- Speaker #0
La dépression pour moi c'est la sensation d'être dans une cage, tout est noir autour, c'est juste atroce. Je compte sur un thread sur Twitter qui explique les relations d'une personne en couple avec quelqu'un de borderline, j'ai fait « ouah putain mais c'est moi » , et là ça a été un peu une prise de conscience.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux typiquer avec tes mots à quoi ça ressemble de vivre avec un trouble borderline ?
- Speaker #0
C'est être passager de ses émotions, et les émotions c'est les montagnes russes. On peut passer par six émotions à la même heure. Et aujourd'hui, je ne me suis jamais aussi senti bien dans ma vie. Je suis moins agressif, je me sens moins nerveux, je suis capable d'avoir beaucoup plus de recul, chose qu'avant je n'arrivais pas.
- Speaker #1
Vous vous apprêtez à écouter un épisode de L'Anomalie, le podcast qui ouvre la discussion sur la maladie et le handicap. Je m'appelle Julieta, j'ai 32 ans et je vis avec une sclérose en plaques. Interviewer des personnes avec une maladie ou un handicap a fait partie de mon parcours pour construire mon nouveau rapport au monde. Aujourd'hui, je vous propose d'écouter une de ces discussions en espérant qu'elle vous sera utile. Bonne écoute. C'est parti ! Alors, Eloïe revient.
- Speaker #0
Salut !
- Speaker #1
Je suis super contente d'échanger avec toi et de te rencontrer en vrai. Mon premier contact avec toi a été par le biais d'une des newsletters que tu as rédigées, donc c'était pas vraiment un échange, c'est moi qui ai lu ton travail, puisque tu as écrit pour Musae. Je pense que la première que j'ai lue, c'était ta toute première pour Musae, qui s'appelle « Les pieds dans le plat » .
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et elle commence avec cette phrase, j'aimerais en finir avec le tabou de la santé mentale encore plus chez les mecs. Et c'est vrai qu'on a beaucoup échangé tous les deux sur la santé mentale chez les hommes, parce qu'effectivement, ça me semble moins évident de parler de santé mentale pour la jante masculine, et par là j'entends principalement pour les hommes cis-hétéros. C'est possible que je te titille au cours de l'enregistrement sur la question du genre, mais la thématique principale que je voudrais aborder avec toi aujourd'hui est plutôt celle de trouver un équilibre, puisque dans cet épisode on va parler du trouble borderline et de TDAH, qui sont par définition l'antithèse de l'équilibre. et en effet parmi les manifestations du troupe Borderline, donc de ce que j'ai lu parce que je suis pas concernée directement il y a des émotions qui sont vécues de façon très intense et qui sont difficiles à réguler des relations qui sont elles aussi vues d'une manière assez dichotomique, soit c'est vraiment incroyable soit c'est vraiment la catastrophe la question de l'identité peut être difficile et enfin il y a des comportements dits à risque même si tu m'as dit que t'étais un peu moins concernée par des trucs genre conduire très très vite en état d'ébriété et... Oui. Ah ok, tu m'avais parlé des jeux vidéo mais...
- Speaker #0
Ouais on va dire, j'ai plus de voiture parce que je suis à Paris depuis longtemps donc on a évité le problème, je suis pas le plus lent au volant.
- Speaker #1
Ok très bien. Et donc la question de l'équilibre se pose à la fois dans la manière de réguler ce que tu peux ressentir mais je pense aussi dans la manière de réguler ton rapport au monde extérieur, en tout cas c'est la manière dont je l'ai perçu. Si tu es prêt pour commencer, ma première question serait, est-ce que tu peux te présenter ? Parce que... Je ne te connais pas très bien.
- Speaker #0
J'ai réfléchi pas mal à la question parce que c'est vrai que ces derniers temps, on entend beaucoup parler des gens qui se définissent que par leur travail. Mon travail me gave. Et du coup, j'ai cherché comment me définir autrement. Du coup, je m'appelle Yervine, j'ai bientôt 32 ans. Et je pense que pour me décrire, je suis un peu un touche-à-tout. C'est-à-dire que je suis salarié, mais j'ai aussi un blog. Je rédige des newsletters pour Musae. Il y en aura d'autres à venir. Je fais mes voix off, donc je m'intéresse à tout ce qui est montage. La musique aussi, c'est un peu ma nouvelle lubie du moment. Je fais pas mal de sport. Je m'intéresse au sport de manière globale, mais aussi à l'échelle géopolitique, parce que c'est un peu comme ça que je comprends le monde, et c'est des sujets qui m'intéressent. Vraiment, je peux partir un peu dans tous les sens. Le bon cliché du TDAH, en fait, c'est je peux partir sur un truc et du jour au lendemain, c'est ma lubie, et je ne pense plus qu'à ça. Donc c'est difficile de me définir par une seule chose, en fait.
- Speaker #1
Ouais, ce qui est super sain en fait. Alors bon, je rentre un petit peu directement dans le sujet de la santé psy. Comment est-ce que toi, t'as commencé à te poser des questions ?
- Speaker #0
Alors c'est pas venu dès le départ avec la psychologue parce que j'y allais surtout pour des problèmes relationnels tendus à l'une de mes anciennes relations. Par contre, c'est après un an et quelques, au bout d'un moment, on commençait à tourner en rond au niveau des thématiques et à remarquer que j'étais vraiment de plus en plus agressif dans mon humour. Donc c'était plus des blagues. pour faire rire, c'était vraiment pour piquer et faire mal. Et elle m'a demandé, mais pourquoi vous êtes méchante comme ça ? C'est pas drôle, en fait. Et je lui ai dit, mais parce que je souffre, et c'est mon moyen d'expression, parce que par le mot, on peut tout dire. Elle a creusé, elle m'a dit, mais en fait, là, vous avez tous les trucs de la dépression. Juste, c'est très, très bien caché.
- Speaker #1
Et pourquoi est-ce que t'as évoqué ce sujet de faire des blagues ? Ça veut dire qu'à un moment, t'as perçu que tu blessais l'autre ?
- Speaker #0
Non, en fait, j'ai... Une répartie qui est très cinglante, et ça dure depuis assez longtemps. Et du fait de pas être bien au travail, c'était mon moyen de remettre une pièce dans la machine pour montrer que j'étais pas d'accord avec ce qui était dit. Parce que je bosse dans une grosse boîte où il y a énormément de politiquement corrects. Surtout dans le boulot où j'étais, où c'était chargé d'affaires. Donc il y a une image à tenir et tout. Autant c'est bien, ça m'a aidé à être beaucoup moins timide. Par contre derrière, j'ai compris qu'il fallait avaler des couleuvres et c'était pas possible pour moi. Et à partir de là, j'ai commencé à développer un humour terrible. Par exemple, on a l'occasion de passer des diplômes pour devenir cadre en bac plus 1, qui forcément, c'est qu'une certaine partie des employés qui le deviennent. Et moi, je les appelle les mangemorts. Comme dans Harry Potter, où ils ont la marque, le tatouage de la boîte, puis après, ils peuvent plus dire du mal d'elle, machin, c'est vraiment... Et elle me dit, mais vous vous rendez compte de ce que vous leur mettez dans la tranche ? Ça remet quand même en question l'identité des gens et tout, leurs valeurs. Enfin, ça peut blesser. Et après, on me dit, mais pourquoi vous faites ça ? Je fais, mais parce que moi, en fait, j'en ai marre de ce système-là. Je me sens enfermé. C'est une détresse, en fait, mon humour. Et c'est à partir de là, on a commencé à se poser des questions sur leur santé mentale, sur la mienne. Et à partir de là, ça a été plus ou moins une descente aux enfers. Je parle des suspicions de dépression en septembre 2022. J'ai commencé à prendre des antidépresseurs en février 2023. Et puis, à partir de là, en fait, j'ai commencé vraiment à me poser des questions. À dire, il y a un truc qui tourne par rond là-dedans.
- Speaker #1
Pourquoi est-ce que tu parles de descente aux enfers ? Parce que tes symptômes, ils ont été...
- Speaker #0
De pire en pire.
- Speaker #1
Ok. Ce qui peut paraître contre-intuitif, vu que tu prenais des antidépresseurs.
- Speaker #0
Non. En fait, j'ai été six mois sans vouloir en prendre, parce que je voulais pas en entendre parler les clichés de « c'est de la saloperie » , « c'est encore pire » , et tout. Et j'étais vraiment dans une période très def perso, où c'était « c'est qu'une histoire de volonté, on va y arriver » , machin. En plus du fait que je sois un mec. Et aussi du fait que je suis extrêmement borné. Je le reconnais, c'est quand j'ai un truc en tête. c'est même pas la peine, tant que j'ai pas accepté de moi-même l'idée, c'est impossible de me faire dériver, et jusqu'au moment où je me suis retrouvé à pleurer dans le bus pour aller au boulot le matin, et j'ai fait je crois que là, je commence à atteindre un stade qui est pas bon, et je conserve des idées noires et tout c'est là où elle m'a dit non non on va arrêter les conneries, vous prenez rendez-vous là devant moi, chez un psychiatre donc là je l'ai fait en ligne sur une plateforme j'ai pris des antidépresseurs, j'ai eu 2-3 semaines, pas ouf parce que je sais pas si t'en as déjà pris mais vraiment. Les premières semaines ne sont pas agréables. Et à partir de là, j'ai senti un changement tellement radical. Je me suis dit qu'il y avait un truc qui ne va pas. Et après, j'ai voulu creuser. Et c'est comme ça que j'ai mis le nez dans la santé mentale. Il y a trois ans, ça fait quatre ans que je suis avec ma copine. En quatre ans, j'ai tellement évolué, j'ai traversé tellement de trucs. Je ne suis plus du tout la même personne.
- Speaker #1
C'est quoi les principaux changements que tu vois ?
- Speaker #0
L'humeur, le fait d'être beaucoup moins négatif. Ça, c'est vraiment extrêmement marquant. Plus en joue au quotidien, plus l'envie de vivre. et puis... ce désespoir qui était permanent.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux expliquer à quoi ça ressemble la dépression ? Parce qu'il y a certaines personnes qui vont sans doute t'écouter par curiosité et qui n'ont jamais vécu ça.
