- Speaker #0
Amaru et Vince le mariage.
- Speaker #1
Ça fait toujours plaisir à entendre. Merci.
- Amaru
Et bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du PAPCAST, l'émission où nous les papas on parle du sujet difficile et pourtant formidable de la paternité. Et pour ça je suis accompagné par mon acolyte Vince Mariachi.
- Vinz
Bonjour ! Muchas gracias ! Bonjour ! Et quelle chance qu'à l'honneur, moi je suis avec Amaro Caznav ! Il est là, il est là, il est beau, il est grand ! Il a son casque. Et tous les deux, nous sommes avec le formidable Nicolette Palmar. Salut Nico ! Salut les copains ! Lui, il est en pleine maîtrise. Regarde ça, les lunettes, le style impeccable. Je le dis parce que j'espère qu'on va le voir, il est parfaitement bien habillé. Il est très chic. Il est très très chouette.
- Nico
Il est en train de rougir.
- Amaru
Non mais Nico, tu es un modèle pour nous en termes de style, effectivement, et puis de classe. Alors, avant de commencer, je te propose Nico qu'on fasse un bond en avant dans le temps et d'écouter les plus belles choses que tu vas nous dire à ce micro pendant l'émission.
- Nico
J'ai été très marqué par une idée familiale qui consiste à dire que nous sommes les maillons d'une chaîne. Je suis relié à d'autres personnes avant moi et modestement je dois transmettre quelque chose derrière moi. Je pense qu'il faut appeler nos enfants à vivre leur vie. Et à partir de ce moment-là, ils seront confrontés à d'autres problématiques que la mienne. Et il faudra simplement que je les ai armés suffisamment dans la vie. pour qu'ils puissent répondre au mieux, d'une manière plus équilibrée au monde qui les attend. Si tu commences à dire « non, non, moi je prends pouvoir sur ma descendance » , non, je suis désolé, on n'a aucun pouvoir. On a découvert avec Agnès lors de l'échographie du cinquième mois que Marie vraisemblablement serait atteinte de trisomie 21. Pendant six mois, j'avais beaucoup de mal à devenir le père de ma fille. Ce qui est diabolique, c'est de pouvoir se projeter 40 ans en avant en se disant « je suis mort, elle ne s'en sortira pas » . Et en fait, derrière, la vérité, c'est soit dans la simplicité de la vérité, reçois ce que je te donne et regarde comme elle t'aime.
- Amaru
C'était magnifique. Un mot pour qualifier ce que tu nous as dit pendant cette émission, Nico ?
- Nico
Oh, quelle humilité, mon Dieu ! Je savais que tu allais me dire un nom de plus.
- Amaru
Alors, peut-être que parmi nos auditeurs, il y en a quelques-uns qui ne te connaissent pas. On te connaît surtout par ton travail graphique. On va y revenir tout à l'heure. Alors, un petit rituel. Tu as un texte devant toi, un texte à trous. Et je te propose que tu nous le lises. et pour qu'on apprenne à te découvrir.
- Nico
Bonjour, je m'appelle Nicolas et j'ai 48 ans. Si je gagne ma vie en faisant le mariole, je suis aussi connu pour faire des illustrations, des dessins, de la peinture et beaucoup de dires de conneries. Notamment chez moi où je suis le papa de trois enfants. Eh oui, ils sont extraordinaires. Pour eux, je suis surtout un modèle. Et si Emma et Vince m'ont invité aujourd'hui, ce n'est pas pour parler. de moi, mais c'est parce que la partenarité pour moi, c'est une transmission. Si mon père écoute cet épisode, je suis sûr qu'il dira il est encore mal situé, mais comme vous allez comprendre ça dans le reste de l'épisode, alors restez bien jusqu'à la fin et abonnez-vous au PAPCAS, Stam !
- Amaru
C'est formidable, merci ! C'est à nous de rougir,
- Vinz
s'abonner au PAPCAS, enfin !
- Amaru
Il est encore mal situé, c'est ça que tu as dit ?
- Nico
Ah oui, c'est ce que j'ai dit, oui.
- Vinz
C'est ça, non, ça veut dire quoi, mal situé ?
- Nico
Est-ce que je suis aimable ? Est-ce que je dois prendre toute la place en parlant ? Est-ce que je suis le père à la place du père ? Est-ce que je suis le copain de mes enfants ? Est-ce que je suis un maître ? Est-ce que je suis dans l'angoisse et à partir de ce moment-là j'ai besoin de meubler ? Enfin, il y a plein de choses qui font qu'à la fin on se dit, il n'est pas situé là où il devrait être, il n'a pas trouvé son équilibre.
