- Speaker #0
Les 7 vies de Serge Reggiani par Olivier Ninge. Accompagnement musical Marc Evea et Clément Péfert. C'est une émission produite par Atoutgoutchamp.com
- Speaker #1
La vie c'est comme une dame
- Speaker #2
D'après,
- Speaker #1
on n'y a pas pensé, on s'est contenté de mâcher, et puis ça se gâte soudain, ça vous fait mal, et on n'y tient rien, et on la soigne, et les soucis, et pour qu'on soit vraiment guéris. Il faut vous l'arracher,
- Speaker #2
la vie.
- Speaker #0
Olivier Ninge, bonjour.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #0
Nous venons d'entendre La vie c'est comme une dent très beau texte de Boris Vian. Vous nous proposez de partir pour une série d'émissions évoquant les sept vies de Serge Réjani. Mais tout d'abord, je vous invite à vous présenter à nos auditeurs.
- Speaker #2
Bien sûr, je suis Olivier Ninge. Après des études de psychologie, j'ai fait une carrière de psychologue, psychothérapeute et de formateur. J'ai travaillé en hôpital psychiatrique pendant plus d'un an, mais ils m'ont relâché et je n'ai pas de séquelles. Ensuite, j'ai travaillé auprès d'enfants en difficulté. Puis, progressivement, je suis devenu formateur en relations humaines auprès de travailleurs sociaux et d'entreprises, bien sur des sujets touchant la communication, la gestion du temps, la gestion du stress, la gestion de conflits.
- Speaker #0
Très intéressant. Mais quel est votre rapport avec la chanson ?
- Speaker #2
J'ai toujours été passionné par la chanson française à texte. J'ai fait de nombreux stages de chant, de théâtre, puis j'ai participé en tant qu'acteur-chanteur à des spectacles musicaux. En 2010, j'ai créé l'association À tout bout de chant En fait, il s'agit d'une association loi 1901 à but non lucratif, reconnue d'intérêt général, et qui a pour objet la création de spectacles musicaux théâtralisés. dont un en hommage à Serge Redjani.
- Speaker #0
Donc un hommage à Serge Redjani, nous y voilà. Et je reviens donc au centre de notre sujet, Serge Redjani. Alors première question, pourquoi votre intérêt pour ce grand personnage ?
- Speaker #2
La réponse est dans votre question, parce que c'est un grand personnage aux talents multiples, mais aussi parce qu'il m'a accompagné durant toute mon adolescence. En fait, j'écoute en boucle son album numéro 2, Bobino. avec des titres qui restent dans la mémoire collective. Les loups sont entrés dans Paris, Sarah, le petit garçon, ma liberté, le déserteur. Mais nous aurons l'occasion de parler de tous ces beaux titres tout au long de nos émissions.
- Speaker #0
Mais qu'est-ce qui vous touchait particulièrement chez ce chanteur ?
- Speaker #2
Pour moi, il faisait partie des plus grands, avec Georges Brassens, Jacques Brel, Jean Ferrat, Gilbert Becaud. Mais de manière plus spécifique, j'aimais sa voix, son interprétation très particulière, tout en sensibilité. Il me faisait du bien.
- Speaker #0
Il vous faisait du bien ?
- Speaker #2
Oui, j'ai l'habitude de dire que c'est mon premier psychothérapeute. Car souvenez-vous, je vous parle de son album sorti en 1967. à une époque où l'expression des émotions n'était pas vraiment encouragée dans l'éducation des garçons.
- Speaker #0
Pour vous donc, les chansons de Serge Réjani ont-ils eu un effet cathartique ?
- Speaker #2
Exactement. Pour moi et pour beaucoup de garçons de mon âge. Imaginez cet homme qui était de la génération de mon père et qui ose montrer ses émotions, ses faiblesses, ses blessures, un comédien qui chante comme il aimait s'appeler, pour exprimer très simplement... Des choses humaines.
- Speaker #0
Est-ce lui qui vous a donné l'envie de chanter ?
- Speaker #2
Alors non. Le premier qui m'a donné le goût pour la belle chanson française, c'est plutôt Georges Brassens. Mais c'est sûr que par la suite, j'ai eu envie de chanter les titres qu'interprétait Serge Reggiani.
