- Speaker #0
Ce podcast aborde des sujets difficiles, notamment des violences sexuelles. Après le succès de la saison 1, nous avons été contactés sur les réseaux sociaux de la vie en rouge et au mouvement du nid par de nombreuses personnes qui souhaitaient à leur tour enregistrer. Cette saison 2 accueille ainsi de nouvelles personnes, soit venues après avoir écouté le podcast, Soit parce qu'elles étaient accompagnées par le mouvement Denis et y ont vu la possibilité de s'exprimer publiquement sur leur histoire. Elles ont conçu et réalisé ces épisodes en choisissant les thématiques qu'elles voulaient aborder, en participant au montage et en s'engageant dans un mouvement collectif.
- Speaker #1
On nous parle souvent du choix. Elles ont choisi. Elles aiment ça. Elles savent où elles vont.
- Speaker #2
Nous, survivantes d'inceste, de violences intrafamiliales ou de prostitution, on cherche la dissociation. Nous, les survivantes de la prostitution, on est les dernières oubliées du mouvement MeToo.
- Speaker #3
Moi, je n'avais pas l'impression que c'était un métier, c'était un calvaire. Maintenant, j'ai 58 ans. J'avais 45 ans quand j'ai commencé.
- Speaker #4
Comment une banale jeune fille qui a pas spécialement de problèmes dans sa vie peut se retrouver sur le chemin de la prostitution ?
- Speaker #3
Je suis survivantes de la rue. Je suis survivantes de la prostitution.
- Speaker #2
J'avais envie de tout détruire, de casser toute ma vie. Je me retrouvais dans la prostitution de nouveau. On ne peut pas guérir le viol avec le viol. On a survécu.
- Speaker #0
La vie en rouge, un podcast conçu et réalisé par des femmes ayant connu la prostitution. Saison 2, épisode 16. Mon plan d'action contre les violences sexuelles.
- Speaker #5
Je m'appelle Aména, j'ai 19 ans. Je viens de Sierra Leone.
- Speaker #0
Personne n'avait le droit de te faire ces choses horribles. Et on va parler maintenant aussi de ton futur et des autres choses que tu fais. Tu veux encourager toutes les femmes qui pourraient entendre et qui pourraient avoir vécu des choses similaires à pouvoir parler.
- Speaker #5
En parlant, nous créons un sens de communication pour ceux qui ne savent pas ce qui se passe autour de la prostitution. Tout le monde a de la violence. Tu ne devrais pas être effrayé de parler de ta histoire ou d'expliquer à d'autres personnes ce qui se passe avec toi, même si parfois les gens peuvent te juger, mais tu ne devrais pas arrêter, tu devrais continuer.
- Speaker #0
Oui, tu veux encourager toutes les femmes qui pourraient entendre et qui pourraient avoir vécu des choses similaires à pouvoir parler et donc qu'il vaut toujours mieux pouvoir en parler parce que ça peut être mieux à la fois pour...
- Speaker #5
pour que la société soit mieux informée et pour soi.
- Speaker #0
Même si vous parlez, vous avez peur que les gens vous jugent. Ils le feront des fois. Ce qui compte, c'est ce que tu penses de toi. Alors, il y a beaucoup de femmes qui sont victimes de violences et qui ne pensent pas du bien d'elles-mêmes, qui se sentent... très dévalorisées parce que les agresseurs les ont violentées. Et c'est aussi difficile parfois ça.
- Speaker #5
My advice to women that are going through that is even though you cannot speak about it publicly at least try to write down your experience and share it with people. Even if you are not using your name or without showing your face. What is important is that your message is out there and people
- Speaker #0
Oui, même si des fois ça peut être difficile de prendre la parole publiquement, déjà ça peut être bien de l'écrire pour soi et ensuite d'essayer de le partager avec d'autres. C'est vraiment quelque chose qui est important de pouvoir arriver à faire passer le message de dénoncer en fait cette violence.
