Speaker #0Dans l'épisode précédent, nous avons élaboré la question du « ça va ? » en sachant qu'à quiconque on va le demander, bien souvent on va te répondre « oui, oui, ça va » . Le but était de vous pousser peut-être à aller un peu plus loin en demandant à la cliente « comment vous vous sentez aujourd'hui ? » Et là, ça vous ouvre des portes vraiment dans tous les sens en fait. Après, tout va dépendre de qui est en face de vous et du... tempérament de cette personne. Alors aujourd'hui, je vais te citer à peu près trois types de personnes face à qui tu peux te retrouver au moment où tu vas lui demander comment elle se sent. Alors à tout de suite dans ce nouvel épisode. Le cheveu fil de l'âme. Ce podcast s'adresse aux coiffeuses qui sentent que la coiffure commerciale ne répond plus à leurs besoins de sens. Je suis Marie-France, coiffeuse depuis plus de 40 ans. J'ai longtemps pratiqué la coiffure de transformation avant de réaliser que les cheveux ne demandent pas toujours à être changés, mais à être écoutés. A travers mon parcours, j'ai compris que les cheveux parlent, qu'ils racontent l'histoire intérieure des femmes, leurs émotions, leur passage de vie, leurs besoins inconscients. Et que dans notre posture de coiffeuse, soit on peut rester à la surface, soit devenir un véritable espace de rencontre humaine. Alors ta clientèle est là, elle arrive, elle s'installe, et toi tu lui demandes donc « comment allez-vous aujourd'hui ? » Et puis dans ta question, on sent qu'il va se passer quelque chose. Mais tu ne sais pas exactement quoi, parce qu'en fait tu ne sais pas toujours qui tu as en face de toi. Maintenant lorsque tu as tes clientes habituelles, peut-être que là tu vas pouvoir anticiper. Mais on sait que toutes les clientes ne réagissent pas de la même manière. En fait, c'est un peu comme des schémas, tu sais, c'est une façon d'être qui revient souvent. Puis quand tu vas commencer à le reconnaître chez certaines de tes clientes habituelles, évidemment, ça va devenir presque un automatisme. Et puis il y a ces nouvelles clientes que tu ne connais pas encore bien. Alors ces trois types de clientes, je vais te parler d'un premier type. La cliente qui parle beaucoup, mais qui en fait ne dit rien. Celle-là, je suis sûre que tu la reconnais facilement. Tu sais, elle va parler tout le temps. Elle va parler de son travail, elle va parler de sa famille, de son quotidien. Mais jamais vraiment de ce qu'elle ressent. Alors toi, tu peux avoir l'impression qu'il y a du lien. En fait, au fond, ça reste en surface. Et souvent, ce que ça active en toi, c'est une forme de confort peut-être. Parce que ça, ça remplit juste l'espace. Et puis ça évite tous les silences et ça te permet d'aller simplement dans ton côté technique, là où tu te sens sécure. Tu n'as pas besoin d'aller chercher. Mais justement, c'est là que tout se joue. Parce que derrière ce flot de paroles, et bien souvent, il y a quelque chose qui n'est jamais dit. Et là, ta posture, ça ne va pas être de rentrer tout de suite dans ta technique et encore moins de forcer. Mais doucement, tu peux la ramener à elle. Ok madame, mais vous là-dedans, comment vous vous sentez ? Suite à tout ce qu'elle t'a... expliquer, pour l'amener à ressentir vraiment ce qui se passe en elle à ce moment-là, au moment où elle t'exprime les choses de sa vie. La deuxième cliente, celle qui se ferme. Alors elle, elle parle peu. Elle va te répondre de manière plutôt brève et parfois même, elle va carrément éviter ton regard. Là, c'est ce que ça vient toucher en toi de nouveau. l'inconfort, peut-être le doute même. Alors peut-être que tu te demandes est-ce que je dérange, est-ce que j'ai fait quelque chose ou dit quelque chose qu'il ne fallait pas. Alors dans cette situation-là, on a tendance à remplir. Tu vas parler plus, tu vas compenser, et puis de nouveau, tu vas te réfugier dans la technique. Mais en fait, cette cliente, elle n'a pas besoin que tu remplisses tous ses vides. Elle n'a pas besoin que tu combles les silences. Ce qu'elle a besoin, c'est que tu respectes son rythme et surtout que tu ne prennes pas ce que tu pourrais considérer comme une fermeture de quelque chose contre toi. Non, parce que là, ta posture, c'est ta présence. Juste ça. Tu vas lui apporter quelque chose de rassurant. Un peu comme si tu disais, je suis là et vous pouvez prendre votre temps. Et là, tu vas pouvoir ouvrir une porte et la laisser s'installer. tranquillement, en se sentant sécure, elle va commencer à vouloir peut-être te parler un peu plus. La troisième cliente, c'est celle qui commence à s'ouvrir. Celle-ci, c'est celle qui hésite un peu, tu vois. Elle cherche ses mots, elle dit « je ne sais pas » , mais en même temps, elle ne fuit pas. Elle reste