- Speaker #0
Bonjour Émilie.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Je suis ravie de t'avoir sur le podcast. On s'est rencontré à Chantex il y a deux ans et demi où tu montais une conférence sur les femmes. en ruralité. Et tu m'avais gentiment appelée pour témoigner un petit peu. Et là, c'est moi. C'est moi qui étais à mon micro et j'en suis vraiment ravie. Est-ce que tu peux te présenter de la manière dont tu le souhaites ?
- Speaker #1
Alors, je suis Emilia New, je suis corézienne, je suis également haut fonctionnaire territorial, c'est-à-dire que je travaille en collectivité locale pour les services publics locaux. Et puis, cette profession... m'a aussi amenée à m'engager comme experte sur les sujets de service public sur lesquels je me mobilise beaucoup.
- Speaker #0
On va en parler vraiment, mais c'est la chose publique, Tany, mais effectivement. C'est quoi être corésienne pour toi ?
- Speaker #1
Alors pour moi, être corésienne, c'est être déterminée.
- Speaker #0
Ah, intéressant !
- Speaker #1
C'est être fière de son identité, de ses racines. C'est assumer aussi qui on est. Et je crois que c'est déjà pas mal.
- Speaker #0
Quand tu dis déterminer, il y a beaucoup de force là-dedans. Comment tu l'expliques ? Qu'est-ce que tu mets derrière déterminer ?
- Speaker #1
Je crois que la Corrèze, c'est un territoire qui n'est pas comme les autres. On a toute une histoire, on a toute une force qui nous est transmise quand on est et quand on vit dans ce département. Je vois que les gens ici sont très attachés à être autonomes dans leur vie, à pouvoir décider de ce qu'ils font, de ce qu'ils ne font pas, à pouvoir s'entraider aussi. Et moi, j'ai l'impression vraiment que le fait de ne rien lâcher, surtout quand on croit que ce qu'on fait, c'est juste. Ça me vient vraiment de ces racines corésiennes et de cet attachement qui me relève. relient en permanence à ce territoire.
- Speaker #0
Tu peux me décrire la petite Émilie ? C'était qui ? J'ai hâte de savoir.
- Speaker #1
Alors, il y en a plusieurs parce que tout dépend de l'âge auquel on se réfère. Je sais que bébé, je dormais assez peu. J'étais déjà quelqu'un d'assez intranquille. Et donc la nuit, j'étais très active au grand désarroi de mes parents et notamment de mon papa qui travaillait à la manufacture d'armes et pour qui les journées étaient compliquées. Mais je pense que ça a révélé aussi déjà une forte... force de caractère, un certain tempérament, la détermination que j'évoquais juste avant. Et quand j'étais enfant, j'étais une enfant qui était très en connexion avec la nature, avec les animaux, j'étais tout le temps dehors, j'étais tout le temps à la maison. à sauver des animaux, le petit oiseau qui se blessait, le chien errant que je récupérais, que je nourrissais, dont je prenais grand soin. J'avais besoin d'être dans les bois, d'aller me promener, d'être à l'air libre. J'allais faire aussi des balades à cheval avec mon chien. Donc j'étais quand même très attachée à cette liberté aussi que nous offrent les espaces naturels et à pouvoir me retrouver. avec moi-même finalement, et aussi quand même en connexion avec les animaux. J'aimais bien aussi faire des cabanes. Devant chez mes parents, je faisais des cabanes avec des cageots, avec tout ce que je pouvais trouver. Et puis j'avais peut-être déjà aussi ce sens du service public, parce que comme beaucoup d'enfants, j'adorais faire la maîtresse, mais je le faisais vraiment avec beaucoup d'assiduité et beaucoup de méthode. et je... Je l'imposais aussi à mes cousins, à mes cousines, à mon entourage. Donc quand j'étais jeune, je voulais à la fois soit être professeure des écoles, soit vétérinaire parce que j'avais cette volonté de prendre soin. Et je crois que finalement, c'est aussi ce qui me guide, cette notion de soin.
- Speaker #0
Oui, tu vois, cette détermination dont tu parles, et Oui, elle est sûrement attachée justement à ce besoin de liberté, cette lutte contre l'injustice. Et en même temps, quand tu nous parles de nature, je me dis qu'il y a cet ancrage au sol. ce pouvoir de la terre qui je pense fait des corésiennes des femmes un petit peu différentes des autres c'est peut-être un doux rêve ou alors c'est fondé mais en tout cas ce que j'entends, ce que je reçois chez toutes les corésiennes que j'interview c'est cet attachement à la nature qui est vraiment important pour elles encore Pourquoi ce territoire a façonné ton regard sur l'action publique ?
- Speaker #1
Je me suis souvent posé la question parce que c'est vrai que je me suis engagée dans la fonction publique territoriale. Déjà, c'est une fonction publique particulière qui travaille en proximité, en écoute, sur le terrain, sur des services du quotidien qui accompagnent les gens dans leurs besoins.
- Speaker #0
Est-ce que, juste pour que tu nous... On met un contexte, on s'occupe de quoi en fonction public territorial ?
- Speaker #1
Alors c'est très très varié parce qu'on peut travailler en commune, en intercommunalité, département, région. J'ai aussi travaillé un petit peu pour l'État mais moi vraiment... Vraiment, ma fibre, elle est vraiment territoriale. Et donc, ça peut aller de la petite enfance à l'école, au développement économique, à la culture, au sport. C'est extrêmement varié. Bien évidemment, il y a toute la question des déchets. de l'eau, de l'aménagement du territoire. Donc, c'est vraiment les services du quotidien dont on n'a même plus toujours conscience. C'est-à-dire qu'ils sont là tellement ils nous entourent et ils nous accompagnent dans le quotidien. Et c'est ce qui permet aussi la grande richesse, finalement, des métiers, parce que je peux faire plusieurs métiers si j'ai envie, dans une même carrière. Et c'est vrai que d'être venue de la Corrèze, j'ai vu ce qu'on devait au service public. Et moi, la première, c'est-à-dire que grâce à l'école, j'ai pu faire des études, j'ai pu choisir ma voie. Et quand je dis grâce à l'école, c'est grâce à des enseignants qui sont engagés. Et grâce à tous ces services finalement qui nous sont offerts au quotidien, y compris les transports, le train, tout ça, c'est aussi du service public. Et bien évidemment, en zone rurale, on sait ce qu'on doit au service public. Et en même temps, on sait qu'on ne peut pas que compter sur le service public. Et je crois aussi que c'est quelque chose auquel les gens tiennent beaucoup, et en particulier en Corrèze, c'est la possibilité d'être autonome. C'est-à-dire de ne pas que compter sur l'intervention de l'État ou des collectivités locales, mais aussi d'avoir un pouvoir d'agir. Et moi, je viens d'une famille rurale, agricole, ouvrière, et on n'attend pas tout des pouvoirs publics. Par exemple, là, il y a eu des intempéries ces derniers jours. Quand des arbres tombent sur la route, l'agriculteur ou celui qui a une tronçonneuse à portée de main, il va porter secours, il va lui-même couper l'arbre, il ne va pas forcément attendre qu'il y ait une intervention publique qui intervienne. Je pense aux femmes qui s'entraident aussi énormément pour garder les enfants, pour prendre soin des aînés, pour se soutenir mutuellement, y compris dans la parentalité, parce qu'il y a peu de services d'aide à la parentalité, par exemple en zone rurale. Donc je vois que les territoires ruraux, c'est vraiment là aussi où on peut réinventer une action publique, du service public qui soit beaucoup plus démocratique et beaucoup plus en lien avec la société, y compris telle qu'elle a évolué aujourd'hui et qui a des attentes différentes vis-à-vis des acteurs publics.
