- Speaker #0
Le pouvoir du chien guide. Pour eux, l'histoire ne s'est pas arrêtée là. Entrer dans ces récits où la vie est allée bien au-delà de ce qu'ils pensaient avant d'avoir leur chien guide. Et pourtant, pour beaucoup, l'idée même d'un chien guide est loin d'être un réflexe. C'est parfois par méconnaissance, par l'idée qu'il ne s'agit que d'une simple alternative à la canne, ou parce qu'ils se disent, à tort, que ce n'est pas pour eux. Au final, seuls 1% des potentiels maîtres et maîtresses de chien-guide en ont un. Et s'ils avaient su plus tôt que leur vie d'aujourd'hui serait complètement transformée par la présence de leurs compagnons ? Une réalité qu'ils n'avaient absolument pas envisagée. Car le chien-guide est bien plus qu'une simple aide au déplacement. Que ce soit dans la vie professionnelle, personnelle ou même sentimentale, ses victoires sont la preuve que par sa présence, le chien-guide apporte une liberté et une autonomie inimaginables pour chacun. Aujourd'hui, nous plongeons dans l'histoire d'Elisabeth et de ses chiens guides Fadja, puis Nesquik. Une rencontre qui lui a permis de sortir seule de chez elle pour la première fois en 4 ans. Ouvrons la voie à une reprise de carrière, puis à une audacieuse formation de kiné.
- Speaker #1
Alors moi je m'appelle Elisabeth Lee, j'ai eu deux chiens, la première c'est Fadja. et le deuxième Nesquik que j'ai eu par le biais de l'école de chien guide d'Ile-de-France qui se trouve à Coubert, en Seine-et-Marne. Alors avant l'arrivée de Fadja, mon quotidien c'était mes quatre murs, donc les quatre murs de mon appartement, un ménage qui était nickel puisque j'étais devenue hyper maniaque puisque je ne faisais que ça toute la journée, c'est mon ménage, mon ménage. Et je sortais plus de chez moi seule. Dans mon esprit, oui, oui, je suis tout à fait capable. Dans la réalité, non, non, je ne le fais pas, j'ai trop peur. En gros, mon paillasson, c'était le seul endroit que je me permettais puisque tout le reste était très hostile. Je ne connaissais pas et je ne voulais pas sortir. J'ai perdu la vue graduellement. Donc ça a commencé en 2008 où j'étais obligée d'arrêter de travailler puisque je ne voyais plus suffisamment. Je suis secrétaire à la base, donc je ne voyais plus mon mieux. mon visage dans le miroir. Autant dire que pour travailler, c'était compliqué. J'avais appris à me déplacer avec une canne, mais quand je voyais encore un petit peu, et là, la seule chose que je voyais, c'était les traces blanches des passages piétons et le petit bonhomme qui passait du vert au rouge. Donc, les déplacements étaient très, très compliqués. Et là, ça a duré quatre ans. J'ai mis beaucoup de temps à faire la demande du chien guide parce que je n'étais pas aveugle. puisque je voyais encore un petit peu, je voyais le petit bonhomme, je voyais les traces blanches. Donc pour moi, je n'étais pas aveugle. Donc un chien qui est aveugle, c'était pour les aveugles, pas pour les malvoyants. Et déjà, j'ai mis du temps avant de dire je suis déficiente visuelle et se dire je suis aveugle, l'accepter, donc faire cette demande. Et ça m'a pris, en tout, oui, ça m'a pris quatre ans en fait. Et c'est ma fille qui avait... à l'époque 7 ans, qui était dans une association d'aide aux devoirs, parce que, évidemment, je ne pouvais pas l'aider à faire ses devoirs, qui était avec une dame qui était famille d'accueil pour chien guide. Et donc, il a dit, mais