- Vinz
DUDE Tu penses que tu n'as pas trouvé ta place au soleil ?
- Nico
Non, absolument pas.
- Vinz
Absolument pas. Je la cherche encore.
- Amaru
C'est-à-dire que...
- Nico
À 48 ans, toujours, je cherche ma place. Tu cherches ta place.
- Amaru
Bien se situer, mal se situer, c'est une phrase apparemment que tu as reçue de ton papa. Je suis allé à la rencontre un petit peu des personnes dans la rue et je leur ai demandé quelle était la petite phrase qu'ils avaient retenue de leur père. Et je pense qu'on va parler de ça pendant l'émission. On les écoute.
- Vinz
Quelle petite phrase de votre père vous retenez encore aujourd'hui ?
- Speaker #5
Travaille maintenant, que tu travailles maintenant, moi tu travailleras plus tard.
- Vinz
Wow, ça voulait dire quoi ?
- Speaker #5
Ça voulait dire qu'il fallait que j'investisse sur mes études, parce que lui n'avait pas fait d'études et qu'il en souffrait.
- Speaker #6
Je t'ai dit de ne pas courir pas.
- Speaker #0
Ça voulait dire quoi du coup ?
- Speaker #6
Ben, courir pas,
- Speaker #0
c'est un escargot et qui va lentement, donc c'était sa manière de dire de ne pas courir vite, quoi. Un sac vide, ça ne tient pas de bouffe. C'était pour nous faire avancer ? Pour nous faire manger ? Ah, pour vous faire manger ? Oui, un sac vide, et je le redis souvent, un sac vide, ça ne tient pas de goût.
- Amaru
Est-ce que tu es vraiment sûre que tu veux faire ça ? Et alors, maintenant, vous êtes sûre ou pas ? Ça dépend du sujet.
- Speaker #0
Faut pas rester un jour sans apprendre
- Amaru
Et donc du coup là aujourd'hui qu'est-ce qu'il va falloir apprendre ?
- Speaker #0
Je sais pas encore mais Vous êtes pas visité ?
- Speaker #7
Pas mal non c'est français
- Amaru
Il y avait un groupe notamment de dames assez âgées et j'ai dit oui voilà c'est un podcast sur les papas etc. Il y en a une qui s'est mis en retrait tout de suite en disant non non si c'est sur les papas je veux pas en parler. Comme quoi je découvre au fur et à mesure de ces émissions en fait et puis de cette recherche qu'il y a un vrai sujet quand même sur la paternité. Et donc là je propose que cette émission on essaye de voir un petit peu les petites phrases qu'on a retenues de nos pères ou pas, les petites phrases aussi qu'on aimerait bien que les autres retiennent de nous. Et pour ça, j'ai un petit questionnaire pour toi, Nico. C'est le questionnaire Petite Phrase. Quelle est la phrase que ton père ne t'a jamais dite et que tu aurais voulu entendre ?
- Nico
Il a fini par me les lire, mais j'ai attendu très longtemps. Je suis fier de toi.
- Amaru
Je suis fier de toi.
- Nico
Ouais.
- Amaru
Effectivement, c'est une phrase après laquelle on peut vraiment beaucoup courir. Ça a duré longtemps avant qu'il te la dise ?
- Nico
En fait, j'ai compris bien plus tard. à 40 ans, que le fait de ne pas me le dire, c'était aussi de me laisser libre. Et me dire « je suis fier de toi » , ça voulait dire « j'ai encore emprise sur toi » . Et en fait, je crois qu'il m'a laissé libre de faire mes choix, de me tromper. Il a accepté, il a même pris des risques avec moi quand j'étais plus jeune. Laisser libre en ne prenant pas une emprise sur moi trop importante. Il n'est pas venu, par exemple, quand j'ai réussi à trouver ma voie professionnelle, il n'est pas venu ni voir une exposition en prépa, ni voir une exposition aux arts déco quand j'y étais. Et peut-être que j'en souffrais un peu parce que je me comparais à d'autres camarades qui avaient des parents qui étaient plus intrusifs, on va dire. Et je dis bien intrusifs parce que je pense, avec du recul maintenant, qu'il m'a laissé libre. et à partir de ce moment-là, je... J'ai pu développer la technique que je voulais, découvrir le chemin que j'avais envie de poursuivre. Je me suis planté, moi j'ai fait des études de droit, ça a duré trois semaines, et tout le reste de travers comme disait Coluche, mais c'est évident que de mon côté, accepter que j'étais fait pour une carrière artistique, ça a été un peu plus long, ce n'était pas vraiment une voie toute tracée. dans le modèle familial. Néanmoins, c'était une chose qui a été non seulement acceptée, mais même prévue par mes parents, qui, quand je me suis inscrit en droit, ne m'ont pas interdit, mais m'ont levé des yeux un peu étonnés en disant « Qu'est-ce que tu vas foutre là-bas ? » Et en fait, je voulais défendre la veuve et l'orphelin, ce que j'ai continué à faire, mais avec le talent que j'avais, c'est-à-dire en gros en acceptant qui j'étais, découvrir qu'en finalement, avec un crayon à la main, j'étais plus performant qu'en bossant des dossiers juridiques.