- Speaker #0
Quand on s'est rencontrés, effectivement, tu m'as beaucoup parlé de l'action des femmes en milieu rural. Et je ne m'en rendais pas forcément compte. Tu m'as ouvert les yeux sur, je ne sais pas, par exemple, la secrétaire de mairie, qui est vraiment, j'allais dire, le centre névralgique de la mairie, parce qu'elle connaît tout le monde et parce que je te suis ton exemple, mais j'imagine que tu en as plein d'autres. Et c'est vrai que les... Les femmes en milieu rural nous portent très souvent.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que j'ai la chance de pouvoir porter une voix dans le débat public, parce que je suis invitée dans les médias, parce que j'ai constitué progressivement des réseaux, y compris auprès de responsables politiques, ce qui me permet de parler des territoires ruraux. Et donc je suis corésienne, je suis engagée. pour les services publics, et en plus j'ai cette fibre féministe, et à un moment je me suis... Je me suis dit, il faut que je croise les trois dimensions et que je vois ce que ça donne. Et j'ai travaillé avec un peu plus de 300 femmes issues de 70 départements différents. Alors une grande partie était corésienne, bien évidemment, parce que quand j'ai fait un appel à contribution, bien évidemment, le réseau des corésiennes s'est mis en route. Et c'est là où j'ai pu voir combien finalement la contribution des femmes dans les territoires ruraux, elle était insuffisamment connue. Alors... Non seulement elles sont agents publics, donc elles sont secrétaires de mairie, mais aussi elles peuvent être aides-soignantes. Elles peuvent être bien évidemment à l'école. On les retrouve partout pour accompagner les enfants. 60% des métiers de la fonction publique, des agents de la fonction publique, ce sont des femmes. Donc c'est plutôt très féminisé, la fonction publique. Mais en plus, ce que cette étude a permis de montrer, c'est que finalement... quand les services publics étaient défaillants, quand ils dysfonctionnaient, ça avait surtout des conséquences pour les femmes parce qu'on a ressorti une statistique qui était que 9 femmes sur 10 nous ont dit être majoritairement en charge de la relation de services publics ou des démarches administratives. Et donc quand ça ne fonctionne pas, forcément ça impacte d'abord les femmes. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que quand un professeur est absent à l'école, c'est plutôt les femmes qui ont tendance à garder les enfants. Quand il faut amener les enfants à l'école ou venir les chercher, c'est plutôt les femmes qui ont tendance à le faire. Quand il faut trouver un médecin, et c'est de plus en plus compliqué dans nos territoires ruraux, c'est aussi plutôt les mamans ou les grand-mères aussi, ou des gens de la famille, qui vont amener l'enfant chez le médecin ou passer aussi beaucoup de temps à trouver un professionnel de santé. Et ça, ça a des impacts, bien évidemment, sur la vie professionnelle, sur la vie personnelle, sur le sommeil, sur les finances aussi personnelles, notamment quand on doit utiliser sa voiture pour parcourir beaucoup de kilomètres. Et c'est vrai que pour moi, ça, ça me paraissait évident, mais quand on a sorti cette étude avec mon laboratoire d'idées, ça a eu beaucoup de résonance et il y a beaucoup d'administrations qui ont relayé, qui se sont appropriées ce travail. Je me suis dit que finalement, c'était plutôt utile de faire ce que je faisais, que je pouvais avoir un impact pour les Corésiennes, mais au-delà pour toutes les femmes qui habitent en territoire rural.
- Speaker #0
Effectivement, il faut que tu nous parles de ce laboratoire d'idées. Raconte-nous comment c'est né, raconte-nous comment tu as croisé le chemin. Je ne sais pas, tu l'as monté, raconte-moi. Je n'ai pas toute l'histoire.
- Speaker #1
Alors c'est vrai que je suis engagée dans plusieurs groupes de réflexion.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce que le monde, il progresse aussi. avec des idées, avec des valeurs, avec des engagements. Et donc, je m'engage sur le terrain au quotidien en tant que fonctionnaire, mais aussi j'essaye de m'engager pour promouvoir certaines idées et une certaine conception de l'action publique. Et il y a quelques années, c'était en 2021, on a monté avec d'autres collègues fonctionnaires un laboratoire d'idées qui s'appelle le sens du service public. Ça ne s'invente pas, pour redonner du sens. à ses services publics et surtout proposer des idées pour le renouveler, pour le refonder. Donc moi, bien évidemment, j'ai apporté une dimension très rurale et très féministe dans ce laboratoire d'idées. Et ça m'a amenée à collaborer avec un autre laboratoire d'idées qui s'appelle la Fondation Jean Jaurès, une fondation qui a un peu plus d'ancienneté, même beaucoup plus d'ancienneté, qui travaille sur tout un tas de sujets. Et aussi grâce à la Fondation Jean Jaurès, j'ai été amenée à travailler encore plus spécifiquement sur les campagnes. Moi j'aime mieux le terme campagne que territoire rural d'ailleurs. Et à faire un certain nombre de contributions, pas que sur les services publics d'ailleurs, mais pour parler autrement de ces territoires-là et dire aussi qu'il y avait des femmes qui les faisaient vivre, même si on en avait souvent de loin une image assez masculine, parce que les agriculteurs, parce que les chasseurs. Parce qu'on associe dans les idées courantes la notion de ruralité au masculin. On voit beaucoup d'hommes alors qu'en fait les femmes sont partout dans nos campagnes, y compris dans les exploitations. Elles ont toujours été très présentes pour travailler sur les exploitations. Et aujourd'hui, on voit aussi beaucoup de femmes agricultrices qui s'installent, des vraies entrepreneuses avec aussi parfois des modèles très assumés. un peu différent, elles marquent leurs pattes, elles marquent leur identité. Et donc moi, j'ai vraiment à cœur de pouvoir aussi montrer ce visage-là des campagnes sans invisibiliser, bien évidemment, tout le reste.
