Speaker #0Je veux un intérieur intemporel, je ne veux pas me lasser, je veux quelque chose qui ne se démote pas. On entend souvent ça. Et pendant longtemps, j'ai cru que c'était une bonne idée. On se dit que ça nous évitera de surconsommer. Aujourd'hui, je me demande si ce n'est pas plutôt une manière parfois élégante, mais détournée, de ne prendre aucun risque. Bienvenue dans les beautés d'intérieur, un podcast signé Maison Allouenne. Ici, la décoration n'est jamais seulement esthétique, elle raconte nos histoires, nos héritages et bien sûr notre façon d'habiter le monde. Je suis Ijlel, décoratrice et coloriste d'intérieur. Marhaban dans ce nouvel épisode. Alors, c'est vrai que ces dernières années, on a eu cette quête de l'intemporel, on l'a entendu à tout va, les marques s'en sont servies, même les décorateurs, architectes d'intérieur, architectes, les gens à tout va sur Instagram, sur les réseaux sociaux, ont parlé justement de cette notion d'intemporalité qui, moi, me dérange quelque peu puisque je considère, et c'est certainement aussi quelque chose qui est très culturel, Mais je considère que rien n'est intemporel, que rien ne peut l'être, et encore moins nos maisons. Mais l'idée, c'est que l'intemporalité voudrait dire que les choses sont faites pour durer indéfiniment, éternellement, infiniment. Et en ça, moi, c'est quelque chose qui me dérange. Qui me dérange et qui n'entre pas dans mon ensemble de valeurs. Et surtout, je pense que c'est un leurre et que... On nous a menti sur cette question d'intemporalité. On a voulu nous faire croire que c'était un concept qui était possible aujourd'hui, enfin qui était possible surtout lorsqu'il s'agit d'objets. Voilà, on nous a menti sur ce sujet et j'avais envie qu'on revienne là-dessus. Alors, bien sûr, l'idée n'est pas absurde de vouloir que quelque chose soit intemporel. Et si on regarde dans l'histoire de l'humanité, c'est une question qui a toujours habité. quitter les consciences. Les poètes, comme Ronsard, ont voulu, à travers leurs œuvres, créer quelque chose qui allait traverser les siècles pour faire en sorte qu'ils vivent toujours à travers ces œuvres. On a toujours eu ces questionnements, peut-être depuis le début de l'humanité. On a toujours été en quête d'éternité. Alors, je ne dis pas que l'éternité n'existe pas. Je ne dis pas que ce sont des concepts absurdes. Je pense que réellement, dans notre nature, nous, en tant qu'êtres humains, nous cherchons l'éternité. Et bien sûr, lorsqu'il s'agit de choses matérielles, et encore plus aujourd'hui, lorsque l'on investit dans nos maisons, on n'a pas envie de tout refaire dans trois ans. On a envie d'investir dans des choses qui vont durer. On ne veut pas regretter, on veut faire les bons choix, et donc forcément... Dans tout ça, on essaye de chercher l'intemporalité. Le problème, c'est qu'on a placé le curseur au mauvais endroit. On a placé l'intemporalité dans la neutralité, dans le beige, à une époque le gris. Et on a voulu, à travers ces choix-là, ne pas prendre de risques et donc faire quelque chose qui durerait au fil des ans. On a choisi des bois clairs et ma maison en est un. témoin pur. Moi, j'ai acheté cette maison, elle avait un an, et elle a été construite pour être revendue. Et nous avons des sols gris, des portes en bois clairs, des salles de bain beiges. Bref, on a voulu créer des intérieurs qui conviendraient à tout le monde. Sauf que plaire à tout le monde, ce n'est pas possible. Plus je regarde les maisons qui me plaisent, vous savez, ces maisons qu'on appelle les maisons de charme, mais plus je les regarde, et plus... je constate que les maisons qui plaisent le plus et qui me plaisent le plus sont des maisons qui ne sont pas intemporelles, justement. Et c'est là que ça devient intéressant. Alors revenons sur ce que j'ai déjà un peu évoqué en première partie, mais revenons sur la problématique