- Amaru
Et tu m'avais dit justement qu'au début de ta carrière professionnelle, ton père t'avait un peu introduit notamment dans l'enseignement. Donc ça, je veux dire, il y a quand même eu une sorte de tuilage, on va dire, à ce moment précis pour toi.
- Nico
Oui, c'est très juste Amaru. En fait, il se trouve que je pense que les parents et papa étaient très attentifs finalement à ce que moi, je pouvais devenir. Et on a toujours considéré qu'un piston, c'était un phénomène d'aller et de retour. C'est-à-dire que quand on recommande quelqu'un, en fait, on prend un risque. On recommande quelqu'un toujours pour soit la personne à qui on confie cette personne, soit pour aider cette personne à trouver son chemin. Et en fait, il faut donner un piston au bon moment, c'est-à-dire au moment où effectivement c'est l'adéquation correcte pour les deux. Et en fait, je crois que quand il m'a... va aider à devenir professeur dans une école de journalisme et puis dans une école de communication il ya plus de 20 ans et j'étais prêt à cela j'avais les compétences pour cela j'avais je pense aussi que c'est une transmission familiale j'avais quelque chose de fait pour l'enseignement et donc il m'a mis à l'essai avec l'aide de ses amis là je pense que j'ai fait l'affaire je suis prof depuis
- Vinz
22 ans cette année ok voilà pédagogie ça fait vraiment partie de aussi de ta vie Oui, vraiment. Pour te mettre, tu as toujours...
- Nico
J'ai toujours adoré ça. Et je pense que c'est partie de l'éducation aussi. Et d'une certaine manière, une transmission paternelle maintenant. Autrefois, j'ai commencé à enseigner quand j'avais 3, 4 ans de plus que mes élèves. Maintenant, définitivement, je ne suis plus le pote Nico. Mais je suis plutôt un daron parmi les autres.
- Amaru
Alors, on continue dans les petites phrases. La question dans les petites phrases. Quelle est la petite phrase que tu espères que tes enfants ne diront jamais à ton sujet ?
- Nico
Il ne nous a pas menti.
- Amaru
T'aimerais qu'ils te disent, il y a un enjeu de vérité pour toi. Oui, exactement.
- Nico
C'est-à-dire que j'ai mis en adéquation ce que je leur ai dit et aujourd'hui, ce qu'ils peuvent en faire.
- Amaru
J'ai l'impression que quand tu dis qu'il y a un enjeu de vérité par rapport à ça, est-ce que tu penses que c'est quelque chose justement qui t'a été transmis ? Ou c'est quelque chose qui est un peu inné chez toi ? Comment tu l'as découvert que c'était l'enjeu de vérité le plus fort ? Parce que moi par exemple, c'est la liberté. Et c'est assez marrant parce qu'on a beaucoup ce débat avec Marie ou avec d'autres amis sur est-ce que c'est plus important la liberté ou la vérité ? Moi j'aime bien ce genre de débat. Et toi comment tu as découvert que c'était la vérité chez toi ?
- Nico
Déjà, je pense que je suis entièrement d'accord avec toi. La vérité nous rendra libres. Donc, de toute façon, ça passe par là. Je travaille dans un milieu dans lequel il y a beaucoup de faux-semblants. Et ça, je déteste ça depuis le premier jour. Je suis tombé sur des gens qui arrangeaient la vérité en fonction de ce qu'ils voulaient faire. Moi, de mon côté, je voulais rendre et traduire de manière très simple le mieux possible pour que les gens comprennent de manière aussi pédagogique le... l'envie d'un de mes commanditaires. J'adore les projets de mes commanditaires, sinon je ne les fais pas. Et à partir de ce moment-là, j'ai envie d'en donner la substantifique moelle à un public. Et je trouve que c'est un travail qui nécessite de faire l'épure de la vérité. Et à partir de ce moment-là, on ne peut pas faire l'économie d'être le plus vrai possible dans ce métier-là. Ça m'a fait beaucoup d'ennemis. On considère que j'ai un caractère... dur, on va dire ça comme ça, mais c'est parce que je suis ambitieux pour eux, et quelquefois au-delà même de leurs ambitions, parce que je pense que ça ne sert à rien de mettre de l'énergie si on n'est pas là pour transmettre cette vérité, même une infime parcelle du métier ou de la mission que l'on m'a confiée. Et donc en fait, je suis assez jaloux de ce château vérité.
