- Speaker #0
Le champ des possibles podcast.
- Speaker #1
Je refuse que notre espèce à nous, dite intelligente, détruise le monde qui lui a permis de naître.
- Speaker #2
On est quand même aujourd'hui dans une société qui vise des retours sur investissement immédiat, ce qui est d'ailleurs un de nos problèmes fondamentaux.
- Speaker #3
Vraiment ce qui nous porte, notre moteur numéro un, c'est la biodiversité. C'est aussi le long terme. Donc le terrain, il est bloqué juridiquement pendant 99 ans.
- Speaker #4
Je suis fils d'agriculteur, de paysan et on m'a inculqué ça. Les agriculteurs sont les premiers bâtisseurs du paysage et de la nature. Et c'est pour ça que moi j'ai pas choisi forcément la voie de l'agriculture. J'ai choisi le monde de l'environnement. C'est deux mondes qui sont totalement liés en fait. On travaille sur le même territoire, sur les mêmes enjeux. Et il faut juste apprendre à vivre ensemble.
- Speaker #5
C'est triste à dire. Mais l'ambition presque ultime d'une entreprise comme la mienne, c'est qu'on n'ait pas besoin de moi.
- Speaker #0
Le champ des possibles épisode 1, créateur de forêt.
- Speaker #5
On plante des arbres parce qu'en fait on aime les arbres. Et on plante des arbres parce que les arbres c'est aussi une maison pour les oiseaux, pour les insectes. Donc on plante des arbres pour la nature. Pour les papillons,
- Speaker #3
il y a plein de choses qui se trouvent dans les arbres.
- Speaker #0
En novembre 2021, j'ai suivi l'entreprise Créateur de Forêt pour sa première plantation sur la commune de Plaine d'Argençon dans les Deux-Sèvres. Son créateur, Baptiste Rény et sa directrice Élise Girard me confiaient l'importance pour eux de créer des îlots de biodiversité pour aider à rétablir les équilibres écologiques perturbés par l'agriculture intensive et l'urbanisation.
- Speaker #5
Eh bien aujourd'hui, c'est l'hiver. Et on est surtout sur la plantation de notre tout premier projet, notre forêt pour la biodiversité sur Plaine d'Argençon.
- Speaker #0
Baptiste Trény, fondateur de Créateur de Forêt.
- Speaker #5
C'est notre tout premier projet qui est en train de devenir concret. Il sort de terre et aujourd'hui, pendant une semaine, c'est l'événement de plantation. On en parle depuis un an. Ça y est, c'est parti, on plante nos 1527 arbres. C'est le lycée horticole derrière moi qui plante, une classe de seconde, qui a tout organisé dans le cadre de leur chantier école. On a même profité de ce projet de plantation pour aussi contribuer à sensibiliser les gens sur l'importance de la nature et ce qu'est la biodiversité. On a invité les partenaires, les gens qui ont participé financièrement à ce projet, les particuliers, les entreprises, en tout sur ce projet, il y a 537. particuliers qui ont participé financièrement, 46 entreprises. Et là, pendant une semaine, on a quasiment 200 personnes qui viennent nous voir assister à ce projet de plantation.
- Speaker #6
Je suis en train de répondre à mes convictions de base. En fait, je me suis installé en tant que paysagiste il y a 30 ans parce que je voulais me diriger dans l'environnement. Sauf que dans l'environnement, il y a 30 ans, il n'y avait pas forcément beaucoup de métiers. Donc le seul métier qui s'y prêtait par rapport à un métier où on peut gagner sa vie dans l'environnement, c'était le paysage.
- Speaker #0
Hugo Durrier paysagiste, partenaire de Créateur de Forêt.
