- Speaker #0
« La Terre nous tient à cœur » , un podcast réalisé par Alexandra Warnidriech. À travers ce média, je vous emmène sur le terrain. au plus près de celles et ceux qui étudient, soignent ou subissent les effets des bouleversements écologiques. Scientifiques, médecins, victimes de pollution, ensemble ils nous racontent comment la santé de la planète et la nôtre sont intimement liées. Savez-vous que la pollution de l'air est le deuxième facteur de risque de mortalité dans le monde ? Rien que chez nous ? Santé publique France estime que 40 000 personnes de plus de 30 ans meurent chaque année à cause des particules fines. Alors pour comprendre ce qui se passe concrètement quand nos poumons rencontrent un cocktail de PM2,5, d'ozone, de dioxyde d'azote et autres petites réjouissances atmosphériques, je suis aujourd'hui dans le 6e arrondissement de Paris pour rencontrer le professeur Bruno Ossé, pneumologue et ancien président de la Fondation du Souffle. Avec lui, on va examiner quels sont les polluants qui mériteraient presque leur propre fiche Interpol et quels sont leurs effets sur notre corps à plus ou moins long terme selon notre âge. Il partagera aussi quelques tips scientifiquement fondés pour limiter notre exposition. Parce que non, retenir sa respiration n'est pas une solution à long terme. Et puis on répondra à quelques questions que vous vous posez peut-être, comme vaut-il mieux vivre en ville ou à la campagne ? À quel moment de la journée est-il préférable d'aérer sa maison ? Ou encore, est-ce que cette pollution impacte aussi nos animaux de compagnie ? Allez, je vous laisse respirer un bon coup, de préférence loin d'un pot d'échappement, et je vous propose d'écouter notre entretien. Professeur Rousset, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Vous êtes médecin pneumologue et particulièrement engagé dans des actions pour lutter contre la pollution de l'air. Vous dites d'ailleurs dans une tribune en 2021 que lutter contre le réchauffement climatique, c'est lutter pour préserver la santé respiratoire de chacun. À quel moment dans votre parcours de médecin, cette question est-elle devenue centrale pour vous ?
- Speaker #1
Le premier exposé que j'ai fait, c'était en 2008 à l'école centrale. Et en fait, une autre date vraiment qui était importante pour moi, c'est 2015, où là j'ai... initié à un Master 1 de santé et environnement. Donc c'est plus large que le poumon. Et puis c'est moi qui ai fait le cours sur le réchauffement climatique. Et c'est là que j'ai découvert le GIEC et les difficultés qui nous attendent.
- Speaker #0
Ah oui, donc ça fait une bonne dizaine d'années. Et donc ça fait aussi plusieurs années que vous alertez les pouvoirs publics avec la Fondation du Souffle. Est-ce que vous avez le sentiment que ces messages sont enfin entendus ?
- Speaker #1
Je pense qu'ils entendent. Le problème, c'est qu'ils n'agissent que peu. Ou pas. Et c'est vraiment la difficulté. Donc ce qu'il faut comprendre, c'est vraiment que c'est urgent d'agir.
- Speaker #0
D'ailleurs, nous enregistrons cet épisode à la veille de la Journée nationale de la qualité de l'air. Et vous vous rendrez à l'Assemblée nationale avec la Fondation du Souv cet après-midi. Quel est l'objectif de ce déplacement ?
- Speaker #1
Sensibiliser nos députés à l'urgence de lutter contre la pollution, de prendre des mesures. Vous savez, il y a des lobbies qui sont extrêmement puissants et qui empêchent... Ça me fait penser qu'il y a quelques années, j'étais allé déjà à l'Assemblée nationale et j'avais offert un spiromètre aux médecins de l'Assemblée nationale. Je vais essayer de savoir cet après-midi ce qu'il est devenu.
- Speaker #0
Et vous pouvez nous expliquer ce que c'est pour les auditeurs ?
