- Speaker #0
Ce podcast aborde des sujets difficiles, notamment des violences sexuelles.
- Speaker #1
On nous parle souvent du choix. Elles ont choisi. Elles aiment ça. Elles savent où elles vont.
- Speaker #2
Nous, survivantes d'inceste, de violences intrafamiliales ou de prostitution, on cherche la dissociation. Nous, les survivantes de la prostitution, on est les dernières oubliées du mouvement MeToo.
- Speaker #3
Moi, je n'avais pas l'impression que c'était un métier. C'était un calvaire.
- Speaker #0
Maintenant que j'ai 58 ans, j'avais 45 ans. Comment j'ai commencé alors ?
- Speaker #1
Comment une banale jeune fille qui n'a pas spécialement de problème dans sa vie peut se retrouver sur le chemin de la prostitution ?
- Speaker #3
Je suis survivantes de la rue, je suis survivantes de la prostitution.
- Speaker #2
J'avais envie de tout détruire, de casser toute ma vie. Je me retrouvais dans la prostitution de nouveau. On ne peut pas guérir le viol avec le viol. On a survécu.
- Speaker #0
La vie en rouge, un podcast conçu et réalisé par des femmes ayant connu la prostitution. Épisode 4 Une vie dans les foyers de l'enfance.
- Speaker #3
Je suis survivantes des foyers de l'enfance, je suis survivantes de la rue, je suis survivantes de la prostitution. J'ai fait un aphartus avec tout ça, survivantes aussi avec ma santé, voilà, survivantes. Moi c'est Anne, donc j'ai 57 ans aujourd'hui, je suis né garçon. J'ai subi une transition, un changement de sexe, un changement d'état civil. Aujourd'hui, je suis une femme. J'ai grandi dans les foyers de l'enfance. Ma vie a commencé de cette façon-là. Et elle a duré jusqu'à ma majorité, puisque je n'ai connu que ça, en fait. Dans ces foyers-là, j'ai vu et j'ai subi beaucoup de choses. Mon histoire dès ma naissance est très floue. Je n'ai que des suppositions. Je connais quand même le nom de ma vraie mère, que j'ai découvert à l'âge adulte, en fait, à la majorité. Je n'ai vu ma vraie mère qu'une semaine. Elle avait ses problèmes aussi. Donc je n'ai que des suppositions, ma vie était un grand flou. Et à l'âge de 4 ans, j'étais adopté. Et j'étais retiré de cette famille un an après, pour mauvais traitement. Il faut le savoir, donc j'ai été adopté qu'une seule année. Et je suis resté de l'âge de 5 ans jusqu'à mes 18 ans, dans les foyers de l'enfance, et avant mes 4 ans, je pense que c'était la pouponnière, puisque c'est les foyers pour les bébés, c'est la pouponnière en fait. Oui,
- Speaker #0
t'as pas de souvenirs en fait.
- Speaker #3
J'ai pas de souvenirs de ça. J'ai mes souvenirs à partir de 4 ans, quand j'ai commencé à recevoir mes premiers coups, oui. Parce que moi, ma vie a commencé très tôt, en fait. En très peu de temps, j'ai eu la totale. J'étais balancé dans les foyers, j'ai vécu trop vite et trop jeune. Quelque chose que je n'aurais pas dû voir. C'était pas ça, le chemin normal.
- Speaker #0
C'était dans les années 60, fin des années 60. Et donc, pour qu'à l'époque, ce soit signalé, des mauvais traitements qui fassent que tu es passé en foyer, c'est quand même qu'il y avait... Que les voisins en parlent, c'est très grave.