- Amaru
Mais tu vois, il y a une audace quand même derrière ce que tu dis. Mais il y a plus qu'une audace, il y a aussi effectivement un enjeu de loyauté, un enjeu d'engagement. Tu t'appelles Nicolas Depalmar, je sais que tu fais des recherches pour justement connaître bien tes origines. Au-delà de ton père, au-delà de tout ça, est-ce que toi tu te sens qu'il y a une responsabilité un peu transgénérationnelle par rapport à ça ? Ou c'est quelque chose qui est plutôt inné chez toi ? Comment tu vois les choses par rapport ?
- Nico
J'ai été très marqué par une idée familiale qui consiste à dire que nous sommes les maillons d'une chaîne. Donc modestement, je suis relié à d'autres personnes avant moi, et modestement, je dois transmettre quelque chose derrière moi. Et la terre ne m'appartient pas, j'appartiens pour l'instant, elle m'est confiée. Elle a été confiée à mes ancêtres qui ont bâti une partie de ce pays, et j'espère que mes enfants y trouveront la force. pour continuer le combat. Je pense que j'ai ça au fond de moi. Il y a plusieurs strates dans un homme. Il y a une strate spirituelle, il y a une strate humaine, amicale, amoureuse, relationnelle, et puis il y a une strate faisant partie d'un peuple. Et moi, je fais partie d'un peuple, et je suis très heureux d'en faire partie. Je n'en tire ni fierté, ni honneur, Alors... Ni rien, j'espère seulement un jour être un ancêtre à mon tour.
- Amaru
On va continuer à avancer un petit peu avec toi, Nico. Quelles phrases tes enfants te diront peut-être quand ils auront 40 ans ?
- Nico
Je suis heureux.
- Amaru
Ça, c'est un souhait que tu as pour tes enfants. Et peut-être, si on le voyait d'un point de vue négatif, qu'est-ce que tu redoutes qu'ils te disent quand ils auront 40 ans ?
- Nico
Je suis heureux. Ah ouais, c'est difficile. Ce que je redoute, je redoute peu de choses, à part que le ciel me tombe sur la tête. Mais... Gaulois. Ouais, c'est clair. En fait, j'ai une énorme peur, mais je pense que je ne suis pas du tout guetté par cette peur-là. Donc en fait, ce que je suis en train de te dire, c'est rhétorique. C'est qu'en fait, on est une reconduction qui soit celle de ma génération. Je pense qu'il faut appeler nos enfants à vivre leur vie. Et à partir de ce moment-là, ils seront confrontés à d'autres problématiques que la mienne. Et il faudra simplement que je les ai armés suffisamment dans la vie pour qu'ils puissent répondre au mieux et de manière plus équilibrée au monde qui les attend. Ce n'est pas du tout le même que le mien. On a presque 30 ans de différence. Franchement, honnêtement, je les sens assez libres aussi. Je pense que cette transmission de Maillon de Chêne dont on parlait tout à l'heure, c'est assez juste. En fait, j'ai au moins transmis cette idée de vérité et de liberté. Parce que je reprends ton mot, je trouve que c'est assez juste. Et je pense qu'ils sont assez libres de choisir leur voie en fonction de leur caractère. Parce qu'évidemment, le système éducatif qu'on a donné à Agnès et moi, c'est, disons qu'on a essayé de faire au mieux de nos capacités. Évidemment, être père, c'est la chose dont on est le moins capable. Mais en revanche... Ce qui est sûr, c'est que c'est une rencontre entre un désir d'un père et un caractère d'un enfant qu'on n'a pas choisi. On l'a désiré, mais il est libre. Et donc à partir de ce moment-là, on doit... on doit l'aider à grandir tel qu'il est, pas tel qu'on voudrait qu'il soit. Et surtout,
- Vinz
grandir avec un père et une mère dans une maison atelier, enfin je ne sais pas, mais toi Amarou, pareil, ça fait rêver quoi. Moi je me dis, les auditeurs là, ils sont en train de rêver. Mais toutefois, c'est l'endroit où on rêverait de grandir.
