Speaker #0Derrière le surnom de la mort blanche, Il y a un homme. Cet homme-là, c'est Simo Aya. Simo naît le 17 décembre 1905 à Rodjarvi, un petit village finlandais de Kareli du Sud. C'est une région frontalière avec l'Union soviétique, ou plus exactement avec la Russie impériale à cette époque. Simo, lui, il grandit dans une famille de paysans, et il est le septième enfant d'une fratrie de huit. La famille Aya est très modeste. L'enfance de Simo, elle est plutôt rude. Le climat impose bien sûr à chacun de travailler à la ferme pour survivre aux longs hivers finlandais. Alors dès son enfance, Simon va développer un véritable amour pour la forêt, la nature. Il y passe beaucoup de temps, avec son père notamment. Son père, lui, c'est un agriculteur accompli. C'est aussi un très bon chasseur. Il transmet naturellement à son fils tout ce qu'il sait sur la traque des proies et le tire. La chasse n'est pas seulement un loisir pour lui. Elle est vitale. Vital ? pour survivre en hiver dans cet écosystème. Simon apprend plusieurs choses. Il apprend à se déplacer sur la neige sans faire de bruit. Il apprend à lire et à comprendre les traces laissées par les animaux. Il apprend à anticiper les mouvements de ses proies. Et surtout, surtout, il apprend à tirer avec une précision chirurgicale. Simon travaille dur. Notamment, il travaille dur pour le tir. Il s'entraîne pendant des heures pour peaufiner sa précision avec son arme. Un mot zinagant. Une arme russe. Contrairement à d'autres chasseurs, Simo n'utilise pas de lunettes de visée. Non, il craint que les rayons du soleil ne révèlent sa position. Alors il s'entraîne uniquement avec les éléments en fer qui sont présents au bout du canon. À l'ancienne ! Les années passent. Nous sommes en 1925. Simo, à présent, il a 20 ans. et il part faire son service militaire obligatoire. Il est basé pour ce service à Raïvola, au sein de l'infanterie cycliste. Cette année lui permet d'acquérir les fondamentaux de la discipline et de la tactique militaire. Là-bas, il épate évidemment ses camarades et ses supérieurs avec ses tirs. Il remporte notamment de nombreuses compétitions de tir et il obtient même le grade de caporal pendant son service. Une fois ce service terminé, On pourrait penser qu'il va rejoindre l'armée, mais non. Il décide de retourner à la vie civile. Et il s'installe à Metidila, un village proche de la frontière avec la Russie. Là-bas, il devient fermier, comme son père. Il mène une vie tranquille entre le travail à la ferme et la chasse pour le loisir. Mais quelque chose semble l'inquiéter. Ce n'est ni l'hiver, ni le froid, ni le manque d'argent. Ce qui inquiète de nombreux Finlandais... c'est ce qu'il se passe de l'autre côté de la frontière. Ouais, là-bas, de l'autre côté, la tension devient de plus en plus palpable. Staline est vraisemblablement en train de lorgner sur la Finlande. Alors dans ce climat tendu, Simo décide d'intégrer une organisation paramilitaire pour défendre son pays. Dans cette organisation, il se fait très vite connaître pour ses capacités de tireur d'élite, lors des exercices, mais aussi lors des compétitions amicales. Il développe également sa future marque de fabrique, la patience, mais aussi l'économie de mouvement et la capacité à rester immobile dans la neige. Et dans le froid, pendant des heures. Novembre 1939. Staline vient d'ordonner l'invasion de la Finlande. L'armée rouge franchit donc la frontière et la guerre d'hiver débute. Sur le papier, la Finlande n'a strictement aucune chance. Un peu plus de 300 000 hommes et quelques avions face à près de 1 million de soldats soviétiques. Des centaines de chars et d'avions. Simo, lui, il est mobilisé au 6e régiment d'infanterie de la division de Kareli, commandé par le major Jutilein. Son unité est déployée dans un secteur stratégique, là où les soviétiques concentrent leurs efforts pour capturer la ville de Vipuri. Alors les conditions cet hiver-là, il faut avouer qu'elles sont terribles. 39-40 est l'un des plus durs jamais enregistrés. Les températures descendent jusqu'à moins 40 degrés. Pour les Russes, c'est encore plus compliqué. Parce que les Finlandais, eux, ils sont équipés de skis et de tenues blanches. Ils ont l'habitude, ils connaissent la région par cœur. Mais les Russes, c'est pas tout à fait la même chose, bien qu'il fasse froid chez eux. Simon, il a bien sa technique à lui. Chaque matin à l'aube, il prend son fusil. Un Mosin-Nagant, comme je vous le disais, qui a été modifié. Et amélioré, mais qui est toujours sans lunettes de visée. Il y tient. Alors Simo, il s'allonge dans un trou qu'il a creusé dans la neige. Il dissimule ce trou avec des branches. Il tasse la neige devant lui pour éviter que la poudreuse ne s'élève au moment du tir et ne dévoile sa position. Et très vite, les soviétiques découvrent qu'un secteur de la ligne est devenu un véritable coupe-gorge. Des dizaines d'officiers tombent là où notre Simo est caché. ils sont tuer d'une seule balle, en pleine tête ou en plein cœur. Et tout ça est effectué par Simo. Alors, personne ne sait d'où proviennent ces tirs. Dans les rangs soviétiques, une rumeur commence à circuler. Un fantôme invisible rôde. On l'appelle « Belaya Smert » , c'est-à-dire la mort blanche. Pendant 100 jours, Simo va enchaîner les tirs de précision. Ses supérieurs vont noter 505 victimes confirmées. À cela vont s'ajouter presque 200 autres aux pistolets mitrailleurs. Tout ça va durer jusqu'au 6 mars 1940. Ce jour-là, alors que la guerre entre la Finlande et l'URSS est sur le point de se terminer, Simon, lui, il est encore au front. Une patrouille soviétique parvient à le débusquer, probablement aidée par une top. Une balle explosive va venir lui arracher une partie du visage. Les soldats le croient mort, alors ils continuent leur route. Pourtant, contre toute attente, eh bien, Simo s'en est sorti. Il est vivant. Très amoché, oui, mais vivant. Pour lui, la guerre est finie. Pour la Finlande aussi, d'ailleurs. Alors, pour sa bravoure, Simo va être promu au grade de sous-lieutenant. Il va devenir instructeur pour l'armée lors de la seconde invasion russe. Puis, il retournera définitivement à la vie civile, à ses premières amours. L'agriculture, Et la chasse. Simo gardera des séquelles à vie, au niveau du visage. Et il va s'éteindre paisiblement le 1er avril 2002, à l'âge de 96 ans. Ses records ont fait de lui le meilleur tireur d'élite de l'histoire moderne. Il y a de nombreux hommages qui lui ont été rendus dans la culture populaire, en musique, en bande dessinée, dans les jeux vidéo comme Call of Duty, The Division 2 ou Borderlands 2. Dans ces trois jeux, on trouve quoi qu'il en soit des fusils, appelés White Death, la mort blanche. On parle également de lui dans des romans. Bref, on trouve la trace de la mort blanche un petit peu de partout, sauf, vous en conviendrez...