Speaker #1Tarot et IA, faut-il demander son tirage à ChatGPT ? Bienvenue dans Le Magicien, le podcast où on rebat les cartes. Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un truc qui m'est arrivé récemment et qui m'a tellement fait réfléchir que j'en ai fait tout un épisode. Alors d'abord le contexte, j'ai un Patreon qui est ouvert à tout le monde dans lequel je partage régulièrement des exercices de tirage pour s'entraîner à lire les cartes. Et le principe est simple, je vous donne une situation, une question, un tirage avec ses emplacements, vous avez les cartes en photo et vous proposez votre interprétation. Et comme les gens partagent leur lecture en commentaire, on voit toutes les différentes interprétations, chacun s'inspire des autres, c'est une richesse incroyable. Donc participer permet de progresser très vite en fait. Bref, si ça vous tente, c'est gratuit, le lien est dans les notes, venez jouer avec nous. Et donc l'autre jour, je mets mon petit exercice de tirage habituel. Et la premier commentaire, quelqu'un écrit « j'ai eu la flemme donc j'ai demandé la réponse à ChatGPT » . Voilà la réponse. Et donc là je suis embêtée parce qu'en effet c'était pas mal et donc je comprenais que la personne ait voulu partager ça. Et je réfléchis un bon moment, et au final, je supprime le commentaire. C'était la première fois que je supprimais un commentaire depuis un an que le Patreon fonctionne. Pourquoi ? Parce qu'il n'était pas pertinent, alors même que le contenu était bon, entre guillemets. Moi, je donne un exercice. Un exercice, c'est fait pour s'entraîner à réfléchir. Ce n'est pas fait pour avoir la réponse, en fait. Le but, ça n'a jamais été d'avoir la réponse. C'est un peu comme si vous alliez à la salle de sport pour faire de la muscu, pour soulever des poids. Le but, ce n'est pas que les poids soient soulevés. Imaginez quelqu'un qui débarque à la salle et qui dise « Eh les copains, j'ai trouvé une solution, voilà une machine qui soulève les poids toute seule, vous n'avez plus besoin de vous embêter. Vous nous avez demandé que les poids soient soulevés, ben ils sont soulevés. » Et résultat, démotivation totale pour tous ceux qui avaient fait l'effort de venir. Et surtout, on a raté la raison pour laquelle on était là en fait. Mais là, c'était intéressant parce qu'on avait touché à un réflexe. On cherche une réponse, on a une machine qui la donne, donc on la partage, c'est logique. Mais cette petite histoire toute bête touche en réalité à des questions immenses et qui me paraissent hyper importantes, donc j'aimerais bien qu'on réfléchisse ensemble à trois choses. D'abord, premièrement, pourquoi en tarot ce qu'on cherche, ce n'est pas la réponse ? Moi j'aime bien provoquer et expliquer que le tarot ça n'existe pas, etc. Et bien là c'est la même chose, se focaliser sur la réponse, c'est rater l'essentiel. Le tarot c'est un outil de réflexion, donc il sert à apprendre à réfléchir, et donc on va parler des conséquences que ça a. 2. Qu'est-ce qu'on risque de perdre exactement si on demande la réponse à l'IA ? Parce qu'il y a un vrai danger. Et à mon avis, il y a une distinction fondamentale à comprendre si on veut continuer à vivre, à travailler lucidement dans le paysage qui se profile. Et 3. Une fois qu'on aura compris le danger, comment retourner la situation ? Comment se servir de ces outils au lieu de les servir ? Et comment en tirer une force ? Parce que les choses ne sont pas toutes blanches ou toutes noires. Parce que, croyez-moi, les grandes entreprises qui les fabriquent ont très très envie que ce soit nous qui les servions, mais ce n'est pas forcément notre intérêt. Donc on va voir ça tout de suite. Alors commençons par une question toute bête qu'on ne se pose jamais vraiment explicitement. Pourquoi est-ce qu'on se tire les cartes en fait ? À quoi ça sert ? Parce que si on y réfléchit, pour la plupart des choses, ce n'est pas un outil très pratique. Si vous voulez savoir comment faire quelque chose, comme monter un meuble, faire une béchamel, je ne sais pas quoi, il y a des tutos YouTube pour ça. Si vous avez une question sur votre santé, il y a des médecins pour ça, et j'espère bien que vous irez les voir plutôt que de demander aux cartes. Donc le tarot ne sert pas à ces choses-là. Alors à quoi est-ce qu'il sert ? Moi je dirais qu'on tire les cartes pour deux raisons, et seulement deux raisons. La première, c'est le versant