- Speaker #5
Même si ce n'est pas forcément du trafic,
- Speaker #0
toutes les formes de violences contre les femmes, qui peuvent notamment mener à la prostitution, c'est difficile, si vous ne pouvez pas en parler, mais d'essayer de l'écrire, parce que de toute façon, le silence sert. Aux agresseurs. Ça reste difficile de demander aux victimes de faire le travail et de faire l'effort.
- Speaker #5
Maintenant, j'ai une confiance pour parler de tout ça, parce que je pense qu'il va aider notre fille ou beaucoup de filles. Ça dépend.
- Speaker #0
La vie en rouge, les premières femmes qui l'ont commencé, elles l'ont fait aussi pour ça, pour que d'autres entendent et que ça les aide à parler. Donc c'est ça aussi que tu veux faire ?
- Speaker #5
C'est ça.
- Speaker #0
Audrey Lorde, votre silence ne vous protégera pas.
- Speaker #6
Vous m'avez protégée.
- Speaker #5
Votre silence ne vous protégera pas. Pour la prostitution, je pense que parfois, le gouvernement devrait mettre plus de vigilance sur la situation.
- Speaker #0
À propos de la prostitution, tu voudrais que partout dans le monde, en Europe, en Afrique, les gouvernements... Soit plus vigilant sur la situation, notamment sur la traite des êtres humains.
- Speaker #5
Comme un gouvernement, quand quelqu'un essaie de forger un document pour quelqu'un qui ne ressemble pas à la situation, il doit essayer de poser des questions. Parce que parfois, les gens font des documents pour d'autres personnes sans leur être autour.
- Speaker #0
Parce qu'il y a énormément de trafiquants qui font des faux papiers aux victimes. sans parfois qu'elle soit là et donc qu'il ne vérifie rien ou qu'elle soit plus vigilante. Si on prend ton exemple, tu avais 16 ou 17 ans et de donner des papiers comme si tu avais 25 ans, ça n'a aucun sens.
- Speaker #5
L'aéroport aussi doit essayer de s'être extrêmement vigilant en ce qui concerne ça, parce que les gens disent qu'on est mariés et qu'il faut essayer de regarder l'expression spéciale d'une personne. parce qu'ils peuvent être en peur ou ils peuvent les menacer à tuer si ils éloignent un alarme.
- Speaker #0
Tu alertes aussi que les aéroports dans lesquels, comme toi, tu es arrivé dans un aéroport, où même si tu avais des expressions du visage qui montraient que tu étais terrorisé, il n'y a pas eu de vérification suffisante, donc ils devraient vérifier plus et essayer de regarder ce qui se passe et de voir si vraiment... La personne, d'autant plus si elle a l'air jeune d'ailleurs, elle a vraiment envie d'être là et qu'il n'y a pas suffisamment de vigilance par rapport à ça et qu'il ne devrait y en avoir
- Speaker #5
plus.
- Speaker #0
Prouver qu'une personne est bien mineure quand elle a des papiers qui la déclarent adulte, tu penses, et on peut être d'accord avec toi, qu'elle devrait d'abord s'intéresser, avant de chercher à prouver que tu es bien mineure, s'intéresser à mettre en sécurité la personne, à s'assurer qu'elle est protégée et qu'elle est en sécurité, et qu'ensuite, éventuellement, ils peuvent faire les démarches.
- Speaker #5
La plupart du temps, quand j'étais en trafic, Il y a beaucoup de hommes qui semblent venir de statues et ils sont très violents. Je pense que c'est parce que ça, il y a beaucoup de changements dans ma tête sur comment je vois les hommes et comment je vois beaucoup de choses qui se passent. Parce que je pense que la plupart des gens savent que ceci est mauvais et ils continuent à le faire parce qu'ils ont le pouvoir de le faire.
