- Speaker #0
Bonjour à toutes, bonjour à tous, si vous écoutez le Phil de Will, le podcast qui va vous faire découvrir des gens exceptionnels, des gens hors normes, en tout cas que nous considérons comme exceptionnels et hors normes, vous le verrez en nous écoutant, nous allons à la rencontre de personnes qui ont les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. J'espère que vous aurez autant de plaisir que nous à les découvrir, et grâce à elles et à eux, le monde se porte mieux. Aujourd'hui nous sommes avec Pascal Vies, bonjour Pascal.
- Speaker #1
Bonjour William.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Tu es la toute première, tu inaugures ce podcast et on est très très fiers de t'avoir avec nous. Chers auditorices, pour vous donner un petit aperçu de qui est Pascal, mais après on va la faire parler comme ça vous en aurez un meilleur aperçu. Moi quand je l'ai rencontré, j'ai eu l'impression d'avoir en face de moi une sorte de monolithe lumineux. Donc monolithe, pourquoi ? Parce qu'en fait elle inspire une certaine sagesse, une certaine confiance, et puis lumineux, parce qu'elle transmet une... Une énergie qui vous parviendra, je l'espère. Alors, avant de te découvrir plus à fond, Pascal, peut-être est-ce que tu peux nous dire où nous sommes et pourquoi nous sommes là ?
- Speaker #1
Alors, nous sommes quelque part en banlieue parisienne, dans ma maison, et plus précisément dans mon cabinet de thérapeute.
- Speaker #0
Oui, puisque tu es donc thérapeute, entre autres. Depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Je ne suis pas très forte pour les dates, mais je crois que ça doit faire 12, 13, 14 ans, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je ne peux pas être plus précise, ou alors il faut que je fasse des savants calculs.
- Speaker #0
Quelque part dans les années 2010, début des années 2010. Voilà. Et donc ça, c'est une partie de ton parcours.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et l'autre, ou les autres parties, si on pouvait les résumer, tu dirais quoi ?
- Speaker #1
J'ai exercé plein de professions dans ma vie. j'étais une... j'ai... J'ai découvert le théâtre à l'école et je crois que la première fois que j'ai vu une pièce de théâtre, c'était à Avignon. J'habitais à Avignon à l'époque. C'était une pièce de Gérard Vantadjoli, du « Tête du chien qui fume » . Et en sortant, je me suis dit « je veux faire ça, je veux être sur scène, je veux être comédienne, je veux parler aux gens, je veux transmettre quelque chose par le biais du théâtre » . J'étais la révélation. Et ce genre de révélation, ça m'est arrivé plusieurs fois dans ma vie, d'avoir des moments comme ça où en quelques secondes, je sais exactement où je dois aller.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Donc, pendant la pièce de théâtre, tu te disais, moi, je veux transmettre des émotions, je veux raconter une histoire. Oui,
- Speaker #1
je trouvais ça magique. C'est la première fois de ma vie que j'allais au théâtre. J'avais été une ou deux fois au cinéma.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et il n'y avait pas beaucoup de culture dans ma famille. On ne nous emmenait pas trop ni au cinéma, ni au musée, ni nulle part d'ailleurs. mais... Mais oui, je suis sortie de cette pièce et je ne sais pas, tout m'a inspirée. Et j'ai ressenti quelque chose que je ressens encore. C'est une forme de sentiment de sécurité quand je suis dans une salle de spectacle.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Oui. Quand je suis dans une salle de spectacle ou dans un cinéma, cet espace-là me sécurise. Allez savoir pourquoi.
- Speaker #0
Tu ne t'es jamais posé la question.
- Speaker #1
Je me pose la question, mais je n'ai pas de réponse. Il y a deux endroits où je me sens comme ça. C'est quand je rentre dans une école. Un collège, un établissement scolaire et dans une salle de spectacle. C'est les endroits où je me sens le plus chez moi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
En sécurité.
- Speaker #0
Un lien avec la transmission, peut-être transmission du savoir, des émotions.
- Speaker #1
Oui, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Le public.
- Speaker #1
Et pourtant, j'ai choisi de vous recevoir ici.
- Speaker #0
Et c'est ça qui est paradoxal. Mais pourquoi ? Pourquoi tu as choisi de nous accueillir ici ?
- Speaker #1
Ici, parce que c'est un peu mon... Mon cocon, en fait, c'est un... Tu vois, c'est très chargé de toute ma maison. Il y a beaucoup, beaucoup de choses. Il y a des traces de tout, en fait, dans cette maison. Des traces de mes voyages, des traces de gens que j'ai rencontrés, des cadeaux qu'on m'a offerts qui sont accrochés au mur, qui sont posés sur des étagères. Et voilà, je suis bien ici. C'est un endroit aussi très ressourçant. Et il faut dire que je n'y suis pas si souvent que ça, parce que je reçois ici, mais je... Je travaille beaucoup ailleurs comme si, je ne suis pas souvent chez moi. Et quand j'y suis, j'y suis bien. J'avais envie... C'est la maison rouge, il y a beaucoup de rouge dans ma maison.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de rouge, il y a beaucoup d'énergie comme ça, qui rappelle le feu, qui rappelle le soleil. Et effectivement, alors tu dis, c'est chargé, il y a beaucoup de choses, il y a des tableaux, des sculptures, des meubles qui sont très particuliers aussi. Et tu parles de traces, alors du coup, pourquoi avoir... Ce besoin d'être entourée de traces de tes voyages, de tes rencontres. Pourquoi les traces ?
- Speaker #1
Les traces, c'est les autres,
- Speaker #0
en fait.
- Speaker #1
Je crois qu'à chaque objet, chaque chose qu'il y a dans cette maison, je peux rattacher un souvenir et généralement une personne.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc je suis entourée de plein de gens que j'aime, particulièrement dans ce cabinet. Tout ce que tu vois là autour, je connais tous les auteurs de ces photos ou de ces tableaux. Ils ont tous eu une importance dans ma vie à un moment ou à un autre.
- Speaker #0
Et du coup, c'est important qu'ils t'entourent.
- Speaker #1
Qu'ils soient là. Et il y en a quelques-uns qui ne sont plus là d'ailleurs. et c'est important qu'il soit encore là.
