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Le bijou comme un bisou

le bijou comme un bisou #73 les légendes de l'émeraude

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14min |08/05/2021
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14min |08/05/2021
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Description

  Parce que chaque semaine qui commence est un nouveau départ, j’avais envie de vous lire une histoire. Alors je vous propose le bijou comme un bisou du dimanche soir.

Il était une fois les légendes de l’émeraude

Le vert est ambigüe c’est la couleur du dollar et des fous mais c’est aussi depuis la Rome antique la couleur de Vénus et à ce titre celle de la beauté et de l’amour. Aussi est-ce cette image que je vais retenir. Surtout que le vert des émeraudes est très particulier c’est un mélange de vert pur avec des traces de bleu qui donne une profondeur et une densité très particulière et qui a, de plus, la propriété de conserver sa vigueur, quelque soit ses nuances y compris sous la lumière électrique.

L’émeraude est traditionnellement associée au mois de mai et aux natifs du signe des gémeaux.

Nous sommes bien au mois de mai et pour être tout à fait honnête avec vous, c’est à la fois mon mois de naissance et mon signe du zodiaque. J’ai donc une affection toute particulière pour cette pierre précieuse. Et d’ailleurs si vous souhaitez me couvrir d’émeraudes pour mon anniversaire le 31 mai, que ce soit en gemme, en bijou, en photo ou en message, surtout n’hésitez pas !

Et pour compléter ce chapitre de l’anniversaire, si vous fêter la 20e ou la 40e année de votre mariage, c’est aussi la pierre précieuse dédiée.

D’après le Littré, le nom de l’émeraude provient du sanskrit « açmagarbha » qui veut dire « cœur de pierre ». Et ce cœur de pierre s’énonce « smaragdus » en latin pour désigner cette pierre précieuse à l’aura unique.

Je vous emmène dans le temps et bien sûr comme presque toujours en Egypte antique. Près de la mer rouge les mines de Djebel Zabarah produisaient des émeraudes. On les a longtemps appelé mines de Cléopâtre car on sait qu’elle adorait cette gemme qu’elle portait en bijoux, faisait graver et offrait à ses dignitaires. Il faut dire que l’émeraude était associée à l’immortalité. Ces mines seront retrouvées en 1816 par l’explorateur français Frédéric Cailliaud, mais elles sont aujourd’hui épuisées. Les émeraudes servent aussi  de monnaie d’échange au IIe millénaire avant Jésus-Christ à Babylone.

Quand la tradition de l’Egypte antique se fond dans la culture grecque, Thot, le dieu de l’écriture et le scribe des dieux au savoir illimité, devient Hermès Trismégiste. Il aurait écrit 42 livres de philosophie comme de médecine. Cet ensemble de textes s’appelle Hermetica lequel comprend le célèbre « Corpus Hermeticum » et surtout « La Table d’émeraude » censée renfermer le secret de la création des êtres. Les Alchimistes et les Hermétiques du Moyen Age s’appuieront sur ces textes et dédieront l’émeraude à Hermès en la nommant « Rose de mai ». L’émeraude devient ainsi le symbole de l’Alchimie.

Chez les Phéniciens, l’émeraude est la pierre d’Astarté et permet de garder les amants fidèles.

Dans son Histoire Naturelle, Pline l’Ancien donne une hiérarchie des matériaux précieux. En premier il place le diamant, en second les perles et le 3e rang revient à l’émeraude. Il écrit : « Il n'est point de couleur plus agréable à l'œil ; car, bien que la vue se fixe avidement sur le vert des herbes et du feuillage, on goûte infiniment plus de plaisir à contempler des émeraudes, aucune nuance verte n'étant verte si on la compare à cette pierre ». Il promet que l’on « se récrée la vue en la portant sur une émeraude ». Il affirme que les émeraudes plates « renvoient les images à la façon des miroirs » pour preuve «  L'empereur Néron regardait avec une émeraude les combats des gladiateurs ».

Bon, il définit aussi 12 sortes d’émeraudes et il « raconte que dans l'île de Chypre, sur le tombeau d'un petit roi nommé Hernias, auprès des pêcheries, était un lion de marbre avec des yeux en émeraude. L'éclat qui en sortait pénétrait si avant dans la mer, que les thons épouvantés s'enfuyaient. Les pêcheurs s'étonnèrent longtemps de cette fuite nouvelle du poisson; à la fin ils mirent au lion d'autres yeux. »

Il rapporte également que dans « les livres égyptiens se raconte qu'un roi de Babylone envoya au roi d'Égypte, en présent, une émeraude longue de quatre coudées, et large de trois. Le même auteur dit qu'en Égypte, dans un temple de Jupiter, était un obélisque fait de quatre émeraudes, lequel avait quarante coudées de hauteur, et de largeur quatre coudées à une extrémité et deux de l'autre; et qu'au moment où il écrit il y a à Tyr, dans le temple d'Hercule, une grosse colonne d'une seule émeraude, Par ailleurs, Apion, surnommé Plistonicès, rapporte qu'il y avait, encore de son temps, dans le labyrinthe d'Égypte, un Sérapis colossal fait d'une émeraude haute de neuf coudées. »

On comprend donc que l’émeraude fascine depuis très longtemps et avait la réputation d’immenses propriétés à la fois spirituelles et même médicales. Alors il n’est pas étonnant que Jules césar les ait collectionnées pour leurs vertus curatives.

Plus tard, la légende dira que l'émeraude était l'une des quatre pierres précieuses données par Dieu au roi Salomon. Ces quatre pierres auraient doté le roi de pouvoirs sur toute la création.

Encore quelque années et l’émeraude devient la pierre de Satan. Elle se serait détachée du front de l'Archange déchu Lucifer au moment de sa chute sur Terre. Et bizarrement, pour la chrétienté, l’émeraude devient par la suite la pierre du Pape. 