- Speaker #0
La dépression pour moi c'est... Alors en ce moment j'écoute pas mal de metal et un groupe notamment c'est Len Marx. Et il y a une chanson, c'est la première d'une dernière album, c'est The Darkest Place I've Ever Been. Et c'est vraiment ça en fait, c'est la sensation d'être dans une cage, tout est noir autour. C'est juste atroce, c'est ce que je dis en fait, c'est ça la dépression. Il n'y a plus rien de positif autour, on n'a plus envie de rien. Même sous mes docs, en fait, l'été dernier, j'ai fait une rechute. Je me rappelle de me réveiller à 5h du matin, regarder le plafond, et juste l'envie de mourir, quoi. La dépression, c'est atroce. Vraiment, je ne recommande pas. C'est comme si on avait le choix. Sur Maladie Advisor, je mets 0 sur 5. Tout est plus dur, tout semble insurmontable. Alors après, il y a plusieurs phases. Je suis passé par des phases vraiment sévères, où même faire 50 mètres pour aller me chercher à manger au franprix du coin. C'était pas possible. Alors que j'ai des TCA, je suis concerné par les TCA, je suis sorti de l'hyperphagie, mais à ce moment-là, j'ai même pas envie de manger, je me suis retrouvé à pleurer en faisant des pâtes parce que ça me semblait insurmontable.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a eu un moment où justement tu t'es dit « j'étais pas comme ça avant » ? Ouais,
- Speaker #0
je me posais la question « mais comment j'ai fait pour vivre avec ça ? » parce que maintenant je suis persuadé que j'ai une dépression depuis avant mes 20 ans, et en fait je pense que j'étais dans un déni tellement fort et j'étais obsédé par le travail. Je m'en rendais pas compte. Et même dans mon entourage, à partir du moment où j'ai pris des antidépresseurs, c'est la première chose que les gens m'ont dit, mais t'as jamais vu comme ça. Et après, j'ai compris, je pense qu'on en reparlera plus tard, il y a tout l'environnement qui joue autour avec l'hygiène de vie. Et j'ai pensé que les antidépresseurs faisaient suffisamment de travail tout seul. Alors je faisais de la thérapie à côté et tout, et j'ai vachement sous-estimé l'hygiène de vie. Et ça m'a rattrapé.
- Speaker #1
Tu commences à prendre des antidépresseurs, tu continues ta thérapie, tu commences à percevoir un changement, et là tu te dis, il y a peut-être plus... Déjà... Dans quel mood tu es ? Est-ce que ça t'inquiétait ? Est-ce que t'étais curieux et tu voulais vraiment plonger dans cette thématique ?
- Speaker #0
C'était un mélange de peur et de curiosité parce qu'il y avait cette soif de comprendre. Quand je suis tombé sur ce que je dis dans le podcast d'Abigail, Itinerarbis, je tombe sur un thread sur Twitter qui explique une relation d'une personne en couple avec quelqu'un de borderline. J'ai fait « Ouah, putain, mais c'est moi ! » Et là, ça a été un peu une prise de conscience. J'ai commencé à fouiner à droite, à gauche. Et là j'ai fait mais c'est moi.
- Speaker #1
T'as dit qu'elle n'avait pas identifié ce pattern là.
- Speaker #0
Non du tout. Alors qu'elle dans ses séances plusieurs fois m'a dit mais c'est marrant chez vous c'est tout noir en tout blanc. Elle a fait le gris ça n'existe pas. C'est votre vie elle est hyper cyclique. Un coup ça va, un coup ça va pas du tout. Il y a toujours un truc qui va pas. Et vraiment quand tu réanalyse les séances derrière. On a fait le détail après par rapport au trouble. Sachant qu'elle ne peut pas poser un diagnostic. Elle m'a dit bah ouais en fait c'est là c'est difficile de passer à côté.
- Speaker #1
Mais tu l'imputes à quoi le fait qu'elle n'ait pas identifié ?
- Speaker #0
parce que je suis une reine anguille en séance. C'est-à-dire que si tu creuses un petit peu trop, je bifurque. Et pour l'anecdote, avec le trouble borderline, on n'en parle pas beaucoup, mais tu as beaucoup de problèmes de TCA, trouble du comportement alimentaire. Et en fait, à partir du moment où on m'a posé des questions sur la bouffe, j'ai claqué la porte du cabinet en me disant, non, ça ne va plus être possible. Impossible. Je me rappelle, elle m'a dit, mais pourquoi ce rapport à la nourriture ? Je n'ai pas su répondre et je suis parti sur un autre sujet. Le lendemain, j'envoyais un message en disant, écoutez, je pense que pour moi, c'est plus possible. Au sens, je ne me vois pas, je vous apprécie vraiment, je ne peux pas me confronter à vous. Et ça a été instantané.
- Speaker #1
Ce qui semble être une réaction typique du trouble border.
- Speaker #0
À partir du moment où tu te fermes à un truc comme ça, c'est vraiment un espèce de rapport amour-haine qui peut passer en un claquement de doigts. Et j'ai encore eu l'exemple il n'y a pas longtemps.
- Speaker #1
Tu veux en parler ?
- Speaker #0
Pour donner un exemple, parce que même stabilisé, aujourd'hui, je pense qu'on peut clairement parler de stabilité. J'ai eu une altercation, à l'indir en réunion, où j'ai un peu répondu sèchement, et j'ai vu le regard de la personne en face qui était sec en mode, ça va pas se passer comme ça, et dans ma tête ça a shifté en mode, ah ouais tu veux jouer à ça ? On va jouer. Et après ça m'a fait bizarre quand la personne m'a parlé normalement, je l'ai regardé en mode, pourquoi tu t'intéresses à moi comme ça ? C'est un truc qui est ancré, c'est super profond, c'est super dur de s'en défaire.
- Speaker #1
Justement là on tourne un petit peu autour du pot, donc on a... Parler du fait que tu t'es posé des questions, que tu t'es reconnu dans la description de ce que c'était qu'être en couple avec une personne qui vit avec un trouble borderline, est-ce que tu peux expliquer avec tes mots à quoi ça ressemble de vivre avec un trouble borderline ?
- Speaker #0
C'est être passager de ses émotions, et les émotions c'est les montagnes russes. On peut passer par six émotions dans la même heure. Bon genre, je grossis un peu le trait, mais ça peut vraiment être ça en fait. En dix minutes, tu peux passer d'être hyper euphorique pour un oui, pour un non. et il va se passer un truc, on va te faire un mot ou alors tu vas poser une question et tu vas pas avoir la réponse que tu veux, ou juste l'attitude physique de la personne va te dire, mais attends, tu m'écoutes pas, tu me rejettes, là.
- Speaker #1
Ok. D'un point de vue extérieur, donc moi je suis pas professionnelle de santé mentale, mais ça fait beaucoup penser à deux trouves de l'humeur qui sont la bipolarité et la cyclotimie. Peut-être plus à la cyclotimie parce que c'est des variations qui sont très rapprochées dans le temps. Est-ce que tu peux expliquer la différence ? qu'il y a entre un trouble de l'humeur et le trouble borderline qui est plutôt un trouble de la personnalité. Sinon, j'ai une antisèche.
- Speaker #0
Je ne saurais pas dire, par exemple, je sais que bipolaire, c'est vachement plus dans le temps. Il y a vraiment des phases qui sont beaucoup plus définies, là où le borderline, ça n'existe pas. Et je crois qu'il y a aussi beaucoup la notion de trigger. Et c'est ce que j'ai longtemps hésité à faire le diagnostic. Et c'était un peu une facilité aussi pour moi de ne pas me confronter, de ne pas vider totalement mon sac. jusqu'au moment où je suis allé voir une psychiatre spécialisée dans le trou borderline et tout. Et j'ai expliqué ça et en 3-4 séances, on m'a dit non mais là je crois qu'on coche toutes les cases. Et il n'y a plus de mystère en fait. Par exemple, je prends l'exemple, chez moi d'entendre une personne monter à l'étage dans ma chambre, ça me renvoie à des trucs bien particuliers. Juste d'entendre les pas dans l'escalier, le cerveau débranche et je sens que je suis complètement dissocié. Ça c'est très typique du borderline.
- Speaker #1
Effectivement, moi ce que j'ai lu, dans le cas du trouble borderline, en fait tu réagis à des stimuli extérieurs et donc c'est des réactions qui sont très souvent très fortes. Et dans le cas de la bipolarité, de la cyclotimie, c'est plutôt des phases en fait qui sont pas nécessairement corrélées avec ce qui se passe à l'extérieur. Donc je reviens à ce que tu viens de dire, donc t'es allé voir une personne spécialisée sur ce trouble, t'as eu ton diagnostic, comment tu t'es senti ?
- Speaker #0
Un mélange de soulagement et de... Bah j'ai plus le choix en fait que de l'assumer maintenant. Parce que bien que j'en parlais et tout... Il y avait un peu cet espoir au fond de moi qui disait, peut-être que c'est pas ça. Et là, d'entendre les mots de la psychiatre dire, déjà vous avez de la chance d'en être arrivé là, sans avoir subi de choses, de vous faire du mal vraiment très fort, je me sens chanceux, mais il y a un peu ce truc de... Je pense que par quoi j'ai vécu tous ces trucs-là, c'était aussi dur. C'est un sentiment particulièrement désagréable.
- Speaker #1
Quand t'as su, est-ce que tu t'es documenté ? Est-ce que t'es déjà fait ?
- Speaker #0
Ouais, parce qu'il y a le TDA, je suis aussi en parallèle. Et j'ai découvert ce que c'est que l'hyperfixation.
- Speaker #1
Donc, qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #0
À partir du moment où tu as un sujet qui t'intéresse, tu dévores le sujet de fond en comble. Ça peut être du contenu gratuit, mais le problème, c'est qu'on va souvent passer à la caisse. et à partir de là c'est aussi un gros problème C'est-à-dire que tu rentres dans une spirale où tu peux dépenser 10 000 euros que t'as pas, parce que tu vas absolument aller au bout des choses, et du jour au lendemain, hop, fini, on n'en parle plus. Et j'ai eu une phase où je consommais tout ce qui était sur la santé mentale, sur le trouble borderline, c'était infernal. Et je suis content pour mon couple que ma copine était à distance, parce qu'elle n'a pas subi tout ça. Je pense que ça aurait été pénible.
- Speaker #1
Et est-ce que ça t'a apporté quelque chose ?
