Description
Les masques fondent pour dévoiler la bestialité : La Voix, née Ogresse, témoigne de la violence sur ses premières années de vie.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Les masques fondent pour dévoiler la bestialité : La Voix, née Ogresse, témoigne de la violence sur ses premières années de vie.
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Transcription
Toute ma vie, j'ai songé être un Albatros. Enfant, j'aspirais à devenir mouette ou goéland, jusqu'au jour où je découvris cet oiseau, immense, parcourant les océans. Tel l'animal, je m'imaginais flottant dans les airs, et tel Icare dans la brise. Je rêvais de me brûler les ailes en caressant l'hélianthe. J'aspirais à une autre vie, espérant une chose inconnue. Tout comme mes amis volatiles, je souhaitais hurler parmi les flots, afin d'entendre mes brûlures en écho. Je rêvais d'une liberté, aussi grande que la mer. Dans mon imagination débordante, moi qui me sauvais dans ma bulle fragile et mes rêves, moi qui fantasmais mes parents Lune ou Soleil, je percevais le brouillard de ma vie en souhaitant qu'elle s'évapore bientôt. La rencontre de mes parents ne se fit point dans le ciel, comme j'aimais me l'imaginer. Néanmoins, elle n'en fut pas moins particulière : C'est après le conjoint pendu de ma mère et une petite-amie sanglante dans la baignoire de mon père, que mes parents se réunirent enfin. Le Soleil avait aperçu la Lune depuis bien longtemps, admirant sa beauté comme tous les hommes qu'elle avait enchanté. Fille d'Eris, elle se changeait en Vénus lorsqu'un humain s'approchait d'elle. Mais face à la jolie créature, caché sous un masque de chair, un démon respirais, gouverné par une âme noire et un cœur boueux. Ainsi est né leur amour. Toute mon enfance, je voyais le Soleil songer à la Lune à travers mes propres gestes. Cependant, cela n'empêchait point l'un l'autre de découvrir des astres embrasés lorsqu'ils demeuraient ensemble. Du côté de ma génétrice, le destin réalisa deux de ces cauchemars : Tombant enceinte avec grande déception, mes parents se marièrent sous les cloches médiévales d'une sombre église. Dans ce pays né de la violence, le nourrisson que j'étais, blanche comme neige, incarnait la proie idéale des agresseurs. Un jour, un enfant malheureux, visant mon front d'un revolver, hurlait à mes parents sa haine. C'est ainsi que les astres décidèrent de voguer par-delà les océans, quittant leur nation pour échouer sur les rives de l'Hexagone. Du peu que je m'en souvienne, ma mère était la plus violente. Avec le recul, je crois que c'est mon père qui l'a rendait ainsi. Je me rappelle ces griffes de tigresse, arrachant la chair de mon père, sanguinolant, décorant le sol de bourgeons de coquelicot. Le bruit assourdissant de son absence faisait orbiter le Soleil, tel un lion en cage. Ce dernier, les côtes brisées, par les fracas passionnels de sa bien-aimée. Je le trouvais pathétique lors de ses longues attentes, immobile tel une statue, avant que les agents m'entrassent à la maison. Ces hommes de loi étaient bien plus souvent invités que ma mère. Elle, qui profitait de ses charmes pour piller l'or des différents rois de la contrée. Et pendant ce temps... L'eau de feu incendiait l'âme de mon père, le plongeant chaque jour vers les abysses. L'alcool et la drogue étaient mes frères et soeurs. Mes parents