- Speaker #6
Qu'il ouvre la porte aux entreprises et aux particuliers, je trouvais que l'idée était intéressante. Et ça permettait, au-delà de la prise de conscience, d'avoir une action. Donc il y a une prise de conscience aujourd'hui, on sait. Mais là, c'était vraiment concrètement qu'on pouvait devenir partenaire, qu'on soit particulier ou entreprise. Donc moi, c'est ce qui m'a intéressé aussi, c'est-à-dire de pouvoir... de créer un réseau aussi, réseau d'entreprises, réseau de particuliers. Donc c'est un tout, ce projet-là c'est un tout. C'est dans le cheminement de reboiser une parcelle et aussi de pouvoir créer des réseaux et de tisser une toile tout simplement. À mon échelle, par rapport à l'entreprise, aujourd'hui je le stipule sur mes devis, je le stipule sur mes factures, que les particuliers participent indirectement aux créateurs de forêts. Et je pense que malgré tout... Aujourd'hui, il a fait intervenir aussi des écoles pour faire des plantations. Il y a les secondes du lycée horticole. Donc tout ça, en fait, c'est un mouvement complet. Et je trouve que c'est l'idée. Et en fait, il faut suivre cette dynamique. On a vu ce matin, même avec le froid et un peu la pluie, les enfants sont prêts à venir. Et eux, ce qui les motive, c'est de planter un arbre. Et ça reste encore... C'est une lueur dans l'œil d'un enfant. Planter un arbre, c'est plein de choses, c'est des souvenirs, on est tous passés par là. Je pense que ça c'est une bonne transmission et il faut continuer dans ce sens-là. Je pense qu'il faut que les écoles participent vivement à tout ça pour que ça devienne une matière disciplinaire à l'école, pourquoi pas.
- Speaker #5
On plante des arbres. Là, de tout à l'heure, j'étais en train de creuser des trous pour préparer les arbres, pour qu'on puisse les planter après.
- Speaker #0
Maxime, élève de seconde, gestion des espaces naturels au lycée Horticole de Niort.
- Speaker #5
Pour moi, ça représente du plaisir, du bonheur, parce que je sais que cette forêt va rester plutôt longtemps. C'est ça qui me tient à cœur. Je suis parti dans cette filière parce que je suis un grand passionné de chasse et de pêche, et j'adore la nature. et aussi travailler dans la nature à l'extérieur. On m'apprend à gérer des milieux, à reconnaître des espèces d'arbres, comment ça se développe, comment les arbres vivent et les animaux aussi. On va essayer de se donner au maximum pour pouvoir planter ces 1500 arbres en une semaine.
- Speaker #4
Moi j'aurais aimé avoir 15 ans, qu'on me propose un chantier de plantation, planter une forêt, quelque chose qui va durer très longtemps.
- Speaker #0
Gauthier Frick, enseignant en gestion des espaces naturels au lycée Horticole de Niort.
- Speaker #4
On a des espèces, des essences d'arbres comme du chêne et d'autres essences qui vont durer peut-être des centaines d'années. Et ça je me dis, je ne sais pas si j'essaie de leur faire prendre conscience de ça, parce que c'est quelque chose que je trouve qui est super beau de planter pour les générations à venir. Et donc voilà, c'est un petit projet. On est sur deux hectares, ce n'est pas quelque chose de très conséquent, mais pour eux, je pense, ils s'en souviendront sûrement toute leur vie. Ce sont des élèves qui sont de la région. Je me dis que si ça se trouve, dans 20 ans, ils repasseront là et se diront Ah oui, ça c'est moi qui l'ai planté Le projet en lui-même, c'est d'être complètement différent de ce qui peut se faire en gestion forestière où on a une vision très économique de la forêt. Là, la thématique principale, c'est la biodiversité. On a 33 espèces et essences d'arbres et d'arbustes. Donc l'objectif, avoir plein d'espèces, elles vont se concurrencer. Il y en a qui, peut-être, ne seront pas faites pour ce terrain-là. On espère qu'elles vont toutes prendre. Mais l'objectif, c'est d'avoir un maximum d'espèces pour justement avoir un maximum