- Speaker #0
Alors donc très bien, merci de nous recevoir dans ce cabinet, précisément dans cette maison. Et on va continuer un petit peu ton parcours. Donc tu disais que tu avais eu une première révélation en tant que spectatrice, une révélation de comédienne, une révélation de transmission d'émotions via le théâtre, via la scène. Et ensuite, qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #1
Ensuite, j'ai travaillé. J'étais dans une famille un peu particulière. Je n'ai pas connu ma maman. Et mon père a eu l'excellente idée de quitter la maison, donc de quitter ma belle-mère avec qui je vivais à l'époque, une semaine avant que je passe le bac. Donc après, il était hors de question que je fasse des études. Il n'y avait plus personne. J'étais un peu laissée à moi-même. Et je suis rentrée dans une compagnie de théâtre tout de suite. À 18 ans et demi, je crois. À peine 19 ans. Je venais de fêter mes 19 ans, je suis rentrée dans une compagnie de théâtre.
- Speaker #0
Après le lycée, quoi.
- Speaker #1
Après le lycée, oui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'ai commencé les études de lettres, que j'ai poursuivies plus ou moins pendant deux ans, mais j'ai tout de suite commencé à travailler, à gagner ma vie en étant comédienne au théâtre du Chêne-Noir à Avignon.
- Speaker #0
Et ça, ça t'a apporté ce que tu recherchais ?
- Speaker #1
Pas du Non, non, ça m'a apporté l'indépendance déjà. Ça m'a apporté de rencontrer des gens, de rencontrer des gens qui étaient des gens de théâtre, mais je n'ai pas vécu une très, très jolie expérience au théâtre du Chêne-Noir. J'étais un peu maltraitée, on va dire, comme personne. Oui, comme jeune femme, j'étais un peu maltraitée en fait.
- Speaker #0
Ce qui fait que le plaisir que tu pouvais prendre vis-à-vis du public quand tu étais sur scène n'était pas bien inférieur à ce que tu pouvais vivre.
- Speaker #1
Oui, en fait, j'étais déjà pas sur scène parce que c'est une compagnie permanente à l'époque, le Théâtre du Chinois. Et le premier spectacle, j'étais à la poursuite. Donc, voilà, mais c'était pas grave, c'était bien parce qu'on préparait un autre spectacle. une grande ampleur, c'est un spectacle qui était l'Orestie des Chilles, qui faisait 4 heures et où il y avait énormément de rôles, moi je crois que j'avais 14 rôles d'accord, dont un rôle qui me tenait particulièrement à coeur, qui était le rôle de Cassandre la fille de Priam prisonnière d'Agamemnon c'était à ce moment là et j'ai pas su faire, c'est à dire c'est un rôle qui me quand je lisais c'était vraiment Ça réveillait plein d'émotions en moi. Je me reconnaissais énormément dans ce rôle. C'était moi. Mais en fait, je crois que c'était trop chargé d'émotions et trop chargé par rapport à mon passé, par rapport à des choses que je n'avais pas encore réglées. D'accord.
- Speaker #0
C'était trop vite.
- Speaker #1
Oui, le metteur en scène a eu la très mauvaise idée, au bout de deux jours de répétition, où il n'arrivait pas à obtenir de moi ce qu'il voulait, de me demander de jouer nu.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Alors, on est dans les années 79, quoi.
- Speaker #0
Oui, cette espèce de grande période où tout le monde...
- Speaker #1
Le théâtre, voilà.
- Speaker #0
Ah ça, il fallait être nu, sinon il n'y avait pas de théâtre.
- Speaker #1
Voilà. Donc, ça, c'est pas... Enfin, j'ai joué nu, j'ai fait ce qu'il m'a demandé. De toute façon, là, j'étais prête à crever pour jouer. C'était ça où je meurs.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais voilà, je n'ai pas été beaucoup accompagnée dans ce moment-là. Donc, ça a été plutôt un moment traumatisant. Et un an après, je me suis barrée de la compagnie.
- Speaker #0
Tu as quitté la troupe.
- Speaker #1
J'ai quitté la troupe en me disant, si je ne suis pas une bonne comédienne, il faut que j'apprenne mon métier. Donc, je monte à Paris.
- Speaker #0
D'accord. Ça, c'est classique.
- Speaker #1
C'est classique. Je suis revenue à Paris étudier le théâtre et le cinéma. Mais ça ne s'est pas super bien passé non plus. J'étais très déstructurée avec des idées noires et tout. C'était un peu compliqué. Et je m'étais dit, en fait, il y avait une petite voix, parce que je suis quand même quelqu'un, j'aime bien aimer dans ton introduction, quand tu as dit les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Et donc, mes pieds sur terre m'ont fait dire à un moment donné, Pascal, t'es un peu toute seule, quoi. Enfin, voilà, je ne peux pas trop compter sur ma vie. Je pouvais compter sur mon compagnon qui était... c'est très attentionné, mais tu es toute seule et il faut que tu apprennes un métier sérieux. Si jamais, à 25 ans, tu n'es pas une star, tu n'as pas l'assurance de gagner ta vie d'une manière correcte, il faut que tu apprennes un vrai métier. J'avais eu plein d'expériences, de petits boulots entre mes trous de comédienne comme ça, parce qu'à Paris, j'ai joué dans plein de trucs et tout, et j'ai fait tous les métiers les plus pourris du monde. J'ai travaillé en usine, j'ai vendu des glaces, j'ai travaillé comme serveuse. Serveuse, des fois c'était bien, des fois c'était moins bien. J'ai travaillé comme ouvreuse au cinéma, à l'époque on était payé au pourboire. Et je me sentais toujours maltraitée, et je me sentais maltraitée par des gens que je n'estimais pas beaucoup. Je me disais, ce n'est pas possible, il faut que j'apprenne un vrai métier pour jamais vivre ça.
- Speaker #0
C'est ça, pour te rendre complètement indépendante de cette population-là.
- Speaker #1
Oui, voilà.
- Speaker #0
Alors, le vrai métier ?
- Speaker #1
Le vrai métier, à 25 ans, je n'avais pas l'espoir d'être une star. Et j'ai décidé d'être infirmière. Un grand tournant. J'ai décidé d'être infirmière parce qu'il y avait en moi, outre la fascination pour le jeu, la comédie, le théâtre, les textes aussi. J'étais une grande lectrice. Je suis toujours une grande lectrice. Mais il y avait toujours quelque chose en moi qui était qu'il faut que je serve à quelque chose. Il faut que ma vie serve à quelque chose. Alors, si je ne peux pas donner des émotions au théâtre comme Maria Cazares, par exemple, parce que moi, je visais Maria Cazares, d'être un modeste.
