- Laurent
Bonjour à tous, bienvenue dans la Voix de la Transmission, le podcast qui donne enfin la parole à celles et ceux qui transmettent leur entreprise, pas à ceux qui les rachètent.
- Yves
On parle beaucoup des créateurs d'entreprises, des repreneurs, des investisseurs, tous ces profils-là, mais on parle rarement, voire jamais, des cédants. Et nous, on voulait faire un podcast et donner la parole à ces entrepreneurs, ces entreprises. qui, à un moment dans leur parcours, se posent la question « Qu'est-ce que je fais de ce que j'ai construit ? » Pour ça, aujourd'hui, on reçoit Frédéric.
- Laurent
Frédéric, merci d'être là d'abord. Frédéric a une boîte de com' depuis plus de 30 ans. Je vais traverser les questions. des crises, des changements. On sait que la com' c'est pas facile et j'en sais quelque chose puisqu'on a travaillé ensemble pendant plusieurs années. Et puis tu as fini par te dire la valorisation de mon entreprise, de mon agence c'est compliqué, il va falloir que je cède. Comment je vais pouvoir faire ?
- Frédéric
Je suis Frédéric Meiffret, ma société est FM Média. J'ai créé il y a 32 ans en 1994. Donc après quelques 20-25 ans de travail sur un milieu assez compliqué qui est la communication, j'ai toujours J'aurais eu envie de me préoccuper de la cession de la boîte, parce que c'est un sujet qui préoccupe, en emballant tous les chefs d'entreprise, comment on finit sa carrière, qu'est-ce qu'on fait de sa société. Donc, c'est un parcours qui a débuté pour moi il y a une grosse dizaine d'années. Et j'ai fini par trouver la solution pour la céder partiellement dans un premier temps, tout au moins la partie qui avait de la valeur. Et j'ai fait ça, et ça s'est conclu. en 2023, donc il y a trois ans, et j'ai encore, avec des collaboratrices et d'anciennes collaboratrices à moi, que j'ai intégrées dans le process, et qui aujourd'hui sont à la tête de leur entreprise. Quand on crée une entreprise, en tout cas je ne sais pas si c'est la même chose aujourd'hui, mais en 94, la logique est que vous créez une entreprise, puisque vous avez envie d'en créer une, sur quelque chose que vous maîtrisez ou que vous pensez maîtriser, et vous avez en tête, dès le début finalement, de la CD. En tout cas, de vous dire que la société va vous permettre à un moment de vous arrêter. Très honnêtement, dans ma tête, je prenais ma retraite à 50 ans. Je ne l'ai pas prise à 50 ans, j'en ai 62. Donc déjà, cet objectif n'a pas été réalisé, mais c'est quand même un point de départ. Donc on travaille, on avance, on vit nos crises, toutes les crises, celles de 2000, de 2001, de 2007, etc. 2009 et on s'adapte finalement ça c'est l'apanage des sociétés qui existent toujours 30 ans finalement dans des petites boîtes c'est pas si mal finalement c'est une vie de travail à quelque chose près mais à un moment on n'oublie pas ce qu'on s'était dit 30 ans avant, ou enfin tout au moins 25 ans avant, qu'une boîte à un moment elle va s'arrêter, en tout cas notre activité professionnelle va s'arrêter, donc c'est comment je raisonne par rapport à ça, et donc c'est un process qui est long, qui mature, qui avance doucement, et que vous êtes obligé d'un process qui s'adapte finalement, Et donc l'adaptation, c'est... C'est fait à un moment où je me suis dit, j'ai une boîte de com, les crises aidant et surtout les avancées technologiques aidant, puisqu'on était des sociétés de communication très opérationnelles, et que face à ça, on se retrouve avec de la communication, alors d'abord le téléphone et puis après les réseaux sociaux, des choses qui ne m'intéressaient absolument pas. Je savais pertinemment que je n'avais aucune légitimité à vendre ma société. Ça ne ferait personne de par son positionnement. Il s'est trouvé que, d'un coup de chance, on a eu Lego, qui était un de nos clients, qui nous a amené sur un marché, le marché de la prestation de services à nos réseaux, les écoles, les actes de loisirs, les mairies, et qui nous ont permis d'ouvrir un marché que l'on ne touchait pas initialement avec le marché de l'agence de communication. Et à partir de ce moment-là, c'est mis en place dans ma petite tête la possibilité, donc ça, ça devait être en 2014, finalement il y a 10 ans, en me disant que la valeur d'entreprise, c'est finalement son savoir-faire et ses clients. Et que quand on lit le savoir-faire, il vaut mieux avoir beaucoup de clients à vendre et avoir du savoir-faire autour de ses clients, plutôt que de vendre un ou deux clients qui n'ont pas de valeur parce que finalement, vous allez partir et que peut-être vos clients eux-mêmes vont changer. Donc, elle s'est faite en 2000.
- Laurent
Pour conclure dans tout ça, Ce que j'aimerais peut-être, ce qu'on aimerait, c'est que tu puisses donner à nos auditeurs, parce que ce qui était quand même le point de départ, c'est que tu disais... L'entreprise ne vaut rien, elle est très intuitive, personnelle, elle ne voudra rien sans moi. Quel conseil tu pourrais donner à ces gens-là ?
- Frédéric
De regarder si réellement leur entreprise vaut quelque chose ou pas. Si après c'est comme la bourse, peut-être que céder une entreprise, il vaut mieux la céder parce qu'on sent qu'on va être... Ça c'est peut-être un sujet plus personnel. Il y a beaucoup d'entrepreneurs qui n'ont pas cédé parce que finalement ils étaient... attaché à leur boîte et qu'ils n'avaient pas envie de la céder. Alors que s'ils l'avaient cédé aujourd'hui, des tiers qui leur demandaient c'est de nous tant d'entreprises parce qu'elles nous intéressent, peut-être qu'ils auraient mieux fait de le faire. Et que demain, cette même boîte n'aura pas de valeur parce qu'elle aura perdu de la valeur. Donc, je ne suis pas sûr qu'il y ait de bonnes réponses. Moi, mon cas, je ne sais pas si c'est un cas particulier. Peut-être que le seul Le point de départ, ça a été cette histoire de l'ego, c'est vraiment le point de départ. Mais le point de départ, c'est un collaborateur à l'époque qui m'a dit « Mais Frédéric, moi je ne vous dis rien, mais moi j'irai. » Vous pouvez faire ce que vous voulez, mais il y a des demandes. Parce que, pour revenir sur ça, je vais essayer de aller vite, mais on a l'ego qui nous interroge, qui dit « Je veux faire quelque chose dans les maternelles, les animations maternelles. » Oui, on peut le faire, on maîtrise parfaitement, ce qui est vrai. Et vous avez quoi comme budget ? C'est vraiment le classique. Après, on n'a rien. Ah !
