- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouveau podcast créé en collaboration avec l'agence Digitrail.run intitulée la Skyline 2. Nous allons retracer le parcours d'un acteur du trail dans sa professionnalisation à travers ses hauts et ses bas. Pour ce premier épisode, c'est avec plaisir que nous allons découvrir la Skyline de Florence Morisseau. Bonjour Florence ! Bonjour ! Je suis ravie de t'accueillir dans le premier épisode de la Skyline. Aujourd'hui, nous sommes donc sur la Skyline de Florence Morisseau. Florence, tu es une athlète ultra-traileuse avec un très beau palmarès. Tu es également kiné spécialisée dans le sport, membre de la clinique du coureur et diplômée de la méthode McKenzie. Si tu reviens sur ton parcours de vie, peux-tu nous partager tes réussites et peut-être aussi tes difficultés qui t'ont permis d'en être là aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ah ouais alors je suis un peu vieille donc on va pas faire tout le parcours mais je vais essayer d'être un petit peu synthétique. Les choses qui m'ont propulsée j'allais dire dans le bon sens du terme, dans le sens qui m'ont permis d'acquérir des aptitudes et qui m'ont permis de me réaliser et de m'ouvrir certaines portes. un ultra à part entière et je pense que ma bonne connaissance de l'ultra endurance m'a permis de très bien gérer cette période là parce qu'en tant que femme et maman de deux enfants, partir à l'étranger, laisser tout le monde sur place pleurer... Non il n'y a pas de soucis en fait je suis d'abord partie à Londres 9 mois parce qu'à l'époque je ne parlais pas du tout anglais il fallait avoir un niveau il fallait valider un certain score au TOEFL donc je suis partie à Londres 9 mois C'est un peu là où j'ai pleuré des fois et des fois dans le métro en me disant ce que je faisais là, en me demandant ce que je faisais là. Et puis finalement cette connaissance de la patience, de l'engagement, du pourquoi je suis là aussi, a fait que j'ai traversé ça plutôt sereinement et plutôt très bien accompagnée aussi et soutenue familialement parlant. Et c'est vrai que l'obtention de ce diplôme alors que finalement j'étais la deuxième en France à l'avoir, j'étais bien évidemment la première femme. ça a été vraiment une belle réalisation et une belle prise de conscience que je pouvais avoir confiance en moi et que je pouvais accomplir des choses intéressantes donc ça c'est vraiment professionnellement parlant et puis après ça m'a ouvert plein de portes parce que de façon quasiment concomitante une fois que j'ai eu mon diplôme j'ai rencontré la clinique du coureur il y avait des verticales communes autour de la science autour de la capacité à lire l'anglais autour... de l'evidence-based practice, etc. Et puis peut-être que mon meilleur souvenir en tant qu'athlète, alors c'est vrai que j'ai eu la chance d'arriver dans le monde du trail à l'époque où c'était encore un peu confidentiel, donc chez les filles il n'y avait pas une grosse densité, le niveau est bien supérieur aujourd'hui, mais en tant qu'athlète je pense que la course qui m'a le plus marquée c'est une course que j'avais faite en 2020 au Brésil, qui ça ne qui s'appelle l'Ultra Brazil Race. Et en fait, je l'avais faite parce que mon projet, c'était de faire la Badwater. Et il faut avoir validé certaines courses pour faire la Badwater. Et l'Ultra Brazil Race en était une. En fait, si on l'a finie en moins de 36 heures, je crois que c'était les délais, ou 40 heures, je ne sais plus. Ou si on la gagne, on a forcément un dossard pour la Badwater. Et c'est une course où il n'y a pas d'assistance. Donc, il faut organiser son staff. il faut embaucher des pays sœurs. En fait, ce que j'ai adoré c'est que c'était une course d'équipe en fait. C'était moi qui coursais, il y avait un collectif autour de moi et mon mari a été le chef d'orchestre de ce collectif-là, qui était incroyable et j'ai gagné cette course et c'était vraiment au-delà, je ne dirais pas une grosse densité là encore une fois, donc la victoire en tant que telle est juste symbolique mais le chemin…
- Speaker #0
et je pense la densité parce que toi, tu y es allée, tu t'es inscrite et d'autres ne l'ont pas fait. Donc finalement, quelque chose qui montre une force et une confiance que tu as déjà et c'est super. Vraiment.