- Speaker #0
Je suis contente que tu nous aies éclairé là-dessus. Est-ce que tu peux... Alors, tu as écrit... Un livre qui s'appelle « Puissance publique » . Est-ce que tu peux nous le résumer ? Qu'est-ce que tu... de quoi tu parles ? Bon, j'imagine bien qu'il y a un peu de service public là-dedans. Mais vas-y, raconte-nous. Qu'est-ce que tu as mis ?
- Speaker #1
Oui, il y a du service public, beaucoup de service public dans « Puissance publique » , mais pas que. Et c'est pour ça que je l'ai intitulé « Puissance publique » parce que c'est beaucoup plus large. La puissance publique, finalement, qu'est-ce que c'est ? C'est la capacité à agir, à changer le réel et à avoir prise sur son destin collectif. Et en France, on a un rapport particulier à l'État, aux institutions publiques et on attend beaucoup de l'État et de l'intervention publique. Alors quand je dis État, c'est vraiment au sens large, c'est-à-dire les administrations nationales telles qu'on les connaît, mais aussi les services publics locaux. Et la puissance publique, elle a plusieurs leviers pour agir. sur la société. Elle a bien évidemment les services publics en fournissant du service. Elle a les aides publiques. Elle a les équipements publics. Et ça, ça passe par du prélèvement des impôts. Ça passe par des dépenses publiques. Et ça passe par des agents publics. Donc j'avais à cœur de pouvoir montrer finalement comment tout ça pouvait être plus utile pour notre pays parce qu'on voit aujourd'hui qu'il y a un malaise. Il y a un malaise dans la relation aux institutions, il y a une forme d'impuissance publique sur laquelle beaucoup de gens s'interrogent, beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi on a autant de dépenses publiques et finalement l'impression de ne pas avoir de prise sur le réel, l'impression qu'il y a toujours des inégalités. Donc je voulais essayer d'expliquer ça aussi de manière très pédagogique, avec des expériences aussi très concrètes et notamment je m'appuie beaucoup sur des expériences de femmes, des paroles de femmes. Il y a aussi des statistiques, bien évidemment, il y a des penseurs, donc j'emprunte à différents univers, mais je voulais permettre à chacun de comprendre ce qui se passait, et puis surtout offrir des perspectives et expliquer que la puissance publique, elle était possible et qu'elle était surtout nécessaire pour donner de la puissance collective d'agir à chacun et chacune d'entre nous parce qu'on a besoin. qu'on ait des institutions, des infrastructures collectives qui fonctionnent bien pour que chacun puisse trouver sa place dans la société, avoir des parcours sécurisés, pouvoir préserver le vivre ensemble. Et donc c'est en ça où c'est important. Ce n'est pas pour avoir un État qui impose, qui normalise, qui moralise, mais c'est vraiment pour moi la nécessité de repenser un État qui libère, qui émancipe. qui permettent de faire, qui permettent à chacun de saisir sa chance et d'avoir des ressources pour pouvoir réaliser ses projets de vie.
- Speaker #0
Oui, un État qui permet l'émancipation, qui permet sa propre prise de pouvoir sur son avenir. Est-ce que tu peux nous dire, tu en as déjà un petit peu parlé, mais c'est quoi ta valeur ajoutée en tant qu'experte qui a vécu en territoire rural ? Ta valeur ajoutée à toi ? Qu'est-ce que tu apportes en plus qu'un autre expert qui serait parisien, par exemple ?
- Speaker #1
Oui, alors c'est un paradoxe très français quand même, mais en fait, pour avoir une voix entendue dans notre pays, il vaut mieux être à Paris. Alors moi, j'ai vécu quelques années à Paris, ce qui m'a permis du coup de faire entendre cette voix. Et n'importe où je sois, en France ou ailleurs, tout le monde sait que je suis corézienne. Parce que... Je pense et je vis en corésienne. A chaque fois qu'il y a un sujet, une problématique, ou qu'une question m'est posée sur un plateau télé, à la radio, dans une conférence, je réfléchis toujours en tant que corésienne. En me disant, en Corrèze, comment ils réagiraient ? Quels sont leurs besoins ? Quelles sont leurs attentes ? Et je crois que ça, c'est vraiment la singularité que j'apporte, parce qu'on voit qu'aujourd'hui, il y a un malaise aussi dans la représentation. Toutes les voix ne sont pas représentées dans les médias, qui façonnent le débat public ou dans les responsables politiques. Et donc, je m'appuie toujours sur ces expériences-là, sur ce que les Coréziens et les Corésiennes me disent. Je pars toujours... Je pars toujours de là parce que c'est chez moi, parce que c'est mon identité et parce que je pense que ça résonne avec le quotidien de millions de Françaises et de Français parce que finalement, ce qu'on vit en Corrèze, on le vit dans la plupart des pays. des territoires ruraux en France. Et la ruralité en France, c'est 80% du territoire. Donc c'est dire si ça façonne les imaginaires et la vie de chacune et de chacun. Donc je continuerai à porter cette voix et à toujours dire... Et d'ailleurs, je suis corésienne. Et c'est toujours très apprécié, d'ailleurs, finalement, de pouvoir affirmer. Cet ancrage, cette identité et cette particularité.
- Speaker #0
Oui, est-ce que tu as un exemple, quelque chose dont tu te souviens ? Du fait que tu sois corésienne a influencé la réponse à un journaliste ?