- Speaker #0
Tu as vu beaucoup d'hommes clients, prostitueurs qui avaient de statuts assez importants, qui étaient souvent très violents, qui ne s'intéressaient pas au fait que tu ne voulais pas être là. Ça a provoqué beaucoup de réflexions dans ta tête sur la façon dont tu voyais les hommes en général. La plupart de ces hommes, ils savent que ce qu'ils font, c'est violent et que ça fait du mal. Et ils le font quand même parce qu'ils en ont le pouvoir. Tu écris beaucoup, tu réfléchis beaucoup, et tu réfléchis beaucoup notamment à la situation qui est faite aux femmes dans le monde vis-à-vis de la religion, vis-à-vis des traditions, vis-à-vis des violences en général.
- Speaker #5
En tant qu'homme, tu dois avoir le droit à ton corps, tu dois avoir le droit à tes pensées. Je pense aussi que les religions sont mises en place pour restreindre... ce que nous pensons, ce que nous disons, comment nous agissons, et ainsi de suite. Je pense aussi qu'une femme n'est pas seulement fragile ou facile à détruire. En fait, nous avons plus de pouvoir que nous pensons. Mais parce que la société nous a fait sembler ou nous a fait sentir petites, nous tendons à nous mettre en place pour d'autres.
- Speaker #0
En tant que femme, tu dois avoir le droit sur ton propre corps, le droit à tes propres pensées. La religion en général met beaucoup de limites, beaucoup de restrictions sur ce que les femmes auraient ou n'auraient pas le droit de faire, pourraient ou ne pourraient pas faire, et essaie de les contrôler. La société essaye aussi de dire que les femmes sont faibles et pas en capacité de faire des choses, et que tu penses que les femmes ont beaucoup plus de pouvoir qu'elles ne le pensent elles-mêmes, qu'elles sont très fortes et qu'elles peuvent... faire beaucoup de choses dans beaucoup de domaines, en gros, si je résume, et qu'il est nécessaire de pouvoir en prendre conscience. Et ça, tu en as pris conscience.
- Speaker #7
Nous sommes fortes,
- Speaker #5
nous sommes fières, et féministes et radicales et en colère. And as a woman, you should not just think about marriage or family, you should mostly think about your own career, what you want to do. Pour vous-même, si vous avez une bonne carrière et que vous avez ce que vous faites et que vous ne vous dépendez pas de personne mais de vous-même, c'est une très bonne option à prendre.
- Speaker #0
Les femmes devraient pouvoir ne pas avoir à penser qu'au mariage ou avoir une famille, qu'on doit penser à sa propre carrière, ce qu'on veut faire pour soi et qui est bien pour soi. C'est vraiment important de pouvoir être indépendante.
- Speaker #5
Oui.
- Speaker #0
Les femmes vivent énormément de violences. de la part des hommes. Comment est-ce que toi, tu vois la façon de combattre ça ?
- Speaker #5
Pour combattre les violences contre les femmes,
- Speaker #0
la première chose qui est importante, c'est qu'il faut accepter que ça existe, cette violence qu'il y a, de la violence des hommes contre les femmes.
- Speaker #5
Pour que les femmes n'aient pas peur de parler de ceci, parfois quand une femme parle de ceci, c'est principalement les gens plus proches de elle qui essaient de faire sentir la pire pour parler de ceci. Donc, en tant que société, nous devons encourager les femmes à sortir pour parler de ceci plus.
- Speaker #0
Ensuite, de faire en sorte que les femmes puissent ne pas avoir peur. d'en parler, que la société puisse créer un environnement pour qu'elles se sentent capables d'en parler, parce que souvent, ça peut être d'autres femmes, ça peut être leurs proches, qui vont faire en sorte qu'elles aient honte de pouvoir en parler,
- Speaker #5
et donc on doit changer ça dans la société. Et le troisième étape,
- Speaker #0
c'est qu'il faut avoir des lois qui permettent de soutenir ce combat contre les violences faites aux femmes, des lois qui permettent d'aider à ce que cette violence cesse et aussi que ceux qui en sont responsables, donc les hommes, les agresseurs, en payent les conséquences et ne restent pas dans l'impunité.