- Speaker #0
Très beau texte en effet. Olivier Nagy, pourquoi avoir intitulé cette émission Les 7 vies de Serge Reggiani
- Speaker #2
Parce que s'il y a bien quelqu'un qui aimait la vie, c'était bien Serge Reggiani. Il a fait durer la sienne 82 ans. En fait, il croyait à la vie après la vie, à la réincarnation. Il disait même on ne meurt, on ne meurt, mais que pour les autres Mais enfin, prudent, il a profité de son dernier passage sur cette terre, qui est parfois si jolie, pour en expérimenter sept, sept vies. Sa première vie fut celle d'un enfant italien, pieds nus au soleil, parmi les chèvres et les abeilles. Comme il l'exprime si bien dans sa chanson Si c'était à recommencer
- Speaker #0
Eh bien, je vous propose de faire une pause en écoutant un extrait.
- Speaker #1
Si c'était à recommencer Si je devais refaire ma vie
- Speaker #2
Je voudrais naître en Italie Au mois de mai
- Speaker #1
Je voudrais être ce gamin Qui courait pieds nus au soleil Parmi les chèvres et les abeilles
- Speaker #2
Ne changez rien. Alors Serge est né le 2 mai 1922 à Reggio d'Emili. Reggio d'Emili est situé dans une des régions les plus riches d'Italie. C'est une ville où les habitants ont le culte de la nourriture, de la sensualité féminine et la... passion pour la danse, disait Reggiani, ça s'invente pas. Mais dans les années 1920, l'Italie traverse une grave crise économique. La vie est très dure pour les ouvriers, les petits artisans, les petits paysans. Les grèves se multiplient et le parti communiste commence à monter en puissance. C'est aussi en 1919 qu'un certain Benito Mussolini va créer les chemises noires pour conquérir progressivement le pouvoir. Avec le soutien évidemment des grands propriétaires terriens et des industriels qui, vous vous en doutez, n'appréciaient ni les grèves ni les occupations d'usines.
- Speaker #0
C'est donc dans cette ville et dans ce contexte historique que naît et vit le petit Serge. Mais qui étaient ses parents ?
- Speaker #2
Son père, c'était Ferruccio. Il était associé coiffeur. Et sa mère, c'était Letizia. Elle travaillait dès l'âge de 7 ans comme garde d'enfant, puis ouvrière dans une fabrique de soirée. Et à l'âge de 15 ans, elle décide de créer sa propre affaire en tant que coiffeur pour homme, avec pour seul bagage la volonté de s'en sortir.
- Speaker #0
Il est donc issu d'une famille modeste ?
- Speaker #2
Oui, un milieu simple et très volontaire, avec le goût du travail bien fait. et la capacité de se battre contre l'adversité.
- Speaker #0
Olivier Ninge est là, je m'adresse au psy. A votre avis, quels sont les éléments clés vécus dans cette première tranche de vie et qui auraient pu influer sur sa vie et son devenir artistique ?
- Speaker #2
Oh là, vaste question, et il y a dû avoir sûrement beaucoup d'éléments. Mais c'est vrai que pour les êtres humains que nous sommes, beaucoup de choses se jouent avant la cinquième année. Beaucoup d'événements vécus durant cette période influencent par la suite le cours de notre vie. Alors le premier élément chez Serge, c'est sans aucun doute le lien à sa mère. D'abord, il a été bercé par le bel canto de sa mère, ce qui a permis à Serge de se forger une sensibilité artistique.
- Speaker #0
Une influence maternelle dans le domaine artistique ?
- Speaker #2
Oui, une forte influence maternelle tout court. Car Letizia, c'était la maman. Avec une forte personnalité et un fort attachement à son fils. qui le lui rendait bien.
- Speaker #0
Donc, premier élément, l'influence maternelle.
- Speaker #2
Oui, et le deuxième élément, je dirais une ambivalence vis-à-vis de son père. Car Ferruccio avait un côté affable, joyeux, bon vivant, à tel point qu'il passait beaucoup de temps à festoyer avec ses copains et jouer aux boules et au poker pour entrer à point d'heure.
- Speaker #0
Vous voulez dire qu'il souffrait du manque de contact, du manque d'une véritable relation père-fils ?
- Speaker #2
En tout cas, ça m'en donne l'impression. Un troisième élément à prendre en compte, c'est son lien à l'Italie, et plus particulièrement à sa ville qui s'appelle Reggio. C'est pas rien quand on s'appelle Reggiani, une ville qui s'appelle Reggio. Et puis, un quatrième élément, c'est le salon de coiffure.
- Speaker #0
Le salon de coiffure ?
- Speaker #2
Ben oui. On y rencontre toutes sortes de gens dans les salons de coiffure, quel que soit l'âge, le sexe, la condition sociale. C'est une sorte de théâtre vivant où se joue une représentation, je dirais une représentation permanente.
