- Speaker #0
Ce podcast aborde des sujets difficiles, notamment des violences sexuelles.
- Speaker #1
Il commence en étant tout gentil. Il vient d'abord comme un homme attentionné. Et par la suite, il devient cet homme qui m'oblige directement à me prostituer. Je m'appelle Grace. Je suis d'origine camerounaise. Je suis âgée de 26 ans cette année.
- Speaker #0
Après le succès de la saison 1, nous avons été contactés sur les réseaux sociaux de la vie en rouge et au Mouvement du Nid par de nombreuses personnes qui souhaitaient à leur tour enregistrer. Cette saison 2 accueille ainsi de nouvelles personnes, soit venues après avoir écouté le podcast, soit parce qu'elles étaient accompagnées par le Mouvement du Nid, et y ont vu la possibilité de s'exprimer publiquement sur leur histoire. Elles ont conçu et réalisé ces épisodes en choisissant les thématiques qu'elles voulaient aborder, en participant au montage et en s'engageant dans un mouvement collectif.
- Speaker #1
On parle souvent du choix. Elles ont choisi. Elles aiment ça. Elles savent où elles vont.
- Speaker #2
Nous, survivantes d'inceste, de violences intrafamiliales ou de prostitution, on cherche la dissociation. Nous, les survivantes de la prostitution, on est les dernières oubliées du mouvement MeToo.
- Speaker #3
Moi, je n'avais pas l'impression que c'était un métier. C'était un calvaire. Maintenant que j'ai 58 ans, j'avais 45 ans quand j'ai commencé. Alors,
- Speaker #0
comment... Une banale jeune fille qui n'a pas spécialement de problème dans sa vie peut se retrouver sur le chemin de la prostitution.
- Speaker #3
Je suis survivante de la rue, je suis survivante de la prostitution.
- Speaker #2
J'avais envie de tout détruire, de casser toute ma vie, je me retrouvais dans la prostitution de nouveau. On ne peut pas guérir le viol avec le viol. On a survécu.
- Speaker #0
La vie en rouge, un podcast conçu et réalisé par des femmes ayant connu la prostitution. Saison 2, épisode 4, sous l'emprise d'un conjoint proxénète. Comment tu te sens ?
- Speaker #1
Je dirais chamboulée, contente, parce que c'est ma première fois dans un studio où je peux parler de ma situation. Et aussi, c'est comme une sorte de thérapie pour moi. Parler, c'est bien, ça libère. Et ça fait aussi plaisir de s'écouter en parlant et de savoir que mon témoignage va aider toute personne. J'ai fait des études dans la communication immédiate en Hongrie. J'ai aussi fait des études de psychologie, mais une année au Cameroun à l'université de Douala. Je suis aujourd'hui dans le podcast La Vie en Rouge pour témoigner de ma situation en tant qu'ex-prostituée, si je peux le dire comme ça. Afin que ça aide aussi d'autres femmes qui subissent la même situation que moi et qui veulent sortir, qui veulent en parler, qui veulent... dialoguer, qui voudraient savoir que d'autres femmes ont subi la même situation, mais elles ont pu s'en sortir. Avant de venir en Europe, ma vie familiale, elle était assez stable. Je suis l'aînée de deux soeurs et un frère avec une mère très adorable, très présente pour l'éducation de ses enfants. J'ai fait des études au Cameroun jusqu'à obtenir mon baccalauréat C.A. dans l'Igdiraie. Et j'ai fait une année à l'université de Douala. Cependant, à la recherche d'une vie assez stable, je me suis référée à des études en Europe. C'est de là où j'ai obtenu un certificat d'études pour la Hongrie en communication et médias. À mes propres frais. Ma pension, mes frais de nourriture, de logement étaient générés par mes parents. Au Cameroun, il y a des tensions dans la zone anglophone, mais d'où j'ai vécu, c'était assez paisible. Je n'ai pas connu de guerre, je n'ai pas connu d'incision comme d'autres en ce qui concerne le Cameroun. Je dirais que de ma connaissance, c'était plutôt calme. En tant que femme, en tant qu'être-mère même, j'avais des envies de m'épanouir plus. de me dire que si je décide de prendre une décision pertinente ou qui ne me concerne que moi sur le domaine du travail, que les opportunités ne soient pas limitées. Parce que je ne compte pas critiquer mon pays, mais je dirais qu'en opportunité professionnelle, les portes ne sont pas tellement ouvertes qu'en Europe. J'aspirais à plus grand. Aller étudier en Europe m'aurait ouvert d'autres portes plus grandes et plus importantes qu'au Cameroun. J'ai fait des recherches sur le net pour avoir une admission scolaire. Et j'ai obtenu cette admission à l'université de Novaroche en Hongrie. Ma première année, ça a été très difficile. Au départ, quand je suis arrivée, j'avais un accent anglais et des lacunes à pouvoir m'exprimer, à pouvoir échanger. Et en Hongrie, il y a comme une sorte de conservation sur les valeurs. Ils donnent plus de valeur sur la langue hongroise que la langue anglaise. Et d'où j'étais dans une province, c'est qu'ils limitaient mes opportunités d'expression et de rencontre avec mon entourage. Je ne parle pas hongrois. Je n'avais pas d'amis, je n'avais pas de famille, je n'avais personne avec qui je pouvais bavarder, avec qui je pouvais échanger. J'étais toute seule dans ma colocation. Et même mes colocataires de chambre aussi, elles venaient d'autres pays. L'échange entre elles et moi était assez difficile.