réelle que me pose l'intemporalité. Déjà... La notion d'intemporalité me dérange particulièrement tout simplement parce qu'on voudrait faire croire, on nous a fait croire depuis des années, que les tendances, les goûts, que les objets, que les matériaux étaient quelque chose d'absolument pérenne et forcément pérenne sur le très long terme. On a voulu nous faire croire que ce qui allait nous plaire aujourd'hui en 2026 allait plaire à de potentiels futurs acheteurs. qui achèterait notre maison en 2036. On a voulu nous faire croire qu'on pouvait se projeter sur ça et comprendre l'acheteur dans dix ans. On a voulu aussi nous faire croire qu'il existait des choses qui plaisaient à tout le monde. Et dans tout ça, bien sûr, parce que finalement, ce ne sont que des tendances dont on parle. Quand on parle de la neutralité, du beige, etc., il s'agit d'une tendance. On a voulu nous faire croire que c'était une tendance qui n'allait jamais passer, dont on n'allait jamais se lasser. Or, on le sait depuis toujours, que ce soit en mode, en décoration, peu importe, les tendances passent puis reviennent. Elles ne restent jamais. Quand bien même une tendance puisse être longue, la réalité c'est qu'elle finit toujours par passer. Les couleurs aussi, les matériaux. Aujourd'hui, on a un retour vers les matériaux tels que le marbre, qui à une époque était totalement dépassé. Quand j'étais plus jeune, adolescente, je me souviens que je trouvais ces cuisines avec un comptoir en marbre, je les trouvais dépassées, démodées. Je trouvais que ça faisait très cuisine de grand-mère. Et puis au Maroc, on en voyait beaucoup, on en voit même dans les maisons les plus pauvres. Et du coup, pour moi, c'était quelque chose qui faisait penser à pas du tout un matériau noble et tendance. Aujourd'hui, on en voit partout du marbre et ce n'est pas du tout dépassé, ce n'est pas du tout démodé. Aujourd'hui, c'est tout. tendance et on le conçoit même comme un matériau intemporel parce que il y a 15, 20, 30 ans c'était des choses qu'on voyait dans les maisons mais on oublie de dire qu'il n'a pas toujours été intemporel en réalité, il ne l'a jamais été il a été la tendance d'une époque, il est à nouveau la tendance de notre époque mais en vérité le marbre n'a pas toujours été tendance et à un moment donné il y a eu une rupture de tendance et il est en train de revenir il est revenu depuis quelques années maintenant Tout le monde a envie de marbre chez soi, et moi la première. Donc, même les styles qu'on considère tendance aujourd'hui, en fait, ils ont été à un moment donné tendance. Il y a eu une rupture, on a arrêté de les considérer comme tendance, on les a même considérés vieillots, et aujourd'hui, ça revient. Les bois foncés ont été très tendance quand j'étais adolescente et même plus jeune. Je me souviens que mon papa voulait des meubles à un moment donné, il voulait une salle à manger en merisier, en bois. C'était quelque chose qui était tendance et qui, je me souviens, quand il a voulu acheter cette salle à manger, je lui ai dit non papa, surtout pas. Aujourd'hui, je ne lui redirai plus la même chose parce qu'à ce moment-là où il a voulu l'acheter, ce n'était plus du tout tendance. Mais lui, il l'aimait, ça faisait partie de ses goûts et il avait bien raison. Pourquoi pas en fait ? Et moi, c'était quelque chose qui me rebutait parce que j'étais une jeune adulte et que je voyais ça comme des meubles de grand-mère. Aujourd'hui, ces mêmes meubles en merisier... On les retrouve dans les intérieurs des plus jeunes, alors certes peut-être poncés, peut-être pas des fois, mais en tout cas les bois foncés sont complètement de retour. Moi j'en ai dans mon salon et dans ma salle à manger, et ça ne me dérange pas du tout, alors qu'à une époque ça m'aurait dérangé. Tout ce qui est bien sûr stylos manien, mobilier scandinave, le travers teint, le chrome, les