- Speaker #0
Le Club des Dys, par Annabelle Chalopin.
- Speaker #1
C'est quoi la réalité ? Vaste question philosophique, n'est-ce pas ? On pourrait se dire que la réalité, c'est une vision du réel. que chacun et chacune se constituent, notamment grâce à son système nerveux. Et le système nerveux, qu'est-ce que c'est ? Eh bien, il y a une tour de contrôle, soit le cerveau et la moelle épinière, avec le cerveau qui analyse, décide, coordonne, et la moelle épinière qui fait passer les messages entre le cerveau et le reste du corps. Et dans le système nerveux, il y a aussi un réseau de nerfs qui va vers tout le corps, comme un réseau de câbles électriques qui transportent les ordres et les informations. Bruno Dubuc, chercheur au Québec, écrit dans son livre génial Le cerveau à tous les niveaux que la réalité vient du fait que nous avons tous et toutes des systèmes nerveux qui se ressemblent et qui analysent le monde à partir des signaux qu'ils reçoivent, de manière assez semblable d'un humain à l'autre, pour que l'on s'accorde à le catégoriser et à le modéliser de la même manière. Et c'est comme ça qu'on établit une certaine norme. Mais ça n'empêche que nous avons chacun, chacune, notre accès au monde singulier à ces endroits. Le sens que l'on porte aux choses et la réalité que l'on se construit sont aussi relatifs à un corps particulier, une histoire évolutive et une histoire de vie. Et chaque cerveau est également unique. Et en fonction des stimuli qu'il peut percevoir du monde, il va en produire des simulations particulières, si bien que chaque expérience sera différente. Donc similaire, oui. mais singulière aussi. La réalité du monde est donc toujours soumise à notre interprétation. La seule chose qui est sûre, en fait, c'est qu'on ne peut pas vivre dans un monde de certitude et de perception indiscutable. Et aujourd'hui, on parle de ce décalage entre réalité partagée et expérience personnelle avec Max, qui nous décrit sa prosopagnosie. C'est clairement un mot à caler dans une conversation. La prosopagnosie, c'est la difficulté et parfois même l'incapacité à reconnaître les visages. Max est donc un invité tout particulier du Club des 10, parce que la prosopagnosie, c'est donc pas un trouble d'apprentissage, mais ça fait partie des neuroatypies, comme il en existe beaucoup au sens large de son terme, c'est-à-dire des cerveaux qui traitent le monde différemment. Max est donc prosopagnosique, et c'est aussi l'une des personnes les plus chaleureuses que je connaisse. C'est vrai. Il est comme une petite crème pour la peau. Il vous hydrate le moral et vous adoucit le museau. Max a aussi une voix très jingleable. D'ailleurs, je le remercie d'avoir réalisé mon intro du jour. Je vous laisse avec lui pour le laisser introduire 7 fois 6 que représente pour lui la prosopagnosie.
- Speaker #0
Eh ben, je me suis rendu compte... Assez tard, en fait, que j'avais une vraie autre manière de voir les visages que la norme. En fait, déjà tout petit, il y a eu plein de moments où je n'ai pas reconnu ma mère, où j'ai sauté dans les bras de la mauvaise personne, des situations gênantes avec des dames avec qui je disais « Maman ! » Et du coup, ça a été très bizarre, mais bon. C'était juste pour moi, mince, je reconnaissais, je me suis trompé en fait. Et en fait, ça, ça m'a suivi un peu toute ma vie où à chaque fois que je voyais ou revoyais des personnes, je ne resituais pas les gens et en fait, eux me reconnaissaient et pas moi, mais vraiment pas du tout. C'est même pas, ils me disent quelque chose. Pour moi, c'était une nouvelle personne. Et en fait, j'ai toujours traîné avec ça, mais sans pointer du doigt que c'était... potentiellement une problématique liée à ma perception. Pour ma mère, ça ne m'arrive plus. Mais je pense que si je la cherche au loin, je peux la confondre. En fait, je peux la confondre. Parce qu'en fait, je suis plus à chercher le style vestimentaire, à regarder la coupe de feu, à regarder les lunettes qui sont propres à elle et maintenant qu'elle ressemble à une... Une dame de 70 ans qui s'habille comme une dame de 70 ans, en fait, elle a plein de soucis de loin. Mais de près, je vais la reconnaître, il n'y a aucun problème, c'est ma mère. Mais voilà, je peux confondre de loin. En fait, c'est plus, j'ai des doutes. C'est plus ça. Je ne suis pas en mode à me tromper forcément, mais je suis plus ça, attends, est-ce que c'est elle ? Et j'ai besoin d'en voir un peu plus, de lire un peu plus la personne pour me rendre compte si c'est vraiment elle.
- Speaker #1
C'est pas une chose facile que de mettre un mot sur sa prosopagnosie. Bon déjà parce qu'il faut le trouver, ce mot, et puis aussi parce que ça suggère de sortir de sa propre référence et de constater que les autres peuvent voir et vivre le monde différemment. Et cette difficulté, elle est d'ailleurs particulièrement vraie pour les enfants. Ça me fait penser à cette anecdote racontée par Laurent Cohen, neurologue à la Pitié-Saint-Pétrière. C'est l'histoire d'un jeune garçon prosopagnosique qui, en allant au cinéma, voir un western, demande à son père en sortant de la salle pourquoi les bandits se couvrent la face d'un foulard. Bah oui, parce qu'il ne lui était pas venu à l'esprit qu'on pouvait reconnaître quelqu'un à son visage, vu que ce n'est pas sa réalité à lui.