- Laurent
Donc tu as été obligé de construire le produit en fait ?
- Frédéric
Non, alors ils nous ont donné la solution. Ils nous ont dit, oui, vous allez vendre les animations aux écoles. Mais là, nous, on est un genre de com, on me paye pour aller faire de la cible, donc ce n'est plus sur mon modèle. Donc là, on leur a pris un peu d'argent pour développer le concept, le mettre en place, etc. On l'applique, donc là on fait notre travail de recrutement d'écoles, et les écoles ont payé les animateurs, mais animateurs plutôt événementiels, ce qui n'était pas du tout en... un modèle économique, on fait notre petite opération, on achète 50 animations ou 100 animations, on fait ça sur un premier segment de temps, puis un deuxième, et puis après on arrive au cut de la rentrée 2014, et là, plus beaucoup de sons, plus beaucoup d'images de la part de Lego. Nous, et là c'était intéressant parce que les écoles qui étaient nos clients à l'époque, nous disaient, alors est-ce que vous refaites, nous on voudrait commander l'animation. Et nous on dit, on ne sait pas puisque le client n'est pas encore venu vers nous. Ils nous ont fait mariner et à la fin ils nous ont dit, ben non on arrête. Maintenant on fait du digital. Donc la somme qu'ils avaient mis dans notre... Le projet, ils l'ont basculé sur le digital. Le classique, comme toi tu aurais pu faire, mettre des gens dans une pièce, avec un dessinateur qui est là, qui dessine le cheminement psychologique de l'enfant avec ses trucs. Et ils ont balancé ça sur les réseaux sociaux, ils étaient contents. Et nous on se retrouve avec ça. Et donc c'est là où mon collaborateur m'a dit, mais Frédéric, il y a de la demande. Ça serait quand même bien d'y répondre. Je dis rien, je m'attire un peu, et puis je dis, ouais, t'as peut-être raison. Donc là, on est obligé de réapproprier. On ne l'a pas fait avec l'ego, donc je n'allais pas acheter des briques l'ego. Donc on a commencé à faire du R&D, quelles bonnes briques, machin, on a trouvé des briques, puis on a lancé nos trucs.
- Laurent
En fait, d'une opportunité, tu en as fait une cession.
- Frédéric
Oui, et après, on a avancé doucement, mais sûrement. Donc, c'était chiffre d'affaires qui était faible, 50 000 balles annuelles. Mais c'est en gestation. Finalement, on était sur un autre segment, de notre segment classique, agence de com. Donc, ça vivotait. Et c'est là où tu te dis, à un moment, si je veux que ça ne vivote pas, il faut s'en occuper. Mais psychologiquement, c'est deux entités différentes. C'est deux modèles différents, etc., et qui demandent l'investissement. Et moi, je n'ai pas voulu faire l'investissement. C'est là où je me suis posé la question, est-ce que je le fais à titre personnel ou pas ? Mais si on l'avait fait à titre personnel, je perdais mon activité d'agence. Mais mon activité d'agence, elle me nourrit quand même. Je suis vie de ma famille, etc. Donc, vous faites les deux. Et finalement, vous faites les deux plus ou moins bien. Parce qu'il y en a un qui te pousse du temps. Il y en a un qui te dit, je vais faire ça. Je vais me mettre de l'argent pour faire des trucs. Tu dis, OK, j'aimerais... Transmettre, bientôt, ok, à qui je transmets ? Donc là, ça c'est le point de départ, donc on a travaillé doucement, vraiment doucement, et ça a permis, en 5, 6, 7 ans, de faire progresser ce segment, doucement, mais avec une autre difficulté qui était, comme c'est un autre marché, et que c'est ça qui est difficile aussi dans notre travail, c'est de comment je lâche une activité dans laquelle on se sent à l'aise, qui est la communication opérationnelle, et comment on développe cet autre marché. Et là, il y a une vraie antinomie, c'est compliqué. Donc la solution évidente, c'est, à ce moment-là, de se dire, et je me suis toujours dit ça, il vaut mieux partager quelque chose qui a de la valeur que de laisser une idée essayer de se développer, mais comme il n'y aurait personne pour la développer, elle ne se développera pas, donc on n'aura plus de valeur. Donc c'est le point de départ d'une réflexion de sédant, et qui sait finalement qu'elle est temporellement... C'est une coïncidence où vous arrivez, vous avez 50 ans, 55 ans, donc vous vous dites ok j'ai loupé mon premier objectif de retraite à 50 ans, est-ce que je vais arriver peut-être à faire mon objectif de cédant à 65 ou à l'âge de la retraite ? Et là ça a été le point de départ et assez naturellement quand on est en recherche finalement de réflexion, se pose aussi la question à qui je cède ? Et alors là c'est un grand débat, est-ce que je cède ? Je comptable une action, ma société ou un bout de société à des gens, donc ça c'est un premier. Mais en tout cas, me concernant, la partie purement, on va dire, ce n'est pas que vénale, c'est-à-dire qu'une société, dans une petite société, ça reste quand même quelque chose auquel on est quand même attaché. On a mis du temps, on a mis de l'énergie, on a mis de l'argent, on a mis aussi une famille qui a vécu. Le développement de la société, les turpitudes de la société, donc c'est pas assez le bon être neutre, et qui attendent aussi un retour sur investissement, c'est quand même important, et qui ont un regard sur ce que vous êtes et ce que vous avez fait. Puis bon, pour moi c'est important. Et donc, finalement, l'actif que représente la société, c'est pas que du comptable. On espère que le comptable soit le plus valorisant possible, mais c'est loin de ce que l'on rend dans d'autres débats, mais c'est émotionnellement à qui je la transmets, à qui j'ai envie de la transmettre. Et là, c'est avéré que là aussi, les planètes se sont à peu près alignées, où deux menées collaboratrices qui avaient résisté étaient elles-mêmes à un moment en réflexion sur leur propre devenir. Ça fait 8 ans, 10 ans que je bosse dans une boîte de com', est-ce qu'il y a un avenir, etc. Et finalement, c'est là où moi j'ai accéléré ma réflexion en poussant ce schéma pour mieux partager, créer de la valeur et