cuisines en bois, c'est des choses qui étaient dépassées à une époque et qui reviennent complètement à la mode aujourd'hui. Et aujourd'hui, on veut nous faire croire que ce sont des matériaux qui sont intemporels, qui passeront les tendances, alors que ce n'est pas vrai. On le sait, on le sait, on se leurre nous-mêmes, parce qu'on sait que c'est une tendance actuelle, qu'on en voit beaucoup, et qu'à un moment donné ou un autre, ils seront dépassés. Nos enfants, quand ils verront ça, ils nous diront « mais c'est vieillot, c'est démodé, c'est dépassé » . Et nos enfants ne voudront pas de ça, ils auront d'autres tendances auxquelles ils s'identifieront. Ce que je constate, moi, c'est que le concept d'intemporel, ou les choses que l'on considère comme intemporelles, sont des choses que l'on va juger intemporelles après coup. Ce ne sont pas des choses que l'on juge intemporelles là, maintenant, sur le moment où on les installe. C'est après coup. On considère que, comme les éléments qui ont du charme, ce n'est pas au moment où on les a posés, où on s'est dit « c'est très charmant, ça a du charme » , non. Elles ont pris le grade, elles ont pris du grade, et ils ont pris Elles ont eu cette médaille d'intemporalité et de charme quand le temps est passé en fait. Et finalement, sur ces notions-là, il est nécessaire d'avoir un regard rétrospectif et surtout de prendre du recul sur tout ça et de se dire, OK, peut-être qu'aujourd'hui, on le considère comme intemporel, mais peut-être que dans 15, 30 ans, ce ne sera plus du tout le cas. Et ça, c'est hyper important de le prendre en compte. On a envie de créer des intérieurs intemporels parce que finalement, on veut quelque chose qui va plaire à tout le monde, qui va plaire tout le temps, en tout temps, etc. Ce qu'il est aussi important de prendre en compte, c'est qu'on veut des intérêts intemporels qui vont traverser les années, qui vont nous, nous plaire à travers les années, en pensant qu'on ne va pas se lasser. Ce qui, je l'ai déjà dit, est une notion qui me dépasse complètement, parce que je pense qu'on est capable de se lasser de tout en tant qu'être humain. Je veux dire, on se lasse d'une personne avec qui on a partagé nos vies pendant 10, 20, 30 ans, 40 ans. Moi, ce qui me dépasse dans tout ça, c'est que dans la notion d'intemporalité et dans la question de lassitude, c'est que nous, en tant qu'êtres humains, on est capables de se lasser de tout, d'absolument tout. Et en fait, regardez autour de vous, les gens sont capables, et ce n'est pas du tout un jugement, mais les gens sont capables de se lasser d'un conjoint, d'un mari qui a partagé leur vie pendant 10, 20, 30, 40, des fois 50 ans, des fois plus, et du coup de changer de conjoint. ou de rester seule, tout simplement parce que c'est comme ça, on évolue, la vie change, les gens changent. Nous-mêmes, nous ne sommes pas les mêmes personnes qu'il y a 10, 20, 30 ans. Et c'est une bonne chose parce qu'on évolue, on change, on grandit, on vieillit aussi et nos mentalités évoluent avec le temps. Et du coup, on voudrait que nos décorations soient exactement les mêmes au fil des années, qu'elles ne bougent pas. que nos goûts n'évoluent pas, alors que nous-mêmes, nous évoluons et nous changeons. Et on voudrait qu'un canapé dure toute la vie, lui. Vous voyez à quel point ça devient... Je comprends, c'est logique qu'on ait envie de ça, mais c'est irréaliste par rapport à la réalité de l'être humain et à la réalité de nos vies, en fait. Alors, dans tout ça, moi, j'aimerais que l'on parle de quelque chose qui, moi... me tient à cœur et qui finalement tient à cœur de tout le monde parce que qui n'a pas rêvé un jour d'acheter une maison de charme, une maison, vous savez, ces maisons qui restent dans les mémoires. Et du coup, je me suis questionnée sur pourquoi certaines maisons, en fait, restent dans nos mémoires. Quand je repense à