de faune. Donc d'avoir des insectes, de la microfaune dans les sols. Tout ça fait qu'on va avoir un cortège d'espèces végétales, animales, qui va être important. Et ça, c'est l'objectif. Le maître mot, c'est la biodiversité. Il y a beaucoup d'associations, d'organismes qui essayent de replanter. C'est très bien. On voit que les gens sont de plus en plus concernés. Quand on voit Baptiste qui était... Pardonnez-moi l'expression, mais un bureaucrate qui était dans un bureau et qui finalement se retrouve sur un chantier à moins 1°C, à planter avec les élèves, je me dis que c'est chouette. Et j'espère que ça fera réfléchir en tout cas les autres, surtout les gens qui sont un petit peu déconnectés de cette réalité. Il faut vraiment prendre conscience de cet environnement qui est en difficulté depuis de nombreuses années. C'est pas un cri de souffrance ni rien, mais il faut vraiment en prendre conscience de cette nature-là. Il faut la préserver et c'est important que les gens se rendent compte de ça. Je suis fils d'agriculteur, de paysan et on m'a inculqué ça. Les agriculteurs sont les premiers bâtisseurs du paysage et de la nature. C'est pour ça que moi je n'ai pas choisi forcément la voie de l'agriculture. J'ai choisi le monde de l'environnement, mais en fait c'est très lié. C'est ce que j'essaie aussi d'apprendre à mes élèves, de passer à mes élèves. Parce que c'est deux mondes qui sont totalement liés. On travaille sur le même territoire, sur les mêmes enjeux. Et il faut juste apprendre à vivre ensemble. Et c'est un équilibre. Parfois il est fragile et parfois c'est difficile de communiquer. J'espère que mes élèves, en tout cas, c'est ce que j'essaie de leur transmettre, que les agriculteurs, ce n'est pas leurs ennemis, il faut absolument travailler avec eux. Et c'est deux gros acteurs, le monde de l'environnement et les agriculteurs, qui permettront ça justement. C'est toujours essayer de leur faire prendre conscience de ces enjeux-là.
- Speaker #7
J'ai pu faire des études avant universitaires qui ne m'ont pas spécialement... comblé rémi pinet je suis étudiant bts gestion et protection de la nature donc gpn De plus en plus de jeunes cherchent à donner un sens à leurs études, à leur travail. Et ici, travailler pour et par la nature, pour promouvoir la biodiversité, c'est quelque chose qui me tient à cœur depuis longtemps. Notamment, j'étais engagé auprès du Conservatoire d'Espace Naturel. Et c'est la suite logique, en fait, quand un petit peu la passion prend le pas sur les études classiques. Mais aujourd'hui, c'est pour moi l'occasion de mettre en exercice... concrets, ce que je peux voir dans ma formation, c'est-à-dire que ma formation en gestion et protection de la nature est avant tout là pour gérer et promouvoir la biodiversité et aussi transmettre toutes ces informations à un public. Et c'est ce qu'on fait ici, entre la plantation d'arbres et le fait que nous animons des écoles, mais aussi des adultes, des publics très différents. Et il y a une belle dynamique, on voit que beaucoup de personnes différentes sont sensibles au projet. et ça réunit beaucoup les gens autour de ce projet de créateur de forêt. Je pense qu'aujourd'hui, de plus en plus de gens sont au courant que le problème ne vient pas forcément de l'information, mais beaucoup de la confrontation. Il faut un moment mettre les pieds dedans, que ce soit à l'école ou plus tard, et c'est par l'action qu'on engage des mécanismes qui vont permettre aux gens de réellement se rendre compte et d'agir à leur tour pour la biodiversité. De la plantation d'arbres, ça se fait déjà beaucoup, mais souvent par des associations, donc du bénévolat et des subventions publiques. Ici, il a choisi de prendre un chemin différent, d'actionner d'autres leviers, celui toujours de la participation des privés, mais aussi des entreprises, ce qui lui permet de ne pas dépendre de fonds publics.