- Speaker #0
Mais c'est très bien d'avoir un peu d'ambition.
- Speaker #1
D'accord. Il faut que je serve à quelque chose. Donc, voilà, un métier où je vais m'occuper des autres, où je vais soigner. Et puis, il y a quelque chose qui était très rassurant dans le fait de choisir le métier d'infirmière, c'est que lorsque tu es comédien, lorsque j'étais comédienne, je ne savais pas trop qui j'étais. Et tout ce que je pouvais être sur scène, où j'étais exposée, suscitait des jugements. Donc, elle est bonne, elle n'est pas bonne comédienne, elle est bonne comédienne, elle joue bien, elle ne joue pas bien. Et c'est vrai que dans une salle de spectacle, il peut y avoir deux personnes côte à côte. qui regardent le même spectacle et une qui va trouver que le comédien ou la comédienne est prodigieuse et l'autre qui va le trouver nul. Et moi, j'avais besoin de quelque chose de concret. Et je me disais, bon, je vais poser une perf et infirmière, soit tu trouves la veine, soit tu ne la trouves pas.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il y a quelque chose de très carré, de très objectif. Et si je suis une bonne infirmière, ce que j'espérais être, je ne pourrais pas, je ne serais pas sujette à la subjectivité des autres.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'était très important pour moi d'avoir quelque chose de carré, de sûr, de presque scientifique.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ça, et puis de m'occuper des autres, d'être dans le soin, d'apporter un peu de bien. Ce n'est pas soigner que les corps, c'est soigner aussi, ça je l'ai très vite compris dans les stages, c'est aussi être là, juste donner la main, juste être là quand il faut. accompagné, soulagé.
- Speaker #0
Mais c'est ça en fait, parce que ta définition de servir à quelque chose, c'est être là pour les autres. Un trader, un employé de banque, je pense qu'il a l'impression de servir à quelque chose lui aussi. Sauf que ça n'a pas la même définition que celle que toi tu mets. Ça veut dire vraiment être là pour les autres, les soigner, les accompagner, leur transmettre quelque chose, finalement.
- Speaker #1
Oui, et puis nouer des liens aussi. C'était important pour moi de nouer des liens, c'est-à-dire d'être dans un aller-retour, aussi d'empathie, d'affection, de tendresse. Tout ça, c'était important pour moi. Salut toujours, d'ailleurs.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Et qu'est-ce que... Si on imagine, en fait, les jeunes générations aujourd'hui qui sont... enfermés dans leur univers, sur leurs écrans, sur quelque chose de très dépersonnalisé, comme ça, déshumanisé, un peu aux antipodes de ce que tu vois, tu as vécu ou tu vis, est-ce que tu aurais peut-être une valeur que tu aurais envie de transmettre à ces nouveaux arrivants sur Terre ?
- Speaker #1
Je... Je vois ce que tu dis là sur les gens qui sont très concentrés sur eux, très individualistes, très dans l'apparence, dans le consumérisme. Je le vois bien sûr, puisque je travaille beaucoup avec des adolescents ou des jeunes adultes. Mais en fait, moi j'ai l'impression que quand on a des liens avec cette génération-là, il y a quelque chose derrière qui est aussi du besoin de lien, même si tout le monde a besoin de lien. en fait, donc je ne suis pas aussi pessimiste. Je pense qu'il y a plein de choses dont on ne fait pas la promotion dans les médias, mais il y a plein de mouvements comme ça, de réveils, de gens qui sont quand même tournés vers les autres dans les jeunes générations. En fait, j'ai besoin d'y croire, mais parce que je le vois aussi. J'accompagne beaucoup de gens qui ont choisi des métiers du social. C'est peut-être cette partie de la population là que je vois le plus de cette génération et je vois des gens qui sont soucieux des autres donc j'ai l'impression qu'on peut quand même compter sur eux même si tu ne constates pas avec désespoir un processus d'individualisation inéluctable je le constate mais je me dis que c'est c'est juste la société que je ne sais pas qui voudrait que l'on soit une société qui ne créent pas de lien pour ne pas nuire au pouvoir. Donc, on individualise les gens. On pense que la consommation, c'est la chose la plus importante de la vie. Mais regarde, dans les manifs, il y a plein de jeunes.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Il y a plein de jeunes dans les manifs. Il y a plein de... Oui, moi, je vois quand même des élans de solidarité chez les plus jeunes. Alors, je vois aussi la personne qui se casse la figure dans la cour de récré. Au lieu de l'aider, on sort le portable et on la filme. Je le vois aussi.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr.
- Speaker #1
mais... Quand on accompagne, quand on essaye de réfléchir, je crois qu'il y a encore du bon. Il y a encore de l'humanité. Il faut juste un peu aller la chercher.
- Speaker #0
Très bien, d'accord. Et alors, du coup, infirmière, pendant combien de temps ?
- Speaker #1
Alors, en fait, j'étais infirmière, je crois que j'ai exercé pendant 8 ans. Mais pendant ces 8 ans, il s'est passé un truc, c'est que j'ai eu un enfant. J'ai eu un petit garçon. Et là aussi, un de mes grands coups de... D'inspiration. Un jour, je tenais mon enfant dans les bras et je lui parlais. Il était tout bébé. Je lui disais que je voulais qu'il soit très fier de sa maman. Moi, je n'ai pas eu de mère. C'est un rôle que je ne connais pas bien.
- Speaker #0
C'était une grande improvisation.
- Speaker #1
Grande improvisation. J'ai eu un modèle qui était ma belle-mère, la grand-mère de mon fils, la maman du papa de mon fils, qui est toujours de ce monde et qui est une référence pour moi. En la regardant, je crois que j'ai un peu compris ce que c'était qu'être une mère.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà, j'ai eu beaucoup de chance à ce niveau-là. Mais oui, et j'ai dit à mon fils, mais oui, il faut que tu sois super fier de ta maman. Et finalement, quand j'ai un peu décortiqué, c'est sorti tout seul, comme ça je lui ai dit. Après, quand j'ai réfléchi, je me dis, c'est quoi être fier de soi ? Être fier de soi, ce n'était pas être infirmière. Ce n'était pas avoir choisi une voie de sécurité qui était effectivement s'occuper des autres. Et ça, c'était bien. mais Mais j'avais d'autres aspirations, qui étaient la création, en fait. Donc, j'ai travaillé la nuit et j'ai fait des études le jour, des études de cinéma. Donc, je me suis inscrite à la fac. J'ai eu beaucoup de chance parce que je suis rentrée en année de licence directement. J'avais quand même une grande expérience à la fois de comédienne, théâtre, mais aussi cinéma. Puis, j'avais travaillé sur beaucoup, beaucoup de courts-métrages. Je crois que j'ai fait à peu près tous les postes qu'on peut faire sur un film, sauf le son.
