- Speaker #0
Bienvenue dans Le Mans en grand, le podcast de Le Mans Métropole. Dans cet épisode, nous allons découvrir un domaine dans lequel Le Mans Métropole se distingue au niveau national et international, celui de l'acoustique. De Marin Mersenne au XVIIe siècle à la biennale du son Le Mans sonore, Le Mans s'est imposé comme un véritable laboratoire sonore. Nous allons explorer les origines, les forces vives, l'offre de formation et les perspectives de cette filière stratégique pour répondre à la question suivante, comment Le Mans est devenue la capitale du son ? Fabienne Lagarde, bonjour. Bonjour. Vous êtes vice-présidente du Mans Métropole déléguée à l'enseignement supérieur et à l'innovation. Et avec vous, Michael Guyard, bonjour. Bonjour. Vous êtes maire adjoint de la ville du Mans, déléguée à la jeunesse, à la vie étudiante et à l'éducation artistique. Et culturel, alors on remonte un peu le fil du son avec vous Fabienne. Pourquoi et comment Le Mans s'est-il spécialisé dans l'acoustique ?
- Speaker #1
Alors Le Mans, ça remonte assez loin puisqu'il y avait déjà eu un chercheur scientifique au XVIIe siècle, Mersenne, qui avait déjà commencé à aborder un petit peu l'acoustique moderne. Et c'est lorsque l'université s'est créée, c'est une université assez jeune au moins, qui date des années 70. qu'on a eu dans le laboratoire de physique un couple, M. et Mme Bruno, qui se sont spécialisés dans l'acoustique et qui ont créé ce qui a aujourd'hui 40 ans et qu'on appelle le laboratoire d'acoustique de l'Université du Mans-le-Lhomme.
- Speaker #0
Vous connaissez un petit peu, Mickaël, l'histoire de Marin Mersenne ?
- Speaker #2
C'est effectivement quelqu'un qui a... qui est considéré en tout cas un peu comme le père de l'acoustique moderne. Il a travaillé sur les vibrations notamment. C'est assez intéressant parce que ça veut dire aussi qu'on a un ancrage local qui est un peu ancien et qui s'est développé. Fabien en parlait avec le LOM, avec l'ITEM sur la facture instrumentale, mais aussi avec le design sonore à l'École des Beaux-Arts, ce qui est assez rare finalement comme spécialité artistique dans une école des Beaux-Arts.
- Speaker #0
Fabienne, est-ce qu'il y a eu un événement déclencheur ou une personnalité plus ou moins influente qui aurait lancé cette dynamique ici en Sarthe ?
- Speaker #1
Monsieur et Madame Bruno qui sont vraiment un couple emblématique. Ce sont les fondateurs et donc c'est une histoire en plus un peu familiale au départ qui a d'ailleurs donné vraiment une particularité à ce laboratoire. Quand on les côtoie un peu, d'être vraiment comme une grande famille en fait. Et je crois que c'est aussi ce qui a créé cette spécificité. C'est vraiment une équipe d'acousticiens qui sont souvent liés aussi par la musique. C'est des physiciens parce que l'acoustique c'est de la physique assez dure quand même, il y a des équations, c'est pas simple, c'est des vibrations comme disait Michaël. Mais c'est aussi beaucoup souvent lié à une passion commune qu'ils ont autour de la musique et des instruments de musique. C'est ce qui a d'ailleurs donné naissance assez rapidement après à l'ITEM et donc à ce travail complémentaire aussi qui a été fait sur les instruments de musique la facture instrumentale.
- Speaker #0
Ils ont pu vraiment incarner finalement.
- Speaker #1
Voilà, ils incarnent vraiment cette discipline.
- Speaker #0
Et le son ici au Mans est plus qu'un phénomène physique, il est devenu aussi un levier de développement. On développe justement avec vous ce point-là, Michael, aujourd'hui. Quel est le poids de la filière acoustique au Mans ?
- Speaker #2
C'est un poids qui n'est pas très simple à évaluer. On estime qu'il y a à peu près 500 emplois sur le territoire qui s'y sont liés, autour d'une dizaine de millions d'euros de chiffre d'affaires. C'est à peu près les grandes masses qu'on peut définir sur l'acoustique. Avec énormément d'entreprises, beaucoup de PME, de TPE même, voire des auto-entrepreneurs aussi, notamment dans le domaine de la lutherie. Et puis des entreprises un peu plus reconnues sur le territoire qui peuvent être un petit peu plus conséquentes aussi.
- Speaker #0
Est-ce que vous diriez que c'est justement ce pont qui a été créé entre recherche et culture qui a permis au Mans d'avoir une telle attractivité via l'acoustique ?
- Speaker #2
Je pense que ça y contribue, bien évidemment. Fabienne parlait de l'ITEM. L'ITEM, on est vraiment sur cette croisée entre la recherche et la culture, puisque quand on parle de facture instrumentale, on pourrait se contenter de fabriquer des instruments comme ils ont toujours été fabriqués en perpétuant les traditions, etc. Mais l'intérêt peut-être aussi de l'item, c'est d'aller vers de la recherche, de trouver des nouveaux matériaux, de trouver des nouvelles façons de faire, voire d'inventer des instruments. Et ça, sans la recherche, c'est impossible.
- Speaker #0
Le Mans, finalement, a aussi pris le parti fort de se doter de structures qui permettent aussi de développer cette attractivité. Fabienne, dites-nous un mot, s'il vous plaît, sur ce centre de transfert et le Techno Campus.
