- Speaker #0
Les Dessous de l'agro, explorez les défis, éclairez les solutions. Bienvenue dans les Dessous de l'agro. Ici, on ne se contente pas de parler agriculture, on va voir ce qui se passe derrière le décor. Nos experts vous emmènent dans les coulisses pour décrypter, éclairer et parfois bousculer les idées reçues autour des grands sujets qui transforment le monde d'agricole. Installez-vous, on entre ensemble dans les Dessous de l'agro. Aujourd'hui, on va être avec Paola. Bonjour Paola. Bonjour Edwine. Donc on parle beaucoup de sols fragilisés, de climat sous tension, et on se demande si la solution, ce ne serait pas les pratiques agricoles. Aujourd'hui, on va plonger ensemble dans l'agriculture régénératrice, un sujet qui prend de l'ampleur dans les filières. Alors Paola, avant toute chose, comme d'habitude, je te demande de te présenter et surtout de me donner ton lien avec l'agriculture.
- Speaker #1
Ça marche ? Donc moi je suis Paoula, j'ai 31 ans Je suis ingénieure en agriculture Diplômée de l'ISARA à Lyon Et mon lien à l'agriculture Il a commencé avec mes grands-parents Mes deux grands-pères qui étaient ingénieurs en agriculture Et vraiment passionnés Qui je pense m'ont un peu orientée dans mes choix de mes études Et après ma première immersion Et vraiment mon... J'ai plongé dans l'agriculture, c'est en BTS agricole Où j'ai débarqué dans une classe avec 100% de fils d'agriculteurs Moi je ne l'étais pas Et j'ai eu quelques moments de solitude Pendant les cours de machinisme agricole Mais au moins, ça m'a permis de comprendre les enjeux des agriculteurs et de comprendre un peu leur manière de penser. Et ça m'est utile encore aujourd'hui. Et chez AgroSolutions, aujourd'hui, je m'occupe plutôt des industries agroalimentaires. Et comment faire le lien avec le monde agricole, comment on les aide à mieux comprendre les enjeux du terrain pour qu'ils adaptent leur démarche de filière.
- Speaker #0
Ok, alors je te propose qu'on rentre tout de suite dans le vif du sujet. Quand tu entends agriculture régénératrice, qu'est-ce qui te vient à l'esprit tout de suite ?
- Speaker #1
Moi, tout de suite, c'est la santé des sols. L'agriculture régénératrice, c'est vraiment la santé des sols. Dans l'agriculture régénération, on ne met pas l'église au centre du village, mais on met vraiment le sol au centre du système agricole.
- Speaker #0
C'est bien dit.
- Speaker #1
C'est bien dit. Et peut-être pas pour plomber l'ambiance, mais un chiffre en tout cas qui est fort pour moi, c'est que 60 à 70% des sols agricoles européens, ils sont dégradés. Donc c'est quand même un chiffre fort. Et dégradés, ça veut dire quoi ? Dégradés, c'est des sols qui vont moins bien absorber l'eau, qui vont perdre de la matière organique, qui vont... C'est rodé. Je suis originaire de l'Orague, c'est en région toulousaine. L'Orague, c'est connu pour ses coteaux. Tu as des grandes pentes. Typiquement, si tu te promènes dans cette région, après un épisode de pluie intense, tu vas voir des poulets de terre sur la route, en bas de parcelle. Ça, c'est un signe et c'est un exemple assez concret d'un sol agricole qui s'érode. C'est assez concret et tu peux le voir à peu près à chaque épisode de pluie, globalement. Donc oui pour moi l'agriculture régénératrice c'est un mode de production qui doit permettre de régénérer les sols, en tout cas de favoriser leur bonne santé, dans l'idée derrière de limiter le recours aux intrants, que ce soit les engrais ou les produits de protection des plantes. Et il y a aussi un enjeu sur la biodiversité, comment on vient régénérer la biodiversité.
- Speaker #0
Ok, donc finalement c'est assez large.