- Speaker #1
Oui, oui, clairement. Et vraiment, ce côté partage collectif au service d'une performance individuelle, j'ai trouvé ça super chouette. Après, le Covid est arrivé et puis le projet Badwater s'est éloigné mais c'est vraiment un souvenir fort et donc, Dans un chemin qui s'appelle le Camino d'Afé. Et j'ai vraiment eu le sentiment que c'était un chemin qui portait aussi beaucoup.
- Speaker #0
Tu arrives à puiser beaucoup de force et d'énergie auprès de tes proches, auprès des projets qui te tiennent à cœur. C'est ton moteur.
- Speaker #1
En fait, ce qui est assez surprenant, et tu vois, j'en fais encore l'expérience parce qu'il y a trois jours, j'ai pris une décision où finalement c'est une décision très individuelle mais où il n'y a pas de sujet ou si j'ai envie de le faire, tout le monde est derrière moi. J'ai envoyé le programme de l'aventure dans laquelle je me lançais. Mon fils me dit « Waouh, c'est super ! » Mon mari me dit « Bah, t'es inscrite ! » Tu vois, il y a une forme d'évidence que si ça me botte, on y va quoi.
- Speaker #0
C'est génial. Donc,
- Speaker #1
je crois que je suis quand même un peu privilégiée là-dessus.
- Speaker #0
Oui. Dis-moi, on a échangé lors de notre rencontre au Trail Summit sur la place de la femme dans le monde du sport, de la femme en général et aussi de l'athlète master féminine. On se rend compte aussi qu'on ne parle pas trop de nos spécificités, de nos différences avec les hommes, mais aussi de nos spécificités. Comment tu penses qu'on peut valoriser la femme après 40 ans ? après une grossesse, après la ménopause ? Est-ce que tu penses qu'il y a un manque d'intérêt ? Un tabou ? Un manque de médiatisation ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a essentiellement un manque de rôle modèle. Ça, c'est sûr. Je veux dire, il faut regarder où sont... Même dans les médias, où est-ce qu'on peut s'identifier à une femme de plus de 50 ans, sportive, actrice de sa vie, professionnelle, pleines de projets, il n'y en a pas 50 000. Ou celles qui sont présentes, en fait, il y a des filles qui ont déjà un énorme background et finalement, elles continuent à être là. Je pense à Nathalie Simon, par exemple, qui est extraordinaire dans le message qu'elle renvoie, mais elle n'est pas là d'aujourd'hui. Mais elle a cette quand même singularité de durer et de continuer à... endosser ce rôle modèle avec le temps qui passe. Donc ça, je trouve ça assez incroyable mais tu vois, spontanément, c'est elle qui me vient. Il y a Lucille Woodward mais qui est quand même un petit peu plus jeune aussi qui a sa patte, sa façon d'être et qui dure aussi et qu'on ne peut que féliciter de son engagement mais souvent, c'est quand même un petit peu peu secret, un petit peu garder les exploits féminins alors qu'il y a des femmes qui sont alpinistes, il y a des femmes qui sont aventurières, mais il y a un manque de médiatisation et d'intérêt de façon monstrueuse. Un petit peu comme si… Les actrices en parlent bien mieux qu'elles ont une espèce de date de péremption où finalement… Les hommes n'ont pas du tout de pression liée à l'image qui se transforme. Donc, je pense qu'un des moyens, c'est d'être présent, c'est de montrer que c'est possible. Et puis, de se dire que finalement, la cinquantaine, ça peut être le début d'une super aventure. Je vous en dis. J'ai discuté avec une copine récemment, je lui ai dit « Attends, tu as raison de prendre cette décision, tu as juste 50 ans et c'est la moitié à vivre quoi ! » Tout à fait.
- Speaker #0
Allons-y !
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Et ça, ce passage-là, peut-être que parfois ça manque un petit peu de soutien. Peut-être qu'il y a certaines femmes qui ont envie et au moment du passage à l'acte, qui se sentent un petit peu… soit manque de légitimité, soit qui n'ose pas. Et ça c'est pareil, moi c'est des choses que j'ai envie d'aider à débloquer.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est important nous-mêmes en tant que femmes de mettre ça en avant. Et oui, après 50 ans ou même 40 ans, on arrive à faire beaucoup de choses et en ayant aussi un travail, parfois des enfants, avec tous les changements qui nous arrivent dans notre corps. Et ce n'est pas anodin. Je pense que c'est super d'essayer d'en parler. Est-ce que tu peux me dire en quelques mots ton prochain défi professionnel ?