- Speaker #1
Un spiromètre, c'est un petit appareil qui permet de mesurer le souffle. C'est ce qu'on va faire d'ailleurs cet après-midi, on va faire une mesure du souffle aux députés qui auront envie de le faire. Et ça permet de savoir si le souffle est normal ou anormal. C'est assez grossier comme démarche, mais ça permet un peu de séparer, de voir, de dépister éventuellement des anomalies.
- Speaker #0
D'accord, donc en fonction de ça, vous allez pouvoir dire aux gens, aux députés, attention, peut-être que vous devriez faire des examens.
- Speaker #1
Un médecin ou aller voir un pneumologue. En fait, la manœuvre est une manœuvre qu'on ne fait jamais tous les jours. On vous demande de gonfler à fond, de soulever le plus fort possible, le plus rapidement et le plus intensivement possible. Ce n'est pas une manœuvre qu'on fait dans la vie quotidienne. Mais ça permet d'avoir une idée de ce qui se passe.
- Speaker #0
Pour bien comprendre, est-ce que les polluants de l'air qui nous rendent malades sont les mêmes que ceux qui participent au réchauffement climatique ?
- Speaker #1
Pour partie, mais c'est vraiment deux choses complètement différentes. Et en fait, le réchauffement climatique, c'est quelque chose qui est lié essentiellement à l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère, donc ça va réchauffer. Le CO2 lui-même n'est pas un polluant atmosphérique. C'est un polluant dit global parce qu'effectivement, il participe au réchauffement, pour l'essentiel, mais ce n'est pas quelque chose qui est toxique. pour l'homme. Donc ce n'est pas un polluant atmosphérique. Il y a des polluants qui sont également le méthane, par exemple, qui est aussi un polluant qui a un effet de serre important, donc qui va contribuer au réchauffement climatique. Mais quand vous luttez pour limiter l'émission de CO2, c'est-à-dire le chauffage, c'est-à-dire la combustion d'une façon générale, vous luttez également contre l'émission de polluants. Donc c'est pour ça que c'est un même combat contre pollution et réchauffement. la pollution ayant un effet Quasiment immédiat ou dans les années qui suivent. Et vous savez que pour le réchauffement climatique, c'est deux générations. Actuellement, on paye le CO2 produit il y a deux générations. Donc c'est pour ça qu'il y a urgence.
- Speaker #0
On entend souvent, je vais me mettre au vert pour respirer un peu d'air pur. Mais y a-t-il de vraies différences de qualité de l'air entre la ville et la campagne ?
- Speaker #1
Alors, d'abord, ça dépend complètement des lieux où vous êtes. Ensuite, globalement, effectivement, il y a une petite diminution de pollution quand vous êtes à la campagne, mais la nature de la pollution change. Vous avez entendu parler de la vallée de Larves, où en fait, du fait de la conformation géographique, de la configuration géographique avec des vallées, etc., la pollution stagne dans les vallées. Et donc, ils sont à la campagne, mais ils sont exposés à des polluants de façon importante. Vous avez aussi tout ce qui est pollution agricole, l'utilisation de pesticides, de différents produits chimiques qui sont utilisés et qui sont des polluants. Donc, c'est pas si simple. Et quand bien même vous seriez à l'écart de tout ça, vous avez l'ozone, qui est un polluant qui est formé dans l'atmosphère par une réaction chimique, avec les rayons ultraviolets, et qui, elle par contre, l'ozone perdure. On ne peut pas agir tellement dessus.
- Speaker #0
Et parmi les principaux polluants de l'air extérieur, lesquels vous semblent les plus préoccupants pour la santé ?
- Speaker #1
Ce pour lequel on a montré une toxicité majeure et pour lequel on sait qu'il y a des millions de morts dans le monde par an, ce sont les particules. Et les particules, quand on dit les particules, c'est tout un monde. Parce qu'en fait, vous avez des particules de petite taille, de grosse taille. Ceux qui sont les plus toxiques, ce sont celles qui sont les plus petites, qui vont rentrer dans l'organisme.