- Amaru
J'en sais un, parce qu'en fait, ce que je trouve intéressant dans ce que dit Nico, c'est qu'il y a un côté où... J'ai l'impression que t'as réussi à être encore avec moi, mais ok, d'accord. En fait, pas forcément, parce que c'est marrant, Nico, je veux dire, tes enfants, ils n'ont pas continué en fait dans aucun profil artistique, en fait. Il n'y a personne qui a repris. Non,
- Vinz
attends, il a commencé par du droit.
- Amaru
Non, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu des choses créatives, parce que t'as un fils qui fait de la cuisine, il y a vraiment une part de créativité. Non, non,
- Nico
mais je suis d'accord, la transmission, ça ne veut pas dire une reconduction.
- Amaru
Des fois, il peut y avoir une pression dans les familles de ça. C'est-à-dire, l'enfant, il va prendre ma suite et donc il va faire exactement la même chose. Mais donc, toi, tu n'as pas reçu ça et tu n'as pas transmis ça.
- Nico
Il y a deux choses. La première, c'est que je ne suis pas l'héritier d'un empire capitaliste. Je suis l'héritier d'une longue lignée d'indépendants. Mon père était journaliste indépendant. Ma mère était orthophoniste avec son propre cabinet. Je ne suis issu que d'une lignée d'indépendants. À partir de ce moment-là, je ne suis pas devenu journaliste. Les parents, je te parlais de vérité et toi tu me parlais de liberté. Je te disais la vérité nous rendra libre. C'est le Christ qui le dit. J'ai toujours vécu dans une famille qui avait cru de manière extrêmement claire à ce qui était écrit dans l'évangile. Et mon père particulièrement. À partir de ce moment-là, être le plus grand disciple, quand on... on croit à la vérité, au chemin et à la vie qu'est le Christ, à partir de ce moment-là, évidemment, si tu commences à dire « Non, non, moi, je prends pouvoir sur ma descendance. » Non, je suis désolé, on n'a aucun pouvoir. On a eu la joie d'être les co-auteurs et de leur donner la vie, physiquement, humainement, on va dire. À partir de ce moment-là, ce qu'il faut, c'est d'être des compagnons de route, au sens vraiment politique du terme, de leur vie, et qu'ils puissent toujours savoir que leur père est là pour... pour qu'ils puissent s'appuyer sur nous, mais que s'ils n'en ont pas le désir ou pas le besoin, on n'a pas besoin d'avoir une béquille supplémentaire.
- Vinz
Le regard que tu portais sur la foi de ton père,
- Nico
très différent de moi, et en même temps des points communs d'amour on va dire, mais mon père est un mystique.
- Vinz
Et toi tu serais quoi si lui était un mystique ?
- Nico
Moi je suis Saint-Pierre moi. Je dis énormément de conneries, je suis assez spontané. je me lance dans la bataille je comprends absolument rien dans la plupart des projets dans lesquels je me lance à part le fait que intuitivement j'y crois et je participe à partir de ce moment là je fais beaucoup d'erreurs et à la manière de Saint-Pierre je suis capable d'adopter la manière de Saint-Pierre et donc ton père mystique c'est à dire que c'est quelqu'un qui a toujours cru à l'évangile de manière incroyable et qui a toujours illustré de manière très poétique les passages de sa vie avec... un regard avec l'évangile, par exemple, qu'il ne fallait pas avoir peur dans la vie, parce qu'effectivement, l'hélice des champs, comme les oiseaux du ciel, ni sème ni ne moissonne, et pourtant, ils sont parés des plus beaux vêtements, du pourvoi, et qu'on se fie en paix, et puis après, le Seigneur donnera derrière, mais d'abord, engage-toi, et ensuite, après, le reste viendra derrière. Et je trouve que ça, c'était vrai. En tout cas, je l'ai vécu, et lui, de son côté, il n'a vécu que de cela. Il n'est jamais quelqu'un qui a cherché derrière mamon, l'argent, l'honneur ou la reconnaissance. Il a toujours fait ce pour quoi il était fait, et il a toujours donné au Seigneur et préparé le royaume des cieux. À partir de ce moment-là, je me suis dit, ça fait peur, parce que dans une vie dans laquelle... On promeut les gens qui sont tout puissants, qui ont un plan et qui déroulent. Eh bien, lui n'avait pas de plan, il ne déroulait pas, il était donné. À partir de ce moment-là, c'est quand même un superbe exemple. Et donc ça, je reconnais papa, bravo, tu as été inspirant. Voilà.
- Amaru
Et justement, pour revenir sur ton père et sur aussi des petites phrases qui ont été dites. Donc, tu as trois enfants, tu as deux fils et une fille.
- Nico
Oui.