et là, c'est comme un moment précieux, mais aussi fragile. Parce que ce que ça va activer en toi, c'est souvent la peur de mal faire, de dire quelque chose de travers. Alors tu peux peut-être partir dans un changement de sujet ou revenir à quelque chose de plus concret. De nouveau, quelque chose que tu gères. Alors que c'est justement là que tout peut basculer. Là, ta posture, ça va être d'accompagner sans brusquer. Prenez votre temps. Qu'est-ce qui vient là ? Même si ce n'est pas clair. Tu n'as pas besoin de trouver juste les bons mots, mais juste être là. En fait, peu importe le type de cliente, il y a toujours une constante, c'est toi. Toi avec ta manière de réagir, ta manière dont tu vas ressentir les choses, la manière dont tu vas peut-être rester ou alors fuir. Et quand je dis fuir, évidemment, tu ne vas pas planter ta cliente dans son fauteuil, mais tu vas te retourner sur la technique de nouveau, sur ce que tu gères complètement. Et là, tu vas faire un peu comme l'autruche, ou alors tu vas parler de choses et d'autres, de la pluie et du beau temps. Après, avec certaines clientes, c'est suffisant. Il y en a qui ne demandent rien de plus. Mais ce que fait ta cliente, ça va venir activer quelque chose en toi. Alors ça peut être ton inconfort, ça va être ton besoin de retomber dans un contrôle, et puis ton envie aussi de bien faire. Alors c'est là que j'ai envie de dire que le travail commence. Pas sur elle, mais en toi. Parce que plus tu te connais, plus tu comprends ce qui se joue dans ces moments-là. Et plus tu es capable d'accompagner avec justesse, sans forcer. Et là, tu ne fuis plus. Tu vas juste être là. Et c'est exactement ça qui va transformer ton métier. Alors de nouveau, ici, je m'adresse à toutes celles qui sentent qu'il y a tellement quelque chose de... plus de plus profond, au-delà de la coiffure, au-delà de la demande des clientes. Il y en a qui m'ont dit « Oui, non, moi ça ne m'intéresse pas d'entendre les blablas des gens. J'ai assez à faire avec mes problèmes que pour gérer ceux des autres. » C'est sûr. Après, toute cliente qui vient déposer ses problèmes ne te demande pas de les gérer à sa place. C'est juste qu'elles ont l'impression d'avoir peut-être un endroit où elles peuvent se déposer. Alors tu peux décider. Soit tu ne prends rien. De toute façon, je vous invite toutes à ne rien prendre pour vous, ça c'est certain, mais tu peux ne pas du tout rentrer dans le schéma de cette cliente. Tu la laisses juste parler, dans le respect de ce qu'elle a besoin de dire, mais si tu ne lui donnes pas un retour, j'ai envie de dire soit elle va s'essouffler ou elle va se dire ok, ça ne l'intéresse pas, elle s'en fout, elle finira par se taire. Et puis pour celles qui de nouveau ont envie d'aller plus loin, de comprendre ce qui se joue. Alors je vous invite à justement montrer que vous êtes bien présente et à l'écoute. Et d'aller comprendre ce qui se joue à ce moment-là en la personne. Évidemment, c'est ce qui va se jouer en même temps en vous. Parce que ça viendra vous toucher, c'est assuré. Même toutes celles qui me disent « non, moi ça ne m'intéresse pas » , c'est parce que justement ça vient vous toucher encore plus loin. Et vous n'avez juste pas envie d'aller voir là où ça se passe. Mais ça vous appartient, vous êtes totalement en droit de le faire. Bien sûr, parce qu'à la base, dans notre métier, qu'est-ce qu'on nous a appris ? À être là, à rendre service et à pratiquer ce qu'on nous demande. Pas plus. Jamais on nous a appris à connecter avec une cliente. Parce que là, on va rentrer dans l'émotionnel, dans ce qui nous touche nous et ce qui la touche elle. Mais bon, comme certains nous diraient, nous sommes des coiffeuses, pas des psys. Et pourtant, malgré vous, combien de fois vous avez été là à écouter les « lamentations » de vos clientes. Ça leur fait tellement du bien sur ce moment-là. Elles ont besoin de déposer. Mais là aussi, c'est apprendre à mettre sa limite et à dire stop. Là, moi, je ne veux pas prendre ça. Mais ce n'est pas évident. Ce n'est pas évident de se protéger. Mais il y a des outils pour le faire. Et ça, on pourra y revenir. Alors si dans ce que je viens de t'expliquer, tu reconnais ces styles de clientes, et surtout si toi tu te reconnais dans ces réactions, alors je pense que tu es déjà quand même en train de changer de regard. Et ça, c'est le début. Alors si tu veux aller plus loin, je t'invite à venir échanger avec moi et on pourra voir ensemble comment tu vis ces situations. Comment tu peux développer cette posture en profondeur. en toute simplicité et surtout en toute authenticité. Alors on se retrouve bientôt dans le prochain épisode pour comprendre aussi ce qui va se jouer en toi. Je te dis à bientôt. Merci.