- Speaker #0
Les
- Speaker #1
PM2,5. Les PM2,5, les PM01, parce que les nanoparticules, c'est moins de 100 nanomètres.
- Speaker #0
Ah oui, qui sont encore plus petites.
- Speaker #1
Elles sont encore plus petites. Il a été montré qu'il n'a pas un organisme. Il y a un travail comme ça qui montre que si on vous fait inhaler des nanoparticules d'or, qui ne sont pas toxiques, vous en éliminez dans les urines jusqu'à trois mois après l'épidémisation. Les particules sont préoccupantes parce que d'une part elles sont quand même très hétérogènes et on se félicite parce qu'on a une diminution de la pollution par les particules. Mais est-ce qu'on n'a pas une augmentation des particules les plus fines, les plus petites et les plus toxiques ? C'est ça la vraie question, c'est de mesurer les plus petites, ce qui n'est pas forcément fait. Et l'autre chose, c'est que c'est très hétérogène. Les particules sont des vecteurs. En fait, elles peuvent avoir à leur surface un certain nombre de molécules qui sont soit des molécules carcinogènes, par exemple, comme des hydrocarbures, mais aussi des pollens, des virus. Donc elles peuvent véhiculer à l'intérieur du poumon, voire de l'organisme, d'autres substances. Donc c'est pour ça aussi qu'elles sont toxiques. Donc, Parler des particules en microgrammes par mètre cube, c'est un peu une aberration. Ce qui est important de savoir, c'est quel est le nombre de particules, leur taille moyenne et surtout leur nature, qu'est-ce qu'elles peuvent éventuellement véhiculer à l'intérieur de l'organisme.
- Speaker #0
J'ouvre ici une parenthèse pour préciser que malgré le caractère préoccupant des particules ultra fines, la Directive européenne sur la qualité de l'air ambiant ne fixe aucun seuil réglementaire concernant leur concentration dans l'atmosphère. Seule une obligation de surveillance entrera en vigueur pour tous les États membres d'ici la fin 2026, afin d'étudier l'impact sanitaire de ces polluants à long terme. À quoi ressemble une journée typique d'exposition pour un citadin aujourd'hui ?
- Speaker #1
En fait, dans la journée, on est exposé à des pollutions extrêmement variables. Vous êtes chez vous, vous vous levez, vous vous maquillez, vous rasez, etc. Vous allez avoir des particules qui vont être émises. tous les cosmétiques. Et puis ensuite, vous allez aller dans la rue. Là, vous allez être exposé à la pollution générée par les voitures. Puis vous allez aller dans votre bureau. Là, il y a une pollution qui est une nature encore différente. Si vous prenez, par exemple, le métro, vous allez être dans un souterrain et vous êtes exposé à des poussières qui sont remises en suspension par les gens qui passent, mais aussi par les métros qui arrivent dans la station. On l'a bien montré, ça, avec les freins. Donc, il y a des travaux là-dessus.
- Speaker #0
Et les jours de pollution, est-ce qu'on évite d'aérer le logement ? On l'aère quand même.
- Speaker #1
Il y a des fluctuations dans la pollution et c'est là où c'est intéressant d'avoir des applis qui vous donnent un petit peu l'évolution de la pollution ambiante extérieure, de la pollution extérieure. Et donc il faut essayer de vivre là où c'est le plus bas, donc soit très tôt le matin. matin, avant que les gens se baladent en voiture, soit très tard le soir, quand ils sont rentrés chez eux. Mais effectivement, il faut essayer d'éviter d'ouvrir les fenêtres à ce moment-là, quand c'est au pic de pollution. Il faut quand même aussi savoir que la pollution intérieure, pour des deux tiers, reflète la pollution extérieure. Pour les deux tiers, donc quand ça augmente à l'extérieur, ça augmente aussi chez vous.
- Speaker #0
Quels impacts concrets la pollution de l'air a-t-elle sur nos poumons, et ce, même quand on est en bonne santé ?
