- Speaker #0
Et si les plantes avaient des histoires à nous raconter ? Et si les forêts parlaient une langue que seuls les amoureux de la nature peuvent comprendre ? Et si nous étions toutes et tous reliés par les végétaux qui nous entourent et qui directement ou indirectement font partie de notre quotidien ? Ce sont des réflexions que l'on voit tous les jours quand tu marches dans la rue et que tu entends finalement les oiseaux chanter dans le parc ou que tu vois un arbre magnifique en fleurs, les flamboyants, ne serait-ce que ça, ou un jacaranda. Je pense que ça résonne, ça nous ramène à une enfance, une histoire, un souvenir. Ce qui est important, c'est que ça nous ramène quelque part, dans un état d'être et un état d'esprit. Et je pense que notre identité culturelle est là. Elle est dans ce végétal qui nous entoure. C'est ce qui symbolise et ce qui vraiment définit tout le projet et tout ce que l'on va créer, la route des plantes, le champ des forêts. On parle toujours du vivre ensemble à la Réunion, mais qu'est-ce que ça veut dire réellement ? Où est-ce que ça trouve sa racine ? Et je pense que dans le végétal et dans ce qu'on aime appeler aujourd'hui le patrimoine immatériel, on peut retrouver ces racines-là et ce qui nous unit réellement. Que ce soit alimentaire,
- Speaker #1
avec le gingembre et le safran.
- Speaker #0
On a bien entendu les recettes de cuisine qu'on partage avec Madagascar, avec l'Inde, les bouillons de brède par exemple. Que ce soit aussi la création que l'on peut faire avec le végétal, avec les feuilles de vacquois. ou les herbes folles pour tresser des paniers, des soubiques, que ce soit le vétiver pour la construction des cases, que ce soit le goyavier. Et donc toutes ces plantes dites utiles, finalement ces plantes qu'on utilise pour différentes raisons, se retrouvent sur les territoires de l'océan Indien. Elles sont parfois utilisées de différentes façons. De Longouze à Madagascar, j'ai un jambe sauvage qui nous embête beaucoup à la Réunion, alors qu'à Madagascar c'est un médicament. Ils n'ont aucun problème avec elle, ils s'en servent au contraire, elle est très précieuse. Pourquoi est-ce que nous on ne l'utilise pas non plus ? Donc, finalement, est-ce que les peuples de l'océan Indien n'auraient pas plus à se partager ces savoir-faire ancestraux, parfois modernisés ? Et alors, pourquoi est-ce que Madagascar et l'île Maurice, ou l'Inde, nous semblent si lointaines ? Pourquoi est-ce que ça nous semble si inaccessible ? Alors qu'en fait, déjà, on vient souvent de là, en tant que créole réunionnais, et surtout qu'on a des choses à s'apporter, et qu'on a toutes et tous la même volonté d'autonomie. Je pense que c'est essentiel d'identifier les acteurs. On va avoir les agriculteurs, les agricultrices, les producteurs, les productrices, toutes les personnes qui partagent les savoirs en lien avec les médecines traditionnelles. Je pense que justement, en mettant en lien ces personnes, ces acteurs du végétal, si on peut les appeler comme ça, ces gardiens du patrimoine immatériel, on va pouvoir conserver, préserver, cultiver et finalement récolter au fur et à mesure pour les prochaines générations, que ça ne se perde pas et que ce soit pérenne. C'est surtout ça qui est important.
- Speaker #2
Par exemple, la fleur jaune qui est ici, c'est une fleur jaune que je viens de cuire tout à l'heure. Ce sont des fleurs jaunes qui n'auraient pas fleuri si on n'avait pas été là. On a nettoyé les zones et après on fait de la cueillette sur ces zones. Ce n'est pas vraiment de la production, c'est-à-dire qu'on ne va pas planter les arbres. Ce sont les arbres qui vont eux-mêmes se planter naturellement ou qui sont déjà présents. On fait des tisanes. des plantes médicinales endémiques. inscrite à la pharmacopée française. On en a aujourd'hui 8 qu'on commercialise, qu'on a en quantité suffisante ici. Et parmi celles-là, on a bien sûr le fleur jaune, mais on va avoir l'ambaville, le changé corse aussi. On a du bois d'olive blanc, on a du café marron.