permettre à des gens en qui j'avais confiance, avec qui j'aimais bien, de pouvoir eux-mêmes accéder à ce métier d'entrepreneur. Moi, je ne veux parler que de ça. La session finalement a des tiers. que l'on connaît. Mais ce que je savais, c'est que là aussi on s'est fait aider. La logique aussi, même si on pense connaître des gens, on les connaît à titre de salariés. Après la question c'est, qu'est-ce qu'ils vont devenir au titre de dirigeants et d'actionnaires ? Parce qu'à un moment, ce qu'on cède, soit on cède le prix fort, mais si on le cède le prix fort, les gens n'en achètent pas. Et si on cède un prix moins fort, On accepte, et c'est ce qu'on a fait, on accepte de prendre un peu le temps de construire et de développer en souhaitant que ce pari sur les personnes et sur le segment de business que représente l'activité qui a été cédée ait du sens, et en tout cas fasse des petits. Là on est sur le vénal. Donc c'est un doux équilibre entre tout ça. Donc là on s'est fait accompagner, moi je me suis fait accompagner avec une amie qui était en formation là-dessus. qui a fait un travail sur la compatibilité des actionnaires. Et on sait que quand on écoute un peu, on se rend compte que la compatibilité est essentielle, parce que là, on était compatibles, actionnaires compatibles. Mais ça ne suffit pas. Ça ne suffit pas. Après, j'ai fait quelque chose de plus personnel. C'est un parcours d'entrepreneur. Moi, j'ai découvert l'entreprise. Peut-être que j'étais mûr pour le faire à l'âge où je l'ai fait, mais... J'ai appris, moi je suis quelqu'un qui apprend sur le temps, c'est pas... Les livres c'est... Donc j'ai appris sur le temps. Quand on apprend sur le temps, on apprend tout le temps, on apprend de ses succès, on apprend beaucoup de ses échecs, que ce soit des échecs en RH, que ce soit des échecs en business, etc. Donc en gros, en 30 ans, vous avez oublié à peu près tout. Et je me suis dit, il est important qu'au-delà de la compatibilité que l'on avait, que les personnes elles-mêmes fassent ce travail de réflexion sur ce qu'est l'entreprise. Donc là, je leur ai dit, faites-vous accompagner. Mes co-actionnaires sont des femmes. Et bien, elles se sont fait accompagner par une...
- Yves
Alors, comment elles ont accueilli ça, venant de toi justement, dans ce contexte de transmission, quand tu leur as dit, faites-vous accompagner, c'est vraiment important ?
- Frédéric
Je pense qu'elles avaient peut-être, intérieurement, je ne peux pas vraiment répondre à ça, mais intérieurement, je pense qu'elles devaient se dire, où est-ce qu'on va, comment on y va. et que moi je leur dis faites-vous accompagner, donc il y en a une qui a été pragmatique, elle a cherché une structure, c'était à Bordeaux, d'accompagnement, il se trouvait que c'était une structure spécialisée, l'accompagnement d'entrepreneuses, et elles l'ont fait. Alors c'est intéressant parce que ça amène, c'est la boîte de Pandora, vous ouvrez une boîte, vous acceptez qu'une boîte va s'ouvrir, dans laquelle vous ne savez pas ce que vous allez y trouver. Parce que finalement, le rôle de l'accompagnant, c'est d'accompagner. C'est aussi des conseils, c'est aussi des visions. Sauf que la vision qu'un accompagnant peut avoir n'est peut-être pas celle que moi je pouvais avoir. Et ça permet, pour moi c'est très intéressant, c'est parce qu'à un moment le paradigme n'est pas le même. On n'a pas la même échelle de valeur. Vous êtes dans votre schéma de pensée, on avance, vous savez que vous avez envie. Sauf que vous avez derrière vous 25 ans d'entrepreneuriat dans lequel vous avez tout connu, routine entrepreneur. Et donc vous avez forcément un coup d'avance. Vous ne l'expliquez pas, mais vous savez ce qui va se passer, comment ça va se passer, et il y a des trucs sur lesquels vous ne vous préoccupez pas. Ce n'est pas un sujet pour vous. C'est une évidence.
- Yves
Alors qu'elles, elles étaient en apprentissage de l'entrepreneuriat ?
- Frédéric
Même plus que l'apprentissage, puisqu'elles n'étaient pas encore entrepreneuses. Donc on était en formation, enfin, en ouverture d'esprit. Ouverture d'esprit de qu'est-ce qui va se passer, ou qu'est-ce qui peut se passer au titre, moi, d'une entrepreneuse. Mais ça, ça a amené après d'autres sujets. qui est que pour une entreprise se transmettre, il y a le sujet business, il y a le sujet administratif, et il y a le sujet acceptation des deux côtés de je vais céder. Alors moi, finalement, mon acceptation, elle était déjà intégrée. Et l'aspect financier, oui, rentre dans un vrai enjeu, pas un conflit, mais un enjeu de personnes, d'entrepreneurs. Moi j'achète Je veux faire une bonne affaire et moi je vends, je veux faire aussi une bonne affaire. Donc on est obligé de se mettre d'accord. Et là aussi on a dû ajuster, moi j'ai ajusté mes prétentions. J'avais fait des propositions qui n'étaient pas finalement pas bonnes. Donc on a réajusté les montants de pourcentage etc. Elles ont accédé à une accrétion de société, c'est fait sur un montant faible finalement. Et c'est la société qui a racheté l'actif du fonds de commerce. Donc là, c'était assez respectable pour toutes les parties. On a mis des avocats. Et après, il s'est passé un truc intéressant, à mon sens. C'est que, au bout d'un an, vous tirez, vous tirez, vous tirez. Et vous tirez en sachant... Et vous en prenez quand même plein la tronche. Parce que quand on a ouvert la boîte de Pandore, donc l'accompagnant, l'accompagnant va ouvrir des sujets. Et des sujets qui sont légitimes, je pense, pour la part du futur actionnaire. mais qui n'ont pas de recul sur la réalité d'entrepreneurs, puisque finalement ils ne sont pas encore entrepreneurs. Donc, c'est passé un moment où, psychologiquement, au bout d'un an, j'ai un peu posé les valises, vraiment. J'ai dit, je tire,
- Laurent
Oui, parce que tu avais peur du... enfin, c'était quoi ? C'était le rôle du sachant qui te... Tu ne voulais pas te positionner en sachant vis-à-vis d'elle ? C'était quoi l'idée ?