- Speaker #1
C'est assez large et ça fait appel surtout au bon sens paysan je pense. C'est aussi une force de l'agriculture de régénération.
- Speaker #0
Très bien. Donc je pense qu'on va pas mal parler sol en effet, climat, biodiversité. Ce que je comprends c'est que c'est avant tout une question de changement de pratiques agricoles seulement.
- Speaker #1
Alors il y a un vrai enjeu autour des changements de pratiques agricoles, on va en parler je pense juste après. Pour moi dans l'agriculture régénération il y a aussi un gros volet sur l'agriculteur en tant que tel. L'idée c'est vraiment de l'accompagner dans cette transition sur le sujet technique. Là c'est plutôt le métier des conseillers indépendants, des conseillers des chambres, des conseillers coopératifs qui voient aussi eux leur métier évoluer puisqu'on leur demande pas uniquement de faire du conseil produits phytosanitaires mais également de les accompagner sur des changements de pratiques agricoles. Donc eux leur métier évolue, donc on accompagne les agriculteurs sur les sujets techniques mais on accompagne aussi les agriculteurs sur le sujet financier. Comment on les accompagne dans cette prise de risque économique, comment on partage le risque entre les acteurs, comment on les aide à financer et ce pilier agriculteur il est assez fort dans l'agriculture de régénération.
- Speaker #0
Avant, tu as commencé à parler en effet pratique donc on a très vite envie de rentrer dans le sujet agronomique et avant tout ça je vais peut-être être un peu provoque mais l'agriculture régénératrice, est-ce que finalement ce n'est pas un énième concept marketing ou est-ce qu'il y a vraiment de l'agronomie et du concret derrière ?
- Speaker #1
Oui, c'est une bonne question on nous l'a fait régulièrement
- Speaker #0
Je pensais que j'étais unique Non,
- Speaker #1
désolée Rires Je vais faire un peu de réponse de Normand, mais je pense qu'il y a les deux. Il y a une partie agronomique, parce que quand on parle d'agriculture et de régénération, on va vraiment parler des fondamentaux de l'agronomie. On va parler couverture des sols, taux de matière organique, semi-direct. Donc ça, c'est le fondement de l'agronomie. C'est un peu proche du concept d'agroécologie, qui est encore utilisé plutôt par le monde de la recherche, les techniciens sur le terrain en parlent encore beaucoup d'agroécologie. Pour moi, il y a un fondement agronomique important, mais c'est aussi du marketing. C'est une manière d'enrober tout ça, une manière un peu plus sexy, on va dire, pour le vendre aux acheteurs, le vendre aux consommateurs, raconter une jolie histoire autour du changement de pratique des agriculteurs. C'est un concept qui plaît beaucoup aux industries agroalimentaires. Parce que ça leur permet de packager une démarche un peu globale. Avant, ils avaient une démarche sur le bas carbone, une démarche sur les phytos. Là, l'agriculture de régénération, ça leur permet d'avoir quelque chose d'un peu global qui traite à la fois du sujet produits de protection des plantes, biodiversité, bas carbone. C'est quelque chose d'un peu global et ça, ça leur plaît.
