Speaker #0Bienvenue sur La Studer, le rendez-vous mensuel d'une communauté engagée pour la paix, les droits humains, le vivre ensemble, la non-violence, le féminisme et la justice sociale. L'objectif, donner de la force à ceux qui cherchent à faire écho à ces valeurs. Chaque dernier mercredi du mois, nous nous unissons pour stimuler la réflexion et encourager la discussion. Ensemble, nous explorons des idées puissantes et des actions concrètes pour façonner un monde meilleur. Épisode 9 La paix perpétuelle en héritage Imaginez un monde où la paix est durable. Et je ne parle pas seulement de cesser le feu, mais plutôt d'une paix si profonde, si enracinée, qu'elle dépasserait les frontières, les intérêts personnels et les rivalités. Figurez-vous qu'il y a plus de 200 ans, Emmanuel Kant, philosophe des Lumières, osait déjà rêver de ce monde. En 1795, il écrit Vers la paix perpétuelle un texte visionnaire où il présente les conditions nécessaires pour instaurer une paix durable entre les nations. Il propose, à travers une série d'articles préliminaires et définitifs, un modèle idéal pour un système de paix basé sur des principes de droit et de morale qui doivent guider les relations internationales. L'idée étant que si ces articles sont respectés, cela mènerait à une paix perpétuelle dans le monde. Eh bien, ce n'était pas un rêve naïf. C'était une ambition fondée sur la conviction que l'humanité, pour prospérer, devait s'organiser autour de valeurs communes. Plus d'un siècle et demi plus tard, au sortir des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, l'Organisation des Nations Unies est née. Créée par le monde et pour le monde, l'ONU a été fondée dans le même esprit que celui de Kant, rassembler les nations pour transformer la paix en institution durable. A travers ses défis et ses succès, l'ONU incarne l'idée audacieuse de Kant, celle d'un espoir collectif où le respect mutuel et la coopération sont au cœur de la communauté humaine. Et je vais vous le prouver en quelques minutes. Dans son texte Vers la paix perpétuelle Kant définit des conditions fondamentales structurées autour d'articles pour qu'une paix durable soit possible. Il n'imagine pas un monde sans conflit, mais plutôt un monde où les mécanismes de justice collective peuvent empêcher la guerre de dominer les relations internationales. Oui, parce que ne soyons pas naïves ou naïfs, nous ne sommes pas encore arrivés à l'utopie d'un monde sans conflit. Avant de poser les bases définitives de ce projet de paix perpétuelle, Kant proposait six articles préliminaires. Ce sont des principes de base conçus pour écarter les causes de la guerre et instaurer une confiance entre les nations. Ces principes peuvent être interprétés comme les premiers pas vers la paix perpétuelle et ils trouvent un écho frappant dans la vision et les actions de l'ONU. Le premier article préliminaire dit ceci Aucun traité de paix ne doit être considéré comme valable s'il a été conclu avec des réserves secrètes en vue d'une future guerre Kant valorise ici la transparence et la sincérité, condition essentielle à une paix durable. Aujourd'hui, l'ONU incarne ce principe par une diplomatie ouverte, s'assurant que les accords de paix soient transparents et dépourvus d'arrière-pensée. Cet engagement pour des accords honnêtes et clairs est au cœur de l'organisation. Elle promeut une paix basée sur la confiance. Le deuxième article stipule qu'aucun État indépendant, petit ou grand, ne peut être acquis par un autre État par héritage, échange, achat ou donation. Bien. On se rappelle qu'on est au XVIIIe siècle. Mais en défendant le respect de l'indépendance des États, Kant préserve l'équilibre des relations internationales. Et l'ONU, à travers l'article 2 de sa charte, fait écho à ce principe en défendant l'égalité souveraine et l'intégrité des États membres, principe fondamental pour la stabilité mondiale. Troisième article préliminaire, les armées permanentes doivent peu à peu disparaître. Kant considère les armées permanentes comme un danger. pour la paix mondiale. L'ONU, elle, encourage le désarmement progressif et limite l'usage de la force au cas de sécurité collective. Cela renforce ainsi l'espoir d'un monde moins militarisé. Quatrième article, aucun emprunt national ne doit être contracté en vue de conflits extérieurs. Kant met en garde ici contre l'endettement militaire qui alimente souvent les conflits. L'ONU, dans ses programmes de développement, incite les nations à investir dans des projets de paix et de développement. Cela évite les dettes militaires qui fragilisent les économies et menacent la stabilité internationale. Cinquième article. Aucune intervention ne doit avoir lieu dans la Constitution et le gouvernement d'un autre État. Pour Kant, le principe de non-ingérence est central à la paix. Et ce principe est réaffirmé par l'ONU. Elle encourage la souveraineté de chaque État tout en limitant les interventions extérieures aux situations où la paix mondiale est en jeu. Sixième et dernier article préliminaire, aucune guerre ne doit être entreprise de manière telle qu'elle rende... impossible la confiance réciproque dans la paix future. Kant pense que la manière de mener la guerre influence la possibilité de rétablir la paix. En ce sens, en promouvant le droit international humanitaire, ou les règles de la guerre, dont je parle dans l'épisode 8, l'ONU encadre la conduite des conflits, permettant ainsi un retour à la paix fondée sur le