- Speaker #0
Sur un plateau de tournage, d'accord.
- Speaker #1
y compris électro y compris machinaux j'ai tout fait c'est bien bravo donc tu as été rattrapée par la création pour pouvoir rendre ton fils fier de toi réaliser mes rêves je me disais être fier de soi c'est réaliser ses rêves mon rêve c'était pas d'être un tiers-mier même si c'était bien mais il fallait que j'aille au-delà il y avait quelque chose de pas assez comment dire trop sécurisant Oui, trop sécurisant. Moi, je crois que j'ai un petit côté pied sur terre, mais j'aime bien l'aventure. J'aime bien aller là où je ne connais pas, j'aime bien rencontrer des choses.
- Speaker #0
La tête dans les étoiles.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Mais les pieds bien assurés quand même.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on voit, c'est que tu nous parles de révélations à chaque fois qui ont peut jalonner ton parcours. Et puis, une fois que tu as fait le tour de quelque chose, tu sais tout de suite que ce n'est plus pour toi. Ou que tu... euh... ou que tu n'es pas suffisamment rempli, nourri et donc du coup tu vas passer à autre chose ça tu le sais,
- Speaker #1
j'ai l'impression que c'est des certitudes qui te partiennent en fait j'ai l'impression que si je n'avance pas je recule le surplace n'existe pas c'est peut-être ce n'est pas une insatisfaction chronique mais c'est aussi une curiosité chronique curiosité chronique et une soif de découverte de nouvelles terre de nouvelles aventures, nouvelles rencontres.
- Speaker #0
Tu voyages beaucoup, du coup.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est peut-être important d'aller voir d'autres cultures, populations. Oui,
- Speaker #1
c'est super important.
- Speaker #0
Est-ce que tu as une anecdote ou un souvenir ou quelque chose qui t'a... vraiment frappé lors de tes voyages ?
- Speaker #1
Je crois qu'il y a deux voyages qui m'ont énormément marquée. Il y a le premier voyage que j'ai fait toute seule, enfin pas toute seule, j'étais avec une amie, mais disons que je suis partie en Inde, je suis partie très longtemps en Inde, je suis partie six mois, et je suis partie avec l'idée de travailler chez Mère Thérésa. Je venais juste d'avoir mon diplôme. Je ne veux pas parler de la partie Mère Thérésa, j'ai pas envie d'en parler parce que ce que j'ai à dire n'est peut-être pas très très positif mais c'était un voyage très formateur parce que je crois que pendant trois jours j'ai pas pu sortir de ma chambre d'hôtel tellement c'était je recevais à l'extérieur une espèce d'énergie tellement forte que j'en étais, je vacillais en fait je vacillais d'étonnement d'étrangeté de du... C'était fou, quoi. Je crois que j'ai mis deux mois à me sentir bien en Inde. Après, j'étais comme un poisson dans l'eau. Mais voilà, parce que je ne comprenais rien. Je ne comprenais rien à la manière de fonctionner des gens, à leurs rapports sociaux. Je ne comprenais rien. J'étais totalement paumée.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a frappée, par exemple ? Qu'est-ce qui t'a, à ce point-là, sidérée, si j'ose dire ?
- Speaker #1
Des choses vraies. j'avais l'impression que J'y étais dans les années 80. La misère partout autour de moi, puisque j'ai voyagé, je n'avais pas beaucoup de sous. J'étais dans un sac à dos, donc je n'étais pas dans les hôtels chic, qui n'étaient pas très nombreux en plus à l'époque. J'avais l'impression que ma vie, que la vie, que je pouvais mourir, ça n'avait pas d'importance. Je ne sais pas comment te dire. C'est la première fois que j'ai eu la conscience de la mort. Parce que la façon eux vivent la douleur, et je l'ai vu aussi en travaillant à l'hôpital, où la douleur, la mort, est tellement différente de la nôtre que je me sentais une poussière. Je n'ai jamais autant pris conscience de mon insignifiance. Je ne sais pas comment...
- Speaker #0
Tu as l'impression que son existence est complètement relative. Oui.
- Speaker #1
Que je sois là ou pas là, ce n'est pas grave.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ce n'est pas grave pour personne. Je crois que c'est ça qui m'a le plus...
- Speaker #0
La conscience qu'on n'est pas grand-chose, finalement. dans ce tout.
- Speaker #1
Oui, et puis de la finitude aussi. Je crois que j'étais, je devais avoir 28 ans, je me sentais très puissante en plus avec mon nouveau métier. Je suis quelqu'un d'assez costaud et tout. Et là, j'étais une brindille.
- Speaker #0
Oui, ça je comprends le côté, la catharsis. Et donc la deuxième expérience ?
- Speaker #1
La deuxième expérience, c'est un peu Elle a un peu d'actualité, mais je vais en parler à ma manière de l'intime, parce que c'est la Palestine, en fait.
- Speaker #0
Tu as été en Palestine ?
- Speaker #1
J'étais travaillée en Palestine, je suis allée en Palestine pendant sept semaines, dont une semaine à Gaza, pour le cinéma, en fait. J'ai animé... Le cinéma, avec un peu... J'étais pas encore psy, mais il y avait quelque chose de thérapeutique. Dans le fait d'amener un projet de cinéma, il y avait quelque chose de thérapeutique. pour les participantes, parce que j'ai réalisé un film à Bethléem avec une dizaine de femmes d'un camp, du camp d'Aïda, avec des femmes de tous les âges. Je crois que la plus âgée avait 72 ans et la plus jeune une vingtaine d'années. Et c'était merveilleux parce qu'il y avait une chrétienne, une communiste et des musulmanes très croyants, très pratiquants, des musulmanes de gauche qui n'étaient pas voilés. Il y avait une espèce de melting pot avec ces femmes. Et il s'est passé une... D'abord, j'étais accueillie comme... Voilà, le sens de l'accueil des Palestiniens, peut-être de cette partie-là du monde, est vraiment absolument incroyable. Je ne sais pas, au bout de deux jours, je n'avais plus une soirée de libre. Et j'ai rencontré aussi des activistes qui m'ont un peu confrontée à ce putain de mur. mais ce que j'ai vécu humainement avec ces femmes ça a été quelque chose de très très très fort je me suis vraiment sentie utile et il y a eu un moi j'ai changé mon regard sur plein de choses grâce à ces femmes et je crois aussi que je les ai aidées à voir des choses aussi différemment et puis j'étais à Gaza à l'époque j'avais été obligée de prendre les gardes du corps figure-toi parce que c'était l'émergence du Hamas et il y a eu Il y avait un journaliste de la BBC qui avait été otage du Hamas. Donc l'ambassade française m'avait permis d'aller à Gaza à condition que j'ai des gardes du corps. Donc c'était un truc un peu particulier d'avoir des gardes du corps avec chacun une kalachnikov dans les mains. C'était un peu bizarre.