- Speaker #3
Pour les particuliers, c'est ça, c'était une campagne de financement participatif via une cagnotte sur jadoptainprojet.com. Et du coup, pendant trois mois de juin à septembre, chaque personne peut mettre une contribution qu'on souhaite à la portée de tout le monde. Donc on peut participer à partir de 6 euros, qui correspond à un mètre carré. Et puis en fait, le principe d'un financement participatif, c'est que En face du financement, on a des contreparties. Donc voilà, 6 euros le mètre carré. Puis plus on finance de mètres carrés, plus on a de contreparties. Par exemple, il y a des particuliers qui étaient invités à la plantation. Donc voilà, c'était aussi un moyen de les avoir avec nous durant le chantier.
- Speaker #0
Élise Girard, directrice de créateurs de forêts, rencontrée en 2023 sur la plantation de Plaine d'Argençon.
- Speaker #3
On est une société à mission. Et on a aussi depuis l'été 2023 un agrément ESUS, on est une entreprise solidaire d'utilité sociale, c'est-à-dire qu'on fait partie du champ de l'ESS, donc ça c'est aussi un pas important qu'on a franchi cette année. Et du coup notre rôle c'est d'être promoteur de biodiversité, donc on trouve des terrains qui appartiennent à des collectivités et on va monter un projet de biodiversité, trouver toutes les parties prenantes, les partenaires. qui vont pouvoir s'impliquer dans le projet. Nous, on est chef d'orchestre, on est maître d'oeuvre du projet. Et ensuite, on va aussi chercher les financements auprès de particuliers et d'entreprises qui vont finalement parrainer des mètres carrés de biodiversité. Et on va protéger ces espaces pendant un siècle. Pendant un siècle, le terrain est dédié à la préservation de la biodiversité. On a un gros enjeu sur le fait de trouver des financements, trouver des entreprises qui s'engagent aussi sur le long terme, parce que le but, ce n'est pas juste de s'engager sur une fois. pour par exemple communiquer beaucoup sur cette action-là, mais pas après nous suivre sur la durée. Donc nous, on cherche aussi des partenaires qui puissent s'engager sur le long terme avec nous. Pour nous, c'est important d'avoir des partenaires qui sont vraiment convaincus du fait de devoir agir pour la protection de la biodiversité. On les accompagne aussi, on les sensibilise, parce qu'on n'a pas forcément tous la connaissance. Finalement, c'est souvent un manque de connaissances aussi. Donc on va aussi apporter des informations aux salariés. pour pouvoir les sensibiliser et on pense que mieux on connaît la nature, mieux on va la protéger. Donc on essaye vraiment d'apporter ça aussi, de vulgariser des informations qu'on peut avoir des associations environnementales, des suivis qui sont très précis et nous de donner, d'essayer de sortir quelques infos pour que les personnes arrêtent. Je dis souvent que les personnes, notre objectif c'est aussi qu'on arrête de dire j'ai vu un oiseau dans un arbre et qu'on puisse dire j'ai vu un chardonneret dans un cormier. Qu'on puisse un peu aussi retrouver cette connaissance des oiseaux, des arbres, des champignons. Peu importe, chacun peut trouver les espèces qui l'intéressent dans la nature. C'est tellement varié qu'il y a forcément des choses qui nous intéressent. Notre but, c'est de pouvoir agir là où il y a un intérêt, à ce que justement on puisse avoir ces interventions sur des terrains, donc toujours être précautionneux par rapport à ça. Il y a par exemple des terrains sur lesquels on est allé, où il n'y avait pas d'intérêt à ce que l'humain intervienne, il y avait déjà une très belle dynamique, et du coup on n'a pas été sur ce terrain-là, puisqu'il y avait déjà tout qui se mettait en place de soi-même. On essaie plutôt d'intervenir sur des terrains qui sont plutôt abîmés, notamment par des activités humaines, des anciennes décharges, des anciennes stations d'épuration, des coupes rases, des terrains qui sont plutôt abîmés et dont notre action va permettre d'avoir un coup de boost et de faire vraiment le démarrage d'une histoire. Et après, la nature va prendre le dessus et créer encore plus de richesses. Mais voilà, on essaie d'être là au début pour donner un coup de boost.