- Speaker #5
Le troisième pas est de préparer les femmes à retourner dans le monde réel en les aidant à traverser leur douleur en créant une forme de communauté où elles peuvent se sentir libres de parler de ceci et se sentir bienvenue. Et aussi, être capable de passer par ce qui leur est arrivé. La plupart du temps, c'est difficile, mais avec de la patience et un bon écoute. Sans jugement, ça peut aider ces femmes à se déplacer dans la société.
- Speaker #0
D'accord. Quatrièmement, tu penses que pour que les femmes puissent revenir dans une vie réelle et plus positive, il faut les aider à trouver le chemin, de pouvoir se sentir accueillies dans leurs paroles, d'être capables de pouvoir en parler et de dépasser. Il y a besoin de les aider et d'être là pour elles, de les écouter sans jugement et de les entendre.
- Speaker #5
Et le dernier pas est pour nous, en tant que humain, de ne plus imposer les choses que nous pensons que la femme doit être. Nous ne savons pas. Qu'est-ce qu'elles ont vécu ? Quelle est leur histoire ? Comment elles ont essayé de vivre ? Essayez de penser librement. Ne pensez pas que parce que je n'ai pas expérimenté cette chose, je suis mieux que cette personne.
- Speaker #0
Tu voudrais qu'en tant qu'humanité, on arrête d'imposer aux femmes ce qu'on pense qu'elles devraient être, ce qu'elles devraient penser, ne pas juger, ne pas imposer des façons de penser et de les laisser. vivre comme elles ont envie de vivre.
- Speaker #5
Je parle toujours de ma histoire pour aider ceux qui sont trop proches à parler de leur histoire ou d'eux-mêmes.
- Speaker #0
Tu racontes ton histoire quand tu penses que ça peut aider pour d'autres femmes qui, elles, se sentent trop enfermées dans leur histoire et n'y arrivent pas. Et aussi, tu participes à des projets avec d'autres femmes, notamment des projets créatifs, pour essayer de sortir quelque chose de positif de votre expérience et pas seulement les choses qui sont mauvaises et qui font du mal.
- Speaker #5
J'aime écrire les problèmes très politiques, féministes aussi.
- Speaker #0
Tu penses que ce que tu dis, ça parle de choses politiques, ça parle de toi, mais c'est des choses qui parlent à tout le monde en fait.
- Speaker #5
C'est formidable tout ce que tu as dit. Elle est plus qu'une rôle, ils la forcent à jouer.
- Speaker #8
Un jour, elle va se lever.
- Speaker #2
Nous, Alexine, Amani, Ambre, Amina, Anne, Esther, Favor, Grace, Hope, Lexi, Rosalie, Rosane, Sabine, Valérie et frères de banquise qui avons connu la prostitution et qui avons pu nous en sortir, Nous avons conçu et réalisé ce podcast pour faire entendre ce qu'est vraiment la prostitution. Si vous aussi vous vivez ou avez vécu de la prostitution, sous quelque forme que ce soit, vous voulez en parler, vous pouvez nous contacter sur les comptes Instagram et TikTok de La Vie en rouge.
- Speaker #0
Retrouvez toutes les informations sur les extraits sonores et témoignages évoqués dans la description de l'épisode. Cette saison 2, comme la première, a été entièrement conçue et réalisée par des femmes ayant connu la prostitution. avec le soutien financier, logistique et éditorial du Mouvement du Nid. Dans cette saison, vous entendez aussi la voix de Sandrine Goldschmidt, rédactrice en chef de la revue Prostitution et Société, qui dialogue avec les nouvelles personnes enregistrées. Au montage, les conceptrices du podcast ont été également épaulées par Bertrand Boissimon, réalisateur-monteur, et Céline Muller, productrice. Les épisodes ont été enregistrés au studio La Poudre de la Cité Audacieuse. Nous remercions tous les services civiques qui nous ont facilité le travail. Merci à la Fondation des femmes pour son soutien indéfectible aux femmes victimes de violences. Les épisodes sont disponibles sur toutes les plateformes d'écoute.