- Speaker #0
En fait, j'ai eu des moments où je confonds les gens souvent, très régulièrement. Mais en fait, toute ma jeunesse, toute mon adolescence, j'ai toujours cru que c'était juste un manque d'attention. Surtout ma mère qui me disait ça en même temps. Tu fais pas attention vraiment à la personne, tu vois. Je dis, ah bah si. Et en fait, j'ai mis un mot dessus quand j'en ai vraiment parlé à mon pote Pupui, qui est lui, bah Clévia aussi, mais ils sont très, très, très, très physio pour le coup. Et genre, je voyais un gap énorme entre eux qui disaient, ah mais, croise une personne dans la rue, ils se rendent compte qu'ils l'ont croisée dans le métro il y a quatre jours et ils n'ont même pas eu une interaction avec elle. Je suis là, comment c'est possible ? Pour moi, c'est lunaire. Et à l'inverse, Pupi ne se repère pas dans l'espace. Et moi, je sens que j'ai une boussole dans la tête. Limite, je sens le nord. Je peux être dans la forêt, je me repère très bien, il n'y a aucun problème. Et lui, il est à la ramasse. Du coup, on a comparé un peu nos manières de percevoir ce genre de sens, qui sont hyper différentes. Et en fait, du coup, Pupi s'est devenu mon meilleur allié pour, en soirée, me dire, me guider pour quand je connais ou je connais pas la personne genre il voit dans mes yeux quand je dis bonjour à quelqu'un que j'aurais pas reconnu la personne et là il me dit tu l'as vu à ce moment là, à cette soirée vous avez fait ça ensemble ou on a fait un week-end avec ce mec Et là, je suis là, ah ouais, ok. Et du coup, il était trop fort parce qu'il m'a toujours... Il me mettait juste une petite clé de lecture au visage qui me manquait pour reconnaître la personne. Donc voilà, c'était assez tard en fait. Je me suis rendu compte qu'en fait, j'avais un décalage avec une norme de perception des gens.
- Speaker #1
Alors, j'ai demandé à Max comment il avait découvert le mot prosopagnosie.
- Speaker #0
En vrai, je l'ai cherché sur Internet. Je me suis dit, mais il doit forcément y avoir un mot. J'ai commencé à en parler en me disant mais je pense que j'ai ce souci-là. Je pense que j'ai une vraie défaillance dans ma perception des visages, dans la reconnaissance faciale. Je disais juste, je ne suis pas physio. Il y en a qui disaient, tu as Thierry Lhermitte ou Brad Pitt qui ont ce problème-là et sur les tournages, ils ne reconnaissent pas les gens, ça peut être problématique. Je regardais sur Internet et en effet, ils mettent Quelle est cette... Je ne sais pas si tu appelles ça maladie ou quoi. Ce trouble. Quel est ce trouble qui touche Thierry Lhermitte et Brad Pitt ? Ou quel est le lien entre Thierry Brad Pitt et moi, du coup ? Ce n'est ni la beauté, ni le charisme, mais juste un manque de physio. Et du coup, il y avait ce mot, protopagnosie, où je l'ai appris par cœur, parce que je me suis dit que c'est un bon mot à sortir pour s'excuser de ne pas reconnaître les gens. Je suis... prosopagnosique. Mais en fait, c'est genre trop chiant à dire ça aux gens, parce qu'en fait, ça m'arrive dix fois par jour de ne pas reconnaître les gens. Donc, la moindre soirée que je fais, le moindre repas, le moindre endroit, c'est certain qu'il y a au moins plusieurs personnes que je ne veux pas reconnaître. Et en fait, les gens le prennent mal. Les gens le prennent mal parce qu'ils pensent que tu t'en fous d'eux, que tu n'as... Ouais, tu n'as... Ils n'ont pas marqué ton esprit, tu vois. Alors que ça n'a rien à voir. Et souvent, il me faut 10 minutes juste de parler à personne, de sentir un peu sa manière de s'exprimer. Je suis là, mais en fait, c'est machin, tu vois. Et du coup, j'ai développé mes petites techniques pour... pour justement parier à ça. En fait, je me dis, ça ne sert à rien de blesser les gens ou de créer une situation de malaise si moi, après, je peux me démerder pour reconnaître la personne après coup. Donc en fait, de base, quand je vais à une soirée, au début, je me présentais normalement. Tu dis « Salut, Max, Max » . Et les gens me disent « Mais attends, on se connaît » . Donc là, maintenant, je ne mets plus aucun signe de « On ne se connaît pas » . Je dis « Salut, ça va » . et donc là que tu connaisses la personne donc tu la connaisses pas c'est assez neutre en fait c'est juste sympa ça lui ça va et tu claques la bise donc je claque la bise à des gens que je connais pas souvent et en fait dans leurs réponses déjà à travers leurs regards tu sens un peu s'ils te connaissent ou ils te connaissent pas Si ils répondent, ça va Max ? Je suis là, ok, je le connais. Ça va être une mission. Salut, et qu'il se présente. Là, c'est parfait, parce que je me dis, ok, je ne connais pas cette personne.