- Speaker #2
quand même aujourd'hui dans une société qui vise des retours sur investissement immédiats, ce qui est d'ailleurs un de nos problèmes fondamentaux. Et il est grand temps aujourd'hui justement d'imaginer, en termes de politique, de politique publique, des indicateurs de retour sur investissement à moyen voire à long terme.
- Speaker #0
Vincent Bretagnol, chercheur en écologie au Centre d'études biologiques de Chizé, directeur de recherche du projet Résilience du CNRS.
- Speaker #2
Ces visions systémiques et globales sont à mon sens les seules qui sont à même aujourd'hui de résoudre les problèmes qu'on a nous-mêmes généré. Et donc voilà, on a besoin de rassembler autour de ce type de projet l'ensemble des acteurs, autour de l'ensemble des problèmes. Et j'allais dire l'ensemble des solutions, non, parce qu'en fait c'est ça peut-être qui est le plus intéressant dans cette affaire, c'est que la solution elle est unique. face à une multiplicité de problèmes, à une multiplicité d'enjeux, les solutions de type solutions fondées sur la nature, solutions fondées sur la biodiversité, visiblement, sont à même de résoudre l'ensemble de ces crises de manière simultanée. En tout cas, c'est notre hypothèse de recherche actuelle, et c'est ce qui nous permet d'aborder des sujets aussi diversifiés que l'agriculture, c'est-à-dire la production, l'alimentation, la santé, l'eau, la nature, le territoire. autour d'un enjeu fédérateur qui est celui des solutions fondées sur la nature et des écosystèmes. Alors il y a un besoin de mettre tous les acteurs du territoire autour de la table, les mettre tous d'accord, ce n'est pas forcément très possible, mais par contre les mettre autour de la table en vue de rechercher et de mettre en œuvre une solution satisfaisante pour tous, ça c'est le vrai enjeu et le vrai défi d'aujourd'hui. Le greenwashing, c'est une vraie problématique. Elle est très associée, cette problématique, à l'enjeu climatique et à l'enjeu carbone, parce que le carbone, c'est quelque chose qui se comptabilise facilement et qui se paye facilement. Et il y a même de nombreux économistes qui ont planché sur cette question et qui ont proposé des outils financiers autour du carbone. Et du coup, ça a ouvert la porte au greenwashing, parce que, évidemment, ces outils financiers qui sont... très simplificateurs et qui ne répondent pas d'ailleurs vraiment aux enjeux, sont facilement appropriables. Il n'y a pas de greenwashing, ou beaucoup moins de greenwashing, en tout cas à mon sens, pour ce qui relève de la biodiversité, parce que là c'est guère possible de tricher. Et donc les opérations, les entreprises qui s'intéressent à la biodiversité le font de manière tout à fait... honnête pas forcément spontanée mais tout à fait honnête c'est pas le cas du carbone et c'est une raison de plus à mon sens pour militer autour des enjeux biodiversité en tant que priorité absolue plutôt que des enjeux carbone parce que une bonne partie en plus de ces solutions qui relèvent pour moi du greenwashing sont pires que des solutions greenwashing ça peut parfois même empirer les problèmes il y a un certain nombre de solutions qui sont proposées par exemple la captation du carbone atmosphérique par des process industriels ne fera qu'aggraver la problématique du changement climatique. Donc non seulement c'est une solution qui prête le flanc à la critique en termes de green washing, mais qui en plus n'est même pas une solution. La restauration de la nature et des fonctionnalités des paysages ou des écosystèmes, c'est finalement une entreprise qui est assez rarement mise en œuvre, notamment dans les paysages agricoles intensifs. Or, on a vraiment besoin aujourd'hui de renaturer ces paysages pour que justement la nature, mais aussi les écosystèmes et leur fonctionnement se remettent en place et permettent aux sociétés humaines de tirer le meilleur profit possible de ces écosystèmes. C'est des projets qui sont doublement intéressants. Alors, je vais d'abord mettre l'intérêt par rapport à la problématique de restauration et de renaturation des écosystèmes, ou des écosystèmes très anthropisés. Cet aspect est intéressant, mais reste relativement marginal en termes de surface. Par contre, le deuxième intérêt majeur de ce type de projet, c'est que ce sont des projets inclusifs, qui embarquent les citoyens, les acteurs, et en l'occurrence ici le monde de l'entreprise, pas le plus facile à sensibiliser autour des enjeux de biodiversité et d'écosystèmes. Donc voilà, c'est un intérêt majeur du projet. Et là, en fait, on peut faire les deux en même temps, à la fois renaturer les écosystèmes et sensibiliser des acteurs du territoire. Nous, on y trouve un intérêt en matière de recherche parce que ça nous permet de tester un certain nombre d'hypothèses qui sont difficiles à tester parce que là, on travaille à l'échelle des paysages. On travaille avec une multitude d'acteurs. Donc, c'est... tout intérêt, tout un intérêt immense en tout cas pour le collectif de chercheurs que je représente de s'impliquer dans ce type de programme.