Au Moyen Age à la fin du XIIIe, Jacques de Voragine affirme dans sa Chronique de Gênes que lors de la Cène, Jésus et ses disciples mangèrent dans un plat d'or et d'émeraude. Puis les légendes arthuriennes rapportent que Nicodème l’un des premiers disciples de Jésus, aurait recueilli lors de sa crucifixion, le sang du Christ dans un vase d’émeraude appelé Sangraal. A partir de là, le Graal est réputé être taillé dans une extraordinaire émeraude que seuls les Chevaliers de la Table Ronde au cœur particulièrement pur pouvaient apercevoir. Ce qui de façon surprenante rejoint la légende celte du chaudron de Dagda. 

Pour faire bonne mesure, Hildegarde de Bingen, aurait déclaré : « Tout le vert de la nature est concentré dans l’émeraude. » qui s’associe à l’espoir, au renouveau et à l’amour.

Outre-mer l’émeraude obtient la même fascination. Dans une légende indienne Sesha, le roi des serpents, avala la bile du démon Vala. Quand il fut attaqué par Garura, le roi des oiseaux, il la recracha sur lui, les gouttes qui tombèrent sur le sol créèrent les émeraudes. 

L’émeraude honore aussi Annapurna, la déesse hindoue de la nourriture, des cuisines et des cuisiniers

A Bangkok, l'icône la plus sacrée de Thaïlande s'appelle le Bouddha Émeraude. En fait elle est en jade, mais on ne va pas chipoter les légendes !

Chez les Incas, l’émeraude était un signe de souveraineté, elle était offerte comme tribu par les vassaux à leur souverain qui, seul, pouvait le porter.

Chez les Aztèques aussi l’émeraude était célébrée, ils l’appelaient "Quetzalizli", comme l'oiseau de paradis qui symbolise le renouveau des saisons, la fertilité de la terre et la vie. Le souverain Moctezuma offrit en 1519 à Cortès un énorme bloc de calcaire couvert de cristaux d’émeraudes qui devient plus tard la propriété de Charles Quint. Celui-ci en aurait distribué quelques-unes pour rallier de puissants personnages à sa cause.

Dans ce XVIe siècle, les conquistadors espagnols trouvent en Colombie, les gisements de Chivors en 1545 et de Muzo en 1594. A partir de là, cette pierre précieuse est rapportée en Europe où toutes les cours vont bientôt enchâsser ces gemmes dans de splendides joyaux.

À la fin du XVIIe siècle, on découvre l’émeraude du grand Moghol, une gemme de 217,80 carats, gravées d’inscriptions religieuses. Bien avant que les Maharaja débarquent place Vendôme avec leur coffre rempli de pierres précieuses et leurs inimitables émeraudes. Les déversant à pleine mains sous les yeux médusés des joailliers qu’ils chargeront de remonter en bijoux somptueux comme vous avez peut être pu le voir notamment dans l’exposition « des Grands Mogols au Maharaja » de la collection Al Thani. Mais si leurs joyaux sont légendaires, leurs émeraudes sont parfaitement véritables !

Ce qui me fascine aussi dans l’émeraude ce sont ses mystères. La constitution même de l’émeraude présente souvent des inclusions, qui attestent de son origine. Pour toutes autres pierres ce serait un défaut pour l’émeraude on les appelle poétiquement des « jardins ». Cette perfection des imperfections la rend d’autant plus chère à mon cœur.

L’émeraude a aussi sa propre taille. La taille émeraude vient de la taille « en table » apparue vers 1400. On y a ajoutée une culasse, quelques facettes et puis les fameux coins biseautés dont l’objectif était de diminuer les risques d’ébrèchement car la gemme est fragile ! Cette taille s’est standardisée vers 1900.

Il y a bien sûr des émeraudes célèbres comme celle qui ornait la couronne de Saint Louis et qui est maintenant au Muséum National d’Histoire Naturelle. Mais je vais plutôt vous raconter la charmante histoire du Collier de la liberté.

Une comtesse polonaise avait de doux sentiments pour un galant homme polonais, bien connu de la cour de Louis XVI surtout pour son succès auprès des femmes. Il se rend à Philadelphie, malheureusement au moment où la ville est prise d’assaut. Car évidemment les Etats unis sont en pleine guerre d’indépendance. Très inquiète, la jolie comtesse va donc trouver à Paris, l’ambassadeur des Etats Unis, Benjamin Franklin qui, en gentilhomme, la rassure sur le sort du monsieur de son cœur. Très reconnaissance, la comtesse retire son splendide collier et le donne à Benjamin Franklin en lui disant : « Il y a treize émeraudes carrées et treize émeraudes en poire, une pour chacune des treize colonies. Je vous en supplie, acceptez ces bijoux au nom de la Liberté. ».

Ce collier s’appellera donc par la suite « le collier de la liberté », sa vente aurait permis d’acheter l’artillerie qui aurait changé le cours de l’histoire. Il disparait à la révolution française, reparait vers 1885, puis sera acheté vers 1925 par Van Cleef & Arpels et appartiendrait toujours à leur collection patrimoniale.

Ainsi se termine cette histoire des légendes de l’émeraude 

Je suis Anne Desmarest de Jotemps et je donne une voix aux bijoux. Chaque dimanche j’émets en alternance sur un podcast différent. Et justement la semaine prochaine je vous donne RDV sur Brillante le podcast des femmes de la joaillerie pour écouter Sonia Esther Soltani, la rédactrice en chef du Rappaport en Israël. Le dimanche suivant ce sera notre RDV avec le podcast « Il était une fois le bijou », dans cette 4e saison consacrée aux joailliers du rap, ce 2e épisode est un peu spécial car il aborde le côté dark de ce monde.

Pour ne manquez aucun de nos rendez-vous du dimanche autour du bijou, abonnez à chacun de ces 3 podcasts « Il était une fois le bijou », « le bijou comme un bisou » et « Brillante » sur votre plate-forme d’écoute préférée et encouragez-moi en partageant l’épisode sur vos réseaux sociaux.

Si vous êtes sur Apple podcast ou sur You tube mettez de jolis commentaires, c’est ce qui permet de référencer les podcasts ! 

Et si vous aussi, vous avez envie de donner une voix à vos bijoux contactez moi, je me ferai un plaisir de vous accompagner pour créer votre histoire joaillière en podcast.

A dimanche pour votre prochaine histoire de bijou !