- Speaker #1
Oui, je me souviens avoir été invitée sur un plateau télé pour parler du Polt, donc la ligne de train. Et donc autour de la table, bien évidemment, il y avait des experts qui parlaient de chiffres, d'analyse très théorique. Alors moi, j'aurais pu aller sur ce terrain-là, mais j'ai décidé d'aller sur l'expérience sensible et d'expliquer concrètement, de manière très simple, ce que ça a impliqué pour moi quand je voulais bien évidemment me rendre en Corrèze, pour les entreprises.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Parce que ça a un impact économique pour les jeunes corréziens et jeunes corréziennes qui, quand ils souhaitent aller à Paris, c'est forcément plus compliqué, pour accéder à la culture aussi. Bien sûr. Et puis pour dire aussi que ça s'était dégradé. C'est un bel exemple de dégradation de l'offre parce que moi, j'ai souvent entendu les gens autour de moi, mes parents me dire que eux, du temps du Capitole, ils mettaient moins de temps pour rejoindre Paris. Et donc, je trouve que c'est quand même le symbole d'un désinvestissement aussi, d'un désintérêt ou d'une incompréhension des besoins et des attentes. et de la nécessité d'avoir un aménagement du territoire qui fasse toute leur place à nos campagnes parce qu'elles font partie de notre histoire et de la vitalité et de la fierté de notre pays.
- Speaker #0
Et c'est vrai que ton éclairage, il est très intéressant parce que j'imagine que les gens autour de la table n'avaient pas forcément cette expérience-là et tu leur as donné du concret, du terrain et mine de rien, tu as mis en lumière Parce que beaucoup de Français, effectivement, c'est ce que tu disais, traversent. Et c'est chouette. Merci de faire ça. Quand on parle de ruralité, on parle souvent de manque ou de désert. À l'inverse, toi, qu'est-ce que tu vois aussi comme ressource ou comme force ?
- Speaker #1
Oui, alors ça, c'est quelque chose qui m'irrite beaucoup. Cette approche très misérabiliste et finalement très descendante, très jugeante de ce qui se passe dans nos campagnes parce que moi, je ne vois pas de gens qui se plaignent autour de moi. Je vois... des gens qui se mobilisent, je vois de la solidarité, je vois de l'initiative, de l'entreprenariat, et tu en es un très bel exemple. Je vois beaucoup de fierté d'habiter dans ces territoires, beaucoup de satisfaction. aussi, on le voit dans les enquêtes de satisfaction, qu'on sonde les habitants des territoires ruraux sur la qualité de vie, la satisfaction de leur environnement. Qu'on les sonde, y compris sur la satisfaction vis-à-vis des services publics, notamment locaux. En fait, il y a des très bons taux de satisfaction. En fait, les gens, ils sont contents, ils sont fiers de là où ils habitent. Et je ne comprends pas pourquoi on a toujours ce récit extérieur qui, effectivement, nous dirait qu'il n'y a rien, Il ne se passe rien. Je trouve que c'est extrêmement violent. Alors que je vois, par exemple, l'été, toutes les fêtes de villages qui s'organisent, toutes les associations, les élus locaux, tout ce qu'ils font avec très peu de moyens. Moi, je suis toujours extrêmement impressionnée. Et c'est pour ça aussi que j'ai à cœur d'essayer d'inverser ce récit-là et de montrer toute la ressource qu'il y a dans nos campagnes. Et d'ailleurs, ça a toujours été le cas. C'est vrai. aujourd'hui, mais ça a toujours été l'histoire de notre pays d'avoir des campagnes où en fait ça innove, parce qu'on n'a pas le choix, parce qu'on veut vivre ici, parce qu'on est attaché au territoire, parce qu'on est attaché aux gens qui y sont. Et parce qu'on a envie d'être utile, en fait.
- Speaker #0
Oui, et je pense que les agents du service public, je pense aux instits. Nous, on vit dans un petit village où on a une école. où il y a 100 élèves. Et donc il y a une classe par niveau qu'on se bat pour garder, forcément. Et je vois au combien les instits et notamment la directrice de l'école de mon petit village se battent pour que nos enfants soient le mieux possible, qu'ils apprennent dans de très bonnes conditions. Et même, tu vois, quand tu parles d'innovation, Je vois que... les instit se forment sur les 10 par exemple, dyslexie, dyscalculie et autres, mais elles le font de leur propre chef. Elles mettent en place des solutions pour que chaque gamin soit bien accueilli, se sente bien dans leur classe. Et je me dis, mais elles sont impressionnantes ces nanas. Et vraiment, il faut les aider, les porter, leur apporter le maximum de soutien. parce que leur boulot, il n'est pas facile. C'est vraiment une illustration de la force du service public.
- Speaker #1
Oui, et l'école, c'est vraiment le pilier de la République. On a fait beaucoup de mal à l'école, aux enseignants, et puis globalement à l'ensemble de la communauté éducative. Et ça participe aussi du phénomène de déshumanisation que j'évoque beaucoup, parce qu'on a réduit l'autonomie des enseignants. et des professionnels qui y interviennent. On a mis à distance les parents. On a aussi régulièrement brutalisé des enfants. Tu évoquais les enfants en situation de handicap. Et d'ailleurs, cette question des enfants en situation de handicap, on le retrouve beaucoup dans mon livre « Puissance publique » parce que beaucoup de femmes m'ont partagé. Leur quotidien, la relation avec les institutions, le fait qu'il fallait se battre en permanence. Je pense notamment à Cindy, avec qui je continue à échanger. qui se bat vraiment d'arrache-pied pour son fils pour faire en sorte qu'il ait une scolarité la plus normale possible pour avoir droit à toutes les aides qui sont en place parce qu'il y a des droits aujourd'hui et Et la difficulté, c'est de faire valoir ses droits. Et c'est aussi pour ça que je voulais faire entendre toutes ces voix-là, parce que souvent, j'ai remarqué aussi que c'était des femmes qui prenaient en charge toutes ces situations. Et je vois bien qu'elles sont fortes, qu'elles sont courageuses, qu'elles sont déterminées. Et en même temps, je me dis qu'on pourrait faire tellement plus pour les accompagner, elles, et accompagner leurs enfants, parce que c'est la première fois promesses républicaines, parce que c'est l'avenir de la nation et c'est ce qui fera en sorte qu'on aura une société qui sera épanouie, qui sera résiliente, qui sera forte face à tous les dérèglements du monde que l'on connaît aujourd'hui.