- Speaker #0
La compréhension de moi-même et... de remettre des mots sur des sensations que j'ai vécues, des solutions aussi à trouver, des réactions, améliorer mon hygiène de vie, pour me comprendre et aussi pour les autres, pour pouvoir expliquer mieux, pour vulgariser, parce que j'ai fait le choix d'en parler librement au travail. Non, vraiment, ça m'a énormément aidé. Et j'encourage d'ailleurs les gens à le faire, mais par contre à le faire bien. Je ne dis pas de le faire bien, parce que j'ai fait des trucs... Je ne sais pas que j'ai mal fait, mais il y a un moment, j'ai surconsommé, et j'étais juste dans ce tunnel-là, et je n'en sortais pas, je n'étais pas capable de voir autre chose. toujours s'informer avec des gens qui sont experts dans leur domaine et des professionnels. Parce qu'aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, on se retrouve avec des comptes qui se prétendent experts, qui vendent des solutions miracles, des kits pour gérer ses émotions, mais ça ne fonctionne pas comme ça en fait. On est tous différents, on a tous des émotions qui nous sont propres, des triggers qui nous sont propres. Il faut apprendre les mécanismes et les comprendre, mais par contre le détail, c'est avec des psychologues que ça se joue. Et je pense que j'ai fait trop de travail tout seul, ça, ça a été dur et ça a été un mauvais truc.
- Speaker #1
Justement, quand on vit avec un trouble psy, il y a des patterns, c'est pas non plus totalement anarchique. T'as mis en place ces dernières années une démarche pour te connaître, à la fois avec ta thérapeute et tu dis que t'as justement beaucoup travaillé sur toi. Quels sont les signes que toi t'as identifié, où tu te dis, ok, il faut que je fasse attention, ou il faut que je prenne soin de moi ?
- Speaker #0
Les jeux vidéo, l'envie de dépenser dans des conneries parce que je cherche une solution facile, parfois un faux problème, la nourriture. Et d'ailleurs, ce qui m'a énormément aidé l'année dernière à... me rétablir du trouble borderline, c'est de voir une diététicienne. Parce que mes émotions, je les mangeais littéralement. Et à partir du moment où ça allait mieux avec l'hyperphagie, le trouble borderline a commencé à prendre un peu de recul et j'étais plus maître de mes émotions. Au sens où je les acceptais beaucoup plus plutôt que de les subir. Donc vraiment la nourriture, c'est un facteur important. Par exemple, j'ai deux mois dans l'année qui sont compliqués, c'est décembre et avril par rapport à des périodes de décès. C'est des périodes où en fait je le savais pas mais je dissocie pendant un mois en fait. Et à partir de là tout ce que j'ai pu mettre en place avant ne fonctionne plus. C'est en mode vraiment secours et ça par contre c'est difficile à gérer. Je sais que c'est présent, je le sens, je vois les mécanismes mais je suis totalement spectateur.
- Speaker #1
T'es pas obligé de répondre à cette question mais à quoi ça ressemble le fait de dissocier ?
- Speaker #0
Pour moi c'est vraiment une sensation de... Corporellement je ressens moins les choses et je suis vraiment pilote automatique. Je ne saurais même pas te le décrire parce que j'ai vraiment l'impression d'être absent de mon propre corps. Je suis passager, complètement. Et c'est l'année dernière où ma diététicienne, qui est spécialisée vraiment aussi avec les troubles psy, m'a dit « mais en fait là vous faites une crise borderline, la psychiatre a confirmé derrière, et en fait pendant un mois, je faisais n'importe quoi. Je n'avais plus du tout de routine. D'ailleurs le bordel aussi chez moi, c'est un gros marqueur de si ça va ou pas. » Si la maison est rangée, alors pas non plus en tant que maniaque, parce que ça aussi, ça peut être un problème. Quand il y a un certain niveau de bordel, ça c'est... Non, ça est la tenue des routines.
- Speaker #1
Donc t'as mentionné l'importance de ton travail, tu as mentionné que t'étais en couple depuis 4 ans, donc c'est quand même, j'allais dire, de grosses contraintes dans le sens où, enfin, faut que tu puisses interagir avec les personnes dans... Enfin, ces personnes-là. Comment est-ce que tu fais ? justement et notamment sur ces deux mois qui sont compliqués. Je pense plus à ta copine dans ce cas-là.
- Speaker #0
Alors là, c'était différent parce qu'en fait, on était en relation à distance et par chance, entre guillemets, on n'était pas ensemble à ces moments-là. Moi, je peux vivre les choses vraiment telles que j'ai besoin. C'est-à-dire beaucoup d'isolement, vraiment un renfermement sur moi-même qui est hyper important et avec elle ça pose pas de problème et au boulot je fais comme je peux honnêtement. Je suis beaucoup avec ma musique, mes écouteurs pour pas entendre l'environnement extérieur. Quand j'ai besoin d'avoir des interactions sociales, je fais avec mais c'est rarement agréable. J'en vois beaucoup chier dans ces moments-là. Maintenant j'essaye de mettre un peu d'eau dans mon vin dans ces moments-là et d'expliquer en me disant écoute, moi je me sens pas bien, je le crie pas sur tous les toits mais les gens qui me demandent, je suis très transparent pour leur dire. Non, là, c'est difficile dans ces moments-là. J'attends qu'une chose, c'est que ça passe. Et là où c'est marrant, c'est que c'est vraiment au jour près. C'est même assez déroutant. C'est je me réveille le matin, ça y est, la date est passée, ça va mieux.
- Speaker #1
Et justement, dans le contexte pro, parce que t'as dit que tu voulais être super libre sur le fait d'en parler, comment est-ce que t'as amené le sujet ? Parce qu'il y a beaucoup d'idées préconçues sur le troupe Borderline.
- Speaker #0
Faut savoir que j'ai eu un poste pendant trois ans. Du coup, j'étais chargé d'affaires. Donc ça demande de gérer plusieurs chantiers en même temps. Avec le TDAH, c'est un enfer. C'est-à-dire pour moi qui me mets en retard tout le temps, pour les autres qui prennent du boulot à ma place, qui récupèrent les meurtres que j'ai faits. Et je me sentais vraiment plus bien dans ce travail-là parce que je ne pouvais plus, on ne pouvait pas me changer de poste tout de suite. Et j'ai appliqué la théorie du lance-flamme, c'est-à-dire que, ok, je suis dos au mur, je me retourne, je brûle tout ce qu'il y a derrière, il n'y aura pas de retour en arrière possible. Et une fois que j'ai pris des antidépresseurs, c'est là où j'ai expliqué, je suis allé voir les gens, je me suis excusé pour le comportement que j'ai eu en disant, écoute, en fait, je me rends compte que j'étais... pas vraiment moi-même, alors il y a des gens qui n'acceptent pas et qui se disent bah t'as été un sale con et je comprends, je respecte totalement et je reste sur ma ligne, c'est-à-dire je m'excuse, je n'étais pas maître de moi-même. Aujourd'hui j'ai changé et si on travaille ensemble, tu pourras le constater. C'est comme ça que j'ai commencé à aborder le sujet. Maintenant quand il y a des nouveaux, il y a des nouvelles personnes ou des stagiaires, j'explique par exemple le café en disant, quand il n'y a pas forcément trop de monde, bah écoute si un jour tu vois que je te réponds un peu sèchement ou quoi, c'est juste que ça va pas, c'est pas du tout contre toi. J'ai ces problèmes-là, si t'as des questions, y'a pas de problème, je te réponds en toute transparence. Et on en parle, et y'a des gens qui du coup maintenant travaillent, parlent plus librement de santé mentale aussi. Notamment avec la dépression, où y'en a 2-3 qui ont expliqué passer par des phases vraiment pas bien. Je suis pas devenu le référent santé mentale, mais y'en a qui... Tu vas voir qui comme médecin ? Tu prends quoi ?
- Speaker #1
Ouais, donc tu sens qu'il y a un truc.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Quand tu parles de ton trouble borderline ou de dépression, quelles sont les choses qui te mettent en sécurité, qui te font sentir bien ? Comment être un allié ? Et qu'est-ce qui, au contraire, peut être, selon toi, inapproprié ?
- Speaker #0
Pour moi, là où je sens vraiment des alliés, mais ça, c'est vraiment très propre à moi parce que j'internalise énormément les choses, c'est quelqu'un qui va me dire « Ok, pas de souci, t'as besoin de temps, reste tout seul. » Pour moi, c'est ça. Le plus gros allié que je peux avoir, c'est ça, en fait. C'est le temps de me laisser processer les trucs plutôt que de me dire « Mais réponds-moi tout de suite, là ! » Parce que ça va me rajouter une dose de stress, Et je vais voir la personne comme un ennemi à ce moment-là. Et là, c'est mortel. Pour la relation, c'est terminé.
- Speaker #1
Comment est-ce que tu fais pour jongler entre le monde extérieur et ce qui se passe en toi ? Parce que le traitement, la thérapie, tout ça, ça t'a quand même permis de déconstruire beaucoup de choses. Mais malgré tout, tu continues à ressentir énormément de choses. Je ne sais pas, dans le cadre du travail, tu peux avoir des deadlines, tu peux avoir un nouveau chef qui arrive et qui n'est pas sympa, etc. Donc comment est-ce que tu fais pour ne pas appliquer la théorie du lance-flamme systématiquement ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, j'écris beaucoup pour justement processer les choses. Vraiment vider ce que j'ai à l'instant T et après, en relisant, il y a vraiment ce truc de « Ah ouais, mais attends, je pense ça. Mais pourquoi je pense ça ? Est-ce que c'est bon ? C'est pas bon ? Est-ce que c'est vraiment de sa faute ? Est-ce que c'est vraiment de la mienne ? » Souvent, ça est un mélange des deux. Ça me permet aussi d'en reparler avec ma psy. Pour moi, vraiment, c'est l'écriture. Ça me permet de laisser passer mes émotions et c'est ce qui m'aide vraiment à processer toutes ces choses-là.
- Speaker #1
Et donc... Situation problématique, t'écrites tout de suite, tu t'isoles, t'attends le soir, ça se passe comment ?