pourquoi ta maman, elle ne fait pas une demande de chien guide ? Et elle m'a tannée, tannée, tannée, tannée, jusqu'à ce qu'on ait un deuil dans la famille qui a été très violent pour tout le monde. Et je me suis dit, si jamais il arrive la même chose que mon conjoint décède, je me retrouve dans une situation impossible. Et c'est ça qui m'a décidé à faire cette demande de chien guide. J'ai demandé à mon conjoint, je lui ai dit « qu'est-ce que toi tu en penses si je fais une demande de chien guide ? » Et il m'a dit « mais c'est toi que ça concerne, on verra » . Et c'est vrai qu'on habite en appartement, un chien guide, je savais que ça n'allait pas être un petit Yorkshire, je savais que ça allait être un chien de la taille du Labrador. Et puis avoir un chien, ça a toutes les implications de soins. capable de m'en occuper, s'il lui arrive quelque chose, comment je vais faire ? J'étais très, très paniquée, en fait. Ça a vraiment été ça, une panique de me dire, je vais m'occuper d'un animal qui sera quand même dépendant de moi. Lui, il nous aide, mais en même temps, on doit prendre soin et j'avais vraiment très, très peur de ça. Mais ça m'a quand même décidé. Et c'est vrai que l'école de Coubert m'a beaucoup conseillée, suivie, accompagnée. C'est pas magique, un chien guide, on a l'impression que, ouais, on fait la demande de chien guide, paf ! « Allez, Fadja, emmène-moi au travail. » Ce n'est pas simple, ce n'est pas facile. Pour moi, ça a été dur. Il a fallu que je refasse toute une rééducation à la canne. Et comme je dis, ça s'est fait dans la douleur parce que je ne voulais pas de canne. Ce que je voulais, c'est un chien, prendre le chien, aller hop, je rentre chez moi. Mais non, ça ne se passe pas comme ça.
- Speaker #0
Mais après, ce n'est que du bonheur.
- Speaker #1
Quand j'ai fait ma demande de chien guide, c'était vraiment pour reprendre le travail. On a travaillé autour de chez moi, mais très rapidement, j'ai trouvé un travail qui se trouvait dans Paris. Je n'ai jamais fait les choses simplement. C'est que là, déjà, il y avait un changement et à Montparnasse. On courait sur les tapis roulants. Franchement, c'était magique et les gens nous laissaient passer et on courait. C'était vraiment notre petit moment. Et j'appréciais en plus de pouvoir recourir parce que c'est vrai que ça, c'est un truc, quand on est aveugle, ce n'est pas facile. Elle m'a permis tellement de choses. Quand j'ai fait ma demande de chien guide, c'était pour retravailler. Et bien évidemment, je me suis orientée sur ce que je connaissais, c'est-à-dire le secrétariat. Alors le secrétariat, quand on est aveugle, alors même si les synthèses vocales ont fait énormément de progrès, je ne pouvais absolument jamais être autonome. En plus, je n'ai pas choisi le plus simple, j'étais dans une agence de voyage, donc il fallait mettre en forme des textes avec des images et je voulais être masseuse. Et donc, on m'a dit que le débouché, en tant que masseur bien-être, il n'y en avait pas, que ce n'était pas bien payé. Par contre, en kiné, il y avait du débouché. Et j'ai dit, mais j'ai 49 ans, il faut que je refasse une prépa, parce que je m'étais déjà renseignée quand même. Puis après, c'est cinq ans d'études, c'est-à-dire que je vais terminer mes études à 55 ans.
- Speaker #0
Et la personne m'a dit, mais alors,
- Speaker #1
il faut bien que vous fassiez quelque chose de votre vie.
- Speaker #0
Bon, OK.
