- Speaker #0
L'aventurier du jour, c'est Louis. Il est alpiniste, guide et photographe vidéaste, droniste de haute montagne. Il a récemment travaillé avec Enoch Stagg pour son ascension de l'Everest, mais ce périple n'est qu'une des nombreuses aventures que Louis a vécues, puisqu'il revient d'une expédition en Papouasie, dans la partie indonésienne de l'île. L'objectif de cette aventure, c'était l'ascension de la pyramide de Karstens, qui est le plus haut sommet d'Océanie, sommet qui fait partie des mythiques Seven Summits. Voici. l'épopée vertigineuse de Louis James.
- Speaker #1
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- Speaker #0
Salut Louis.
- Speaker #2
Salut Florent.
- Speaker #0
Tu as 36 ans, alors Alors, à la base, rien ne te prédisposait à gravir les plus hauts sommets de la planète. Et pourtant, c'est en 2014 que tout a commencé pour toi.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Moi, je suis originaire du Lot-et-Garonne, où il n'y a pas forcément de haute montagne. Mais j'ai commencé en 2014 par le chemin de Compostelle. Et puis ensuite, ça a été une passion de faire de la marche et de la randonnée qui m'a mené vers les plus hauts sommets. Et pourtant,
- Speaker #0
à l'époque, tu avais un emploi bien stable. et tu l'as quitté cet emploi pour te lancer effectivement sur ce chemin de Saint-Jacques de Copestel. Depuis la maison familiale, 1430 kilomètres plus tard, tu es arrivé sur le parvis de la cathédrale de Saint-Jacques. Et ça, c'est un voyage qui a été une révélation pour toi.
- Speaker #2
Exactement. C'est vrai que moi, je n'avais jamais fait de marche, de randonnée, ou très peu, des marches à la journée. Et puis, c'est vrai que je me suis lancé sur les chemins de Saint-Jacques et ça a été vraiment... Un coup de cœur, un voyage initiatique, je ne sais pas comment on les appelle, mais en tout cas, c'était vraiment une révélation. Après, c'est devenu une passion, mais c'est vrai qu'au début, j'avais fait des études de commerce et j'étais commercial en grande distribution et ça ne me plaisait pas trop. Et à un moment donné, j'ai eu besoin justement de prendre un moment dans ma vie pour me poser les bonnes questions et je pense que Saint-Jacques, ça a été une bonne décision.
- Speaker #0
2017, c'est une autre révélation puisque tu te lances un... Un défi, la traversée des Pyrénées en solitaire avec 910 kilomètres, 31 jours. Ça, c'est là aussi un grand moment de ta vie d'aventurier, de voyageur.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Après Saint-Jacques, j'étais retourné un petit peu travailler pendant un an et demi, deux ans. Et puis, c'est revenu comme un boomerang, un peu la dépression, mais le fait que je ne me sentais pas trop ma place et tout ça. Et puis, du coup, j'ai redémissionné de l'emploi que j'avais trouvé. Et je suis parti cette fois-ci sur les sentiers du GR10. Donc, c'est la traversée des Pyrénées depuis Andail jusqu'à Banyuls, dans les Pyrénées orientales. Et ça a été, encore une fois, un voyage magnifique, une découverte des Pyrénées comme je ne les connaissais pas. J'y étais déjà allé, mais là, c'était vraiment une traversée complète. difficile mais vraiment magnifique. Après, je l'ai fait rapidement parce que j'étais en bonne condition. Ça s'est bien passé pour moi, mais on peut prendre son temps, on peut le faire en plusieurs fois. C'est vraiment une super randonnée, un peu longue, mais vraiment incroyable.
- Speaker #0
Il se passe quoi dans ta tête quand tu es en train de marcher comme ça dans cette chaîne des Pyrénées ? Tu penses à quoi ?
- Speaker #2
Je pense à vraiment... La marche, je pense à... Un bon outil de méditation, vraiment, c'est quelque chose, je pense que l'être humain, il est fait pour marcher, pour se déplacer. Voilà, on a été fait pour ça, se déplacer au rythme de nos pas. Et en fait, quand on marche, on se détache un peu de plein de soucis du quotidien et puis on arrive à rentrer quasiment en méditation, en fait, et puis à réfléchir sur nos vies, sur nos problèmes, des fois, du quotidien qu'on s'impose. Alors qu'en fait, de temps en temps, si on va marcher une heure, deux heures, on peut trouver des solutions que si on reste devant notre ordi ou dans notre appartement ou dans notre maison, on ne va peut-être pas trouver de solution. Mais si on part marcher, des fois, tout peut paraître plus simple. Et puis après, si on part marcher sur des longues distances comme ça ou des longs treks, c'est vraiment une expérience que je conseille à tout le monde parce que c'est vraiment... Quelque chose de difficile à expliquer, mais dans lequel moi je me retrouve complètement.