- Speaker #0
Le soir, à chaud je peux pas, c'est en vol quand l'intérieur. Le terme que j'utilise c'est j'arracherai tout en fait, je retournerai une pièce, je détruirai tout sur mon passage. Et c'est même arrivé une fois où justement j'étais chargé d'affaires, j'avais un chantier, je me suis pris en retard, une ou deux deadlines ont commencé à être un peu morts, j'avais besoin de la validation de mon chef, mon chef qui me répond pas au téléphone et là j'explose. Parce que ça m'envoie des schémas où c'est moi qui vais être responsable. Je vais me faire engueuler, j'ai peur et c'est viscéral en fait, à ce moment-là, c'est un retour à l'enfant de 5 ans. La première chose que j'ai fait en fait, c'est que j'avais une chaise sous la main, je l'ai balancée dans le bureau, sauf qu'à un moment, il y a un collègue qui arrive dans la pièce. Il me dit « ça va, calme-toi, calme-toi » et je mets un énorme coup de pied dans une armoire. Je m'éclate d'un orteil au passage, mais c'est vraiment une explosion sur le cou et c'est moche à voir. Même moi, je me déteste dans ces moments-là.
- Speaker #1
Et après coup, tu te sens comment ?
- Speaker #0
Mal. Mal, enfin, c'est... c'est une... honte, mais qui est terrible. Parce que j'ai fait ça, et après je me dis, mais du coup, les autres vont m'en vouloir, ils vont plus me voir pareil. Et c'est juste l'envie d'être tout seul, de... presque de mourir, au final. Je veux plus qu'on me voie, je veux plus exister. Et avec le temps, aujourd'hui, il y a des personnes avec qui je sais que j'ai moins de jugement, avec qui je suis capable de discuter, notamment ma copine, qui elle m'a jamais vu dans ces états-là. Mais par exemple, quand je me pose beaucoup de questions, le dialogue, aujourd'hui, je suis capable de l'avoir. Mais je l'ai pas avec tout le monde. De par la hiérarchie au travail, parce que j'ai appris aussi qu'on peut pas tout dire au travail, là où avant j'avais pas de filtre, notamment dans mes premières expériences, et ça c'est hyper problématique. Parce que... Ça reste des relations professionnelles. Et en étant un mec dans un monde de mecs au travail, on se fait vite prendre pour le stagiaire ou le moins que rien, et puis à partir de là, on se fait bully, mais totalement.
- Speaker #1
De l'extérieur, ce que je perçois, c'est que tu travailles beaucoup sur toi, et que tu essaies de comprendre, etc. Ça demande beaucoup d'efforts, non ?
- Speaker #0
C'est un taf en plus. Et c'est quelque chose qui est revenu dans tous les psys que j'ai pu voir, psychologues comme psychiatres, on le dit tous, mais on a rarement vu quelqu'un qui bosse autant sur lui. C'est hallucinant. Mais parce que je pense tout le temps à ça et je remets beaucoup les choses en question. Je ne prends pas les choses pour acquis ou je ne me dis pas, c'est lui qui a fait ça, c'est forcément lui qui est en faute. C'est pourquoi j'ai répondu comme ça. Est-ce qu'il y a un contexte autour ? Est-ce qu'il y avait quelque chose qui me stressait en plus ou pas ? Est-ce qu'il y a du stress aussi en plus ou pas ? Et j'essaye de créer après des environnements propices à la discussion. C'est une réflexion que je me suis faite parce que dans la pop culture, on voit tout le temps les... Les règlements de comptes ou des discussions vraiment en face à face, on se regarde dans le blanc des yeux, on se dit ce qu'on a à se dire. C'est quelque chose qui m'angoisse énormément. Par exemple, avec ma copine, quand on a besoin d'avoir des discussions qui sont sérieuses, en cuisine, où on va marcher et tout, et parce qu'il y a vraiment ce truc, on fait quelque chose en même temps, ça crée un environnement qui est propice à... qui est beaucoup plus neutre que juste d'être face à face. Et là, il y a vraiment cette idée de... on construit quelque chose ensemble et tout, et ça, ça m'aide énormément.
- Speaker #1
Donc, de ce que j'ai lu... Sur le troupe Borderline, il y a la question de l'estime de soi qui est dévalorisée. Et justement, comment est-ce que tu arrives à faire la part des choses entre ce qui est de ta responsabilité et aussi le fait que peut-être la personne en face de toi peut être un connard ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. Si ma conseillère, le bouquin « Vivre libre et heureux » , je crois, un truc comme ça, de Christophe André. C'est un peu trop méditation et holistique à mon goût, mais force est de constater que l'estime de moi, il y a une fracture. Il n'y a pas besoin de passer de radio, d'IRM ou quoi, là c'est en mille morceaux. Ça va un peu mieux, de par l'écriture justement, ou parce que je sais que je suis bon, sans lancer des fleurs, je veux dire à partir du moment où même des gens qui n'aiment pas lire me disent « j'ai réussi à aller au bout de tes articles, je me dis que j'ai gagné » . Donc c'est qu'il y a quelque chose. Et ça, ça m'aide à me dire aujourd'hui « non, tu sais qu'il y a des choses dans lesquelles tu es bon, tu peux croire en toi, tu as le droit, c'est pas de l'ego mal placé » . Ça, ça m'a énormément aidé, mais ça reste très très dur. C'est hyper compliqué.
- Speaker #1
Ce que tu laisses savoir, c'est que tu es en train d'évoluer, qu'il y a une longue évolution, etc. Si je ne me trompe pas, sur le trou borderline, pour le diagnostic, on est censé cocher des critères ?
- Speaker #0
Oui, c'est 5 sur 9. Les études sont en train de remettre ces choses-là en question, mais plus voir les choses sur un spectre et des échelles de gravité, plutôt que oui ou non, en fait. Ça, il faut voir ça avec le DSM-5, où c'est plus pour des choses administratives. Par exemple, il y a certains... Certains mois, je peux en cocher 7 et d'autres, je vais en cocher 3.
- Speaker #1
Oui, voilà, c'était ça mon point. C'est qu'en fait, c'est fluxion. Tu coches pas tout le temps les mêmes critères.
- Speaker #0
Certains, oui. Ils restent là très présents, notamment tout ce qui va être dissociation. Malheureusement, il y a des trucs qui peuvent me faire dissocier et que je gère pas, en fait. Ça arrive comme ça. Il y en a d'autres où j'ai appris à les gérer, j'ai beaucoup moins de dissociation. T'as ça et, par exemple, aussi la volonté de se faire du mal. Bah, il y a des mois, je l'ai pas du tout. Donc, ce critère-là, on en fait quoi ? gars, on laisse quand même parce que j'ai fait ça par le passé, c'est compliqué. Pour moi, c'est vraiment fluctuant et de toute façon, les retours d'expérience montrent qu'avec le temps, déjà, il y a moins d'impulsivité et les relations se stabilisent aussi parce qu'on sort moins, on est un peu moins fêtards aussi.
- Speaker #1
Toi, tu te considères comment maintenant, comme stabilisé ?
- Speaker #0
Ouais, stabilisé vraiment et vraiment, un an pour moi, le travail qui a été fait, je ne le mets pas que moi parce que c'est aussi les gens qui m'écoutent. Il y a un travail monumental qui a été fait. Vraiment, en un an, je ne pensais pas avoir autant. Parce que j'ai vraiment passé une année et demie l'année dernière. C'était terrible. Je crois que j'ai eu huit mois d'arrêt maladie au total.
- Speaker #1
Est-ce que tu sais pourquoi cette année et demie a été particulièrement difficile ?
- Speaker #0
J'ai fait une première rechute assez costaud à l'automne 2024. Je pense que j'ai vraiment tiré sur la corde, au sens où j'ai découvert que l'écriture me plaisait. Je ne me suis plus du tout écouté. et j'ai complètement explosé avec la fatigue et tout. Et par contre, la rechute que j'ai faite l'été dernier, pour moi, c'est en partie liée à l'alcool.
- Speaker #1
Ok, sujet intéressant. Donc l'alcool, ça a quand même un effet dépresseur.
- Speaker #0
Ouais, et c'est surtout, il y a aussi le côté des addictions. Par exemple, la case addiction dans le trou borderline, ça par contre, c'est pas fluctuant en fait. Oui, on peut être addict, mais on reste surtout fragile aux addictions. Et ça, aujourd'hui, je fais extrêmement attention.
- Speaker #1
Je suis curieuse que tu parles d'alcool. Est-ce que t'es à l'aise pour le faire ou non ?
- Speaker #0
Ah oui, oui, totalement.
- Speaker #1
À partir de quel moment tu t'es dit qu'il y avait peut-être un souci et quel est l'effet sur toi ?
- Speaker #0
Quand tu commences à avoir envie d'une... Alors pour le coup, moi, c'était la bière, parce que le problème, c'est que j'aime ça en fait, j'aime le goût et tout. Le problème c'est que je buvais de la chouffe pour le bon rapport prix-défense. Le problème c'est quand on commence à avoir envie d'une chouffe à 9h du mat. Et au-delà d'avoir envie, quand on commence à se dire, bon ce caissier là, il est là que le matin, est-ce que ça passe ? Et quand on commence à trouver des stratagèmes un peu, et là j'ai fait, ah ouais ça pue là. Ou même quand je vois qu'un pack, je le sifflais dans la soirée, j'ai fait non mais là, là il y a un souci en fait. Et je pensais que c'était qu'une histoire de volonté, et en fait à partir du moment où j'en buvais une, deux, trois, il y a une certaine forme d'anxiété qui est présente au quotidien. Et on se dit, bon allez, je vais reprendre une petite bière, ça va passer. Et puis alors là, c'est l'engrenage.
- Speaker #1
Et comment est-ce que tu as réussi à sortir de ça ? Il y a des problèmes d'addiction dans ma famille, donc je vois très bien ce à quoi ça ressemble. J'ai l'impression que la honte, parfois, est tellement forte que tu justifies des comportements problématiques, etc. C'est difficile de se regarder en face, en fait, et de se dire, là, je suis en train de tomber dedans.
- Speaker #0
Je pense que ce qui m'aide énormément, c'est que je n'ai pas de tabou avec ma copine et qu'elle peut comprendre tout ça. Et je ne vais pas me sentir jugé. Par exemple, tu vois là hier soir on a rebuit un coup, alors qu'elle sait que l'alcool c'est pas très bon pour moi, mais elle est pas là à me dire non mais t'abuses machin et tout, mais parce que aujourd'hui mon rapport avec l'alcool est beaucoup plus clair, c'est-à-dire qu'une bière de temps en temps ça va pas me tuer, par contre c'est à partir du moment où je commence à reboire tout seul, où là je sais que je joue au con avec moi-même et que j'ai plus de chances d'aller dans le mur que de contrôler ma consommation. Mais ce qui a été dur c'est d'accepter que j'ai un problème avec l'alcool au sens où mon problème débute à partir d'une bière tous les jours. Même sur des laps de temps très courts, même sur trois jours, on ne peut pas parler d'alcoolisme en buvant trois bières de suite dans le mois. Mais ça, c'est le premier pas. Et ça, ça a été dur à accepter.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est parfois un peu inscrit dans les usages de boire une bière après le taf. T'es un mec, par ailleurs, donc c'est plus dans la sociabilité.