- Frédéric
Non, non, c'est... J'étais parti dans un process d'une création d'entreprise, c'est comme une gestation. Sauf que j'avais mis ma gestation au niveau humain, alors que finalement c'était plutôt la gestation de la baleine. Au lieu de 9 mois, c'est 12, 18, 24 mois. C'est beaucoup plus long. Et que dans ces phases-là, la réalité de l'entrepreneur c'est... Quand j'entreprends, à un moment, je lâche et j'y vais. Tu l'as connu, tu l'as raté, mais on ne sait pas où on va. Parce que c'est des trucs sur lesquels on ne peut rien border. On peut avoir des tableaux, des machins, mais au bout d'un moment, la réalité est là. Et donc cette réalité, pour se l'approprier, ça passe obligatoirement par je fais quelque chose pour moi ou pour la société. Parce que là aussi, ça c'est moi qui ai fait des formations et autres. C'est ce que j'avais compris. Une fois, une réflexion qui a été bonne, c'est qu'on nous avait posé une question dans un groupe de travail. Et vous, qu'est-ce que vous faites pour la société ? Grande question. En tant qu'entrepreneur. T'expliques que la personne morale, la personne physique, c'est deux choses différentes. Et quand on me pose cette question, et vous, qu'est-ce que vous faites pour la société ? Et là, vous êtes comme un con. Vous dites, ah ouais, qu'est-ce que je fais moi pour la société ? Comment je la défends ? Comment je prends soin de ma société ? Et ça, c'était un truc, ça c'était genre en 2000, enfin 10 ou 15 ans après le début de la boîte. Et ça m'a toujours marqué, cette question. Et finalement, je me la suis réappropriée avec les deux actionnaires, co-actionnaires. Je me suis dit, mais à quel moment vous, vous allez faire quelque chose pour la future société ? Autrement, vous suivez, vous en tant que sédant, vous retrouvez à avoir un coup d'avance, tout ce qui a été Tout ce qu'on a fait à la fin, c'était écrit deux ans, cinq ans avant, parce que de toute façon, tu ne peux pas faire autrement. Mais cette partie psychologique de je rentre dans, je mets la main dans le cambouis, je rentre dans le sujet et je sors de mon statut de salarié pour, en tout cas, nous concernant, mais je pense que même sur un autre, comment je rentre dans la société, comment je rentre pour défendre ce qui va être à moi. Et là, j'ai trouvé que j'étais psychologiquement... Ça m'a même pas marré, je tirais, tirais, tirais, donc j'ai posé les valises, j'ai posé les valises, plus de son, plus d'image, il ne s'est passé plus rien.
- Laurent
Et donc quelle a été la réaction de tes futurs associés ?
- Frédéric
Merde, il ne fait plus rien, parce que quand vous faites, c'est le système de vous faites, donc vous êtes obligés de dire ce que vous faites, comment vous le faites, qu'est-ce qu'il y a derrière, etc. Et en face... On vous dit, ouais mais là ça va pas, ça va pas, mais là il y a ce petit point de détail, on aimerait quand même creuser un peu, etc. Qu'est-ce que vous m'emmerdez avec ça ? C'est vraiment ça. Et donc en changeant ce système, je pensais que la gestation, et puis en interne, en famille, j'avais mon fils qui me dit, alors t'en es où, t'en es où ? Avance, avance. T'en es où ? T'es un con, pourquoi t'es pas réglé déjà ? Non, pas encore, mais ça avance. Et je pense qu'avec le recul...
- Laurent
Mais tu penses que l'extérieur s'imagine que la reprise d'entreprise doit aller beaucoup plus vite ? C'est quoi l'idée ? C'est que c'est beaucoup plus simple ?
- Frédéric
Ouais, il faut qu'on y a qu'un, terminer, c'est réglé. Pourquoi tu ne l'as pas réglé ? Mais c'est parce qu'il y a des leviers psychologiques. Alors peut-être que ça peut aller plus vite. Mais en tout cas, concernant notre sujet, notre affaire, il y a des sujets psychologiques qu'on ne peut pas imaginer. Parce qu'on n'est pas à la place des personnes. Moi je suis à ma place, donc je vis ma session. sur tous les niveaux, mais les repreneurs, eux, vivent aussi cette reprise avec leurs propres émotions, leurs propres peurs, leurs propres craintes, etc.
- Laurent
Intérêt de se faire accompagner, en fait, qui a été vraiment à un moment un changement de paradigme.
- Frédéric
L'accompagnement, elles ont été accompagnées au tout début de la démarche.
- Laurent
D'accord.
- Frédéric
Et c'est à la fin de cet accompagnement qu'elles pensaient être mûres pour qu'on se lance, sauf que moi, je ne l'étais plus. J'étais plus actif, donc elles attendaient que moi je donne le goût. Mais le goût, moi je ne pouvais pas le donner, parce que c'est elle, c'était elle aussi qui a donné le goût, pour que ça marche. Et donc là, elles ont bossé. Et donc elles ont repris des trucs en main, et donc là, l'avocat, le sif, il fait des trucs qui sont bien chiants quand même, parce que c'est procédurier, ça vous bouffe du temps. Moi j'ai quand même une boîte à faire tourner.