- Speaker #1
Donc, j'ai pris rendez-vous très rapidement, puisque... Je crois que c'est l'après-midi même, j'étais à Villejuif, il y avait une journée porte ouverte, ça a vraiment été une coïncidence. Et j'ai été diplômée le 12 juillet 2024, et j'ai commencé à travailler le 22 juillet 2024, donc là, avec Nesquik. Avec Fadja, j'ai recommencé à sortir, j'ai repris le travail, j'ai repris mes études, et une chose que j'ai trouvée... absolument génial avec le chien, c'est de retrouver cette fluidité de marche et surtout le fait de, bizarrement, être beaucoup moins stigmatisée qu'avec la canne. Et elle s'est retrouvée à la retraite, c'était en octobre, donc le vendredi, et j'ai eu Nesquik le lundi, donc vraiment le week-end après. Et Nesquik, un chien totalement différent qu'à vraiment, comme je me plais à le dire, il a déboulé dans ma vie, parce que c'est, autant Fadja, c'était petite chienne, 27 kilos, qui était toute mimi, toute clitante, comme je disais. Elle ondulait beaucoup quand elle marchait. Nesquik, lui, c'était un gros gamin de 40 kilos. Croisé Golden Labrador, sable, il était magnifique. Et donc, j'ai cohabité avec mes deux chiens et malheureusement, Fadja est tombée malade. J'ai dû la faire euthanasier en février. Donc, elle n'a pas profité longtemps de sa retraite. Elle est partie comme elle arrivait. Elle est morte dans mes bras. Par contre, Nesquik, lui, qui est décédé en juin 2025, donc cette année, lui, il est parti comme il est arrivé. C'est d'un coup, en fait. Donc, on a eu le diagnostic de sa tumeur pulmonaire le 26 et il est mort deux heures après. Pendant sa promenade, il est tombé. Il a fait « je tire ma révérence » et il est parti comme ça, d'un coup. si on m'avait dit quand j'ai arrêté de travailler tu vas reprendre tes études tu seras diplômée d'état tu vas reprendre ton travail à temps complet. J'aurais dit, mais t'es complètement folle. J'aurais jamais imaginé, ne serait-ce que traverser la route toute seule. En fait, maintenant, on me dit qu'il faut aller quelque part. Même si en ce moment, je n'ai pas de chien, ils m'ont donné ce courage, ces deux chiens-là. Ils m'ont montré que j'étais capable de le faire. Ce n'est pas hostile à l'extérieur. C'est la même chose, sauf que tu ne vois plus. J'ai eu des refus d'accès. C'est très souvent de la méconnaissance. C'est-à-dire, très souvent, c'est le vigile à l'entrée du centre commercial qui va me dire que c'est interdit aux chiens. tranquillement. Je lui rappelle, non, non, c'était un chien guide, vous pouvez aller vous renseigner. À 100% des cas, il me laisse rentrer dans le magasin, il n'y a pas de souci. J'ai attendu un mois avant de faire le renouvellement. Je ne m'attendais pas à ce que Nesquik parte aussitôt. C'est-à-dire que je sais que je vais être très contente quand je vais avoir ce chien. C'est toujours une très, très belle rencontre et on sait que c'est celui-là et pas un autre. C'est ça qui est bizarre. Quand on trouve le chien, c'est un coup de cœur, c'est un coup de fou. Là, malheureusement, celui qui va arriver ou celle qui va arriver va remplacer Nesquik. Et pour le moment, je n'ai pas encore tout à fait fait mon deuil. Je suis encore triste, en fait. Je sens qu'il pointe sa truffe et je pourrais pleurer assez facilement.
- Speaker #0
Ça a été compliqué.
- Speaker #1
C'est si vous avez un doute. Moi, quand j'ai fait la demande de chien guide, j'avais vraiment beaucoup de doutes. Je ne savais pas si je voulais un chien. Faites une demande, ça ne vous engage pas à en prendre un. Donc voilà, si vous avez un doute. Allez-y quand même. Je pense que vous ne le regretterez pas.
- Speaker #0
Pour Elisabeth, l'histoire ne s'est pas arrêtée à son isolement, grâce à ses chiens guides Fadja et Nesquik. Ensemble, ils ont pu mettre fin à quatre années sans sortir seuls, lui permettant de reprendre le travail et de s'engager dans sa formation de kiné, grâce au libre accès inscrit dans la loi de 2005. Même si plus de 300 refus d'accès sont encore signalés chaque année en France, les histoires comme celle-ci nous rappellent l'importance de l'application de ce droit d'accès inscrit dans la loi pour tous les chien-guides et leurs binômes. D'ailleurs, participez vous aussi à cette chaîne de solidarité. N'hésitez pas à contacter l'école de chien-guides la plus proche de chez vous pour vous impliquer en tant que famille d'accueil ou bénévole par exemple. Continuons à créer ensemble de belles histoires pour de nouveaux binômes maître et maîtresse et leur chien geek.