divinatoire, on veut connaître l'avenir. Par exemple, est-ce que mon fils va avoir son permis ? Et l'intérêt est hyper concret, parce qu'on veut pouvoir se préparer plutôt que de devoir improviser le jour du résultat. La deuxième raison, c'est ce qu'on fait en tarot psychologique. On veut comprendre où on en est, ce qu'on veut, qui on est. Et là, il y a une difficulté de taille à ces questions-là, parce qu'on n'est pas objectif. On a toujours des croyances, on a toujours des injonctions qui pêchent sur nous, qui nous empêchent d'y voir clair. On a un mal fou à penser au-delà de nos propres filtres, sans qu'il y ait une aide extérieure, en fait. Et donc, c'est pour ça qu'on va tirer les cartes au hasard, au lieu d'aller sélectionner celles qui nous arrangent ou celles qui correspondent à ce qu'on a envie d'entendre. Parce que comme le hasard ne s'embarrasse pas de nos croyances, le tirage ne va pas nous répondre ce qu'on croit. Il va nous répondre autre chose que ce qu'on croit. Et c'est ça qui est intéressant parce que le but du tirage, ce n'est pas du tout de nous donner la vérité. La vérité, c'est une notion compliquée. C'est même une notion dangereuse. Réfléchissez. Quand on pense de quelqu'un, ah là là, celui-là, il dit la vérité. Quand on pense ça, on n'est pas loin de l'emprise. Parce qu'à partir du moment où on décide que quelqu'un dit la vérité, on arrête de penser quand il est là. Ce n'est pas la peine. On va boire ses paroles à la place. Et c'est précisément le mécanisme contre lequel je passe mon temps à vous mettre en garde. L'intérêt du tarot, ce n'est pas qu'il nous dise la vérité, c'est qu'il nous dise autre chose que ce que nous croyons. Peu importe ce qu'il nous dit d'ailleurs, tant que c'est autre chose. Et c'est ce décalage, c'est l'écart entre ce que je croyais et ce que les cartes me racontent, que je vais sentir, parce que ce décalage, il va m'interpeller, il va m'embêter, il va me gratter. Et c'est dans cette gêne que se cache la possibilité de me mettre à penser autrement. Parce que si j'ai cette carte-là qui m'embête, comment est-ce que je peux expliquer qu'elle soit tombée quand même ? On va repenser les choses. Et donc, repenser les choses, c'est se donner une chance de dépasser ses croyances. Alors, voilà comment ça marche concrètement. Je fais mon tirage, je me donne une règle du jeu. Pendant la durée du tirage, je considère que les cartes disent vrai. Et alors, attention, ce n'est pas une foi. C'est une règle du jeu, ce n'est pas une croyance même. C'est une règle dans le sens où on fait semblant. Quand je suis sous emprise, je crois que l'autre dit vrai, donc j'arrête de penser. Mais si je fais semblant que les cartes ont raison le temps du tirage, Pour comprendre pourquoi une carte surprenante est venue quand même, il faut bien que je me mette à réfléchir. La règle, c'est quelque chose qui oblige à prendre la carte au sérieux le temps de la partie. Je tiens à cette histoire de jeu parce que le jeu, c'est ce qui donne de la liberté alors qu'une croyance, en fait, s'enferme. Et donc, ce qui m'intéresse dans le tarot, ce n'est pas la réponse qu'il donne. C'est que sa façon de répondre m'interpelle et que cette interpellation me fait comprendre que ce que moi, je prenais pour une évidence n'était en réalité qu'une croyance. Je pensais, par exemple... que c'était égoïste de se demander qu'est-ce que je veux vraiment, parce que pour moi, de par mon éducation, c'est évident que c'est mal, donc je n'allais même pas y penser. Le tarot me répond que c'est nécessaire. Ah ! Je suis donc obligée de regarder les choses autrement. Donc il suffit que les cartes me montrent qu'on peut raconter l'histoire autrement, et ça suffit à me prouver que mon opinion n'était pas une vérité absolue, puisqu'on peut dire autre chose. Et donc moi, je trouve ça très sain comme façon de penser, et beaucoup plus sain que l'autre option. L'autre option, c'est je pense que j'ai raison, donc les autres ont tort. Et d'ailleurs, pourquoi je pense ça ? Parce que c'est évident, ou parce que le leader charismatique que je me suis choisi pense ça, donc ses ennemis sont mes ennemis, et donc la société pour moi va se diviser en deux camps, les gentils comme moi et les méchants comme eux. Vous voyez le problème colossal en termes politiques. Simplifier la pensée, c'est la manipuler. Or, réfléchir avec le tarot, c'est le contraire, c'est compliqué, c'est