- Speaker #3
Mais il y avait aussi des marquins. Il y avait des cris le soir aussi. On m'a enlevé d'un piège pour m'en mettre dans un autre. C'est comme ça que je l'ai vécu. On m'a enlevé d'un endroit où j'étais en danger pour me mettre dans un autre endroit où j'étais en danger, en fait. Et le danger n'était pas le même, évidemment. Mais on pense que les foyers de l'enfance, à cette époque, et d'ailleurs je ne suis pas la seule à dire cela, il y a d'anciens éducateurs qui sans doute le diront, à cette époque c'était juste des garderies. Il n'y avait pas vraiment de travail pédagogique, tout ça, non, c'était de la garderie. L'éducateur il venait, il s'occupait des gamins, il partait, ça changeait d'éducateur, etc. On a eu très tardivement l'arrivée des psychologues à l'intérieur des foyers. Au début, on n'avait pas de psychologue. Après, si, on avait une fois par semaine une psychologue qui venait parler avec les gamins qu'ils souhaitaient. On allait plus faire les oives chez la psychologue qu'autre chose. C'était de l'anonymat. Après, oui, ils ont commencé un petit peu à s'occuper de chaque cas, de chaque personne. Moi, à mon époque, c'était les foyers de 150 gamins, à peu près. Donc, on passait inaperçu là-dedans, en fait. La violence arrive trop tôt. Aussi, d'entrée, dès que vous arrivez dans un foyer. Si vous étiez faible, vous faisiez manger, en fait. Déjà quand on arrive la première fois dans un foyer, c'est la valise. Il fallait que je surveille la valise parce qu'on m'aurait piqué tout ce que j'avais en 5 minutes. Après il y a déjà un peu les caïds du foyer, même quand vous êtes petit, quand vous avez même 5-6 ans, c'est pareil. Vous avez toujours un peu plus fort qui viennent autour et qui tout de suite vous font comprendre qu'il ne faut pas rigoler. Parce qu'il y a deux lois dans les foyers. Il y a la loi de la loi et il y a la loi des foyers entre gamins. A tous les stades d'âge, vous avez une loi dans les foyers qui échappe à tout éducateur en fait. Et le truc c'est qu'on vous fait vite comprendre qu'il faut marcher comme ça. Si vous vous rebiffez parce qu'on vous pique un truc, vous vous exposez à une bagarre, vous vous exposez à des choses comme ça. Si vous dénoncez quelque chose, vous vous exposez à prendre tout le foyer dessus. C'est comme ça. que ça marche.
- Speaker #0
Donc il n'y a pas d'adultes qui jouent le rôle d'adultes protecteurs à ce moment-là ?
- Speaker #3
Absolument pas. Par exemple, quand il y a une bagarre dans un foyer, ça ne se passe pas devant les éducateurs forcément. L'éducateur va être là, venez manger, venez à table, venez faire vos trucs, allez prendre votre douche, allez vous coucher. Mais il n'est pas 24h sur 24 dans la vigilance. On connaît les petits coins où on va aller régler nos comptes dans les foyers. On sait que ça se passe vers la lingerie, derrière. On sait que ça se passe à la sortie du foyer. On sait que ça se passe... Il y a beaucoup d'endroits où on règle nos comptes dans les foyers. On s'attend, on se menace, etc. Dans le foyer, devant l'éducateur, quand on est jeune, on va faire un petit sourire. Dès qu'il va avoir le dos tourné, on va l'insulter, on va faire des tas de choses, et puis on va se taper dessus, on va fumer, on fait tout ce qu'il ne faut pas faire.
- Speaker #0
Et on est obligé d'adopter ces codes alors ?
- Speaker #3
C'est obligé. Si vous n'adoptez pas ces codes, vous devenez le souffre-douleur. Ça, il faut bien le comprendre. C'est-à-dire que c'est soit vous marchez avec tout le monde, vous marchez comme les... C'est pas comme tout le monde, c'est comme les plus forts, en fait. Il y a des enfants qui sont placés pour aller, on va dire, un an, deux ans dans les foyers parce qu'il y a des problèmes familiaux ou autres. Mais le traumatisme, il est quand même là. Parce que pendant un ou deux ans, tu les prends quand même, les codes des foyers. Moi, je sais qu'à un moment donné, une jeune fille est rentrée dans un foyer avec un petit nounours. Seulement à son âge, même si c'était 7-8 ans, il n'y a plus personne qui a de l'honours dans les foyers. On se foutait d'elle, on lui a pris son honours, on a commencé à la taper, on a commencé à l'engueuler, à l'intimider. C'est dès le premier soir. Donc on met un enfant, un an, 6 mois, 15 ans dans un foyer, le traumatisme sera exactement le même. Moi j'avais trouvé la parade, j'écrivais des poésies pour les copines. Donc en fait on m'appelait l'écrivaine à l'époque. Alors je les prends au féminin. Et en fait, j'écrivais des poèmes pour les caïds, pour leurs copines. Du coup, ils me prenaient à la bonne. Dans les foyers, on cherche à avoir toujours de l'argent. De l'argent pour aller au cinéma. Enfin, je parle de l'époque, je parle des années 70-80. On cherche de l'argent pour sortir, on cherche de l'argent pour s'amuser. L'argent, on aime bien dépenser, acheter des clopes, parce qu'on commence à fumer à 10 ans, 10-11 ans, on commence déjà à ce qu'on appelle à crapoter. On va s'enfermer dans les toilettes, on va crapoter, on va fumer une cigarette. 