- Speaker #0
Moi, ce qui m'impressionne aussi, c'est la résilience de ces femmes, le fait que souvent, elles parlent très peu de leur combat. Elle ne sait pas médiatiser tout ça. Elles le vivent dans leur chair, elles vivent toutes ces difficultés, que ce soit la difficulté d'avoir un enfant handicapé. Mais tout ce que ça implique, et elle ne le communique pas, et effectivement, tu as raison, elle ne bénéficie pas du soutien qu'on devrait normalement leur donner. C'est flippant, quelque part. Mais ça avance, on va se dire ça, on va garder cette note d'optimisme. Ça avance, et il y a plein de choses qui se font. En tant que femme engagée sur des sujets... très très politique. Est-ce que tu as dû parfois faire plus que les autres pour être entendue ? Est-ce que tu as ce sentiment-là ?
- Speaker #1
Ça, c'est une très bonne question. Je pense que j'aurais plusieurs niveaux de réponse. D'abord, je... Je pense qu'il y a quand même un phénomène d'autocensure qu'il faut nommer, c'est-à-dire qu'on ne se sent pas forcément légitime. Donc ça, ça joue, je pense, beaucoup cette petite voix intérieure qui nous fait nous poser des questions. Mais il y a quand même aussi un ressenti qui est lié quand même à des comportements qu'on peut rencontrer sur son parcours. Moi, bien évidemment, j'ai découvert en partant de la Corrèze que j'avais un accent.
- Speaker #0
que je disais rose, que je disais ronne, que je disais poche, que je disais chocolatine. Ça peut paraître assez banal, assez trivial, mais quand on vous fait comprendre, ou parfois par des réactions non-verbales, que vous n'avez pas tout à fait les bons codes, le bon vocabulaire, ça ne vous aide pas à vous sentir légitime quand déjà vous avez cette petite voix. En vous, et puis moi j'ai découvert aussi le fait que je n'avais pas de réseau par rapport à d'autres qui étaient nés, qui avaient développé des affinités dans des zones plus urbaines où il y a plus d'opportunités, et puis aussi parce qu'ils venaient d'un autre milieu social que le mien, bien évidemment tout ça a joué. Mais je crois là encore que la chorèse m'a transmis quelque chose que je n'arrivais pas à définir. Jusqu'à très récemment, et en fait j'ai travaillé là-dessus. Donc j'ai découvert d'abord que j'avais une histoire personnelle, c'est-à-dire que j'ai beaucoup de gens dans ma famille qui se sont engagés localement, dans des associations, dans la vie locale, y compris politiquement. Alors à l'échelle du conseil municipal, je pense notamment à mon arrière-grand-père. Mes parents habitent juste à côté de la ferme familiale. Alors moi, je l'ai très peu connu parce que finalement, il était déjà très âgé quand j'étais jeune. Mais plus récemment, j'ai découvert que c'était quelqu'un qui était très engagé au conseil municipal, mais aussi dans le syndicalisme agricole. Il a été parmi les fondateurs du MoDef en Corrèze, parmi les fondateurs d'une des premières caisses locales du crédit agricole. Il faisait des prêts, il se portait garant pour les gens. Bon, il aidait beaucoup, beaucoup de monde. J'ai appris qu'il était très apprécié et qu'il liait à la fois des convictions, des valeurs très fortes et en même temps des actions qu'il essayait de mettre en cohérence avec cet idéal qu'il portait. Donc je crois qu'il y a ça qui m'a été transmis finalement, peut-être de manière non dite, mais en tous les cas ça a traversé les générations. Et puis en travaillant aussi sur cette histoire plus collective. De la Corrèze, j'ai découvert qu'il y avait des spécificités très corréziennes. Et notamment, en Corrèze, il y a eu la transmission des exploitations familiales agricoles par les filles. C'est-à-dire qu'en Corrèze, on a l'expression « devenir gendre » . C'est-à-dire que c'était le mari qui venait s'installer sur la propriété qui avait été transmise à la fille. Donc des transmissions matrilinéaires. Et ça, je... Je crois que ça explique aussi beaucoup de choses dans le tempérament aussi que peuvent avoir les femmes coréziennes dans l'émancipation, cette liberté.
- Speaker #1
Et alors, tu crois que c'est vraiment propre à la Corée, ça ?
- Speaker #0
Alors oui, cette transmission des exploitations, on le retrouve dans d'autres territoires ruraux, mais c'est relativement rare. Donc ça fait la spécificité. Il y a quand même d'autres spécificités que j'ai découvertes en travaillant sur mon histoire. Par exemple, j'ai découvert que mes grands-parents, qu'ils soient maternels ou paternels, ont plutôt fait le choix de privilégier les études de leurs filles quand les filles sont dues aller très tôt travailler à la manufacture d'armes de Tulle. Et ça, je l'ai découvert en faisant parler les gens autour de moi et je me suis rendue compte que c'était le cas quand même dans beaucoup de familles. Et à force d'en parler, parce que ça me travaillait beaucoup quand même, cette chose-là, alors que là aussi, on avait plutôt l'image de zone rurale, tu vois, où on se dit, bon, ce n'est pas forcément des endroits très féministes, où on pensait beaucoup à l'égalité des droits entre les femmes et les hommes, c'était très masculin. Finalement, on se rend compte qu'il y avait une préoccupation de la place des femmes dans la société, de leur ascension sociale. Et il y a quelques études qui montrent que ça peut être assez caractéristique des territoires ruraux. où justement les familles faisaient en sorte que les filles puissent aller le plus loin possible dans leurs études, avoir un travail, ce qui pouvait aussi impliquer de partir du territoire pour avoir accès à ces études-là. Et ça, c'est une histoire qu'on entend très peu finalement dans le débat public.
- Speaker #1
Effectivement, alors ça me touche énormément ce que tu es en train de dire. J'ai encore plus cette fierté d'appartenance à mon territoire. Le slogan des Corésiennes, c'est inspirante, ambitieuse, experte et puissante. En quoi te reconnais-tu là-dedans ?