- Amaru
Maric qui elle du coup est atteinte de trisomie 21 et d'autisme et en fait tu me racontais justement que quand Maric est né tu as eu une conversation avec ton père et justement il y a une phrase qui t'a dit à ce moment là et que je trouve une belle phrase transmission ouais c'est exactement ça c'est une phrase transmission on
- Nico
a découvert avec Agnès lors de L'échographie du cinquième mois que Marie vraisemblablement serait atteint de trisomie 21. J'ai fait le pari absurde de dire que les médecins s'étaient trompés. Évidemment, je suis docteur S-science, donc évidemment, c'est mieux qu'eux. Et évidemment, à la naissance, j'étais là, présent. Et donc j'ai pu... C'est pas moi qui ai accouché, mais Agnès. Donc en gros, j'ai vu cet enfant sur son ventre. Et là, j'ai vu les traits de la trisomie, car c'est marqué quand même. C'est un coup, j'ai perdu mon pari, ça c'était face à mes bêtises, mais il se trouve que je me suis senti d'un seul coup extrêmement démuni en me disant « Waouh, maintenant je suis en responsabilité d'une petite fille qui aura besoin, selon ce que je pensais à l'époque, de moi jusqu'à la fin de mes jours et en fait comment on va se débrouiller ? » Et en fait, j'ai téléphoné à mon père, à la maternité, pour lui annoncer qu'effectivement, il avait une petite fille qui était handicapée, qui avait... porteuse de handicap, il faut toujours être là-dessus, mais bon, elle est handicapée. Et mon père m'a dit, maintenant c'est toi qui es devant, tu es devant moi, c'est toi le père en fait, voilà. Et en fait, c'est très agréable de pouvoir recevoir cette main confiante du père qui dit maintenant que tu passes devant moi, voilà. Et en fait, c'est, encore une fois, c'est quelque chose dans lequel mon père m'a laissé libre. et il m'a dit je suis fier de toi sans le dire il l'a dit quand même mais surtout c'est pas la fierté qui est le plus important c'est le fait que tu es dans la vérité et tu marches dans les pas de la vérité et j'ai découvert, j'ai mis du temps mais pendant 6 mois j'avais beaucoup de mal à devenir le père de ma fille Et en fait, j'ai découvert qu'une relation, et vous voyez, j'ai mis du temps à le comprendre, mais une relation, c'est à deux. Bien sûr, on donne, surtout à un petit enfant qui semble devoir être nourri, changé, qui n'a pas d'autonomie. Et en fait, j'ai compris que son regard, son souffle, sa confiance dans mes bras... était ce qu'elle était capable de me donner, et que c'était extrêmement libérateur, même pour le père que j'étais, l'homme que j'étais. Et à partir de ce moment-là, je suis devenu un père, et que ce que je parlais de non-reconduction, mais plutôt d'accueil et puis d'accompagnement, ça prenait tout son sens avec une petite fille qui... Sur le papier, ce n'est pas la petite fille que nous désirons le plus, parce que finalement elle nous met une pression énorme en disant qu'il faut qu'on assure. En fait, on assure que dalle, on assure tous les jours, c'est-à-dire que c'est carpe diem et que ce qui est diabolique, c'est que c'est la petite fille qui a le plus de chance. Diabolique, c'est de pouvoir se projeter 40 ans en avant en se disant « je suis mort, elle ne s'en sortira pas » . Ça, c'est le diable qui vous souffle dans l'oreille « tu es nul, tu es un incapable » . Et en fait, derrière, la vérité, c'est soit dans la simplicité de la vérité, reçois ce que je te donne et regarde comme elle t'aime.
- Amaru
Tu m'as dit, en fait, ton père, effectivement, quand il te dit « passe devant » , tu m'as dit plusieurs choses. tu m'as dit déjà en fait tu as Toi, tu l'as fait passer quelque part de la théorie à la pratique. C'est-à-dire qu'en fait, lui, il avait un certain nombre de valeurs qui lui étaient chères. Et toi, quelque part, tu étais face à la réalité. Il fallait que tu les mettes en pratique. Et tu m'as dit aussi, c'est par le biais de Marik, quelque part, que j'ai compris ce que c'était que la paternité ou que tu n'avais pas compris avant.
