Speaker #0Épisode 29, le système vestibulaire, l'oreille interne en mouvement. Dans le précédent, nous avons vu comment la proprioception renseigne le cerveau sur la position des membres. Mais pour savoir si la tête tourne, si le corps bascule ou si nous accélérons, le cerveau s'appuie aussi sur des capteurs de l'oreille interne, l'appareil vestibulaire. Il contribue à l'équilibre, à l'orientation et à la stabilité du regard, souvent sans que nous ayons conscience de son travail. Dans chaque oreille interne, trois canaux semi-circulaires sont disposés selon des plans différents. Ils contiennent un liquide et des cellules ciliées sensibles à ces déplacements. Quand vous commencez à tourner la tête, l'inertie fait que le liquide se déplace relativement aux parois du canal. Il déforme une structure gélatineuse qui fléchit les cils sensoriels et modifie l'activité des neurones. Les canaux répondent surtout aux accélérations de rotation. En combinant les signaux dans le temps, le cerveau estime le mouvement de la tête. Quand vous vous arrêtez après avoir tourné, le liquide continue brièvement son mouvement relatif. Le signal change, ce qui participe à la sensation de rotation résiduelle. Les canaux ne sont pas les seuls capteurs. Deux organes, appelés l'utricule et le saccule, contiennent aussi des cellules ciliées, recouvertes d'une couche gélatineuse où se trouvent de minuscules cristaux de carbonate de calcium, les otoconies. Leur inertie les fait tirer sur les cils quand la tête s'incline ou quand elle accélère en ligne droite. Ces organes signalent donc des accélérations linéaires et la direction apparente de la gravité. Mais leurs capteurs ne peuvent pas toujours à eux seuls distinguer une inclinaison de la tête d'une accélération en ligne droite. Dans les deux cas, la force exercée sur eux peut se ressembler. Le cerveau doit comparer leur message avec ceux des canaux, de la vision et des récepteurs du corps. Les neurones vestibulaires transmettent rapidement ces informations au tronc cérébral, notamment au noyau vestibulaire ainsi qu'au cervelet. De là, plusieurs circuits déclenchent des ajustements. L'un des plus faciles à observer est le réflexe vestibulo-oculaire. Tournez doucement la tête tout en fixant un objet, vos yeux se déplacent automatiquement en sens inverse pour garder l'image à peu près stable. Sans ce réflexe, chaque pas ou mouvement de tête ferait glisser davantage l'image sur la rétine. D'autres voies descendent vers la moelle épinière et contribuent à ajuster la posture, notamment les muscles du cou et du tronc. Des voies vers le thalamus, puis différentes régions corticales, participent à la perception consciente du mouvement et de l'orientation. Pourtant, garder l'équilibre n'est pas la mission d'un seul organe. Le cerveau compare les signaux vestibulaires à la vision, à la proprioception et aux informations tactiles sous les pieds. Si nous tournons la tête dans une pièce, la vision montre que le décor change sur la rétine. tandis que l'oreille interne signale notre mouvement. Ensemble, ces indices aident à comprendre que c'est nous qui bougeons et que la pièce, elle, reste immobile. Si un indice devient moins fiable, par exemple dans l'obscurité, le cerveau peut s'appuyer davantage sur les autres. Il ne s'agit pas d'un simple interrupteur. La pondération varie selon la situation et la tâche. C'est aussi pourquoi un décalage entre les sensations peut dérouter. En voiture, par exemple, lire un livre fournit peu d'indices visuels sur le déplacement. alors que l'oreille interne détecte les accélérations et les virages. Ce conflit entre informations sensorielles est une explication importante du mal des transports, même si les réponses individuelles varient. Conseil concret. Assis et dans une position stable, choisissez un petit objet immobile à regarder. Tout en gardant les yeux sur lui, tournez doucement la tête de quelques degrés à droite puis à gauche. Remarquez que le regard reste dirigé vers la cible malgré le mouvement. Faites cet essai lentement, sans forcer, et arrêtez si vous ressentez une gêne. Retenons trois idées clés. Premièrement, les canaux semi-circulaires renseignent surtout sur les rotations de la tête, tandis que l'utricule et le saccule répondent aux accélérations linéaires et à la gravité. Deuxièmement, les noyaux vestibulaires et le cervelet distribuent ces signaux à des circuits qui stabilisent le regard et contribuent à la posture. Troisièmement, L'équilibre et la perception du mouvement reposent sur l'intégration du vestibulaire, de la vision et de la proprioception. Merci de nous avoir écoutés. Dans le prochain épisode, nous verrons pourquoi un décalage entre ce que nous voyons et ce que détecte l'oreille interne peut contribuer au mal des transports. Abonnez-vous au podcast pour ne pas manquer les prochains épisodes.