certaines maisons, à certains lieux, certains appartements, à ceux de mon enfance, à la maison de mes grands-parents des deux côtés d'ailleurs, aux maisons que j'ai croisées durant mes voyages, et vous voyez, je vous parle et je visualise tous ces lieux, et c'est certainement aussi votre cas. En fait, je ne m'en souviens pas parce qu'elles étaient parfaites ou parce qu'elles étaient intemporelles. Je me souviens de ces lieux-là parce que c'était des lieux qui racontaient quelque chose. Elles étaient ancrées dans leur époque. Elles étaient ancrées dans une culture. Elles avaient une identité. Des fois, des couleurs inattendues. des matériaux ancrés dans une époque ou une culture. Elles avaient des objets apportés d'ailleurs, mais qui étaient tout à fait cohérents avec les habitants qui vivaient dans cet endroit. Elles avaient aussi des odeurs, et là je pense particulièrement à l'odeur de la cuisine de ma grand-mère, aux sfenj, ces beignets marocains qu'elle nous apportait tous les matins pour le petit-déjeuner. Des fois aussi, il y avait une accumulation de motifs, de carrelages, et là je pense à la maison de mon grand-père qui est un... un riad situé au cœur de la Médina de Tétouane. Il y a tout un tas de carrelages, on ne sait même plus où poser les yeux. Il y a du zélige, il y a des motifs, des mosaïques marocaines, de la couleur en voiture, que ce soit sur les mtarub ou les sderi, comme on peut le dire aussi. Vous savez, c'est salon marocain au niveau des tissus, de l'assise, des coussins. Mon grand-père prenait vraiment soin de sa maison et vraiment c'est un régal pour les yeux quand on y entre. Il y a autre chose qui me marque dans certains lieux que j'ai pu visiter, c'est l'accueil. Je pense notamment à un voyage que j'ai fait avec mon mari à Santorini. Ce n'est pas tellement Santorini qui était lui un voyage très tendance à ce moment-là, qui m'a marquée, mais je me souviens de l'accueil que j'ai eu dans... qu'on a eues dans la maison d'hôte dans laquelle on a été accueillis. C'était un truc un peu mi-maison d'hôte, mi-hôtel. C'était un accueil, mais on a été reçus. J'avais l'impression d'être reçue chez l'habitant et pas dans un hôtel. C'était génial, vraiment cet accueil chaleureux, cette disponibilité, ce soin, ces sourires. Et puis bien sûr, ce qu'on y a mangé et la façon dont on a été, où ça a été servi, la belle vaisselle, le service sur la terrasse au petit déjeuner, cette terrasse personnelle. Tout ça, ça a été quelque chose qui a laissé en moi, alors bien sûr, l'architecture de Santorini qui me plaît énormément. C'est une architecture très méditerranéenne, à la chaux, avec beaucoup de matières naturelles, mais aussi beaucoup de couleurs. Dans notre chambre, il y avait beaucoup de bleu qui est une couleur très apaisante. très intéressant de découvrir ces lieux. Et vraiment, tout ça, ça m'a marquée. Cet hôtel, il était ancré dans son histoire, il était ancré dans la culture de l'île. Et du coup, c'était... Ça a laissé réellement une marque indélébile en moi. Finalement, tous ces lieux dont je vous parle depuis tout à l'heure, ce sont des lieux qui ont une âme. Et c'est ça qui fait que finalement, je n'oublie pas ces lieux. Ils m'ont touchée. personnellement, ils m'ont touchée parce que je me souviens de certaines choses. Je me souviens, par exemple, je ne vous l'ai pas encore, je ne vous l'ai pas dit tout à l'heure, mais ma grand-mère avait dans son appartement un sol en carrelage damier noir et blanc. Je me souviens de ce sol, il m'a marqué, alors bien sûr, il m'a marqué aussi parce que j'ai tout un tas de souvenirs dans l'appartement de ma grand-mère, mais vous voyez, ce sol, à un moment donné, Merci. Il a été très à la mode, puis pas du tout, puis ça revient en ce moment. Mais moi, pour moi, ce sol, je serais capable d'en mettre chez moi juste pour me souvenir de l'appartement de ma grand-mère et