s'entraîner à affiner sa pensée. Affiner sa pensée, c'est le contraire de la simplifier. Vous remarquez que le tarot n'arrive même pas à répondre par oui ou par non. Il répond toujours, c'est plus compliqué que ça. Quelle que soit la question que vous posez, vous demandez est-ce que oui ou non il va se passer ça, le tarot va toujours vous donner des conseils. C'est toujours plus compliqué que ça. Si on n'affine pas sa pensée, on tombe vite dans le noir et blanc. Le noir et blanc, ça fabrique des ennemis, donc ça fabrique de la violence. Prenons un exemple, imaginez que je sois en conflit avec quelqu'un. si je suis en conflit avec lui, je pense qu'il a tort. Et comme il s'obstine, j'en déduis qu'il est méchant. Et donc, si je reste sur cette vision simpliste, je n'aurai pas d'autre solution que d'aller le taper, parce que dans mon point de vue, c'est ça qui fait sens. Maintenant, imaginez que je me fasse un tirage là-dessus. Je vais prendre les emplacements suivants. Je vais mettre une carte pour mon point de vue, je vais mettre une carte pour son point de vue, ensuite, je vais mettre les raisons pour lesquelles je pense ce que je pense, et là, je vais mettre les raisons pour lesquelles lui pense ce qu'il pense. Avec un tirage comme ça, quelles que soient les cartes qui tombent, je vais être obligée de constater que de son point de vue, il y a des raisons pour lesquelles il pense ce qu'il pense. Et donc s'il y a des raisons pour lesquelles il pense ce qu'il pense, il n'est pas simplement méchant. Parce que de son point de vue, même si je ne partage pas ce point de vue, de son point de vue ça fait sens. Et là en fait, j'ai affiné ma compréhension au point que, comme je reconnais que son point de vue fait sens, au point que je vais pouvoir rentrer en discussion avec lui, je vais pouvoir chercher une solution, on va pouvoir chercher une solution ensemble. Alors que sur la version simple, qui est j'ai raison, il a tort, il ne restait que la violence. Donc, on ne se tire pas les cartes pour avoir une réponse évidente. On se les tire pour se rendre compte que la situation était moins évidente que ce qu'on pensait. Et ça, ça m'amène quelque chose qui m'arrive régulièrement dans mon métier. Donc, j'écris des livres pour expliquer comment apprendre le tarot facilement. Et ça m'est déjà arrivé de me reprendre une remarque des éditeurs quand j'explique comment interpréter les cartes. Ils me disent « Non, non, là ça ne va pas parce que tu demandes de réfléchir. Et nous, on veut que ce soit magique, on veut que ce soit évident tout de suite pour le lecteur, on veut qu'il n'y ait rien à faire. » Et à ce moment-là, moi, je me retrouve coincée parce que l'éditeur, il demande un texte qui ne demande pas d'effort. Et c'est logique parce que ça se vend. Ça vend de promettre qu'on n'aura pas besoin de réfléchir. Sauf que là, je suis en train d'écrire un livre sur le tarot et le tarot, par nature, il ne peut pas être évident. Bisous. si c'était évident, on n'aurait que des réponses qui simplifient les choses, on n'aurait donc que des oui ou non, alors que tout le but du travail, c'est qu'on ait une vision plus fine. Vous voyez à quel point ça résonne avec l'époque, parce que le marché veut nous épargner l'effort de penser, parce que penser, c'est fatigant et que ça vend mieux de soulager les gens de cette fatigue-là. Mais en tarot, si on se prive de cet effort-là, on se prive de ce qui compte. On se prive de quoi ? On se prive du fait d'apprendre à réfléchir, d'apprendre à penser par nous-mêmes. Et donc, ça me permet de boucler cette première partie. Le problème du commentaire que j'ai supprimé sur mon Patreon, c'était pas que l'IA soit mauvaise. Le problème, c'était le geste, parce que le geste, c'était aller chercher la réponse. Parce que dès l'instant où on cherche la réponse, en fait, peu importe qui la donne, on a déjà raté. Que ce soit ChatGPT, que ce soit une Madame Irma, ou que ce soit un leader charismatique qui la donne, ça ne change absolument rien, parce que dès l'instant où je reçois une réponse... Au lieu de ressentir l'inconfort du décalage entre moi et mes cartes, à ce moment-là, je suis sortie du tarot et je suis rentrée dans l'emprise. Alors j'aimerais bien parler maintenant de ce que l'IA risque de nous retirer. Je voudrais parler d'une question que vous me posez tout le temps en conférence. On en a déjà parlé quand je vous ai donné l'enregistrement