- Speaker #0
Ce que j'aime particulièrement, c'est vraiment être au contact du terrain, c'est rencontrer les gens, c'est pouvoir vraiment m'imprégner d'un lieu et être dehors, être le plus possible à l'extérieur.
- Speaker #1
Je vous présente Aimée, après un master en droit de l'environnement à la Sorbonne et un début de carrière de juriste, Aimée a décidé de tout quitter pour devenir journaliste, réalisatrice et photoreporteur. Alors derrière toutes ces expéditions, il y a bien sûr l'aventure, mais il y a aussi tout ce qu'on raconte un peu moins. comment construire un métier qui n'existe pas vraiment, comment monter et financer ce genre de projet et comment vivre plusieurs semaines ou plusieurs mois d'ailleurs loin de chez soi.
- Speaker #2
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- Speaker #1
Bonjour Aimé. Bonjour Florent. Tu es donc depuis plusieurs années journaliste de terrain, réalisatrice, photoreporteur. Qu'est-ce qui t'a poussé vers ce métier après ta formation en droit de l'environnement à la Sorbonne ? Quel a été le déclic ?
- Speaker #0
Alors le déclic, c'est parce que je lisais un bouquin d'un anthropologue qui s'appelle Philippe Descola. Le bouquin s'appelle « Par de la nature et culture » et qui parle de la relation des sociétés humaines à l'environnement. Et comment est-ce que le mot « nature » , le terme de « nature » a complètement été inventé. et que ce n'est pas du tout universel, cette notion de nature qui est en dehors de nous. Et je trouvais ça passionnant, j'ai vraiment été prise de passion pour ce bouquin, et je me suis dit que j'avais envie de parler de ça, mais que je n'avais pas envie d'en parler d'une façon un petit peu théorique, à travers un mémoire, à travers un écrit. Et c'était au moment où le film « Demain » , qui est un documentaire qui parle d'écologie, d'environnement, est sorti au cinéma, et a eu un grand succès, il y a eu un grand retentissement. Et je me suis dit que je trouvais que l'image était vraiment un vecteur de communication. très efficace, très important et que ça permettait de toucher des personnes qui ne seraient pas forcément touchées par la thématique en termes général. Et voilà, donc je me suis dit, j'aime bien cet outil-là, quelle image pour pouvoir communiquer sur des sujets qui me sont importants et sur lesquels j'ai envie de parler. Donc j'étais en Master 2, je devais intégrer une alternance et j'ai décidé de l'intégrer dans un incubateur, donc une structure qui aide à lever des projets. pour développer un projet d'expédition pendant 4 mois et demi dans l'hémisphère nord avec une de mes coéquipières. Je suis partie là-bas pendant 4 mois et demi. J'ai tourné sur cette question de quel est le rapport des sociétés humaines à l'environnement, à la nature dans l'hémisphère nord, donc auprès de peuples autochtones, de peuples locaux. Je suis revenue avec des images, une série YouTube, puis un film documentaire qui a été diffusé sur Ushuaïa TV. Je me suis pris passion pour cette vie-là. Je trouvais qu'être sur le terrain, rencontrer des gens, être créatif... Pouvoir à la fois s'interroger, nourrir une certaine curiosité, c'était une vie passionnante. Et que finalement, je n'étais pas tout à fait faite pour m'enfermer dans un bureau, que j'ai besoin d'être dehors, en contact avec les gens et en nature. Et voilà, je me suis dit que j'avais envie de nourrir et de cultiver cette vie et ce métier qui n'en était pas vraiment un au début. Parce qu'en fait, il y a énormément de choix, de chemins différents pour faire ces métiers-là. C'est des métiers assez difficiles. de se faire une place, il faut être assez polyvalent. Donc ça a été des années pas évidentes, mais extrêmement riches. Donc voilà, je suis très heureuse de faire ce que je fais.
- Speaker #1
Question basique, mais aujourd'hui, tu parviens à en vivre.
- Speaker #0
Voilà, aujourd'hui, c'est vraiment mon activité à 100%, donc mon métier à 100%. Après, ce métier-là, il a plusieurs visages. Donc à la fois, je suis réalisatrice de documentaires, notamment d'expéditions, donc je pars sur le terrain et je réalise des documentaires, que ce soit pour des institutions. pour la télévision, pour des festivals, pour le cinéma, mais aussi photojournaliste. Je suis journaliste de terrain, je fais du photoreportage aussi, pour la presse écrite, mais aussi vidéo. Et puis à côté de ça, j'écris. Donc ça a été, et puis je fais des conférences, j'enseigne maintenant aujourd'hui sur la place du récit environnemental et la médiation scientifique. Donc c'est vraiment un métier qui ne peut pas se résumer à une casquette, parce qu'on est obligé d'être un peu couteau suisse et de saisir les opportunités, de s'adapter. Et puis quand on part en expédition, on est soi-même un peu couteau suisse parce qu'il faut mettre la main à la pâte, il faut pouvoir se rendre utile à bord, notamment quand c'est une expédition embarquée. Donc c'est un métier multifacette, mais qui, je trouve du coup, qui me permet de jamais vraiment, de toujours nourrir une certaine curiosité, de toujours apprendre, de toujours faire aussi communiquer tous ces différents aspects-là et du coup d'essayer d'avoir quelque chose de plus créatif, le plus proche de ce que j'ai envie de faire et de raconter.
