas du tout les mêmes codes et la façon d'aborder la création et je trouve ça génial et enrichissant et avec du recul moi je me régale en fait en voyant chercher prendre les outils, les tenir. Et voilà, je trouve que c'est très intéressant pour moi. Et en même temps, moi, ça me permet de en fait, de prendre un temps pour expliquer ma façon de travailler. Chose que je ne décortique jamais. Oui,

  • Speaker #1

    c'est ça. C'est un effort d'observation et puis de transcription. Et c'est très important parce que tout ce savoir-faire que tu as, si tu ne prends pas le temps de regarder quelle est sa valeur, il risquerait d'être aux oubliettes, ce serait fort dommage.

  • Speaker #0

    Et je reviens aussi à une chose qui est très bénéfique, c'est que je m'efforce, lorsque j'ai un élève avec moi, de mettre tout de côté. Donc téléphone, mail, d'être là. Et c'est pour ça aussi, je ne prends pas plus de deux personnes en même temps. Parce que sinon, après, j'arrive pas déjà à être focus. Et voilà, qu'il n'y ait pas vraiment d'énergie qui vienne troubler, parasiter, en fait, ce moment-là. Pour moi, c'est une parenthèse.

  • Speaker #1

    Je suis tout à fait d'accord avec toi et je rebondis sur le fait que souvent, on m'appelle en me disant « Vous pouvez pas venir donner une initiation, notamment sur le kintsugi ? » Je dis mais en fait, d'abord, non. On peut pas être 15 pour faire du kintsugi, c'est un axe. méditatif, c'est un acte hyper introspectif. Donc en fait, c'est deux maximums. Et oui, c'est lent et oui, on ne fait pas ça vite en une matinée. Et donc, il y a un peu cette idée là, on prend le temps de se rencontrer. Et aujourd'hui, à l'ère des réseaux sociaux, c'est un peu la quadra qui parle de nouveau, mais ça se perd un peu ce moment de rencontre, ce moment de partage, ce moment de lenteur. Et je crois que c'est important de le réhabiliter autour notamment de l'action de créer. Donc, tu fais ça très, très bien. C'est un plaisir de venir. D'ailleurs, je reviendrai, sache-le, malheureusement, je reviendrai. Je vais m'accrocher à ton mollet. Et même rencontrer ta fratrie, c'est vraiment un plaisir parce que chacun a son univers, chacun a sa sensibilité. Et donc, le clan Maslow est un village, en fait. Super, en tout cas, c'était un plaisir de t'avoir au micro de La Juste Exception. Merci d'avoir accepté. Est-ce que tu veux terminer ce podcast avec quelque chose ? que tu as envie de déposer ?

  • Speaker #0

    Non, j'aimerais sincèrement te remercier pour cette prise de parole et aussi cette initiation à valoriser des voix et à faire partager cette juste exception qui pour moi est hyper importante à partager pour sensibiliser des gens qui n'oseraient pas se lancer, qui n'oseraient pas se confronter à l'entrepas. à l'entrepreneuriat ou simplement découvrir des personnes et les contacter pour juste des questions et avoir l'audace de se lancer ouais l'audace on en parlera je vais faire un podcast entier sur l'audace d'ailleurs si vous voulez regarder il y a un

  • Speaker #1

    petit workshop sur le thème de l'audace sur Youtube, vous tapez workshop et puis vous tombez dessus Voilà, merci Karl, en tout cas, pour cette générosité, ce partage et cette humanité. Nous en avons besoin dans le monde dans lequel nous vivons. Je vous souhaite une excellente journée, matinée, soirée, là où vous êtes. Et je vous dis à tout bientôt pour la troisième saison qui traitera de l'hypnose et du soin aujourd'hui dans nos sociétés. À bientôt ! Suis-nous, inspire-toi et surtout, autorise-toi ta propre nuance.

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