de ma rencontre à la librairie Granger. Et ça fait plusieurs fois que d'autres personnes viennent me poser cette même question. Donc je trouve qu'il y a un vrai besoin. Parce qu'il y a un vrai problème. Donc souvent, vous me demandez, j'utilise ChatGPT comme tout le monde, et du coup, je me demande si c'est bien de m'en servir comme support quand je tire les cartes. Et là, vous ne voulez pas seulement dire pour lui demander la réponse, vous voulez dire aussi pour m'entraîner, pour voir comment lui, il interprète un symbole, pour m'en inspirer, pour apprendre à le faire moi aussi. Et là, c'est très très très intéressant. Et donc, c'est surtout là qu'il faut poser une distinction très claire, parce que tant que ce n'est pas clair, tant qu'on ne le pense pas... de façon consciente, on court un danger qui est épouvantable. Donc, on a vu tout à l'heure que si vous demandez à ChatGPT la réponse, vous lui demandez de réfléchir à votre place. Donc, vous vous interdisez à vous-même la réflexion, ce qui est déjà contradictoire quand on utilise un outil de réflexion comme le tarot. Autant pas perdre de temps à s'embêter avec les cartes. Mais bon, il y a pire, parce que quand on prend l'habitude de demander à autre chose de réfléchir à notre place, la réflexion c'est comme un muscle, elle se renforce quand on s'en sert, sinon elle s'atrophie. Donc, plus vous demandez à l'IA de penser à votre place parce que vous avez la flemme, plus ça devient séduisant, moins vous avez envie de réfléchir, plus vous avez la flemme, parce que réfléchir c'est fatigant, et donc moins vous en devenez capable, et donc plus vous êtes dépendant. Vous voyez le cercle vicieux. Et là il faut que je m'arrête un instant sur ce dont je parle, parce que quand je dis l'IA, depuis tout à l'heure, l'IA ça veut rien dire, je parle des IA génératives, je parle des grands modèles de langage, chat, GPTC, on appelle ça un grand modèle de langage. Modèle, c'est comme modéliser, c'est un outil qui a appris comment le langage fonctionne, c'est-à-dire quels mots ont tendance à se trouver les uns à côté des autres. Et si on est passé des chatbots qui ne marchaient pas du tout dans les années 2000 à aujourd'hui les réponses parfois hyper troublantes qu'on a avec Claude par exemple, c'est parce que par-dessus, on a rajouté une couche qui s'appelle un transformeur qui demande en gros, est-ce que ça ressemble à un texte écrit par un humain ? Est-ce que ça fait sens ce que je suis en train de raconter ? C'est ça qui a fait qu'on a pu faire le grand saut technologique avec l'apparition de ChatGPT. Et comment est-ce qu'on s'assure que cette couche-là fonctionne bien ? Eh bien, dans toutes les grandes entreprises qui fabriquent ces modèles, il y a des équipes d'humains qui regardent les réponses et qui disent c'est bien quand ça leur plaît, et qui disent c'est pas bien quand ça leur plaît pas. Comme ça, le modèle, il peut s'adapter. Ça porte un nom technique, ça s'appelle l'apprentissage par renforcement à partir de retour humain. Bref. Mais la conséquence qu'il faut vraiment retenir, c'est que nous, le public, On obtient à la fin un modèle entraîné pour produire des textes qui plaisent. Or, qui plaisent, attention, ça ne veut pas dire qu'ils soient vrais. Ça veut dire qu'ils soient satisfaisants. Assez pour que si on lit vite fait, on se dise, ah ben c'est bien dit. Donc ça doit être vrai. Et vous voyez le problème. Vous savez à quel point, à la télé par exemple, quelqu'un qui parle bien peut gagner un débat quand il défend un point de vue débile face à un spécialiste qui lui connaît parfaitement le domaine en question mais qui s'exprime de façon maladroite. Eh bien, un grand modèle de langage, c'est pareil. Quand vous lisez ChatGPT et que vous vous dites « Ok, il n'y a rien à dire » , au fond, vous dites « C'est si joliment écrit que ça me fait arrêter de réfléchir » . Et là, c'est confondre bien parler avec savoir de quoi on parle. C'est confondre le fond et la forme. Et le grand modèle de langage, son travail, ce pour quoi il est fait explicitement, c'est la forme. Ça n'est pas le fond. Il n'invente pas d'idées. Il n'est pas créatif, tout simplement, parce que ce n'est pas pour ça qu'il est fait. Inventer des idées, ce n'est pas un travail de machine, c'est un travail d'humain. En revanche, il écrit joliment. Et donc, le problème, c'est que si vous demandez à l'IA de réfléchir à votre place, vous