- Speaker #0
Ok. Et si je rentre encore un peu plus dans une vision terrain, si je viens par exemple sur une parcelle qui est en agriculture régénératrice, Qu'est-ce que je vais voir tout de suite qui change ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Déjà, ça va dépendre à quelle période tu viens sur cette parcelle. Mais sur une parcelle dans l'agriculture de régénération, tu devrais voir des couverts végétaux, normalement. L'idée, c'est vraiment de limiter le temps où le sol est nu. Et donc, on va aller implanter des couverts entre deux cultures. Si je reviens sur mon exemple du loragué, et donc avec ce sol qui s'érode et ses pentes importantes, l'idée, c'est de se dire, en fait... Dans la période où le sol est nu, on va mettre une culture et ça va permettre de limiter ce phénomène d'érosion. Si tu veux implanter un tournesol après un blé dur, par exemple, ça veut dire que ton sol va être nu de juillet à avril à peu près. C'est presque neuf mois, c'est énorme. L'idée, c'est vraiment de mettre une culture à ce moment-là pour protéger le sol au maximum. C'est vraiment un point fort, je pense, sur une personne d'agriculture régénératrice. Tu devrais aussi voir des cultures que tu n'as pas l'habitude de voir dans ta région. Parce qu'on aime bien diversifier la rotation pour justement diluer le risque. Donc tu devrais voir du sarrasin, du pois chiche, du sorgho. Des cultures qui ne sont pas forcément cultivées par l'ensemble des agriculteurs. Et tu devrais aussi voir un peu moins de charrues que sur la parcelle voisine. Dans l'agriculture de régénération, on fait vraiment le pari de limiter le travail profond des sols. Donc de sortir la charrue. uniquement en dernier recours. C'est un point important et tu devrais aussi voir plus de biodiversité aux abords de la parcelle. Typiquement, des bandes enherbées, des bandes fleuries, des haies. C'est vraiment quelques exemples, on va dire, sur une parcelle en agri...
- Speaker #0
Plus de pollinisateurs également, peut-être ?
- Speaker #1
Oui, un peu plus. Après, ça va dépendre de ta culture que tu auras implantée. Mais oui, potentiellement, si tu as plus de biodiversité, tu devrais avoir plus de pollinisateurs, normalement.
- Speaker #0
Ok, je m'imagine bien ça. Dans le loragué. Ce que j'entends aussi beaucoup, de la part des agriculteurs, c'est que c'est génial sur le papier, mais c'est aussi beaucoup de risques, en tout cas au démarrage. Est-ce qu'on peut régénérer les sols sans régénérer le modèle économique ?
- Speaker #1
Oui, c'est risqué les premières années. Après, ça demande un changement de pratique. C'est risqué parce que ça demande un changement de pratique dans les premières années. Tu vas aller... Repenser un système agricole, tu vas aller investir dans du nouveau matériel que tu n'as pas, tu vas apprendre à cultiver une nouvelle production, où tu n'as peu de références techniques locales, tu n'as pas ton voisin qui peut te le conseiller, tu vas aller chercher des nouvelles débouchées pour ces cultures potentiellement, aller démarcher des acheteurs pour aller valoriser ta légumineuse que tu auras implantée. Donc c'est risqué, ça demande un investissement pour l'agriculteur, mais l'idée c'est d'avoir une phase de risque initiale pour ensuite arriver sur un état... Pour aller vers plus de résilience, c'est arriver à un état d'équilibre, où tu viens finalement équilibrer tes charges, en tout cas optimiser tes charges, et tu viens essayer de maximiser ton niveau de production. C'est vraiment l'idée de l'agriculture de régénération, c'est d'arriver à ce fameux état d'équilibre, où tu as moins de charges, et tu as un niveau de production qui est équivalent au système précédent. Et c'est un peu tout le sujet de combien de temps dure cette transition. En tout cas, ça fait un débat au sein des filières. Il y a un peu un consensus, je pense, autour de 5 à 6 ans pour voir vraiment des impacts sur les sols. Au moins 5 à 6 ans. Et après, derrière, le sujet, c'est... Enfin, quand on se pose la question de combien de temps dure la transition, le sujet derrière, c'est de se dire combien de temps il faut financer cet accompagnement, cette transition des agriculteurs. Il y en a qui aimeraient se dire, on paye pendant 5 ans, et après, l'agriculteur, il est à son niveau d'équilibre et je n'ai plus besoin de payer. Et il y en a d'autres qui sont plutôt dans le pari de continuer à accompagner sur le long terme les agriculteurs. Donc l'idée, c'est vraiment de limiter ces risques-là.
- Speaker #0
Et on a déjà assez de recul ?