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Instagram

LinkedIn

Musique : Allan Deschamp, 0 le Sign, Kevin MacLeod : Crossing the divide, Virtutes Instrumenti, Odessy Cambodgienne

Description

  Parce que chaque semaine qui commence est un nouveau départ, j’avais envie de vous lire une histoire. Alors je vous propose le bijou comme un bisou du dimanche soir.

Il était une fois les légendes de l’émeraude

Le vert est ambigüe c’est la couleur du dollar et des fous mais c’est aussi depuis la Rome antique la couleur de Vénus et à ce titre celle de la beauté et de l’amour. Aussi est-ce cette image que je vais retenir. Surtout que le vert des émeraudes est très particulier c’est un mélange de vert pur avec des traces de bleu qui donne une profondeur et une densité très particulière et qui a, de plus, la propriété de conserver sa vigueur, quelque soit ses nuances y compris sous la lumière électrique.

L’émeraude est traditionnellement associée au mois de mai et aux natifs du signe des gémeaux.

Nous sommes bien au mois de mai et pour être tout à fait honnête avec vous, c’est à la fois mon mois de naissance et mon signe du zodiaque. J’ai donc une affection toute particulière pour cette pierre précieuse. Et d’ailleurs si vous souhaitez me couvrir d’émeraudes pour mon anniversaire le 31 mai, que ce soit en gemme, en bijou, en photo ou en message, surtout n’hésitez pas !

Et pour compléter ce chapitre de l’anniversaire, si vous fêter la 20e ou la 40e année de votre mariage, c’est aussi la pierre précieuse dédiée.

D’après le Littré, le nom de l’émeraude provient du sanskrit « açmagarbha » qui veut dire « cœur de pierre ». Et ce cœur de pierre s’énonce « smaragdus » en latin pour désigner cette pierre précieuse à l’aura unique.

Je vous emmène dans le temps et bien sûr comme presque toujours en Egypte antique. Près de la mer rouge les mines de Djebel Zabarah produisaient des émeraudes. On les a longtemps appelé mines de Cléopâtre car on sait qu’elle adorait cette gemme qu’elle portait en bijoux, faisait graver et offrait à ses dignitaires. Il faut dire que l’émeraude était associée à l’immortalité. Ces mines seront retrouvées en 1816 par l’explorateur français Frédéric Cailliaud, mais elles sont aujourd’hui épuisées. Les émeraudes servent aussi  de monnaie d’échange au IIe millénaire avant Jésus-Christ à Babylone.

Quand la tradition de l’Egypte antique se fond dans la culture grecque, Thot, le dieu de l’écriture et le scribe des dieux au savoir illimité, devient Hermès Trismégiste. Il aurait écrit 42 livres de philosophie comme de médecine. Cet ensemble de textes s’appelle Hermetica lequel comprend le célèbre « Corpus Hermeticum » et surtout « La Table d’émeraude » censée renfermer le secret de la création des êtres. Les Alchimistes et les Hermétiques du Moyen Age s’appuieront sur ces textes et dédieront l’émeraude à Hermès en la nommant « Rose de mai ». L’émeraude devient ainsi le symbole de l’Alchimie.

Chez les Phéniciens, l’émeraude est la pierre d’Astarté et permet de garder les amants fidèles.

Dans son Histoire Naturelle, Pline l’Ancien donne une hiérarchie des matériaux précieux. En premier il place le diamant, en second les perles et le 3e rang revient à l’émeraude. Il écrit : « Il n'est point de couleur plus agréable à l'œil ; car, bien que la vue se fixe avidement sur le vert des herbes et du feuillage, on goûte infiniment plus de plaisir à contempler des émeraudes, aucune nuance verte n'étant verte si on la compare à cette pierre ». Il promet que l’on « se récrée la vue en la portant sur une émeraude ». Il affirme que les émeraudes plates « renvoient les images à la façon des miroirs » pour preuve «  L'empereur Néron regardait avec une émeraude les combats des gladiateurs ».

Bon, il définit aussi 12 sortes d’émeraudes et il « raconte que dans l'île de Chypre, sur le tombeau d'un petit roi nommé Hernias, auprès des pêcheries, était un lion de marbre avec des yeux en émeraude. L'éclat qui en sortait pénétrait si avant dans la mer, que les thons épouvantés s'enfuyaient. Les pêcheurs s'étonnèrent longtemps de cette fuite nouvelle du poisson; à la fin ils mirent au lion d'autres yeux. »

Il rapporte également que dans « les livres égyptiens se raconte qu'un roi de Babylone envoya au roi d'Égypte, en présent, une émeraude longue de quatre coudées, et large de trois. Le même auteur dit qu'en Égypte, dans un temple de Jupiter, était un obélisque fait de quatre émeraudes, lequel avait quarante coudées de hauteur, et de largeur quatre coudées à une extrémité et deux de l'autre; et qu'au moment où il écrit il y a à Tyr, dans le temple d'Hercule, une grosse colonne d'une seule émeraude, Par ailleurs, Apion, surnommé Plistonicès, rapporte qu'il y avait, encore de son temps, dans le labyrinthe d'Égypte, un Sérapis colossal fait d'une émeraude haute de neuf coudées. »

On comprend donc que l’émeraude fascine depuis très longtemps et avait la réputation d’immenses propriétés à la fois spirituelles et même médicales. Alors il n’est pas étonnant que Jules césar les ait collectionnées pour leurs vertus curatives.

Plus tard, la légende dira que l'émeraude était l'une des quatre pierres précieuses données par Dieu au roi Salomon. Ces quatre pierres auraient doté le roi de pouvoirs sur toute la création.

Encore quelque années et l’émeraude devient la pierre de Satan. Elle se serait détachée du front de l'Archange déchu Lucifer au moment de sa chute sur Terre. Et bizarrement, pour la chrétienté, l’émeraude devient par la suite la pierre du Pape. 