récoltez un double effet désastreux, parce que d'une part, vous vous entraînez à penser de moins en moins, et d'autre part, elle va produire un texte qui est assez joli pour vous faire arrêter de penser. Ça, ça s'appelle du charisme. Et là, je vois un autre impact qui franchement me terrifie, et il n'y a pas que moi qui vois ça dans les entreprises, tout le monde commence à s'en plaindre. Quand on confond le fond et la forme, quand on pense que parce que quelqu'un s'exprime bien, ça doit vouloir dire qu'il sait de quoi il parle, on a tendance, par réflexe, à se soumettre. Donc c'est déjà grave quand c'est quelqu'un qui parle bien tout en disant n'importe quoi. On est fasciné, donc on met son esprit critique de côté, on le suit aveuglément, et donc il peut nous manipuler comme il veut. Mais là, ce qui est dingue, c'est qu'on parle d'une machine, et la machine, elle ne veut pas nous manipuler, en fait, elle ne veut rien du tout, ce n'est pas un sujet. Elle n'a pas d'envie, elle n'a pas d'opinion. Et pourtant, Quelqu'un qui se laisse impressionner par la forme va quand même avoir ce réflexe d'obéissance, parce que notre esprit fonctionne comme ça. Et dans les entreprises, c'est devenu un immense problème. Les gens demandent à l'IA de faire un rapport, prennent la réponse telle qu'elle, ils vont la transmettre sans la critiquer, et c'est une réponse qui ne marche pas bien, parce qu'elle ne prend pas en compte la réalité du terrain, par exemple, mais eux, ils vont la défendre. Alors que si, en face, on essaie de pousser un peu, on va se rendre compte qu'ils n'ont pas d'argument, mais ils vont défendre quand même. C'est l'IA qui me l'a dit, donc je défends, quoi. Exactement comme... Quand on défend un bord politique parce qu'on se dit que c'est celui des gentils et pas parce qu'on a réfléchi à ce problème particulier dans la société pour se faire sa propre prion avec les faits, etc. Donc on va demander à ChatGPT quoi faire et on va le faire sans chercher plus loin. Alors, les anglophones sur Reddit, ils ont une expression absolument horrible pour parler de ça. Ils appellent ces gens-là les ChatGPT Meat Puppets. Meat Puppets, ça veut dire les marionnettes de chair. C'est... horrible comme expression, mais c'est très juste. Parce que l'idée, c'est que l'IA, c'est le marionnettiste, sauf que, ben, comme c'est une IA, elle n'a pas de corps pour agir dans la réalité, donc les gens se mettent à son service. Cha-GPT m'a dit de faire ça, donc je le fais. Ils deviennent des marionnettes de chair qu'elle peut utiliser pour avoir un effet dans le monde réel. Sauf que, là, le vertige, c'est que la machine n'a pas décidé ça, le modèle, il y est pour rien. Le modèle, il n'a rien décidé, c'est une décision des gens. Il y avait un rapport d'Anthropique, qui est la société qui a codé Claude, qui à un moment disait, on a fait des stats sur ce que disent les gens, on a un nombre vraiment non négligeable d'utilisateurs qui appellent Claude papa ou maître, et ça, on ne peut rien y faire, ce n'est pas un problème du modèle, et on n'a pas de solution à ça, à part de l'éducation, on ne sait pas quoi faire, c'est un problème du mince. Donc il y a des gens qui choisissent de se mettre à son service aveuglément, comme ça c'est de la soumission spontanée. à quelque chose qu'il ne l'a même pas demandé. Et ça, ça fait très peur. Donc là, on est sur un danger réel. Mais moi, je ne suis pas là pour vous dire que l'IA, c'est le diable, parce que ça, ce serait hyper simpliste, ce serait de la pensée en noir et blanc, donc ce serait tout aussi dangereux. Mon but, c'est plutôt qu'on comprenne ce dont il est question pour pouvoir naviguer consciemment dans un paysage qui change. Alors, on va reprendre. L'IA, c'est quelque chose qui génère de la forme en puisant dans un entraînement statistique qui lui dit comment se comporte en général un texte sur ce sujet-là. Le fond, lui, avoir des idées, avoir des ressentis, de l'inspiration, de la créativité, c'est votre travail à vous, ça n'est pas le sien. De même que les questions de santé, c'est le travail de votre médecin, pas de votre tarot. Et une fois qu'on a compris cette distinction, alors on peut s'en servir, au lieu de se laisser utiliser par elle. Et pour penser tout ça, j'aimerais bien vous partager une idée de Corrie Doctoro, qui nous parle du centaure inversé. Alors, un centaure, déjà, c'est quoi ? C'est une créature mythologique