- Speaker #1
Il y a quand même un peu de recul sur les pratiques agricoles, sur leur impact, leurs coûts. Chez AgroSolutions, on aime bien faire ça, notamment d'essayer de modéliser quel est le coût d'un changement de pratique. Et ça, il y a un peu de recul maintenant dessus. Après moi, je pense personnellement que le coût ne doit pas être uniquement supporté par l'agriculteur, mais il doit être partagé par l'ensemble de la filière, notamment les acheteurs de l'industrie agroalimentaire, la grande distribution, mais également le consommateur. Et ça, c'est un point important, c'est comment on fait comprendre aux consommateurs qu'il faut payer un peu plus pour des productions qui en valent la peine. plutôt qu'aller s'approvisionner hors France.
- Speaker #0
Et justement, quand tu commençais à parler agro-industrie, avant de passer de ce côté-là de la filière, j'aimerais qu'on parle vraiment de l'amant agricole. Et l'agriculteur, aujourd'hui, qu'est-ce que ça lui apporte ? Tu l'as déjà un petit peu dit, mais j'aimerais qu'on rentre plus en détail sur ce sujet-là. Et puis aujourd'hui, est-ce que ça lui parle, tout simplement, l'agriculture régénératrice ?
- Speaker #1
Oui. Premier sujet, enfin, deuxième sujet, mais est-ce que ça lui parle ? si je réponds personnellement j'en suis pas complètement convaincue quand j'ai commencé à travailler le sujet de l'agriculture de régénération il y a 4-5 ans c'était un concept vraiment abstrait pour les agriculteurs je me souviens d'en avoir parlé à des copains agriculteurs qui m'ont vraiment dit c'est un concept complètement construit par Laval et eux adhéraient absolument pas au concept je pense qu'aujourd'hui ça a un peu changé déjà je pense que les agriculteurs ils en ont entendu un peu plus parler puisqu'il y a de plus en plus de démarches On voit beaucoup d'industriels qui créent des projets pilotes avec un groupe d'agriculteurs moteurs sur un territoire. Donc ça a fait un peu parler et ça a permis de convaincre ceux qui n'étaient pas convaincus au départ. Je pense que les agriculteurs, ils ont aussi vu leur intérêt commercial, intérêt économique d'adhérer au concept de leurs acheteurs. Et après, je pense qu'il y a aussi un lien un peu plus fort dans les projets d'agriculture et de génération. C'est souvent des projets collectifs. En tout cas, ça fait discuter l'amont et l'aval encore plus qu'avant. les acheteurs vont s'intéresser à ce que produisent les agriculteurs et donc ça permet de créer une relation et de faire adhérer les agriculteurs au concept d'agriculteur de régénération donc je pense que oui ça les a ils ont dû adhérer au concept on va dire un peu forcé, un peu contraint au départ et l'idée c'est que ça leur apporte plus de résilience, on en a parlé un peu tout à l'heure mais vraiment l'idée de l'agriculteur de régénération c'est d'aller vers plus de résilience aller chercher des financements aussi c'est toujours un sujet mais comment on vient augmenter le revenu des agriculteurs et les sécuriser face aux aléas climatiques.
- Speaker #0
Et est-ce que, justement, ceux qui étaient déjà en agriculture de conservation des sols, ils étaient peut-être déjà un peu plus avertis au concept ? Et qu'est-ce que, du coup, l'agriculture de régénération apporte en plus, peut-être, à ce type d'agriculture ?