- Speaker #0
Comme j'ai en plus Normand croisé Breton, j'ai une réputation à défendre.
- Speaker #1
Donc on a pas mal parlé du trouble borderline, mais t'as parlé aussi du TDAH. Et à quel moment tu t'es dit, ok, il y a peut-être aussi un trouble de l'attention ?
- Speaker #0
Là où c'est marrant, c'est que ma copine, au bout de trois semaines, on était ensemble, parce qu'elle a fait des études de psycho, elle m'a dit, il y a beaucoup de trucs là quand même, c'est bizarre. Et moi je lui ai dit, c'est pas possible, je suis pas hyperactif, je crame pas sur les murs. Donc je suis resté dans ce cliché-là, pour moi un hyperactif c'est quelqu'un qui bouge tout le temps. Je me considère un peu feignant, parce que j'ai l'impression que j'en fais jamais assez, qu'il faut que j'en fasse toujours plus, je travaille pas assez, machin. Vraiment ce paternel-là est très ancré chez moi. J'ai tout nié en bloc. Un peu par hasard, YouTube me propose une vidéo sur le TDAH. Et une semaine avant, je suis retombé sur des cahiers de l'époque du CP. Bourré de « tiens pas en place sur sa chaise » , « écoute pas » , machin. Que des trucs comme ça. C'est-à-dire que ça commence au troisième jour de la rentrée scolaire au CP, et j'ai trois carnets remplis. Au début, je trouvais ça rigolo. Et je tombe sur une vidéo sur le TDAH, et je me dis « c'est plus rigolo là en fait » . Puis après, c'est avec les exemples et tout, les témoignages, et tu fais, mais oui, en fait, j'ai vraiment des difficultés, je crois. Ce n'est pas qu'une question de volonté. J'ai découvert ça en août 2023, et en octobre, j'étais, fun fact, à quatre numéros d'ici en train de faire un bilan TDAH. Donc là, on est dans une rue à Paris, et en fait, en se donnant rendez-vous, j'ai fait, mais je connais le nom de la rue. Et effectivement, dans l'endroit où j'ai passé mon bilan Neuropsy, c'est... C'est la 4 numéro d'ici. Et quand on a fait les bilans, oui, c'était très criant en fait.
- Speaker #1
Et ça t'a apporté quoi ?
- Speaker #0
Me dire qu'en fait, mes problèmes de concentration, c'est pas moi qui suis en problème, c'est qu'il y a beaucoup de choses autour. C'est pas que j'aime pas l'école, c'est pas que j'aime pas le travail, c'est que c'est un mélange de tout en fait. Aujourd'hui je me rends compte que j'ai besoin d'un boulot qui soit créatif, qui me stimule, ce qui n'est pas le cas, mais je l'ai choisi pour des raisons, notamment au niveau des relations sociales, pour le troupe Borderline. Mais je me retourne dans un truc qui m'ennuie et ça me saoule. Donc aujourd'hui, je prends conscience que c'est vraiment multifactoriel.
- Speaker #1
Est-ce que toi, tu as mis en place des stratégies ? Parce que tu as une contrainte professionnelle de faire un travail qui ne te plaît pas vraiment. Comment est-ce que tu fais pour rendre ça moins douloureux ? Parce que je pense qu'on peut vraiment parler de douleur.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est une réelle douleur. Alors déjà, il faut savoir que j'ai la médication du TDAH depuis le mois de septembre et j'ai vu un changement énorme. C'est un euphémisme. Et en fait, avant, il n'y avait aucune solution. c'était Pas à la minute, bref, j'abuse. Je faisais comme je pouvais. Et je suis intimement convaincu que ma dépression est liée au TDAH parce que je m'ennuie mais tellement fort. Vraiment, je rentre chez moi mais je suis dans un état léthargique. C'est abominable. Vraiment, c'est une sensation insupportable. Insupportable. Même avec la ritaline. Je m'ennuie, c'est terrible.
- Speaker #1
Tu as mentionné le nom de la ritaline. On en a parlé parce qu'il y a deux autres épisodes que j'ai faits où le sujet de la ritaline est évoqué. Il y a l'épisode avec Jean qui est atteint de cyclotimie qui lui prend de la ritaline et ça le soulage. Et on en a parlé avec Damien qui a aussi une cyclotimie et qui lui n'en prend pas parce qu'il disait qu'il pouvait adapter son environnement à son trouble, qu'il travaillait sur son hygiène de vie parce qu'il ne voulait pas dépendre de la médication. C'est quoi ton avis sur tout ça et pourquoi est-ce que tu as voulu prendre de la ritaline ?
- Speaker #0
On a vu avec la rechute de cet été que là on arrive à un stade où c'était plus possible de gérer tout seul. J'ai dû accepter de dire en fait oui j'ai besoin d'aide. Et le truc c'est que la ritaline souffre d'une réputation diabolique. C'est le terme. J'avais peur parce qu'on parle d'agressivité, de dépendance, de changement dans la personnalité. Et aujourd'hui depuis que je prends de la ritaline je me suis jamais aussi senti bien dans ma vie. Je suis moins agressif, je saute pas à la gorge des gens. Je me sens moins nerveux, moins... Je suis capable d'avoir beaucoup plus de recul, chose qu'avant je n'y arrivais pas. Je me sens mieux dans ma peau, la dépression recule et j'en suis convaincu. Là où avant je me disais que c'était un combat contre la dépression, aujourd'hui je sens qu'elle est derrière moi. Je réduis les antidépresseurs lentement parce qu'on ne peut pas les arrêter tout de suite. Et ne faites jamais ça. J'ai fait cette erreur-là une fois. Je digresse vite fait, mais vraiment, ne faites jamais l'erreur d'arrêter les antidépresseurs déjà tout seul et un arrêt trop brutal. Je l'ai fait du coup parce qu'un psychiatre, je dis toujours d'avoir des professionnels de santé, mais je suis le premier à être méfiant des professionnels de santé parce qu'il y en a qui ne sont pas aussi pros que ça. Et il y a un mec qui m'a fait passer de 20 mg de Prozac à zéro du jour au lendemain. Je lui ai dit, j'ai la tête qui tourne et tout, j'ai des vertiges, j'ai des maux de tête. Il faut manger. Non mais je sais faire la différence entre une hypoglycémie...
- Speaker #1
C'était du sevrage en fait, trop agressif.
- Speaker #0
Et j'ai eu, je ne me suis jamais aussi senti aussi vide. dans ma vie qu'à ce moment-là. Et j'ai passé deux mois et demi, trois mois avec des idées suicidaires du matin au soir. Ce qui m'a fait réaliser, c'est... Je suis énormément fan de Avicii et de Linkin Park. Et ces deux personnes qui se sont suicidées et où on ne parlait pas de dépression et parce que c'était un peu la dépression souriante, comme on appelle ça maintenant. Et là, je me suis dit, je crois que je me reconnais, en fait. Les gens autour de moi ne voient pas. Et moi, il y avait une tristesse abominable. Et là, j'ai dit, bon, OK, on y retourne.
- Speaker #1
Donc, je reviens au sujet de la rétaliing. tu avais mentionné le fait de vachement te connaître. Donc tu as un type de ritaline qui a... Attends, tu m'as expliqué l'exemple du supermarché et tout ça. Enfin déjà, tu n'en prends pas tous les jours. Que tu choisis de rester connecté quand même à tes sensations. Donc tu n'en prends pas tous les jours et tu n'as pas un type de ritaline. Expression lente ou un truc du genre.
- Speaker #0
En fait, il y a trois formes de libération. Il y a la libération immédiate où c'est en commande oliprane. En fait, on prend la dose de méthylphénidate. Elle arrive dans le sang au bout d'une demi-heure. Il y a un pic et puis après, c'est le temps que la molécule... partent avec les demi-vie et tout. Libération modifiée, c'est ce que j'ai. Donc il y a 50% de la dose qui est délivrée tout de suite et 50% plus tard. Où ça rend le pic du coup plus agréable parce que l'instantané, moi j'aime pas trop, ça fait une sensation de... Alors j'ai jamais pris d'en fait, de drogue et tout. Je pense qu'on est pas loin. Il y a un pic d'euphorie qui est quand même assez désagréable. On se sent désinhibé de tout. On se sent un peu... plus puissant et tout et notamment avec les achats compulsifs ça peut être infernal il n'y a plus de problème d'argent qui existe spoiler, ils reviennent 4 heures plus tard j'ai eu une période j'ai fait plein d'achats et puis le soir même j'étais là annulé, et après il y a la libération prolongée où là c'est on prend la dose et elle est délivrée durant les 8 heures moi j'ai fait le choix de demander à avoir l'immédiate et la modifier Parce que la prolongée, en fait, j'ai pas voulu l'essayer parce que la modifier, j'ai trouvé un dosage qui me convenait. Je me suis dit, je vais expérimenter plus que ça. Par contre, l'instantané, ce que j'apprécie, par exemple, c'est d'en prendre le week-end quand j'apprécie croire un drogué.
- Speaker #1
Quand tu vas faire tes courses ?
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. Parce qu'en fait, faire les courses chez moi, c'est une horreur. Notamment avec les TCA, en fait, c'est une angoisse. Je sais pas quoi manger, je sais pas quoi faire. Ça me stresse, mais en faire des crises de panique. Et en fait, je prends la Ritalin, j'attends que ça fasse effet. Il faut que j'aille faire les courses, j'ouvre le frigo, j'ai besoin de ça, ça, ça, ça, ça, et j'y vais. Et c'est fantastique ! Là où la semaine, par contre, pour le boulot, je prends de la libération modifiée, parce que j'ai besoin d'une dose qui soit plus lente, où j'ai moins un pic d'euphorie pour être aussi plus lucide dans mes décisions. Et ça, pour moi, ça rend vraiment la vie qui est beaucoup plus agréable. Et j'ai aussi le truc où, de par le TDA, je suis quelqu'un qui est vite passionné. Alors je dis pas que mon boulot est devenu passionnant pour autant. Mais par contre, j'ai envie de faire les choses bien et de comprendre plus. Là où avant, c'était juste une torture, mon boulot, et j'étais là, il n'y a plus que 7 heures, je n'ai plus du tout ce truc-là. Ça m'empêche qu'il y a des jours où ça me fait chier, je n'ai pas envie. Mais de manière globale, mon investissement au travail a beaucoup changé, et tout le monde le dit. Même des chefs qui juste me disent bonjour ou quoi, ils m'aperçoivent au café, ils me disent, ils ont dit à mon chef, mais... Il a changé, il est plus souriant, il parle plus. C'est là où c'est impressionnant, en fait. Alors que moi, on m'a vendu ça comme un truc qui isole socialement, qui rend nerveux, agressif. Enfin, dans mon cas, pas du tout.
