- Speaker #1
La vie c'est comme une dent D'abord, on n'y a pas pensé On s'est contenté de m'acheter Et puis ça se gâte soudain Ça vous fait mal Et on y tient Et on la soigne Et les soucis Et pour qu'on soit vraiment guéris,
- Speaker #2
il faut vous l'arracher.
- Speaker #0
La vie ! Olivier Nunge, bonjour.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #0
Nous venons d'entendre La vie, c'est comme une dent
- Speaker #2
Ah oui, très beau texte de Boris Vian, et très belle façon d'introduire cette deuxième émission pour évoquer les sept vies de Serge Rejani.
- Speaker #0
Je rappelle que vous êtes psychologue et formateur. Vous avez travaillé pour les institutions et les entreprises dans le domaine de la communication et des relations humaines.
- Speaker #2
Oui, et je dois dire que c'est un beau métier.
- Speaker #0
Vous participez depuis plusieurs années à des spectacles musicaux en tant qu'acteur-chanteur. Finalement, vous êtes un psy qui chante.
- Speaker #2
On peut dire ça comme ça, mais ce qui est sûr, c'est que j'ai un goût immodéré pour la chanson française à texte.
- Speaker #0
Vous êtes président de l'association Atoutboutdechamp.com, dont l'objet est de créer des spectacles musicaux théâtralisés. Vous êtes aussi l'auteur d'un spectacle qui nous intéresse tout particulièrement, ici intitulé Hommage à Serge Reggiani, un comédien qui chante. Olivier Nain, je vous propose de continuer l'exploration des 7 vies de Serge Reggiani.
- Speaker #2
Bien volontiers. Je rappelle que lors de notre première émission, nous avons parlé de sa première vie, de son enfance italienne, pieds nus au soleil parmi les chèvres et les abeilles. Serge est né le 2 mai 1922 à Reggio d'Emili, dans une des régions les plus riches de l'Italie. Mais à une époque... de crise économique et sociale avec la montée du fascisme. Il venait d'un milieu plutôt modeste avec des parents, tous les deux coiffeurs. Et on peut dire qu'à cette époque, la vie n'était pas facile pour les ouvriers, les artisans ou les paysans.
- Speaker #0
Alors, qu'allons-nous aborder dans cette nouvelle émission ?
- Speaker #2
Je vais aborder sa deuxième vie, celle où il doit quitter l'Italie pour la France à l'âge de 8 ans. et devenir un émigrant dans les années 1930, confronté à la xénophobie.
- Speaker #0
Alors qu'est-ce qui explique ce départ pour la France ? Car pour un enfant de 8 ans, ça doit être un déchirement.
- Speaker #2
Rappelez-vous, la dernière fois, nous avons parlé de la montée du fascisme et la prise du pouvoir par Mussolini. En 1926, ce dictateur interdit tout autre parti politique que le sien. Censure la presse. Créer une police secrète, mettre en place un fichier de suspects politiques, et pour clore le tout, il crée un tribunal spécial pour la sécurité de l'État.
- Speaker #0
Un climat plutôt détestable et saltant pour les opposants, j'imagine.
- Speaker #2
Justement, Ferruccio, le père de Serge, était antifasciste. Rappelez-vous, il était coiffeur. Et dans un salon de coiffure, on parle, et pas forcément bien à l'endroit du douché. Ça risque de revenir aux oreilles de la police secrète. Et à cette époque, il ne faut pas grand chose pour finir en prison. Alors Ferruccio a pris les devants. Et plutôt que de se faire arrêter, il décide de partir en France, respirer un air sans Mussolini et sa clique.
- Speaker #0
Alors il part comme ça avec sa petite famille ?
- Speaker #2
Non, il part tout seul en éclaireur. Il faut dire qu'à cette époque, il n'était pas original. Car nombre de ses compatriotes avaient déjà émigré en France pour trouver du travail. Il faut savoir qu'au début des années 30, les Italiens n'ont jamais été aussi nombreux en France. Plus de 800 000.
- Speaker #0
Je suppose qu'il est venu à la capitale.