- Nico
Oui, en fait, il se trouve qu'avoir deux garçons magnifiques comme Elie et Aubin, c'est facile en fait. Parce qu'en fait, c'est exactement ce que je voulais. Deux garçons qui, un jour, auront eux-mêmes des fils et la chaîne continuera. Donc, parfait, je n'ai pas grand-chose à faire. Et puis, finalement, Maric, eh bien, ce n'est pas cette... Finalement, cette reconduction dont je te dis, j'essaie de me défier, en me disant que ce n'est pas ça le but. Mais c'est elle qui me l'a fait comprendre. Et à partir de ce moment-là, être un père, c'est être là, inconditionnellement, Moi aussi, théoriquement, je suis moralement pour la défense de la vie, etc. Il se trouve que quand on vous met face à la réalité, d'un seul coup vous passez d'une théorie morale à un cas pratique. Je n'ai eu, je pense, aucun moment l'envie de me défier de cette chose-là. Je pense que je m'étais préparé, mais ça ne veut pas dire que c'était moral. Je ne suis pas un homme moral. Je suis un homme qui reçoit un beau cadeau et ce beau cadeau c'était une petite fille. Il se trouve que je préfère les cadeaux aux surprises parce que j'aime bien me préparer. Je suis un homme plutôt angoissé mais il se trouve que là pour le coup c'est une vie qui est en jeu et là vous ne pouvez pas imaginer que... vous ayez des théories qui passent par dessus je suis kato donc je pense ça j'en sais rien du tout c'est une petite fille elle est incarnée elle a un sourire Elle est mignonne à caractère. Aujourd'hui, c'est une petite fille qui est une jeune femme. Elle a 14 ans. Vous voyez, elle n'est toujours pas propre la nuit. Donc, en gros, les contingences matérielles nous sont rappelées tous les matins, avec une douche, avant de l'envoyer à l'IME. Il faut avoir... cette compréhension qu'être père c'est aussi se mettre les mains dans le cambouis je dis ça poliment et en fait c'est une grande humilité pas celle dont j'étais doté à la base celle dont Voilà, on m'a donné cette mission, disons, et ça me coûte tous les jours. Et tous les jours, je me rappelle que nous sommes incarnés et qu'en fait, elle n'y est pour rien, mais je suis là pour elle et je le redis inconditionnellement. Et en fait, c'est ça, être père aussi.
- Amaru
On a vu que tes deux fils, ils n'ont pas repris le flambeau, on va dire, graphique, de peintre, de... d'artistes, on peut dire ça comme ça.
- Vinz
Ils viennent bouleverser l'héritage, le patriarche,
- Amaru
qu'est-ce qui se passe ? Pour toi, c'était un enjeu ou pas du tout ?
- Vinz
Non, c'est absolument pas un enjeu.
- Nico
J'aurais bien aimé pouvoir en discuter avec eux, mais il se trouve que je suis très heureux qu'ils choisissent leur voie ou qu'ils la découvrent encore peut-être, parce que ce n'est pas parfaitement fini. Mais moi, de mon côté, je te le dis, je n'ai pas du tout envie de reconduction. Donc, je suis très heureux. J'espère qu'ils seront fiers de leur père, que je ne leur fasse pas d'ombre ni de honte. Et qu'à côté de ça, ils puissent sourire à la vie. Et que moi, de mon côté, je puisse me dire, je suis heureux de voir des garçons solides et une jeune fille. Et des garçons solides et heureux. Et une jeune fille solide et heureuse.
- Vinz
Est-ce que tu les regardes avec étonnement ou justement en pleine liberté ? Tu leur laisses leur liberté ? Est-ce que tu es surpris ? Ah oui, ils font ça. Je suis étonné. De temps en temps, je retrouve des points communs de caractère avec certains.
- Nico
Mais je me dis aussi que c'est plutôt les autres qui me montrent les correspondances. Ils ont, eux, du recul sur nous deux. À partir de ce moment-là, ils nous disent « Tiens, ton fils, il a quand même des attitudes qui sont importantes. » « Et ton père, exactement. » Mais bon, c'est absolument pas du tout ni une fierté, ni une gloire, ni une tristesse. Disons que j'aurais très envie qu'effectivement, je le disais tout à l'heure, ils soient heureux. Et être heureux, c'est pas si simple que ça.
- Vinz
Et la phrase que ton père a mis du temps à te dire, est-ce que toi tu leur dis, je suis fier ? Régulièrement. C'est régulièrement.
- Nico
Et puis je suis dur aussi, c'est-à-dire que sans liberté de blâmer, il n'y a pas d'échec.
- Vinz
Bien sûr.
- Nico
Évidemment, quand on ne marque pas leurs mesures... Beau marché bien sûr, l'insolent je le dirais en plus. Non mais il y a des moments où être père c'est aussi mettre des limites et dire voilà il y a un cadre, en fait je donne, tu donnes. Ton devoir c'est celui de devenir toi-même, c'est pas celui de te laisser couler, je te parlais d'une pente, tu l'as. Tant qu'elle monte,
- Vinz
pas tant qu'elle descend. Très bon.
- Amaru
Et du coup on a... La visuelle !