- Speaker #0
Waouh, c'est... C'est pas évident parce que c'est rare qu'on soit amené à se définir soi-même. Alors bien sûr, on peut le demander en entretien de recrutement, mais je ne suis pas sûre qu'en entretien de recrutement, s'il fallait définir un qualificatif, on oserait mettre ces termes-là. Et je trouve qu'ils sont extrêmement puissants. En fait, c'est là où on voit que mettre des mots sur les choses... Qu'elle soit réelle ou qu'elle soit idéalisée, rêvée, espérée, c'est aussi ce qui nous ancre, ce qui nous permet de nous identifier et ce qui permet de nous projeter. Et je crois que c'est encore plus difficile quand on vient d'un territoire rural de se dire qu'on peut être inspirante, ambitieuse, experte, puissante. Parce que je trouve qu'il y a beaucoup d'humilité, beaucoup de pudeur. Et en fait, c'est ça, c'est qu'à la campagne, on fait les choses parce qu'il faut les faire. En fait, on ne cherche pas forcément à briller. On fait parce qu'on pense que c'est juste, parce qu'on pense que c'est utile, parce qu'on a envie de les faire, parce qu'on a envie de faire plaisir, parce qu'on a envie de restituer quelque chose de son territoire. de ce qu'on nous a transmis en héritage. Et ça, ça me marque beaucoup. Et c'est peut-être aussi pour ça que dans notre récit national, finalement, on donne moins de place. à tout ça parce qu'on fait des choses extraordinaires à la campagne, au quotidien, et on ne le dit pas forcément parce que c'est comme ça, en fait.
- Speaker #1
Mais souvent, t'as mis le bon mot, c'est humilité. Souvent, chez les filles que je croise, elles me racontent des parcours qui sont incroyables, mais elles te disent ça entre la poire et le fromage et comme si c'était un non-événement, en fait. J'ai souvenir, c'est assez rigolo, mais j'ai souvenir de... de Séverine Bourdet qui est par exemple costumière et habilleuse pour le théâtre et le cinéma et je lui demande mais alors sur quel film tu as travaillé ? Oh bah elle me dit sur le dernier film de Guillaume Canet qui n'était autre qu'à l'époque Astérix qui était l'un des plus gros films au box-office de l'année précédente.
- Speaker #0
Énorme !
- Speaker #1
Et là juste bah ouais c'est son quotidien c'est son boulot et de son point de vue Elle n'imagine pas à quel point c'est extraordinaire. Et moi, je regarde, je le dis souvent, mais je regarde tout ça avec des yeux d'enfant en me disant « Ouais, cette nana, elle vient de notre territoire et elle a fait quelque chose de ses dix doigts qui est exceptionnel. » Et ouais, cette humilité propre aux Coréennes. Et c'est vraiment le fondement du podcast et de toute l'histoire de la marque. C'est de montrer aux femmes à quel point, en Corrèze, elles sont... Elles sont définies par ces quatre mots, inspirante, ambitieuse, experte et puissante, parce qu'à des niveaux tout différents, on a tout le pouvoir d'être inspirante pour les unes pour les autres. Je me dis qu'il vaut mieux admirer, inspirer ou... Il vaut mieux qu'on admire ou que notre voisine nous inspire qu'une nana qui est de l'autre côté de l'Atlantique, par exemple. Et je trouve que ça a beaucoup plus d'impact et beaucoup plus de force. Et toi, comment tu te... Est-ce que tu te vois inspirante ? C'est dur, hein ? Je pense que c'est la question la plus dure du podcast.
- Speaker #0
En fait, j'en ai pris conscience... Soit par des femmes qui sont venues me remercier de faire ce que je faisais. Mais surtout à travers le regard de ma nièce. Ma nièce aujourd'hui, elle a 13 ans. Et finalement, je me retrouve aussi dans ma nièce. Je me dis... à la petite Corézienne que j'ai été, le chemin qu'elle a parcouru, si elle avait su, finalement. C'est peut-être aussi parce que je n'ai pas su que j'ai réussi à faire tout ça. Et j'ai à cœur aujourd'hui de lui permettre aussi de... de s'inspirer de tout un tas de figures et de lui dire qu'elle est libre de faire ce qu'elle veut dans la vie, de rester en Corrèze, de partir, de revenir, de faire des études, celles qu'elle veut. Et j'en ai aussi pris conscience quand, il y a quelques mois, les élèves de l'école de Saint-Clément sont allés visiter la capitale. Ils sont venus... Passer une journée à Paris, accompagner leur directrice d'école. On parlait tout à l'heure du rôle des enseignantes. Laure, elle fait un travail extraordinaire dans son école, avec les élus locaux, notamment pas mal de femmes qui ont accompagné ces jeunes enfants. Et c'est vraiment ce que je leur ai dit. Je leur ai dit, en fait, vous pouvez être à l'école à Saint-Clément. habitez en Corrèze et si vous voulez et c'est pas une obligation, un jour venir vivre à Paris, ça vous est accessible ça vous est ouvert vous y avez droit Et ce ne sera pas trahir votre famille, votre territoire. Et ce n'est pas une obligation, mais vous avez le droit de découvrir. Vous êtes ici, chez vous. Et moi, j'ai eu le même parcours que vous. J'ai été à cette école-là. Je suis sortie majeure de Sciences Po à Lyon. Je ne l'aurais jamais imaginé. Et j'avais pas forcément de figure inspirante à l'époque, donc je l'ai fait, je sais pas trop comment finalement, mais parce qu'aussi on m'a soutenue, j'ai eu beaucoup de soutien sur mon chemin. Et j'ai bien vu que les enfants pour certains étaient un peu étonnés quand je leur ai dit que je venais de la Corrèze, parce que j'ai vu qu'ils se projetaient, qu'ils se disaient « Ah ben finalement elle est corrézienne comme nous ! » Et elle a vécu à Paris. Du coup, ils m'ont demandé si je rentrais avec eux en Corrèze derrière. Parce que pour eux, c'était inimaginable que je ne rentre pas en Corrèze avec eux derrière. Mais j'ai trouvé que c'était une journée extrêmement émouvante de pouvoir transmettre ne serait-ce que ça. Et de me dire que ça aura peut-être planté une petite graine chez tous ces jeunes. Et qu'ils se sentiront libres de faire ce qu'ils ont envie.
- Speaker #1
Mais oui, carrément, bien sûr. C'est marrant parce que moi aussi, j'avais été visiter la capitale et on avait visité la mairie de Paris. Et je me souviens avoir eu le discours. Alors, j'étais toute petite, donc je ne te dirai pas qui c'était, mais c'était un Corézien. Et effectivement, ça m'avait inspiré aussi de dire, d'ouvrir le champ des possibles, en fait, si tu choisis ou pas de prendre cette voie. Mais tu sais que c'est possible, en tout cas. Et ça, ça change les choses et ça t'ouvre des portes. Est-ce que tu te sens puissante parfois ?