- Speaker #2
Le problème, c'est qu'il n'avait pas vraiment de contact à Paris. En plus, les travailleurs émigrés italiens étaient parfois l'objet d'hostilités violentes de la part d'une partie des Français. Pour des questions de concurrence ouvrière, bien sûr. Par chance, Ferruccio finit par trouver un petit boulot dans une laiterie en Normandie grâce à un ami qui habite la petite ville d'Iveto. Après quelques semaines d'essai, il pense que c'est le moment et demande à Laetitia de le rejoindre avec Serge. Départ que Serge évoque si bien dans sa chanson Si c'était à recommencer
- Speaker #0
Je vous propose d'en écouter un extrait.
- Speaker #1
Ne changez rien, si c'était à recommencer dans un monde affreux et assant, je voudrais être l'émigrant que j'ai été. J'aimerais repasser la frontière et sans capuche ni manteau,
- Speaker #2
redébarquer à Yvetot,
- Speaker #1
un soir d'hiver.
- Speaker #2
En fait, il faut se replacer dans le contexte. Le 1er novembre 1230, Serge et Laetitia, sa mère, quittent l'Italie pour la France. Mais c'est une fuite pour aller vers un avenir incertain. C'est loin d'être une partie de plaisir. Le jeune Serge doit laisser derrière lui sa famille, ses amis, son école, sa ville, son pays, sa langue. Pour la première fois, il fait l'expérience du long voyage en train pour aller faire l'inconnu.
- Speaker #0
Oui, et puis il n'y avait pas le TGV à l'époque.
- Speaker #2
Ah non, et puis il n'y avait pas non plus l'Union Européenne. Et donc, traverser la frontière, ça voulait dire rencontrer les douaniers en uniforme, montrer ses passeports. D'abord aux douaniers italiens, ensuite aux douaniers français. Et une fois à Paris, il a fallu prendre le métro, changer de gare pour prendre un autre train.
- Speaker #0
Effectivement, ça devait sembler long et inquiétant pour un enfant de 8 ans qui devait ressentir aussi l'anxiété de l'étidia, sa mère.
- Speaker #2
Oui, et l'arrivée est digne d'un film du réalisme italien, mais avec une météo typiquement normande. Mais comme dit dans la chanson, ils ont vraiment débarqué à Ifte. tôt au petit matin, sous la pluie, chargé de bagages, bagages à porter jusqu'à l'hôtel où résidait Ferruccio.
- Speaker #0
On peut imaginer le soulagement une fois les valises posées dans la chambre d'hôtel.
- Speaker #2
Bien sûr, mais avoir pour tout logement une chambre d'hôtel, une mère qui n'avait plus de travail et un père qui déchargeait des bidons dans une laiterie, et le tout dans un pays étranger.
- Speaker #0
Effectivement, l'avenir immédiat devait leur sembler plutôt inquiétant.
- Speaker #2
En tout cas, pour Serge, il lui fallait laisser immédiatement son enfance en Italie et se confronter à un paysage différent, des ambiances différentes, mais surtout des personnes qui ont une langue différente et des comportements différents.
- Speaker #0
Voilà donc Serge, jeune garçon italien de 8 ans qui se retrouve du jour au lendemain à devoir vivre dans une petite ville de Normandie.
- Speaker #2
Oui, alors pour faciliter son intégration... Ses parents l'inscrivent à l'école communale. C'est vrai qu'à l'époque, l'école tenait un rôle non négligeable d'ascenseur social.
- Speaker #0
Alors comment ça s'est passé pour lui à l'école ? L'apprentissage de la langue, j'imagine le contact avec les copains ?
- Speaker #2
Le début est vraiment difficile. Un grand moment de solitude. Dans une interview, Serge Reggiani dira plus tard Quand j'ai fait de la boxe, de l'haltérophilie ou du vélo, je m'entraînais seul. Pourquoi j'étais seul ? Parce qu'au départ, j'étais un petit moum étranger en France et j'ai eu trois longs mois de solitude à cause de la langue. Finalement, la solitude est devenue une chose qui m'appartient. On peut comprendre pourquoi il est aimé chanter ce très beau texte de Georges Moustaki, Ma Solitude.
- Speaker #0
Je vous propose de l'écouter.
- Speaker #1
Pour avoir si souvent dormi. Avec ma solitude, je m'en suis fait presque une amie, une douce habitude. Elle ne me quitte pas d'un pas, fidèle comme une ombre. Elle m'a suivi ça et là, aux quatre coins du monde.