- Speaker #1
Max a donc peaufiné au fur et à mesure des stratégies de contournement pour pallier ses difficultés de reconnaissance de visage, même de ses amis proches. Et c'est quand même une bonne charge mentale, mine de rien.
- Speaker #0
Ça me prend une énergie de ouf. En fait, le début de soirée, à chaque fois, j'ai besoin de scanner un peu, parce qu'en fait, ça m'a... tellement créé des situations de malaise mais tellement tout le temps, je te jure que maintenant je fais plus attention, ça me demande vraiment un effort de scanner, de me dire ok je connais cette personne, cette personne, cette personne si cette personne parle à cette personne, c'est qu'ils sont potes on a dû peut-être potentiellement se voir dans ces situations là, et en fait je regroupe un peu les infos mais dans mon cerveau ça mouline je sens que c'est pas ça ring pas le bell, ça fait vraiment je sais pas, il y a un truc qui bloque quoi. C'est flou, en fait. Et en fait, ce qui est bizarre, c'est que parfois, genre, je vais reconnaître la personne en mode, c'est clair, tu vois. Et clair, en fait, dans mon esprit, je ne me rappelle rien d'elle, mais pour moi, elle avait un autre visage, tu vois. Et ça s'est mis comme dans une case dans mon cerveau, dans une forme de visage, mais en fait, c'est pas exactement ça. Encore une fois, je suis là, mais attends. Pour moi, elle ne ressemblait pas à ça. Et j'avais un peu mélangé. Donc, je mélange. Il y a des visages que je croise, que je mets dans une même catégorie. Donc, j'ai l'impression que des personnes se ressemblent, par exemple. Donc, souvent, à Marie, je dis, ah putain, elle ressemble trop à ma chambre. Et elle est là, mais pas du tout. Et pour moi, je ne sais pas. Pour moi, j'associe des visages qui se ressemblent et qui, en fait, peut-être pas. Du coup, je vois des sosies, beaucoup. Parce que je pense que je dois simplifier un peu les catégories de visages. Je ne sais pas comment je l'analyse, En fait, je reconnais les gens par attitude, la voix à fond. Je reconnais plus les gens au téléphone qu'en vrai, qu'en photo. Et en fait, j'ai besoin qu'ils bougent. Et c'est vrai que je reconnais beaucoup mieux les gens qui ont des attributs physiques très clairs. Donc une coupe de cheveux improbable, ou les piercings, ou qui ne changent pas. Si cette même personne décide d'enlever ses piercings et d'avoir une coupe plus basique, je suis fumé, je suis perdu. Et du coup, ça m'est arrivé notamment, même plus d'une fois, où dans une soirée, je rencontre une personne, on papote pendant une demi-heure, tout va bien, c'est cool, et en fait, je vais juste pisser, tu vois. Et en fait, je re-rentre dans la soirée, du coup, et en fait, cette même personne va me parler, sauf qu'entre-temps, elle a enlevé son pull, et ça m'est arrivé de me représenter, tu vois. Alors que ça faisait une demi-heure que je parlais. Mais je te jure, et ça... Alors ça, c'est tellement absurde, c'est tellement gros, qu'en fait, ils prennent pas mal des gens qui se disent, mais il est bourré, ou il fait semblant, ou il fait une blague. Du coup, tu twistes ça un peu, en mode, je déconne, tu vois, ou j'en sais rien, mais c'est juste trop nul, et en fait, je me rends compte que j'ai pas reconnu la personne juste parce qu'elle a enlevé son pull Et en fait, il y a des visages, tous les visages ne me le font pas, mais il y a des visages, je sens qu'ils ne s'impriment pas dans mon cerveau. Il y a des gens, je le sais à l'avance, je les vois, je leur parle, maintenant je capte que je ne vais pas les retenir. Je les regarde, c'est horrible, mais il y a des visages qui ne m'évoquent rien, qui me paraissent, ils ne sont pas juste neutres ou quoi, il y a un truc, je sens que ça ne s'imprime pas, que je ne vais pas les retenir. et il n'y a pas un... caractère propre, très singulier, tu vois, qui fait que, en fait, je vais l'identifier. Et c'est marrant, parce que, tu vois, je suis réalisateur, et je fais des films, et en fait, j'ai remarqué que, dans mes films, j'aimais bien créer des personnages très marqués, où, en fait, tu pourrais les dessiner en caricature, tellement qu'ils sont marqués physiquement, et j'aime bien choisir des acteurs avec des vrais gueules et tout, et je pense que ça vient de là, aussi, j'ai besoin de les trancher, identifier, euh un personnage avec une vraie gueule tu vois je peux pas apprendre typiquement t'as des acteurs que je ne reconnais jamais genre Tom Hardy je ne le reconnais jamais je peux arriver jusqu'à la fin du film et voir à la fin Tom Hardy je sais pas pourquoi ce visage ne m'évoque rien, mais vraiment rien du tout et à chaque fois même dans les interviews j'ai l'impression que c'est une nouvelle personne à chaque fois je ne comprends pas et ça dans les films que je regarde, parfois t'as deux personnages qui sont un peu proches physiquement tu vois c'est un mec, brun, grand une barbe de trois jours, et en fait, t'as le gentil, et pas le méchant quand même, je vais pas les conner, mais un autre gars, personnage secondaire, et en fait, des fois, je comprends pas le film, c'est con, mais des fois, je suis là, je suis un peu perdu, je suis là, attends, mais je comprends pas, qu'est-ce qui s'est passé ? Et en fait, je me rends compte que je comprends rien, parce que j'ai mélangé les acteurs dans le film, et c'est nul, et je suis là, mais putain, je suis vraiment... pourri et en fait ça ce qui est ouf c'est que je l'assume tellement pas que je le dis à personne tu vois genre des fois on finit un film et en fait je m'en rends compte à la fin que j'ai mélangé tellement d'infos mais je sais pas c'est un truc de jugement un peu là dessus ou alors c'est moi qui me porte ce propre jugement à moi même mais de t'es un bolosse de pas connaître en plus je bosse dans l'image donc je suis censé vraiment avoir l'oeil aiguisé sur tous les détails mais en fait ce qui est bizarre c'est que je l'ai sur plein de choses, je reconnais plein de choses plein de détails mais tu vois je peux rentrer dans un espace complexe, 20 secondes je ressors, je pense que je peux dessiner l'espace 3D tu vois les volumes, les trucs, je sens un peu je le sens bien tu vois et là pour le coup je vois la différence de perception là je le ressens au fond de moi et je peux le visualiser nickel en 3D, en musique pareil, je chante bien la musique, je peux la refaire et tout. Les visages, il y a comme un voile à cet endroit-là. C'est flou, c'est très flou. Et du coup, je peux voir une personne, je ferme les yeux, je ne l'ai même pas dans la tête.