Au Moyen Age à la fin du XIIIe, Jacques de Voragine affirme dans sa Chronique de Gênes que lors de la Cène, Jésus et ses disciples mangèrent dans un plat d'or et d'émeraude. Puis les légendes arthuriennes rapportent que Nicodème l’un des premiers disciples de Jésus, aurait recueilli lors de sa crucifixion, le sang du Christ dans un vase d’émeraude appelé Sangraal. A partir de là, le Graal est réputé être taillé dans une extraordinaire émeraude que seuls les Chevaliers de la Table Ronde au cœur particulièrement pur pouvaient apercevoir. Ce qui de façon surprenante rejoint la légende celte du chaudron de Dagda. 

Pour faire bonne mesure, Hildegarde de Bingen, aurait déclaré : « Tout le vert de la nature est concentré dans l’émeraude. » qui s’associe à l’espoir, au renouveau et à l’amour.

Outre-mer l’émeraude obtient la même fascination. Dans une légende indienne Sesha, le roi des serpents, avala la bile du démon Vala. Quand il fut attaqué par Garura, le roi des oiseaux, il la recracha sur lui, les gouttes qui tombèrent sur le sol créèrent les émeraudes. 

L’émeraude honore aussi Annapurna, la déesse hindoue de la nourriture, des cuisines et des cuisiniers

A Bangkok, l'icône la plus sacrée de Thaïlande s'appelle le Bouddha Émeraude. En fait elle est en jade, mais on ne va pas chipoter les légendes !

Chez les Incas, l’émeraude était un signe de souveraineté, elle était offerte comme tribu par les vassaux à leur souverain qui, seul, pouvait le porter.

Chez les Aztèques aussi l’émeraude était célébrée, ils l’appelaient "Quetzalizli", comme l'oiseau de paradis qui symbolise le renouveau des saisons, la fertilité de la terre et la vie. Le souverain Moctezuma offrit en 1519 à Cortès un énorme bloc de calcaire couvert de cristaux d’émeraudes qui devient plus tard la propriété de Charles Quint. Celui-ci en aurait distribué quelques-unes pour rallier de puissants personnages à sa cause.

Dans ce XVIe siècle, les conquistadors espagnols trouvent en Colombie, les gisements de Chivors en 1545 et de Muzo en 1594. A partir de là, cette pierre précieuse est rapportée en Europe où toutes les cours vont bientôt enchâsser ces gemmes dans de splendides joyaux.

À la fin du XVIIe siècle, on découvre l’émeraude du grand Moghol, une gemme de 217,80 carats, gravées d’inscriptions religieuses. Bien avant que les Maharaja débarquent place Vendôme avec leur coffre rempli de pierres précieuses et leurs inimitables émeraudes. Les déversant à pleine mains sous les yeux médusés des joailliers qu’ils chargeront de remonter en bijoux somptueux comme vous avez peut être pu le voir notamment dans l’exposition « des Grands Mogols au Maharaja » de la collection Al Thani. Mais si leurs joyaux sont légendaires, leurs émeraudes sont parfaitement véritables !

Ce qui me fascine aussi dans l’émeraude ce sont ses mystères. La constitution même de l’émeraude présente souvent des inclusions, qui attestent de son origine. Pour toutes autres pierres ce serait un défaut pour l’émeraude on les appelle poétiquement des « jardins ». Cette perfection des imperfections la rend d’autant plus chère à mon cœur.

L’émeraude a aussi sa propre taille. La taille émeraude vient de la taille « en table » apparue vers 1400. On y a ajoutée une culasse, quelques facettes et puis les fameux coins biseautés dont l’objectif était de diminuer les risques d’ébrèchement car la gemme est fragile ! Cette taille s’est standardisée vers 1900.

Il y a bien sûr des émeraudes célèbres comme celle qui ornait la couronne de Saint Louis et qui est maintenant au Muséum National d’Histoire Naturelle. Mais je vais plutôt vous raconter la charmante histoire du Collier de la liberté.

Une comtesse polonaise avait de doux sentiments pour un galant homme polonais, bien connu de la cour de Louis XVI surtout pour son succès auprès des femmes. Il se rend à Philadelphie, malheureusement au moment où la ville est prise d’assaut. Car évidemment les Etats unis sont en pleine guerre d’indépendance. Très inquiète, la jolie comtesse va donc trouver à Paris, l’ambassadeur des Etats Unis, Benjamin Franklin qui, en gentilhomme, la rassure sur le sort du monsieur de son cœur. Très reconnaissance, la comtesse retire son splendide collier et le donne à Benjamin Franklin en lui disant : « Il y a treize émeraudes carrées et treize émeraudes en poire, une pour chacune des treize colonies. Je vous en supplie, acceptez ces bijoux au nom de la Liberté. ».

Ce collier s’appellera donc par la suite « le collier de la liberté », sa vente aurait permis d’acheter l’artillerie qui aurait changé le cours de l’histoire. Il disparait à la révolution française, reparait vers 1885, puis sera acheté vers 1925 par Van Cleef & Arpels et appartiendrait toujours à leur collection patrimoniale.

Ainsi se termine cette histoire des légendes de l’émeraude 

Je suis Anne Desmarest de Jotemps et je donne une voix aux bijoux. Chaque dimanche j’émets en alternance sur un podcast différent. Et justement la semaine prochaine je vous donne RDV sur Brillante le podcast des femmes de la joaillerie pour écouter Sonia Esther Soltani, la rédactrice en chef du Rappaport en Israël. Le dimanche suivant ce sera notre RDV avec le podcast « Il était une fois le bijou », dans cette 4e saison consacrée aux joailliers du rap, ce 2e épisode est un peu spécial car il aborde le côté dark de ce monde.

Pour ne manquez aucun de nos rendez-vous du dimanche autour du bijou, abonnez à chacun de ces 3 podcasts « Il était une fois le bijou », « le bijou comme un bisou » et « Brillante » sur votre plate-forme d’écoute préférée et encouragez-moi en partageant l’épisode sur vos réseaux sociaux.

Si vous êtes sur Apple podcast ou sur You tube mettez de jolis commentaires, c’est ce qui permet de référencer les podcasts ! 

Et si vous aussi, vous avez envie de donner une voix à vos bijoux contactez moi, je me ferai un plaisir de vous accompagner pour créer votre histoire joaillière en podcast.

A dimanche pour votre prochaine histoire de bijou !