- Speaker #0
Sur ce projet, ça a relié Mélisande Plantey et les agriculteurs de la crête. Donc en fait, tu avais trois agriculteurs. Tu avais Mélisande qui commençait un projet ensemble pour valoriser les forêts de bois de couleur à la Réunion, pour les préserver et planter des forêts en agroforesterie, c'est-à-dire ne pas vraiment cultiver mais récupérer les plantes en forêt, les replacer à un endroit pour qu'elles aient une meilleure chance de survie et enlever les invasives et tout ça. Moi je me suis greffé au projet en tant qu'artiste. Et en tant qu'aromathérapeute, conférencier, et avec Mélisande, on s'est dit, mais attends, mais ce projet a une ampleur beaucoup plus vaste que prévu, en fait. Alors, on va élargir les champs du possible.
- Speaker #3
Permettez-moi aussi de rappeler un peu l'objectif global du programme agricole durable. L'objectif global, c'est de réduire l'insécurité alimentaire et de la pauvreté de la population rurale de Vouymane, tout en améliorant leur résilience. au changement climatique. C'est ça l'objectif global.
- Speaker #0
La collaboration, l'échange, l'intégration dans le collectif, la route des plantes, le champ des forêts de Madagascar, par exemple, se fait de façon très ciblée, très centralisée. Déjà, on parle de Madagascar, mais c'est un continent. Donc là, on est pour l'instant principalement dans l'est de Madagascar, dans la forêt de Wiman, avec l'ONG, l'Homme et l'Environnement. On est sur une forêt d'à peu près 500 hectares, un parc naturel exceptionnel, avec déjà un site. système fonctionnel existant. C'est-à-dire que, déjà, les jeunes adultes forment les enfants à l'agriculture. De les laisser traîner sans aller à l'école, il y a déjà un système éducatif agricole en place, très fonctionnel, qui marche très bien. Les parents, par exemple, désherbent sur place les terrains. C'est un système qui fonctionne très bien. Donc, du coup, on ne va pas à Madagascar en apportant un savoir. On allait là-bas vraiment de façon très pieuse, j'ai envie de dire, pour essayer de comprendre
- Speaker #4
Alors, moi ce que je veux dire c'est qu'en arrivant encore hier, j'ai ressenti une culture magasine profonde. A chaque fois que je suis arrivé ici, je suis dans une nature exceptionnelle au monde, unique au monde, vous voyez ce que ça fait. Et là je ne veux pas rentrer dans la route des plantes maintenant. La route des plantes pour moi, moi ça fait une onzième année que je fais la route des plantes. Onzième année. Bon, je vais repasser les détails, mais c'est trop dépendant. En fait, c'est la promotion de la culture. C'est pas de l'idée. Promotion de la culture malgache ? On parle français ici. J'aimerais le faire en malgache. Tout le monde comprend le français, je crois. C'est pour ça qu'on le fait en français. J'aimerais le faire en malgache. C'est très important. Parce que quand on dit les envergulaires, là, quand on dit en malgache, c'est plus parlant. Diga diga, c'est plus parlant que Yari. Diga diga, ça veut dire franchir pas à pas. Voilà, merci. Diga diga, c'est faux. Je ne sais pas ce que dire. C'est une idée d'accompagnement quelque part. Là, on comprend mieux.
- Speaker #0
Il y a cette Ausha très scientifique, très botanique quand même, mais très géographique due au terrain. Mais il y a aussi une approche sacrée, une approche ancestrale qui n'a rien à voir. C'est-à-dire qu'à Maurice, il y a quelques années, une trentaine, quarantaine d'années, à Port-Louis, il y avait une loi qui t'obligeait à planter. dans la ville pour conserver des arbres. C'est vrai que quand tu arrives à Maurice, ce qui choque presque, qui surprend, c'est les arbres de taille majeure, mature, c'est des gros pieds de bois en pleine ville.
- Speaker #5
J'ai dû rester au marché et ensuite ce qui m'a profondément élu la première fois, lorsque les gens me remercient, je remercie, j'ai été guéri avec le suprême. Pareil comme on dit, les plantes ne vous guérissent pas totalement, c'est votre alimentation qui vous guérisse. Parce que quelque soit le tisane qu'on vous donne, il y a toujours une discipline alimentaire. Vous ne voyez pas que les plantes vont faire une grave si vous n'avez pas cette discipline alimentaire. dans notre jargon, dans la Lurida, dans le Sida. Et il nous dit que ce qu'on mange,
- Speaker #6
c'est ce qui détermine notre sang. Malé fait bouille des feuilles yapana, pour faire guérir mon maladie. Malé fait bouille des feuilles yapana, pour faire guérir mon maladie. Bien comme elle est malade, mon bout sera pas bon.
