- Speaker #0
La perte des cheveux, ce n'est pas du tout quelque chose qu'il faut banaliser. C'est déjà la première chose physique qui va montrer qu'on est malade. Donc quand j'annonce le traitement de chignothérapie, et si c'est un traitement qui fait perdre les cheveux, c'est ce que j'annonce en premier. La perte de cheveux doit vraiment être prise en charge correctement pour que le traitement global se passe le mieux possible. On s'appuie beaucoup sur les socios coiffeuses en général.
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans le podcast de Céline. Je m'appelle Céline Renard et je suis socio-coiffeuse spécialisée en oncologie. Je partage mon activité entre mon cabinet et l'hôpital, où j'ai fait partie de l'équipe des soins de support. Je coiffe et conseille les patients atteints de cancer, y compris pendant leur hospitalisation. Si vous êtes confrontés à la chute de cheveux pendant les traitements, si vous vous posez des questions ou si vous cherchez des solutions, ce podcast est fait pour vous. Je vous ferai découvrir mon métier, je vous apporterai des conseils pour mieux comprendre et traverser cette étape. Vous entendrez également des témoignages de patients et des échanges avec des professionnels de santé. Parce que même pendant la maladie, chaque femme doit pouvoir continuer à se sentir belle et rester elle-même. Je vous souhaite une très belle écoute.
- Speaker #0
Ah ben tant que je te croise, je t'ai mis en consultation une patiente que tu vas voir en fait. Je l'ai vue hier en consultation, elle est sous anti-CTK4-6, tu sais c'est une nouvelle thérapie ciblée dans le cancer du sein métastatique qui arrive aussi en... en préventif, et en fait les patientes elles perdent de plus en plus leurs cheveux. Alors c'est pas une alopécie comme sur la chimiothérapie, elles perdent pas totalement leurs cheveux, mais il y a des patientes qui se déguernissent vraiment. Et du coup hier, elle m'a clairement dit que si elle perdait encore ses cheveux, elle arrêtait le traitement. Sauf que moi je vais être ultra limitée en traitement, surtout que c'est clairement celui qui est le plus efficace. J'aurais vraiment besoin que tu la vois, si tu peux la voir la prochaine fois, si on peut trouver des solutions. Moi j'ai quand même baissé la dose du traitement. en espérant que ça aille mieux, mais ça serait vraiment dommage qu'elle arrête le traitement pour le coup.
- Speaker #1
Je vais la voir, de toute façon je crois que tu... Ouais,
- Speaker #0
je l'ai mis en même temps que moi sur la prochaine consultation, je crois que tu la vois juste avant.
- Speaker #1
Eh ben écoute, je vais la voir un petit peu en consultation, je vais discuter avec elle, je vais lui expliquer et puis je te referai un retour.
- Speaker #0
Top, merci beaucoup.
- Speaker #1
Bonjour Solène. Bonjour. Merci d'être venue dans mon podcast.
- Speaker #0
Merci de m'avoir invitée surtout.
- Speaker #1
Et bienvenue, je te laisse te présenter.
- Speaker #0
Alors, moi je suis Solène Medjebar, je suis médecin oncologue médicale, principalement spécialisée dans le cancer du sein et tous les cancers gynécologiques. Et puis on travaille ensemble depuis environ deux ans à l'hôpital Mermoz.
- Speaker #1
Voilà, on est collègues, effectivement. On va expliquer un petit peu justement notre façon de travailler ensemble. Alors moi j'interviens pour accompagner la chute de cheveux liée à la chimiothérapie. Toi, tu annonces le traitement. les effets indésirables et notamment tu annonces la chute de cheveux. Comment généralement tu procèdes et comment réagissent les patientes ?