- Speaker #0
Donc tu étais très seule ?
- Speaker #1
Oui, j'étais très très seule. C'est là que j'ai fait une rencontre, si je dirais. amoureuse fictif j'emploie le mot fictif parce que cette rencontre a été comme une sorte d'échec je me suis fait à moi-même un miroir d'une relation stable mais qui n'était pas cela en fait qui s'est plutôt avéré être une
- Speaker #0
source de problème c'était même une situation de violence
- Speaker #1
très très très très violente que ce soit verbalement que ce soit physiquement que ce soit moralement et psychologique ça m'a créé beaucoup de soucis même avec ma propre famille ça a créé des tensions que jusqu'aujourd'hui on n'a pas encore réussi à stabiliser mais on essaye d'avancer effectivement c'est arrivé voilà on accepte j'ai fait la rencontre de nom dans un marché de noël qui m'a fait comprendre que lui aussi il était de mon origine et je suis précisément de l'ouest Cameroun alors à l'ouest de ma part je dirais que nous sommes aussi un peu assez conservateurs des valeurs comme quoi le peuple bantu ils nous sont très attachants le fait de rencontrer une personne qui a ces mêmes valeurs que moi et de la rencontrer à un moment où je suis tout seul ça a été comme une une nouvelle tue d'esprit. Je me suis dit que finalement, je rencontrais cette personne avec qui je pouvais échanger, avec qui je pouvais avoir ce que je n'arrivais pas à avoir, une stabilité maritale, une stabilité émotionnelle, une stabilité morale. Et c'est de là qu'il s'est servi de moi. Il y a eu plein de situations qui sont arrivées par la suite. Il commence en étant tout gentil. Il vient d'abord. comme un homme attentionné, comme celui-là qui comprend, qui écoute, qui est présent, qui me soutient, qui veut être cet ami, ce frère avec qui je peux échanger. Et par la suite, il devient cet homme qui m'oblige directement à me prostituer, qui me fait entrer dans un milieu où je n'avais jamais imaginé me retrouver. D'ailleurs, je ne porte pas un jugement, mais de ce que j'ai subi, ce n'est pas ce que j'attendais de lui.
- Speaker #0
t'isole de ta famille et qu'il te fait quitter tes études ?
- Speaker #1
Déjà, il me demande de couper les ponts avec mes parents. Il me demande de les supprimer de tous mes réseaux. C'est ce que je fais parce que je me dis que peut-être mes parents ont la vision ancienne et que si j'écoute mon instinct et mon cœur, forcément, ça ne me trompera pas. Je voyais un homme attentionné, un homme présent, un homme qui sait ce qu'il veut, un homme qui dit et qui fera. Je n'ai pas écouté mes parents parce que mes parents m'avaient prévenu qu'ils trouvaient ce jeune homme pas du tout sérieux. Mais je ne les ai pas écoutés. Ils savaient que ma situation en Hongrie, déjà avec la frustration, que je n'arrivais pas à en parler à mes parents parce que je suis une personne pas assez ouverte. Si je peux dire comme ça, très restreinte, qui ne parle pas beaucoup. Donc il s'est joué de cela et il a su me manipuler. Quand je coupe le contact avec mes parents, c'est là où il me fait comprendre que directement il veut m'épouser. Il voudrait que lui et moi on commence une nouvelle vie, une vie de couple, une vie de foyer. Il me disait vivre sur Paris et que quand on allait quitter la Hongrie, on allait se retrouver sur Paris. Juste avant que ton titre de séjour en Hongrie arrête, il te pousse à arrêter tes études ? Il me pousse à arrêter mes études et il prend le prétexte comme quoi il va me trouver une autre formation. Je suis parie meilleure que ce que je faisais, que la communication immédiate. Il me fait comprendre qu'en venant en France, j'aurai des opportunités professionnelles et éducatives. Et aussi, on pourra vivre ensemble dans son appartement. En vérité, ça devient un réseau de prostitution. involontairement de moi mais je me sens obligée parce que elle prend des raisons comme quoi on ne connaît pas le choix j'avais été exclue de mon école dont il savait déjà et il savait que mon titre devait expirer dans pas longtemps donc il m'a fait comprendre que il aurait le temps de pouvoir me trouver du travail de pouvoir m'inscrire dans une école et de pouvoir s'installer avec moi en france et je me disais que c'était plutôt bien ce plan Mais plus tard, ça a été plutôt un autre plan. Il m'a amenée tout d'abord en Allemagne, où on a fait pratiquement neuf mois. Je ne me rappelle plus très bien de la ville. Je crois que ça finissait par Brecken, comme ça. De là, nous étions dans un Airbnb où on vivait. Je ne connaissais pas son nom, je ne connaissais pas son prénom. Je n'avais aucune identité de lui. Je n'avais aucune information pour mettre sur le visage. Tout ce que je savais, c'était que je vivais avec un homme.