- Speaker #1
Dans la prosopagnosie, la personne perçoit bien les visages dans le sens où elle n'a pas de troubles visuels. Analyser l'émotion d'un visage, l'orientation de son regard dans l'espace ou encore la lecture sur les lèvres ne sont pas censés poser problème. Mais le lien entre un visage et une identité connue ne se fait pas. La prosopagnosie développementale est encore en train d'être définie par les chercheurs et chercheuses. Et comme tous les troubles cognitifs ou psychiatriques, on tâtonne sur les limites, sur les contours précis qui font que l'on nomme ce fonctionnement tel quel. Et d'ailleurs... Comme dans tous les modes de fonctionnement cognitifs ou psychiatriques, il s'agit probablement d'un continuum. Certaines personnes auront une prosopagnosie légère, des doutes, une lenteur à la reconnaissance, et d'autres sévères. Aucune reconnaissance, même familiale. D'ailleurs, ça me fait penser à Muriel, une copine neuropsychologue qui est prosopagnosique et qui me disait ne pas reconnaître ses propres enfants. Elle avait d'ailleurs décidé de ne jamais leur dire, de peur de ce que ça pourrait provoquer chez eux, le fait que leur propre mère ne les reconnaisse pas. En neuropsychologie, on part souvent de l'idée que pour une fonction du cerveau donnée, comme la mémoire ou la reconnaissance des visages, la plupart des gens ont des performances moyennes. Si on dessinait ça sur un graphique, ça ferait comme une grande cloche. En neuropsychologie, on l'appelle la courbe de Gauss. Beaucoup de personnes au centre et moins à chaque extrémité. Ceux qui se trouvent très à droite de la cloche sont plutôt très doués dans la tâche qui est testée. Et ceux qui sont très à gauche ont plus de difficultés. Le travail du clinicien, c'est justement de déterminer à partir de quand une différence devient vraiment significative. Autrement dit, à quel point est-ce qu'elle sort du cadre de ce qu'on observe habituellement. C'est-à-dire donc à quel moment est-ce qu'on parle de troubles. Comme dans les troubles 10 d'ailleurs. Mais si on peut placer des gens sur la courbe à partir de tests, cliniquement, le plus important, et c'est la même chose dans les troubles 10, le plus important c'est le niveau de handicap ressenti par la personne. J'ai demandé à Max, du coup, si la prosopagnosie ça représentait pour lui un handicap.
- Speaker #0
Je répète que ça m'handicapa, ça m'... Alors... Pour le taf, je dois reconnaître les producteurs, les gens qui peuvent m'apporter des choses importantes pour ma carrière. Et typiquement, tu es en festival, tu vois plein de têtes. Et je vois mes potes réels qui sont physios et qui arrivent et qui disent « Tiens, ça, c'est le producteur de machin. » Et en fait, ils reconnaissent et du coup, ils vont lui parler. Et en fait, je vois que ça facilite un échange. Sauf que moi, déjà, je ne reconnais pas physiquement, donc je suis dead. Donc si on me le dit, OK, mais je ne suis pas sûr non plus que ce soit la bonne personne. Donc en fait, je suis... Donc là, ce que je me suis fait, je me fais un trombinoscope de producteur. pour le festival de cannes et j'ai besoin d'un peu d'aller à la rencontre de blanc et j'ai envie de savoir à qui j'ai à faire en fait tu vois et du coup là je me répète les noms je regarde des photos des interviews fait tout ce que tout ce qui peut nourrir un peu mon esprit fiduels donc ça prend un temps fou parce qu'en vrai normalement tu regardes une photo tu es là ok c'est lui et tac tac tac et là je suis là je me nourris l'esprit pour être sûr de voilà mais en fait Du coup, je me suis même fait un trinoscope dans le sens... ça je pourrais le regarder le matin ou si j'ai un doute une soirée je check et comme ça au moins je suis sûr tu prends un peu l'allure ça va à fond, souvent je vois des photos et je me dis tiens je vais regarder l'interview et déjà dans l'interview je suis là attendez c'est la même personne je suis pas sûr, j'ai choisi la bonne interview ok d'accord heureusement que je mate la vidéo parce qu'en fait je vois la photo je me fais une image mentale de qui pourrait être cette personne qui est complètement fausse, qui est complètement à côté et en fait je vois qu'après quand elle bouge et tout je suis là mais ça n'a rien à voir Et en fait, après je regarde la photo et je la réidentifie différemment. Il y a plusieurs étapes. Maintenant, j'arrive bien à ne plus faire sentir le moment de gêne. Les gens ne le remarquent pas. Et en plus, je ne le dis pas à tout le monde. Même à Marie, elle ne s'en rend même pas compte que je ne reconnais pas les gens avec qui on est.