- Speaker #1
Le Mans occupe vraiment une place centrale en acoustique, la spécialité physique acoustique-vigoration. C'est un des laboratoires les plus connus en Europe sur le sujet. Ça a donné lieu à du transfert de technologie. aussi vers des industries. On a par exemple le centre de transfert Alma Acoustique, qui est une structure qui est venue s'adosser. Et les collectivités se sont travaillées ensemble, les collectivités locales, la région, la métropole du Mans, pour créer effectivement ce technocampus qui est le lieu où s'opère ce transfert vers l'industrie. Et donc ce technocampus, il est vraiment unique en France et probablement en Europe. Puisqu'il héberge un banc d'essai aéro-acoustique qui est un des plus grands d'Europe et probablement du monde, qui peut permettre de tester l'acoustique et les vibrations dans des pièces de très très grosse taille, comme des réacteurs d'avion par exemple. Donc vous imaginez la taille du banc, on est vraiment dans de la mesure très spécifique. Il y a d'autres équipements de pointe qui sont assez particuliers et différenciants, et ça participe évidemment. Ce transfert de technologie vers l'industrie, ça participe vraiment à l'attractivité, à la reconnaissance du Mans comme une des places centrales de l'acoustique en France.
- Speaker #0
C'est impressionnant de voir comment ce microcosme de l'acoustique a pu générer du lien entre la ville du Mans, le côté très institutionnel, mais aussi la formation et l'international. Tout le monde a réussi à travailler ensemble, partant d'un métier qui est quand même très technique.
- Speaker #1
C'est ce qui fait la spécificité du Mans. On parle beaucoup d'écosystème aujourd'hui.
- Speaker #0
Écosystème, oui.
- Speaker #1
Je pense que vraiment l'exemple du son au Mans, et là on ne va pas dire que l'acoustique, c'est vraiment le son, c'est un exemple d'écosystème. C'est-à-dire qu'on a réussi en quelques dizaines d'années, ça prend du temps d'avoir sur un même territoire géographique qui est assez restreint, toutes les composantes de ce qui fait justement une filière d'excellence. C'est-à-dire à la fois de la recherche, de la formation, du transfert, des industries. et alors sur un sujet comme l'acoustique, on a l'ouverture en plus vers le grand public, vers les scolaires, vers le domaine culturel. Donc c'est aussi la magie de cette science.
- Speaker #0
Complètement, vous avez réussi à faire un pont entre la science et la culture. Et la musique n'en est que meilleure, Michael.
- Speaker #2
Il faut espérer. Il faut toujours des bons musiciens. Mais c'est vrai qu'il y a un terreau favorable. Et puis, il y a des choses un peu extraordinaires ou exceptionnelles. Fabienne parlait de... d'Alma Acoustique et notamment de cette chambre semi-néanéchoïque. La filière design sonore de l'École des Beaux-Arts, par exemple, il n'y en a que deux en France. Le LOM travaille aussi en acoustique beaucoup avec Besançon. C'est pareil, c'est à peu près les deux grandes filières universitaires et d'écoles d'ingénieurs qui sont spécialisées dans l'acoustique en France. Et c'est vrai que tout cet écosystème s'est constitué petit à petit autour. Il va y avoir une certaine émulation, il va y avoir des transversalités qui vont s'opérer, Il va y avoir aussi... des gens qui vont rester sur place, qui vont développer leur entreprise, leur filière, etc. Et tout ça, c'est vraiment ce qui nourrit l'écosystème dont parlait Fabienne.
- Speaker #1
Et bien au-delà du Mans finalement, puisque beaucoup viennent spécialement pour établir ici au Mans, sur ces filières-là en particulier.
- Speaker #0
Je vous pose la question signature de ce podcast à tous les deux. Pourquoi selon vous, le Mans est aujourd'hui la capitale du son ? Je démarre avec vous Fabienne.
- Speaker #1
Parce que toute la chaîne est là, en fait. Toute la chaîne autour du son est là. Donc, ça va du très technique au développement industriel, en passant par le culturel, la transmission, la transmission au grand public, mais aussi la transmission dans les savoir-faire, dans les métiers. Donc, on a vraiment l'ensemble de la chaîne pour faire du son et faire du joli son au moment.
- Speaker #0
Mickaël, quel est votre point de vue ?
- Speaker #2
Oui, je partage complètement ce qu'a dit Fabienne. Je pourrais rajouter qu'il y a un côté innovant aussi qui est intéressant dans cette filière-là. C'est-à-dire qu'on ne se contente pas de reproduire des choses qui existaient, mais vraiment on va chercher à trouver même de nouveaux produits. Et ça, c'est particulièrement intéressant, je trouve, parce que sur le son, dans tous les domaines, finalement, on ne se rend pas compte, mais on est tout le temps entouré de sons, y compris des choses... Fabienne parlait de l'industrie, mais dans une voiture, on attend à ce que la porte fasse un... bruit quand elle se ferme, on attend à ce qu'un clignotant fasse tel bruit quand il est en fonctionnement, etc. Et c'est plein de petites choses comme ça sur lesquelles travaillent les acousticiens. On prend même, je ne sais pas, sur les voitures électriques qui se développent aussi, on a été obligés de rajouter du son parce qu'elles étaient trop silencieuses et du coup dangereuses. Voilà, c'est des choses comme ça qui nous amènent à aller vers plus de technologies. Et puis ce pont, il se fait aussi sous d'autres aspects. Par exemple, les douches sonores. permettent d'envisager des applications par exemple sur des musées où on va se retrouver devant une oeuvre et on va pouvoir avoir un commentaire sur cette oeuvre mais qui est uniquement dirigée vers soi et que les autres à deux mètres ne vont pas entendre donc c'est plein d'applications comme ça qui peuvent toucher sur tout le patrimoine par exemple il peut y avoir plein de possibilités et ça c'est extrêmement riche et on a la chance justement avec tout cet écosystème d'avoir plein de gens qui travaillent sur ces différentes facettes du son Et puis pour compléter peut-être, parce qu'on va y arriver dans quelques mois, mais la Biennale du son qui a été mise en place avec tous ces acteurs-là, c'est aussi une vitrine, c'est ce qui permet de rendre ces choses-là accessibles au grand public. Et c'est extrêmement important aussi pour faire connaître cette filière son et acoustique au moins.
- Speaker #1
Tout à fait. C'est vraiment le moment où on montre toute la capacité que l'on a à faire travailler ensemble les structures. puisqu'il y a vraiment... Elles travaillent ensemble pendant les deux années chaque fois de préparation de cette biennale. Et un investissement très fort de la métropole pour justement soutenir cet événement et montrer tout ce qu'on a à montrer au grand public. Un public très, très, très varié.