- Speaker #1
Tu l'as dit, c'est un métier multifacette, multicasquette. Quelle est la casquette qui te plaît le plus finalement parmi tout ce que tu fais ? Parce qu'il y a pas mal d'activités, on l'a entendu.
- Speaker #0
Alors honnêtement, ce que j'aime c'est être sur le terrain, ça c'est sûr. Donc la casquette qui me permet d'y être. Après j'aime aussi beaucoup tout ce qui est de l'ordre de la retranscription, donc les conférences, les enseignements parce que... Ça me permet aussi d'avoir une forme de rétribution, de me confronter aussi ce que je fais à un large public, à une large audience, de me poser des questions. L'enseignement, je trouve que c'est formidable parce que ça oblige à toujours s'interroger sur sa pratique, surtout à une ère où le journalisme est quand même de plus en plus questionné, une ère où on a beaucoup de fake news, l'intelligence artificielle, etc. Donc, c'est vraiment... J'ai l'impression que chacun de ces aspects-là vient... nourrir l'autre et donc c'est très riche pour ça. En revanche, ce que j'aime particulièrement, c'est vraiment être au contact du terrain, c'est rencontrer les gens, c'est pouvoir vraiment m'imprégner d'un lieu et être dehors, être le plus possible à l'extérieur. Alors, dernièrement, j'ai énormément travaillé sur les territoires subantarctiques et antarctiques, donc c'est vraiment dans l'hémisphère sud. Voilà, j'ai embarqué, comme tu le disais au début, sur ce bateau qui s'appelle le Marion Dufresne, qui est un bateau mythique de ravitaillement de ces îles subantarctiques-là. Et puis après, je suis partie à la voile en péninsule antarctique rejoindre une mission d'exploration polaire. Ces derniers temps, ça a été beaucoup le pôle sud. J'ai beaucoup été aussi en Arctique, dans le pôle nord. J'ai vraiment une grande appétence pour les territoires froids et polaires. Maintenant, le fond de mon travail, je m'interroge beaucoup à la façon dont on raconte aujourd'hui ce qui se passe sur un territoire et notamment les bouleversements environnementaux que subissent et que traversent un territoire. Et je m'interroge beaucoup à la recherche scientifique sur ces territoires et les scientifiques, c'est-à-dire que je cherche toujours des histoires humaines, ou en tout cas à raconter les humains qui habitent un lieu ou qui travaillent dans un lieu. Et puis je travaille beaucoup aussi avec des populations locales et autochtones pour comprendre comment est-ce que le bouleversement climatique et environnemental n'est pas seulement des chiffres et des données, mais c'est surtout des histoires de vie, des transformations de vie, des langues qui se perdent, des cultures qui s'étiolent, des fragmentations générationnelles. En gros, ce qui m'intéresse, c'est de pouvoir donner corps et pouvoir donner des visages à des bouleversements, notamment environnementaux, qui affectent aujourd'hui des territoires.
- Speaker #1
Tu les as déjà observés, clairement, ces bouleversements en lien avec les changements climatiques ?
- Speaker #0
Alors oui, complètement. C'est vraiment quelque chose qui, aujourd'hui, s'observe partout, et notamment dans les régions polaires où je travaille beaucoup. Il y a deux ans de cela, j'ai été en Alaska. dans un village Yupik, un village autochtone du nord de l'Alaska, qui a disparu maintenant, aujourd'hui, quand j'y étais, il était en cours de disparition, à cause de la fonte du pergélisol, cette couche de glace qui se trouve sous la terre et qui fond à cause du réchauffement climatique, et puis de l'érosion et de la montée des eaux. Donc le village était complètement menacé et a fini par s'effondrer, être enseveli, avalé par les flots et la terre. Et donc ce village-là est une culture... qui vit là depuis des centaines et des centaines d'années, a dû déménager et construire un nouveau village pour être accueilli. Et donc ça en a fait les premiers réfugiés climatiques d'Amérique du Nord. Donc vraiment, le réchauffement climatique là-bas, c'est une réalité qui est marquée viscéralement puisqu'il a obligé un déracinement physique. Donc il est extrêmement présent. Et en fait, ce déracinement physique-là, c'est aussi tout un déracinement culturel, un déracinement intime. C'est quitter un lieu, c'est quitter des repères, c'est quitter des noms, c'est quitter des souvenirs. Donc il n'est pas simplement... Enfin, il est très complexe et il est très, très intime surtout.
- Speaker #1
Aimé Boucher qui est avec nous aujourd'hui pour nous raconter comment on construit un métier de journaliste et de photoreporteur spécialisé dans les expéditions. Justement dans le prochain épisode, on va découvrir l'une des expéditions d'Aimé Boucher à la découverte des terres australes. Nous serons à bord du Marion Dufresne. Que se passe-t-il lorsqu'on embarque pour plusieurs semaines à bord d'un tel navire direction les territoires les plus isolés du monde ? La réponse dans le prochain épisode, la prochaine partie de ces aventuriers consacrés donc à la journaliste, réalisatrice et photoreporteur Aimée Boucher qui est avec nous. Les aventuriers.
- Speaker #2
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