- Speaker #0
Oui, quand on vient simplement, si je veux dire, pour faire un film.
- Speaker #1
Oui. Et là, je me souviens, une anecdote qui m'a énormément marquée, c'est quand je suis arrivée au... Donc, j'étais au consulat, pas au consulat français, à l'ambassade, le truc culturel français. L'Institut français. Voilà, à l'Institut français. Lorsque je suis arrivée à l'Institut français à Gaza, à Gaza City, j'étais très en retard, puisque nous avions eu des petits problèmes pour passer l'interminable checkpoint. Tous les postes,
- Speaker #0
tiers, etc. Oui,
- Speaker #1
oui. de... vraiment très minutieusement. Je suis arrivée en retard et je faisais un cours. Je venais de faire un cours sur l'analyse filmique. J'étais propulsée dans une salle. Si tu ne veux pas le temps de regarder où j'étais, je suis rentrée dans une salle où il y avait les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Tout le monde habillé sur son 31. Tous les hommes étaient en costume. Les femmes étaient toutes magnifiquement bien habillées, toutes voilées évidemment.
- Speaker #0
Très formelles.
- Speaker #1
Et là, il fallait que je commence, en fait. Et je me suis dit, je ne peux pas commencer comme ça, parce que tout ce que j'allais dire me semblait d'une dérision absolue. Parce que j'avais traversé un checkpoint, des ruines, déjà des ruines à Gaza. Et puis, c'est surtout que j'entendais des tirs. J'entendais des tirs, je ne sais pas d'où ils venaient, mais j'entendais des tirs. Oui,
- Speaker #0
le moment était complètement surréaliste, en fait. Oui, et moi,
- Speaker #1
je parlais d'analyse filmique, quoi.
- Speaker #0
Oui, oui, c'est ça, oui.
- Speaker #1
Et donc... En fait, je l'ai dit. J'ai dit, voilà, je ne me sens pas très bien vis-à-vis de vous parce que j'ai l'impression que ce que je vais vous amener est totalement dérisoire par rapport à ce que vous vivez. Donc, je l'ai dit en anglais, je crois. Oui, je crois que je l'ai dit en anglais. Je ne parle pas super bien anglais, mais je l'ai dit en anglais. Et il y a un homme qui a levé la main et à qui j'ai donné la parole. J'étais même étonnée qu'il lève la main et qu'il m'a dit qu'en gros, que ce que je venais apporter, Ça te donne de l'émotion ?
- Speaker #0
C'est normal. Là, c'est vraiment normal. C'est tellement fort comme décalage d'espace-temps entre ce que tu venais de vivre et là où on te positionne, sans même que tu puisses respirer deux secondes, fatalement.
- Speaker #1
Et cet homme m'a dit que de parler de cinéma, de parler d'analyse d'image, d'éducation à l'image, c'était justement être vivant et être vivant dans... Dans le métier qu'ils avaient choisi, qui était professeur. Et il me disait ça, c'est ça qui nous sauve, parce que notre vie est horriblement difficile, parce que nous sommes dans une prison à ciel ouvert, et ce qui nous sauve, c'est vraiment ce que vous pouvez apporter là, de nous parler de cinéma. Parce que la vraie vie, c'est ça. La vraie vie, c'est la culture, la vraie vie, c'est transmettre du savoir, c'est ça la vraie vie, c'est pas ce que nous on vit. Et j'avoue que quand ce monsieur m'a parlé, j'étais très émue. Et en fait, ça m'a donné l'impulsion et j'ai commencé mon cours, ce que j'avais à transmettre. Je l'ai commencé avec beaucoup d'enthousiasme et je l'ai fait avec beaucoup de cœur. Vraiment, c'était... Oui, je crois que c'est le dernier voyage qui m'a beaucoup, beaucoup marqué. C'était la Palestine.
- Speaker #0
C'est super, c'est vraiment super. Et en fait, on voit complètement par rapport à ton témoignage que... quelles que soient les circonstances des plus tragiques des plus sombres des plus finalement inéluctables le besoin de se raccrocher à quelque chose de créatif d'artistique la tête dans les étoiles c'est ce qui nous maintient en humanité moi je lis ça dans ton témoignage et je trouve ça bouleversant c'est très bien, bravo d'avoir fait ça et de nous l'avoir partagé Et donc... Tu as mené une carrière de réalisatrice. Sur quel type de film ? Sur quelle thématique ?
- Speaker #1
Ça aussi, c'est... Je suis partie sur la fiction. J'ai fait des premiers courts-métrages de fiction. Beaucoup d'histoires de femmes. Et ensuite, j'ai écrit un scénario de long-métrage. Moi, je n'ai pas beaucoup d'imagination, donc je me sers vraiment de ce que je vis. même si après je peux imaginer et tout ça, mais il y a toujours une base. Et comme infirmière, j'ai travaillé à l'Institut Gustave Roussy. qui est le plus grand centre d'oncologie européen. Et comme j'aime bien la facilité, j'ai travaillé en pédiatrie.
- Speaker #0
Pourquoi c'est plus facile de travailler ?
- Speaker #1
Non, c'est ce qui est le plus difficile.
- Speaker #0
J'imagine, oui.
- Speaker #1
Je crois que c'est le plus difficile. D'ailleurs, j'ai tenu deux ans. Parce que voir des enfants mourir, c'est violent. Oui,
- Speaker #0
c'est bouleversant.