les préféraient à la petite bête que j'étais. Ces derniers avaient le pouvoir de consoler nos parents. Je me souviens de mes maladies. Toujours malade, allongée sur les carreaux blancs de la maison. Glacée, frigorifiée, cherchant une froideur pour apaiser ma peau brûlante... Le bar était ma seconde maison, envahie d'hommes affamés de viande fraîche et tendre, attendant patiemment que les chaperons éclosent sous leurs yeux. Les joues pourpres, ils s'amusaient des malheurs de mon père pour retirer de sa poche des écus d'or. Ainsi, ils troquaient l'eau en vin, riant avec les panses grand ouvertes face à la nuit éternelle. J'étais une enfant qui se fondait derrière les nuages, auprès de la Lune et du Soleil, afin qu'on ne puisse voir les étincelles de l'Etoile qui vibraient. Au fil du temps, j'étais devenu ce Nuage. Si tendre, si doux et moelleux, que le Soleil aimait pleurer de ses rayons sur mon corps menu. Lui, cherchant désespérément la Lune lors de ses éclipses. Mais la Lune était si habile, si charmante aux yeux des faibles malheureux, que ces derniers oublient que les enfants écoutent les histoires d'adultes. Certains, par vengeance, me poussaient à écarter mon antre sous les yeux des camarades, afin de me frapper en pleine matrice. Même si je sentais une injustice, le fait de m'avoir mis de côté m'a permis d'accéder à un autre monde. Un monde que j'étais la seule à observer. J'aimais la pluie. Elle est une eau purificatrice des moisissures du corps. Au pays des Giboulés, c'est là que j'admirais une danse bestiale. De rouges araignées dévalant les vallons de mes doigts, tandis que les escargots, les oiseaux, les souris, les crapauds, et toutes les bêtes chantantes de l'univers, valsaient autour de moi, montrant leurs extraordinaires parures; fiers de se montrer tels des princes ou des princesses. C'était une magie, et j'aimais leur parler, tout comme j'aimais caresser les arbres et leur feuillage; et fabriquer, grâce à eux, des refuges pour mes amis. Je me souviens encore d'avoir scruté les œufs d'une grenouille au bord d'un lac, trouvant ces perles merveilleusement belles, croyant que notre source portait ce collier, telle une déesse. Il est dit dans la Mythologie, que les Déesses abandonnent leurs enfants, car il n'est point leur rôle d'élever un bambin. Ce labeur de longue haleine reviendrait uniquement aux Hommes de la Terre. C'est ainsi que je découvris que ma mère était une Déesse. Le chaos imbibant son être, incendiant son corps vers des folies démesurées. Je n'étais qu'un fantôme, une âme invisible, un être encombrant ayant gâché sa jeunesse. Une bête ignorante, avec qui l'échange n'avait aucun intérêt. Maintes fois, elle offrait à ma bouche de bambins des mets étouffant ma trachée. Mais l'année de mes six ans, celle qui ne me voyait plus rêver d'un autre monde. Un matin, seule, je l'ai vu descendre, apprêtée, dans son trench taillé et sa valise encombrante. Magnifique, elle traversait le salon en silence, tel un mirage. Figée face à elle, transparente, elle referma la porte sans un mot. Et j'ai su, à ce moment précis, qu'elle ne reviendrait plus. Enfin ! Je respirais. Je savais que mon père s'éteindrait à petit feu. Je connaissais déjà sa fureur prochaine. Mais ma joie fut si grande que la porte me dessinait un sourire. En cet instant, je ne me doutais de la profondeur de ma chute.
