- Speaker #0
Branle-Badkomba, le gouvernement veut supprimer 3000 postes d'enseignants. Les professeurs se mettent en grève, les élèves se mobilisent, et pour organiser leur action, Antoine et ses amis se retrouvent au Potemkin, un café proche du lycée. Cette histoire, c'est celle de « En grève » , un roman de Mathieu Pierre-Lout, publié en 2016, mais ça pourrait aussi être celle de nombreux élèves qui se sont mobilisés en Fédération Wallonie-Bruxelles en fin d'année scolaire 2025-2026. Je m'appelle Clara, et quand j'étais ado, j'étais de celle qui voulait que les choses soient justes. J'étais souvent la première à lever la main pour dénoncer une injustice tant que ça ne me demandait pas de prendre trop de risques. Aujourd'hui, ça fait longtemps que je n'ai plus 17 ans, et si je continue à m'engager au quotidien, je ne sais plus vraiment ce que ça signifie de s'engager quand on est élève. Alors dans cet épisode, on va parler d'engagement, que ce soit dans son école, son quartier, une association ou sa communauté. S'engager, c'est choisir de faire entendre sa voix et d'agir pour faire bouger les choses.
- Speaker #1
Vous écoutez
- Speaker #2
Le Mégaphone. Le Mégaphone, le podcast qui porte la voix des élèves.
- Speaker #1
Le Mégaphone !
- Speaker #0
Le 4 juin dernier, les députés du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont adopté de nouvelles mesures pour l'enseignement et ça a fait beaucoup de bruit. Parmi ces réformes, on demande aux profs du secondaire supérieur de prester deux heures de cours de plus par semaine. Le Minerval, quant à lui, passe à 1200 euros et on diminue les budgets pour les activités culturelles et les repas chauds à l'école. Si avant même que la loi soit votée, des écoles se mobilisaient déjà pour manifester leur désapprobation, Les jours précédents et suivant son adoption ont mobilisé tous les acteurs de l'école. Direction, parents, profs et surtout élèves sont allés dans les rues pour manifester leur colère. Le 3 juillet 2026, soit presque un mois après le vote des réformes, je suis allée à l'AG d'un collectif militant. Je vous embarque avec moi. On est le 3 juillet, c'est le dernier jour de l'année scolaire pour les élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles. Et aujourd'hui, je m'apprête à me rendre à une AG festive organisée pour les élèves qui se sont mobilisés ces dernières semaines dans le cadre des mobilisations contre les réformes. Je sais que ce n'est pas très loin, mais je ne sais pas exactement où c'est. Je suis arrivée au lieu de l'Ager, ça sent super bon parce qu'ils ont cuisiné pour le repas de ce soir. Il y a quelqu'un qui est en train de jouer de la guitare juste à côté de moi, probablement pour s'entraîner pour ce soir. Sur scène il y a des guitares, il y a une batterie. Ça papote en attendant le début de la G qui devrait commencer dans quelques instants Clique ici au milieu et alors là tu vois que ça devient rouge Ça c'est un train dans le bus Laoratu et Christopher se connaissent depuis l'enfance et ont grandi dans le quartier de la place de Bastogne à Koukelberg place qui a d'ailleurs donné le nom de l'ASBL qu'il et elle ont créé avec d'autres jeunes du quartier Ce duo bavard, attachant et engagé a expliqué ce qui l'a poussé à prendre son téléphone début juin et a publié une vidéo qui a buzzé et atteint les téléphones de nos politiques de l'opposition. Ensemble, il et elle abordent la mobilisation, l'information, les bavures policières. Mais au final, tout ça, c'est d'abord parti d'une vente de bonbons il y a quelques mois.
- Speaker #2
C'est un S-Belt qu'on a créé en... L'année passée, oui. Au mois de décembre, on a commencé avec le marché de Noël de la place de Bastogne à Kucklberg. Et en fait, on est quand même pas mal de jeunes. On est une trentaine de jeunes. On est quand même exactement 33 jeunes actifs, vraiment, qui partent de 14 ans jusqu'à 22 ans.
- Speaker #1
On était à trois jours de la vente, parce que sur notre place de Bastogne, il y a un marché de Noël. Et moi, je ne sais pas ce qui s'est passé dans ma tête. J'ai fait, vas-y, Chris. Attends, attends. Je fais, vas-y, Chris, vas-y. Il faut qu'on fasse quelque chose. Il faut qu'on vende des trucs et tout. Enfin je sais pas, en fait c'est parti vraiment sur un coup de tête Et de là il y a un ami à nous qui a dit Ouais on va vendre des bons Bon moi je le croyais pas Je me suis dit fais exprès quoi, arrête, arrête s'il te plaît Tendez pas à ce qu'on le concrétise vraiment Pour moi c'était juste du blabla
- Speaker #2
Le lendemain je vois qu'on est dans un chalet Parce que j'avais vraiment appelé les chevines de l'économie locale à Kulberg Au dernier moment je leur ai dit si c'est possible d'avoir une place Et ça a été très vite Merci. Tout d'abord, nos fonds, on a dit premièrement que c'était pour aider les peuples opprimés. On a dit clairement qu'on mettait à son frontière. On a envoyé 500 euros à Mets à son frontière. Et grâce à ça, aussi... On a su au plus également réaliser le rêve d'un enfant malade qui s'appelle Mathieu. Quand il a eu le cadeau, c'était vraiment touchant.