- Speaker #1
Pour répondre à cette question, il y a eu un travail intéressant qui a été fait en Angleterre. Ils ont pris des sujets malades, mais aussi des sujets normaux, qu'ils ont fait marcher pendant deux heures, soit dans Hyde Park. Pas de pollution, très peu de pollution, soit dans Oxford Street, une rue extrêmement commerçante et agitée de Londres, où il y a des bus, des taxis, des véhicules diesel. Et c'est là où ils étaient exposés à une pollution automobile extrêmement importante. Et au bout de ces deux heures, on faisait des mesures. Et les mesures, c'était de mesurer le souffle. J'ai parlé tout à l'heure du spiromètre, donc il faisait faire une spirométrie. Et puis on faisait aussi une mesure vasculaire, en fait, de la vitesse de l'onde de poux. et donc il vaut mieux avoir une onde de poux basse qu'une onde de poux... élevés. Ils ont montré que quand vous vous baladez dans Oxford Street, vous avez une augmentation de la vitesse de l'onde de Poo. Donc, une rigidité des vaisseaux artériels. Et ça, le point intéressant, c'est que ça peut durer pendant 24 heures. Vous avez deux heures de marche et 24 heures après, vous avez encore des anomalies. Un autre exemple, c'était l'épisode de Smog de Londres en 1952. Vous savez, c'était terrible. Il y a eu 12 000 morts. Et en fait, il y a une étude qui a été publiée il n'y a pas très longtemps qui montre qu'il y a de l'asthme qui est survenu chez les enfants, qui était né à cette période.
- Speaker #0
Et sur le long terme, 30-40 ans de sa vie passée en ville, une ville très polluée, quelles fonctions peuvent être touchées ?
- Speaker #1
Je pense que les fonctions de défense immunitaire, par exemple au moment du Covid, on s'est rendu compte que la pollution pouvait favoriser les infections par le Covid. Donc il y a peut-être une diminution des défenses. Ça, c'est du long terme, parce qu'ils ont gardé les 10 ans d'exposition préalable au NO, par exemple, au dérivé du NO, des oxydes d'azote, et ils ont montré qu'il y avait un lien avec les risques de Covid et de mortalité par le Covid. Et puis, il y a aussi des travaux qui ont montré que l'infection par le Covid était favorisée par les pics de pollution, les pics de pollution particulaires. Et donc, là, en retombe sur ce que je vous disais tout à l'heure, c'est l'association des deux qui peut majorer, en fait, les pathologies. Et probablement la grippe et d'autres manifestations virales respiratoires sont associées à des pics de pollution. Un travail qui a été fait aux Etats-Unis et qui montre que jusqu'à trois semaines après le pic de pollution, vous pouvez avoir un risque d'infection virale. Donc c'est un point qu'il faut en... Ça affaiblit les défenses.
- Speaker #0
On dit souvent que certaines populations sont plus vulnérables que d'autres. Alors, qui sont-elles les enfants, les personnes âgées ?
- Speaker #1
Le spectre de la vie, des gamètes, donc de ce qui va vous créer. On sait qu'il y a des problèmes de fertilité ou d'anomalies. Et puis après, chez la femme enceinte, on sait que le fœtus peut être touché par la pollution. On montre dans le placenta la présence de particules, par exemple. Ça favorise les petits points de naissance qui peuvent aussi favoriser les problèmes respiratoires par la suite. provoquer également des obésités plus tard. Donc on sait qu'il y a un lien entre les deux. Et puis après, le nouveau-né, qui est plus sensible aux infections du fait de la pollution, il y a eu des travaux qui montrent qu'il y a plus d'enfants siffleurs, voire d'asthmes, à l'âge de 4 ans. Et puis plus tard, si vous développez un asthme, une BPCO, vous êtes plus sensible également au pic de pollution. Et puis si on avance encore dans la vie, les sujets âgés, car le vieillissement est caractérisé par une inflammation.