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Musique : Allan Deschamp, 0 le Sign, Kevin MacLeod : Crossing the divide, Virtutes Instrumenti, Odessy Cambodgienne

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  Parce que chaque semaine qui commence est un nouveau départ, j’avais envie de vous lire une histoire. Alors je vous propose le bijou comme un bisou du dimanche soir.

Il était une fois les légendes de l’émeraude

Le vert est ambigüe c’est la couleur du dollar et des fous mais c’est aussi depuis la Rome antique la couleur de Vénus et à ce titre celle de la beauté et de l’amour. Aussi est-ce cette image que je vais retenir. Surtout que le vert des émeraudes est très particulier c’est un mélange de vert pur avec des traces de bleu qui donne une profondeur et une densité très particulière et qui a, de plus, la propriété de conserver sa vigueur, quelque soit ses nuances y compris sous la lumière électrique.

L’émeraude est traditionnellement associée au mois de mai et aux natifs du signe des gémeaux.

Nous sommes bien au mois de mai et pour être tout à fait honnête avec vous, c’est à la fois mon mois de naissance et mon signe du zodiaque. J’ai donc une affection toute particulière pour cette pierre précieuse. Et d’ailleurs si vous souhaitez me couvrir d’émeraudes pour mon anniversaire le 31 mai, que ce soit en gemme, en bijou, en photo ou en message, surtout n’hésitez pas !

Et pour compléter ce chapitre de l’anniversaire, si vous fêter la 20e ou la 40e année de votre mariage, c’est aussi la pierre précieuse dédiée.

D’après le Littré, le nom de l’émeraude provient du sanskrit « açmagarbha » qui veut dire « cœur de pierre ». Et ce cœur de pierre s’énonce « smaragdus » en latin pour désigner cette pierre précieuse à l’aura unique.

Je vous emmène dans le temps et bien sûr comme presque toujours en Egypte antique. Près de la mer rouge les mines de Djebel Zabarah produisaient des émeraudes. On les a longtemps appelé mines de Cléopâtre car on sait qu’elle adorait cette gemme qu’elle portait en bijoux, faisait graver et offrait à ses dignitaires. Il faut dire que l’émeraude était associée à l’immortalité. Ces mines seront retrouvées en 1816 par l’explorateur français Frédéric Cailliaud, mais elles sont aujourd’hui épuisées. Les émeraudes servent aussi  de monnaie d’échange au IIe millénaire avant Jésus-Christ à Babylone.

Quand la tradition de l’Egypte antique se fond dans la culture grecque, Thot, le dieu de l’écriture et le scribe des dieux au savoir illimité, devient Hermès Trismégiste. Il aurait écrit 42 livres de philosophie comme de médecine. Cet ensemble de textes s’appelle Hermetica lequel comprend le célèbre « Corpus Hermeticum » et surtout « La Table d’émeraude » censée renfermer le secret de la création des êtres. Les Alchimistes et les Hermétiques du Moyen Age s’appuieront sur ces textes et dédieront l’émeraude à Hermès en la nommant « Rose de mai ». L’émeraude devient ainsi le symbole de l’Alchimie.

Chez les Phéniciens, l’émeraude est la pierre d’Astarté et permet de garder les amants fidèles.

Dans son Histoire Naturelle, Pline l’Ancien donne une hiérarchie des matériaux précieux. En premier il place le diamant, en second les perles et le 3e rang revient à l’émeraude. Il écrit : « Il n'est point de couleur plus agréable à l'œil ; car, bien que la vue se fixe avidement sur le vert des herbes et du feuillage, on goûte infiniment plus de plaisir à contempler des émeraudes, aucune nuance verte n'étant verte si on la compare à cette pierre ». Il promet que l’on « se récrée la vue en la portant sur une émeraude ». Il affirme que les émeraudes plates « renvoient les images à la façon des miroirs » pour preuve «  L'empereur Néron regardait avec une émeraude les combats des gladiateurs ».

Bon, il définit aussi 12 sortes d’émeraudes et il « raconte que dans l'île de Chypre, sur le tombeau d'un petit roi nommé Hernias, auprès des pêcheries, était un lion de marbre avec des yeux en émeraude. L'éclat qui en sortait pénétrait si avant dans la mer, que les thons épouvantés s'enfuyaient. Les pêcheurs s'étonnèrent longtemps de cette fuite nouvelle du poisson; à la fin ils mirent au lion d'autres yeux. »

Il rapporte également que dans « les livres égyptiens se raconte qu'un roi de Babylone envoya au roi d'Égypte, en présent, une émeraude longue de quatre coudées, et large de trois. Le même auteur dit qu'en Égypte, dans un temple de Jupiter, était un obélisque fait de quatre émeraudes, lequel avait quarante coudées de hauteur, et de largeur quatre coudées à une extrémité et deux de l'autre; et qu'au moment où il écrit il y a à Tyr, dans le temple d'Hercule, une grosse colonne d'une seule émeraude, Par ailleurs, Apion, surnommé Plistonicès, rapporte qu'il y avait, encore de son temps, dans le labyrinthe d'Égypte, un Sérapis colossal fait d'une émeraude haute de neuf coudées. »

On comprend donc que l’émeraude fascine depuis très longtemps et avait la réputation d’immenses propriétés à la fois spirituelles et même médicales. Alors il n’est pas étonnant que Jules césar les ait collectionnées pour leurs vertus curatives.

Plus tard, la légende dira que l'émeraude était l'une des quatre pierres précieuses données par Dieu au roi Salomon. Ces quatre pierres auraient doté le roi de pouvoirs sur toute la création.

Encore quelque années et l’émeraude devient la pierre de Satan. Elle se serait détachée du front de l'Archange déchu Lucifer au moment de sa chute sur Terre. Et bizarrement, pour la chrétienté, l’émeraude devient par la suite la pierre du Pape. 