- Speaker #0
Cette traversée des Pyrénées en solitaire, c'était en 2017. Et la même année, tu as ta première expérience en alpinisme avec l'ascension du Mont Blanc.
- Speaker #2
Tout à fait. En fait, quand j'étais dans les Pyrénées, j'ai rencontré une personne qui m'a parlé du Mont Blanc. Et moi, je n'y avais pas forcément trop réfléchi. Enfin, ce n'était pas dans mes objectifs, on va dire à court terme. Et finalement, après les Pyrénées, je suis parti dans les Alpes. Je suis parti faire de la marche aussi là-bas. dans le Kera et puis dans la Vanoise. Et puis en suivant, je me suis dit, pourquoi pas faire un petit sommet. Je suis allé à Chamonix et puis je suis allé à la maison des guides. Je me suis renseigné, j'ai trouvé un guide. Il y avait de la place dans un des refuges, donc on a eu de la chance. Et puis quatre jours après, j'étais au sommet du Mont Blanc et c'était vraiment une sensation incroyable et une révélation pour moi aussi. C'est vrai que quand on marche dans les Pyrénées, qu'on passe des cols, qu'on voit les sommets, en fait, après, petit à petit, plus on se rapproche des sommets, plus on a envie d'y monter pour voir la vue qu'on peut avoir de là-haut et puis pour se dépasser un peu plus et se fixer de nouveaux objectifs. Et c'est vrai que moi, cette ascension, ça a été vraiment une révélation. Et à chaque fois, j'y suis retourné au Mont Blanc depuis, mais c'est vraiment un beau sommet et un bel objectif à se fixer à moyen, court terme. Enfin, ça dépend des gens, mais c'est vraiment quelque chose de formidable.
- Speaker #0
Quand tu es tout en haut du Mont Blanc, la vue, c'est quoi ?
- Speaker #2
C'est immense. Moi, c'était mon premier sommet, on va dire, mon premier sommet avec des crampons et tout ça. Et j'étais avec un guide, Laurent, que j'avais trouvé à Chamonix. C'était vraiment une sensation incroyable. Je n'avais dit à personne que je partais faire le Mont Blanc. Je n'avais même pas dit à mes parents que j'y allais. Et de me retrouver là-haut, c'était... On se sent petit. Après, on pense aussi un peu à la descente. On se dit qu'on a fait la moitié du chemin. Mais on l'a vu, c'est magnifique. On voit tout le massif du Mont Blanc. Et puis, c'est un accomplissement, en fait, un petit peu. Et donc, on est fiers de ce qu'on a fait. Et puis, on se sent petit par rapport à l'immensité et la force de la nature.
- Speaker #0
Tu avais choisi de ne rien dire. à personne ? Est-ce que c'était parce que tu avais envie que ce projet reste secret rien que pour toi ? Ou est-ce que c'est quelque part parce que tu te demandais si tu allais aller jusqu'au bout et donc pour ne pas décevoir, te décevoir et décevoir les autres, c'était un choix que de ne rien dire ?
- Speaker #2
Un peu les deux, sûrement. Je voulais peut-être pas me mettre de pression de l'annoncer. En fait, ça s'est décidé vraiment au dernier moment. Je suis arrivé à Chamonix le dimanche soir et le mardi matin j'étais au sommet. Donc ça s'est vraiment fait très vite. Et puis c'était surtout pour ne pas inquiéter mes parents et ma famille. Souvent quand on dit qu'on part en haute montagne, surtout pour moi qui ne viens pas d'un milieu de haute montagne, ça peut faire peur aux gens. Donc je ne voulais pas me mettre de pression vis-à-vis de ça aussi. Donc je suis parti en leur disant que je partais marcher en montagne et qu'ils n'avaient pas de nouvelles de moi pendant 2-3 jours. Et puis le soir en redescendant à Chamonix, je leur ai envoyé une photo du sommet. Et c'était beau, ils ne s'y attendaient pas, donc c'était bien.