- Speaker #0
Ça nous donne une raison supplémentaire d'être fiers d'être manselles et manceaux. Et s'artois et s'artois si on l'élargit.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Merci beaucoup Fabienne Lagarde d'être venue ici dans ce podcast. Vous également Mickaël Guiard. Merci beaucoup.
- Speaker #2
Merci à vous.
- Speaker #0
Quand un territoire écoute les bonnes vibrations, il devient lui aussi source de résonance. Plongeons maintenant dans l'univers des laboratoires et des entreprises qui font vibrer l'innovation acoustique au Mans. Et pour ce faire, nous accueillons deux personnages. Le premier, il s'agit de Pierrick Loton. Vous êtes directeur de recherche CNRS au laboratoire d'acoustique de l'Université du Mans. Dis, Lolo, bonjour Pierrick. Bonjour. Vous êtes accompagné par Olivier Roinçon. Vous êtes le directeur de l'association Alma Acoustique.
- Speaker #3
Bonjour.
- Speaker #0
On commence avec vous, Pierrick, directeur de recherche CNRS. Est-ce que vous pouvez nous présenter le LOM, ce grand laboratoire et ses missions principales ? Qu'est-ce qu'on fait dans un laboratoire de recherche pour l'acoustique ?
- Speaker #4
Le LOM, c'est un laboratoire qui a été fondé en 1981. Aujourd'hui, nous sommes 170 dans ce laboratoire. Le LOM est une unité mixte de recherche. ça veut dire qu'elle appartient à la fois à l'université et au CNRS. Nous sommes 170, sur ces 170, ça comporte tout le monde, les enseignants-chercheurs, les administratifs, les chercheurs, mais aussi les doctorants et post-doctorants qui sont les étudiants en thèse et puis les jeunes chercheurs qui ont terminé leur thèse et qui continuent sur des contrats de recherche.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous recherchez dans ce laboratoire d'acoustique ?
- Speaker #4
Les activités de recherche du laboratoire vont du plus fondamental jusqu'au plus appliqué. Et donc, on a un large éventail de... de recherche, ce que l'on cherche à faire, c'est à découvrir, à faire progresser la connaissance. Donc on travaille sur des problèmes qui, a priori, n'ont pas encore de solution.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #4
Le laboratoire, on a trois grandes thématiques, les transducteurs, les matériaux et les guides et structures. Ce sont les trois grandes équipes du laboratoire. Un transducteur, c'est un système qui transforme une forme d'énergie en une autre forme d'énergie. Pour vous donner des exemples de ce que l'on fait concrètement dans cette équipe, par exemple, actuellement nous travaillons sur ce qu'on appelle les bulles sonores, c'est-à-dire à partir d'un réseau de haut-parleurs créés dans l'espace, des endroits où on va entendre un son et qu'un autre auditeur qui serait placé ailleurs dans la pièce n'entendrait pas. Donc on a par exemple des contrats avec un constructeur automobile pour générer du son. à différentes places dans la voiture, dans l'habitacle de la voiture, de manière à ce que le conducteur puisse écouter la radio pendant que le passager soit dans une zone de silence, s'il veut se reposer par exemple. Et tout ça sans casque, évidemment, parce qu'il est hors de question de conduire avec un casque sur les oreilles. La deuxième équipe, c'est l'équipe matériaux. Ici, on essaye de caractériser comment est-ce que les ondes sonores se propagent dans les matériaux. Donc on a travaillé de manière fondamentale, comment est-ce que le son se propage dans ces matériaux, parce que c'était intéressant de comprendre comment ça marche pour pouvoir ensuite tirer des applications. Donc on travaille sur les matériaux poreux, les matériaux granulaires, les matériaux un peu complexes. Puis la troisième équipe, c'est l'équipe guide et structure. qui elle travaille sur la propagation du son dans des guides d'ondes par exemple. Les guides d'ondes ça va être un tuyau, le guide d'ondes le plus simple c'est un tuyau. Et ça l'application directe c'est les réacteurs d'avion par exemple, où on cherche à trouver des matériaux qui vont permettre de tapisser le guide d'ondes, le réacteur d'avion pour atténuer le bruit des avions. Et donc là on travaille avec Safran par exemple sur ce type de projet. Pour terminer, là j'ai parlé beaucoup des applications, mais il faut bien voir qu'on a beaucoup de travaux qui sont des travaux théoriques fondamentaux. C'est-à-dire là-dessus, on travaille sur les équations et on essaie de trouver des solutions à des problèmes qui n'ont pas d'application encore aujourd'hui. Mais ça nous intéresse quand même parce que la recherche fondamentale d'aujourd'hui, ce sera la recherche appliquée de demain. Et donc on veut conserver un coup d'avance pour pouvoir répondre aux sollicitations des industriels dans les années à venir.
- Speaker #0
Et vous me faites une parfaite transition puisque je voulais justement vous donner la parole. Olivier, je rappelle que vous êtes directeur de l'association Alma Acoustique. On reviendra avec vous juste après, Pierrick, pour parler du hub acoustique et finir avec ceci. Olivier, Pierrick vient de nous expliquer les travaux de recherche du laboratoire. Vous, vous arrivez à les traduire dans le monde de l'industrie, dans le monde du commerce. Grâce à l'association Alma Acoustique que vous dirigez, est-ce que vous pourriez nous présenter le rôle de cette association ?
- Speaker #3
Alma Acoustique prend le relais. Nous, on travaille sur la recherche appliquée. Tous les travaux issus du laboratoire sur les 30 dernières années nous permettent aujourd'hui d'avoir des solutions concrètes, technologiques, appliquées sur le terrain. Quand je dis le terrain, c'est chez les industriels. C'est vraiment le résultat de recherche d'un laboratoire comme le LOM. a besoin ensuite d'être accompagné sur une plus ou moins longue période qui va permettre de le valider, de le confronter au réel, parfois de le simplifier, de le rendre plus ergonomique, plus pertinent pour l'intégrer dans le process de fabrication d'un produit, d'un équipement chez un industriel.