5 minutes après, il y a l'éducateur qui arrive, qui va sentir la fumée de cigarette. Bon, ça fait un peu sonner les cloches, mais ça ne va pas plus loin. Il ne va pas chercher à nous prendre un paquet de cigarettes, même si on va sur nous. Il va juste dire, il ne faut pas fumer dans les toilettes. C'est ça, allez, va te faire foutre. C'est un peu la réponse. Je parle le langage des foyers, c'est ça en fait. On ne met pas de forme. Ensuite, arrive un copain. Du foyer qui a 200 francs sur lui, je parle encore en francs, et on se dit comment t'as réussi à avoir cet argent et tout. Il nous dit ben voilà un tel là le petit vieux qui est devant, là qui attend devant, lui tu vas il te touche un peu, il va te filer 100 balles quoi. Alors du coup tu peux pas me le présenter tout ça. Et le pote du foyer qui va arriver devant le petit vieux et qui va dire je te présente un tel, voilà il est du foyer aussi. Et du coup une conversation va s'engager etc. depuis très vite des propositions. Le petit vieux, il va dire, ça t'intéresserait de venir à la maison un après-midi, ou alors sortir aller boire un verre, ou n'importe quoi. Et du coup, on dit oui. Parce qu'on est très tenté. Et puis, nous, c'est un jeu. On ne voit pas le mal en fait. C'est un adulte qui doit avoir dans les 50 ans, qui s'intéresse à une gamine ou un gamin de 10 ans, 10, 11 ans, 12 ans. Voilà, c'est un monsieur qui, quand il vous regarde, quand il vous touche, il transpire et devient tout rouge, quoi. Le gars, vous avez l'impression d'avoir un phoque devant vous. On voit que le mec, il est en pleine excitation, quoi. Il a besoin de ça. Mais vous, vous dites, ouais, vas-y, excite-toi, mon grand, moi je vais avoir 100 balles, 200 balles, et on prend ça comme une victoire, en fait. On prend pas ça comme une agression.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça qui est intéressant. Quand on voit pas le mal, c'est en fait, on voit pas le mal. que ça vous fait ?
- Speaker #3
Pas sur le moment, non. Parce qu'on n'a aucune prévention. Pour nous, un monsieur qui nous touche, qui suit comme un bœuf et tout, on va rigoler entre nous. Parce qu'on va se raconter ça entre les copains du foyer. On va rigoler, on va se foutre de lui. Mais à aucun moment, on va se dire tiens, on est victime d'un prédateur. Ça crée un besoin de recommencer, surtout. Parce qu'on ne voit pas les choses. Il n'y a que plus tard, quelques années plus tard, qu'on commence à prendre le revers de la médaille. Quand on a la connaissance. de ce qu'on a vécu, quand on sait qu'on a été abusé, que c'est un adulte de 50 ou 60 berges qui a touché un gamin de 10, 11 ans, 12 ans, qui en l'occurrence était nous en fait. Et là on se dit mais merde, mais j'ai été violé. On a abusé, que ce soit dans un foyer, que ce soit en manque affectif, que ce soit... On a profité de tout ça pour assouvir un besoin sexuel. Et ça, je ne le voyais pas sur le moment. Sur le moment, pour moi, c'est un jeu. Mais on voyait l'intérêt qu'il y avait derrière. Parce que dans les foyers, c'est de la survivantes. Donc on voyait qu'avec les 100 francs, on allait pouvoir s'acheter ça, s'acheter ça. Et puis c'était un monsieur quand même qui s'intéressait à nous. Il faut savoir que le manque affectif est énorme dans les foyers de l'enfance et vous avez un monsieur qui est tout gentil avec vous. Il vous touche et tout, mais il n'est pas méchant, il n'est pas agressif, il ne vous fait pas de mal. Enfin du moins, physiquement, vous n'en avez pas conscience. Bien sûr qu'il vous fait du mal, mais ça vous le comprendrez plus tard. Donc il vous touche et tout, mais il vous donne aussi de l'attention, de l'affection. C'est ça qu'on puise en fait dans ce prédateur-là. Et il le sait très bien. À un moment donné, vous avez quand même un choc. Quand vous grandissez, vous avez 14-15 ans. Là, vous dites, mais qu'est-ce que je suis en train de vivre ? C'est quoi ma vie ? Je suis en train de me faire tripoter, pour de l'argent, on peut faire ce qu'on veut avec moi en fait.
- Speaker #0
Tu parles de 14-15 ans, justement, c'est quoi qui fait les 14-15 ans ? Bon, c'est la fin de la puberté déjà, et c'est l'époque où on a envie de commencer à vivre des relations affectives, amoureuses, sexuelles, etc.