- Speaker #0
Quand on n'a pas d'expérience en haute montagne, en alpinisme, comment on se prépare ? Toi tu t'y es préparé comment ? J'imagine qu'on n'arrive pas sur le Mont Blanc comme ça pour la première fois sans avoir fait aucun entraînement.
- Speaker #2
Non, moi je venais de traverser les Pyrénées à pied, j'avais quand même une bonne condition physique. Et puis à ce moment-là, comme je n'avais vraiment pas trop d'expérience, enfin pas d'expérience du tout, j'avais avec moi un guide de haute montagne, de Chamonix. Et du coup, c'est avec lui que je suis parti. Comme j'étais tout seul avec lui, il a pu me former. Après, je pense qu'il a vu que je savais me déplacer en montagne aussi, quand même que j'avais fait beaucoup de randonnées, mais c'est vrai que je n'avais jamais... J'avais marché avec des crampons, mais sur un glacier pas très haut. Mais je n'avais jamais fait d'alpinisme pur et dur. C'est vrai que j'ai eu de la chance que ce guide-là me fasse confiance. Je pense qu'il a vu que j'étais sportif, que j'étais bien acclimaté parce que je venais de traverser les Pyrénées. Il s'est dit pourquoi pas. Au départ, j'avais réservé pour aller au Grand Paradis en Italie. Et puis finalement, comme il y a eu une place qui s'est libérée au refuge des Têtes Rousses, on est parti aux Têtes Rousses et puis on a fait l'ascension du Mont Blanc.
- Speaker #0
Tu quittes ensuite la France pour 18 mois de voyage le long de la Cordillère des Andes, de l'extrême sud du continent jusqu'au nord, sans jamais prendre l'avion. Là, c'est véritablement une énorme expédition.
- Speaker #2
Oui, là, je suis parti. En fait, c'était après ça, après toutes ces choses que j'ai faites dans les Alpes. Je ne savais pas trop quoi faire, où aller. Et je me suis acheté un billet, un aller simple pour Buenos Aires, en Argentine. Et... Et puis sans trop savoir, sans trop planifier, c'est vrai que je ne planifie pas trop mes voyages ou mes aventures, mais j'aime bien laisser une grande part à l'inconnu, aux rencontres. Et puis là, je suis parti en Amérique du Sud sans trop savoir ce que j'allais y faire. Et puis finalement, je pensais y partir entre six mois et un an. Et puis je suis resté 18 mois et j'ai donc parcouru. Je suis descendu jusqu'à Ushuaïa en Patagonie. Et après, par... J'ai suivi toute la Cordillère des Andes jusqu'au nord de la Colombie, dans la Guarira. C'est vraiment la pointe nord de l'Amérique du Sud. C'était vraiment un voyage incroyable aussi, un voyage long mais rempli de rencontres et de découvertes. Je parlais très peu espagnol au début, puis après je me suis mis à parler avec les locaux. Et puis finalement, je suis rentré en France à la fin de ce voyage. Je suis rentré un mois et puis après ce mois-là... je suis retourné en Amérique du Sud pour m'installer là-bas. Et tu as fait quoi là-bas ? Là-bas, j'avais continué un peu l'alpinisme au Pérou. Pendant ce voyage-là, j'avais passé 4 mois au Pérou, dont 3 à Huaraz, dans la Cordillère Blanche. Et je m'étais mis à faire de la haute montagne là-bas. Et donc, je suis retourné m'installer là-bas. Et après quelques mois, je me suis inscrit dans... à l'école de montagne pour devenir guide de haute montagne au Pérou et donc j'ai fait beaucoup de montagne et beaucoup d'aventures en haute montagne là-bas, que ce soit au Pérou en Équateur en Bolivie aussi un petit peu et puis en Argentine après par la suite donc voilà j'ai vraiment approfondi mes connaissances de la montagne et c'est là que j'ai commencé aussi à développer mes capacités mes compétences de photographe de haute montagne justement. Parce que c'est vrai que les montagnes en Amérique du Sud, elles sont très hautes. On est vraiment sur des altitudes qui sont beaucoup plus hautes que celles des Alpes. Donc moi, par exemple, au Pérou, j'habite dans une ville qui est à 3100 mètres d'altitude. Et donc, dès que je pars en montagne, je pars sur des sommets qui font entre 5600 et 6700. Donc on est vraiment tout de suite sur des altitudes beaucoup, beaucoup plus hautes que dans les Alpes.