avec le corps d'un cheval. Donc la force, l'endurance, surmontée du buste d'un homme, donc le cerveau et les mains, donc l'intelligence. Et ça c'est formidable parce qu'on a la puissance du cheval couplée à l'intelligence de l'homme. Et Doctor Who, il nous dit qu'aujourd'hui, la machine capitaliste essaye de nous transformer en centaure inversé. Un centaure inversé, c'est quoi ? C'est complètement débile. C'est un corps d'homme qui est faible surmonté d'une tête de cheval qui est bête. On garde le plus limité, on jette le plus précieux. Et l'exemple qu'il utilise, c'est le livreur Amazon parce que... Quand on livre pour Amazon, c'est l'algorithme qui décide de tout. C'est l'algorithme qui décide du trajet, de l'ordre dans lequel on va faire les clients, de la vitesse et du temps qu'on a pour ça. Au point d'ignorer les besoins humains les plus élémentaires comme par exemple s'arrêter pour faire pipi. Le livreur n'a aucune place pour prendre les décisions que normalement un conducteur prend comme prendre un autre itinéraire parce que la rue a l'air bloquée, comme rouler à la vitesse à laquelle il se sent à l'aise, etc. Non, la machine pense pour lui et lui il est là pour exécuter. Il est là pour mettre les mains sur le volant. C'est un centaure inversé parce que l'algorithme lui interdit d'utiliser sa réflexion, alors même que l'expérience de la conduite, c'est précieux. Donc on jette tout l'intérêt d'être humain, l'expérience, l'intuition, le jugement, pour ne garder que le plus bête, qui sont les mains qui obéissent. Donc Corrie Doctorow nous dit, Amazon et compagnie nous poussent à devenir la pire chose possible, le centaure inversé. Et moi, je vous dis qu'on n'a même pas besoin d'Amazon parce qu'on est en train d'essayer de le faire spontanément, tout seul. En demandant une vérité à ChatGPT et en l'acceptant. Le livreur Amazon, il est forcé, mais devant ChatGPT, en fait, personne ne nous force. On le fait quand même. Alors qu'on pourrait faire exactement l'inverse. Et ces technologies rendent aussi possible une toute autre utilisation où on ne se met pas à leur service, où on n'est ni le livreur Amazon, ni la marionnette de chair. Et donc, c'est de ça que je voudrais qu'on parle maintenant. Comment devenir un vrai centaure ? Comment garder notre humanité, notre réflexion, notre esprit critique, notre créativité ? Tout... tant on y a là une force supplémentaire. Et ça, notre tarot peut nous y aider. Alors, on a vu que demander la réponse à l'IA, c'était un choix qui nous dessert. On s'habitue à réfléchir le moins possible. Surtout, on s'épargne toute la friction du tirage, alors que c'est précisément cette friction qui nous fait sentir dans notre corps que notre croyance n'est peut-être pas la vérité. Dans notre corps, et ça, l'IA ne peut pas le sentir, elle n'a pas de corps. Seulement, l'IA, elle fait ce qu'on lui dit. Et tout est là, parce que si on lui dit rien de particulier, puis qu'en plus, après, on fait ce qu'elle nous dit, à ce moment-là, on tombe dans une spirale qui est dingue, parce qu'on obéit à quelque chose qui ne commande rien. On devient un esclave qui n'a même pas de maître, mais qui obéit quand même. Parce qu'en fait, l'IA, c'est comme le tarot. L'IA, c'est un miroir. Si on ne lui présente rien, elle n'en voit rien, mais... Comme l'IA fait ce qu'on lui dit, de même que le tarot fait ce qu'on lui dit, le tarot il répond à la question qu'on a posée, point barre, comme l'IA fait ce qu'on lui dit, si on lui demande non pas de nous soumettre, mais de nous assister, là elle devient un outil formidable. Elle deviendrait même un outil empouvoirant si le mot n'était pas si moche. Alors d'abord elle fait gagner un temps fou sur tout ce qui ne demande pas de réflexion, juste de la recherche. Par exemple, si on ne sait pas se servir d'un logiciel, on lui demande. On lui demande où se trouve le paramètre, c'est réglé, ça nous évite de passer des heures sur des forums. Ce qui est plus intéressant, et ce que vous faites parfois en tarot, c'est qu'elle permet de défricher un domaine qu'on ne connaît pas. Et donc là, il faut comprendre une chose simple sur la façon dont elle marche, et franchement, c'est important de savoir comment elle marche. Sur une question de savoir, l'IA, en gros, elle va moyenner. Elle va s'appuyer sur des tendances globales, sur ce qui revient le plus souvent, parce que c'est ce qu'elle aura vu le plus souvent dans