- Vinz
On sent qu'il est peintre.
- Amaru
J'ai trois dernières petites questions. Avant qu'on écoute Vince nous emmener dans un cadre beaucoup plus profond et spirituel. Du coup, petite phrase fin de vie. Quelle phrase tu aimerais entendre le jour de ton enterrement ?
- Vinz
Ça, c'est la phrase la plus drôle du pack.
- Amaru
Il est immortel.
- Vinz
De qui ? De moi. Est-ce que tu seras devenu académicien ? Non, pas du tout. Étonnamment, j'ai...
- Nico
A titre personnel et pas à titre de père, de disparaître définitivement des mémoires de l'homme. Et il se trouve que j'enseigne l'histoire du graphisme, et c'est vrai que j'admire énormément de mes grands ancêtres dans mon métier. Et à côté de ça, j'aimerais bien pouvoir mettre une pierre à l'édifice et être, je le disais tout à l'heure, un ancêtre. aussi et tout à l'heure je le dis je pense profondément c'est dire que j'ai envie d'être un ancêtre voilà c'est un ancêtre et autant qu'artiste permet moi de te dire tu laisses une empreinte une trace indélébile c'est vrai c'est quelle phrase tu redoutes d'entendre à ton enfermant en fait aucune pour être très honnête tout à l'heure je disais ça parce que je pense évidemment que je me situe mal comme dit papa mais non mais très honnêtement vous ferez ce que vous voulez de mon calavre franchement vous êtes encore une fois libre de faire ce que vous voulez après moi je ne suis plus là je
- Amaru
ne suis pas là oui enfin honnêtement je suis dans l'éternité j'espère mais c'est d'ailleurs voilà voilà je m'en fiche allez puis j'ai une dernière question une dernière question pour toi l'héritage immatériel que tu vas laisser derrière toi ce sera ?
- Vinz
Là on parle du souvenir, c'est très beau.
- Nico
Oh mon dieu ! J'ai pas envie d'être une nature morte.
- Amaru
Je suis pas inquiet pour toi.
- Vinz
C'est la seule chose que je peux te dire.
- Amaru
Trop bien, merci beaucoup Nico de nous laisser là-dessus. On va rester là-dessus, effectivement, je n'ai pas envie d'être une nature morte. Je trouve que ça a beaucoup de profondeur là-dedans. Vince, tu nous emmènes où pour ce dernier temps, qui est un temps où on aime bien terminer avec une petite intention, quelque chose qu'on laisse un peu derrière nous. Et peut-être qu'avec toi,
- Vinz
du coup, Nico, on pourrait le formuler comme ça, se dire, ne soyons pas des natures mortes. Et on va peut-être confier tout ça avec toi, Vince. En fait, c'est vrai que nous, en tant qu'artiste, on se tourne vers le Seigneur. Et puis, j'avais amené mon petit carnet de chants d'Annunzio. Mais finalement, pendant que tu parlais, mes venues, en fait, c'est un chant que je viens de composer. Et c'est une prière que je pense qu'on peut faire nôtre. Et je pense à toutes les familles, tous les pères de famille qui sont avec nous. Alors reste encore un peu, Dieu vivant éternel. J'ai tant besoin de ta main sur le rêve. Alors ouvre-moi les yeux, Rédempteur Dieu fidèle. J'ai tant besoin d'un chemin qui m'emmène. On chante, ça fait, reste encore un peu. Alors reste encore un peu, Dieu vivant, Dieu vivant éternel. J'ai tant besoin de ta main souveraine Ouvre-moi les yeux, alors ouvre-moi les yeux Rédempteur, Dieu fidèle J'ai tant besoin d'un chemin qui m'emmène Amen
- Amaru
Amen Eh Vin c'est magnifique C'est super beau Tu reviens avec des compos
- Vinz
C'est trop bien C'est la phrase la meilleure phrase des disciples d'Emmaüs C'est encore un peu cette phrase à Jésus Ce qui est très bon c'est que Jésus fait mine de partir C'est très bon comédien Il fait mine de partir et ils me retiennent Eh reste encore un peu Et puis en plus on va manger Donc voilà Comme Jésus c'est pas le dernier pour rester avec nous quand on mange Et puis effectivement quand on demande à Jésus de rester je pense que il demeure
- Amaru
On va se quitter avec ça, c'est super. Merci beaucoup Nico d'avoir été avec nous. Merci à Vince. Et on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode du PAPCAST. A très bientôt.
- Vinz
Bye bye.
- Speaker #7
Le témoignage va vous faire progresser.
- Vinz
Absolument. Bravo, quel enthousiasme.