- Speaker #1
Quand on va planter ici, il va falloir planter...
- Speaker #5
Je suis un entrepreneur, j'ai une vision, j'aime l'entreprise, je pense que l'entreprise est un puissant levier pour pouvoir bousculer les choses et dans le bon sens. J'avais à cœur de créer une structure juridique, une entreprise qui est aussi à destination des entreprises pour pouvoir les... leur permettre de participer à ces projets très concrets.
- Speaker #0
Baptiste Traigny, fondateur de Créateur de Forêt.
- Speaker #5
Il y a quelque chose qui se passe. On pourrait se dire que c'est une plantation d'arbres. Mais en fait, pas du tout. Ça va bien plus loin que ça. C'est bien plus puissant que ça. Avec le monde que ça draine, l'émulation que ça crée... Oui, il y a de la plantation d'arbres, et c'est nécessaire, et c'est bien pour ça qu'on le fait, parce que pour nous, un arbre, c'est une espèce vivante déjà, qui va elle-même être un habitat pour la nature qui nous entoure, les oiseaux, les insectes, les petits mammifères. Mais surtout, il y a un enjeu sociétal, au-delà d'avoir un enjeu environnemental, c'est qu'il y a beaucoup de monde qui participe à ce projet, qui prend cœur à participer à ce projet, et ça nous permet de ramener les gens à la nature, de toucher la terre, de contribuer à un projet. de biodiversité pour nos générations futures, ça aurait tendance à nous dépasser tellement on se rend compte qu'il y a quelque chose qui prend et qui va vraiment au-delà du projet environnemental. Il y a un projet sociétal aussi, quand on implique beaucoup de monde comme ça. Pour nous, c'est puissant, ça nous donne énormément d'énergie. Le but final, d'une entreprise comme créateur de forêts, c'est pas forcément de créer des forêts. Le but final de notre entreprise, c'est de faire prendre conscience qu'il y a un énorme problème en ce moment qui est en train de se jouer autour de nous, lié à la nature, de faire participer un maximum de personnes, de sensibiliser un maximum d'acteurs sur la nature qui nous entoure, sur le fait que l'on en dépend, et on a besoin de toutes et tous... sur des projets comme celui-ci et d'autres. Chacun, on doit agir pour reconstruire la nature qu'on a abîmée, qu'on artificialise en permanence. Donc nous, notre objectif, c'est d'être un acteur, un petit acteur, mais un acteur qui va contribuer à créer une dynamique positive sur notre bien commun.
- Speaker #1
Je crois qu'on est en train d'imaginer ou d'innover, en fait. En matière de protection de l'eau potable, qui est un sujet très préoccupant pour les années à venir, en fonction de la ressource en eau qui s'amenuise, dans notre département, dans notre région, comme un peu partout, et en matière de biodiversité. Alain Persuit,
- Speaker #0
naturaliste, rencontré sur le projet de plantation de boisement de la source de la Cadorie à Alonne, dans les dossiers.