- Speaker #0
Est-ce que vous auriez un exemple concret d'un lien que vous auriez fait avec une entreprise, tous les deux ?
- Speaker #3
Alors, il y en a plusieurs. Des travaux de recherche du laboratoire, donc du LOM, ont conduit à la création d'un équipement qui s'appelle un capteur d'impédance, qui était initialement dédié à l'industrie musicale. Et puis, nous en avons fait, après plus de dix ans, on en a fait un produit qui s'adresse aujourd'hui à un panel plus large d'industriels que ceux qui fabriquent des instruments de musique. Et aujourd'hui, c'est un produit commercialisé, qui est estampillé Alma Acoustic, mais qui est initialement un développement issu de la recherche fondamentale du laboratoire.
- Speaker #0
Le Mans rayonne complètement grâce à vos savoir-faire, celui du LOM et celui d'Alma Acoustic, puisque vous collaborez avec des grands noms qui sont aujourd'hui sur la place internationale. On lit Michelin, PSA, Airbus. Vous arrivez à accrocher de grandes sociétés comme celle-ci.
- Speaker #3
Tout à fait. Ce n'est pas seulement issu du travail d'Alma Acoustic, c'est aussi parce qu'on est adossé à un laboratoire de renommée mondiale, qui est le LOM, et qui nous permet d'attirer. Alma Acoustic a un rôle de traducteur aussi. On parlait de vulgariser tout à l'heure. Effectivement, un industriel n'est pas un spécialiste, il vient avec ses connaissances propres, et donc il faut réussir à traduire. des éléments très scientifiques et techniques pour le mettre à l'aise, tout d'abord pour qu'il comprenne, quitte à le former. Il arrive régulièrement de former des ingénieurs R&D dans les entreprises qui sont clientes pour qu'on ait déjà le même langage et qu'ils comprennent ce qu'on leur apporte. Et ensuite, cette montée en compétences apporte plus d'intérêt de leur part, déjà parce qu'ils comprennent mieux et ça permet... de faire un travail main dans la main, puisque c'est vraiment un travail avec l'entreprise. Ce n'est pas un savoir qu'on leur apporte comme ça sur un plateau, c'est un travail collectif.
- Speaker #0
Oui, vous avez un lien vraiment très vertueux, tous les deux, avec vos deux structures. Vous avez utilisé le terme de vulgariser, et j'aimerais justement qu'on vulgarise ce terme de semi-anéchoïque. Je vous promets, je n'ai pas répété très longtemps avant de pouvoir le dire, mais ce n'est pas évident forcément à... Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce que cela veut dire ? Puisque grâce à cette chambre semi-anéchoïque, le Mans rayonne également sur la place internationale et même plutôt européenne, je crois ?
- Speaker #3
En effet, c'est un équipement vraiment imposant, important. très grande taille, c'est un très grand volume, un millimètre cube, qui s'est fait il y a une trentaine d'années. Et donc, dans semi-anéchoïque, on entend écho. Et donc, anéchoïque, c'est sans écho. Et le mot semi, c'est parce qu'au sol, on a une surface qui rayonne, qui est en béton, parce que travailler avec les industriels, ça veut dire faire rentrer des produits dans ce moyen d'essai, puisque c'est une grande salle, mais c'est d'abord un moyen d'essai pour les acousticiens. et faire entrer une cabine de tracteur, une paroi de bateau ou une porte de train, c'est très lourd. Et donc il faut que ça résiste. C'est pour ça qu'on a un sol béton très résistant.
- Speaker #0
Dans cette chambre zéro décibel, c'est comme ça qu'on peut également la nommer. Est-ce que le lôme intervient ? Vous l'utilisez aussi, vous, Pierrick ? Des enseignants, des chercheurs de chez vous ?
- Speaker #4
Il y a quelques travaux pratiques avec des étudiants. qu'on envoie chez Alma Acoustic pour faire des expériences et se former dans la salle. Évidemment, on a des contrats aussi, des projets en commun avec Alma Acoustic. On a des projets européens, par exemple, où on collabore. Donc forcément, il y a aussi des expériences du laboratoire qui sont menées par Alma Acoustic, dans le cadre de la collaboration. Mais nous, au laboratoire, on a nos propres salles, qui sont beaucoup plus petites pour faire nos tests et nos expériences en propre.
- Speaker #0
Et pour être sûr de bien comprendre, quand on rentre dans cette chambre, on n'entend absolument rien ?
- Speaker #4
Non, alors en fait, on entend, il n'y a pas d'écho. En faisant cette expérience dans une chambre sans écho, vous êtes sûr que le son que vous enregistrez provient directement de la source sonore et pas des réflexions. D'accord,
- Speaker #0
de l'environnement ou autre.
- Speaker #4
C'est ça. Alors par contre le son est très très bas Et donc le niveau sonore est très très bas Et donc lorsque vous entrez dans cette salle Au départ votre cerveau est un peu trompé Parce que le cerveau a l'habitude d'entendre un bruit de fond permanent Dans la vie de tous les jours on a un bruit de fond permanent Et le cerveau coupe automatiquement Ne fait même pas attention au son qu'il y a dans ce bruit de fond On ne l'entend plus Et quand on rentre dans une salle silencieuse telle que celle-ci, et bien d'un seul coup, le cerveau se dit « Ah, il se passe quelque chose ! » et on commence à entendre des choses qu'on n'entend pas d'habitude et certaines personnes disent pouvoir entendre le bruit de leur propre corps, donc le sang dans les artères, le cœur qui bat, des choses comme ça, et ça peut devenir angoissant pour certaines personnes.
- Speaker #0
On l'utilise également pour tout ce qui est expérimentation artistique. Comment les artistes peuvent utiliser cette chambre ? Est-ce que vous avez... Un exemple à nous raconter, quelque chose que vous avez pu observer, assister ?