- Speaker #0
Alors, je me sens puissante quand... je peux réaliser des choses comme j'ai envie de les réaliser. Et quand je sens que je me réalise à travers la réalisation de choses très concrètes, ça peut être un livre, mais ça peut être par exemple aussi accompagner ses enfants dans une visite. ça peut être des échanges que j'ai moi je me nourris énormément de toutes les expériences de vie des uns et des autres j'adore écouter ce que les gens ont à raconter c'est très très riche quel que soit leur âge leur parcours On apprend tellement des autres. Et ça, ça rend fort. Parce qu'on est fort de toutes ces expériences, de cette maturité qu'on acquiert, de la compréhension aussi. Je me suis rendue compte que plus on arrive à comprendre les choses, plus on se sent fort pour affronter le monde. Et puis pour s'affronter soi aussi, parce qu'on apprend à se découvrir finalement. On se pose des questions aussi sur soi. On découvre des forces. On découvre aussi... des failles, des choses à travailler et je sais que moi ce qui me rend très puissante c'est de me dire que j'aurai toujours cet héritage corésien la Corrèze en cathéter je trouve que c'était une chanson et une expression extrêmement bien trouvée parce que ça nous accompagne partout et quoi qu'il se passe on se dit j'ai cette appartenance là et quoi qu'il se passe je serai toujours ici chez moi Je pourrais y revenir, je pourrais y trouver du réconfort et je pourrais m'y réaliser parce que ici je suis pleinement moi.
- Speaker #1
Waouh, et t'as raison, c'est vraiment le cocon. La Corrèze on le voit comme ça effectivement, cet entourage de douceur et cette authenticité qui nous nourrit tout le temps en fait, peu importe où on soit. Ça me fait penser à cette association La Corrèze en Partage, où Patrick Tenez ouvre des ambassades à travers le monde pour qu'on trouve un refuge corrézien à Los Angeles, au Maroc. dans toutes les capitales du monde et je trouve, voilà, c'est vraiment ce petit bout de Corrèze qu'on emporte avec nous et qui nous nourrit tout le temps. Est-ce que tu es une personne ambitieuse ?
- Speaker #0
Oui, forcément, je pense que je n'aurais pas fait tout ce que j'ai fait si je n'avais pas eu de l'ambition pour moi-même, pour les autres, pour mon territoire, pour ma famille aussi. qui me porte et qui m'a toujours fait confiance et soutenue, alors que pour elle, c'était quand même l'inconnu. Tout ce que j'ai vécu est traversé. Et d'ailleurs, mon parcours a été semé d'embûches. Ça n'a pas été simple. Il y a eu des moments de doute, il y a eu des moments d'abattement, il y a eu des bifurcations. Mais oui, je crois que... Mais encore une fois, c'est difficile pour... Je pense que quand on a grandi en territoire rural, et puis a fortiori quand on grandit dans un certain milieu social, on peut être tenté de se dire que l'ambition c'est pas pour soi, ou que ça peut être un peu... comment dire... Aspirer à des choses qu'on ne mérite pas forcément. Oui,
- Speaker #1
tout à fait, je comprends.
- Speaker #0
Et il faut s'autoriser à se dire qu'on peut être ambitieux et que l'ambition peut se matérialiser de plein de manières différentes. Et l'ambition, ça peut être de faire des études supérieures, mais l'ambition, ça peut être de monter son exploitation, ça peut être de monter une association, de s'engager dans la vie de sa commune. Son ambition, ça peut être de fonder une famille, une famille nombreuse. tout un tas de manières et je crois aussi de dire que il n'y a pas une voie tracée et que l'ambition c'est celle que chacun a pour soi en fonction de son projet de vie ça permet aussi de se libérer de toutes ces injonctions et de se dire que l'ambition c'est chouette et c'est ce qui nous fait tenir et c'est ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue et il n'y a pas de petites ou de grandes ambitions
- Speaker #1
Oui. Je pense que dans notre société, on voit souvent ce mot comme un gros mot. On s'excuse quasiment d'être ambitieuse. Mais non, au final, tu l'as très bien expliqué. L'ambition, elle est multiple et à différents niveaux de lecture. Et tant mieux. Mais je pense qu'il faut vraiment comprendre ce que c'est et ne pas s'en excuser. C'est l'un des fondements du slogan des Coréziennes, tout à fait. Et experte, bon, mais c'est plus à prouver. Expertise sur le service public, sur le territoire, sur... Je ne te pose même pas la question. À quel moment tu t'es dit, je suis experte de ce sujet ? Est-ce que tu te l'as dit déjà ?
- Speaker #0
C'est pas moi qui me le suis dit, parce qu'en fait, plus on travaille en sujet, et c'est paradoxal, plus on se dit qu'on a des choses à découvrir sur le sujet, parce qu'on en apprend toujours et on remet en question parfois certaines certitudes, et c'est ça qui est très chouette d'ailleurs. expertes, c'est plutôt d'autres qui m'ont donné cette marque, parce qu'en fait, je ne sais pas si... parce qu'on est tous experts finalement, on a tous une expertise d'usage. Alors après, c'est sûr qu'il y a certains sujets que j'ai beaucoup travaillés depuis des années, donc à force, on se sent quand même une certaine légitimité à en parler, surtout quand on a écrit des livres. quand on intervient et quand d'autres nous désignent comme expertes et ça je pense que là aussi le pouvoir des mots est important à partir du moment où d'autres m'ont désigné comme experte parce que c'est important aussi d'avoir le regard l'avis des autres et d'être reconnu aussi dans le regard des autres là j'ai accepté l'étiquette mais je ne suis pas que ça parce que je suis aussi une citoyenne et que l'expertise n'est pas neutre et que nos expériences personnel forcément. nous donne un regard particulier sur les sujets. Et c'est en ça aussi que c'est important d'avoir une pluralité d'experts sur un même sujet pour pouvoir croiser ces regards-là.
- Speaker #1
Bien sûr. Est-ce que... On va passer à un autre sujet parce que le temps avance. Est-ce que tu as une corésienne aspirante que tu aimerais nous faire découvrir ?