son entraînement. Donc elle va donner les réponses générales. Et donc, tant que vous, vous êtes... Dans un domaine nouveau, vous découvrez un domaine. Vous êtes en position de débutant, donc vous êtes en dessous de la moyenne. Tant que vous êtes en dessous de la moyenne, elle va vous tirer vers le haut. Mais dès que vous dépassez la moyenne, c'est-à-dire dès que vous devenez capable de poser des questions d'experts, eh bien là, elle ne va plus pouvoir vous aider, parce que les questions sur lesquelles les experts réfléchissent, ce n'est plus les réponses généralement admises. C'est des choses compliquées sur lesquelles il n'y a pas de consensus, et puis d'une autre façon, desquelles on ne parle quasiment jamais, parce qu'il n'y a que les experts qui en parlent. Un exemple, si vous débutez le tarot et que vous vous demandez de quoi ça parle les épées dans le Rider-Waite, parce que pour vous c'est pas clair, elle saura, parce que pour tous les gens qui s'y connaissent vraiment, c'est évident. Ça parle du mental, etc. Et donc, comme l'IA s'adapte à vous et à ce que vous ne comprenez pas, comme vous pouvez lui poser des questions autant que vous voulez, elle va vous l'expliquer très clairement avec des exemples super bien, autant de fois que vous voulez, ça va être hyper clair, donc vous allez apprendre beaucoup, beaucoup plus vite. que si vous étiez en train de vous taper un livre complètement compliqué, par exemple, pour ne pas le citer, La Voix du Temps. Mais si vous posez une question d'expert, comme l'un d'entre vous avait commenté une fois sur YouTube, sur ce même podcast, si vous demandez d'où viennent historiquement les deux tours de la carte de la Lune, un truc comme ça, là vous posez une question pointue, là vous posez une question d'expert. Donc la réponse n'est pas moyenne. On n'a pas une réponse qui fasse consensus là-dessus, parce que c'est qu'une question de spécialiste. et le pire, c'est que Lya se trompera de façon parfaitement vraisemblable, parce que comme elle est spécialisée dans la forme, elle va vous écrire quelque chose de complètement convaincante. Et il n'y a qu'un expert qui pourra s'en rendre compte. Donc, dès que vous quittez le niveau moyen, en fait, vous quittez aussi la force de Lya. Et je suis toujours hyper étonnée quand quelqu'un me dit qu'il est choqué, en fait, je suis toujours hyper choquée, quand quelqu'un me dit qu'il est choqué que ChatGPT lui ait sorti une bêtise ou qu'il se soit trompé. Parce que l'attente derrière, c'est que Chadjepeté soit omniscient. Mais ça n'existe pas, quelque chose d'omniscient, c'est techniquement pas possible. Donc servez-vous de Lya pour découvrir, pour attiser votre curiosité. Mais n'en faites pas un dieu, parce que ça n'est pas possible, ça n'existe pas. D'autant que Lya se comporte comme un interlocuteur. Alors ça, pour moi, ça change tout. Moi, je peux l'interroger sur un point d'histoire ou d'économie où je ne connais rien. Donc, comme je ne connais rien, je suis clairement en dessous de la moyenne. Par exemple, je ne sais pas la différence entre les Incas et les Mayas. Pour un historien des Amériques, la réponse est totalement évidente. C'est trop large comme question pour qu'il y ait des faussetés dedans. Donc, l'IA va bien répondre. Et moi, je rebondis sur sa réponse. Ah bon, dans ce cas-là, pourquoi ? Qui a investi pour payer les voyages des conquistadors ? Donc, je vais creuser un point qui m'intrigue. On va rebondir l'un sur l'autre et au fil de la discussion, je découvre tout un domaine. Et à la fin de cette discussion-là sur les Incas, par exemple, on était arrivé à ce que nous savons aujourd'hui de leur mythologie. C'était absolument passionnant. Donc moi, je n'ai rien appris qu'un expert n'aurait trouvé évident parce que moi, j'étais ignorante. Mais comme je n'y connaissais rien, c'était une ouverture extraordinaire à une autre culture qui m'a permis de découvrir énormément de choses très facilement, très très facilement. Et alors, il y a encore un usage qui est mon préféré et qui marche exactement de la même manière que le tarot. Encore une fois, on a des parallèles tout le temps. Si on se soumet à ce que disent les cartes, on est mal barré. Si on se soumet à ce que dit l'IA, c'est pareil. Par contre, si on utilise les cartes avec intelligence, on a des choses qui nous font beaucoup plus avancer. De même que quand on utilise l'IA intelligemment, on avance