- Speaker #1
Et j'ai travaillé, la dernière année où j'ai travaillé à Gustavo aussi, j'ai travaillé en grève de moelle. Donc il y a un service qui est très pointu. Et dans ce service, à l'époque, je ne sais pas comment c'est maintenant, on n'avait que deux malades. Il y avait des soins tout le temps, puis c'était des soins stériles, donc ils prenaient beaucoup de temps à exécuter. Donc on avait deux malades. Et j'ai eu une histoire d'amitié avec une jeune fille qui s'appelait Caroline.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
C'était une adolescente. On est venus super proches. Et elle est morte. Et à partir de cette histoire, j'ai inventé un scénario où elle mourait de la manière dont... Elle ne mourait pas à l'hôpital, on va dire. avec une histoire d'une infirmière qui venait enlever une jeune fille et qui passait la dernière semaine de sa vie avec elle et qui l'accompagnait pour qu'elle fasse les choses qu'elle avait envie de faire parce qu'elle n'avait pas beaucoup de temps pour les faire donc j'ai écrit ce scénario je vais de la faire brève j'ai eu l'aide à l'écriture donc je l'ai réécrit avec Claude Faraldo à l'époque Un cinéaste que j'ai apprécié beaucoup et un grand scénariste. Et puis ensuite, j'ai eu l'aide à la maquette. Donc, j'ai fait une séquence du film.
- Speaker #0
Tout le parcours du combattant. Combattant, mais rêvé, que tout le monde souhaite avoir, c'est bien.
- Speaker #1
Et après, la commission du CNC a changé et je n'ai pas eu l'avance sur E7.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, je n'ai pas fait ce film de long métrage que je rêvais de faire. Et je l'ai appris dans ma voiture. Le CNC m'a appelé dans ma voiture. J'allais faire cours de cinéma près de Louis Lumière, à Champs-sur-Marne. Et là, j'ai hurlé dans ma bagnole. Je trouvais ça tellement pas juste. J'ai hurlé. Et il y a une espèce de révélation qui est arrivée encore. Je me dis, de toute façon, je vais faire des films. CNC ou pas, je vais faire des films. Je ne vais pas m'arrêter. Et il n'y a personne qui m'arrêtera. Et puis, la vie est étonnante. c'est Une semaine plus tard, j'avais un ami qui est décédé aujourd'hui qui s'appelait Jean-Henri Herogé, qui m'a dit, écoute, viens voir là, au République, il y a un gars, j'ai choisi son film, c'est des réalisateurs qui choisissaient d'autres réalisateurs, c'est une espèce de tournette comme ça, et je suis sûre que ce film va te plaire, et ce gars, il s'appelle Denis Guerbrand, et il a fait un film qui s'appelle La vie est immense et pleine de dangers. Je me rends à la projection. Et qu'est-ce qu'avait filmé Denis Gerbrand ? Il avait filmé un petit Boris à qui on venait de trouver une leucémie. Et il a filmé tout le parcours de Boris jusqu'à sa guérison. Enfin, quand il a commencé à filmer, il ne savait pas s'il allait guérir ou pas. Et en sortant de ce film, je me suis dit « Mais ce film-là, j'aurais pu le faire. » Pardon Denis. Mais ce film-là, je sentais que c'était... Et du coup, j'ai commencé à faire des documentaires. Mon premier documentaire, à l'époque, je travaillais au cinéma du Palais. Je m'occupais du jeune public au cinéma du Palais de Créteil. Je faisais plein de projets partout avec des enfants, de la maternelle jusqu'au lycée. J'ai suivi pendant un an un petit groupe d'enfants qui étaient dans un IMP. Ce sont des enfants différents. J'ai monté un projet avec leur maîtresse. sur l'image, sur comment je me vois moi, comment les autres me voient, comment je vois le monde. Et j'ai fait mon premier film documentaire comme ça. Et je l'ai fait sans moyens. Je crois que j'avais emprunté la caméra de Maggie Marin que je connaissais puisque le papa de mon fils travaillait avec Maggie Marin. Moi-même, j'ai travaillé avec Maggie Marin pendant cinq années. Pendant mes études d'infirmière, j'avais un peu gagné ma vie grâce à Maggie. Et ce film a marché. Ce film a marché parce que je ne l'ai fait avec rien. Mais on l'a montré à des producteurs et tout ça. Je l'ai vendu et ça a marché. Et là, c'est parti. J'ai fait pas mal de films documentaires suite à ça. Et mes thématiques étaient tout le temps... J'ai fait deux films à l'étranger. Mais mes thématiques... tout le temps autour de l'humain. Et les derniers films que j'ai faits, j'avais un peu une marque de fabrique. J'aime beaucoup filmer les jeunes, j'aime beaucoup filmer les enfants, j'aime beaucoup filmer les adolescents. J'ai fait plein de films autour de ça. J'ai fait des films sur l'éducation à l'image, par exemple, où j'ai monté un projet avec une classe que j'ai suivi pendant un an. Une classe qui est allée beaucoup au cinéma, qu'on a emmenée à Cannes au Festival de Femmes de Créteil, Ciné Junior, qui a fait plein de parcours cinémas.
- Speaker #0
C'est plein d'expériences.
- Speaker #1
Oui. Et puis voilà, jusqu'à ce que je fasse d'une école à l'autre, qui est un film qui a dix ans maintenant. Ce film-là, je l'ai fait... Je faisais des études de psy en même temps, à l'époque. Et en fait, j'ai fait ce film-là d'une école à l'autre avec une... Moi, je fais toujours des films avec des questionnements, des choses qui, tout d'un coup, me trouvent dans la société où j'essaye non seulement d'en parler, mais j'essaye de résoudre, d'amener ma petite pierre à l'édifice. Et là, je m'étais aperçue, parce que j'intervenais dans beaucoup d'établissements scolaires pour le collège de cinéma ou école de cinéma, comme prof, prof de cinéma. Et là, je voyais qu'il y avait de moins en moins de mixité sociale dans les classes. J'avais des classes... C'est-à-dire, en une journée, je pouvais passer d'une classe de CM1, qui connaissait François Truffaut, La Nouvelle Vague, qui me parlait de musique intradiégétique ou extradiégétique.
- Speaker #0
D'accord, avec un capital culturel exprès, on fait page là en tout cas.
- Speaker #1
À une classe de troisième qui ne connaissait rien de tout ça, qui avait du mal même à comprendre des mots simples que je pouvais prononcer. et qu'il fallait que je révise mon vocabulaire pour me faire comprendre. Donc, je voyais des ravins comme ça dans l'école. Et donc, je me suis dit comment je peux en parler et comment je peux, moi, faire pour essayer d'arranger un peu les choses d'un tout petit niveau, faire la goutte d'eau, quoi.