- Speaker #0
Et comment cette pollution vient-elle aggraver les maladies chroniques comme l'asthme, la BPCO, les maladies cardiovasculaires ?
- Speaker #1
Ça va oxyder. Donc l'oxydation, c'est un des phénomènes qui intervient lors de l'inflammation. Et donc ça va rajouter de l'inflammation à l'inflammation. Si vous avez de l'asthme ou de la BPCO, vous avez une inflammation. Et si vous rajoutez de la pollution là-dessus, ça va aggraver encore l'inflammation. Donc ça, c'est un des mécanismes d'action. Et puis pour les nanoparticules qui passent dans le sang... Elles vont aller éventuellement se localiser sur les plaques d'athérome. Et sur les plaques d'athérome, vous avez des monocytes, donc des cellules spécialisées pro-inflammatoires qui vont favoriser l'inflammation, qui peuvent être stimulées par ces nanoparticules. Et donc, si ça augmente l'inflammation sur la plaque d'athérome, ça peut provoquer un thrombus. Et donc un accident vasculaire cérébral ou un infarctus du myocarde.
- Speaker #0
Parmi les populations vulnérables, on peut aussi évoquer les populations les plus modestes qui vivent à proximité d'axes routiers ou de zones industrielles. On commence à avoir assez de recul pour connaître l'impact de cet environnement sur leur santé ?
- Speaker #1
Assez de recul, je ne sais pas. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a eu des études qui ont été faites sur la région parisienne. Ils ont bien montré que les gens qui étaient les plus démunis habitaient près du périphérique. Et que c'est là où on trouvait également un lien entre la mortalité et l'exposition au NO. Donc, du fait de la précarité, on est plutôt proche des voies à grande circulation. Et là, on est plus exposé avec un risque associé. Donc, on peut faire le lien entre les deux. Et puis, il y a un autre travail toujours sur la région parisienne et par les mêmes équipes qui sont intéressées aux vagues de chaleur et qui montrent bien l'association qu'il y a entre vagues de chaleur et puis pollution. Par exemple, PM10, ils sont intéressés au PM10. moins de 10 microns de diamètre. Et il montre qu'il y a une association avec la mortalité.
- Speaker #0
J'ai une question qui me vient à l'esprit, mais je ne sais pas si vous pourrez répondre, mais est-ce qu'on sait si la pollution de l'air affecte aussi nos animaux de compagnie ?
- Speaker #1
Alors j'avais regardé ça, parce que quand il y avait une grande pollution dans la vallée de la Meuse, il y avait des vaches qui étaient décédées, et donc elles sont aussi sensibles à ça. Et en fait, c'est plus compliqué qu'on ne le pense, parce que quand on s'intéresse aux chiens, par exemple, Ça dépend de la longueur du museau. Et donc, s'ils ont un museau long, ils peuvent avoir des complications ORL, en fait, du fait de la pollution. Donc oui, la réponse globalement, c'est oui, ils sont aussi exposés à la pollution.
- Speaker #0
En plus, les chiens, c'est vrai qu'ils sont juste à côté du pot d'échappement, donc ils s'en prennent beaucoup. Quelles actions concrètes peut-on mettre en place individuellement pour limiter son exposition ?
- Speaker #1
Je pense qu'un des points qu'on n'a pas beaucoup développé jusqu'à maintenant, c'est la pollution intérieure, la pollution domestique. La pollution domestique, c'est la pollution extérieure, je disais, un, deux tiers, à peu près, qui rentre, plus tout ce que vous générez à l'intérieur des locaux. Et là, il y en a beaucoup qui sont particuliers, comme les composés organiques volatiles. C'est-à-dire que si vous prenez une peinture, un vernis, une colle, ça va émettre des petites molécules qui vont être allergisantes. Et donc, un exemple que je prends souvent, c'est la chambre du bébé à naître. Le bébé va arriver, donc on est en train de repeindre la chambre, on va lui acheter son berceau, etc. Et tout ça, ça va générer des composés organiques volatiles. Il faut attendre trois semaines avant de se dire que les choses se sont apaisées et qu'il y a moins d'émanations. Mais c'est vous dire qu'en fait, il y a quand même des choses qui se passent à l'intérieur des locaux qui sont liées au relargage des molécules particulières. Puis je ne parle pas du radon, vous connaissez peut-être le radon. Oui,
- Speaker #0
selon les endroits où on vit.