- Speaker #3
Il nous est venu à l'idée, lorsque cette fameuse biennale Le Mans Sonore a démarré en 2019, de vouloir confronter art et science, ou en tout cas de les faire se rapprocher. Et on s'est dit, ce moyen d'essai pourrait tout à fait être détourné, en sortir... les équipements qui sont à l'intérieur et puis la mettre à disposition d'artistes. Finalement, ça a donné lieu à un premier concert en 2019 qui a été un succès, en tout cas de notre point de vue.
- Speaker #0
Olivier, vous apportez aussi des solutions très concrètes autour de ce que l'on appelle la pollution sonore avec Alma Acoustic.
- Speaker #3
Oui, tout à fait. Les industriels qui fabriquent des produits souhaitent réduire. le niveau de puissance acoustique qui vient nous embêter dans notre vie de tous les jours et effectivement la variété des sujets sur lesquels on travaille a un impact direct dans notre vie, telle qu'une machine à café bruyante, la pompe à chaleur du voisin, la conduite d'eau usée dans un bâtiment que l'on entend un peu trop, ou bien encore la liseuse ou la boîte à musique pour enfants qui mériterait une petite optimisation de la manière dont le son est diffusé. Et donc tout ça a un impact direct dans la vie de tout un chacun. Et en passant dans les mains des ingénieurs d'Alma Acoustic, il y a la possibilité d'optimiser, d'améliorer pour que le produit émette un son plus agréable.
- Speaker #0
Un dernier mot, Pierrick, sur ce hub acoustique qui justement nous permet de mettre en avant la ville du Mans à l'échelle internationale.
- Speaker #4
Le hub acoustique, c'est un dispositif que l'on a mis en place au Lôme il y a une dizaine d'années. L'idée c'était de... de pouvoir inviter sur des périodes récurrentes et assez longues des chercheurs étrangers, de manière à ce qu'ils puissent venir travailler vraiment avec nous en réel. Et ça nous a permis de booster nos collaborations internationales, puisque avant la mise en place de ce dispositif, on avait environ 30% de nos publications, parce que c'est le travail du chercheur, c'est de publier dans des journaux internationaux. scientifique. On avait 30% de nos publications qui étaient en commun avec des chercheurs internationaux et grâce à la mise en place de ce dispositif nous sommes maintenant à 70% des publications qui sont avec des chercheurs internationaux donc ce qui fait que le laboratoire est très connecté à la recherche mondiale en acoustique. Et donc nous aimerions dans le cadre de Le Mans Capital du Son, le projet que nous portons actuellement, nous aimerions étendre ce dispositif. non pas à toutes les autres structures de l'aumant sonore, de manière à créer des rencontres entre chercheurs scientifiques et artistes autour du son au niveau du Mans. Et donc, à l'époque, lorsque nous avons lancé ce dispositif, le Hub Acoustique, nous avions, avec un petit clin d'œil, nous disions que nous voulions faire du Mans, la Villa Médicis de l'acoustique. Et bien, ainsi, maintenant, en plus, on accueille des artistes. peut-être qu'on va y arriver.
- Speaker #0
C'est sans doute un premier élément de réponse à ma dernière question sur pourquoi, selon vous, le Mans est la capitale du son empirique.
- Speaker #4
Je pense que c'est l'écosystème vraiment qui fait ça. Il n'y a pas que le laboratoire d'acoustique de l'Université du Mans, il y a tout l'écosystème Alma Acoustique, l'ITEM, les BOSA, etc. Ce qui fait que on a vraiment... On représente, je pense, maintenant une place forte de l'acoustique au niveau mondial.
- Speaker #0
Et pour vous, Olivier Rançon, pourquoi Le Mans est la capitale du son ?
- Speaker #3
Je prendrais plutôt un autre angle, c'est pour qui ? Pour qui Le Mans est la capitale du son ? Et pour les acteurs économiques, c'est la capitale du son. C'est-à-dire qu'ils ont accès au Mans à la palette complète qui répond à leurs besoins. Depuis, je parle pour une entreprise qui viendrait chercher au Mans, une collaboration de recherche, elle a le laboratoire. Si elle souhaite avoir accès à des moyens d'essais expérimentaux, Alma Acoustique est là. Si elle souhaite se former, former ses collaborateurs, elle peut tout à fait trouver sur place tout le panel nécessaire à former ses employés, jusqu'à trouver, pourquoi pas, à la sortie de l'ENSIM, l'école d'ingénieurs, l'acousticien qui va venir renforcer son équipe et lui permettre d'intégrer en interne des compétences. Donc pour une entreprise ne pas passer par le Mans... C'est une faute, une faute grave.
- Speaker #0
Merci beaucoup Olivier Roisson, Pierrick Lauton, de nous avoir partagé tous les nouveaux univers. Désormais, on sait que le monde ne vibre pas uniquement au son des moteurs. Avant d'entendre, il faut apprendre à écouter et ici certains en ont fait un métier. Parlons désormais de pédagogie, de métier et d'avenir. Avec vous, Carole Lerendu, vous êtes directrice générale de l'ITEM, l'Institut Technologique Européen des Métiers de la Musique. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Avec vous également, Julien Martineau, vous êtes le directeur de l'association Superforma qui a pour but de promouvoir, organiser et favoriser les pratiques des musiques actuelles.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #0
Bonjour. On commence avec vous Carole et l'offre de formation en son et en acoustique. Elle est très riche en SART et parfois même inédite en France. Aujourd'hui, quelles sont les formations que l'on propose ici au Mans ?