Au Moyen Age à la fin du XIIIe, Jacques de Voragine affirme dans sa Chronique de Gênes que lors de la Cène, Jésus et ses disciples mangèrent dans un plat d'or et d'émeraude. Puis les légendes arthuriennes rapportent que Nicodème l’un des premiers disciples de Jésus, aurait recueilli lors de sa crucifixion, le sang du Christ dans un vase d’émeraude appelé Sangraal. A partir de là, le Graal est réputé être taillé dans une extraordinaire émeraude que seuls les Chevaliers de la Table Ronde au cœur particulièrement pur pouvaient apercevoir. Ce qui de façon surprenante rejoint la légende celte du chaudron de Dagda. 

Pour faire bonne mesure, Hildegarde de Bingen, aurait déclaré : « Tout le vert de la nature est concentré dans l’émeraude. » qui s’associe à l’espoir, au renouveau et à l’amour.

Outre-mer l’émeraude obtient la même fascination. Dans une légende indienne Sesha, le roi des serpents, avala la bile du démon Vala. Quand il fut attaqué par Garura, le roi des oiseaux, il la recracha sur lui, les gouttes qui tombèrent sur le sol créèrent les émeraudes. 

L’émeraude honore aussi Annapurna, la déesse hindoue de la nourriture, des cuisines et des cuisiniers

A Bangkok, l'icône la plus sacrée de Thaïlande s'appelle le Bouddha Émeraude. En fait elle est en jade, mais on ne va pas chipoter les légendes !

Chez les Incas, l’émeraude était un signe de souveraineté, elle était offerte comme tribu par les vassaux à leur souverain qui, seul, pouvait le porter.

Chez les Aztèques aussi l’émeraude était célébrée, ils l’appelaient "Quetzalizli", comme l'oiseau de paradis qui symbolise le renouveau des saisons, la fertilité de la terre et la vie. Le souverain Moctezuma offrit en 1519 à Cortès un énorme bloc de calcaire couvert de cristaux d’émeraudes qui devient plus tard la propriété de Charles Quint. Celui-ci en aurait distribué quelques-unes pour rallier de puissants personnages à sa cause.

Dans ce XVIe siècle, les conquistadors espagnols trouvent en Colombie, les gisements de Chivors en 1545 et de Muzo en 1594. A partir de là, cette pierre précieuse est rapportée en Europe où toutes les cours vont bientôt enchâsser ces gemmes dans de splendides joyaux.

À la fin du XVIIe siècle, on découvre l’émeraude du grand Moghol, une gemme de 217,80 carats, gravées d’inscriptions religieuses. Bien avant que les Maharaja débarquent place Vendôme avec leur coffre rempli de pierres précieuses et leurs inimitables émeraudes. Les déversant à pleine mains sous les yeux médusés des joailliers qu’ils chargeront de remonter en bijoux somptueux comme vous avez peut être pu le voir notamment dans l’exposition « des Grands Mogols au Maharaja » de la collection Al Thani. Mais si leurs joyaux sont légendaires, leurs émeraudes sont parfaitement véritables !

Ce qui me fascine aussi dans l’émeraude ce sont ses mystères. La constitution même de l’émeraude présente souvent des inclusions, qui attestent de son origine. Pour toutes autres pierres ce serait un défaut pour l’émeraude on les appelle poétiquement des « jardins ». Cette perfection des imperfections la rend d’autant plus chère à mon cœur.

L’émeraude a aussi sa propre taille. La taille émeraude vient de la taille « en table » apparue vers 1400. On y a ajoutée une culasse, quelques facettes et puis les fameux coins biseautés dont l’objectif était de diminuer les risques d’ébrèchement car la gemme est fragile ! Cette taille s’est standardisée vers 1900.

Il y a bien sûr des émeraudes célèbres comme celle qui ornait la couronne de Saint Louis et qui est maintenant au Muséum National d’Histoire Naturelle. Mais je vais plutôt vous raconter la charmante histoire du Collier de la liberté.

Une comtesse polonaise avait de doux sentiments pour un galant homme polonais, bien connu de la cour de Louis XVI surtout pour son succès auprès des femmes. Il se rend à Philadelphie, malheureusement au moment où la ville est prise d’assaut. Car évidemment les Etats unis sont en pleine guerre d’indépendance. Très inquiète, la jolie comtesse va donc trouver à Paris, l’ambassadeur des Etats Unis, Benjamin Franklin qui, en gentilhomme, la rassure sur le sort du monsieur de son cœur. Très reconnaissance, la comtesse retire son splendide collier et le donne à Benjamin Franklin en lui disant : « Il y a treize émeraudes carrées et treize émeraudes en poire, une pour chacune des treize colonies. Je vous en supplie, acceptez ces bijoux au nom de la Liberté. ».

Ce collier s’appellera donc par la suite « le collier de la liberté », sa vente aurait permis d’acheter l’artillerie qui aurait changé le cours de l’histoire. Il disparait à la révolution française, reparait vers 1885, puis sera acheté vers 1925 par Van Cleef & Arpels et appartiendrait toujours à leur collection patrimoniale.

Ainsi se termine cette histoire des légendes de l’émeraude 

Je suis Anne Desmarest de Jotemps et je donne une voix aux bijoux. Chaque dimanche j’émets en alternance sur un podcast différent. Et justement la semaine prochaine je vous donne RDV sur Brillante le podcast des femmes de la joaillerie pour écouter Sonia Esther Soltani, la rédactrice en chef du Rappaport en Israël. Le dimanche suivant ce sera notre RDV avec le podcast « Il était une fois le bijou », dans cette 4e saison consacrée aux joailliers du rap, ce 2e épisode est un peu spécial car il aborde le côté dark de ce monde.

Pour ne manquez aucun de nos rendez-vous du dimanche autour du bijou, abonnez à chacun de ces 3 podcasts « Il était une fois le bijou », « le bijou comme un bisou » et « Brillante » sur votre plate-forme d’écoute préférée et encouragez-moi en partageant l’épisode sur vos réseaux sociaux.

Si vous êtes sur Apple podcast ou sur You tube mettez de jolis commentaires, c’est ce qui permet de référencer les podcasts ! 

Et si vous aussi, vous avez envie de donner une voix à vos bijoux contactez moi, je me ferai un plaisir de vous accompagner pour créer votre histoire joaillière en podcast.

A dimanche pour votre prochaine histoire de bijou !