- Speaker #0
Ce projet-là, il arrive dans ma vie au moment où j'ai déjà énormément voyagé. J'ai vécu dans plein de pays différents, parlé beaucoup de langues différentes. J'ai vu beaucoup de peuples autour de moi, appris beaucoup de langues et de savoir-faire. Et en fait, je me rends compte que l'expérience de terrain, déjà, est partagée à travers les cinq continents. L'expérience de vie est partagée à travers les cinq continents. Et je n'ai plus envie d'être dans les théories, je n'ai plus envie de terroriser, je n'ai plus envie d'imaginer, j'ai envie de faire, en fait. Et c'est cette expérience de terrain-là que je souhaite transmettre. Et malgré tout ce qu'on peut imaginer, tout ce qu'on peut dire, oui, c'est bien d'écrire, oui, c'est bien la science et les livres d'histoire, mais la transmission orale... est essentiel et on y revient, on n'a pas le choix. La transmission orale est la plus belle et la plus authentique de transmission puisque tu transmets un savoir vécu, une expérience de terrain.
- Speaker #7
Au fait, on a commencé en 2011. Donc, c'est un projet qui a été offert par IOM. Donc, c'est... Au fait, je vais le dire en anglais. C'est International Organization of Migration. Ah, une personne qui était partie en Inde, qui avait mangé dedans, dans les assiettes. Et là, elle se dit, pourquoi pas faire ça ? C'est de là qu'il se tenait l'idée de faire des assiettes en palmier. Et là, ils nous ont donné la formation, ils nous ont donné les machines. Sauf qu'en Inde et chez nous, la qualité de la feuille, elle est totalement différente. Ce n'est pas la même chose. Et là, on est parti marcher dans le bois, à belle ombre, à l'intérieur. Je ne sais pas combien de kilomètres, une heure de marche pour aller découper les feuilles, ramasser, emmener ça, comme ça. Et puis, quand ils sont venus, les feuilles qu'on avait ramassées, ce n'était pas la bonne qualité de feuille. Et même le gars là, les indiens, il dit...
- Speaker #0
Donc dans cet échange de discussion, de partage, de plantation, on a planté ensemble, on s'est rendu compte que les méthodes étaient différentes, et qu'elles étaient tout à fait, mais incroyablement complémentaires en fait. Et que la clé, les ressources, le chemin, la solution, étaient vraiment dans ces liens humains en fait. finalement, on ne peut pas dissocier. Et plus le temps passe et plus je grandis, plus je m'en rends compte. C'est impossible de dissocier la médecine, les plantes traditionnelles, les savoirs ancestraux, la musique traditionnelle, les repas, les constructions de l'identité du peuple, en fait. C'est impossible. Tout ça fait partie de nous et on met tout ça dans un même sac, finalement, qui est l'identité culturelle d'un peuple et ce qu'ils appellent aujourd'hui le patrimoine immatériel qui se transmet de génération en génération.
- Speaker #8
et n'a peut-être plusieurs courants de pensée, mais il y en a un que moi, je défends farouchement, c'est le nom vernaculaire de notre bonne plante, la Réunion. Parce qu'un nom vernaculaire, c'est un nom qui appartient à une cité géographique humaine donnée. Donc ce sont les gens qui habitaient là, la plante est côté Zot. Zad la baptisait, Zad la donnait un nom. Et dans le nom vénaculaire Ange Vénéral, nos grands-monde-longtemps, nos aïeux, l'a inscrit un message. Voilà pourquoi il tient à ce que ce nom vénaculaire il reste vivant, parce que lui raconte à nous la relation des pieds de bois et de la population.
- Speaker #0
Pourquoi est-ce que Maurice, Madagascar, La Réunion, évidemment plus tard Seychelles, Rodrigues, Mayotte, les Comores et le Kerala, le sud de l'Inde,
- Speaker #6
pourquoi est-ce qu'on partage autant de similarités, autant de points communs dans l'alimentation, dans la culture, dans la langue, dans le visage ?
- Speaker #0
Je pense que la première chose à faire, c'est absolument de mettre en commun, de se rencontrer, de faire des meetings, de se voir, de partager un repas, de discuter, d'échanger sur les difficultés rencontrées. mettre ensemble les savoirs et de les rendre surtout accessibles à toute la population. Toute la population. C'est tellement important.