- Speaker #1
Dans le Limousin, en Bretagne, il y a des relargages par les roches granitiques de radon. Et le radon est pourvoyeur de cancer du poumon. Donc, le seul moyen de s'en dépêtrer, c'est d'ouvrir les fenêtres, en fait. C'est d'aérer les locaux. Ça, c'est vraiment le point important. Et donc, dans les choses qu'on peut faire individuellement, c'est une des premières choses, c'est d'aérer les locaux. Au moins 10 minutes par jour, ce qui n'est pas fait. Donc, c'est une chose importante à faire. éviter tout ce qui peut produire des polluants. La première chose, c'est de ne pas fumer, évidemment. Donc je ne peux pas, je ne suis pas un ptémologue, ne pas vous parler du tabac, qui est quand même le premier polluant imposé qu'on a avec nous. Donc ça, il faut vraiment s'en débarrasser. Ça a été bien montré, que ça génère des particules. Quand vous allez, souvent, « Oh non, docteur, moi je vais sur le balcon, je fume ma cigarette sur le balcon. » Mais quand vous revenez du balcon, Vous avez l'odeur du tabac. Et l'odeur du tabac, ce sont les micro-particules, les nanoparticules qui sont autour de vous et qui vont provoquer une pollution. Donc vraiment, il faut arrêter de fumer. Mais il y a tout le reste, c'est-à-dire l'usage de l'encens, l'usage des bougies parfumées, des huiles essentielles. Tout ça, ce sont des éléments qui peuvent être pro-inflammatoires au niveau du poumon.
- Speaker #0
On voit de plus en plus des purificateurs d'air aussi dans les maisons. Alors, est-ce que ça fonctionne ou est-ce que c'est gadget ?
- Speaker #1
Alors c'est une question intéressante parce que ça fonctionne. C'est-à-dire que vous allez mettre votre épurateur d'air et vous allez regarder s'il y a une diminution du nombre de particules dans la pièce. Et il y a une diminution, ça c'est vrai. Ça diminue de 40-50%. Et donc ça pourrait avoir un intérêt chez des gens qui sont malades. Chez des gens qui ne sont pas malades, on n'a pas de preuve que ça a un effet franchement sur le long terme. Il y a eu des choses qui ont été faites aussi sur les feux de forêt. C'est-à-dire qu'ils ont des épurateurs mobiles. et donc qui sont données aux gens, ou qui sont... que les gens achètent lors d'épisodes de feux de forêt, de façon à se prémunir du risque des particules liées à ces feux de forêt, qui sont quand même importants. Et donc, ça semble relativement efficace, après une étude du coût-efficacité, qui est plus discutable. Mais je pense que ça peut être intéressant.