de tout ce que j'ai vécu dans cet appartement. J'ai eu une enfance, ça a été génial. Et j'aime encore retourner, même si aujourd'hui elle n'est plus là. J'aime retourner dans cet appartement juste pour le plaisir de ses souvenirs. Et vous voyez, tous ces lieux dont je vous ai parlé, ce sont des lieux... qui restent en mémoire, qui me marquent, qui m'ont marquée, qui continuent de me marquer, parce qu'en fait, ce sont des lieux qui racontaient quelque chose des habitants, quelque chose des gens qui vivaient ou travaillaient dans ces lieux. Et c'est là que ça devient réellement intéressant. C'est là qu'on marque l'histoire, c'est là qu'on marque les lieux. Alors, bien sûr, je ne vais pas vous laisser sur ça et uniquement sur ça. Je vais vous proposer des idées pour éviter de vous lasser, justement. Si vous êtes arrivé jusque-là, et c'est que potentiellement vous êtes d'accord avec ce que je vous ai raconté juste avant, mais vous êtes certainement en train de vous dire « C'est bien beau tout ça, mais j'ai toujours peur de me tromper. » Vous n'avez peut-être plus peur de vous lasser parce que vous avez compris que la lassitude, ça fait partie de la vie, mais... Vous avez quand même peur de vous tromper. Alors je vais être très directe avec vous. Je ne pense pas que réellement on puisse se tromper en décoration. Quand un meuble, une couleur, un choix déco a du sens pour nous, ça ne peut pas être une erreur. Je pense que, et même si encore une fois l'intemporalité c'est une notion que j'ai du mal à concevoir lorsqu'il s'agit d'objets, je pense que... Si vous cherchez tout de même certaines temporalités, en tout cas des choses qui vont durer le plus possible, des choses dont on ne va pas se lasser au bout d'un mois, il faut sélectionner des couleurs et des objets, des meubles qui vont avoir du sens pour vous. C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous choisissez, où vous faites des choix en conscience, des choix qui vous ressemblent, des choix qui vont parler d'un souvenir qui vous a marqué, qui vont être en rapport avec votre culture, quelle que soit votre culture, des choix qui vont être en rapport avec votre histoire familiale ou avec votre histoire personnelle, des objets qui vont vous procurer une émotion ou une couleur qui va vous procurer une émotion ou qui va être choisie pour une émotion que vous voulez ressentir chez vous. Je pense qu'à partir de là, il y a très peu de chances que vous vous trompiez. Et surtout, vous allez faire des choix qui vont durer, qui vont avoir une certaine... pérennité. Durer éternellement, je n'y crois pas une seconde. Je pense que, je pense réellement que l'éternité ne nous appartient pas, que c'est pas une notion humaine, mais vous allez, en faisant des choix, en choisissant une décoration qui vous ressemble, qui parle de votre culture, de votre histoire, d'un souvenir personnel, d'un voyage que vous avez fait, vous avez bien plus de chance. de faire un choix qui soit pas réellement intemporel, mais en tout cas qui va durer longtemps. Je vais vous donner un exemple très concret. J'avais une cliente qui souhaitait avoir un papier peint tropical chez elle, parce qu'à l'époque, on a eu une grosse tendance de papiers peints tropicaux, et qu'il n'y avait pas que ça, il n'y avait pas que l'idée de la tendance, ça correspondait aussi en partie à ses goûts personnels, parce qu'elle adore les plantes, que c'est une personne qui a des valeurs écologiques. qu'elle prône et surtout qu'elle met en place dans sa vie quotidienne. Et donc, le papier peint tropical qui est panoramique, dans lequel il y avait des illustrations de plantes, c'était quelque chose qui lui parlait. Néanmoins, je trouve que les papiers peints tropicaux, au-delà de la notion de plante, font quand même appel à une culture et à des lieux géographiques très éloignés de notre... de la France et de notre monde