- Speaker #0
Déjà quand les patientes viennent me voir, elles savent qu'elles ont un cancer dans la grande majorité des cas vu qu'elles viennent voir un cancérologue et elles savent potentiellement qu'elles vont avoir de la chimio. Généralement les chirurgiens commencent à les préparer en leur disant je vous envoie vers ma collègue oncologue parce que potentiellement qu'il y a un traitement de chimio-thérapie à faire. Ce qui fait que quand elles arrivent vers moi, elles ont quand même fait un petit chemin. Elles savent ce que c'est une chigno, aujourd'hui on a quand même l'air d'internet où on peut se renseigner beaucoup. Donc l'avantage on va dire pour nous c'est que quand elles arrivent, elles savent déjà, mais ça reste clairement l'angoisse numéro un. Donc quand j'annonce le traitement de chignothérapie, et si c'est un traitement qui fait perdre les cheveux, parce que tous nos traitements ne font pas perdre les cheveux, c'est ce que j'annonce en premier. Parce que c'est l'effet secondaire qu'elles attendent. Et j'ai l'impression que tant qu'on n'a pas aborter ce sujet. Je ne suis pas certaine qu'elles écoutent vraiment et qu'elles entendent forcément tout ce que je dis parce que c'est ce qu'elles ont en tête. C'est toujours très délicat pour la perte des cheveux. Alors, j'ai quand même certaines patientes pour lesquelles ça emporte peu, qui me disent clairement « Moi, les cheveux, ça ne m'intéresse pas, ce n'est pas grave. » Mais c'est quand même une minorité. La majorité, c'est un moment fort dans la consultation où il y a... quelques pleurs parce que même si elles sont doutées, c'est un moment où on l'atteste officiellement, c'est marqué sur le papier et je leur dis, je leur explique quand ça va se passer, comment ça va se passer et en effet qu'elles peuvent être accompagnées et oui c'est un moment qui est toujours fort et c'est un moment où on fait presque une pause dans la consultation parce qu'on sait que ça va être celui qui est presque le plus émouvant de la consultation où il y a le plus d'émotions qui peuvent ressortir probablement parce que c'est ce que renvoie Pour le coup, on ne peut plus le cacher, c'est ce que notre corps va renvoyer et les gens autour de nous vont voir qu'elles sont malades.
- Speaker #1
Et à la suite de ça, comment tu prépares les patientes une fois que la problématique de la chute de cheveux est annoncée ?
- Speaker #0
Alors grâce à toi ! En fait, je leur dis directement qu'elles peuvent être accompagnées si elles le souhaitent. De plus en plus, j'essaie de mettre en consultation les patients le plus tôt possible avant la perte des cheveux. Donc, je leur explique que les cheveux vont tomber assez rapidement, enfin deux à trois semaines après la première chimiothérapie, mais que quand ça va commencer, ça va être assez vite. Je leur demande de toujours prévoir en avance, pour ne pas être dépourvu, c'est-à-dire de ne pas... être dans le déni et dire maintenant ça va aller et puis à la dernière minute ne pas avoir ce qui leur ferait du bien, c'est-à-dire un foulard, une perruque, quelque chose. Et surtout j'avoue que je m'appuie beaucoup sur toi en leur disant que tu seras là si besoin, que tu peux les voir avant, qu'il ne faut pas qu'elles hésitent. On s'appuie beaucoup sur les sociocoiffeuses en général.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des patientes qui peuvent refuser ou du moins réfléchir à faire le traitement de chimiothérapie parce qu'elles vont perdre leurs cheveux ?
