Speaker #0Épisode 12, émotions et corps dans la prise de décision. Dans le précédent, nous avons vu comment le cerveau compare des options quand l'avenir est incertain. Aujourd'hui, ajoutons un élément souvent ressenti avant d'être formulé. L'état de notre corps. Un cœur qui s'accélère ou un ventre noué peut modifier la manière dont une situation nous apparaît. La capacité à percevoir les signaux venant de l'intérieur du corps s'appelle l'intévoception. Elle concerne entre autres les battements du cœur, la respiration, la température, la faim, la nausée ou la tension viscérale. Elle diffère de la vue et de l'ouïe, qui renseignent sur le monde extérieur, et de la proprioception, qui informe sur la position et le mouvement du corps. Une grande partie de ces informations est traité sans que nous en ayons conscience. Certaines deviennent des sensations que nous pouvons remarquer. Ces signaux remontent par plusieurs voies nerveuses vers le tronc cérébral et d'autres relais, puis sont intégrés dans des réseaux cérébraux. L'insula, en particulier ses régions antérieures, participe à la représentation consciente de l'état interne. Le cortex singulaire antérieur et d'autres régions contribuent aussi à la régulation du corps et au traitement des émotions. Il ne s'agit pas d'un circuit unique qui traduirait automatiquement chaque battement de cœur en une émotion précise. Le contexte aide à donner un sens aux sensations. Imaginez que votre cœur bat vite et que vos mains sont moites. Après avoir monté des escaliers, vous attribuerez peut-être ces sensations à l'effort. Juste avant une présentation, vous pourriez les interpréter comme de l'inquiétude ou comme de l'enthousiasme. Les signaux corporels contribuent au ressenti. Mais le cerveau les met en relation avec la situation, les souvenirs et ce qui compte pour nous. Une même réaction physique ne désigne donc pas toujours la même émotion. Cette interaction a conduit à une idée influente, l'hypothèse des marqueurs somatiques. Elle propose que des changements corporels, associés à des expériences passées, puissent colorer, parfois rapidement et sans réflexion consciente, l'évaluation d'une option. Une tension ? peut ainsi accompagner l'anticipation d'un coup ou un sentiment de soulagement, l'idée d'une issue plus sûre. C'est une hypothèse de travail sur la façon dont émotions et corps peuvent peser dans les choix, pas une preuve que l'intuition corporelle indique toujours la meilleure décision. Les liens entre sensibilité interoceptive, émotion et performance dans des tâches de décision restent complexes et discutés. Il faut aussi distinguer ce que l'on ressent de la précision. avec laquelle on détecte un signal corporel. Se croire très attentif à son cœur ne garantit pas qu'on en estime correctement le rythme. Inversement, une sensation discrète peut quand même participer au traitement du cerveau. Les expériences de laboratoire mesurent souvent une dimension particulière, comme la perception des battements cardiaques, et ne résument pas à elles seules toute l'interoception. Les chercheurs soulignent qu'il reste des difficultés à mesurer ces capacités. et à établir exactement comment elles influencent les choix. L'enjeu n'est donc pas d'obéir à chaque sensation, ni de l'ignorer. Pour décider, un signal corporel peut fournir une information sur notre état, fatigue, faim, tension ou apaisement, mais il peut aussi venir d'une cause sans rapport avec l'option étudiée. Le mettre en regard des faits, de nos buts et du contexte donne une image plus complète que de le traiter comme un verdict. Le traiter comme un verdict ne nous offre pas beaucoup d'informations. Conseil concret. Avant une décision importante, prenez quelques secondes pour nommer ce que vous remarquez dans votre corps et l'émotion possible. Par exemple, j'ai les épaules tendues, je me sens peut-être inquiet. Puis, séparez cette impression des faits et demandez-vous si elle vous apprend quelque chose sur la décision ou surtout sur votre état du moment. Retenons trois idées clés. Premièrement, l'interoception nous renseigne sur l'état interne du corps, souvent sans que nous y prétions attention. Deuxièmement, des réseaux comprenant l'insula et le cortex singulaire intègrent ces signaux avec le contexte et contribuent à l'expérience émotionnelle. Troisièmement, les sensations corporelles peuvent influencer nos choix, mais elles sont des indices à interpréter, pas des réponses infaillibles. Merci de nous avoir écoutés. Dans le prochain épisode, nous passerons du ressenti de soi à la compréhension des autres, l'empathie. et la façon dont le cerveau estime les émotions et les intentions d'autrui. Abonnez-vous au podcast pour ne pas manquer les prochains épisodes.