- Speaker #0
Il parle avec les paillettes dans les yeux, les gars, c'est trop évident ! Vous allez me dire, mais c'est quoi le lien entre cette vente de bonbons et la mobilisation ? Le lien, il est là. Il est justement entre Lauratou et Christopher. C'est la confiance qu'ils et elles se portent mutuellement qui les a naturellement rassemblés pour créer du contenu. Lauratou nous raconte.
- Speaker #1
Moi, je suis créatrice de contenu de mon côté à moi. Et je me suis dit, il faut qu'on fasse une vidéo. Comme ça, les jeunes sont informés et comme ça, on est cultivés. Parce qu'un jour, on avait fait une manifestation dans mon école. Mais il y a certaines personnes qui ne connaissaient pas, enfin, qui ne savaient pas pourquoi on manifeste, quelles sont les conséquences derrière et tout. Et les professeurs, ils pensaient qu'on était contre. contre eux. Et moi j'ai dit non, on est avec vous, mais juste peut-être le message n'est pas passé de la bonne manière. Je me suis dit, je ne peux pas faire une vidéo toute seule, on a grandi ensemble, j'ai besoin d'aide. Son côté humoristique, il va bien avec mon énergie, j'ai besoin d'aide. Peut-être qu'elle ne va pas tourner, peut-être que ça va être un flop, mais au moins, les gens vont être informés. C'est ça que j'ai dit. Donc, on est allé, on a fait la vidéo. En moins de 1h, c'était plié, non ? En moins de 30 minutes, on va dire que c'était plié. Le montage a été fait en 20 minutes, grand maximum. J'ai posté le soir même. Et voilà là où on en est maintenant. On a un peu essayé de la mettre à notre goût, à notre sauce, pour ne pas changer de personnalité et être nous-mêmes. Et on a vu que la vidéo est passée, même dans le Parlement et tout, on s'est dit « Hé, mais ça allait vite, ça allait loin ! » C'était trop rapide pour nous, en fait, on ne s'y attendait pas.
- Speaker #0
Depuis le début des mobilisations, l'engagement des élèves fait parler, et pour une raison particulière. J'ai souvent pu lire sur les réseaux sociaux ou même dans la presse de la part de nos politiques que si les élèves se mobilisaient, c'était avant tout Parce qu'il et elle étaient manipulés par les adultes. Laura Tou a un avis très tranché sur le sujet.
- Speaker #1
C'est totalement faux et là j'en ai gros sur le cœur parce que j'ai même reproché à certains professeurs de mon école ou bien mon directeur qu'eux ils ne nous faisaient pas passer les informations de ce qui se passait. Du coup on ne savait pas ce qui se passe réellement. Du coup nous on a dû faire nos propres... recherche pour savoir ce qui se passait réellement et pour ensuite communiquer aux autres ce qui se passait. Du coup, heureusement, on s'est informés et qu'on l'a fait de nous-mêmes parce que moi, je ne l'ai pas fait pour que les autres le voient, mais parce que je sais que je suis concernée et c'est aussi notre avenir qui est en jeu.
- Speaker #0
Si on a déjà pu voir des mobilisations de masse dans l'enseignement dans les années 90 et plus récemment lors des marches pour le climat, rassemblant plusieurs milliers de jeunes chaque semaine, c'est assez inédit ces dernières années de voir s'unir les élèves et leurs profs. Je me demande ce que ça dit des élèves. Est-ce qu'ils ont envie d'être plus impliqués, plus consultés ?
- Speaker #1
On a la grande bouche, donc je pense que c'est à ce moment-là qu'il faut utiliser la grande bouche. Le fait qu'il y ait eu des casseurs et tout, ça s'est un peu retourné contre nous. Et je trouve que c'est très dommage parce qu'ils ont pris un petit 5% de ces élèves-là ou de ces jeunes-là qui cachaient, alors que tout le reste était en train de se moquer. de se battre pour les mêmes causes, de crier les mêmes slogans à la même heure.
- Speaker #0
J'ai encore une question, en fait je n'ai pas une question à vous poser parce que vous êtes trop intéressants,
- Speaker #1
mais là il y en a une qui me vient. Vous se mêlez trop de tes questions.