- Speaker #1
Marie, c'est son amoureuse. Donc, Max a bien compensé. C'est-à-dire qu'avec ses stratégies de contournement, il rend invisible sa prosopagnosie. Particulièrement dans un souci de ne pas vexer les gens et de ne pas créer de moments gênants. Parler de ce mode de fonctionnement est une option mais qui semble rester contraignante dans ce qu'elle crée socialement.
- Speaker #0
Professionnellement, c'est un enfer. Parce que pour le coup, comme je suis réel, les gens, en fait les techniciens, c'est plus facile je trouve de reconnaître. un réel dans la quinte tu vois donc en fait je vois qui c'est et technicien va en fait moi mes équipes elles changent je travaille toujours avec des nouvelles personnes et en fait des fois tu as des détecteurs qui reviennent sur les tournages et tout mais avec j'ai pas eu des méga interactions non plus tu vois et et sauf que tu sais tu as le côté stature de réel ou en fait J'aime pas cette posture de c'est très hiérarchisé, donc il y a un côté le réel au dessus de la pyramide et j'ai pas du tout envie qu'on croit que c'est par mépris, parce qu'il y a des réels qui sont comme ça, qui s'en battent les couilles des techniciens et tout, alors que moi pas du tout, j'ai vraiment envie de montrer mon intérêt à tous les niveaux. Sauf que des fois, la plupart du temps, je ne les reconnais pas.
- Speaker #2
Et ce serait bien possible d'annoncer à toute l'équipe en début de tournage de dire « Bon, je vous préviens, je suis pro de Bac 2X, ça veut dire que je ne reconnais pas les visages. » Et je tiens à vous le dire parce que ça peut être vexant et je comprends, mais c'est un truc que je ne peux pas contrer.
- Speaker #0
C'est vrai que je ne l'ai jamais fait. En fait, déjà, j'ai mis ce mot, je te dis, je l'ai appris cette année, en fait, le mot. C'est vraiment très récent. Donc maintenant, je m'amuse à le dire, mais je ne l'annonce pas. C'est vrai, je pourrais, mais...
- Speaker #2
Ça te met plus à l'aise, en fait, ça t'enlèverait quand même cette... Parce qu'en effet, quand même, socialement et tout, après j'imagine que tu as tellement intégré tes mécanismes de contournement que finalement, ils sont assez naturels. Mais quand même, c'est lourd pour toi. Au niveau de tes ressources attentionnelles, ça te mange une partie sur tout un moment.
- Speaker #0
Ouais, en fait, en plus, sinon la soirée, j'ai pas... Parce qu'une fois que j'ai reconnu tout le monde, que je sais qui a situé tout le monde, là, je me détends, c'est bon. je peux appeler par les prénoms, ça me fait kiffer, tout va bien. Et en plus, comme des fois je ne reconnais pas la personne, je ne sais plus quoi dire, je me dis, attends, si je ne reconnais pas la personne, je ne sais pas quel sujet, potentiellement je vais lui redemander, mais tu fais quoi toi dans le taf ? Et en fait on taf ensemble. Enfin tu vois, ça va être ça. Mais tu vois, typiquement, il y a des situations genre, là j'ai fait un tournage avec une pub et tout, avec une agence de pub où j'ai travaillé une semaine avec eux, Je les voyais en col tous les jours, après je les ai vus dans le tournage tous les jours, on a dealé les yeux dans les yeux, notamment avec une meuf, tu vois. On s'est fréquenté une semaine au travail, et du coup c'était tournage à Paris, moi j'habite à Marseille, fin du tournage, pour prendre mon train, j'étais pile dans l'étang. Là je me cale dans le train, et là en diagonale, une meuf qui me regarde, et je me dis, attends, c'est elle, ou c'est la meuf de... de l'agence, mais comme je la vois dans le train, en fait elle n'a pas à être là. Quand je la vois sur le tournage, je sais que c'est elle parce qu'elle est sur le tournage, mais là je la vois dans une situation différente, je ne vois pas pourquoi elle est dans le train, et potentiellement ce n'est pas elle. Sauf qu'en plus elle m'a lâché un regard, je ne sais pas ce qu'il veut dire ce regard, donc je l'ai lâché un regard, j'ai baissé vite, j'ai eu un haut le cœur en mode « Attends mais imagine c'est elle, j'ai passé une semaine avec elle, et en fait là elle va croire que je lui fous un vent, donc je n'ai pas envie. » Mais si je la regarde, prends insistement pour savoir, pour être sûr. pour essayer de regarder bien le visage et tout si je la connais pas elle va me prendre pour un psychopathe et du coup là ma technique c'est c'est de taper son nom sur sur Google Images tu vois trouver son profil à LinkedIn et tout je regarde et même comme ça j'ai la photo, j'ai la personne en face de moi en diagonale qui est vraiment à 3 mètres de moi j'ai beau regarder je vois pas, je sais pas je pourrais pas te dire si c'est la même personne et du coup je suis là ok les sourcils et je suis en train de définir le nez, je suis même pas sûr, attend le nez là il est un peu plus pointu, et elle elle me regarde aussi, et elle est-ce qu'elle se dit que du coup je m'en bats les couilles, maintenant que le tournage est fini je veux plus lui parler, et je me suis monté le crâne et ça m'a pris à tête 3h, tout le train, parce que je me suis dit... En fait, j'aurais peut-être dû aller la voir, mais en même temps, c'est trop chelou. Je ne savais pas comment prendre cette problématique. J'étais mal à l'aise.