- Yves
Ce qui est aussi intéressant, c'est qu'en fait... Il y a une activité réelle, tu es un entrepreneur, donc tu as ton entreprise à faire tourner et tout ça vient se rajouter. Donc céder une entreprise, c'est quand même un sacré chemin, un sacré parcours. Ce qui est très intéressant dans ton parcours justement, c'est que toi tu avais fait le choix humain. C'est-à-dire que tu n'étais pas dans une vente d'une valorisation de boîte à un fonds ou quoi que ce soit, les formats. un peu plus classique dont tout le monde parle. Toi, tu as fait un choix humain. Tu voulais capitaliser sur des gens de confiance, à savoir ces deux femmes qui sont devenues actionnaires de la société. Et ces deux femmes ont dû, elles, faire leur propre parcours de « je suis salarié d'une boîte et je dois devenir maintenant une entrepreneuse » .
- Frédéric
C'est ça.
- Yves
Et donc, ces deux cheminements en parallèle... doivent se croiser un moment pour trouver une solution. C'est ça. Donc c'est ça que je trouve moi très intéressant dans ton histoire. Et j'aimerais juste que tu puisses nous expliquer à quel moment toi tu as eu envie de revenir et te dire « Allez, maintenant elles ont pris les trucs en main, Ça m'a reboosté, poser les valises ça m'a fait du bien parce que j'avais une charge mentale quand même importante. Quel a été le déclic à ce moment-là ?
- Frédéric
C'est juste que la notion de travail c'est elles qui ont repris le lead sur le dossier, le lead administratif on va dire. Le lead avec le lead avec si, je relis les contrats et là on s'est retrouvé... Je me suis retrouvé à l'envers, où c'est moi qui devais lire ce qu'on me proposait. Et là, c'est bien ça.
- Yves
D'accord.
- Frédéric
C'est bien, parce qu'au moins, ça permet de rebattre un peu les cartes. Vous comprenez mieux les problématiques des uns et des autres, et c'est vous qui avez les cartes après pour dire oui ou pour dire non. Et c'est là où ça devient intéressant, parce que l'engagement des co-actionnaires allait devenir réel, était réel. Et moi, j'ai retrouvé ma place. Après, là aussi, c'est quelle place on trouve, etc. Et ça aussi, c'est un sujet qui est extrêmement délicat. Parce que j'étais parti sur un autre principe, qui est que la manière dont se fait la session, donc c'est une session partielle d'actifs, j'ai conservé mon activité, l'activité commerciale et opérationnelle sur FM Media, et on a cédé, en session partielle d'actifs, toute la partie de l'animation. Avec un niveau de chiffre d'affaires, on devait être à 600 000 euros, 300 000 sur FM Média. Et on avait permis au sein de FM Média, la structure des aventures de Léo, de se développer gentiment pour arriver au moment de la session à 300 000 euros. Donc on était avec une situation où on a consacré du temps. à développer au sein de FMédia et de structurer un peu mieux à la fois le chiffre d'affaires, les animations, etc. des aventures de Léo, avant de faire la session. Donc c'était d'être à peu près sûr d'avoir une situation saine. Quand la session s'est faite, 5 septembre 2023, là la question était qu'est-ce qui va se passer derrière ? Qu'est-ce que je transmets ? Je ne peux transmettre qu'un truc qui a de la valeur. En tout cas, on est sur les basses scènes. Et donc, moi, je fais mon activité. Elles font les leurs. Et il s'est posé aussi la question. Et moi, je fais quoi là-dedans ? Puisque je suis actionnaire dans la boîte, même pas un jouritaire. Donc là, c'est toujours intéressant aussi dans les chiffres. On est à 30-30-40. Moi, j'ai 40. Elles ont 30-30. Donc, elles sont majoritaires. Mais moi, j'ai une minorité de blocage.
- Laurent
Classique, quoi. Classique.
- Frédéric
Mais classique, mais qui, finalement, reste honnête dans la structuration. Et donc l'autre logique, je me suis toujours dit, au début tout va bien se passer, parce que finalement ils n'ont pas payé cher quelque chose. La boîte se développe, donc c'est la boîte qui achète le fonds de commerce. Donc tout va bien, tout le monde est content. Mais à un moment, si ça se développe, à la sortie, il va falloir payer. Donc là, on sait qu'il y a forcément un point délicat. Et après l'autre point délicat, c'est... La place que j'occupe dans l'ensemble de cette chaîne, donc je me disais, si vous voulez travailler, vous pouvez travailler. Je me suis dit, au début, oui. Oui, comme ça, je vais faire un truc. Et puis après, je me suis dit non. J'ai changé d'idée, j'ai dit, écoute, non, je ne vais rien faire. Je suis actionnaire et vous gérez. En gros, vous démerdez. Parce que c'est votre boîte, ce n'est plus ma boîte. C'est... c'est Et on avait fait un contrat...
- Laurent
Un pacte d'associés.
- Frédéric
Un pacte d'associés, avec une temporalité, avec des sorties, etc., temporaires. Mais je me suis toujours dit, toi, tu vas sortir. Il faut que tu sortes. Parce que si tu ne sors pas, elles n'auront qu'une envie, c'est de te tuer. Ce qui est logique. En fait, dans le sens tuer, c'est, je ne fais rien, et à la fin, je vais prendre quelque chose. psychologiquement, il faut trouver le bon équilibre. Donc je savais que l'équilibre c'était à 5 ans, et ça c'était cohérent, ma retraite. Donc on a fait un pacte d'associés avec une sortie déjà organisée à 5 ans. Donc il me reste encore dans 2 ans, je sors. Ce qui est intéressant aussi, c'est que la vie d'une entreprise, c'est hyper intéressant dans le sens de ce qu'elles ont vécu elles. On a deux femmes. Une femme, elle peut avoir envie d'avoir des enfants. Donc j'en avais, une des associées en avait déjà un. Et elle attendait désespérément de la clarification de l'acte, qu'on puisse acter la cession, pour en faire une deuxième. Sauf que la pression était trop forte, elle l'a fait avant. Ce qui fait qu'on s'est retrouvés, on signe nos papiers en septembre, et en août, elle part en congé maternité. Donc on se retrouve dans une config assez particulière. Et ce qui a été encore plus intéressant, c'est que vivre une maternité, c'est quand même quelque chose de compliqué. Et le jour où elle est partie en congé maternité, on n'a plus d'image pendant 4 mois. Elle était à son affaire. Donc, ce qui était extrêmement intéressant, c'est la manière dont a grandi le deuxième associé. qui s'est retrouvée toute seule à tout faire et il se trouvait qu'en plus on a eu toutes les bonnes galères des camions volés, des camions accidentés, des problèmes de RH etc. Donc vous vous retrouvez avec une personne qui était salariée, qui a progressé déjà, enfin c'était déjà bâti un peu psychologiquement son cursus d'entrepreneuse, d'entreprise. Et là, en gros, dans les premiers mois, tout est arrivé. Parfait.