- Speaker #1
Oui, tu as raison. Les premiers qui ont cru au concept d'agriculture de régénération, c'est ceux qui étaient en agriculture de conservation des sols. Agriculture de conservation des sols, c'est vraiment quand on est en zéro labour. Donc, pour moi, c'est un modèle vraiment abouti. En agriculture de régénération, tout le monde n'est pas en agriculture de conservation des sols. Il y en a qui vont plutôt être en agriculture raisonnée, d'autres qui vont aller jusqu'au bout, les plus convaincus vont aller dans l'agriculture de conservation. Mais l'agriculture de régénération, elle permet un peu une flexibilité, de se dire typiquement, je parlais de la charaïe tout à l'heure, en agriculture de conservation des sols, l'idée c'est vraiment de ne pas la sortir du tout. Quand on est en agriculture de régénération, on peut se dire, si cette année-là j'ai vraiment besoin, j'ai un problème sur une adventice, il faut absolument que je la sorte. Et tu peux te permettre de le faire. C'est quelque chose d'un peu plus flexible. L'agriculture de régénération, elle permet un peu plus de flexibilité par rapport à l'agriculture bio qui s'interdit les intrants de synthèse ou l'agriculture de conservation qui s'interdit le labourant, par exemple.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut dire à t'écouter que ça peut aussi être un bon compromis, justement, dans une phase de transition ?
- Speaker #1
Oui, en tout cas, ça permet d'aller vers une transition complètement.
- Speaker #0
Et maintenant du côté filière, parce que je comprends que tu travailles quand même pas mal de ce côté-là, au niveau des agro-industries, qu'est-ce que ça va changer pour eux ?
- Speaker #1
Pour moi, ça modifie profondément leur modèle commercial. Profondément parce que déjà, ils ne rémunèrent pas uniquement à la tonne. Avant, il y avait encore beaucoup de programmes qui rémunèrent par tonne ou par hectare engagé dans une démarche. Là dans l'agriculteur régénération, il y en a beaucoup qui vont plutôt aller rémunérer en fonction du niveau de performance de l'agriculteur. Et ça c'est assez exigeant déjà d'un point de vue logistique achat, c'est-à-dire qu'il faut vraiment savoir qu'est-ce qu'a fait l'agriculteur. Et ça implique aussi l'industriel, enfin ça oblige l'industriel à aller regarder les données de traçabilité, à les mesurer finalement sur le terrain la performance des agriculteurs. Un exemple récent, on voit de plus en plus nos clients qui font appel à la télédétection. pour mesurer le taux de couverture des sols agricoles.
- Speaker #0
Tu peux définir en deux mots la télédétection ?
- Speaker #1
La télédétection c'est par mesure satellite, on vient regarder sur une parcelle, on fait une photographie de la parcelle et on vient regarder pendant combien de temps dans l'année elle a été couverte. Et donc ça, ça fait gagner du temps, le taux de couverture des sols c'est un indicateur phare dans l'agriculture de régénération et donc les industriels s'intéressent de plus en plus à ce concept-là. Donc pour eux c'est exigeant parce qu'il va falloir, enfin exigeant, ils mettent des investissements, ils mettent des... un peu de budget pour mesurer la performance des agriculteurs. Et quelque chose qui modifie aussi profondément leur modèle commercial, c'est la contractualisation long terme. Généralement, on contractualise un an, deux ans maximum avec un agriculteur. Dans les programmes Vregenag les plus aboutis, ils vont jusqu'à six à sept ans. Et ça, c'est complètement innovant et c'est exigeant dans les deux sens. On s'engage sur le long terme. Et le dernier gros changement, je pense, pour eux, c'est le fait de réfléchir système de culture. Je ne l'ai peut-être pas trop dit jusqu'à présent, mais l'agriculture de régénération, on parle système de culture. On réfléchit vraiment au global. Et donc, pour un acheteur, quelqu'un qui achetait uniquement un blé dans une rotation, en fait, aujourd'hui, il est obligé de discuter avec les autres acheteurs de la rotation pour aller dans le même sens, pour imposer, entre guillemets, des bonnes pratiques aux agriculteurs, mais qui soient cohérentes à l'échelle d'un territoire. Donc ça, pour eux, c'est un gros changement de penser collectif et pas rester uniquement focus sur leur production.
- Speaker #0
C'est ça. Tu veux dire, je suis un industriel. Peut-être, habituellement, j'achète du blé ici et puis une autre culture ailleurs. Là, aujourd'hui, quand on contractualise avec un agriculteur, on contractualise sur l'ensemble de sa rotation ?