- Speaker #0
Lorsque le sujet des casseurs est arrivé, je ne pouvais pas ne pas aborder la question des violences policières. A Bruxelles, lors des mobilisations début juin, on a vu des jeunes racisés, souvent des garçons mineurs, arrêtés et violentés par les forces policières. Psst ! Des personnes racisées, ce sont des personnes qui ne sont pas perçues comme blanches, donc des personnes typées noires, arabes, indiennes, etc. Alors il me paraissait pertinent de demander à Lauratu et Christopher si ça leur faisait peur, en tant que personnes noires, de participer aux mobilisations.
- Speaker #2
D'abord, moi, c'était ma première mobilisation, pour être honnête. Et en fait j'avais hâte de voir comment ça se passe, comment ça se fait, tout ce qui se passe. J'étais un peu stressé au début parce que c'est vrai qu'en tant que minoritaire, on entend beaucoup plus de choses qu'ils ont reçues, qu'ils ont subies que d'autres partis. Du coup, moi honnêtement, durant la mobilisation, j'ai rien reçu comme discrimination et tout le monde était ouvert. Et franchement les policiers, malheureusement, ils faisaient... Ce qu'ils ont fait c'était intolérable et voilà, franchement la violence c'est vraiment la pire des choses, la pire des fléaux. Que ce soit des deux côtés c'est la pire des fléaux. Franchement on ne répond pas à la haine par la haine.
- Speaker #0
En temps normal, l'information que je vais préciser n'aurait eu aucune importance. Mais Laura Tout porte le voile et dans le cadre des mobilisations, ça change la donne. Si elle en parle aujourd'hui avec légèreté, il y a un mois, elle a eu peur pour sa vie.
- Speaker #1
Il y a un moment où les policiers lançaient les gaz lacrymogènes et tout. Et moi j'ai mis mon voile Nike, oui Nike, et je l'ai mis comme une sorte de cagoule. Et il y a le monsieur qui me regarde et qui me dit « Tu vois, c'est à cause des gens comme ça que les policiers nous lancent les choses et tout. » Et je lui dis « Mais monsieur, je ne fais pas partie de ces gens-là. » J'ai juste mis ça pour me protéger parce que j'avais peur pour moi et pour mon visage. De là, il s'est excusé et je lui ai fait comprendre que ce n'est pas ok de m'avoir directement clashée dans cette case-là alors que moi je voulais simplement me protéger le lendemain du vote. Je suis repartie et ils nous ont encerclées au Mont des Arts et ils ont fait une sorte de nasse, je pense que ça se dit ça. Alors ils ont fait ça, je peux vous dire, j'ai vu ma vie de toutes les couleurs. J'ai vu des chiens policiers se faire lâcher et tout, ils nous ont encerclés en haut. J'ai levé ma tête, je vois une rangée de policiers, je tourne ma tête à gauche, je vois des policiers, à droite des policiers, mais partout c'était que des policiers. Du coup honnêtement à ce moment-là j'avais peur et j'avais peur pour moi et je me disais... Est-ce que je vais mourir dans ça ? Alors que moi, je n'ai pas envie de mourir dans ça. Je suis encore jeune. J'ai encore tout l'avenir devant moi. Franchement, j'avais peur. J'ai séché les cours pour aller à une manif et ça se trouve, je n'allais pas rentrer chez moi.
- Speaker #0
Si Laura Tout et Christopher sont rentrés chez eux sains et saufs, ce n'est pas le cas de tous, malheureusement. Mais est-ce que c'est ça qui refroidit Laura Tout dans son engagement ?
- Speaker #1
Honnêtement, je ne vais pas mentir. Mais je ne sais pas, parce que je ne sais pas comment je vais débuter mon année, je ne sais pas. Je peux être militante, mais savoir mettre les priorités en avant. Priorité c'est l'école, mais je sais que dans tous les cas, je suis un peu rebelle, mais je vais quand même continuer de me battre. J'entends.
- Speaker #0
A 17 ans, l'engagement peut prendre de multiples formes. Il peut être spontané, organisé en collectif ou être fait de petites actions. L'engagement peut se vivre dans son quartier, à l'école ou à travers une cause qui nous tient à cœur. Mais ce qui rassemble toutes ces formes d'engagement, c'est la volonté d'agir et de faire entendre sa voix plus haut que soi. Merci à Laura Tou et Christopher s'ils ont apprécié mes questions. Moi j'ai surtout adoré cette rencontre et je l'avoue, j'ai pris énormément de plaisir à enregistrer cet épisode.
- Speaker #3
Vous écoutiez Le Mégaphone, un podcast produit par le Comité des élèves francophones pour porter la voix des élèves auprès de ceux et celles qui font l'école. Et toi, élève du secondaire, tu peux nous rejoindre pour faire un temps de ta voix. Tu as envie de participer ? Il y a des choses dont tu aimerais parler qui te tiennent à cœur ? Tu peux nous contacter sur nos réseaux Instagram, TikTok et nous proposer un sujet.
- Speaker #2
Mégaphone