- Speaker #0
D'accord. Les joggers qui courent le long des grands boulevards, c'est une bonne idée ? Oh,
- Speaker #1
mauvaise idée. Très mauvaise idée. Non, non, parce que là, vous avez... Alors là, c'est un autre chiffre que j'aime bien, c'est les 15 000 litres d'air par jour. Là, on est en train de discuter tranquillement, et si on restait comme ça toute la journée, on aurait ventilé à peu près 15 000 litres d'air par jour. 15 000 litres d'air, c'est difficile d'imaginer ce que ça représente. Et moi, j'aime bien prendre l'analogie avec la nourriture. Vous mangez entre 1 et 1,5 kg, 2 kg si vous mangez beaucoup par jour. Vous allez boire 2 et 3 litres par jour, c'est ce qu'on vous conseille en tout cas. Combien de kilos d'air vous allez inhaler par jour ? 17 kilos. Donc c'est considérable. Et ça, c'est sans compter tout ce qui peut être ajouté comme polluants et autres substances dans l'air. Donc c'est beaucoup. Et si vous faites un effort, vous augmentez jusqu'à 5, 6 fois quelquefois la ventilation. Vous allez augmenter ce qui passe dans les poumons. Donc c'est fortement déconseillé de faire du sport les jours de forte pollution. Ou bien le long du périphérique. Vous allez me dire, mais il faut quand même faire du sport. Effectivement, il y a un travail qui a été fait par les gens du pays du Nord, la Scandinave, qui montre qu'en fait, on a plus de bénéfices en termes de survie à faire du sport que de risque de perdre des années de vie avec la pollution. Donc, quand on compare le bénéfice des deux, il n'y a pas photo, il faut faire du sport.
- Speaker #0
Ok, donc faire du sport, oui, mais en évitant quand même les pics de pollution. à l'échelle collective. Quelles sont les mesures de santé publique qui vous paraissent les plus efficaces ?
- Speaker #1
Avant de venir à ça, je reviens aux épurateurs et aux collectifs. Parce qu'il y a eu un travail qui a été fait, et il est français, donc c'est quand même intéressant. Il n'a malheureusement pas été publié dans des revues médicales, il a été publié dans la presse. Donc on n'a pas les preuves, la méthodologie scientifique associée. mais euh on va C'est en fait dans une école du 9e, où en fait il y a une cour de récréation qui est quand même très encaissée, et ils ont mis 10 filtres, 10 épurateurs d'air à haut débit. Ils ont un système qui n'est pas un système avec des filtres et pas, si j'ai bien compris, mais en fait c'est par électrostatisme, les petites particules se collent sur un système, et donc ils arrivent à épurer l'air comme ça, et surtout à diluer la pollution, de façon à réduire le niveau moyen de pollution.
- Speaker #0
Ils étaient situés où ? Dans la cour de récré. Dans la cour qui est dehors.
- Speaker #1
Et donc, à peu près dix minutes avant la récréation, on les mettait en route, et puis les enfants pouvaient s'ébrouer dans la cour, mais avec un air qui était de meilleure qualité, qui était mesuré, bien sûr. Et donc, ça semble... J'aimerais avoir les résultats avec une méthodologie, vraiment. Mais ils disaient qu'ils n'avaient plus l'usage du salbutamol, vous savez, de la ventoline pour l'asthme. et que les enfants avaient beaucoup moins de manifestations allergiques. Et donc, peut-être que c'est quand même quelque chose d'intéressant.
- Speaker #0
Et donc, à l'échelle collective, quelles mesures de santé publique vous paraissent les plus efficaces ?
- Speaker #1
C'est des mesures un peu restrictives, c'est-à-dire de dire qu'il faut circuler plutôt en bicyclette que par bicyclette. Une des mesures, c'est quand même le chauffage au bois. Alors après, qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on va utiliser comme type de chauffage ? Qu'est-ce que ce sont les pompes à chaleur avec une électricité qui doit être verte, etc. Mais il faut vraiment prendre des mesures pour limiter l'usage de ces chauffages au bois. Quand vous faites ça, vous vous opposez à des lobbies. Un autre exemple des lobbies, c'est Euro 7. Vous connaissez ça, Euro 7, c'est une nouvelle norme pour les voitures. De Euro 6, on est passé à Euro 7. Euro 7, ça a été une bagarre. J'avais écrit une tribune dans Le Monde pour essayer de dire que c'était important parce que ça allait sauver des vies. On a repoussé ça au calendre grec. Je ne sais plus si c'est 2028 ou 2030, la mise en application. Il y a vraiment un lobbying. Je comprends, il y a des emplois derrière, il y a un certain nombre de difficultés industrielles. Mais en tout cas, sur le plan sanitaire, c'est sûr que ce n'est pas quelque chose qu'il faut poursuivre.