- Speaker #1
Ton retour, il est plutôt positif, mais quand on s'est parlé juste avant le début de l'enregistrement, tu me disais qu'il y avait quand même... C'était à prendre avec des pincettes.
- Speaker #0
Ouais, c'est à prendre avec des pincettes, parce que c'est... Il faut que je trouve un autre mot pour ça, parce que maturité, ça classe les gens un petit peu, c'est pas bien. Mais... Par exemple, on m'aurait donné ça il y a 3 ans, je serais parti dans un burn-out de sanglés en 3 mois. Parce qu'à partir du moment où on commence à toucher à cette molécule, on découvre qu'on n'est plus esclave de notre cerveau, au sens où on prend le moins de trucs d'attention. Par exemple, pour tout ce qui est montage audio de mes voix off, dans mes lubies, j'ai eu le truc de la musique et tout, j'ai acheté Logic Pro. C'est pas du tout comme GarageBand, c'est beaucoup plus complexe. En fait, au début, je n'y arrivais pas, elle m'en tuto, je ne comprenais pas. Là, je me suis découvert, je suis capable de m'acharner 10 heures. de suite pour comprendre un truc. C'est hyper grisant parce que je me vois aller au bout des choses, mais de l'autre, prendre 10 heures de travail dans la tronche quand on n'est pas habitué, on peut se cramer à une vitesse folle. Donc il y a besoin de se connaître énormément et aussi ça fait apparaître d'autres problèmes, notamment du trouble borderline et surtout de l'estime de soi. Par exemple, notamment avec l'écriture de mes articles pour Musae, j'avais ce truc de la crainte de me dire, j'envoie mon premier G, est-ce que Christelle Tissot, la personne qui est derrière Musae, va apprécier, est-ce qu'elle va me juger, est-ce qu'elle va penser que je suis nul et que du coup je fais pas le taf et qu'elle a fait une erreur. Et en fait, je parle non des trucs, mais de fou. Et du coup, là, d'avoir un psychologue, ça m'aide à canaliser mes idées, de faire un pas de recul, et après c'est du travail dans le temps. Le déclic se fait pas d'un coup. C'est vraiment un travail... Pour moi, c'est impératif d'être suivi quand on a ce médicament-là, surtout au début.
- Speaker #1
J'ai une question, mais je pense que je projette. Je suis pas certaine que ça fasse sens avec la manière dont tu vis les choses, mais moi, ça a été ultra dur pour moi de me dire que j'allais avoir un traitement à vie. Toi, la manière dont j'ai perçu nos échanges, a priori les antidépresseurs, ça s'inscrit sur le long terme, et la ritaline aussi, peut-être pas à vie, mais en tout cas, c'est pas des traitements que tu vas prendre juste pendant les trois prochains mois. Comment est-ce que tu te sens vis-à-vis ?
- Speaker #0
Alors, les antidépresseurs, déjà, les effets secondaires sont chiants. Beaucoup de transpiration, la libido qui change, les sensations corporelles qui changent aussi. Je fais souvent le parallèle avec vivre avec une doudoune. Tu ressens moins sur la peau. Par exemple, j'ai un chat et je m'en suis rendu compte, le toucher, il est pas pareil. C'est trop bizarre. Et même là, l'hiver, je me retrouvais à transpirer comme pas possible en allant au taf, alors qu'il fait 5 degrés dehors. C'est insupportable. Mais je sais que ça va passer. Par contre, je sais que s'il faut que je repasse par cette case-là, il faut que j'accepte. Ça, c'est dur. La ritaline, pas du tout, parce que si je me rends compte que mon rapport à la concentration me permet de... t'apprends à mieux gérer. En fait, c'est vraiment un truc où ça met un filtre sur les choses qui te déconcentrent. Ça te permet de montrer à quoi ressemble une journée. en étant concentré 8h. J'ai dit 8h parce que c'est une journée de boulot, mais même 4h. Tu te rends compte que, si t'as pas ton téléphone qui est à côté, c'est mieux. Si on te parle pas spécialement, c'est mieux. Dans mon cas, faut que je bosse face à un mur. Mais je m'en suis jamais rendu compte. Mes bureaux ont toujours été face à un mur chez moi. Tu me mets dans un open space, mais c'est un carnage. Je suis incapable de travailler. J'ai pas de déco chez moi parce que c'est trop de stimuli visuels. Ça va être un sujet avec ma copine qui, elle, est à l'opposé complet. Elle barde sa chambre de déco partout. C'est pas possible. Et en fait, je me rends compte que j'ai eu énormément d'adaptations inconscientes par rapport au TDAH. C'est assez effrayant d'ailleurs.
- Speaker #1
Est-ce que ça t'a fait ça ? Parce qu'en fait, je ne connais pas les termes exacts, mais le TDAH, c'est aussi la manière dont, je ne sais plus quelles hormones, mais ton cerveau qui... Je ne sais plus si c'est les endorphines ou...
- Speaker #0
Dopamine.
- Speaker #1
Dopamine, exactement. Donc il y a un truc autour de la dopamine. Moi je me suis rendu compte que j'aimais maintenant les environnements calmes, que j'aime pas trop avoir trop de stimuli et tout, mais avant j'avais l'impression que j'adorais cette sensation de défonce, d'être sur-stimulée. Je me rappelle, j'étais vraiment une espèce de junkie, adorée faire un milliard de trucs, aller dans des environnements ultra bruyants et tout, et je crois que le Covid a changé tout ça, parce que pendant 2-3 mois, il n'y avait plus de bruit, c'était incroyable, et après ça a été ultra dur de revenir dans des environnements bruyants par exemple.
- Speaker #0
Ah ouais, même le télétravail, moi je sais pas comment j'ai fait pour aller au bureau tous les jours. Aujourd'hui c'est pas possible. Déjà, ne serait-ce que par rapport à l'heure de lever, j'ai besoin d'avoir un sommeil qui est carré. Par exemple, si j'ai besoin de la musique, chez moi, c'est un truc qui est... J'ai besoin de musique pour vivre. J'écoute énormément tout ce qui est métal, techno, des trucs de...
- Speaker #1
De bourrin.
- Speaker #0
De bourrin. Moi, les trucs chill et tout, ça ne me passe pas. J'ai des périodes où j'aime bien écouter des trucs calmes. Tu vois, par exemple, le piano Tom O'Dell. J'adore. Je trouve ça trop, trop beau et tout. Ma petite dosin. Par contre, le métal, je peux en écouter du matin au soir. Littéralement du matin en sortant de terre que je me réveille, je mets mon casque sur les oreilles, morceau de métal, et je suis parti. J'ai besoin de cette stimulation-là.
- Speaker #1
Mais c'est une stimulation choisie.
- Speaker #0
Ouais, totalement. Et, à contrario, pour lire, je suis incapable de lire quand il y a du bruit. J'ai des fonds sonores avec des applis, et il me faut ça, c'est tout.
- Speaker #1
Alors là, je pense que moi je suis prête à faire la digression sur homme et santé mentale. Est-ce qu'il y a d'autres trucs que tu veux dire avant ?
- Speaker #0
Pas spécialement.
- Speaker #1
Donc t'as enregistré un épisode avec Abigail sur un podcast qui s'appelle Itinerary Bits, qui traite plus particulièrement du trou Borderline. Et ce que t'évoquais, c'est qu'il y a certains comportements problématiques que tu pouvais avoir, donc le fait de taper dans un mur, le comportement que t'as décrit devant ton collègue quand t'as jeté une chaise à travers le bureau, qui sont des comportements perçus comme, alors je dirais pas normaux, mais ok pour un homme. Et c'est vrai que, grosso modo, l'idée de violence... est plus acceptée quand elle est élevée d'un homme, même si ça bouge actuellement. Et il y a un deuxième sujet qui est un peu compliqué, c'est que statistiquement, les hommes ont plus de mal à parler de sujets de santé mentale, ils ont plus de mal à consulter, ça a un impact notable, parce que, par exemple, le nombre d'essais par suicide est beaucoup plus élevé chez les hommes.
- Speaker #0
Trois fois plus.
- Speaker #1
Exactement, que chez les femmes. Mais les femmes font plus de tentatives de suicide, mais c'est qu'elles se font suivre. Et donc, alors, est-ce que tu peux expliquer avec tes mots... Dans quelle mesure ça a eu un impact sur ta trajectoire d'être un homme ?
- Speaker #0
Je pense que ça a eu un impact énorme au sens où, ado, j'étais vraiment extrêmement colérique et la violence était un moyen d'expression de ma colère et d'évacuer mes émotions extrêmement fort. Ma mère s'est inquiétée quand même une fois, à partir du moment où j'ai mis une série de coups de temps dans une poudre dans ma chambre, j'ai vu les mains en sang et même encore aujourd'hui, mes phalanges sont pas très très nettes. Et même récemment, tu vois, l'année dernière, au mois d'avril... Je fais tomber mes meilleurs potes chez moi, de colère je mets une patate dans mon fauteuil de bureau, je me suis tordu le poignet mais salement j'ai eu mal jusqu'au mois d'août, une entorse bien costaud, coup de nerf quoi. Et je suis allé chez la médecin, elle m'a dit non bah c'est rien, c'est classique. Et là dans la tête j'étais là mais non on peut plus dire ça, on n'a pas le droit. Et même quand mon collègue m'a vu jeter la chaise dans le bureau, il m'a dit mais t'es sanguin, c'est rien. Puis avec du recul, il m'a dit bah non c'est pas rien, c'est problématique. Je pense que ça a vraiment reculé ma prise en charge parce qu'il y avait ce truc aussi où les femmes on vous dit d'accepter les choses beaucoup plus. Comme je disais avec ma copine, chez nous c'est, chez les mecs c'est ferme ta gueule, fais comme ça et c'est tout. Chez vous c'est ferme ta gueule, t'acceptes et c'est tout. On reste sur la même base, mes discours sont différents. Et ça, ça a été un gros problème dans ma prise en charge. Après est-ce que, je vais pas dire que j'ai des regrets, pas de regrets parce que j'ai fait du mal autour de moi et ça je m'en veux. Par contre aujourd'hui, tout ce que j'ai pu vivre en intensité et en coup de colère... Aujourd'hui, ça me sert et j'ai un tas d'exemples énormes pour me dire non, ça c'est pas normal. J'ai vécu trop de trucs intérieurement violents pour comprendre que c'est pas normal et je sais reconnaître quand ça va pas aujourd'hui, grâce à ça.