- Speaker #1
On va protéger la qualité de l'eau potable tout en faisant revenir la biodiversité. et en reconstituant des paysages boisés, donc en alternant des zones ouvertes, des zones fermées, et très concrètement sur le terrain, parce que c'est bien de parler de biodiversité, on a tous entendu parler d'extinction de la biodiversité, tout le monde en parle, tout le monde en a pris conscience, enfin du moins je l'espère, un maximum de gens par rapport aux années passées, mais là sur le terrain, on va faire des choses que tout le monde pourra voir, et qui pourront servir, j'espère, de référence. On va refaire ce que la nature d'elle-même aurait fait si on l'avait laissé faire pendant quelques dizaines d'années. Donc sur cet espace effectivement occupé par une prairie tout à fait ordinaire, donc il n'y a pas un intérêt botanique absolument majeur là. Le fait de boiser ça ne va pas remettre en cause la biodiversité ou l'existence de plantes rares par exemple. Au contraire, on va améliorer les sols, on va améliorer la circulation de l'eau dans le sol, tout en protégeant la nappe dans laquelle les captages se font. On va faire revenir une population d'oiseaux qui sont en voie de raréfaction partout sur le territoire, et puis probablement aussi de petits mammifères qui eux jouent aussi un rôle pour disséminer les graines, etc. Donc en une action de reboisement, on va reprendre en compte plusieurs aspects importants de protection de la nature. Les enjeux sont majeurs. L'eau, c'est le défi de l'avenir. On est dans une période où le changement climatique fait la une des journaux. sans que forcément il y ait de grandes décisions politiques nécessaires et suffisantes qui soient prises pour pallier à ce défi-là et à cette menace-là. Je me rappelle qu'il y a quelques années, la ville de New York se demandait si les gens allaient pouvoir avoir encore de l'eau au robinet, parce que la sécheresse et les canicules répétées font que la ressource, d'une année sur l'autre, s'amenuise. Donc ce qu'il nous reste d'eau, notamment d'eau souterraine, nafréatique, C'est extrêmement important de la protéger puisqu'on a pu calculer, je crois, que 90% des nappes sont polluées à l'heure actuelle en France. Nappes souterraines et nappes superficielles. Ça permet une chose, alors le terme est un petit peu barbare, mais ça s'appelle en fait la phytorémédiation, la capacité qu'ont les végétaux d'épurer l'eau en la débarrassant de ses éléments polluants. Alors l'arbre, il réagit de plusieurs façons et c'est les essences qui sont présentes ici. On va retrouver le frêne, l'érable, le saule, etc. Il est capable de stocker dans son organisme, dans ses tissus vivants, les polluants. Donc il les garde à l'intérieur de lui pendant toute sa durée de vie. Soit il casse les molécules chimiques, c'est une véritable usine naturelle, et lorsque les éléments sont relâchés dans l'atmosphère, ils sont infiniment moins nocifs pour l'environnement. Donc c'est un service gratuit que rend l'arbre, en plus de stocker du carbone et de donner de l'oxygène. Donc c'est vraiment un élément de la... De la biodiversité absolument extraordinaire et ça remplace aussi, d'une manière je crois parfaitement judicieuse, la construction d'usines de traitement qui coûtent extrêmement cher aux contribuables. Là c'est encore une fois un service gratuit, une fois que l'arbre est là, ça ne coûte plus rien et au contraire il apporte des services qu'on appelle écosystémiques à l'ensemble de la société. Alors c'est pas forcément un créateur de forêt, bon le mot de forêt Baptiste a utilisé parce que ça parle à tout le monde. En fait on reconstitue des boisements, on va constituer des gros bosquets sur un hectare, deux hectares, quelquefois un petit peu plus. Mais ce qui est extraordinaire là-dedans c'est qu'on va pleinement participer à la reconstitution de ce qu'on appelle