- Speaker #0
Et certaines politiques comme les zones à faible émission, c'est beaucoup de débats.
- Speaker #1
La continuité de ce que je viens de vous dire, si vous allez sur le site de l'ORS, l'Observatoire Régional de Santé, vous aurez toute une étude qui a été faite sur l'estimation des conséquences sanitaires des EDFE, avec différents scénarios possibles, et en fait vous sauvez... hospitalisation pour accidents cardiovasculaires, des asthmes, etc. La mortalité aussi, vous évitez un certain nombre de morts. Donc clairement, il y a un aspect sanitaire dans ce genre de démarche qui n'est pas une démarche uniquement française. Si vous allez au Holland, par exemple, c'est le vélo maximum. Si vous allez à Barcelone, en Espagne, il y a aussi des endroits où la voiture n'a pas le droit de circuler. En Angleterre, il est payé pour pouvoir rentrer dans certaines zones. Donc ce n'est pas quelque chose qui est très nouveau. Mais sur les EDF en France, vous avez vu le tollé que ça a suscité du point de vue politique avec la réponse des politiques, c'est-à-dire on veut emmerder les Français. Non, ce n'est pas pour emmerder les Français, c'est qu'il y a un problème de santé publique. C'est ça qu'il faut comprendre avec la pollution et qu'il est urgent d'y répondre.
- Speaker #0
Oui, ça, on a l'impression qu'ils ne l'entendent pas. Puisqu'en plus, on utilise le fait que les gens n'ont pas beaucoup d'argent, ils ne peuvent pas changer de boîte. Ceci étant,
- Speaker #1
c'est un vrai sujet.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
C'est-à-dire que... C'est sûr qu'on peut améliorer la situation sanitaire, mais comment on fait pour aider les gens à vivre dans ces conditions-là ? Quels moyens de transport on met à leur disposition ? Et ça, on n'a pas ce type de réponse, malheureusement.
- Speaker #0
Et donc, s'il y avait une seule mesure urgente aujourd'hui à faire passer pour protéger nos poumons, ça serait quoi ?
- Speaker #1
Arrêter de fumer. Arrêter de fumer, mais aussi le bois de chauffage dont j'ai parlé, c'est aussi les mobilités. si possible, des mobilités douces, ce qu'on appelle douces, c'est-à-dire utiliser, quand on le peut, la bicyclette plutôt que la voiture, et les transports en commun. Donc, si vous devez aller de Paris à Marseille, il est préférable, d'un point de vue écologique, de prendre le train que de prendre sa voiture.
- Speaker #0
Pour terminer cet entretien, j'aimerais vous demander, Professeur Rousset, si vous pouviez donner un unique conseil aux jeunes générations, celles qui vont respirer l'air de demain, lequel serait-il ?
- Speaker #1
Informez-vous. Informez-vous sur des sources fiables. C'est toujours pareil. Sur les sources fiables, auprès de la Fondation des Sous, vous trouverez beaucoup d'informations, notamment le soufflotest, qui est un système qui vous permet de savoir où vous en êtes du point de vue respiratoire. Donc n'hésitez pas à vous connecter. Sur le site de la Fondation, une autre recommandation, c'est d'agir. Agissez chez vous dans la mesure de vos moyens individuels, mais vous pouvez limiter la pollution dans votre environnement intérieur.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté La Terre nous tient à cœur. Si cet épisode vous a plu, N'hésitez pas à le liker, à le commenter ou à le partager autour de vous, car c'est ce qui aide le podcast à grandir. Et si vous avez une question, une idée de sujet ou tout simplement envie de découvrir les coulisses des épisodes, rendez-vous sur Instagram, sur le compte La Terre à Coeur. Vous pouvez aussi retrouver tous les épisodes sur votre plateforme d'écoute préférée. A très vite, et d'ici là, prenons soin de nous, prenons soin de la Terre.