- Speaker #0
Alors oui. Je pense que c'est même un de nos premiers motifs de refus de la chimiothérapie. De façon très factuelle, il y a assez peu de patientes qui refusent la chimiothérapie parce que quand on leur explique vraiment les bénéfices, pourquoi on fait ça, c'est dans leur intérêt. Si on le fait, ce n'est pas pour nous. Donc, c'est vrai qu'elles sont assez peu à refuser, mais il y en a quand même certaines qui refusent. Et les deux motifs principaux, c'est la perte des cheveux. Et parfois, on nous dit, j'ai l'impression que ça va me rendre plus malade que ce que je suis actuellement. parce que notamment dans le cancer du sein, où on est sur des stades souvent localisés, donc c'est des patientes qui vont bien, qui sont jeunes, qui sont dynamiques et potentiellement elles vont être fatiguées, perdre leurs cheveux, elles vont se sentir malades alors que jusqu'à présent le cancer ne leur avait pas fait cette impression. C'est le principal effet secondaire, la perte des cheveux, qui fait qu'on refuse la chimio. Et parfois j'adapte aussi ma chimio pour les patientes qui refusent catégoriquement la chimiothérapie à cause de la perte des cheveux. Ça m'arrive de faire un protocole parfois. un peu plus léger, qui a avec moins de risque de perte de cheveux. Je sais que j'ai un bénéfice un peu moindre, mais quand même un bénéfice quand les patientes me disent clairement, si je perds mes cheveux, je ne ferai pas la chimiothérapie. Donc on essaye de trouver un entre-deux. Mais si on peut avant ça, c'est surtout les rassurer et c'est les accompagner sur cette étape qui n'est pas facile.
- Speaker #1
Tu proposes aussi également le casque froid certaines fois. Comment tu procèdes pour le proposer et à qui ?
- Speaker #0
C'est assez simple. Les patientes se sont tellement renseignées avant que c'est à ce qu'ils demandent. Moi, ce que je leur dis tout le temps, parce que les études, il n'y en a pas énormément sur ces casques, donc on sait qu'on n'est pas censé faire de mal, mais on n'est pas certain du bénéfice de ces casques froids. Pour remettre dans le contexte, la logique, c'est de créer une vasoconstruction des vaisseaux au niveau du scalp, du cuir chevelu, pour que la chimiothérapie atteigne moins les bulbes folliculaires. fasse moins tomber les cheveux. Il y a des chimiothérapies où on sait que malheureusement, malgré le casque, les cheveux vont tomber. Les chimiothérapies qui peuvent faire tomber les cheveux, mais pas sûr à 100% dans ces cas-là, c'est vraiment vers elles qu'on va proposer un casque, parce qu'on se dit qu'on peut gagner en tout cas moins de pertes de cheveux, voire pas de pertes. Quand les patients le supportent, ça fait pas de mal, et si on peut aider, on le propose de façon générale, et après, il y a aussi, alors encore une fois, pas énormément d'études dessus, mais On se dit que ça peut peut-être protéger le cœur chevelu, même pour la repousse derrière, et faire en sorte que la repousse se passe mieux.
- Speaker #1
Alors c'est vrai qu'on pourrait croire que c'est un petit peu anecdotique de perdre ses cheveux pendant une maladie assez grave comme le cancer. Et c'est souvent ce qui revient auprès des femmes, nous disent souvent « Ah ben on m'a dit c'est bon, c'est que des cheveux ça repousse » , mais en fait on ne se rend pas compte qu'effectivement ça a un impact beaucoup plus puissant sur le traitement.
- Speaker #0
Oui, en effet, la perte des cheveux, ce n'est pas du tout quelque chose qu'il faut banaliser. C'est déjà la première chose physique qui va montrer qu'on est malade, qui va nous montrer, enfin montrer aux patientes qu'on est malade et qui va le montrer à l'extérieur. Encore une fois, comme je disais tout à l'heure, c'est un des premiers effets secondaires qui fait qu'on refuse la chimiothérapie. C'est ce qui fait que les patientes viennent à reculons venir faire un traitement qui pourtant est très bénéfique. pour leur santé, c'est pas du tout peu important. Ça renvoie à une certaine réalité, la perte des cheveux, c'est je suis malade. Et en fait, c'est vraiment pas rien, c'est au-delà de juste pas avoir de cheveux, devoir mettre une perruque, c'est bien au-delà de ça. Et donc je pense que c'est vraiment, vraiment très important de le prendre en charge. Moi, je travaille actuellement dans deux