- Yves
Une formation accélérée.
- Frédéric
Formation accélérée. Et là, moi, j'ai trouvé ma place soutenant.
- Laurent
À la limite coach, quoi, presque.
- Frédéric
Oui, coach. Du mentorat.
- Laurent
Mentorat, plutôt.
- Frédéric
Le mentorat, c'est en gros, tu prends tout dans la gueule toute la journée, et à 5h, on fait le point et on parle. Donc en gros, on avait pas mal de sessions, mais c'était pas formalisé, c'était juste comme ça. Et de fil en aiguille, ça a permis vraiment une formation accélérée de chef d'entreprise qui prend tout dans la tête, mais comme on était sur quand même une structure déjà fiable. c'est passé. En gros, c'est des trucs qu'on a... J'ai vécu les mêmes dans mon parcours professionnel. Vous prenez des gadins, soit vous les encaissez, soit vous dégagez. Là, l'avantage, c'est qu'elles ont encaissé, elles n'ont pas dégagé, ça continue à progresser. Deux ans après, ma deuxième celle qui a tout pris dans la tête, s'est trouvée, elle aussi, envie de faire un emploi. Donc, elle a fait un emploi. Alors, c'est un peu, c'est pas la rose en rosée parce que c'est pas du tout l'esprit, mais la deuxième personne a dû faire le même parcours que la première. Elle s'est retrouvée toute seule. Un peu moins seule quand même. Et finalement, ça a été un peu la même chose, un peu plus simple quand même, où elle s'est retrouvée toute seule, elle a dû gérer. Et finalement, elle a montré qu'elle savait gérer comme l'autre. différemment. Donc en fait,
- Laurent
tout le travail que vous avez fait de préparatoire pour savoir la compatibilité était juste, en fait.
- Frédéric
Ça, c'est ça l'essentiel. Parce qu'on était vraiment, c'était trois profils différents, compatibles et associables. Donc là...
- Laurent
Pas associables,
- Frédéric
associables. Associables, dans le... Dans le bon sens du terme. Et l'autre point, c'est comme on est sur un travail sur cinq ans, Mon rôle dans 5 ans, il se finira. Et c'est elles qui décideront ce qu'elles auront envie de faire de la boîte. La continuer, la vendre, etc. Ce n'est plus mon problème, ça ne sera pas mon problème. Parce qu'on aura fait ça avec du temps, et pour permettre de structurer, donc ça se développe. On est parti à 300, on doit être à 600. Donc le travail est réel. Tout s'est bien construit pour que ça avance. Donc je pense qu'on est pas mal. Et là, l'autre point, c'est en deux ans, vu tout ce qui s'est passé, comme les personnes sont compatibles, elles ont appris aussi à comprendre l'une et l'autre et ne pas reprocher à l'autre ce qu'elle est. Donc finalement, la compatibilité va se faire aussi entre elles quand elles ne seront plus que deux. Peut-être que d'autres personnes vont rentrer, etc. Donc là, on commence aussi peut-être à envisager l'intégration d'une nouvelle personne. et se posent les mêmes questions de compatibilité s'il y a une autre personne qui rentre et sous quelle forme, etc. Donc ça, c'est assez marrant, le schéma. Mais peut-être que c'est mes parts qui seront cédées, enfin, qui seront rachetées parce qu'elles n'ont pas envie de tout racheter. Peu importe.
- Laurent
Ça les regarde, c'est ça, maintenant, pour toi ?
- Frédéric
Ça les regarde. Et moi, ce qui est hyper plaisant, c'est de ne pas être impliqué opérationnellement. Donc en gros, si je suis impliqué quand il faut rendre un service, mais je dois parler à personne en termes de RH, parce qu'après j'ai tellement peur de ce que je peux faire ou dire sur le personnel, il y a une bonne façon de le dire. Et là aussi c'est assez plaisant de voir, et c'est là où ça a vraiment du sens, à un moment avec l'âge, on n'est plus formaté pour comprendre l'âge du moment. Je fais entreprise aujourd'hui, nous à 60 balais... La génération d'aujourd'hui, vous la regardez, vous ne comprenez pas. Mais moi, en gros, je ne pourrais garder personne. Avec ma personnalité, je suis tout seul. Et elles, même si elles ont des personnalités qui pourraient certainement se rapprocher de la mienne, comme elles sont plus jeunes, elles arrivent à gérer. Elles acceptent des trucs. Mais ça c'est hyper intéressant à voir. Donc à titre de cédant qui reste dedans la boîte mais qui n'est pas impliqué, ce qui est bien c'est que, alors il y a de la vie, donc ça c'est bien, et vous voyez des choses que vous n'imaginiez même pas. Donc c'est hyper positif.
- Laurent
Bon bah si je dois résumer un peu ce que tu viens de nous dire là, en fait le succès de ta session c'est aussi d'être quelque part sorti de cette vague opérationnelle, d'avoir laissé la main, peut-être d'avoir confiance aussi.
- Frédéric
Si tu ne fais pas confiance, les personnes ne pourront jamais avoir confiance en elles.
- Laurent
Bien sûr, je comprends.
- Frédéric
Et donc, il faut accepter. Et comme je leur dis, de temps en temps, tous les ans, elles me font le bilan. Mais je m'en fous. Mais vraiment. Oui.
- Laurent
Oui, toi, t'es sorti.
