Speaker #0Cette petite histoire nous emmène en Angleterre, direction l'Angleterre de 1832 avec la naissance de l'auteur Lewis Carroll, ou plutôt, devrais-je dire, Charles Dodgson, qui est le véritable nom de Lewis Carroll. Les années filent, on ne va pas perdre de temps, et on retrouve donc notre Charles, 24 ans plus tard, à Oxford. Oui, Charles Dodgson travaille en tant que professeur de logique à la grande université du Christchurch College, et j'en vois qui se demandent Mais c'est quoi un professeur de logique au fait ? Alors pour celles et ceux qui ne le savent pas, un professeur de logique enseigne les mathématiques. Une grande partie des cours est également orientée sur des débats philosophiques. Charles est donc un amateur de philosophie ainsi qu'un amateur de mathématiques. Et en plus de tout ça, Charles il s'adonne à la photo. Bref, le gars a plein de passion. Et peut-être d'ailleurs qu'il a autant de passion pour oublier qu'il y a un truc qui le dérange notre Charles. Bah oui, c'est qu'il est bègue. Il bégait et ça, ça l'handicappe pas mal dans la vie de tous les jours. Alors, avoir autant de passion, c'est peut-être une manière pour lui de s'évader, oublier un petit peu ce caillou qu'il a dans la chaussure. Et Charles, c'est quelqu'un qui ne perd pas de temps, puisqu'il a aussi à son actif des ouvrages qu'il a écrits, notamment un ouvrage d'algèbre et de logique mathématique qu'il a donc lui-même rédigé, ainsi que des recueils d'énigmes et de jeux verbaux. Tout ça a été rédigé sous son véritable nom de Charles Dodgson. Les Whiskaroles n'existent pas encore. Charles est donc un homme très pragmatique, vous l'aurez compris. La logique et les énigmes, c'est son truc. Ça fait partie de son univers intérieur. Un univers riche parce que Charles, il semble souvent perché, comme on dit. Il est dans sa tête. On dirait que ça va à 10 000 à l'heure dans sa tête. Un jour, Charles revient de séjour à Londres. Et il est content de rentrer enfin à la maison parce qu'il va pouvoir s'adonner à l'une de ses passions, la photographie. Et ce jour-là, il est particulièrement heureux parce qu'il va enfin utiliser son nouvel appareil photo, un magnifique appareil photo. Arrivé chez lui, il prend donc cet appareil photo et il se rend illico presto dans le jardin du doyen de l'école, un certain Henry Liddell. Alors depuis ce jardin de Henry Liddell, c'est sûr, il aura une superbe vue sur la cathédrale de la ville. Une cathédrale qu'il a envie de prendre sous toutes les coutures et ça fait longtemps qu'il a cette envie. Ce jour-là, il fait plutôt bon. Les oiseaux chantent, les rayons du soleil éclairent l'imposante bâtisse. Et Charles, lui, il installe son matos. Il se prépare. Charles, ce jour-là, il est plutôt heureux. Il se sent d'une humeur légère. Et il commence à prendre ses photos. Un cliché, deux clichés, trois clichés, ça crépite, ça flash. Il est tellement captivé, notre Charles, par ces prises de vue, qu'il ne voit pas du tout les trois jeunes demoiselles qui se sont arrêtées non loin de lui, qui sont là dans ce jardin et qui l'observent. Elles sont intriguées, intriguées par ce comportement qui semble quand même étrange. Cette individu dans leur jardin qui est en train de prendre des photos sans arrêter. Après donc avoir pris moult clichés, Charles se retourne et ce n'est qu'à ce moment-là qu'il voit enfin les trois demoiselles qui l'observent. Ou plutôt, il voit d'abord une fille, puis ensuite il voit les deux autres sœurs. Celle qu'il voit en premier, c'est donc, vous l'aurez deviné, Alice. La petite Alice. Alice Liddle. Et à côté, ce sont donc ses deux autres sœurs. toutes les trois fixes du regard de notre photographe. Et lui aussi, il observe les trois demoiselles. Charles observe attentivement Alice. Alice qu'il trouve très expressive pour son jeune âge. Il est complètement captivé par le regard d'Alice. Il ne peut pas détacher son regard de celui de cette jeune fille. Et après quelques secondes de silence