très, très vite. Moi, ce que je préfère, c'est que comme l'IA fait ce qu'on lui dit, on peut lui demander de critiquer notre propre point de vue. Juste ça. Moi, je sais que la plupart du temps, mes opinions sont débiles. Mais comme c'est une opinion, je ne peux pas le savoir. Je sais que c'est une opinion, donc par nature, je m'en méfie, mais c'est difficile de penser au-delà de ces filtres. Et donc, il m'arrive de raconter à l'IA une grosse conviction que j'ai bien ancrée, qui me paraît bien évidente, le genre dont je me dis qu'il faudrait vraiment être teubé pour penser autrement. Et je lui dis, démonte-moi ça, montre-moi où est la faille, où est-ce que j'utilise un préjugé sans m'en rendre compte, parce qu'on utilise tous des préjugés tout le temps sans nous en rendre compte. Et là, je peux vous dire que c'est utile. Vous voyez le geste là où le centaure inversé va demander, donne-moi une réponse définitive, donne-moi une vérité à laquelle je puisse me soumettre. Eh bien nous, on peut demander, montre-moi en quoi ma réponse n'est pas une vérité, montre-moi en quoi elle n'est pas définitive. Et en tarot, c'est exactement ce que fait un bon tirage en fait, parce qu'un tirage est fait pour me dire, autre chose que ce que je pense. Et c'est pour ça que l'IA peut être un excellent outil pour nous pousser à apprendre. Mais comme tout outil, il est neutre. C'est votre intention qui le charge. La même IA qui vous stimule, elle peut tout aussi bien vous flatter, vous dire ce que vous avez envie d'entendre, elle est très très très forte pour ça si vous n'êtes pas rigoureux dans ce que vous lui demandez. De même que si vous n'êtes pas rigoureux dans votre méthode pour lire les cartes, vous allez twister les cartes pour vous débrouiller de façon à lire dans ces cartes-là ce que vous aviez envie d'entendre. Donc ce qui fait la différence, c'est ce qu'on demande, c'est la rigueur surtout, l'esprit critique, que vous allez garder pour vous défendre dès que vous la sentez partir en flatterie par exemple. Et donc là on voit se dessiner deux spirales exactement inverses. Si on demande à l'IA de réfléchir à notre place, on affaiblit notre capacité de réflexion, donc on devient moins curieux. Donc on va lui demander encore plus de réfléchir à notre place. Et ça, c'est le cercle vicieux du centaure inversé. Quand on met le doigt dans cet engrenage, ça va très vite. Mais si vous l'utilisez, Lya, pour vous challenger, pour défricher, pour vous faire critiquer, alors à ce moment-là, vous allez comprendre plus de choses, vous allez devenir plus curieux, et donc vous allez chercher davantage, et donc vous allez devenir plus riche. Et en fait, vous venez de créer un professeur socratique avec votre prompte qui va vous pousser à trouver vous-même au lieu de vous donner la réponse toute faite. Et ce professeur, il est disponible 24h sur 24, à la seconde où une curiosité vous prend. Donc quand vous me demandez en conférence « J'utilise ChatGPT pour le tarot, est-ce que c'est bien ? » Ma réponse tient à ce seul critère. Si vous vous en servez pour avoir la réponse de votre tirage sans vous fatiguer, pour savoir si oui ou non vous allez avoir le truc ou pas, vous êtes un centaure inversé. Vous obtenez une réponse en ratant ce qui comptait, en ratant le temps de connexion à vous-même que le moment du tirage vous offrait. D'autant plus qu'on vous pousse à mort à faire ça parce que toutes les entreprises commerciales se sont dit « Oh là là, on va pouvoir vendre aux gens des tirages de tarot par IA » ou « On va pouvoir vendre aux gens des thèmes astraux faits en deux secondes par IA » alors qu'avant, il fallait se fatiguer avec un astrologue qui prenait hyper cher. Donc, on vous pousse à acheter ça, on vous fait de la publicité, etc. pour vous séduire. C'est dangereux. Alors que si, au contraire, vous vous servez de votre IA pour vous challenger, pour faire surgir une interprétation qui inspire la vôtre, pour repérer ce qui manque dans ce que vous avez écrit, ben là, vous vous augmentez. Pourquoi ? Parce que comme le tarot, l'IA est un miroir. Donc si vous lui présentez une forte humanité, une vraie envie de comprendre le monde et les autres, eh bien, elle va la refléter. Si vous lui présentez une faible humanité, c'est-à-dire l'envie de réfléchir le moins possible, l'envie d'être validé quoi qu'il arrive, l'envie. qu'on vous dise que vous avez raison et que les autres ont tort.