- Frédéric
Non, mais ça a une incidence. Quand je dis, je m'en fous. Mais je ne regarde pas les comptes, etc. C'est obligé. Autrement, il y a suspicion. Si on s'est associé avec des gens qu'on pense être compatibles, oui, il peut y avoir toujours un bug. Mais à part les bugs, on va dire les accidents, il y a un truc. Tu peux pas reprocher ça à quelqu'un alors que toi tu l'as vécu. Donc soit on assume les conneries, soit on les assume pas. Donc pourquoi reprocher les conneries aux autres ? Toi t'en as fait, tu les assumes, tu arrêtes de regarder derrière, tu vas devant et puis t'avances. Là où on pourrait se dire, mais on assumera si jamais c'est le cas, c'est si les gens sont malhonnêtes. La nolleté, elle peut se trouver partout, pour des raisons que tu n'imagines pas. Sur les comptes, des luttes et des trompe-mortes,
- Laurent
des machins.
- Frédéric
Si tu commences à rentrer là-dedans...
- Laurent
Ouais, tu dors plus la nuit.
- Frédéric
Non. Donc, moi, je me suis associé avec des gens qui ont toujours été honnêtes, montrés honnêtes. Après, elles ont besoin de vivre, elles s'augmentent un peu, machin... Enfin, rien...
- Laurent
Et en préparant cette émission, toi tu nous avais donné une notion de délai du moment, à partir du moment où tu as commencé à y réfléchir et au moment où ça a signé, c'est deux ans, trois ans ?
- Frédéric
Mais dans la réalité c'est deux ans.
- Laurent
Et tu penses que c'est vraiment incompressible ça ?
- Frédéric
Je pense que comme dans... Alors, on peut le voir de deux façons. Quand on est avec des salariés... Je pense que c'est incompressible, parce que la transformation du salarié en entrepreneur, c'est des étapes. Après, est-ce qu'on peut les réduire ? Et après, on peut se poser la question, à quoi ça sert de les réduire ?
- Laurent
Oui, parce que le but du jeu, c'est que ça marche, de façon finale, et que ça soit un succès.
- Frédéric
Après, qu'on mette six mois de plus ou six mois de moins... Est-ce qu'on est dicté par tempo actuel où tout doit aller vite, Si on cherche à aller vite, ça veut dire qu'on veut prendre de l'argent vite.
- Laurent
Et donc ?
- Frédéric
Et donc là, ce n'est pas des salariés que tu vas vendre. Parce qu'à un moment, le salarié, il est comme... Parce que le salarié, il faut... Bon, alors, c'est que t'es un vrai... T'es un enfoiré. Ben oui. Tu vas vendre un truc, et t'en as la foute de ce qui va se passer derrière. Tu mets ton argent, tu te casses. Donc, la notion de transmission n'est qu'une transmission économique. Et que le salarié va devenir un dindon. Et c'est parce que tu vas essayer de le manipuler. Donc psychologiquement, il faut être à l'aise avec ça. Donc si vraiment tu veux vendre quelque chose à quelqu'un, il vaut mieux vendre à un tiers qui, lui, va te prendre la tête. Et ça, ça vaut quoi ? Et ça, ça vaut quoi ? Mais pourquoi si ? Pourquoi mi ? Machin. Il va te faire baisser le prix. Donc c'est une marche en tapis. Mais au moins... Le truc est assumable, chacun tire au maximum, tu vas trouver un gentleman d'agrément, mais il n'y a pas d'émotionnel si tu prétends le faire en respectant finalement ta propre philosophie et puis le regard que tu as sur tes salariés, à qui tu... transmets quelque chose, c'est comme si tu transmettais à tes enfants. Le salarié à ce niveau-là, c'est comme une filiation. J'estime que c'est ça. En tout cas, pour me concernant, ça pourrait être mes filles. C'est pas tout à fait vrai. Donc je transmets à des gens que je considère comme étant des gens de valeur. Après, tes enfants, tu les maîtrises pas. Mais au départ, c'est ça.
- Laurent
Non, je comprends.
- Frédéric
En fait,
- Yves
on voit bien que tu as fait une transmission humaine et pas une transmission économique. C'est aussi pour ça qu'on voulait te recevoir, parce que sinon, les transmissions économiques, etc., tout le monde en parle, comme on le disait au début. au début de l'entretien, c'est plus connu, plus courant. Toi, tu as fait un choix qui correspond évidemment à ta personnalité, à ton parcours. Et si tu prends un peu de recul sur ces deux années-là, où toi-même tu as vraiment évolué, parce que tu es passé d'un entrepreneur à un quasi-mentor. faire une filiation, si on veut. Si tu regardes ces deux années passées, qu'est-ce que tu as appris sur toi ? Et la deuxième question, est-ce que tu referais exactement la même chose ou tu ferais différemment ?
- Frédéric
Moi, je suis juste ce que je suis. Et donc, je ne pouvais pas vous refaire. Je pense que j'ai suivi un cheminement qui est celui de ma propre personnalité, avec mes propres valeurs, mes propres turpitudes, mes propres incohérences, peu importe, mais j'ai suivi. Et finalement, je m'aperçois, si je me fais un peu de rétrospection, globalement, à part cette retraite à 50 ans, à un moment, vous vous dites, ok, il y a des trucs, vous allez remettre un peu la pétale douce sur vos ambitions. Parce qu'une ambition, c'est aussi de quoi vous êtes capable. Moi je ne suis pas capable d'avoir une boîte de 50 personnes parce que ça me fait chier. Puis avec le temps... Donc à un moment j'ai une boîte qui m'a permis pendant 30 ans de faire ce que j'avais envie de faire et de le faire comme je le voulais. Avec des choses bien, des choses moins bien, peu importe. Mais finalement, je ne pense pas avoir loupé ma vie en tant qu'entreprise. Là, c'est une autre étape de vie, la transmission, qui me permettra, à mon sens, de boucler ce schéma, mon schéma d'entrepreneur, proprement. Ça vivra ou ça ne vivra pas. Si ça ne vit pas, je serai... je dirais que ça ne vit pas, c'est dommage, ou alors je serais très fier, ils étaient là, maintenant ils en sont là, extraordinaire, génial, je suis content. Je ne sais pas ce qui va se passer. Mais en tout cas, je suis en phase avec la manière dont je l'ai fait, comment ça s'est fait, et je pense sincèrement que comme tout était écrit, c'est ce que les gens ne peuvent pas comprendre. Il y a ce qui est écrit dans votre tête. Et ce que les gens voient de la situation. Et quand je revois ce qu'on a fait en 94, 2000, on a fait des trucs mais c'est tellement... Des fois quand je le regarde, je me dis mais bravo, on a fait ça quand même. C'était dément ce qu'on a fait. Et là, on fait autre chose.