absolu, il finit quand même par reprendre un petit peu conscience et il se présente enfin aux trois demoiselles. Les filles qui n'attendaient... que ça pour commencer à déverser leur flot incessant de questions. Et des questions, elles en ont plein. Des questions autour de cette passion pour la photo. C'est vrai qu'à cette époque-là, il n'est pas commun de voir un appareil photo. Et puis, il y a aussi autre chose qui semble surprendre les trois filles. Pourquoi diable cet homme-là est passionné par cette cathédrale ? Cette cathédrale-là, elle, les trois filles, elle la voit tous les jours. Alors bon Elles ne comprennent pas trop l'intérêt que Charles peut avoir pour ce monument. Charles et les trois filles du doyen commencent ainsi à échanger. On échange autour de cette passion pour la photo, évidemment. Et Charles, voyant que les filles sont intéressées par son art, leur propose de les prendre en photo. Ce que les trois filles, évidemment, acceptent volontiers très rapidement. Une première rencontre pour le moins surprenante, donc. Fin de la séance photo et on se dit que peut-être on se reverra un jour. Et quelques jours plus tard, Charles fait développer les clichés des demoiselles et il s'empresse de les transmettre à la famille Lidl. La famille se réunit donc pour découvrir ces photos et tout le monde est impressionné. Sur ces photos, les jeunes filles sont magnifiques. L'expression de leur visage, la luminosité, les couleurs, absolument tous les éléments révèlent les filles sous un regard féerique. Henry Liddell, le papa des trois demoiselles, est emballé. Et c'est ainsi qu'une amitié démarre. Une amitié qui va naître assez naturellement entre les deux universitaires, Henry Liddell et Charles Dodson. Les mois passent et à chaque mois qui passe, Charles devient de plus en plus doué dans l'art de la photographie, si bien qu'il devient au bout de quelques temps un photographe relativement réputé. C'est simple, Charles, il prend tout en photo. Il prend la nature, les animaux, les monuments. Il photographie également des peintres, des écrivains, des scientifiques. Mais son sujet favori reste les petites filles de la famille Lidl. À ce moment-là de sa vie, Charles semble heureux, comblé, dit-on même. Et Charles continue de passer donc beaucoup de temps libre à photographier tout ce qu'il veut photographier. Et puis, à rendre visite aux filles du doyen, il continue... également a donné ses cours à l'université. Bref, son quotidien est un joyeux mélange entre photos et cours, entre instants solitaires et partages avec cette famille Lidl. Tous ensemble, ils passent de beaux après-midi à faire des séances photo improvisées dans des parcs, dans des jardins, dans la nature. Ils font des promenades en barque, dans le domaine des Lidl notamment, qui est un grand domaine. Il y a des repas chaleureux qui s'organisent le week-end. Et Charles, lui... Il aime bien ça, il aime bien retrouver l'ambiance qu'il a connue dans son enfance, lui qui est issu d'une famille nombreuse, une famille plutôt bienveillante, aimante. Et donc il retrouve enfin avec les Lidl cet esprit famille qui lui manque. Le temps passe et les demoiselles grandissent. Et Charles, lui, est de plus en plus proche de la plus jeune d'entre elles. Celle qu'il a vue en premier, souvenez-vous, la petite Alice. Alice est une petite fille espiègle, elle a un sacré tempérament. Ce qui tranche totalement avec la personnalité de Charles, qui lui est beaucoup plus réservé, plus timide, plus introverti finalement. En plus de son côté espiègle, Alice est également une petite fille curieuse. Elle est pleine de vie, elle est d'ailleurs beaucoup moins conventionnelle que ses deux autres grandes sœurs, qui sont plus sérieuses, plus classiques. Le duo qui s'est formé, Alice-Charles, semble être un duo complice, un duo décalé. En tout cas, on dirait que c'est un duo qui fonctionne bien. Trop bien. À ce moment-là, Alice, elle a 10 ans. Nous sommes en été et les trois jeunes