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Toute ma vie, j'ai songé être un Albatros. Enfant, j'aspirais à devenir mouette ou goéland, jusqu'au jour où je découvris cet oiseau, immense, parcourant les océans. Tel l'animal, je m'imaginais flottant dans les airs, et tel Icare dans la brise. Je rêvais de me brûler les ailes en caressant l'hélianthe. J'aspirais à une autre vie, espérant une chose inconnue. Tout comme mes amis volatiles, je souhaitais hurler parmi les flots, afin d'entendre mes brûlures en écho. Je rêvais d'une liberté, aussi grande que la mer. Dans mon imagination débordante, moi qui me sauvais dans ma bulle fragile et mes rêves, moi qui fantasmais mes parents Lune ou Soleil, je percevais le brouillard de ma vie en souhaitant qu'elle s'évapore bientôt. La rencontre de mes parents ne se fit point dans le ciel, comme j'aimais me l'imaginer. Néanmoins, elle n'en fut pas moins particulière : C'est après le conjoint pendu de ma mère et une petite-amie sanglante dans la baignoire de mon père, que mes parents se réunirent enfin. Le Soleil avait aperçu la Lune depuis bien longtemps, admirant sa beauté comme tous les hommes qu'elle avait enchanté. Fille d'Eris, elle se changeait en Vénus lorsqu'un humain s'approchait d'elle. Mais face à la jolie créature, caché sous un masque de chair, un démon respirais, gouverné par une âme noire et un cœur boueux. Ainsi est né leur amour. Toute mon enfance, je voyais le Soleil songer à la Lune à travers mes propres gestes. Cependant, cela n'empêchait point l'un l'autre de découvrir des astres embrasés lorsqu'ils demeuraient ensemble. Du côté de ma génétrice, le destin réalisa deux de ces cauchemars : Tombant enceinte avec grande déception, mes parents se marièrent sous les cloches médiévales d'une sombre église. Dans ce pays né de la violence, le nourrisson que j'étais, blanche comme neige, incarnait la proie idéale des agresseurs. Un jour, un enfant malheureux, visant mon front d'un revolver, hurlait à mes parents sa haine. C'est ainsi que les astres décidèrent de voguer par-delà les océans, quittant leur nation pour échouer sur les rives de l'Hexagone. Du peu que je m'en souvienne, ma mère était la plus violente. Avec le recul, je crois que c'est mon père qui l'a rendait ainsi. Je me rappelle ces griffes de tigresse, arrachant la chair de mon père, sanguinolant, décorant le sol de bourgeons de coquelicot. Le bruit assourdissant de son absence faisait orbiter le Soleil, tel un lion en cage. Ce dernier, les côtes brisées, par les fracas passionnels de sa bien-aimée. Je le trouvais pathétique lors de ses longues attentes, immobile tel une statue, avant que les agents m'entrassent à la maison. Ces hommes de loi étaient bien plus souvent invités que ma mère. Elle, qui profitait de ses charmes pour piller l'or des différents rois de la contrée. Et pendant ce temps... L'eau de feu incendiait l'âme de mon père, le plongeant chaque jour vers les abysses. L'alcool et la drogue étaient mes frères et soeurs. Mes parents les préféraient à la petite bête que j'étais. Ces derniers avaient le pouvoir de consoler nos parents. Je me souviens de mes maladies. Toujours malade, allongée sur les carreaux blancs de la maison. Glacée, frigorifiée, cherchant une froideur pour apaiser ma peau brûlante... Le bar était ma seconde maison, envahie d'hommes affamés de viande fraîche et tendre, attendant patiemment que les chaperons éclosent sous leurs yeux. Les joues pourpres, ils s'amusaient des malheurs de mon père pour retirer de sa poche des écus d'or. Ainsi, ils troquaient l'eau en vin, riant avec les panses grand ouvertes face à la nuit éternelle. J'étais une enfant qui se fondait derrière les nuages, auprès de la Lune et du Soleil, afin qu'on ne puisse voir les étincelles de l'Etoile qui vibraient. Au fil du temps, j'étais devenu ce Nuage. Si tendre, si doux et moelleux, que le Soleil aimait pleurer de ses rayons sur mon corps menu. Lui, cherchant désespérément la Lune lors de ses éclipses. Mais la Lune était si habile, si charmante aux yeux des faibles malheureux, que ces derniers oublient que les enfants écoutent les histoires d'adultes. Certains, par vengeance, me poussaient à écarter mon antre sous les yeux des camarades, afin de me