- Laurent
Cette émission, c'est marrant parce que tu nous as dit, et c'est peut-être là aussi la réponse avec tes associés, c'est que pour un bon avoir, Pour avoir un bon repreneur, il faut surtout qu'un bon repreneur ait une fibre entrepreneuriale.
- Frédéric
Oui.
- Laurent
Et quand tu dis que les filles, elles avaient peut-être raison en n'achetant pas ce que tu leur proposais, qu'elles avaient sans doute cette fibre-là.
- Frédéric
Oui, oui. Elles me faisaient confiance, mais pas totalement. En gros, il y a une justesse de regard sur ce qu'était une marotte. Une danseuse pour le patron parce qu'il pensait que ça, c'était bien et que ça avait une vraie valeur dans ce qu'on a construit. Sauf que les utilisateurs sont en incapacité d'utiliser un truc qui est hyper simple pourtant. Là encore, je suis content de le regarder. Quand je le regarde, je me dis que c'est pas mal. Mais ça n'a pas de valeur commerciale. Ou alors, il faudrait tout reprendre. Et là, elles se disent, OK, peut-être que ça, c'est dans 2 ans, 3 ans, quand tout est stabilisé, que peut-être on est en avance sur le fond. le sujet, et qu'il va falloir cette construction-là la reprendre, mais pour le coup, ça sera leur savent-faire.
- Laurent
Maintenant que la transmission est actée, il ne te reste plus que deux ans, la suite, comment tu l'envisages ?
- Frédéric
La suite, la suite, c'est ce que je vis aujourd'hui, c'est mon modèle, c'est deux, trois ans à vivre encore sur mon modèle. Et après, j'arrête. Parce que là-dessus, c'est un autre schéma, c'est ça qu'on nous dit tous, entre 50 et 60, il y a vraiment un gap. Passer 60 ans, t'as vraiment moins envie. Les gens sont toujours plus cons qu'ils l'étaient avant, machin. Donc en gros, c'est malheureux à dire, mais soit t'as une boîte hyper structurée et tu peux être un patron à 60, 70 ans, 80 ans, machin, si en fait c'est pas toi qui bosses, tu dis juste ce qu'il faut faire, t'as tes danseuses, tu fais ce que... Mais quand t'es au charbon... Tu te retrouves malheureusement confronté à des gens que tu ne peux pas entendre et qui ne t'entendent pas. Ça c'est clair et net. On n'est pas entendable. Bon, t'es pas entendable, t'es pas entendable. Donc les seuls qui vont t'entendre, c'est les clients qui ont l'habitude de travailler avec toi et qui ont besoin de toi. J'en ai deux comme ça, bon meurtre. Donc je finis comme ça, gentiment, mais ce qui me laisse le temps... Mon temps d'écoute et de mentor à ma place qui est important. Quand elles ont besoin de moi, je suis là. Parfait.
- Yves
Merci pour ton temps, pour ton partage aussi, très enrichissant. Ça fait du bien de voir des entrepreneurs humains, pas que sur le côté financier. Et on voit que c'est un modèle qui peut fonctionner. Évidemment, c'est un modèle... Je porte beaucoup de tracas. Mais ce que je trouve beau aussi, c'est de voir ton évolution. C'est-à-dire que tu es conscient de tes limites. C'est-à-dire que tu vieillis, tu fatigues de plein de choses. Et plutôt que d'imposer ça à ton organisation, tu l'as pris en main et tu dis comment on fait.
- Frédéric
Ça, je pense qu'en tout cas pour les personnes qui seraient dans la même situation que moi, C'est intéressant d'accepter qu'il y en ait, simplement. Parce que, au forceps, ça ne marche pas. Donc soit on est sur son modèle, on croit son modèle et on va au bout et puis on s'épuise, on ne s'épuise pas, on en a la satisfaction, on n'en a pas la satisfaction. Mais si à un moment on pense à la cession, il faut quand même faire un petit travail sur soi-même, être aussi aidé, etc. C'est un parcours, un entrepreneuriat, c'est un parcours de vie. Donc moi j'avais fait, etc. Et qui te permettra peut-être de... D'avoir le recul suffisant pour faire ce travail de session si tel est ton choix. Après je ne sais pas du tout s'il est, ou peut-être que des podcasts comme ça, comme le vôtre, éclaireront les gens, mais ou alors...
- Laurent
On l'espère, on l'espère.
- Yves
Je voudrais aussi saluer tes deux partenaires ou actionnaires aussi qui ont eu un parcours de salariés à véritables entrepreneuses. C'est quand même un sacré challenge. Nous qui sommes des entrepreneurs, on est assez âgés, on sait ce que c'est. Donc toute cette histoire-là, elle a aussi du sens grâce à leur parcours. Je trouve ça vraiment intéressant. Une dernière question et on arrête. Qu'est-ce que tu as appris d'elle, justement ? Qu'est-ce que tu as appris d'elle ?
- Frédéric
Je ne sais pas si j'ai appris quelque chose, c'est juste plaisir à regarder. C'est des gens qui travaillent bien, des gens qui sont impliqués, des gens qui font autre chose autrement que toi, des gens qui mettent en place des solutions, et tu les regardes comme tu regarderais un artiste. et qu'ils font différemment de toi et qu'on te dit non c'est bon.
- Laurent
Très belle histoire en tout cas, merci beaucoup Frédéric d'avoir été aussi le parrain de ce podcast, tu es notre premier invité. J'espère que vous en aurez plein d'autres. Nous aussi, ne serait-ce que pour accompagner et pour aider tous les cédants qui sont dans le doute, et il y en a beaucoup. Donc merci à vous de nous avoir suivis, d'avoir écouté ce podcast. N'hésitez pas à vous abonner sur toutes les plateformes. Et avec Yves...
- Yves
On vous dit à très bientôt.
- Laurent
À bientôt. Au revoir.
- Yves
Merci.