- Speaker #0
Vous voulez dire une représentation permanente de la comédie humaine ?
- Speaker #2
Exactement. Et le petit Serge entendait les propos des adultes dans ce contexte de crise économique et de montée du fascisme. Ah, il savait ce qu'était la vie des gens pauvres. Lui qui dormait avec ses parents dans le petit salon de leur très modeste maison. Cette expérience le marquera profondément. Et plus tard, il sera toujours très sensible à tout ce qui relève de l'injustice, de la pauvreté, du racisme, de la discrimination.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que la vie dans l'Italie de cette époque était marquée par la montée du fascisme et de l'embrigadement de la jeunesse.
- Speaker #2
Oui, le climat social était lourd. Et oui, ça passe par l'embrigadement de la jeunesse, et le petit Serge n'y a pas échappé.
- Speaker #0
Que voulez-vous dire par là ?
- Speaker #2
Je veux dire qu'enfant, Serge baignait dans cette ambiance troublée, avec des discours contradictoires, entre des pro-fascistes et des antifascistes, les riches, les pauvres, la lutte des classes. Cette contradiction existait jusque dans sa famille, car si ses parents étaient clairement antifascistes, en revanche, son oncle, le tonton Ovidio, la honte de la famille, il défendait mordicus la gloire du duce et allait jusqu'à parader en uniforme faccio. Ah Serge n'oubliera jamais les grandes figures des patriotes qui luttèrent parfois au péril de leur vie contre la dictature de Mussolini. Pourtant, en tant qu'enfant, il fut lui-même confronté. À l'envie du prestige de l'uniforme.
- Speaker #0
Vous m'intriguez là.
- Speaker #2
Un jour, à la fin de sa journée d'école, l'institutrice de Serge lui donne un carton à chaussures à remettre à ses parents. Et quelle ne fut pas la surprise à l'ouverture de la boîte ? Devinez ce qu'ils y trouvent à l'intérieur. Un uniforme des jeunesses fascistes italiennes. Vous pouvez vous douter de la réaction de Ferruccio, son père. Il rentre dans une grande colère et exige que Serge ramène cette boîte et son contenu à son institutrice au plus vite.
- Speaker #0
C'est ce qui se comprend, vu les positions politiques des parents.
- Speaker #2
Oui, mais imaginez la réaction d'un enfant de 7 ans. Il y avait un côté prestige de l'uniforme. L'uniforme, c'est un vêtement porté par tous les membres d'un même groupe. C'est donc un signe à haute valeur d'appartenance. Uniforme, Ça veut dire semblable, identique, analogue, pareil. Et donc, un enfant de 7 ans, il a envie naturellement d'être semblable aux autres enfants. C'est une question identitaire, ou plus précisément une question de construction de son identité. On devient l'homme de son uniforme, disait Napoléon Bonaparte. Alors le jeune Serge est iraillé entre son besoin de ressembler à ses pères, P-A-I-R-S, tout en étant fidèle. aux opinions de sa famille. Cet événement le marquera profondément. Et puis, dernier événement important, celui-ci est d'ordre du traumatisme et Serge ne s'en remettra sans doute jamais vraiment.
- Speaker #0
De quoi s'agit-il ?
- Speaker #2
En 1928, Serge a 6 ans et c'est l'arrivée d'un petit frère, Luciano. qui meurt trois semaines plus tard d'une pneumonie. Serge sera persuadé que c'est sa faute et sera marqué par la culpabilité, lui laissant une profonde blessure à l'âme. Cette blessure va se raviver lors du suicide de son fils Stéphane en 1980, mais ceci est une autre histoire que nous aurons l'occasion d'aborder.
- Speaker #0
Oui, Olivier Ninge, merci. Nous arrivons à la fin de cette première émission. Alors dites-nous en quelques mots ce que vous allez aborder dans la prochaine émission. Prochaine émission.
- Speaker #2
Ah, bien volontiers, je vais aborder sa deuxième vie, où il doit quitter l'Italie pour la France à l'âge de 8 ans et devenir un émigrant dans les années 1920 confronté à la xénophobie.
- Speaker #0
C'était les 7 vies de Serge Origiani par Olivier Ninge. Accompagnement musical Marc Evéa et Clément Péfert. C'était une émission produite par atoutboutechamp.com.
- Speaker #1
La vie c'est comme une norme, d'abord on n'y a pas pensé, on s'est contenté de marcher, et puis ça se gâte soudain. Ça vous fait mal et on y tient et on la soigne. Il y a des soucis et pour qu'on soit vraiment guéris.
- Speaker #2
Il faut vouloir arracher la vie.