- Speaker #2
Je trouve ça trop bien aussi, parce que je pense qu'il y a un peu le prisme. C'est une vulnérabilité parce que tu l'as branchée à plein de moments gênants et angoissants, etc. Peut-être, mais que c'est aussi potentiellement... Moi, je pense que je trouverais ça comme une expérience édifiante aussi que quelqu'un vient me voir dans le train et me dit... Désolé, je suis prosopagnosique. Ça veut dire que je ne reconnais pas les visages. Est-ce qu'on était ensemble toute la journée ? Et de dire du coup, bah oui, ou alors, non, non, c'est pas moi, mais ah, prosopagnosique, d'accord.
- Speaker #0
Ouais, c'est vrai, ça serait hyper mignon. Mais comme ça m'angoisse, ça me fait monter en chaleur dans la tête, comme ça mouline. En fait, c'est vraiment, il y a un truc dans le cerveau qui dit... Franchement, ouais, je devrais être de ouf. En plus,
- Speaker #2
c'est trop intéressant. Justement, ça renseigne aussi les gens. Moi, ce que je trouve fascinant là-dedans, c'est que Merci. Ça nous renseigne sur, je pense, des choses sur lesquelles on ne fonctionne pas pareil. En fait, on se greffe à une réalité qui appartient aux autres, mais pas à la nôtre. Et où du coup, ça crée de l'inconforme et où ça peut rester inconscient pendant très longtemps. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #2
Et du coup, là, de le dire, en fait...
- Speaker #0
Ça le désacralise.
- Speaker #2
Oui. Et ça permet même de renseigner les gens sur le fait que ça existe. Et que du coup, peut-être que la prochaine fois qu'ils croisent quelqu'un qui ne les reconnaît pas, ils diront soit il me snob, soit il est autopacier.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, c'est vrai. En fait, c'est une manière d'éduquer, quoi. Oui, c'est vrai. En plus, c'est trop frustrant, parce que du coup, je ne suis pas rentré en interaction avec elle. Je ne peux même pas dire si c'était elle ou pas, du coup. Je reste dans l'inconnu, quoi, tu vois. Mais tout le temps, il y a plein de fois, je ne sais pas si j'ai vu cette personne. C'est moment de doute, mais ça m'arrive tout le temps.
- Speaker #1
Ces stratégies de compensation, ça peut donc quand même être, encore une fois, sacrément coûteux en énergie cognitive. Et ça pourrait même, chez certaines personnes, entraîner une certaine fatigue sociale, voire une anxiété. Il n'existe pas vraiment de rééducation tout à fait efficace de la prosopagnosie développementale. Il existe plutôt et surtout des mises en place de stratégies compensatoires. Olivier Martineau, neurologue au CHU de Caen, évoque dans un article de Science et Avenir le cas d'un homme prosopagnosique qui avait pour sa part chargé son assistante de nommer oralement chaque personne sur le point d'entrée dans son bureau. Le journaliste Philippe Andel, prosopagnosique, lui aussi, expliquait de son côté comment il différenciait les joueurs de foot malgré leurs fréquents changements de coupe de cheveux. Par exemple, il reconnaît Kanté parce que son centre de gravité est plus bas que les autres et il se déplace différemment. Max a donc de son côté développé aussi toute sa panoplie de stratégies. Et l'une d'elles, c'est d'être très chaleureux dans toute première interaction, quelle qu'elle soit. Ce qui peut aussi parfois faire exister des moments qui, de mon point de vue très extérieur, sont assez délicieux. Comme cette rencontre, pour le moins originale.