frapper en pleine matrice. Même si je sentais une injustice, le fait de m'avoir mis de côté m'a permis d'accéder à un autre monde. Un monde que j'étais la seule à observer. J'aimais la pluie. Elle est une eau purificatrice des moisissures du corps. Au pays des Giboulés, c'est là que j'admirais une danse bestiale. De rouges araignées dévalant les vallons de mes doigts, tandis que les escargots, les oiseaux, les souris, les crapauds, et toutes les bêtes chantantes de l'univers, valsaient autour de moi, montrant leurs extraordinaires parures; fiers de se montrer tels des princes ou des princesses. C'était une magie, et j'aimais leur parler, tout comme j'aimais caresser les arbres et leur feuillage; et fabriquer, grâce à eux, des refuges pour mes amis. Je me souviens encore d'avoir scruté les œufs d'une grenouille au bord d'un lac, trouvant ces perles merveilleusement belles, croyant que notre source portait ce collier, telle une déesse. Il est dit dans la Mythologie, que les Déesses abandonnent leurs enfants, car il n'est point leur rôle d'élever un bambin. Ce labeur de longue haleine reviendrait uniquement aux Hommes de la Terre. C'est ainsi que je découvris que ma mère était une Déesse. Le chaos imbibant son être, incendiant son corps vers des folies démesurées. Je n'étais qu'un fantôme, une âme invisible, un être encombrant ayant gâché sa jeunesse. Une bête ignorante, avec qui l'échange n'avait aucun intérêt. Maintes fois, elle offrait à ma bouche de bambins des mets étouffant ma trachée. Mais l'année de mes six ans, celle qui ne me voyait plus rêver d'un autre monde. Un matin, seule, je l'ai vu descendre, apprêtée, dans son trench taillé et sa valise encombrante. Magnifique, elle traversait le salon en silence, tel un mirage. Figée face à elle, transparente, elle referma la porte sans un mot. Et j'ai su, à ce moment précis, qu'elle ne reviendrait plus. Enfin ! Je respirais. Je savais que mon père s'éteindrait à petit feu. Je connaissais déjà sa fureur prochaine. Mais ma joie fut si grande que la porte me dessinait un sourire. En cet instant, je ne me doutais de la profondeur de ma chute.
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Toute ma vie, j'ai songé être un Albatros. Enfant, j'aspirais à devenir mouette ou goéland, jusqu'au jour où je découvris cet oiseau, immense, parcourant les océans. Tel l'animal, je m'imaginais flottant dans les airs, et tel Icare dans la brise. Je rêvais de me brûler les ailes en caressant l'hélianthe. J'aspirais à une autre vie, espérant une chose inconnue. Tout comme mes amis volatiles, je souhaitais hurler parmi les flots, afin d'entendre mes brûlures en écho. Je rêvais d'une liberté, aussi grande que la mer. Dans mon imagination débordante, moi qui me sauvais dans ma bulle fragile et mes rêves, moi qui fantasmais mes parents Lune ou Soleil, je percevais le brouillard de ma vie en souhaitant qu'elle s'évapore bientôt. La rencontre de mes parents ne se fit point dans le ciel, comme j'aimais me l'imaginer. Néanmoins, elle n'en fut pas moins particulière : C'est après le conjoint pendu de ma mère et une petite-amie sanglante dans la baignoire de mon père, que mes parents se réunirent enfin. Le Soleil avait aperçu la Lune depuis bien longtemps, admirant sa beauté comme tous les hommes qu'elle avait enchanté. Fille d'Eris, elle se changeait en Vénus lorsqu'un humain s'approchait d'elle. Mais face à la jolie créature, caché sous un masque de chair, un démon respirais, gouverné par une âme noire et un cœur boueux. Ainsi est né leur amour. Toute mon enfance, je voyais le Soleil songer à la Lune à travers mes propres gestes. Cependant, cela n'empêchait point l'un l'autre de découvrir des astres embrasés lorsqu'ils demeuraient ensemble. Du côté de ma génétrice, le destin réalisa deux de ces cauchemars : Tombant enceinte avec grande déception, mes parents se marièrent sous les cloches médiévales d'une sombre église. Dans ce pays né de la violence, le nourrisson que j'étais, blanche comme neige, incarnait la proie idéale des agresseurs. Un jour, un enfant malheureux, visant mon front d'un revolver, hurlait à mes parents sa haine. C'est ainsi que les astres décidèrent de voguer par-delà les océans, quittant leur nation pour échouer sur les