- Speaker #1
Alors on propose des formations qui vont effectivement du niveau infrabac au niveau bac plus 5. La particularité c'est d'avoir à la fois une offre qui est sur l'acoustique, donc avec un niveau scientifique extrêmement pointu et un laboratoire à côté de cette offre-là qui est très réputée. Je crois que vous avez déjà pu l'utiliser. Donc c'est une formation, je dirais, universitaire, licence et master sur l'acoustique. C'est aussi une école des Beaux-Arts, ESAT-TALM, Touranger-Le Mans, qui sur Le Mans, en tout cas, propose, et c'est singulier en France, un master design sonore. Nous avons aussi l'ITEM, que je représente, qui est une formation plutôt infrabac et bac professionnel sur les métiers de la lutherie. Voilà, seul institut en Europe à être sur quatre familles instrumentales, que sont... La guitare, les instruments avant, le piano et l'accordéon, presque plus connus internationalement et nationalement, effectivement, parfois, que sur le territoire. Et une offre sur des techniciens son, spectacles vivants et événementiels, qui va être à Bac plus 2, avec, pour la première fois, la mise en place d'un bloc de compétences sur le son immersif, de façon à suivre l'orientation du territoire et les choix qui sont faits de par les expertises présentes, effectivement, sur le territoire. Donc à la fois... de l'infrabac et du post-bac, autant sur les aspects très conceptuels que sur les aspects du fer, de la fabrication. Voilà un peu l'originalité aussi de cette offre-là sur un total de 450 étudiants à peu près.
- Speaker #0
Vous avez un vrai rayonnement ici et surtout au-delà de nos frontières. Est-ce que, Julien, vous avez des étudiants ou des personnes qui sont issues justement de ces formations dans le cadre de votre association ?
- Speaker #2
Absolument, particulièrement des techniciens et régisseurs son. dont mon directeur technique, mais aussi un ingénieur du son qui oeuvre sur l'une des salles. Ils sont tous les deux passés par l'ITEM.
- Speaker #0
On peut justement creuser un peu plus les débouchés professionnels avec vous, Carole. Vous l'avez évoqué, Julien, ingénieur son, technicien son. Est-ce qu'il y a d'autres métiers qui sont créés ici à l'ITEM ?
- Speaker #1
Oui, alors il y a en plus une orientation, j'ai oublié de le souligner tout à l'heure, du conservatoire, qui vise à développer aussi de façon expérimentale en France un nouveau parcours du musicien sur une option justement de connaissance des principes de base de la sonorisation, donc qui va être une spécialité possible à partir de la rentrée 2025. Donc un nouveau débouché pour que des musiciens puissent avoir aussi sur les métiers de premier niveau de sonorisation en studio. une compétence avérée et un parcours possible. Donc ça, c'est assez original. Et puis évidemment, tous les métiers de la facture instrumentale qui sont très singuliers, de l'accordeur piano au luthier, luthier en instrument avant ou que ce soit sur la guitare, sur la lutherie guitare, donc plus méconnus effectivement. Ça, c'est sur la partie artisanat d'art, qui est une particularité quand même. Sur l'acoustique, évidemment, ça destine aussi à des métiers de l'industrie. La licence, comme le master, prépare à des métiers concernant le secteur de l'automobile, le secteur industriel en général, avec des recherches autour de l'impact du son, de la singularité d'un son sur un produit, que ce soit sur les voitures, les trains, les tramways, etc. Ce sont des marchés peu connus ou des débouchés peu connus, mais extrêmement recherchés, qui demandent une expertise très forte. Ces élèves sont très bien préparés avec ces parcours-là. Du côté artistique, l'école des beaux-arts permet aussi d'avoir, avec le Master Design Sonore, le croisement, l'hybridation des compétences artistiques et des compétences, on va dire, acoustiques, appliquées à des produits, à du design produit. Voilà, c'est aussi, je pense, ce qui nous rassemble, c'est d'avoir des choses qui relèvent vraiment de la fertilisation croisée, d'approches très transversales, en fait.
- Speaker #0
Le son est partout, finalement, dans le quotidien de chacune et chacun. Vous, Julien, vous l'utilisez beaucoup à travers la pratique des musiques actuelles. Comment cette préoccupation acoustique, finalement, oriente vos choix de programmation dans les diverses spectacles que vous proposez, pour ne pas l'évoquer, le Mansonor ? Et n'hésitez pas à nous parler, effectivement, d'autres programmations de l'association.
- Speaker #2
Alors, c'est effectivement un sillon qu'on creuse parmi d'autres, celui d'aller chercher les artistes qui cherchent à repousser... les limites de leur pratique, qui cherchent à repousser les limites de la création, ça c'est l'ambition, et ça se traduit principalement par des résidences et des représentations dans le cadre du Mansonor tous les deux ans.
- Speaker #0
Et justement des figures emblématiques de l'acoustique au Mans, on en a eu avec Jean-Michel Jarre qui est venu inaugurer le Dôme Sonore à l'occasion de l'édition 2024 et qui a finalement posé ses armatures en bois à l'ITEM. Quel est le rôle de ce Dôme Sonore, Carole ?
- Speaker #1
Alors ce Dôme va d'abord accueillir effectivement la partie formation, enseignement sur les 300 heures d'enseignement destiné au son immersif, à la fois sur la formation initiale. Mais également sur, on l'espère, de la formation continue, puisque les techniciens n'ont pas en France eu la possibilité d'avoir ce type de perspective-là. Donc, des débouchés d'abord sur l'enseignement. Ensuite, évidemment, on espère avec les collègues du LOM, avec ce performa, avec l'ensemble des acteurs, le design sonore aussi, pouvoir accueillir des résidences entre art et science, des résidences expérimentales, et puis offrir aux musiciens un lieu de travail assez intéressant, très novateur, qui va permettre de... d'explorer des univers sonores différents. Donc ça, c'est aussi cette partie de croisement avec l'artistique qui est attendue fortement sur ce dôme. Et je pense que les scientifiques vont s'en emparer pour faire un certain nombre d'expériences, puisqu'on sait qu'ils attendent ce lieu avec impatience.