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Musique : Allan Deschamp, 0 le Sign, Kevin MacLeod : Crossing the divide, Virtutes Instrumenti, Odessy Cambodgienne

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  Parce que chaque semaine qui commence est un nouveau départ, j’avais envie de vous lire une histoire. Alors je vous propose le bijou comme un bisou du dimanche soir.

Il était une fois les légendes de l’émeraude

Le vert est ambigüe c’est la couleur du dollar et des fous mais c’est aussi depuis la Rome antique la couleur de Vénus et à ce titre celle de la beauté et de l’amour. Aussi est-ce cette image que je vais retenir. Surtout que le vert des émeraudes est très particulier c’est un mélange de vert pur avec des traces de bleu qui donne une profondeur et une densité très particulière et qui a, de plus, la propriété de conserver sa vigueur, quelque soit ses nuances y compris sous la lumière électrique.

L’émeraude est traditionnellement associée au mois de mai et aux natifs du signe des gémeaux.

Nous sommes bien au mois de mai et pour être tout à fait honnête avec vous, c’est à la fois mon mois de naissance et mon signe du zodiaque. J’ai donc une affection toute particulière pour cette pierre précieuse. Et d’ailleurs si vous souhaitez me couvrir d’émeraudes pour mon anniversaire le 31 mai, que ce soit en gemme, en bijou, en photo ou en message, surtout n’hésitez pas !

Et pour compléter ce chapitre de l’anniversaire, si vous fêter la 20e ou la 40e année de votre mariage, c’est aussi la pierre précieuse dédiée.

D’après le Littré, le nom de l’émeraude provient du sanskrit « açmagarbha » qui veut dire « cœur de pierre ». Et ce cœur de pierre s’énonce « smaragdus » en latin pour désigner cette pierre précieuse à l’aura unique.

Je vous emmène dans le temps et bien sûr comme presque toujours en Egypte antique. Près de la mer rouge les mines de Djebel Zabarah produisaient des émeraudes. On les a longtemps appelé mines de Cléopâtre car on sait qu’elle adorait cette gemme qu’elle portait en bijoux, faisait graver et offrait à ses dignitaires. Il faut dire que l’émeraude était associée à l’immortalité. Ces mines seront retrouvées en 1816 par l’explorateur français Frédéric Cailliaud, mais elles sont aujourd’hui épuisées. Les émeraudes servent aussi  de monnaie d’échange au IIe millénaire avant Jésus-Christ à Babylone.

Quand la tradition de l’Egypte antique se fond dans la culture grecque, Thot, le dieu de l’écriture et le scribe des dieux au savoir illimité, devient Hermès Trismégiste. Il aurait écrit 42 livres de philosophie comme de médecine. Cet ensemble de textes s’appelle Hermetica lequel comprend le célèbre « Corpus Hermeticum » et surtout « La Table d’émeraude » censée renfermer le secret de la création des êtres. Les Alchimistes et les Hermétiques du Moyen Age s’appuieront sur ces textes et dédieront l’émeraude à Hermès en la nommant « Rose de mai ». L’émeraude devient ainsi le symbole de l’Alchimie.

Chez les Phéniciens, l’émeraude est la pierre d’Astarté et permet de garder les amants fidèles.

Dans son Histoire Naturelle, Pline l’Ancien donne une hiérarchie des matériaux précieux. En premier il place le diamant, en second les perles et le 3e rang revient à l’émeraude. Il écrit : « Il n'est point de couleur plus agréable à l'œil ; car, bien que la vue se fixe avidement sur le vert des herbes et du feuillage, on goûte infiniment plus de plaisir à contempler des émeraudes, aucune nuance verte n'étant verte si on la compare à cette pierre ». Il promet que l’on « se récrée la vue en la portant sur une émeraude ». Il affirme que les émeraudes plates « renvoient les images à la façon des miroirs » pour preuve «  L'empereur Néron regardait avec une émeraude les combats des gladiateurs ».

Bon, il définit aussi 12 sortes d’émeraudes et il « raconte que dans l'île de Chypre, sur le tombeau d'un petit roi nommé Hernias, auprès des pêcheries, était un lion de marbre avec des yeux en émeraude. L'éclat qui en sortait pénétrait si avant dans la mer, que les thons épouvantés s'enfuyaient. Les pêcheurs s'étonnèrent longtemps de cette fuite nouvelle du poisson; à la fin ils mirent au lion d'autres yeux. »

Il rapporte également que dans « les livres égyptiens se raconte qu'un roi de Babylone envoya au roi d'Égypte, en présent, une émeraude longue de quatre coudées, et large de trois. Le même auteur dit qu'en Égypte, dans un temple de Jupiter, était un obélisque fait de quatre émeraudes, lequel avait quarante coudées de hauteur, et de largeur quatre coudées à une extrémité et deux de l'autre; et qu'au moment où il écrit il y a à Tyr, dans le temple d'Hercule, une grosse colonne d'une seule émeraude, Par ailleurs, Apion, surnommé Plistonicès, rapporte qu'il y avait, encore de son temps, dans le labyrinthe d'Égypte, un Sérapis colossal fait d'une émeraude haute de neuf coudées. »

On comprend donc que l’émeraude fascine depuis très longtemps et avait la réputation d’immenses propriétés à la fois spirituelles et même médicales. Alors il n’est pas étonnant que Jules césar les ait collectionnées pour leurs vertus curatives.

Plus tard, la légende dira que l'émeraude était l'une des quatre pierres précieuses données par Dieu au roi Salomon. Ces quatre pierres auraient doté le roi de pouvoirs sur toute la création.

Encore quelque années et l’émeraude devient la pierre de Satan. Elle se serait détachée du front de l'Archange déchu Lucifer au moment de sa chute sur Terre. Et bizarrement, pour la chrétienté, l’émeraude devient par la suite la pierre du Pape. 