- Speaker #1
Alors, pas forcément on contractualise avec l'ensemble de la rotation, Mais c'est plus se dire... Moi j'ai construit un programme d'agri-régé sur mon blé. Sur le territoire, je sais que j'ai un autre acteur qui achète du tournesol, admettons. Il faut que cet autre acheteur ait un programme d'agri-régé qui aille un peu dans le même sens que le mien. Parce que sinon on va demander deux choses opposées à l'agriculteur. Et on va perdre du temps, on va perdre de l'énergie, on va perdre des budgets aussi. Donc l'idée c'est vraiment que tout le monde aille dans le même sens. Et donc nous en tout cas on le voit dans nos clients, de plus en plus d'acteurs qui montent des projets collectifs sur un territoire donné. Et même entre concurrents, ils en sont de plus en plus obligés s'ils veulent tous aller vers l'agriculture régénératrice.
- Speaker #0
Ok, donc c'est un vrai changement de mentalité finalement.
- Speaker #1
Oui, complètement. Beaucoup plus de collectifs et commercialement c'est différent aussi.
- Speaker #0
Et tu parlais pas mal de niveau de performance, ça veut dire qu'il y a des grilles, c'est ça ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Oui, souvent il y a des pratiques qui sont proposées aux agriculteurs. Et ensuite, on propose des niveaux de rémunération différents en fonction de leur atteinte des objectifs. Souvent, il y a trois niveaux, trois, quatre niveaux. Et donc, on va aller mesurer la performance terrain de l'agriculteur. Et en fonction de son niveau, ça rapporte des points. Et la prime varie en fonction de ce nombre de points.
- Speaker #0
D'accord. Donc, ça veut dire que peut-être les industriels ou d'autres structures vont aussi sur le terrain pour aller accompagner les agriculteurs.
- Speaker #1
Oui, typiquement. Notamment, nous, on fait ça à Chagros Solutions, d'aller accompagner, mesurer. concrètement comment sont déployées les pratiques sur le terrain. Donc ça fait appel à pas mal de data et comment on vient récupérer cette donnée de traçabilité agricole qui existe mais qui est peu exploitée, enfin qui était peu exploitée maintenant elle a une vraie valeur commerciale.
- Speaker #0
Ça fait bien le lien j'en profite avec le podcast qu'on a déjà enregistré sur l'Actec que vous pourrez écouter. Ok, et bah du coup j'ai le sentiment aussi qu'en ce moment à leur fin. Du coup, ça contredit un peu ce que tu racontais sur les démarches collectives. Mais si je prends la casquette consommatrice, j'ai le sentiment qu'il y a encore beaucoup de démarches faites par les industriels. Du coup, est-ce que ça ne complique pas un peu la lisibilité pour le consommateur en tout cas ?
- Speaker #1
Oui, si, complètement. Ça foisonne. Tous les jours, on voit des nouvelles démarches qui arrivent. Donc oui, ça foisonne. Et ce qui fait que ça foisonne, c'est qu'il n'y a pas de définition publique partagée, commune sur l'agriculture de régénération. Donc chacun y va. un peu de son interprétation du concept. Et ça, c'est effectivement un problème sur l'agriculture de régénération. Après, c'est un constat qui est partagé et qui est vraiment partagé par l'ensemble des acteurs qui s'engagent. Et c'est pour ça qu'on voit de plus en plus d'associations qui naissent sur ce sujet-là. Typiquement, un exemple, c'est la SAI Platform. La SAI, c'est une association qui regroupe autour de 200 industriels au niveau international et qui s'est donnée comme feuille de mission. de construire un cadre commun sur l'agriculture de régénération. Ils vont publier là en juin un programme qui s'appelle le Regenerative Together Programme et qui a vraiment pour... L'objectif est de fixer des pratiques, fixer un process pour monter un programme d'agrégé, fixer des indicateurs communs et à terme proposer un claim on-pack pour que le consommateur soit un peu plus clair pour lui. Donc vraiment, il y a un besoin d'aller vers du collectif et d'arrêter que chacun construise sa démarche, notamment parce que pour l'agriculteur et pour les coopératifs, c'est complexe à gérer.