la maille verte, c'est-à-dire qu'on permet en reconstituant des îlots de biodiversité aux espèces animales de se déplacer entre un milieu et un autre. On va faire des... des pas japonais végétaux. Donc, voilà, on va reconstituer la possibilité de se déplacer pour pas mal d'espèces animales, végétales, etc. Donc, c'est d'autant plus intéressant que, malheureusement, dans les zones de grande culture, on manque de ce type de boisement. Des petits bosquets, ils disparaissent de plus en plus. Là, on va reconstituer, on va replanter. Alors, j'espère que ça sera une forêt résidente parce qu'on va planter des arbres locaux. adapté au sol, adapté au climat, adapté aux paysages, adapté à la biodiversité, à la petite faune qui dépend de ces milieux-là pour exister. On ne va pas planter d'essence exotique, etc. On va planter des essences résistantes à la sécheresse, parce que dans les années à venir, on sait très bien qu'il va faire de plus en plus chaud, de plus en plus sec. Donc la résilience, c'est justement, il y a une formule qui illustre ça, aussi bien en foresterie que quand on reconstitue des boisements, c'est chaque fois que la station, c'est-à-dire chaque fois que le sol le permet, il y a une forme de résilience qui est très importante. On essaie de faire le plein d'essence avec un S. Plus on a d'espèces d'arbres différentes, plus la forêt ou le boisement sera résilient. Malheureusement, depuis quelques années, lorsqu'on circule un petit peu en voiture, d'une année sur l'autre, le paysage change parce qu'on a arraché des haies, parce qu'on a rasé un bosquet, parce qu'on a agrandi un champ, parce qu'on a des cultures agricoles qui s'étendent maintenant sur des dizaines et des dizaines d'hectares d'un seul tenant. Le paysage est bouleversé de plus en plus et corrélativement. On explique, on dit que la biodiversité est en train de s'éteindre. On a perdu plus de 60% des espèces d'insectes, on a perdu 20-30% de certaines espèces d'oiseaux. Donc les choses sont graves. Ce n'est pas seulement une préoccupation de l'écologue ou du forestier, c'est la préoccupation de tout citoyen qui s'intéresse encore une fois à l'avenir de notre société. Donc là, c'est une petite façon. d'enrayer un peu ce mécanisme un peu délétère. Essayer de freiner l'évolution des paysages, de revenir un petit peu à une pondération en matière d'utilisation du territoire, à revégétaliser parce que c'est sans arbres, sans végétation, sans boisement, que ce soit pour des problèmes d'eau ou pour tous les autres problèmes, l'humanité ne pourrait pas survivre. C'est tout simple. C'est vraiment une question d'intérêt général. Donc là, on a les réponses techniques. On a les réponses scientifiques, il reste à coupler ça avec des décisions politiques. C'est le gros pari des années à venir, c'est de faire en sorte que les décideurs prennent ce dossier-là en main et puis aident des gens comme Baptiste Trény et d'autres à travailler dans le sens de l'intérêt général. Je suis passionné par la nature, je suis passionné par le vivant, je suis fasciné par la beauté du monde qui nous entoure. Et je refuse que notre espèce à nous, dite intelligente, détruise le monde qui lui a permis de naître. Ça m'arrive d'enseigner à des étudiants en université. Je n'accepte pas que moi j'ai pu voir des espèces animales et végétales un peu partout, des paysages, que ces jeunes-là ne verront plus, parce qu'ils auront disparu. Ça, voilà, je trouve ça d'une injustesse absolument considérable et en plus on pourrait éviter ça, quoi, je veux dire. C'est soit par bêtise, soit par ignorance, soit par intérêt, c'est plus possible. Donc voilà, moi ce qui me motive c'est ça, c'est de me battre pour essayer que la beauté du monde subsiste encore demain, au-delà de notre propre intérêt d'espèce humaine. La nature a un droit d'existence en tant que tel, moi je me bats pour ça.