- Speaker #3
Mais vous en avez déjà vécu, et c'est ça le problème. Mais pas les bonnes. Et quand vous tombez sur une personne que vous avez 14-15 ans, les premiers émois et tout, et vous êtes pris dans un dilemme qui est affreux. Qu'est-ce que je suis ? Je suis une merde. Est-ce que j'ai le droit de sortir avec cette personne ? Après ce que je suis, ce qu'on m'a fait, ce que j'ai fait. Vous culpabilisez de ça. Vous dites mais comment j'ai pu accepter ça ? On était des gamins, donc vous voyez. Et c'est très difficile parce que vous avez aussi des parents qui ne font que mettre le doute. Parce que moi j'avais rencontré une amie, une copine à l'école. Les parents ont interdit qu'elle me fréquente parce que je venais d'un foyer. Donc ça ne fait que rajouter encore de la culpabilité. Et c'est vrai dans un sens, ils avaient raison, puisque à 10-12 ans, je me laissais bouger par des messieurs, etc. Donc il y a toute une construction qui se met en place, et vous vous dites, mais je ne suis rien du tout. Aucun moment un adulte a bien frein. Et pourtant j'en ai parlé parce que j'avais déjà été attouché à l'âge de 9 ans en traversant un jardin. Et j'ai été voir l'éducateur le soir en disant il y a un monsieur qui m'a touché le sexe en fait. Et la réponse que j'ai eue c'est va te coucher quoi. Et après j'en ai plus jamais parlé puisque pour moi c'était devenu normal quelque part. Aucun adulte, aucun, n'a seulement pris conscience de ce qu'on vivait en fait réellement. Ma vie, ça a été une succession d'abandons. J'étais abandonné à ma naissance, mais j'étais abandonné par le système, évidemment. Évidemment. Puisque j'ai dû survivantes et me débrouiller seul.
- Speaker #0
Est-ce qu'à un moment donné, il y a le mot prostitution ? Ça y est, on est déjà dans la prostitution. Oui, mais t'en avais conscience ?
- Speaker #3
Oui, tout à fait. Après, à partir du moment où je me suis fait attoucher contre les bonbons à l'époque, à l'âge de 9 ans, j'avais pris conscience que mon corps avait quand même une valeur. Et puis à chaque fois, on me payait pour me toucher. Quand un monsieur avait 50-60 ans et qu'il me donnait 100 ou 200 francs pour me toucher, mon corps avait une valeur. Après, c'était un moyen de survivantes comme un autre, j'ai mis ça en place. Et après, j'allais chercher le client, en fait. Je savais où aller dans les milieux homosexuels, en général, c'était là où ils se trouvaient la plupart du temps. Alors j'allais à Nice, au Jardin Albert Ier à l'époque, au Survivantes, il y avait le Jardin Alsace-Lorraine, la prostitution masculine était là. Et donc même si j'arrivais de Grasse ou de Cannes, j'allais à Nice, je savais où étaient les coins de prostitution et je me prostituais. Pour la prostitution c'était simple, je me promenais dans le parc et j'avais 50 personnes qui me tournaient autour. J'avais qu'à choisir et mettre mes prix. Ça je l'avais compris, la prostitution c'était ça, mais c'était les foyers, c'était la loi, c'était la règle pour moi. C'était ma survivantes. Il faut bien penser une chose, ça je tiens à le dire aujourd'hui, c'est que moi j'ai une éducation de foyer. Dès qu'il y a un danger, je vais le détecter, je vais agir en conséquence. C'est ça qui peut surprendre, parce que le danger n'est pas forcément là. Mais si je sens une hostilité dans l'endroit où je me trouve, je vais réagir immédiatement en conséquence. Et le truc, c'est qu'on ne sort jamais vraiment d'un foyer de l'enfance, surtout après tant d'années. Oui, il m'arrive de pleurer en pensant à tous les enfants qui aujourd'hui, malheureusement, et là tu vois, je sens que les larmes sont en train de monter. A tous ces enfants qui aujourd'hui sont en train de passer par ça, et ça, ça me déchire. Et j'ai envie de dire, mais ne placez pas des enfants comme ça, avant de bien réfléchir, parce qu'ils vont souffrir, vraiment. Et je me suis... J'ai juré tout au long de ma vie que de toute façon, tôt ou tard, je servirais la cause de ces enfants-là, je servirais la cause de ces victimes, parce que malheureusement, ce sont des victimes dont on en parle très peu. Et c'est par expérience, je suis un petit peu leur grande sœur aujourd'hui, que j'ai envie de me battre pour ces enfants-là. Et surtout dans le milieu prostitutionnel, parce que c'est les foyers de l'enfance, qu'on le veuille ou pas, c'est un vivier pour les prédateurs. Alors j'ai aussi écrit un livre. le visage de l'autre, qui raconte dans tout mon parcours.