occidental. Et donc, je pense que si on ne veut pas se lasser d'un tel papier peint, il faut quand même que ce soit en lien avec notre histoire, avec notre culture, bref, notre identité, comme je n'arrête pas de vous le dire. Et donc, même si en partie, c'était quelque chose qui lui parlait, ça ne lui parlait pas complètement finalement. Et donc, sa peur, c'était... de se lasser de ce papier peint parce que finalement, on était un peu sur la fin de cette tendance. Et d'ailleurs, aujourd'hui, c'est quelque chose qui n'est plus tendance. Ce que je lui ai proposé, en fait, c'était, je l'ai redirigé vers un papier peint de chez Casamance, qui est un papier peint magnifique et qui représentait toujours des plantes, mais qui représentait des grenades. Et là, ça a entré complètement dans son histoire personnelle et dans son identité, tout simplement parce qu'elle, elle est d'origine... italienne et que son mari est d'origine marocaine et que donc la grenade c'était quelque chose qui mettait tout le monde d'accord. Donc ce papier peint il est déjà très beau, il avait en plus une palette de couleurs qui correspondait tout à fait à ses goûts et à ce qu'elle voulait avoir chez elle. Ça ne veut pas dire que ce papier peint, elle n'allait jamais s'enlacer, mais en tout cas c'était quelque chose qui allait durer dans le temps parce que c'était tout à fait en lien avec son identité, l'identité de sa famille. Donc, vous voyez, lorsque l'on choisit bien, du coup, on peut se permettre d'aller dans des marques premium parce qu'en fait, on sait que ça va durer. On n'a plus peur de se lasser. Et en plus, alors, quand elle l'a vu, ma cliente, elle a eu un coup de cœur pour ce papier peint. Et c'est un choix qu'on a fait il y a peut-être deux, trois ans, en tout début de projet, il y a deux ans. Et deux ans plus tard, c'est un papier peint qu'elle aime toujours. Elle ne s'est pas lassée au bout de deux mois. Pas du tout. finalement, ce sont des choix qui résistent beaucoup mieux au temps. Alors, dans tout ça, et c'est aussi pour ça que l'intemporalité me questionne, c'est qu'il faut être clair sur une chose, et on l'entend souvent, une maison, on n'a jamais fini de la rénover, on n'a jamais fini de la décorer, parce que finalement, une maison évolue tout le temps. Et ce n'est pas parce qu'elle évolue qu'elle va perdre son âme. Comme je vous le disais précédemment, La maison, elle va évoluer parce que nous-mêmes, nous évoluons. Si je vous donne l'exemple de ma maison actuelle, lorsque nous sommes arrivés dans cette maison, nous étions deux. Ensuite, mon fils est arrivé et deux ans et demi plus tard, ma fille est arrivée. Ma fille, aujourd'hui, occupe une pièce qui, autrefois, était une chambre d'amis. Une chambre d'amis et mon bureau. Aujourd'hui, c'est une chambre de petit... Enfin, non, pardon, elle a été une chambre de petite fille et maintenant... C'est la chambre qu'occupe mon fils, parce qu'il a voulu changer à un moment donné et intervertir leurs deux chambres. Donc vous voyez, les chambres d'enfants déjà ont beaucoup évolué. Et la chambre de mon fils, en quatre ans de vie, elle a énormément évolué. Ça a été un bébé qui avait certains besoins, puis c'est devenu un petit garçon de deux ans qui avait d'autres besoins. Et aujourd'hui, c'est un petit garçon de quatre ans qui a des envies qui lui sont propres. Moi, j'aurais envie de certaines choses dans sa chambre, mais on va la faire évoluer. Et peut-être que dans deux ans, trois ans, ce petit garçon aura encore grandi et il va me dire « Maman, je voudrais autre chose » . Et c'est normal en fait, il n'y a aucun problème, c'est ok. La maison va évoluer, sa chambre va évoluer et son identité à lui évoluera et donc sa chambre va évoluer en fonction de ça. Donc ça, il n'y a pas de problème. Ça ne veut pas dire que sa chambre va perdre de son âme, ça ne veut pas dire que ça va être