sœurs sont avec Charles. Et ce jour-là, on a décidé d'aller faire une balade en barque. On est sur le lac. Même si l'activité du lac est sympa, ce jour-là, Alice, elle s'ennuie un peu. En tout cas, c'est ce qu'elle dit. Alors, elle insiste auprès de Charles pour qu'il leur raconte une histoire, à elle et à ses deux sœurs. Et lui, Charles, il a envie de faire plaisir. Et comme il est habitué à créer et à écrire depuis son plus jeune âge, il accepte le défi et il commence à raconter de manière naturelle l'histoire inventée d'une petite fille dénommée... Alice. Et il commence à improviser, à raconter cette histoire, une histoire inventée sur le moment, rien que pour les trois jeunes filles. C'est du sur-mesure. Et ça marche. Les trois jeunes filles sont subjuguées par les différentes péripéties de l'héroïne. Par le fameux pays des merveilles qui, ça y est, est inventé. Par le lapin en costume. Le lapin qui a une montre et qui est toujours en retard. par ses rencontres étranges et loufoques dans une forêt avec des animaux et avec des plantes qui parlent. C'est un récit à la fois comique, à la fois fantasque, et même un peu lugubre parfois avec cette reine de cœur qui ne pense qu'à couper la tête de ses sujets. Petit à petit, l'histoire se déroule et elle prend forme. Elle semble ne jamais avoir de fin d'ailleurs cette histoire, et qui voudrait qu'elle en ait une ? Et donc on se retrouve très régulièrement... Chez les Lidl pour la suite des aventures de cette petite Alice imaginée par Charles. Et à voir le succès que cette histoire a sur les filles, Charles se dit bien qu'il a peut-être de l'or dans les mains. Alors il décide d'aller voir des éditeurs. Et après l'aval des parents des fillettes, quelques retouches et la création de croquis, le roman est enfin pris par un éditeur. Et le roman sort quelques temps plus tard. Et c'est un véritable carton. Un roman qui est décalé, déjanté, complètement fou et qui plaît, qui plaît aux plus jeunes. C'est tout ce qui est à l'opposé en fait d'une société de l'époque assez orientée sur la rigidité et la bienséance. Là c'est un roman dont le genre littéraire est unique pour l'époque. Récit interprété comme si c'était un rêve, avec des échanges entre les personnages qui n'ont ni queue ni tête. Pour l'époque c'est quasiment du jamais vu. Et je vous l'ai dit tout à l'heure, Charles est un petit peu bègue. Et comme... Toubeg qui se respecte, il a du mal avec certains mots, donc parfois il lui arrive d'avoir tellement d'idées en tête qu'au moment de les exprimer, il rassemble deux mots pour n'en former qu'un. Et bien dans le roman, on retrouve cette particularité de Charles, puisqu'il propose carrément de rassembler deux mots dont le sens est opposé. Pourtant Charles, vous l'avez noté, il est professeur de logique en mathématiques, mais qu'importe, on peut lire des passages comme « flivoreux » . Cela signifie à la fois frivole et malheureux. Et ça, ça ne gêne personne. Un roman qui dénote et les enfants adorent. Et les adultes, eux, ils ne comprennent pas toujours la raison de ce succès. Alors, il y en a beaucoup qui essayent de l'analyser, ce succès. De nombreux psychologues ont d'ailleurs tenté d'analyser cette œuvre mystérieuse basée sur l'histoire de cette petite fille prénommée Alice, qui suit avec le mans ce lapin blanc, qui plonge dans un trou pour se retrouver dans un univers totalement atypique. Bref, on a tenté d'analyser tout ça. En plus, ce personnage loufoque d'Alice, il grandit, puis il rapetisse à coups de boissons magiques, de gâteaux enchantés. Et d'ailleurs, il n'y a pas que l'histoire du roman qui a été analysée. Beaucoup se sont aussi penchés sur cette amitié qu'entretient l'auteur avec les trois jeunes filles. Il y a pas mal de questions aussi autour des énormes symboles spirituels qui se trouvent dans le roman. Et puis, il y a un truc qui taraude beaucoup de gens. Pourquoi ce malaise ressenti par beaucoup ? après avoir lu le livre. Alors toutes ces questions, pas