- Speaker #0
J'étais à café un matin. café à paris et j'allais faire un repérage bref du coup j'attendais et là il ya un mec avec une valise qui passe avec ses airpods un peu en passe devant moi et il me regarde fait au exil du fait d'un tu vois et là bas moi c'est bon j'enclenche mon mon ma métier technique de bois vu comme il me reconnaît je le reconnais après coup tu vois mais évidemment je ne le reconnais absolument pas je voulais faire au sarah et tout comme si tu as tu fais là je n'avais pas de france claque la bise et tout là il fait ça fait combien de temps qu'on s'est pas vu tu vois je vois je sais pas bref et là on potentiellement d'un ou deux ans bref et là je suis là ok là faut que je vraiment que je sache qui est cette personne donc j'active les questions un peu à pas passer un peu en en soum-soum, mais qui me renseigne un peu sur la personne. Et du coup, je dis... Et tu vas où là ? Tu fais quoi avec ta valise ? Et là il me fait, tu sais j'ai mon bureau juste ici, après je vais à une conférence. Je fais, ouais une conférence de quoi ? Et là en fait il me renseigne, il me parle d'un truc de médecine. Et je suis là, de médecine ? Je ne traîne pas du tout dans ce milieu là, je ne comprends pas quoi. Et je suis là, ok, bah ouais trop cool et tout. Et là lui il me pose la question à son tour, et toi tu fais quoi ici ? Je fais, bah, moi là, je fais un repérage, parce que j'ai un tournage, et là je vois dans ses yeux... qui a eu un lueur d'incompréhension, qui se crée face à ma réponse. Vraiment, je vois dans ses yeux qu'il est en train de se dire « Attends, un tournage ? Mais c'est pas la bonne personne. » Et en fait, je comprends à travers ses yeux qu'il s'est trompé, qu'il a confondu deux personnes. Et là, je suis dans une panique totale parce que... En fait, là, il est en train de se dire, OK, je me suis trompé de personne, mais alors qui est cette personne qui semble me connaître ? Sauf que moi, j'ai fait semblant de le connaître. Et du coup, il y a un jeu entre nous deux d'essayer de remplir un peu ce moment lunaire de deux personnes qui ne se connaissent pas, qui font semblant de se connaître tous les deux. Et il y a eu vraiment, j'ai vu dans son regard qu'il était un peu... perdu, moi j'étais perdu et il y avait un grand sourire de gêne de ok, bah trop bien ça fait plaisir de te voir, bah ouais toi moi aussi et vraiment il y a eu deux minutes lunaires on s'est claqué la bise pendant que je claquais la bise j'étais là putain mais potentiellement je claque la bise c'est vraiment un inconnu et random de la rue et le gars se casse et là je reste là en mode putain mais qui étaient ces personnes et Et qui j'étais pour lui ? Peut-être personne non plus. Et vraiment, c'était n'importe quoi.
- Speaker #1
C'est drôle quand même d'explorer ce que nos codes sociaux, mêlés ici à la prosopagnosie, nous amènent à vivre. J'adore. À ce jour, environ 2 à 2,5% de la population sont estimées prosopagnosiques. Et comme dans la plupart des spécificités cognitives, la prosopagnosie semble génétiquement transmissible. Mais ce n'est pas pour autant que cela en fait une règle absolue. C'est comme pour la couleur des yeux, c'est pas parce qu'on a les yeux verts que notre progéniture en héritera forcément.
- Speaker #0
Et tu vois, je pense que tu me mets une personne en silhouette, je pense que je la reconnais plus que... Parce qu'il y a l'attitude. Je repense à notre action, une soirée où on a fait un apéro chez nous. Et là, je parlais, il y avait quatre personnes dans ce petit groupe. Et là, il y a un gars qui arrive pile dans notre cercle. Et ça, c'était chez moi, donc je suis censé le connaître au monde. Et là, je suis là. C'est qui cette personne ? Je le connais. Ça doit être un peu de mari. Et je suis là. Et j'ai un doute. Et je suis là. Mais ce que c'est ? Je ne lui ai même pas dit. Je ne lui ai jamais dit. Je lui ai dit, mais c'est JB. Parce qu'il ressemblait un peu à JB, mais JB, il a une attitude, une manière de parler qui est très particulière. Sauf que là, il était là, il écoutait. Donc en fait, il était assez passif. Il était posé là et il écoutait. Et du coup, pendant que je racontais, je racontais un truc, je ne sais plus quoi, bref. Du coup, ça me perturbait de ouf. En mode, qui est cette personne ? Et ça s'est incrusté un peu. Mais bon, je dois forcément le connaître. Mais j'avais un doute. J'étais sur la bonne piste. C'était JB. Mais en fait, ça ne connectait pas dans mon cerveau. Et du coup, pour faire ça, je l'ai regardé. Je fais, ça va mec ? Et là, il me regarde et il fait, bah ouais mec et tout. Et là, en une demi-seconde, il a activé sa manière d'être. Et là, je dis, hop, bah oui, évidemment, c'est JB, tu vois. Mais il y a eu cette zone de flou. même avec des potes et en fait j'ai juste parce qu'il était allé se couper les cheveux en fait il était allé chez coiffeur la journée il avait juste coupé sur les côtés il avait changé un peu de visage j'avais pas les mêmes repères et en fait tu vois je suis perdu mais vraiment vraiment fort quoi tu vois faudrait pas que j'aille à l'armée et que tout le monde soit rasé en uniforme enfin vraiment ça c'est mon angoisse ultime parce que vraiment je pense que je reconnais personne
- Speaker #1
Dans la prosopagnosie développementale comme dans les troubles dys, ce n'est pas une question de lésions ou de défauts, mais plutôt une façon différente qu'a le cerveau d'organiser les connexions entre certaines zones. On peut parler d'une architecture un peu singulière qui amène des difficultés spécifiques. Avec l'imagerie cérébrale, on a appris petit à petit qu'on pouvait voir où ces différences se situaient. Enfin, à peu près. Enfin, et encore, parce que selon le neuroscientifique Bruno Dubuc, il faut rester prudent. Une compétence ne semble pas liée à une zone du cerveau déterminée. Le cerveau, c'est un réseau gigantesque où de nombreuses régions travaillent en interconnection. En gros, notre cerveau est plein de boucles, de croisements, de signaux qui se répondent et on est encore loin de tout comprendre sur la façon dont ces régions communiquent entre elles. Et en réalité, on ne sait pas non plus encore très bien pourquoi certaines personnes développent ces différences. Pour le moment, on pense que c'est un mélange de génétique, de développement et d'expérience précoce, mais sans certitude. Et puis en soi, ces variations de fonctionnement, en fait, on en trouve plein. Par exemple, certaines personnes ont du mal à se repérer dans l'espace. C'est ce qu'évoquait Max tout à l'heure. D'autres ne peuvent pas se créer d'image mentale. C'est ce qu'on appelle la fantaisie. Il y a aussi la synesthésie. C'est quand les sens se mélangent. Voir une couleur quand on entend un son ou sentir une forme quand on lit une lettre. Puis il y a la musique. Ces personnes qui n'entendent pas les fausses notes ou qui n'arrivent pas à reproduire une mélodie juste. Leur oreille n'est pas mauvaise en soi, c'est simplement que leur cerveau ne traite pas la hauteur des sons comme la plupart des gens. Bref. Nos cerveaux ne sont pas câblés de la même manière. Et ils ne parlent pas un seul langage. Mais ils en parlent des centaines. Chacun avec sa propre grammaire, ses propres nuances. Et parfois, ses propres silences.