- Speaker #0
Il montait surtout.
- Speaker #1
Il montait surtout. Il montait même sur son âge. Dans le Airbnb, il commence directement à me dire, tu sais, moi, j'aime bien des parties de Jean Balé à trois, à quatre, et pas à tous. Et puis, je lui fais comprendre que ce genre de choses, ce ne sont pas dans nos cultures africaines. Ce ne sont pas dans nos moindres. Et je suis choquée, la première fois qu'il me l'a dit, j'étais choquée, je me suis dit mais comment toi avec qui j'échangeais au départ, j'avais l'impression qu'on partageait les mêmes valeurs, les mêmes idéologies, tu te retrouves dans ce genre de mots, qu'est-ce que cela signifie ? Et puis il me fait comprendre que c'est ça mon quotidien, on a besoin de faire ça parce que... Je n'ai plus de travail, je n'ai pas d'argent, j'ai perdu tout. Donc, si tu le fais pour quelques temps, pour un ou deux mois, personne ne le saura, il n'y a pas ta famille ici, il n'y a pas tes amis ici, personne ne va te juger et voilà, ce sera que pour quelques temps. Mais quelques temps, c'est devenu neuf mois.
- Speaker #0
En fait, il est un proxénète.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et il utilise les mêmes méthodes qu'utilisent les proxénètes avec toi. Mais sauf que toi, tu es sous emprise et que tu n'as pas le choix, en fait.
- Speaker #1
Oui, et je continue toujours à me dire, même... Même dans ça, peut-être que c'était juste éphémère, peut-être qu'il avait du bon en lui, peut-être que c'est ça qu'une femme devait faire pour conserver son foyer, peut-être que c'était ça, être une femme au foyer obéie. Il me disait que c'est ça que je devais faire et puis il me disait que tu le fais pour une bonne cause, tu le fais pour nous deux et ensuite on aura cette vie stable qu'on a tant voulu tous les deux. La première fois, ça a été un choc pour moi, horrible. Ça a été très horrible pour moi de vivre cela parce que la première fois, il me dit, il y a deux hommes qui viendront et il faudra faire ce qu'ils te diront. Après, peut-être on va s'arrêter là. Je me suis dit d'accord. C'était lui qui gérait tout, qui gérait la recherche des clients, qui gérait aussi les finances. Je n'avais pas droit aux finances, je ne connaissais même pas combien en tout on gagnait par semaine. Parce qu'au tout premier mois, c'était juste une à deux fois par semaine. Mais quand il s'est rendu compte que je pouvais accepter, parce que je n'avais pas le choix, c'est devenu récurrent. Donc je subissais de la prostitution tous les jours, à des heures non fixes. Que je sois en humeur, que je me sente bien. que je me sente malade, que je me sente triste, ce n'était pas son problème. Le plus important pour lui, c'était juste que je puisse rapporter de l'argent à travers l'acte sexuel. Ces deux hommes-là m'ont proposé des pratiques obscènes. Ils m'ont dit qu'ils ne devaient pas me prendre derrière. Ils demandaient pas l'ANA, ils demandaient des fellations. Ils demandaient plus des choses que je n'avais jamais faites de ma vie. Des choses que je trouvais très sales, il me les demandait. Quand ils sont partis, je lui ai dit, mais cette vie-là, ce n'était pas cette vie qu'on s'était promis. Et lui, il me disait toujours, ne t'inquiète pas, ça ne va pas être pour longtemps. Personne ne saura. Et puis d'ailleurs, pense que tu n'as plus de documents, tu n'as plus de situation, tu n'as personne, tu n'as pas de famille ici. Comment est-ce que tu feras ? Et je me retrouvais à me dire, effectivement, c'est uniquement lui, ma famille ici. Donc, j'acceptais.
- Speaker #0
Mais il devient violent aussi.