rives de l'Hexagone. Du peu que je m'en souvienne, ma mère était la plus violente. Avec le recul, je crois que c'est mon père qui l'a rendait ainsi. Je me rappelle ces griffes de tigresse, arrachant la chair de mon père, sanguinolant, décorant le sol de bourgeons de coquelicot. Le bruit assourdissant de son absence faisait orbiter le Soleil, tel un lion en cage. Ce dernier, les côtes brisées, par les fracas passionnels de sa bien-aimée. Je le trouvais pathétique lors de ses longues attentes, immobile tel une statue, avant que les agents m'entrassent à la maison. Ces hommes de loi étaient bien plus souvent invités que ma mère. Elle, qui profitait de ses charmes pour piller l'or des différents rois de la contrée. Et pendant ce temps... L'eau de feu incendiait l'âme de mon père, le plongeant chaque jour vers les abysses. L'alcool et la drogue étaient mes frères et soeurs. Mes parents les préféraient à la petite bête que j'étais. Ces derniers avaient le pouvoir de consoler nos parents. Je me souviens de mes maladies. Toujours malade, allongée sur les carreaux blancs de la maison. Glacée, frigorifiée, cherchant une froideur pour apaiser ma peau brûlante... Le bar était ma seconde maison, envahie d'hommes affamés de viande fraîche et tendre, attendant patiemment que les chaperons éclosent sous leurs yeux. Les joues pourpres, ils s'amusaient des malheurs de mon père pour retirer de sa poche des écus d'or. Ainsi, ils troquaient l'eau en vin, riant avec les panses grand ouvertes face à la nuit éternelle. J'étais une enfant qui se fondait derrière les nuages, auprès de la Lune et du Soleil, afin qu'on ne puisse voir les étincelles de l'Etoile qui vibraient. Au fil du temps, j'étais devenu ce Nuage. Si tendre, si doux et moelleux, que le Soleil aimait pleurer de ses rayons sur mon corps menu. Lui, cherchant désespérément la Lune lors de ses éclipses. Mais la Lune était si habile, si charmante aux yeux des faibles malheureux, que ces derniers oublient que les enfants écoutent les histoires d'adultes. Certains, par vengeance, me poussaient à écarter mon antre sous les yeux des camarades, afin de me frapper en pleine matrice. Même si je sentais une injustice, le fait de m'avoir mis de côté m'a permis d'accéder à un autre monde. Un monde que j'étais la seule à observer. J'aimais la pluie. Elle est une eau purificatrice des moisissures du corps. Au pays des Giboulés, c'est là que j'admirais une danse bestiale. De rouges araignées dévalant les vallons de mes doigts, tandis que les escargots, les oiseaux, les souris, les crapauds, et toutes les bêtes chantantes de l'univers, valsaient autour de moi, montrant leurs extraordinaires parures; fiers de se montrer tels des princes ou des princesses. C'était une magie, et j'aimais leur parler, tout comme j'aimais caresser les arbres et leur feuillage; et fabriquer, grâce à eux, des refuges pour mes amis. Je me souviens encore d'avoir scruté les œufs d'une grenouille au bord d'un lac, trouvant ces perles merveilleusement belles, croyant que notre source portait ce collier, telle une déesse. Il est dit dans la Mythologie, que les Déesses abandonnent leurs enfants, car il n'est point leur rôle d'élever un bambin. Ce labeur de longue haleine reviendrait uniquement aux Hommes de la Terre. C'est ainsi que je découvris que ma mère était une Déesse. Le chaos imbibant son être, incendiant son corps vers des folies démesurées. Je n'étais qu'un fantôme, une âme invisible, un être encombrant ayant gâché sa jeunesse. Une bête ignorante, avec qui l'échange n'avait aucun intérêt. Maintes fois, elle offrait à ma bouche de bambins des mets étouffant ma trachée. Mais l'année de mes six ans, celle qui ne me voyait plus rêver d'un autre monde. Un matin, seule, je l'ai vu descendre, apprêtée, dans son trench taillé et sa valise encombrante. Magnifique, elle traversait le salon en silence, tel un mirage. Figée face à elle, transparente, elle referma la porte sans un mot. Et j'ai su, à ce moment précis, qu'elle ne reviendrait plus. Enfin ! Je respirais. Je savais que mon père s'éteindrait à petit feu. Je connaissais déjà sa fureur prochaine. Mais ma joie fut si grande que la porte me dessinait un sourire. En cet instant, je ne me doutais de la profondeur de ma chute.