Au Moyen Age à la fin du XIIIe, Jacques de Voragine affirme dans sa Chronique de Gênes que lors de la Cène, Jésus et ses disciples mangèrent dans un plat d'or et d'émeraude. Puis les légendes arthuriennes rapportent que Nicodème l’un des premiers disciples de Jésus, aurait recueilli lors de sa crucifixion, le sang du Christ dans un vase d’émeraude appelé Sangraal. A partir de là, le Graal est réputé être taillé dans une extraordinaire émeraude que seuls les Chevaliers de la Table Ronde au cœur particulièrement pur pouvaient apercevoir. Ce qui de façon surprenante rejoint la légende celte du chaudron de Dagda. 

Pour faire bonne mesure, Hildegarde de Bingen, aurait déclaré : « Tout le vert de la nature est concentré dans l’émeraude. » qui s’associe à l’espoir, au renouveau et à l’amour.

Outre-mer l’émeraude obtient la même fascination. Dans une légende indienne Sesha, le roi des serpents, avala la bile du démon Vala. Quand il fut attaqué par Garura, le roi des oiseaux, il la recracha sur lui, les gouttes qui tombèrent sur le sol créèrent les émeraudes. 

L’émeraude honore aussi Annapurna, la déesse hindoue de la nourriture, des cuisines et des cuisiniers

A Bangkok, l'icône la plus sacrée de Thaïlande s'appelle le Bouddha Émeraude. En fait elle est en jade, mais on ne va pas chipoter les légendes !

Chez les Incas, l’émeraude était un signe de souveraineté, elle était offerte comme tribu par les vassaux à leur souverain qui, seul, pouvait le porter.

Chez les Aztèques aussi l’émeraude était célébrée, ils l’appelaient "Quetzalizli", comme l'oiseau de paradis qui symbolise le renouveau des saisons, la fertilité de la terre et la vie. Le souverain Moctezuma offrit en 1519 à Cortès un énorme bloc de calcaire couvert de cristaux d’émeraudes qui devient plus tard la propriété de Charles Quint. Celui-ci en aurait distribué quelques-unes pour rallier de puissants personnages à sa cause.

Dans ce XVIe siècle, les conquistadors espagnols trouvent en Colombie, les gisements de Chivors en 1545 et de Muzo en 1594. A partir de là, cette pierre précieuse est rapportée en Europe où toutes les cours vont bientôt enchâsser ces gemmes dans de splendides joyaux.

À la fin du XVIIe siècle, on découvre l’émeraude du grand Moghol, une gemme de 217,80 carats, gravées d’inscriptions religieuses. Bien avant que les Maharaja débarquent place Vendôme avec leur coffre rempli de pierres précieuses et leurs inimitables émeraudes. Les déversant à pleine mains sous les yeux médusés des joailliers qu’ils chargeront de remonter en bijoux somptueux comme vous avez peut être pu le voir notamment dans l’exposition « des Grands Mogols au Maharaja » de la collection Al Thani. Mais si leurs joyaux sont légendaires, leurs émeraudes sont parfaitement véritables !

Ce qui me fascine aussi dans l’émeraude ce sont ses mystères. La constitution même de l’émeraude présente souvent des inclusions, qui attestent de son origine. Pour toutes autres pierres ce serait un défaut pour l’émeraude on les appelle poétiquement des « jardins ». Cette perfection des imperfections la rend d’autant plus chère à mon cœur.

L’émeraude a aussi sa propre taille. La taille émeraude vient de la taille « en table » apparue vers 1400. On y a ajoutée une culasse, quelques facettes et puis les fameux coins biseautés dont l’objectif était de diminuer les risques d’ébrèchement car la gemme est fragile ! Cette taille s’est standardisée vers 1900.

Il y a bien sûr des émeraudes célèbres comme celle qui ornait la couronne de Saint Louis et qui est maintenant au Muséum National d’Histoire Naturelle. Mais je vais plutôt vous raconter la charmante histoire du Collier de la liberté.

Une comtesse polonaise avait de doux sentiments pour un galant homme polonais, bien connu de la cour de Louis XVI surtout pour son succès auprès des femmes. Il se rend à Philadelphie, malheureusement au moment où la ville est prise d’assaut. Car évidemment les Etats unis sont en pleine guerre d’indépendance. Très inquiète, la jolie comtesse va donc trouver à Paris, l’ambassadeur des Etats Unis, Benjamin Franklin qui, en gentilhomme, la rassure sur le sort du monsieur de son cœur. Très reconnaissance, la comtesse retire son splendide collier et le donne à Benjamin Franklin en lui disant : « Il y a treize émeraudes carrées et treize émeraudes en poire, une pour chacune des treize colonies. Je vous en supplie, acceptez ces bijoux au nom de la Liberté. ».

Ce collier s’appellera donc par la suite « le collier de la liberté », sa vente aurait permis d’acheter l’artillerie qui aurait changé le cours de l’histoire. Il disparait à la révolution française, reparait vers 1885, puis sera acheté vers 1925 par Van Cleef & Arpels et appartiendrait toujours à leur collection patrimoniale.

Ainsi se termine cette histoire des légendes de l’émeraude 

Je suis Anne Desmarest de Jotemps et je donne une voix aux bijoux. Chaque dimanche j’émets en alternance sur un podcast différent. Et justement la semaine prochaine je vous donne RDV sur Brillante le podcast des femmes de la joaillerie pour écouter Sonia Esther Soltani, la rédactrice en chef du Rappaport en Israël. Le dimanche suivant ce sera notre RDV avec le podcast « Il était une fois le bijou », dans cette 4e saison consacrée aux joailliers du rap, ce 2e épisode est un peu spécial car il aborde le côté dark de ce monde.

Pour ne manquez aucun de nos rendez-vous du dimanche autour du bijou, abonnez à chacun de ces 3 podcasts « Il était une fois le bijou », « le bijou comme un bisou » et « Brillante » sur votre plate-forme d’écoute préférée et encouragez-moi en partageant l’épisode sur vos réseaux sociaux.

Si vous êtes sur Apple podcast ou sur You tube mettez de jolis commentaires, c’est ce qui permet de référencer les podcasts ! 

Et si vous aussi, vous avez envie de donner une voix à vos bijoux contactez moi, je me ferai un plaisir de vous accompagner pour créer votre histoire joaillière en podcast.

A dimanche pour votre prochaine histoire de bijou !

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