respect des droits humains, même en temps de guerre. Bien. Ces articles préliminaires de Kant, loin d'être de simples recommandations théoriques, forment les bases pratiques d'un ordre international pacifique. Et comme vous le voyez, on retrouve ces idéaux au cœur même de la mission de l'ONU. Kant approfondit ensuite sa vision avec des articles définitifs. Ceux-ci forment le cœur de son projet de paix perpétuelle et décrivent les structures qu'il juge essentielles pour garantir une paix durable. Et vous pouvez maintenant le deviner, dans ses principes fondamentaux, on retrouve les bases philosophiques de l'ONU. Dans le premier article définitif, Kant soutient que la paix est atteignable si les États adoptent une constitution républicaine, c'est-à-dire une forme de gouvernement qui protège les droits et libertés des citoyens tout en assurant un cadre juridique stable. Cette structure implique que les décisions de guerre ne soient pas prises unilatéralement, par un souverain, mais nécessitent le consentement des citoyens, parce qu'ils sont les premiers à souffrir des conséquences de la guerre. Ce principe trouve un écho dans l'article premier de la Charte des Nations Unies. Il promeut le respect des droits de l'homme et de la dignité humaine. Il reflète également l'engagement de l'ONU à promouvoir les droits civils et politiques pour stabiliser les sociétés et prévenir les conflits internes. Dans son deuxième article, Kant imagine une fédération d'États libres et égaux qui respectent la souveraineté de chacun tout en étant liés par des accords pacifiques. Il ne s'agit pas d'un super État mondial. mais d'une alliance volontaire qui vise à empêcher l'usage de la force entre ses membres. Et bien l'ONU, à travers son article 2, poursuit cette vision, en établissant l'égalité souveraine des États membres et en interdisant le recours à la force, sauf en cas de légitime défense ou d'autorisation par le Conseil de sécurité. En cela, l'ONU incarne cette fédération kantienne, où chaque État conserve son indépendance tout en s'engageant collectivement pour la paix. Enfin, Le troisième article définitif de Kant introduit le concept de droit cosmopolitique, qui inclut un droit d'hospitalité pour les étrangers, visant à prévenir les hostilités entre nations en favorisant le respect et la protection de tout individu en déplacement. Ce principe préfigure les droits fondamentaux consacrés par les Nations Unies, comme ceux énoncés, entre autres, dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et dans les conventions de Genève. L'article 55 de la Charte de l'ONU qui engage les nations à promouvoir un niveau de vie décent, la stabilité économique et les relations amicales, s'inscrit dans cette idée kantienne d'une responsabilité collective envers tous les peuples. Vous l'aurez compris, l'ONU n'est pas seulement un produit de son époque, elle incarne des valeurs intemporelles. Avec les objectifs de développement durable pour 2030 et le pacte pour l'avenir de 2024, l'ONU poursuit l'idée kantienne d'une paix qui repose sur le développement et la coopération. Kant affirmait que la paix ne pourrait jamais être garantie par la simple cessation des hostilités. Il affirmait qu'au contraire, elle exige des bases solides comme la justice sociale, l'éducation et le respect mutuel, éléments que l'on retrouve dans ses objectifs de 2030. Ainsi, l'ONU travaille pour un monde où chaque être humain peut prospérer dans un environnement stable et pacifique, en accord avec l'idée kantienne que la paix véritable est la paix. repose sur le bien-être commun. Et soyez certaine et certains que l'ONU ce n'est pas seulement une institution. Ce sont aussi des milliers de travailleurs engagés pour la paix. Kant pensait que la paix ne pouvait être durable qu'en impliquant les individus dans un engagement pour le bien commun. Et bien aujourd'hui plus de 150 000 personnes travaillent pour l'ONU dans le monde. Elles sont dédiées à promouvoir la paix, la justice, le respect, les droits de l'homme, la tolérance et la paix. et la solidarité. Ce personnel onusien est formé non seulement à intervenir en situation de crise, mais aussi à représenter les valeurs d'inclusion, d'intégrité, de d'humilité et d'humanité. Le personnel de l'ONU n'est pas seulement une force pour la paix. Il est un symbole de la fraternité humaine, celui que Kant appelait de ses voeux dans sa vision cosmopolite au XVIIIe siècle. Pour conclure, j'aimerais rappeler que les Nations Unies sont bien plus qu'une institution. Elles représentent l'espoir d'une paix perpétuelle telle que Kant l'a imaginée. Son fondement s'inspire sans nul doute d'une philosophie qui transcende les époques et qui reste profondément actuelle face aux défis du monde moderne. Aujourd'hui, comme au temps de Kant, la route vers la paix perpétuelle est difficile et complexe. Mais l'ONU nous rappelle que la paix est possible par le respect mutuel, la solidarité et un engagement commun pour un monde meilleur. Finalement, soutenir l'ONU, c'est embrasser l'idéal kantien d'une paix perpétuelle fondée sur la justice, la liberté et la fraternité humaine. En unissant les nations autour d'une volonté de paix durable, l'ONU nous invite à croire en notre capacité collective à construire un monde plus juste et plus pacifique. Un monde où la paix ne serait plus un rêve, mais une réalité que chacune et chacun contribue à préserver. On se retrouve le 27 novembre pour l'épisode 10 de La Studette.