- Speaker #0
Et je rappelle qu'on est, tu parlais de juin, du coup qu'on est en avril 2026.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Ok. Et si, alors, très concret, et ça sera ma dernière question avant de passer à l'épreuve du D, si tu avais un message simple à transmettre aux industries agroalimentaires qui ont envie de se lancer et de s'engager, ce serait quoi ? Par où on commence ?
- Speaker #1
Pour moi, le premier sujet, c'est vraiment de parler à ses fournisseurs. Vraiment, prenez le temps d'aller rencontrer vos fournisseurs, d'aller discuter avec des agriculteurs pour en fait construire une démarche. qui agronomiquement tiennent la route et qui soient réalistes. On voit beaucoup de démarches qui sont un peu décorrélées de la réalité du terrain. Donc vraiment, en tout cas, ce qui fonctionne, ça prend un peu plus de temps, puisqu'il faut faire de la concertation, il faut aller rencontrer tout le monde. Mais derrière, c'est une démarche qui va avoir plus de sens et qui va être du coup plus facilement adoptée par les agriculteurs. Donc vraiment, moi, le premier conseil, c'est discuter avec vos fournisseurs, vos agriculteurs. S'intéresser à la donnée de traçabilité, on en a un petit peu parlé, mais c'est vraiment clé. dans ces démarches d'agriculture régénératrice. Et ça permet aussi de se rendre compte de ce qui est déjà déployé sur un territoire. Ce qui est vrai dans une zone n'est pas forcément vrai dans l'autre. Donc il faut vraiment arriver à se rendre compte de ce que font les agriculteurs dans chacun des territoires et jusqu'où on peut les emmener. Qu'est-ce qui est réaliste d'atteindre ? Typiquement, on voit beaucoup d'acteurs qui se fixent des objectifs sur la réduction de l'empreinte carbone avec des objectifs forts sur la réduction de la fertilisation azotée. L'idée, c'est d'aller se rendre compte... qu'est-ce qui est réellement possible de demander aux agriculteurs sans les mettre trop en risque. Donc vraiment s'intéresser à la donnée de traçabilité agricole. Et peut-être le dernier conseil, c'est penser collectif. J'en ai déjà parlé, mais vraiment pas créer de zéro une nouvelle démarche. Regarder ce qui a été fait, les cadres collectifs qui existent. S'intéresser aussi à... Il y a des acteurs industriels qui ont quand même du recul sur l'agriculture de régénération. Il y a énormément de podcasts de... de webinaires qui parlent de ça. Donc, essayer de s'intéresser à ce qui marche, ce qui ne marche pas dans les autres démarches et aller rencontrer les autres acteurs d'un territoire pour discuter avec eux et voir ce qui est possible de faire collectivement.
- Speaker #0
Et même les territoires eux-mêmes, les collectivités ?
- Speaker #1
Les collectivités, les banques, dès le départ, mettre tous ces acteurs autour d'un table pour construire quelque chose de cohérent.
- Speaker #0
Ok, je comprends que le financement sera donc global.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et c'est très bien pour accompagner l'agriculteur. Merci Paola, on va passer au fameux D. Je le répète souvent, mais chez Agro-Solutions, on croit en une agriculture mesurée pour apporter de la preuve. Et donc, on aime bien les chiffres. Donc, quoi de mieux qu'un D pour finir ce podcast ? Alors, j'ai le D en main. Je propose de le faire tourner et que tu me dises quand est-ce que je l'arrête sans tricher, évidemment.
- Speaker #1
Stop.
- Speaker #0
C'est le 5.
- Speaker #1
5, je dirais que c'est peut-être la période de transition 5 à 7 ans pour aller vers un système en agriculture régénératrice abouti
- Speaker #0
Merci beaucoup Paola pour les échanges et puis à bientôt