- Speaker #0
Tu habites toujours là-bas ? À l'heure où on se parle, tu es en France, mais sinon, habituellement, tu es toujours du côté du Pérou ?
- Speaker #2
J'ai toujours mon appartement là-bas. Après, c'est vrai que ces derniers temps, j'ai beaucoup voyagé pour le travail, que ce soit au Népal, là en Indonésie, des fois en Argentine. Je bouge beaucoup, donc c'est vrai que je passe un peu moins de temps au Pérou qu'il y a 3-4 ans. Mais j'ai toujours mon appartement là-bas et j'y passe à peu près... En dernier, j'y ai passé 5 mois, je pense, 5 ou 6 mois. Mais c'est vrai qu'après les expéditions, quand je pars... Quand je pars au Népal, je pars deux mois. C'est vrai que c'est des longues expéditions. J'y suis par intermittence, mais c'est vraiment un pays dans lequel je me sens bien et où je fais beaucoup de montagnes et où j'ai beaucoup d'amis. Ils m'emmangent très bien aussi. C'est vraiment un super pays.
- Speaker #0
Et justement, le Népal, tu nous y conduis puisque tu as gravi l'Everest deux fois en moins d'un an.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Après, c'est vrai que dans la vie, j'ai eu des belles rencontres, on va dire. un peu de chance sur mon chemin, j'ai croisé des personnes qui m'ont bien aidé et qui m'ont permis de réaliser des choses que je n'aurais jamais pensé possibles. Et c'est vrai qu'en 2023, je suis allé pour la première fois au Népal pour gravir l'amada blanc. Donc je l'ai gravi en solitaire, c'était quelque chose de fou aussi. Et puis l'année suivante, en 2023, j'ai fait ma première ascension de l'Everest en tant que photographe. Je travaillais pour une cliente australienne. Et donc j'ai filmé toute son expédition jusqu'au sommet. Et puis ensuite, je suis retourné au Pérou. Et puis finalement, j'ai envoyé un mail à Enoch Stagg en décembre dernier pour lui proposer mes services. Et bon, on va dire que ça l'a intéressé. Et puis je suis retourné à Gravière-Lèvre-Est avec Inox Tag et Mathis Dumas pour leur projet d'ascension.
- Speaker #0
Et alors quand on gravit l'Everest avec Innoxtag, ça se passe comment ? En fait c'était quoi ton rôle sur place ? Innoxtag qui est ce youtubeur qui a sorti son film autour de cette ascension.
- Speaker #2
Oui voilà tout à fait, moi mon rôle c'était vraiment de filmer et surtout de documenter la partie en haute altitude. J'ai filmé à partir de Namche jusqu'au sommet de l'Everest, mais particulièrement vraiment entre le camp de base. et le sommet. Donc voilà, que ce soit avec l'appareil photo, avec la caméra à la main, et puis avec le drone aussi, les caméras Insta360, plein de différentes petites caméras aussi qui nous aident dans ces moments-là. Parce que c'est vrai que quand on est en haute altitude, on ne filme pas de la même manière qu'au niveau de la mer, on va dire, ou qu'à Paris. Mais donc voilà, on a tous ces... tous ces outils ou toutes ces petites caméras, le drone aussi. Et on essaie de documenter au maximum et de faire le plus d'images possible pour pouvoir après raconter une belle histoire et faire un beau documentaire.
- Speaker #0
Dans la deuxième partie de cet épisode, on va découvrir ton ascension de la pyramide de Carstens en Papouasie, le plus haut sommet d'Océanie. C'est ta dernière expédition, ta dernière grosse aventure. Un défi qui a commencé grâce à un ami, un ami à toi, c'est Charles. avec la suite de cet épisode des aventuriers.
- Speaker #1
Les aventuriers. Un podcast de La Fabrique Audio en partenariat avec TV5MONDE. Pour retrouver des destinations à ne pas manquer, ainsi que les actualités du tourisme durable, rendez-vous sur le site voyage de TV5MONDE, voyage.tv5monde.com. Et pour plus de podcasts, lafabriqueaudio.com. Vous avez une aventure à nous proposer ? Une destination à nous faire découvrir ? contacte-lafabriqueaudio.com