hôpitaux, à Mermoz où tu es là. Et dans un autre hôpital où je n'ai pas de socio-coiffeuse, c'est vraiment quelque chose qui nous manque parce que les patientes se sentent démunies face à ça. Moi, je me sens démunie parce qu'on ne va pas se mentir en tant qu'oncologue médical, on n'a pas toujours tout le temps qu'on aimerait. On n'est pas aussi formés sur tout. On est très médical, médecine et traitement. Mais quand on arrive, on ne peut pas être performant dans tous les soins de support. Et aujourd'hui, on le voit et on le voit clairement. Et pour le coup, il y a plein d'études qui ont attesté ça. Les soins de support sont primordiaux. dans la prise en charge autant que le traitement lui-même. Et du coup, moi je vois dans l'autre hôpital où je suis, quand les patientes se sentent démunies face à la perte de cheveux, alors parce que j'ai travaillé souvent avec des socios coiffeuses, donc j'ai appris des petites choses et j'essaye au mieux de les conseiller, mais c'est quand même pas mon métier et il y a vraiment un manque. La perte de cheveux doit vraiment être prise en charge. correctement pour que le traitement global se passe le mieux possible. Si les patientes viennent à chaque chimiothérapie à reculons, c'est juste pas possible. Il faut qu'elles soient coucounées, il faut qu'on puisse les aider au mieux. Et pas que juste sur le traitement et le fait d'aller diminuer les risques de récidive ou un cancer. Non, il y a toute la prise en charge à côté et qui est aussi importante.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui manque ? Faire en sorte que ça se développe les soins de support.
- Speaker #0
Déjà, je pense que ça se développe de plus en plus. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, c'est beaucoup plus reconnu que les soins de support sont très importants. Avant, et pour le dire, les patientes que je traite aujourd'hui et qui ont eu des cancers il y a 10, 15, 20 ans, me le dit clairement, ce n'est pas du tout la même médecine aujourd'hui. Elles se sentent beaucoup plus accompagnées. Elles se sentent plus réconfortées, mieux soutenues. C'est moins une médecine un peu linéaire où il y a le médecin qui dit de faire un truc, il faut le faire absolument. Et puis, on tient le coup. Je pense qu'en vrai, ça se développe et heureusement. Bien sûr, on est encore loin d'être dans le format idéal. Je pense qu'il y a un manque de moyens financiers, probablement, il y a un manque de reconnaissance. En effet, on se dit souvent, c'est que de la paire des cheveux, ou c'est qu'esthétique, ou c'est que... Même si c'est en train de changer les mentalités quand même, je pense que ce qui peut bloquer encore, c'est plutôt le côté finance. Des établissements où ce n'est pas encore un point primordial, où ce n'est pas encore un point qui est indispensable, mais qui devrait l'être et qui, j'espère, le sera plus tard, parce qu'au même titre que la prise en charge dans le poste cancer ou les soins de support, c'est quelque chose qui, il y a 20 ans, je pense, n'existait pas et qui est en train de se développer. Et j'ai bon espoir que dans quelques années, peut-être 5-10 ans, ce ne soit même pas discutable. que ce soit comme ça et pas autrement dans tous les établissements pour que les patientes se sentent le mieux prises en charge possible, le mieux en confiance et le mieux accompagnées. Dans cette épreuve qui est déjà rude, même très rude, je pense qu'elles ont besoin qu'on les accompagne au mieux et pas que sur la diminution d'un risque de récidive ou la diminution du cancer, mais sur globalement tout.
- Speaker #1
Merci beaucoup Solène pour son intervention et tes explications. Je suis ravie que tu sois intervenue dans mon podcast. Au plaisir de se croiser.
- Speaker #0
Merci à toi de m'avoir invitée et c'est très agréable de travailler avec toi au quotidien. Et pour le coup, on est très contentes de t'avoir. Les patientes aussi.
- Speaker #1
Merci. Merci pour votre écoute. On se retrouve très bientôt pour le prochain épisode du podcast de Céline, dans lequel Béatrice nous raconte avec émotion sont vécus et les bienfaits du soutien de la socio-coiffure. Parce que même pendant la maladie, chaque femme doit pouvoir continuer à se sentir belle et rester elle-même. Merci à Fabienne Proulx pour la réalisation technique de ce podcast.