- Speaker #1
Ton travail d'écriture et la composante plus créative de ton activité est aussi tourné vers le fait de sensibiliser plus les hommes au sujet de santé mentale. Et tous les deux, on se heurte un peu à la même difficulté qui est de savoir comment parler aux hommes. donc moi je le sors les stats de mon podcast mais j'ai autant de personnes non binaires que d'hommes qui me suivent, alors que la répartition au sein de la population n'est pas du tout celle-là. Et je n'arrive pas à faire décoller le podcast auprès des hommes, ni à trouver des invités. Comment est-ce que toi tu réfléchis sur ta stratégie de création de contenu pour essayer de toucher plus d'hommes ?
- Speaker #0
Alors je ne veux pas rentrer avec mes propos parce que j'ai une fâcheuse manie de parler un peu mal. Déjà, je voulais parler de façon très crue, c'est-à-dire que dans mon... En mal newsletters, je dis des gros mots et tout. Parce que, aussi, je me suis beaucoup retrouvé avec des témoignages de santé mentale de personnes homosexuelles qui ont une façon de parler où des mecs lambda ne vont pas s'y retrouver et vont faire un sérieux insulte homophobe que vous voulez. Et je me suis dit, faut que je prenne le pli de parler comme je parlais à un pote. Un bon mec, comme je parlais à un pote au bar. Mais ça marche même pas, en fait. Ça me saoule. Je sais pas, sur mon blog, j'ai 120... 110 abonnés. Pour être sûr, je pense que j'en ai 95 qui sont des femmes. J'ai pas de commentaires d'hommes. Parce que dès que tu sors du truc de la performance, du business... Y'a personne. Et si tu veux parler de trucs relationnels, c'est uniquement pour draguer. C'est tout. C'est terrible. Plus récemment, parce que je m'intéresse à la contraception masculine, notamment par exemple avec les antidépresseurs, j'ai compris ce que c'était que la contraception pour les femmes. Bah oui, non mais c'est marrant, parce qu'on doit prendre la petite pilule à la même heure, c'est mieux pour la demi-vie du médicament. Puis c'est marrant, ça fait changer l'humeur, ça change le corps aussi. Transpire plus, ce machin. Puis ouais, j'ai eu un, mais... On dirait la contraception par pilule. Bref, donc du coup je m'intéresse à la contraception masculine, et il y a une personne qui tient compte et qui n'est pas dans les critères typiquement virils. Et ils parlent de vulnérabilité. Et le mot vulnérabilité m'a fait tiquer, je me suis dit mais j'ai pas envie de parler pour être vulnérable moi, genre un mec. Puis après je me suis dit attends c'est bizarre de penser ça. Du coup la réflexion là c'est comment arriver à cette vulnérabilité sans dire ce mot là ? Je ne sais pas. Siiiit Tout le sujet en ce moment, pour rien cacher avec Musée, c'est comment on essaye de trouver le bon angle.
- Speaker #1
Ouais, parce que je présume que vous vous confrontez aux mêmes enjeux, quoi, qui est de toucher plus d'hommes.
- Speaker #0
Toucher des mecs, d'un point de vue contenu, c'est une chose, mais surtout passer à l'action de prendre sa santé en main. Et là, c'est même santé physique. On a tous dans notre entourage des mecs qui sont décédés parce qu'ils n'ont pas fait attention à leur santé. Dans mon entourage, j'en ai trois déjà. Entourage très très proche.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu entends par faire attention à sa santé ? Aller chez le médecin, consulter des spécialistes, etc. Donc, ne pas prendre les choses en retard.
- Speaker #0
J'en ai deux, pour le coup, on parle de négligence. Ça finit en cancer et l'autre en infarctus. Et moi, je ne veux plus ça, en fait. Je ne veux plus perdre des gens parce qu'on ne fait pas attention à notre santé. Par exemple, avec la ritaline, qui est un excitant, on m'a clairement prévenu qu'il y a un risque pour les personnes qui sont fragiles au niveau cardiaque. Ça fait une semaine et demie que j'ai une douleur dans la poitrine, et franchement, ça m'angoisse. Et j'ai fini par aller chez la cardiologue qui me suit, Merci. Par chance, je suis à Paris. Je peux avoir un rendez-vous chez la cardiologue hyper vite. Et j'ai fait un bilan. Là où avant, j'aurais laissé traîner. J'aurais juste eu un peu la troue et puis j'aurais laissé passer. Parce que la personne qui est décédée d'un infarctus, c'est mon père. Ses collègues m'ont dit que pendant une semaine, il se plaignait d'avoir mal dans le poignet, dans le bras et tout. Mais c'est le premier truc qu'on t'apprend en premier secours. C'est tous ces trucs-là aussi, j'ai envie que ça change. Et la santé mentale, moi, c'est plus que les hommes fassent ça pour eux, avant tout, et pas dans le but des relations. Parce que j'ai mis en bouquin, c'est tu devrais voir quelqu'un, de mot de le reste. Et en fait, la plupart des mecs vont au psy parce que leur femme leur demande. Ça sert à rien, faites les choses pour vous parce que vous en avez envie. Sinon, ça ne sert à rien. Ça dessert tout le monde. Et ça, j'aimerais vraiment que les gens prennent conscience quand ils sont au fond du trou, alors que madame est partie et puis on se retrouve tout seul. On doit faire les courses à manger et la vaisselle.
- Speaker #1
Et c'est quoi les retours que t'as actuellement sur ton écriture, sur les contenus que tu proposes, à la fois d'hommes et de femmes, du coup ?
- Speaker #0
Alors de femme, c'est plus au sens, on a un espoir. Vraiment, les mecs ne sont pas tous des saprottis.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
On a de l'espoir. Mais par contre, j'ai un collègue avec qui je parlais énormément au début de la création de mon compte. Il me l'a dit après, il me fait, je pense que grâce à toi, j'ai compris que ça n'allait pas. J'ai complètement craqué. J'ai enfin parlé à ma femme. Je suis allé au médecin. J'ai pris des antidépresseurs. Et il me l'a dit, il me fait, je pense que sans toi, je ne m'en aurais jamais pris conscience. Je veux dire, moi, à partir de là, en fait, j'ai déjà gagné avec mon contenu. Et il y a plusieurs personnes, des femmes aussi, qui m'ont dit « Grâce à toi, j'ai compris qu'en fait, je luttais contre un truc et que voir un psy, c'est pas si grave. » Parce que moi, je parle de voir un psy, mais comme je vois n'importe qui, même au boulot. Alors pour le coup, ça, c'est un peu problématique parce que j'en parle avec aucune pudeur. Je m'en fous total. Et il y a des gens que ça dérange.
- Speaker #1
C'est quoi qui dérange tes interlocuteurs ?
- Speaker #0
Le fait que je peux parler d'états qui sont assez dark. J'en parle assez facilement. Je vais pas cacher que j'ai un problème dépressif et si je prends une promotion ou quoi, ça sert à rien. J'y m'aime toi ! T'as aucun intérêt à le cacher.
- Speaker #1
Oui, au contraire, je pense que je suis plus rassurée par quelqu'un qui me partage et qui est honnête. Ça se remarque toujours quand quelqu'un va pas bien. Peu importe le truc, tu vois, mais on parlait d'alcoolisme. La personne qui boit de l'alcool, en fait, il y a des signes que tu rates pas, même si elle boit pas au bureau, mais t'as une odeur, une manière de se comporter, enfin plein de choses qui sont des signes. Idem sur des personnes, je sais pas, en dépression ou quoi que ce soit. Le fait de sourire et de pas parler de ses problèmes, enfin il y a plein de signaux faibles qui sont visibles. effectivement j'aurais plus tendance à me fier de quelqu'un qui me dit la vérité même si c'est quelque chose qui peut faire un peu peur oui moi maintenant je parle à tout le monde du fait que je suis super anxieuse et ça change pas la qualité de mon travail c'est juste que j'adapte mon environnement à mes limites mais effectivement après ça pose la question de nos environnements de travail et du culte de la performance si tu veux que les gens soient disponibles uniquement pour le travail et qui performent etc effectivement mentionner des limites c'est problématique et justement euh
- Speaker #0
Je vais spoiler un petit peu, mais j'ai l'intention de parler de la performance parce que c'est un truc en tant que mec qui nous bouffe. Faut toujours être performant, plus mieux, plus grand, plus loin, machin. Enfin, le truc des JO, c'est plus haut, plus loin, plus fort. Et plus con aussi. Et je prends l'exemple... Parce que je suis un fada de Formule 1, mais énorme. Je pense que toi qui vis en Italie, je ne sais pas autant en Italie, mais ça doit être exceptionnel, la vala avec Ferrari, ça doit être fou.
- Speaker #1
Oh purée, c'est le genre de truc que je ne vois pas, mais sans doute, je regarderai.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est fou là-bas. Le dernier champion du monde de Formule 1, c'est la nouvelle génération. Et ça me fait chier, parce que le mec...
- Speaker #1
Qu'est-ce qui change ?
- Speaker #0
C'est pas un mec qui a la dalle, c'est pas un mec qui est inténueux, qui s'accroche et tout. Et lui, il accepte de parler de ses émotions, qu'il y a des moments où il est en difficulté et tout. Mais ça ne me plaît pas.
- Speaker #1
C'est marrant, t'es confronté à tes propres limites là. Complètement. C'est-à-dire que t'essaies de créer des contenus où on peut parler de vulnérabilité sans mentionner le mot vulnérabilité. Et en fait, quand le gars parle de vulnérabilité, toi, ça te saoule.
- Speaker #0
Ouais. Je suis un fan inconditionnel du PSG. Si vous êtes abonné à mon compte Instagram, ça va faire mal. C'est-à-dire que ça parle de Formule 1, des vannes sur l'OM, et du PSG.