- Speaker #0
Décidément, les questions ne sont pas évidentes. Parce que... Moi, je m'inspire de toutes les femmes actuelles ou passées qui me transmettent cette force. Alors, bien sûr, dans mon entourage, il y a des femmes connues, bien évidemment, qui m'inspirent, mais pas autant que celles que je connais et que je côtoie dans l'intimité. Parce que parfois, on peut être inspiré par des personnages publics qui ont fait des choses, même pas envie de dire des grandes choses, ils ont fait des choses parce qu'ils l'ont voulu, parce qu'ils l'ont pu aussi. Souvent, on oublie aussi que tout n'est pas donné à tout le monde. Il faut des conditions pour pouvoir faire parfois certaines trajectoires de vie. Mais on ne connaît pas forcément les gens tels qu'ils sont. Et du coup, moi, j'ai plutôt envie de mettre en avant deux personnes de mon entourage, de deux générations différentes. L'une, c'est ma nièce, qui aujourd'hui a 13 ans. Elle grandit en Corrèze. Une nouvelle génération. Avec des attentes particulières, une société qui a évolué, notamment avec le numérique, qui vient bouleverser tout ça. Moi, je n'avais pas ce rapport au numérique quand j'étais plus jeune. Et moi, je suis impressionnée de sa liberté, de son intelligence, de ce caractère aussi. aussi un peu rebelle, et qui n'est pas que liée à la question de l'adolescence. Moi, j'avais aussi ça quand j'étais jeune, donc je m'y retrouve, et donc j'espère qu'elle va garder aussi cette liberté-là, y compris vis-à-vis du numérique, je trouve qu'elle a... elle a une distance, alors même si elle est beaucoup sur les réseaux sociaux et sur son téléphone portable, elle est capable d'analyser ce qui se passe. Et donc je pense que déjà, on gagnerait aussi à davantage écouter ces jeunes qui ont plein de choses à dire, qui ont plein d'espoir et qui feront les générations de demain et à qui on laisse assez peu de place aujourd'hui dans notre société, je trouve. Donc ça c'est la première figure, on peut être inspiré par des femmes plus jeunes, beaucoup plus jeunes. Petite fille encore, jeune fille plutôt on va dire, je ne voudrais pas la vexer. Et c'est très chouette d'ailleurs la relation qu'on a. elle est moi et elle m'accompagne dans mes conférences alors des fois elle me dit je comprends pas toujours ce que tu dis mais c'est bien ce que tu fais et la deuxième figure c'est une amie à moi alors j'en ai beaucoup de copines donc Là aussi, je ne voudrais vexer personne, mais ma copine Alice, moi, elle m'inspire beaucoup depuis des années. Elle est agricultrice. Elle a monté son exploitation qu'elle tient. Alors, j'allais dire toute seule, ce n'est pas totalement vrai parce que... parce qu'en fait, elle a beaucoup de soutien de la part d'autres agriculteurs ou de sa famille. Et c'est vrai que là aussi, on a l'image de l'agriculteur indépendant, mais en fait, il y a beaucoup d'entraide dans cette profession-là. Et elle développe plein de choses. Elle se diversifie, elle essaye, elle se forme, elle partage son savoir. Et en même temps, elle est aussi maman solo. Depuis peu, et elle est vraiment très forte, et elle assume qui elle est, elle assume de faire ce qu'elle a envie de faire, comme elle a envie de le faire, et c'est vraiment un pilier, et oui moi je suis très impressionnée.
- Speaker #1
Tu m'étonnes, il y a de quoi, effectivement, il y a de quoi. Et elle est dans quel secteur ? Elle est vers chez toi là ?
- Speaker #0
Alors elle est plutôt dans le secteur Haute-Corrèze. D'accord. Mais elle habite à côté de Saint-Clément. Donc on n'est pas très loin, on est à moins de 10 minutes en voiture. Parce qu'à la campagne, on compte les minutes en voiture. Mais il faut préciser parce que quand on est en ville... Les minutes ne se comptent pas forcément en voiture.
- Speaker #1
C'est vrai, exactement. Ce n'est pas le même rapport au temps, effectivement. Merci pour ces deux femmes inspirantes. Et j'ai bien envie de les découvrir. Est-ce qu'il y a un message que tu aimerais transmettre à nos auditeurs et auditrices ?
- Speaker #0
Je ne voudrais pas avoir l'air de donner des leçons ou de donner des injonctions supplémentaires à toutes les injonctions qu'on a déjà. y compris de la part des pouvoirs publics et de plus en plus. Donc si j'avais un message à faire passer, c'est peut-être d'écouter sa voix intérieure, de suivre ses intuitions et surtout d'assumer, d'être soi-même, d'être ce qu'on est. Et que c'est le plus beau chemin, je pense, pour ne rien regretter.
- Speaker #1
Et plus on le fait tôt, mieux c'est.
- Speaker #0
C'est vrai. Surtout, on peut le faire à n'importe quel moment. Chacun a son rythme. Et les événements de la vie aussi font qu'on le découvre plus ou moins tôt.
- Speaker #1
Tout à fait, on est bien d'accord. Eh bien, c'est la dernière question. Où peut-on te suivre, te découvrir ou te contacter ? Donne-nous un chemin, Émilie.
- Speaker #0
Alors, je suis très présente sur les réseaux sociaux. Alors, je suis bien évidemment sur Facebook. C'est cette génération-là. Mais aussi sur Instagram. Et je suis très présente aussi sur le réseau LinkedIn, qui est un réseau professionnel, mais sur lequel, moi, je m'autorise à partager des choses très personnelles et à parler souvent de ce qui se passe en Corrèze, de la fierté d'être corrézienne, de toutes les initiatives qu'il peut y avoir en Corrèze. Et encore très récemment, je partageais le fait que le jeu des 1000 euros de France Inter est venu dans ma commune à Saint-Clément. Il y avait un monde... de dingue dans la salle polyvalente et c'est ce qui fait aussi notre fierté c'est qu'on a aussi droit au meilleur comme tout le monde exactement c'est un joli mot de la fin je te remercie vraiment pour tout ce que tu as partagé Emilie c'était
- Speaker #1
un chouette épisode j'ai pris beaucoup de plaisir à être avec toi ce matin et voilà est-ce que tu as un mot de la fin ?
- Speaker #0
Le mot c'est merci. Merci pour m'avoir permis de me livrer comme ça pour la première fois. Et puis merci du réseau que tu tisses entre les femmes et puis au-delà entre coréziens et corésiennes qui fait... toute cette force et qui produit des merveilles, des rencontres et qui va permettre de faire parler encore plus de la Corrèze même si c'est un département qui est bien connu. On peut en parler autrement. On a des présidents, on a des champignons, mais on a beaucoup plus que ça.
- Speaker #1
Oh oui, largement. Eh bien, merci beaucoup pour ce joli mot de la fin. Merci, Émilie.
- Speaker #0
Merci à toi.