- Speaker #3
Non,
- Speaker #1
je ne suis jamais seul. Avec ma solitude, quand elle est au creux de mon lit, elle prend toute la place, et nous passons de longues nuits, tous les deux face à face. Je ne sais vraiment pas jusqu'où ira cette complice. Faudra-t-il que j'y prenne goût ? Ou que je réagisse ?
- Speaker #3
Non.
- Speaker #1
Je ne suis jamais seul avec ma solitude. Par elle j'ai autant appris que j'ai versé de larmes. Si parfois je la répudie, jamais elle ne désarme. Et si je préfère l'amour d'une autre courtisane, elle sera à mon dernier jour ma dernière compagne.
- Speaker #3
Non,
- Speaker #1
je ne suis jamais seul avec ma solitude.
- Speaker #3
Non.
- Speaker #1
Je ne suis jamais seul avec ma solitude.
- Speaker #0
Très beau texte. Donc nous en étions au premier pas de Serge à l'école communale d'Yvetot.
- Speaker #2
Oui, et rappelez-vous ce que l'on disait tout à l'heure, les travailleurs émigrés italiens étaient parfois l'objet d'hostilités violentes de la part d'une partie des Français pour des questions de concurrence ouvrière. Alors, on va retrouver cette animosité chez les enfants. Serge est rejeté, il est le sale étranger, le macaroni, il vient voler le pain des français, on se moque de son accent. Il y aura des échanges houleux et des invectives, il y aura même des échanges de coups. Mais bon, il travaillera dur pour apprendre le français et se faire intégrer. D'ailleurs, il finira par maîtriser le français mieux que la plupart des enfants de son âge. Mais heureusement, il n'est pas resté longtemps à Ifto, direction Paris. Ses parents. ouvre un salon de coiffure, Faubourg Saint-Denis. Le Faubourg Saint-Denis, le temps des copains, l'adolescence. Serge dira que c'est une des périodes les plus heureuses de sa vie.
- Speaker #0
C'est ce que nous allons aborder la prochaine fois, car nous arrivons à la fin de cette deuxième émission.
- Speaker #2
Oui, mais avant de terminer, j'aimerais indiquer aux auditeurs d'où je tire mes sources et leur indiquer quelques ouvrages s'ils souhaitent approfondir le sujet. Tout d'abord, trois ouvrages de Serge Rejani, c'est-à-dire des ouvrages où Serge écrit. Le premier, c'est La question se pose aux éditions Robert Laffont. Il s'agit d'un autoportrait co-signé par Blaise Ngeoya, Serge et Simon Rejani. Ensuite, deuxième ouvrage, Dernier courrier avant la nuit Ça, c'est aux éditions de l'Archipel. Alors là, qui aime Rejani doit lire ce livre. Parce que ce n'est pas réservé aux inconditionnels. Vous vous régalerez au gré des lettres composant ce livre où surgissent les portraits des frères Prévert, de Picasso, de Cocteau, de Piaf, de Camus, de Brel. Troisième ouvrage, Un enfant de mon âge. Et là, c'est aux éditions Marque Page. C'est aussi un ouvrage autobiographique, largement illustré par Serge Reggiani et Rémi Boué. Alors ensuite, il y a... Trois ouvrages où là, ce sont des auteurs qui parlent de Serge Redjani. Vous avez d'abord Serge Redjani, c'est moi, c'est l'italien, aux éditions Presse de la Cité, écrit par Jean-Dominique Debrouillère. Et puis, vous avez aussi Dans les yeux de Serge, et là, c'est aux éditions de l'Archipel. C'est un très beau livre de Noël Adam Redjani, c'est-à-dire sa dernière femme. Et puis enfin, Serge Redjani, l'acteur de la chanson aux éditions Fayard. C'est par Daniel Panchenko. C'est un grand journaliste qui nous fait un récit très détaillé et très précis de la vie et l'œuvre de Serge Régiani.
- Speaker #0
Olivier Ninge, merci et vivement le prochain épisode. C'était les 7 vies de Serge Régiani par Olivier Ninge. Accompagnement musical Marc Evéa et Clément Péfert.
- Speaker #1
La vie c'est comme une dinde
- Speaker #2
D'abord, on n'y a pas pensé
- Speaker #1
On s'est contenté de m'acheter Et puis ça se gâte soudain
- Speaker #3
Ça vous fait mal Pouh !