- Speaker #0
Non mais tu vois, par exemple, un truc de ouf. Des fois, parfois ça m'arrive d'être pas sûr si c'est moi sur les photos. Je suis pas sûr. Et du coup, et puis il y a un bon fanfaron qui s'est très bien, qui s'amuse beaucoup avec ma prosopagnosie. qui m'envoie des fois des photos avec un mauvais prénom en dessous et qui me sème le doute mais je ne rentre pas dans son jeu pour ne pas... voilà, mais des fois il me le fait avec moi parce que c'est... je sais pas, ça se voit, tu sais des fois tu as une gueule où tu te reconnais pas toi-même et tu sais que c'est toi, tu vois bah moi des fois j'ai vraiment le doute, je suis là mais attends, est-ce que c'est vraiment moi ? comme quoi, même ma propre tête, je pense que je ne consomme pas mon propre visage des fois et à chaque fois je me surprends sur les photos, je suis là, attends, j'ai le grand, j'ai le grand, je suis grand en fait et euh... non et euh...
- Speaker #1
C'est aussi au niveau de la taille, par exemple. C'est un truc qui t'aide à te rappeler des gens.
- Speaker #0
Ouais, franchement, un mec qui fait 2 mètres, déjà, ça te rie. C'est un qui-est. En vrai, c'est exactement ça. C'est un qui-est en mode, j'ai les choses. Est-ce qu'il fait 2 mètres de haut ? Là, j'enlève tout. Je connais deux personnes qui font 2 mètres de haut. En fait, c'est facile. Mais est-ce qu'il fait 1,78 mètres ? Est-ce qu'il est brun ? est-ce qu'il a une petite barbe de 3 jours un peu de moustache une boucle d'oreille sur l'oreille de gauche et là je suis là, vas-y et en fait je suis du père il m'en reste encore 10 dans mon spectre et potentiellement je le connais pas, c'est juste un mec random des fois je me trompe aussi, des fois je me dis c'est cette personne, et en fait on parle à 10 minutes et je suis là, putain c'est pas du tout cette personne et en fait ça s'est pas senti mais je fais un virage c'est marrant parce que je te raconte tout ça en fait je le dis à Merci. Je ne le raconte jamais parce que c'est tellement mon quotidien. C'est juste ce qui se processe dans mon cerveau. Mais en vrai, je suis juste en mode... Des fois, on panique à essayer de ramer, à récupérer les infos et à rediriger la reconnaissance. Mais mon seul but, c'est juste de ne pas paraître bizarre, de ne pas paraître désobligeant ou snob, tu vois, à songe-leveil. En fait, c'est surtout ça, tu vois. C'est juste, je pense, ça me fatigue. Ça me fatigue l'esprit. Parfois, quand je suis un peu fatigué par autre chose, c'est vrai que l'effort, parfois je ne vais pas le faire. Du coup, ça m'aide dans des situations un peu reloues. Donc, j'ai juste créé mes propres mécanismes de contournement pour paraître normal en société et ne pas vexer les gens pour avoir toujours des copains autour de moi.
- Speaker #1
Je remercie Max de s'être confié au micro du Club des 10 sur sa prosopagnosie. Depuis, mon Jules s'est rendu compte qu'il l'était aussi. Étant restaurateur, ça lui pose aussi son lot de challenges quotidiens. Ça m'a aussi permis de découvrir que mon beau-père et une de mes collègues en présentaient également une, de prosopagnosie. Et de mon côté, j'essaie d'entraîner le réflexe de ne pas me vexer quand quelqu'un ne me remet pas, et de dire mon prénom assez rapidement si je soupçonne un doute. Mais ce n'est pas si évident à mettre en place. Vous venez d'écouter le Club des 10. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à vous abonner et à nous laisser plein d'étoiles. Vraiment. Le Club des 10 est autoréalisé et produit. Si vous croyez en ce projet et que vous avez des suggestions de sponsors, n'hésitez pas à m'écrire via Instagram ou LinkedIn. A bientôt !
- Speaker #0
Le Club des 10 par Annabelle Chalopin