- Speaker #0
Cet intérêt pour l'écriture, pour la poésie, tu dis, est-ce que tu as une idée d'où ça vient ? Qu'est-ce qui t'a donné envie ? Parce qu'ensuite, tu as fait des études, etc.
- Speaker #3
L'amour de la littérature, parce que c'est ma prof de latin à l'époque qui m'a donné cette envie, parce que elle m'a fait rêver. Elle m'a fait rêver parce que j'ai été transporté à travers Ulysse, à travers tout ça. J'ai été transporté à travers tous les textes qu'elle lisait, qu'elle nous faisait découvrir. J'ai découvert un univers sublime qui me faisait rêver, qui me faisait partir ailleurs. Et j'ai vu aussi qu'à travers les mots, je pouvais moi-même fabriquer mes petits décors. Moi-même, je pouvais faire ce que je voulais. Je crois que c'est ça, le début, pour moi, ça a été un échappatoire. J'étais dans un foyer qui était glauque, qui était atroce, qui était noir. Et je pouvais écrire un décor qui était joli, qui était des nuages, des oiseaux, la plage, plein de gens sympas sur la plage. Voilà. C'est ça, l'écriture m'a servi à ça, puis aussi à me défendre aussi, parce qu'en écrivant les petites lettres pour les amoureuses, moi j'étais protégé aussi par les plus forts du foyer. Et je me faisais piller en clope. J'avais visité à Gravelines, dans le nord, un des foyers de l'enfance, il n'y a pas longtemps, il y a à peu près 7-8 ans, et j'étais surprise de voir toute l'ascension que j'ai eue. Parce que pour ces enfants-là, je représentais l'espoir. L'espoir. Et j'ai même eu une petite qui m'a fait un petit dessin avec un petit cœur en marquant « Je t'aime » dessus. Alors l'espoir, c'était la lumière, c'était les belles choses. Je me suis construit le monde d'après dans ma tête. Et je me disais, je peux arriver à atteindre ça. C'est ça qui m'a donné l'espoir, parce que les êtres humains, j'avais perdu déjà confiance. Quand je suis sorti des foyers, les êtres humains ne représentaient plus rien pour moi. J'ai tellement été déçu par cette espèce-là humaine. Et puis petit à petit, je me suis dit, mais il y a quand même du bon. Alors je vais essayer de m'intégrer dans le bon, avec tout ce que j'ai de mauvais, parce que quand tu sors des foyers, encore une fois, tu n'as pas les mêmes codes. Et je me suis dit, je vais essayer d'avancer dans le bon sens. Ça c'est un choix qu'il faut faire au départ, parce qu'après notre vie elle continue. Et j'ai commencé à essayer de chercher le bon, dans ce qui a été le plus scabreux et tout. J'ai quand même essayé de positiver, et puis j'ai vu de la lumière à un moment donné, j'ai vu un peu de soleil, j'ai vu des gens sur mon chemin qui ont compté. Et je me suis dit, quand même ça vaut la peine d'être vécu. J'ai vécu l'enfer pendant des années, et aujourd'hui je me dis, j'ai envie de témoigner, j'ai envie d'être là. Je me sens bien, je me sens à ma place. Sous la lune en feu, ma pensée s'égare, dans le soir silencieux je devine ton regard. Tant de joie, de douceur, reflets des jeunes années, qui troublent mon cœur, toi qui s'est tant aimé.
- Speaker #2
Nous, Alexine, Anne, Lexi, Rosalie, Rosane, Valérie, qui avons connu la prostitution et qui avons pu nous en sortir, nous avons conçu et réalisé ce podcast pour parler entre nous. pour dire ce qu'est vraiment la prostitution. Si vous aussi vous avez vécu ou vivez encore de la prostitution, sous quelque forme que ce soit, et vous avez envie d'en parler, vous pouvez nous contacter sur les comptes Instagram ou TikTok de La Vie en rouge.
- Speaker #0
La Vie en rouge, un podcast conçu et réalisé par des femmes ayant connu la prostitution. L'ensemble des épisodes sont disponibles sur les plateformes habituelles. Avec le soutien éditorial, logistique et financier du Mouvement du Nid. Enregistré au studio La Poudre à la Cité Audacieuse. Merci à la Fondation des Femmes pour son soutien indéfectible à toutes les femmes victimes de violences.