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Les masques fondent pour dévoiler la bestialité : La Voix, née Ogresse, témoigne de la violence sur ses premières années de vie.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Toute ma vie, j'ai songé être un Albatros. Enfant, j'aspirais à devenir mouette ou goéland, jusqu'au jour où je découvris cet oiseau, immense, parcourant les océans. Tel l'animal, je m'imaginais flottant dans les airs, et tel Icare dans la brise. Je rêvais de me brûler les ailes en caressant l'hélianthe. J'aspirais à une autre vie, espérant une chose inconnue. Tout comme mes amis volatiles, je souhaitais hurler parmi les flots, afin d'entendre mes brûlures en écho. Je rêvais d'une liberté, aussi grande que la mer. Dans mon imagination débordante, moi qui me sauvais dans ma bulle fragile et mes rêves, moi qui fantasmais mes parents Lune ou Soleil, je percevais le brouillard de ma vie en souhaitant qu'elle s'évapore bientôt. La rencontre de mes parents ne se fit point dans le ciel, comme j'aimais me l'imaginer. Néanmoins, elle n'en fut pas moins particulière : C'est après le conjoint pendu de ma mère et une petite-amie sanglante dans la baignoire de mon père, que mes parents se réunirent enfin. Le Soleil avait aperçu la Lune depuis bien longtemps, admirant sa beauté comme tous les hommes qu'elle avait enchanté. Fille d'Eris, elle se changeait en Vénus lorsqu'un humain s'approchait d'elle. Mais face à la jolie créature, caché sous un masque de chair, un démon respirais, gouverné par une âme noire et un cœur boueux. Ainsi est né leur amour. Toute mon enfance, je voyais le Soleil songer à la Lune à travers mes propres gestes. Cependant, cela n'empêchait point l'un l'autre de découvrir des astres embrasés lorsqu'ils demeuraient ensemble. Du côté de ma génétrice, le destin réalisa deux de ces cauchemars : Tombant enceinte avec grande déception, mes parents se marièrent sous les cloches médiévales d'une sombre église. Dans ce pays né de la violence, le nourrisson que j'étais, blanche comme neige, incarnait la proie idéale des agresseurs. Un jour, un enfant malheureux, visant mon front d'un revolver, hurlait à mes parents sa haine. C'est ainsi que les astres décidèrent de voguer par-delà les océans, quittant leur nation pour échouer sur les rives de l'Hexagone. Du peu que je m'en souvienne, ma mère était la plus violente. Avec le recul, je crois que c'est mon père qui l'a rendait ainsi. Je me rappelle ces griffes de tigresse, arrachant la chair de mon père, sanguinolant, décorant le sol de bourgeons de coquelicot. Le bruit assourdissant de son absence faisait orbiter le Soleil, tel un lion en cage. Ce dernier, les côtes brisées, par les fracas passionnels de sa bien-aimée. Je le trouvais pathétique lors de ses longues attentes, immobile tel une statue, avant que les agents m'entrassent à la maison. Ces hommes de loi étaient bien plus souvent invités que ma mère. Elle, qui profitait de ses charmes pour piller l'or des différents rois de la contrée. Et pendant ce temps... L'eau de feu incendiait l'âme de mon père, le plongeant chaque jour vers les abysses. L'alcool et la drogue étaient mes frères et soeurs. Mes parents les préféraient à la petite bête que j'étais. Ces derniers avaient le pouvoir de consoler nos parents. Je