- Speaker #1
Mon prochain défi professionnel, je ne sais pas si c'est professionnel ou de loisir ou si c'est un truc qui va… un projet où la passion va rencontrer encore un peu plus le professionnel même si j'ai déjà la chance de vivre des choses qui m'animent et qui me passionnent. Mais mon projet pour 2026, c'est passer de probatoire… Donc le probatoire, c'est un examen pour pouvoir ensuite intégrer une formation pour devenir accompagnateur moyenne montagne. Donc c'est quelque chose qui m'anime depuis plusieurs mois. Ouais, en fait j'y pense depuis plus de dix ans et puis à chaque fois il y a toujours un autre truc plus important à gérer. Et puis cet été grâce à une copine, Aude, je me suis vraiment dit non c'est l'année. Et puis je me suis quand même rendu compte que physiquement les exigences sont très élevées donc je n'avais pas non plus un temps indéfini devant moi pour rencontrer ce niveau d'exigence-là physiquement dans la sélection. bien évidemment pour rentrer donc ça c'est mon projet et donc du coup la première semaine de janvier je pars en itinérance hivernale en ski nordique de rando pour traverser le Vercors sur 6 jours et donc comme ça ça va me faire mes randos hivernales pour le probatoire là aussi c'est un truc je me suis décidé la semaine dernière J'ai appris que j'étais la seule femme du groupe avec six néerlandais.
- Speaker #0
C'est formidable !
- Speaker #1
Écoute, ils se mettront à mon niveau, puis voilà.
- Speaker #0
Tu as des notions de néerlandais un peu ?
- Speaker #1
Absolument pas. J'espère qu'on va parler en anglais, ça me fera un petit réflexe pour l'anglais.
- Speaker #0
Mais c'est super. Écoute, oui tu dis que ça t'a pris comme ça, mais tu y penses depuis dix ans, donc finalement tu vois, c'est un projet qui vient à maturité et au bon moment.
- Speaker #1
Ouais ! Oui, je pense qu'il vient au bon moment aussi parce que mes enfants sont tous les deux étudiants. Bon, il faut assurer financièrement encore, mais ça vient au bon moment. Donc d'un point de vue organisation de mon temps, je peux jouer à Tetris et faire des petites pièces là où spontanément je pourrais dire qu'il n'y en a pas. Donc j'ai cet avantage-là aussi. Oui. Par contre, il faut que ce soit cette année. Donc, il faut que je te mette en place.
- Speaker #0
J'allais te demander ton prochain objectif sportif, mais ça en fait un peu partie du coup, puisque tu te lances là-dedans. C'est un peu commun ? Oui,
- Speaker #1
c'est sûr que ça va être jalonné d'aventures sportives quand même. Prochain défi sportif avec un dossard. Tu vois, j'ai passé, je pense… Pas loin d'une heure hier, à essayer d'avoir un dossard sur une course que j'ai faite il y a au moins 15 ans. Mais j'avais envie de remettre un petit peu de rythme, de retrouver un petit peu de vitesse. Donc, j'ai essayé de m'inscrire au semi-marathon de La Rochelle et j'ai lâché l'affaire parce que j'étais abîmée.
- Speaker #2
C'était horrible.
- Speaker #1
Et du coup, est-ce que j'ai envie de cautionner ça ? Je ne sais pas si mes prochains défis sportifs, finalement, ils seront pas sur des off plutôt que dans des orgas où finalement, c'est tu te bats pour avoir un dossard ? je suis d'accord voilà après il y a des courses soit comme le trail des Hauts-Forts à Morzine que je fais depuis plusieurs années que j'adore ça va être un rendez-vous pour moi aussi 15 jours avant c'est le
- Speaker #0
52 c'est ça ?
- Speaker #1
oui ça doit être ça 52 ou 55 je ne sais plus et puis presque 4000 c'est une course que j'aime bien qui me donne une bonne idée de mon état de forme aussi parce que je l'ai fait plusieurs fois ça me permet de me jauger un petit peu où j'en suis voir si je décrépis pas trop vite ah parfait tu es en pleine forme et
- Speaker #0
bien écoute Florence merci beaucoup pour ce moment de partage c'est toujours un plaisir de discuter avec toi la skyline c'est ça les hauts et les bas qui nous mènent jusqu'à une ligne d'arrivée et puis finalement jusqu'à un prochain objectif puisqu'on ne fait que ça avancer et c'est ce que tu fais aussi on te souhaite une bonne route et on va suivre ça de très près, merci beaucoup à bientôt