- Speaker #0
Oui, il y a une ambition de rassembler. C'est tout à fait l'objet du hub, comme on dit en anglais. Justement, est-ce que Julien Martino, vous pourriez nous en dire un peu plus sur l'ambition de ce hub acoustique ? Alors,
- Speaker #2
l'ambition, elle est de... En une phrase, il est de se faire rencontrer des scientifiques et des artistes pour mettre en place des expériences sonores, en tout cas de notre point de vue, au service de la création artistique. Comment la technique et la science peuvent améliorer la création artistique ou repousser les limites de la création artistique ? C'est ce qu'on a commencé. à faire lors des dernières éditions du Mansonore avec effectivement des concerts en son immersif sous le Dôme mais aussi des concerts dans la chambre semi-anéchoïque de Alma Couture qui est la plus grande d'Europe et qui a donc cette acoustique très particulière, un son très mat et qui est du coup qui est qui est un terrain de challenge je dirais pour Autant pour des artistes que pour des techniciens son.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a d'autres formations, Carole ?
- Speaker #1
Oui, on a aussi, de façon un petit peu plus indirecte, sur l'université, la licence de gestion des structures musicales, qui vise à former plutôt les fonctions support, mais de futures directions, de futurs régisseurs, administrateurs de structures qui sont quand même dédiées à la filière musicale. D'une part, et d'autre part, historiquement plus anciens, on a le parcours acoustique et musique, porté par le département acoustique, effectivement l'université, qui permet notamment d'avoir un double cursus avec le conservatoire, qui est également un partenaire majeur sur cette question du son, et donc à des étudiants de poursuivre une trajectoire à la fois musicienne et de futur acousticien. Voilà, ce qui est très original et leur permet d'avoir là aussi des compétences démultipliées.
- Speaker #0
Il y a aussi un autre débouché, Carole, c'est celui de la santé.
- Speaker #1
Oui, à ce stade, on est encore effectivement en phase exploratoire, mais on partage cette conviction entre les partenaires que la question de la santé va probablement prendre de nouvelles directions et que le son, les vibrations peuvent être un élément important. Quelques protocoles scientifiques commencent à arriver sur les questions de... de soins accompagnés de méthodologies liées à la pratique instrumentale et ou la présence d'instruments, notamment en secteur hospitalier. Julien avait amené cette question aussi au travers du décret son qui limite les décibels dans les lieux et où la question de l'immersif permet de travailler cette question du volume sonore différemment. Et donc voilà, sans avoir forcément d'idée extrêmement précise, on espère avec ce Dôme pouvoir explorer aussi au-delà de nouvelles expériences sonores. peut-être des impacts et des tests sur des personnes ou sur des protocoles pour arriver à travailler cet axe santé. En tout cas, à l'ITEM, on va effectivement mettre ce point-là dans la feuille de route stratégique.
- Speaker #0
Vous voulez compléter, Julien ?
- Speaker #2
Sur la question du décret, aujourd'hui, les grands événements de plein air, enfin les événements de plein air, et les petits lieux de diffusion sont hors la loi, ce qui concerne la diffusion du son. Donc il y a une... Un certain nombre d'expérimentations qui ont été menées depuis quelques années par l'association Agisson qui œuvre pour une meilleure gestion sonore. Mais via ce pôle au Mans, on a aussi un terrain d'expérimentation pour explorer des solutions possibles pour à la fois respecter le décret et surtout à la fin permettre... la diffusion de la musique dans des conditions qui soient les meilleures pour toutes et tous.
- Speaker #0
On n'a plus qu'à se poser la question emblématique de ce podcast, c'est la question finale. Pourquoi selon vous, Le Mans est la capitale du son ? Carole, je vous laisse commencer.
- Speaker #1
Question épineuse, non mais assez simple dans sa réponse. C'est-à-dire que je pense qu'il n'y a pas beaucoup de territoires sur lesquels on associe, enfin je n'en vois même qu'un seul, sur lesquels à la fois les dimensions scientifiques, formation artistique sont à ce point entrecroisés. se traduisent par une biennale, effectivement, Julien en a parlé, avec des formats qui sont quand même très singuliers et innovants, et une ambition scientifiquement reconnue.
- Speaker #0
Et pour vous, Julien ?
- Speaker #2
Je dirais que la biennale, c'est effectivement la vitrine de quelque chose, d'un terreau commun qu'on a, tant sur le volet artistique que scientifique. sans doute aussi économique parce qu'on a aussi des startups qui innovent. Et pour nous, ça a été l'occasion de proposer des concerts dans un fauteuil au son immersif.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci à tous les deux, Carole Le Rendu et Julien Martineau, d'être venus. Place aux applications concrètes et aux perspectives d'avenir. Dans la métropole du Mans, le son ne reste pas dans les laboratoires, il vibre dans notre quotidien. Alors, quelles sont les applications ? concrètes de ce secteur et surtout quelles sont les grandes tendances qui s'annoncent. On en parle avec vous Clément Lagaric, bonjour, vous êtes le fondateur et le gérant de l'entreprise Métacoustique. Bonjour. Avec vous également Christian Morin, bonjour. Bonjour. Vous êtes le directeur de l'école supérieure d'art et de design TALM. Clément, on commence avec vous, est-ce que vous pourriez nous expliquer, nous présenter votre entreprise Métacoustique ?
- Speaker #3
Nous sommes une entreprise qui a maintenant 10 ans d'existence. et nous avons comme métier la réduction du bruit. On peut décomposer notre activité en trois phases très spécifiques. On fait de la recherche et développement pour trouver des nouvelles solutions, pour justement savoir comment faire pour réduire le bruit de façon innovante. Ça c'est notre première activité. Notre seconde activité, c'est nous faisons de la prestation de services de R&D et d'ingénierie pour de compte de grands clients industriels. Donc typiquement des industriels qui peuvent être du bâtiment, du transport, de l'électroménager, qui fabriquent des produits qui font du bruit. Ils doivent essayer de le réduire pour plusieurs raisons, que ce soit réglementaire ou même marketing. Et on les aide justement à le faire de façon intelligente. Et la troisième activité, c'est nous avons développé, breveté et industrialisé notre propre solution d'isolation acoustique qui est basée sur une technologie innovante. et qui s'appelle le métabloqueur. Ce qu'on fait, nous, c'est vraiment, on se focalise sur les matériaux qui constituent une voiture, un bâtiment, peu importe. Et on va essayer de les agencer, de les choisir, voire même de les transformer pour les rendre les plus isolants ou absorbants pour réduire le bruit le plus possible.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un échange entre vous, entre votre entreprise et votre école, Christian ?