- Speaker #1
Oui, il était très violent, verbalement et physiquement. Plusieurs fois, il m'a battue. Je me suis tue. Plusieurs fois, il a essayé de m'asphyxier. Quand je me suis révoltée, plusieurs fois, quand je dis, je n'ai pas envie ce soir-ci de me prostituer, il me battait. Il me battait, il m'asphyxiait et il faisait deux jours sans me donner de quoi manger. Celui qui choisissait tout, je ne choisissais rien. Que ce soit la clientèle féminine, celui qui choisissait, celui qui fixait les heures, celui qui fixait les prix, celui qui fixait tout.
- Speaker #0
Alors tu dis la clientèle féminine, qu'est-ce que ça veut dire ? Il y avait des hommes et des femmes comme clients ?
- Speaker #1
Oui, il y avait des hommes et des femmes comme clients qui venaient, qui voulaient expérimenter des parties à trois, des couples même. Des personnes pas très jeunes dans la quarantaine qui me demandaient des pratiques assez sales, obscènes, que je dirais, mais je le faisais. Et il y avait aussi des sadiques qui préféraient la violence qu'à l'intimité. Et ça, je l'acceptais. Et lui, il était assis sur la chaise, il attendait. Il ne disait rien. Il prenait juste l'argent au client. C'est tout ce qu'ils faisaient.
- Speaker #0
Mais ils restaient dans la pièce.
- Speaker #1
Ils restaient dans la pièce et puis ils disaient, c'est bien, tu fais du bon travail, bientôt on va arrêter, ne t'inquiète pas. Et au fil du temps, ça faisait déjà quatre mois, cinq mois, je commençais à m'interroger, à pleurer, à me demander, mais comment est-ce que j'ai fait pour me retrouver dans ça ? Comment faire pour en sortir ? Quelle est l'issue ? Je n'en trouvais aucune. Parce qu'en Allemagne, vu que je ne parlais pas allemand, vu que je n'ai pas de famille, vu que je n'ai pas d'amis, je n'ai rien, je n'ai pas d'argent, comment est-ce que je vais commencer pour expliquer ma situation ? C'était ça mon problème. À qui le dire et comment le dire ? J'avais aussi peur du regard d'autrui. Qu'est-ce que les gens penseront de moi ? Qu'est-ce qu'ils diront ? Ne vont-ils pas me juger ? Ne vont-ils pas dire que j'ai été volontaire, j'accepte de me prostituer ? Ne vont-ils pas trouver que celui-là, l'homme, il n'a pas tort ? Parce que je me posais tellement de questions, parce que je me disais que si déjà des personnes en tant que kiyon viennent et savent que je ne veux pas me prostituer, mais m'obligent à le faire, m'obligent à faire des pratiques, m'obligent à faire des fellations, m'obligent à faire ceci, cela, comment est-ce que je pourrais m'exprimer ? Ils comprenaient très bien parce que je disais aux kiyons que s'il vous plaît arrêtez, je ne suis pas une prostituée, je n'aime pas ce que je fais. est que vous pouvez m'aider et aucun ne dit un mot, aucun. Et c'est de là que je me suis dit si ces gens-là qui viennent pour profiter de moi, pour de l'argent, n'arrivent pas à en parler. Est-ce que si je vais dehors pour dire que je subis la prostitution ou bien que je vis avec un bourreau, est-ce que c'est moi qui ne serais pas plutôt vue comme l'agresseur ?
- Speaker #2
Nous, Alexine, Amani, Ambre, Amina, Anne, Esther, Favour, Grace, Hope, Lexi, Rosalie, Rosane, Sabine, Valérie et frères de banquise qui avons connu la prostitution, qui avons pu nous en sortir. Nous avons conçu et réalisé ce podcast pour faire entendre ce qu'est vraiment la prostitution. Si vous aussi vous vivez ou avez vécu de la prostitution, sous quelque forme que ce soit, et vous voulez en parler, vous pouvez nous contacter sur les comptes Instagram et TikTok de La Vie en Rouge.
- Speaker #0
Retrouvez toutes les informations sur les extraits sonores et témoignages évoqués dans la description de l'épisode. Cette saison 2, comme la première, a été entièrement conçue et réalisée par des femmes ayant connu la prostitution, avec le soutien financier, logistique et éditorial du Mouvement du Nid. Dans cette saison, vous entendez aussi la voix de Sandrine Goldschmidt, rédactrice en chef de la revue Prostitution et Société, qui dialogue avec les nouvelles personnes enregistrées. Au montage, Les conceptrices du podcast ont été également épaulées par Bertrand Boissimon, réalisateur-monteur, et Céline Muller, productrice. Les épisodes ont été enregistrés au studio La Poudre de la Cité Audacieuse. Nous remercions tous les services civiques qui nous ont facilité le travail. Merci à la Fondation des Femmes pour son soutien indéfectible aux femmes victimes de violences. Les épisodes sont disponibles sur toutes les plateformes d'écoute.