moche, que c'est n'importe quoi et qu'il faille absolument que ça... La décoration dure toute la vie, ce n'est pas possible en fait. Et c'est pareil pour nous, alors chez nous ça évolue moins vite, on est d'accord, parce qu'on s'est déjà en partie construit. Mais clairement, il y a déjà des changements que j'ai faits entre le moment où on est arrivé dans cette maison, il y a 4 ans, et maintenant. Parce que moi-même, j'ai évolué et que mes besoins ne sont pas les mêmes. Aujourd'hui, j'ai des enfants et donc j'ai besoin que ma décoration soit aussi « kids friendly » . Et du coup, il faut que les matériaux évoluent avec eux. J'ai aussi de nouvelles idées pour cette maison. Et la vérité, c'est que les idées foisonnent et ne s'arrêtent jamais. Mais j'ai de nouvelles idées, de nouvelles envies. Et donc, il n'y a aucun problème. Ça ne veut pas dire que les choix que j'ai faits avant étaient mauvais, ça veut simplement dire que moi j'ai changé, j'ai évolué, que mes goûts évoluent aussi et que j'ai besoin à certains endroits de changer les choses. La base est toujours la même mais en tout cas les choses évoluent autour, la peinture au mur etc. ça c'est des choses qui évoluent et c'est ok. Donc on peut faire évoluer les choses bien sûr, la peinture au mur c'est des choses qui font toujours un peu peur même si en vérité c'est pas si coûteux que ça. Ça prend un peu de temps, mais sur une journée, vous avez refait la peinture d'une pièce. Il y a d'autres façons de changer les choses. Un coussin, c'est des choses qu'on peut changer. Les draps de nos lits, ce sont aussi des choses que l'on peut changer assez facilement. On peut aussi changer une lampe, changer un tapis. Ça, c'est des choses qui sont très facilement modulables, évolutives. Donc, on peut faire évoluer notre décoration. La base va rester là, elle va être solide. Et puis, on va pouvoir faire évoluer. moi j'aime bien aussi changer des fois les cadres. Ça peut être les passe-partout, en mettant des tissus à la place des passe-partout et des tissus qui nous parlent, tout en gardant le fond, la photo ou bien l'œuvre qu'on a mis en fond. Mettre des objets, des plateaux marocains, des objets qu'on a chinés, des assiettes. Dernièrement, des assiettes que j'ai achetées en Tunisie, j'aime bien aussi les mettre au mur. Et vous voyez, tout ça, ce sont des choses qui bougent, qui évoluent, qui changent. À un moment donné, ils vont être dans ma cuisine, puis on va les retrouver. retrouver dans mon entrée, puis on va les retrouver dans la salle de bain. J'ai aussi mis une de ces assiettes qui me sert de porte-savon dans ma salle de bain, etc. C'est des choses qui évoluent, qui bougent et tout, et ça me convient parfaitement. Je n'ai pas besoin de tout refaire parce que finalement, la base est solide, elle parle de nous et elle nous convient parfaitement. Finalement, il reste un fil conducteur, une identité, une sensibilité, une manière d'habiter, et ça, ça ne bouge pas en vérité. ce qui va bouger, c'est... Peut-être une peinture par-ci par-là, des petits détails comme je vous le disais, mais la base est solide, elle reste là, elle ne bouge pas. Finalement, vous l'avez compris, je ne crois pas aux intérieurs intemporels. Je crois aux intérieurs qu'on aime longtemps et aux intérieurs personnels. Aux maisons qui évoluent avec ceux qui y vivent. Aux maisons qui racontent quelque chose. Parce qu'au fond... Ce qui vieillit le mieux, ce n'est pas toujours ce qui est le plus neutre, c'est souvent ce qui est le plus sincère. Merci d'avoir écouté cet épisode des beautés d'intérieur. Si cet épisode vous a parlé, partagez-le autour de vous ou laissez-moi une note, c'est ce qui m'aide le plus à faire grandir ce podcast. Et pour retrouver mon univers et mes projets, rendez-vous sur Instagram at maison.ln A-L-O-U-A-N-E ou sur mon site internet www.maison-lwen.com A bientôt pour un nouvel épisode.