- Speaker #0
Avec chacun son grain de sable, bien sûr. OK.
- Speaker #1
Et du coup, d'une école à l'autre, j'ai réuni dans le même projet une classe... dans le cinquième arrondissement, une classe à Belleville. Ils ont fait un projet de spectacle commun.
- Speaker #0
Super.
- Speaker #1
Voilà. Et donc, j'ai montré en une heure et demie à la fois comment l'art, parce qu'ils ont touché à peu près à tous les arts, faisait se rencontrer soi-même et rencontrer les autres, et comment la mixité sociale tirait tout le monde vers le haut. Donc, les riches ont appris à partager, et les pauvres, ils ont appris à... se redresser, à dire « je » et à projeter la voix, comme l'a dit une petite Kujinti dans le film.
- Speaker #0
Super ! Bon, j'espère que les gens qui nous écoutent prendront exemple sur ça, effectivement, parce que la mixité sociale, c'est un vrai catalyseur. J'ai une dernière question avant qu'on arrive à la dernière séquence de l'émission. Je rebondis sur ton rapport à l'image en fait. Tu disais que tu avais fait ton premier documentaire sur qu'est-ce que l'image de soi, à quoi... Et moi ça m'amène à te demander, pour toi qui as choisi ce métier de l'image en fait, à quoi ça sert une image ? Qu'est-ce que c'est qu'une image ? Une belle image ? Une image idéale peut-être ? Et à quoi ça sert ? Est-ce que ça véhicule quelque chose ou ça sert simplement à être beau ? Qu'est-ce que tu dirais ? Qu'est-ce que c'est qu'une image et quelle est l'image ? que tu ne voudrais pas laisser de toi ?
- Speaker #1
Il y a deux grandes questions. La première, l'image, ça transmet quelque chose. Ça transmet de l'information, de l'émotion. Je parle de l'image animée, en tout cas. L'information, de l'émotion. La beauté, c'est aussi une émotion. Moi aussi, j'aime beaucoup les belles images, même si ça n'a jamais été mon souci premier dans mes films de faire des belles images. Mais il y a, là maintenant, enfin... pas de vie, parce que je ne suis pas en famille, mais j'ai envie de faire des belles images maintenant. J'ai envie de soigner l'esthétique de mon cinéma.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais c'est surtout que moi, l'image, je lui ai trouvé une utilité dans mon métier de thérapeute. J'ai un peu réuni mes deux passions, l'image et la relation d'aide, en accompagnant des gens, et j'en ai accompagné beaucoup, là je crois que j'en ai accompagné 1734.
- Speaker #0
j'ai fait compte il n'y a pas longtemps c'est bien,
- Speaker #1
bravo donc j'ai accompagné tous ces gens là à réaliser leur autoportrait en vidéo j'ai un peu mélangé la relation d'aide et l'image comme de l'art thérapie et je mets au service des personnes que j'accompagne, mes connaissances, mes compétences, on va dire, en matière d'images. J'en ai fait tellement que je ne me pose plus tellement la question de où je mets la caméra. C'est assez instinctif, je suis assez créative, donc je peux vraiment accompagner les gens en les écoutant beaucoup et des fois en tirant le petit bout de la pelote, à dérouler et à trouver des images qui vont symboliser ce qu'ils veulent dire, ce qu'ils veulent dire d'eux. Et donc pour moi, l'image aussi aujourd'hui a une vertu thérapeutique. Donc l'image, c'est beaucoup, beaucoup de choses. Mettre au service des autres la pratique de la vidéo, c'est un accélérateur de connaissance de soi qui est incroyable. Enfin, je dis incroyable parce que je continue à accompagner les gens et je vois, je suis même des fois surprise de l'efficacité. C'est-à-dire que dans ce monde où on est... Tout le monde fait des images avec son téléphone portable.
- Speaker #0
C'était ça que je questionnais un petit peu. Les gens qui se filment, qui se mettent en scène finalement, mettent en scène globalement, majoritairement, une espèce de vie rêvée, de vie idéale. Alors que j'ai l'impression, d'après ce que tu dis, qu'une image vient révéler des traits de personnalité, une sorte d'intimité. Si on la laisse parler, si on lui donne un rôle... naturelle et pas artificielle. Et ça va à l'encontre de tous ces artifices d'images qu'on essaie de véhiculer aujourd'hui en se filmant, en se mettant en scène de façon plus ou moins sophistiquée.
- Speaker #1
C'est vrai que moi, ce que j'essaye d'accompagner auprès des gens, à la fois parce que je continue à enseigner le cinéma et dans mon métier de psy, de faire de la vidéothérapie. c'est de faire prendre conscience que c'est pas anodin de faire une image parce que l'image elle reste et elle reste dans le cloud, elle reste dans je ne sais où elle reste et donc c'est quelque chose d'important de partager quelque chose de soi aux autres et qu'il faut mieux y réfléchir avant c'est juste ce que j'essaye de dire et souvent aussi des jeunes personnes que j'accompagne en thérapie ... qui me montrent leur profil et où je vois et je leur dis c'est pas toi c'est pas vous, c'est pas toi là tu as donné une image de toi qui souvent pour les filles elles se sont objélifiées et quand elles se plaignent que les garçons les regardent comme des objets je dis mais réfléchis toi comment tu te montres j'ai souvent conseillé à mes jeunes clientes de mettre sur leur profil de... Elle, naturelle, avec un nez rouge de clown. Et là, peut-être que tu attireras moins de prédateurs et plus de gens sympathiques. Mais oui, c'est...
- Speaker #0
Ça ne sert à rien de se cacher derrière un artifice sous prétexte que c'est la mode ou que ce serait une norme imposée.
- Speaker #1
C'est des gros dégâts chez les jeunes filles, ça.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
je parle de ce travail dans un livre qui est sorti au mois de décembre 2023 qui s'appelle Vidéothérapie aux éditions Maya et où j'explique ce travail et c'était important pour moi de faire ce livre là c'est un livre qui se lit comme un roman parce que c'est plein d'expériences il y a des personnages, il y a 15 personnages parce que j'ai vraiment envie de transmettre ce travail là j'ai envie de le transmettre eux. Parce que ça marche, parce que j'ai des résultats quand même quelquefois spectaculaires, vraiment.