mal de monde va se les poser. Et d'ailleurs, à la suite du succès énorme du roman, Charles et la famille Lidl sont assaillis de questions. Des questions qui viennent de toutes parts. Les journaux de l'époque, mais aussi les enfants qui lisent ce bouquin, ont plein de questions. Et d'ailleurs, les lecteurs, les petits lecteurs, envoient des courriers pour savoir qui est Alice. Est-ce qu'elle existe ? Est-ce que le pays des merveilles existe ? ça n'arrête pas. Charles n'imaginait pas une seule seconde que son histoire prendrait une telle ampleur. Alors malgré ce stress post-sortie du livre, Charles continue à écrire. Et il donne même une suite aux aventures de son héroïne. Un second tome qui sort quelques années après le premier et qui va s'appeler Alice de l'autre côté du miroir. Et d'ailleurs, il y a un élément très intéressant à la fin de ce roman Alice de l'autre côté du miroir. On peut lire un poème qui vient conclure cette histoire. Un poème avec des vers dans lesquels on voit clairement une figure de style apparaître. Une figure de style que l'on appelle dans le jargon littéraire un acrostiche. Alors pour ceux qui ne se souviendraient pas des cours de français du collège, c'est mon cas, un acrostiche c'est quand on prend la lettre de chaque début de vers et qu'on lit ensuite de haut en bas ou de bas en haut et qu'on découvre une phrase plus ou moins cachée. Et bien dans ce poème, accrochez-vous bien, Lewis Carroll laisse apparaître, avec l'acrostiche, roulement de tambour, qu'est-ce qu'il laisse apparaître ? Il laisse apparaître ceci. Alice Pleasance Lidl. C'est le véritable nom de la petite Alice. C'est en quelque sorte, sans doute, une manière de lui rendre hommage à cette petite Alice. Ouais, sauf que les années passent et l'amitié entre la famille Lidl et Lévis-Carole se fissure. Quelque chose s'est sans doute passé, mais quoi ? En tout cas, Charles ne voit plus la famille Lidl. Et vous vous en doutez, les spéculations vont bon train. Tout le monde se demande pourquoi. Alors que le succès est au rendez-vous, pourquoi Charles Dodgson, alias Lévis Carole, n'a plus de relation avec les filles de la famille Lidl ? Et même, pourquoi n'a-t-il plus de relation avec Monsieur et Madame Lidl, desquels il était très proche ? Ah ben, il n'y a pas de réponse. Ça va rester un mystère. Évidemment, certains ont tout imaginé, même le pire. Et puis, il y a autre chose qui est bizarre également dans tout ça, c'est que Charles, alias Lévis Carole, ainsi que la famille Lidl... Ils ont toujours démenti qu'Alice Liddle était l'héroïne de l'histoire. Et puis, il y a quand même autre chose qui est bizarre. Quand on a demandé à Lévis Carole, Charles Dodson, si la petite Alice, c'était celle qui avait inspiré Alice au Pays des Merveilles, il a toujours dit que non. Et pareil, quand on a demandé à la famille Liddle, s'ils pensaient que c'était leur fille, la petite Alice, qui était finalement la... La muse de Charles Dodgson, dont il se serait inspiré pour le personnage d'Alice au Pays des Merveilles, eux aussi, la famille Lidl a répondu « Non, il n'en est rien » . Ils ont toujours démenti que Alice Lidl était l'héroïne de l'histoire. Quoi qu'il en soit, je vous le redis, Charles Dodgson, alias Lévis Carole et Alice Lidl ne se sont jamais revus. Voilà pour cette petite histoire, une petite histoire consacrée à Lévis Carole, alias Charles Dodson, ainsi qu'à la petite Alice Liddle. Et vous, est-ce que vous avez déjà lu Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles ? Je vous attends sur Twitter, Instagram et Facebook. Si cet épisode vous a plu, la seule chose qu'on vous demande, c'est de liker, partager, commenter sur les réseaux sociaux et les plateformes de podcast. Et puis donnez-nous des petites notes sur Apple Podcasts, iTunes et Spotify. Ça nous permet d'avancer dans les classements des podcasts, ça nous permet d'être plus visibles, d'être plus écoutés. Donc... 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