- Speaker #1
Gros de son mot et de mon chat.
- Speaker #0
Et on a un joueur, du coup, enfin, on en avait deux avant, qui sont réputés pour... avoir pleuré sur le terrain et tout. Et le premier truc qui me venait en tête, c'est mais arrête de chier la joue, on doit gagner ! Et en fait, je me rends compte que nos modèles, enfin mes modèles en tout cas sur le sport, sont aux antipodes de ce que j'essaye de prôner aujourd'hui. Je suis dans un truc un peu... pas une parano, mais presque. Et c'est tout ça que j'ai envie de démonter un petit peu, de montrer à quel point ça nous pose problème, cette culture populaire de la perf.
- Speaker #1
Ça me fait penser à... Alors, c'est pas sur la perf, mais c'est plutôt par rapport aux hommes. Est-ce que t'as lu le livre Le coup de la virilité ?
- Speaker #0
J'ai commencé à le lire, et puis après, en fait, je suis parti sur un autre truc, parce que je sais plus quoi...
- Speaker #1
T'as pas fait une fixette dessus ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Ouais, et dans Le coup de la virilité, elle explique que, si tu regardes, donc par exemple, on parle beaucoup, droite, extrême droite vont mentionner des problèmes religieux, etc. Mais si tu regardes la frange de la société qui pose le plus de problèmes et qui statistiquement fait le plus de crimes, de délits, d'homicides, etc., c'est les hommes, en fait. Et c'est une variable qui n'est pas du tout adressée dans nos politiques publiques, de faire attention à limiter les comportements à risque. Donc ça peut être effectivement des comportements qui sont volontairement violents, mais aussi des pratiques à risque, le fait de boire, le fait de rouler vite, etc.
- Speaker #0
Par exemple en moto, c'est l'exemple que je prends dans mon article « Les pieds dans le plat » . Combien d'entre nous peuvent au moins citer une personne, on sait que lui pour aller se détendre, il va prendre la moto ou la voiture et rouler comme un malade. J'en connais plein. J'ai vu un voisin, il monte sa moto, puis il me fait « ouais, j'ai la plaque magique » , c'est-à-dire qu'il relève la plaque d'immatriculation.
- Speaker #1
Comme ça, on le chope pas.
- Speaker #0
Comme ça, on le chope pas. Et le mec, tu vois l'état de ses pneus, tu fais « ah, d'accord, je comprends mieux » .
- Speaker #1
Moi, j'ai, je pense, une dernière question. Il me semble que tu m'avais partagé le fait que t'avais trouvé plus d'empathie du côté des femmes dans ton parcours, et t'as fait un lien avec le SPM, tout ça, sur la fluctuation des émotions, de ton point de vue. Pourquoi est-ce que les femmes ont été plus empathiques avec toi ? Est-ce que ça a changé aussi pour toi d'être entendue ?
- Speaker #0
Parce que de par le cycle menstruel, en fait, tu le sais, je pense, je suppose, qu'il y a des variations d'humeur, en fait. Et que quand j'explique qu'à des moments, il ne faut pas me parler parce que je ne me sens pas bien, machin et tout, et pas juste, ne me parle pas. Parce que ça, c'est... Non, mais tu es juste aigri, ça va pas ? Et que tu dis non, je ne me sens pas bien, je me sens angoissé, j'ai peur. Par exemple, ma copine sait ce que c'est en fait. Elle comprend, elle vit ça. Et il y a des moments où elle me dit « Oh, je me sens tout... Je vis, il n'y a rien là et tout. » Et là, je suis là « Je te comprends, je sais ce que c'est. » Et ça, ça a énormément changé mon rapport aux femmes. De me dire « En fait, elles peuvent me comprendre. » Là où les mecs, c'est « Bah non, écoute, faut se forcer, faut se faire du mal et puis ça va passer. » Non, spoiler, ça marche pas. Quand on est sain, oui, peut-être, mais qui est sain aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je pense qu'en fait, personne n'a jamais vraiment été, non. On a tous nos petits... Nos valises qu'on traîne derrière nous ? Tu connais quelqu'un de vraiment sain ?
- Speaker #0
Bah écoute, ma copine honnêtement, parce qu'on en a discuté, elle a une éducation pas spécialement commune au sens, c'est-à-dire son père est américain, sa mère a vécu en Autriche et pour son boulot a énormément voyagé, donc déjà c'est quelqu'un qui a vu que ses parents pouvaient avoir une relation saine en ayant de la distance, ou soit papa et maman n'est pas là tous les jours, ils sont pas tout le temps ensemble à faire des choses. Et ils ont développé énormément d'empathie. Par exemple, elle m'expliquait qu'elle a vécu aux Pays-Bas pour ses études. Et il y a une de ses potes, du coup, qui récemment a été obligée de retourner au Nigeria, je crois, par rapport à une histoire de visa. La personne en question lui a dit, tu es la seule qui m'a posé la question de comment ça allait, moi, et pas de logistique. Parce que les gens, mais comment tu vas faire ? On se fout de ce qu'elle ressent, en fait. Ma copine va plus s'intéresser à qu'est-ce que tu ressens. Et ça, c'est quelque chose que je vois très très peu, de manière générale. C'est marrant parce qu'elle, elle est très, je veux dire, naïve. Elle voit le bon côté des choses tout le temps, des gens et tout. Là où moi, je vais être hyper méfiant, ça nuance. Au moins, ça fait... Moi, je suis tout noir, elle est toute blanche.
- Speaker #1
Est-ce que je peux poser une ou deux questions sur le couple ? Ou c'est un sujet ? Ok. Tu le disais, t'as une altération de ta confiance en toi. Et parfois, dans le cas du trou borderline, tu peux avoir des comportements plus intenses que tu peux regretter par la suite. Même si tu ne sembles pas en avoir eu tant que ça devant elle. Être en couple, c'est aussi une question de montrer sa vulnérabilité. Et de se mettre à nu, comment ça a été pour toi au début de partager avec elle le fait que t'avais ce trouble ? Et que tu peux aussi avoir des moments de déprime, etc.
- Speaker #0
Alors déjà, au tout début, elle l'a pas vue parce que tu joues un rôle, en fait, énormément. Et elle a vu la détresse quand elle est partie du camp en Angleterre. Et au bout d'un moment, elle m'a dit, par contre, moi je suis pas psy. Je peux pas juste être un réceptacle à mauvaise émotion, mauvaise journée et tout. Elle m'a dit, en fait, là c'est plus possible. Tu me parles d'autre chose mais faut arrêter de me dire que tu vas mal parce que je suis en Angleterre, je peux rien faire. Donc là j'ai pris conscience de, ok si je veux que ça dure faut que j'arrête. Et elle a fait des études de psycho, donc en fait on a entendu parler du troupe Borderline. Elle a plus eu peur du regard des gens sur le fait qu'elle soit en couple avec quelqu'un qui est un troupe Borderline que moi-même parce qu'elle m'a jamais vraiment vu à l'oeuvre entre guillemets. Il y a une fois par exemple on était à Noël et j'ai eu une énorme crise Borderline où je chantais que tout débordait. j'ai dit écoute Là, je peux pas venir dîner soir avec tes parents et ton frère. Son maman m'a plus ou moins fait comprendre, vas-y, t'abuses. Genre, parce que son frère habite à Portland, donc de l'autre côté des Etats-Unis. On voit qu'une fois par an et tout, genre, faire un effort, c'est te blé. J'ai dit, écoute, là, je peux vraiment pas. Là, c'est beaucoup trop pour moi. Et après, elle l'a compris et on a mis des choses en place, au sens où, si je dis ça, c'est que là, j'ai atteint mon point de non-retour et j'ai besoin d'avoir mon espace, de processer les choses pour aller mieux. Mais aujourd'hui, ça va beaucoup mieux. Le seul truc, par exemple, c'est que j'aurais tendance à répondre parfois un peu sèchement parce que je peux me sentir irrité par un truc. Ou je lui dis, dans ce moment-là, n'hésite pas à me dire, toi, si moi je te vexe et je le prendrais pas mal parce qu'on a vraiment une discussion, une communication qui est top.
- Speaker #1
Elle a l'air d'être en safe space pour toi.
- Speaker #0
Ah totalement. Je joue pas de rôle. Là où avec mes anciennes relations, j'avais l'impression de jouer un rôle. Parce qu'il fallait être fort, viril et tout. J'étais dans cette construction-là. Je ne sais même pas si c'est ce que la personne en face de moi attendait, mais j'avais cette construction sociale de l'homme doit être fort, c'est lui qui doit être tout géré et tout. Là, il n'y a pas ça du tout. Et comme je le dis, on fait une équipe ensemble. C'est ce qui fait que notre relation est saine.
- Speaker #1
Merci à Irvine d'avoir partagé son parcours sur l'anomalie. Irvine a été le seul homme à témoigner sur la saison 3 du podcast. J'espère qu'il donnera des idées aux auditeurs pour la saison 4. De mon côté, j'ai beaucoup aimé enregistrer avec Irvine. Vous l'avez entendu, la discussion est super détendue. Je pense que ça s'explique parce qu'Irvine est habitué à prendre la parole, via sa newsletter et dans des podcasts. Mais aussi parce qu'il connaît très bien les concepts qu'il expose. Il est expert de la partie théorique et a finement analysé les impacts du trouble borderline sur sa vie. Ce que je retiens de notre discussion, c'est que les effets négatifs du trouble borderline peuvent être limités avec une prise en charge adaptée. Depuis qu'Irvine comprend et connaît son trouble, il est capable de mettre en place un environnement qui le sécurise, comme il l'explique par exemple avec les fêtes de Noël passées dans la famille de sa compagne. Avant de vous laisser, quelques mots sur l'Anomalie. L'Anomalie est un podcast autoproduit sur lequel je mets toute mon énergie. Je, Juliette Abressi, réalise la préparation, l'enregistrement et la communication. Camille Debreuil m'accompagne sur le montage et le mixage de certains épisodes. Si vous souhaitez soutenir ma démarche, entièrement bénévole, likez, commentez, partagez. Cela prend quelques secondes. et cela fait la différence sur la visibilité du podcast. Vous pouvez suivre les aventures de l'anomalie sur Instagram via le compte lanomalie.lepodcast. Nous nous retrouvons dans 10 jours pour le prochain épisode. D'ici là, prenez soin de vous et philakia, qui signifie bisous bisous en grec.