- Speaker #0
Oui, moi je ne saurais que trop recommander la lecture du livre, qui est à la fois très, c'est vrai que c'est très didactique, c'est très pédagogique, et c'est vraiment vraiment émouvant, parce qu'on sent les personnes se transcender lors de leur accompagnement, et puis finalement on sent aussi que leur transcendance... te transcende à toi aussi. Et l'image que tu ne voudrais pas laisser de toi, si tu avais quelque chose que tu ne voudrais pas rendre impérissable, dans le temps.
- Speaker #1
Ce que je n'aimerais pas qu'on dise de moi, c'est pas que j'étais égoïste, mais je ne crois pas qu'on puisse le dire.
- Speaker #0
Je ne crois pas, non.
- Speaker #1
Je ne crois pas qu'on puisse le dire que tu es égoïste.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, on a fait le tour de plusieurs choses où tu disais Je me suis rendu compte que ce n'était pas pour moi, je me suis rendu compte que c'était insuffisant, je me suis rendu compte que je n'étais pas suffisamment nourri par ce genre de choses. Donc j'ai bifurqué, j'ai fait ça, j'ai fait ça. Ce qui a une certaine cohérence en même temps dans ton parcours. mais du coup, on peut se dire que rétrospectivement Il y a quelque chose que... Peut-être qu'il y a quelque chose que tu ne voudrais pas... Il y a une trace que tu ne voudrais pas laisser ou une image que tu ne voudrais pas...
- Speaker #1
Alors moi, comme jeune comédienne, j'étais mais archi nulle.
- Speaker #0
D'accord, d'accord, ok.
- Speaker #1
Il faut qu'on oublie ma partie comédienne.
- Speaker #0
Alors on ira par terre pour cette partie-là, c'est promis. Pascal, dans l'émission, il y a une deuxième séquence. La première séquence, c'est l'invité qui choisit le lieu et qui nous explique pourquoi nous sommes là. Et puis la dernière séquence, l'invité choisit une chanson et on demande à ce qu'elle nous chante un petit morceau de cette chanson. Alors, tu vois, il ne faut pas du tout se sentir stressé, tout le monde chante très bien, on le sait. Et toi, tu as choisi Les 400 coups de Léo Ferré, c'est-à-dire une chanson qui dans ses premiers temps, dans ses premiers mois d'existence, je crois, a été censurée. Oui. Alors, qu'est-ce qui s'est passé avec cette chanson ? D'abord, de quoi est-ce qu'elle parle ? Pourquoi les 400 coups ? Et pourquoi cette censure ?
- Speaker #1
C'est d'abord, pourquoi Léo Ferré ? Et pourquoi Léo Ferré ? Écoute, je crois que j'ai rencontré Léo Ferré... D'abord, je l'ai rencontré pour de vrai, parce qu'il venait chanter régulièrement au Théâtre du Chêne-Noir. Mais avant de le rencontrer pour de vrai, j'ai rencontré son oeuvre, enfin, j'ai rencontré ses chansons. Mais je l'ai à 14 ans... Non, 15 ans, voilà, 15 ans. à 15 ans j'ai découvert Léo Ferré je crois que la première fois que j'ai découché c'était pour aller voir un spectacle de Léo Ferré, moi j'habitais à Lignon, il était à Arles j'ai jamais pu rentrer et tout donc j'ai dû passer la nuit à Arles comme je pouvais pour aller voir Léo Ferré chanter écoute, je ne sais pas, Léo Ferré m'a touchée à un point comme la poésie pour moi c'était le plus grand poète du XXe siècle Léo Ferré il m'a touchée, je comprends un peu plus maintenant Pourquoi il m'a touchée ? Parce que, je ne sais pas, quand j'écoute Léo Ferré, j'ai la tête dans les étoiles. J'ai l'impression d'atteindre une autre dimension. Non seulement la poésie, sa voix, son phrasé, son expressivité, son émotion qui dégage. Je ne comprenais pas tout, je ne comprends toujours pas tout chez Léo Ferré, mais il m'évoquait des images. Des images. Et il me donnait envie de me lever et de me mettre en marche. Ferré, je le vois toujours debout, le poing en l'air, avec son pantalon trop court, ses chaussettes rouges qui dépassent, et un projecteur derrière lui qui lui fait une tête auréolée de ses cheveux blancs. Et en fait, j'écoute d'autres choses, mais je reviens toujours à Léo Ferré. Il n'y a personne qui a dépassé Léo Ferré. dans l'engouement que j'ai pu avoir, personne.
- Speaker #0
C'est quand même un étendard de référence.
- Speaker #1
Oui, c'est une référence absolue. Et les 400 coups, effectivement, c'est une chanson qui a été écrite l'année de ma naissance et qui a été interdite. À l'époque, il était chez Barclay. Elle était interdite parce qu'elle était trop libertaire. Elle était anti-théiste, comme ça, un peu contre la religion.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, oui.
- Speaker #1
et et Et d'une poésie dingue. Je ne sais pas si je vais la fredonner parce que je ne chante pas très bien. Mais je ne sais pas.
- Speaker #0
Si tu veux, tu peux nous donner un petit extrait comme ça sans forcément ajouter la mélodie.
- Speaker #1
S'il faut tirer par tous les bouts Copains, tirons les quatre sans coups Voilà. Merci beaucoup. Mais je ne sais pas. Lancer la carmagnole Oui. Et des paras sur le tonnerre, c'est quand même magnifique. Ou s'asseoir à être le treizième à la table du diable, même si ça doit porter bonheur, c'est quand même sublime.
- Speaker #0
Oui, je crois qu'on touche au sublime avec ce type de chanson et ce type d'auteur, ce type de poète, qui effectivement n'a pas beaucoup de remplaçants.
- Speaker #1
et je suis très contente parce que j'ai transmis cet amour à mon fils ah bravo parce qu'il écoute Léo Ferré depuis qu'il est petit il a même eu les hontes de sa vie parce que je chantais les 400 coups avec le poing en l'air sortant de la voiture et lui il se cachait son maman t'exagère et maintenant il adore Léo Ferré c'est pas grave c'est un joyeux traumatisme donc s'il te plaît ne me fais pas chanter mais je veux bien lire les paroles si tu veux Merci.
- Speaker #0
Non, mais écoute, c'est bien. Je pense qu'on a un petit aperçu de ton univers et puis de ton rapport à Léo Ferré. Ça, c'est le principal. Merci encore, Pascal. Et merci à vous, chers auditeuristes, de nous avoir suivis. Nous vous donnons rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode du film de Will.