me souviens de mes maladies. Toujours malade, allongée sur les carreaux blancs de la maison. Glacée, frigorifiée, cherchant une froideur pour apaiser ma peau brûlante... Le bar était ma seconde maison, envahie d'hommes affamés de viande fraîche et tendre, attendant patiemment que les chaperons éclosent sous leurs yeux. Les joues pourpres, ils s'amusaient des malheurs de mon père pour retirer de sa poche des écus d'or. Ainsi, ils troquaient l'eau en vin, riant avec les panses grand ouvertes face à la nuit éternelle. J'étais une enfant qui se fondait derrière les nuages, auprès de la Lune et du Soleil, afin qu'on ne puisse voir les étincelles de l'Etoile qui vibraient. Au fil du temps, j'étais devenu ce Nuage. Si tendre, si doux et moelleux, que le Soleil aimait pleurer de ses rayons sur mon corps menu. Lui, cherchant désespérément la Lune lors de ses éclipses. Mais la Lune était si habile, si charmante aux yeux des faibles malheureux, que ces derniers oublient que les enfants écoutent les histoires d'adultes. Certains, par vengeance, me poussaient à écarter mon antre sous les yeux des camarades, afin de me frapper en pleine matrice. Même si je sentais une injustice, le fait de m'avoir mis de côté m'a permis d'accéder à un autre monde. Un monde que j'étais la seule à observer. J'aimais la pluie. Elle est une eau purificatrice des moisissures du corps. Au pays des Giboulés, c'est là que j'admirais une danse bestiale. De rouges araignées dévalant les vallons de mes doigts, tandis que les escargots, les oiseaux, les souris, les crapauds, et toutes les bêtes chantantes de l'univers, valsaient autour de moi, montrant leurs extraordinaires parures; fiers de se montrer tels des princes ou des princesses. C'était une magie, et j'aimais leur parler, tout comme j'aimais caresser les arbres et leur feuillage; et fabriquer, grâce à eux, des refuges pour mes amis. Je me souviens encore d'avoir scruté les œufs d'une grenouille au bord d'un lac, trouvant ces perles merveilleusement belles, croyant que notre source portait ce collier, telle une déesse. Il est dit dans la Mythologie, que les Déesses abandonnent leurs enfants, car il n'est point leur rôle d'élever un bambin. Ce labeur de longue haleine reviendrait uniquement aux Hommes de la Terre. C'est ainsi que je découvris que ma mère était une Déesse. Le chaos imbibant son être, incendiant son corps vers des folies démesurées. Je n'étais qu'un fantôme, une âme invisible, un être encombrant ayant gâché sa jeunesse. Une bête ignorante, avec qui l'échange n'avait aucun intérêt. Maintes fois, elle offrait à ma bouche de bambins des mets étouffant ma trachée. Mais l'année de mes six ans, celle qui ne me voyait plus rêver d'un autre monde. Un matin, seule, je l'ai vu descendre, apprêtée, dans son trench taillé et sa valise encombrante. Magnifique, elle traversait le salon en silence, tel un mirage. Figée face à elle, transparente, elle referma la porte sans un mot. Et j'ai su, à ce moment précis, qu'elle ne reviendrait plus. Enfin ! Je respirais. Je savais que mon père s'éteindrait à petit feu. Je connaissais déjà sa fureur prochaine. Mais ma joie fut si grande que la porte me dessinait un sourire. En cet instant, je ne me doutais de la profondeur de ma chute.
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