- Speaker #4
Il y a eu en tous les cas des rapprochements entre Sound to Sight, une entreprise issue de l'École supérieure d'art et de design, deux anciens diplômés de design sonore et métacoustique, sur différents projets, mais aussi lors de la deuxième biennale, je crois qu'il y a eu une réalisation commune autour de fauteuils mis à disposition des publics.
- Speaker #0
Quel est le rôle de Le Mans Sonore ? On va parler un petit peu plus de vous. Christian, vous présidez cette association ?
- Speaker #4
C'est un rendez-vous important, culturel et scientifique, pour dédier au son dans toutes ses formes d'exploration.
- Speaker #0
Est-ce que vous diriez que c'est une expérience, cette biennale du son ?
- Speaker #4
Oui, parce qu'elle incarne une convergence entre les arts, les sciences, les technologies. en proposant une programmation riche et diversifiée. Il y a des formats que le public ne connaît pas bien, mais qui aussi, comme les installations sonores, par exemple, portées par les ZAD, mais qui sont aussi des super vecteurs de transmission par l'expérimentation, l'immersion dans le son, et puis aussi une perception de ce que sont les sons, et leur différente nature. Tous ces événements créent des passerelles entre les disciplines. Et cette transversalité que provoque la biennale offre une vision globale et immersive de l'univers sonore et de ses ressources sur le territoire.
- Speaker #0
Avec un rayonnement complètement... L'international et ce concours ?
- Speaker #4
Une des dimensions internationales, c'est la mise en place de ce concours, qui a deux volets principaux. Un concours en acoustique, piloté par l'université, et puis le volet design sonore, porté plus par le réseau de l'ESAD, autour des sons appliqués aux services, aux objets. Et ça réunit un jury indépendant et international justement de gens repérés.
- Speaker #0
Vous faites rayonner le Mans via la culture, via l'art. Et vous Clément, via aussi ce développement industriel, via cette innovation. Est-ce que vous pouvez en dire un petit peu plus ?
- Speaker #3
Je vais essayer de faire ça évidemment simple, même si derrière il y a beaucoup de choses. travail de recherche, mais on a développé le premier isolant acoustique basé sur une nouvelle technologie qu'on appelle les métamatériaux, qui sont des matériaux qui ont des propriétés extraordinaires, voire même qui défient les lois de la physique. Et nous, en acoustique, ça se traduit par un matériau qui va être très isolant, et pourtant il reste fin et léger. Donc ça a des propriétés très intéressantes, notamment pour le domaine du transport, ou le moindre gramme gagné. C'est du CO2 en moins, mais aussi dans des problématiques de bâtiments. Là où aujourd'hui, on essaye de faire des bâtiments avec des structures légères, qui sont faites en bois par exemple, et qui ont besoin d'alléger le plus possible.
- Speaker #0
C'est une application parfaitement concrète des innovations que vous menez chez Métacoustique. Est-ce qu'il y a encore des défis à relever ? Ceux de l'avenir, Clément ?
- Speaker #3
Il y a toujours évidemment des défis. Le problème des nuisances sonores est devenu un problème actuel de premier ordre, mais ce depuis très peu de temps. Et les solutions qui ont toujours été mises en place jusqu'à aujourd'hui n'ont pas connu de grandes innovations dans les dernières années. Et c'est un peu là-dedans que nous on essaye justement de s'engouffrer, de trouver la nouvelle révolution. Et évidemment, ce qui nous intéresse, c'est de trouver encore plus léger, encore plus fin que ce qu'on a aujourd'hui, et pour pouvoir répondre notamment aux défis environnementaux de demain.
- Speaker #0
J'imagine que l'écosystème du son et de l'acoustique qui existe ici au Mans se nourrit mutuellement pour sans doute trouver des réponses à ces questions. Je vous pose la question signature, messieurs, qui est, pourquoi selon vous, le Mans est la capitale du son ? Christian, je vous laisse commencer.
- Speaker #4
Cette vitrine, qui est la Biennale internationale, affirme le rôle de la ville du Mans comme capitale du son, un lieu unique où innovation, technologie, expression artistique et savoir-faire façonnent l'écoute de demain.
- Speaker #0
Clément, quel est votre point de vue ?
- Speaker #3
Je peux peut-être juste ajouter un exemple qui nous concerne, puisque... Ayant fait toutes mes études ici après le bac sur la filière acoustique, j'ai pu mesurer à quel point l'écosystème et notamment la partie enseignement supérieur qui sont liés à tout ce qui touche au son est riche et interagit aussi les uns avec les autres. Après mon doctorat, j'ai eu la possibilité de créer mon entreprise. Je me suis posé la question ici ou ailleurs. Moi, je suis originaire d'Angers. Mais en fait, cette question, je me la suis posée une demi-seconde, puisque c'est ici qu'il faut le faire, notamment pour son écosystème et son rayonnement à l'international. Et finalement, aujourd'hui, quand je regarde les effectifs de mon entreprise, on est sept, docteur et ingénieur. On est tous passés ici par le Mans. Ça montre bien à quel point c'est the place to be, on va dire, pour le son en général.
- Speaker #0
Entre recherche industrie et territoire, l'avenir se construit. A plusieurs voix et aujourd'hui c'était les vôtres Clément Lagarigue et Christian Morin. Merci beaucoup. De marin mersenne au lôme, de la lutherie à la psycho-acoustique, de la salle anéchoïque au domi-immersif, Le Mans tisse depuis des décennies un fil sonore unique en France et est bien placé pour devenir une référence européenne voire mondiale. Il faut continuer à attirer les talents, à structurer l'écosystème, à innover. Alors êtes-vous prêt à écouter Le Mans en grand ? Si oui, alors à bientôt. pour un prochain épisode.